Jean-Jacques Birgé

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mardi 8 mai 2018

Attentat criminel à Bagnolet


La Mairie de Bagnolet a fait abattre tous les arbres de la rue Diderot sans consultation des riverains et sans raisons, en annonçant sournoisement un élagage. Les cerisiers du Japon trentenaires donnaient à cette rue une poésie rare dans une ville sinistrée par la vente systématique de son foncier au profit de constructions immobilières incessantes alors que les infrastructures comme écoles ou parkings sont déjà saturées. J'ai vu des habitants en larmes de retrouver leur rue scalpée alors que les arbres étaient parfaitement sains. Peut-être la Mairie compte-t-elle ainsi faire des économies d'entretien ? Il est vrai que le tapis de fleurs roses qui la semaine dernière recouvrait la chaussée demande à être balayée une fois les pétales fanés !
La quasi totalité du quartier signe une pétition s'insurgeant contre cette décision stupide et la méthode employée pour l'imposer en faisant fi de toute démocratie locale. Dans un premier temps Madame Pesci, Maire adjointe à l'environnement, au développement durable, aux espaces verts, à l'Agenda 21 et à la démocratie participative (on appréciera la précision de l'intitulé de sa fonction en regard de l'opération dénoncée ici !) nie avoir connaissance de cet acte de vandalisme dont elle a forcément donné l'ordre : "(...) nous faisons immédiatement stopper l'abattage des arbres. Nous n'étions pas informé de cette opération. De plus un protocole de communication existe à chaque abattage. Il s'avère qu'il n'a pas été respecté. Les habitants devaient être informés de cet abattage, de ses raisons et du remplacement des arbres abattus." Elle s'est fait probablement tapé sur les doigts par le Maire PS, Tony di Martino, pusiqu'elle envoie ensuite : "Mon message est parti trop rapidement ! Nous vous tiendrons informé de la suite que nous donnerons à cette opération."


Des habitants de la rue Diderot réussirent à empêcher l'abattage des deux derniers arbres, l'un en bloquant la rue avec une camionnette, l'autre en restant perchée deux heures en haut d'un des cerisiers du Japon pour l'instant rescapé de cette aberration. Nous aurions dû nous méfier car on n'élague pas en période de montée de sève. Mais on n'abat pas non plus en période de nidification (à l'aube, l'extraordinaire concert des oiseaux était cruellement absent pour la première fois ce matin).
C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les riverains sont fous furieux contre la Mairie qui vient de perdre un nombre considérable de voix aux prochaines élections. En plus de la pétition qu'ils signent tous et toutes des deux mains, ils seront demain sur place pour empêcher l'abattage scandaleux des deux derniers arbres situés au fond, dans le coude que fait la rue. Le seul arbre qui reste à l'entrée était celui qui était malade et aurait justifié qu'on l'abatte. Il faut aussi préciser que ce n'est pas l'unique rue à subir le massacre. Les arbres de l'avenue de la Dhuys ou de la rue du Pinacle n'ont jamais été remplacés contrairement aux promesses de la Mairie. Mais c'est le propre de cette équipe depuis son élection de promettre sans jamais tenir et d'agir sans concertations, malgré les apparences puisque normalement les conseils de quartier devraient être susceptibles d'empêcher ce genre de stupidité inutile. À Bagnolet on n'a pas d'argent pour planter ou faire quoi que ce soit, mais on en a pour payer les tronçonneurs d'une société privée de Versailles.

