Jean-Jacques Birgé

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vendredi 6 avril 2018

Higelin, Cecil Taylor, Isao Takahata, un merle...


Nous avons plusieurs fois évoqué notre première rencontre. J'avais 5 ans, Jacques en avait 16. Mon père qui produisait Nouvelle-Orléans avec Sidney Bechet au Théâtre de l'Étoile lui avait donné son premier engagement. À chacune des cinq répétitions auxquelles j'assistais, je m'accroupissais au fond de la loge pour ne pas assister à son entrée en scène : il bondissait sur scène déguisé en indien avec un grand cri qui me terrorisait. Je refaisais surface aussitôt après. C'est mon plus ancien souvenir de spectacle. Soixante ans plus tard, profonde tristesse.
D'autant que j'apprends le même jour la mort de Cecil Taylor, une autre histoire, au Québec celle-là, nous étions les seuls spectateurs de sa répétition solo qui dura plus d'une heure... Pas de coiffe de plumes ni de tomahawk, mais juste un survêtement et le piano. Magique...
Et puis Isao Takahata (Le tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada...), mon préféré des Studios Ghibli. Ça fait beaucoup pour ce jour de printemps où le merle a repris son petit boulot !

Babylon Berlin, série thriller sur fond politique


Le mois dernier j'ai regardé deux bonnes séries thriller sur fond politique. La première, Peaky Blinders, suit un groupe de gangsters irlandais à Birmingham de 1919 à 1926. À partir de la seconde saison, il y en a déjà quatre en attendant la cinquième, la collusion entre la pègre et le pouvoir rappelle les méthodes éprouvées que certains s'évertuent à traiter de complotisme. Chaque épisode est plein de rebondissements, soutenu par une musique rock nerveuse qui n'a rien à voir avec l'époque comme on avait déjà pu l'appréciéer dans The Knick, ici Nick Cave, Iggy Pop, PJ Harvey, David Bowie, Radiohead, Tom Waits, Arctic Monkeys, The Kills, The White Stripes, etc. ! Cillian Murphy tient le rôle du chef de la fratrie sanguinaire. Difficile de ne pas succomber.


Mais l'évènement est la série allemande Babylon Berlin réputée comme une des plus chères jamais produites pour la télévision. Scènes de foule, décors luxueux, reconstitution minutieuse du Berlin de la fin des années 20 y contribuent. Les deux premières saisons, réalisées par Tom Tykwer, Hendrik Handloegten et Achim von Borries, qui ont également écrit les scénarios d'après des romans policiers de Volker Kutscher, n'ont pas encore été diffusées en France, mais cela ne saurait tarder. S'y affrontent les communistes et les nostalgiques de l’Empire allemand d’avant 1918 avec en fil rouge une enquête policière du détective Gereon Rath. On s'attend évidemment à la montée du nazisme lors de la prochaine saison. Là aussi, la différence entre les classes sociales rappelle la dérive inique à l'œuvre dans notre société ultralibérale où l'arrogance n'a plus de limites de la part des nantis. La misère crasseuse des pauvres contraste avec la jeunesse dorée qui s'éclate dans les boîtes de nuit de la capitale de la République de Weimar. Les références au cinéma d'avant-guerre, avant l'éradication des élites intellectuelles par les Nazis, sont nombreuses, de la comédie musicale aux films de gangsters...


La musique tient donc une place prépondérante avec des partitions originales de Bryan Ferry ou la chanson phare Zu Asche, Zu Staub interprétée par Severija. La bande-annonce est explicite et représentative, le site (en anglais) rempli d'informations... La sexualité débridée, la drogue et l'alcool qui coulent à flots, les assassinats politiques qui se succèdent, les esthètes aux prises avec leurs cas de conscience, tout est en place pour évoquer cette période excitante, mais terriblement menaçante. Raconter l'Histoire pousse toujours aux comparaisons avec notre époque.