Saravah, c'est où l'horizon (1967-1977)


Saravah est une roulotte comme Cocteau appelait l'appartement où habitait la famille de ses Parents terribles, une tribu de romanichels qui vivent leurs rêves de musique et de chansons sous la direction de Pierre Barouh. Les revers de fortune succèdent aux emportements de joie, mais le navire flotte toujours, malgré la disparition de son fondateur bohème. Dans un livre aux éditions Le Mot et le Reste, son fils, Benjamin Barouh, raconte les dix premières années de la saga du label Saravah qui a publié les disques de Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Areski, Jean-Roger Caussimon, Naná Vasconcelos, Pierre Akendengué, Jack Treese, David McNeil, Allain Leprest, Maurane, mais aussi Barney Wilen, Steve Lacy, l'ami Étienne Brunet ou le groupe Mahjun.
À cette époque l'amour était libre, l'imagination était au pouvoir, ce qui n'empêchait pas les indélicats de marquer leur territoire avant de le déserter en emportant la caisse comme nombreux en accusent Fernand Boruso (le B de BYG avec Jean-Luc Young et Jean Georgakarakos !) qui s'exprime aussi dans le livre, car il s'agit avant tout d'un recueil de témoignages. Si Brigitte Fontaine, toujours tournée vers l'avenir, ne veut pas entendre parler du passé, Areski, Jean Querlier, David McNeil, les ingénieurs du son et bien d'autres qui ont participé à l'aventure se prêtent à l'exercice. Au gré des pages on croise évidemment Francis Lai et Claude Lelouch, mais aussi le génial compositeur Michel Magne ou l'Art Ensemble de Chicago qui jouait sur le cultissime Comme à la radio. Les évocations de Pierre Barouh circulent du Brésil au Japon, du studio montmartrois du passage des Abbesses à celui du Château d'Hérouville, et de disque en disque, de rencontres improbables à finalement leur évidence. La Samba Saravah, adaptée de Samba da Bênção de Baden Powell et Vinícius de Moraes, pour le film Un homme et une femme donnera le ton de cette vie d'artiste, une fausse insouciance qui permet de vivre avec le sourire.
Enregistrer les premiers disques Saravah sur un Revox 2 pistes leur conférait une véracité inégalée. Simplifier la technique en la soignant particulièrement crée une ambiance exceptionnelle de concentration, l'instantané soulignant ce qui ne peut s'écrire, mais se joue dans l'urgence. Les premiers disques d'Un Drame Musical Instantané en bénéficièrent et je continue autant que possible à retoucher le moins possible les réglages et le jeu des instrumentistes, quitte à refaire une prise plutôt que de jouer du rafistolage que la technologie facilite de plus en plus. Les disques Saravah ont souvent joui de cette incroyable énergie brute que les productions trop léchées perdent hélas. Quand la technique s'efface, ce sont les voix et les corps qui s'exposent. Comme dans les meilleurs disques, les témoignages recueillis par Benjamin Barouh refont vivre une époque où tout semblait possible. Aux petits nouveaux de retrouver cette flamme ou de souffler sur de nouvelles braises !

→ Benjamin Barouh, Saravah, c'est où l'horizon 1967-1977, 304 pages, ed. Le Mot et le Reste, 22€

→ Connexions persos : Brigitte Fontaine enregistra sur Opération Blow Up avec le Drame en 1992. Jean Querlier est présent sur les deux premiers disques du Drame en grand orchestre (À travail égal salaire égal en 1982 et Les bons contes font les bons amis en 1983). J'ai plusieurs fois eu le plaisir de jouer avec Étienne Brunet et nous avons interviewé ensemble Steve Lacy en 2001. J'ai suivi l'Art Ensemble (offstage) pendant le Festival du Mans en 1997, mais j'ignore ce que sont devenues les bandes vidéo. J'assistai René Clément en 1975 lors des séances d'enregistrement de la musique de Francis Lai que dirigeait Christian Gaubert pour La Baby-Sitter. Bénéficiant de la générosité de Claude Lelouch, nous fréquentions chaque samedi les énormes fauteuils en cuir de son luxueux Club 13 en tant qu'étudiants à l'Idhec. Il m'est arrivé d'y regarder quatre films coup sur coup ! La musique tachiste de Michel Magne est un des disques fondateurs de mon histoire...