Jean-Jacques Birgé

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vendredi 28 septembre 2018

Frank Zappa, une œuvre X Y Z


Le répertoire s'étoffe sans cesse. En allant écouter les Mothers of Invention à la fin des années 60, je ne pouvais imaginer que la musique de Frank Zappa fasse un jour partie du répertoire au même titre que Mozart, Debussy ou Schönberg. Je pensais que les enregistrements sauveraient le jazz ou le rock de l'oubli. Les reprises me semblaient vaines comme je me demandais pourquoi un interprète se complaisait à sortir un disque d'un compositeur tellement mieux interprété par un aîné dans le passé. C'était faire fi du plaisir qu'a le public d'écouter les œuvres en concert. Il aura bien fallu des générations et des générations de musiciens pour profiter des inventions de Bach, Liszt ou Chopin. Ces virtuoses ayant disparu, le flambeau est repris sans cesse par de nouveaux thuriféraires.

La reprise de 200 Motels de Frank Zappa entendue sur France Musique m'a permis de comprendre l'intérêt que pouvaient ressentir de nouveaux publics n'ayant pas connu les originaux ou pour les nostalgiques d'une époque révolue souhaitant raviver des émotions enfouies dans leur mémoire. Certaines interprétations permettent aussi d'éclairer l'œuvre sous un jour différent. Que l'on compare, par exemple, le Pierrot Lunaire dirigé par Arnold Schönberg ou Pierre Boulez ! La première est jouée comme une pièce de caf'conc' tandis que la seconde est analytique, mais entre les deux c'est le jour et la nuit, ou plutôt le contraire, c'est la nuit et le jour.


À l'occasion de cette adaptation à la scène réussie du génial film de Frank Zappa et Tony Palmer, avec comédiens, chanteurs, le groupe de rock The HeadShakers, les Percussions de Strasbourg, l’ensemble choral Les Métaboles et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigés par Léo Warynski et mise en scène par Antoine Gindt, le public aura pu apprécier le génie musical du compositeur et ses facéties scénaristiques. Simultanément, la Cité de la Musique et la Philharmonie de Paris publient la traduction du seul livre de Zappa, Them or Us, scénario d'un film impossible, fantaisie potache remplie à ras-bord d'élucubrations provocantes en réaction au puritanisme de la société américaine conservatrice. Mais je suis resté sur ma faim, déçu de ne retrouver que les personnages et scènes de la période la plus commerciale de l'idole de ma jeunesse.

J'ai raconté comment Zappa fut le déclic de toute ma carrière après avoir découvert sa musique lors de mon voyage initiatique aux États Unis (voir le roman augmenté USA 1968 deux enfants chez Les inéditeurs) et sa rencontre dans les années qui suivirent. Grâce à la liste de compositeurs inscrite sur la couverture intérieure de son premier album, le double Freak Out, je découvris à sa suite le blues, le jazz, le free, les musiques classiques et contemporaines, électroniques et improvisées, extraeuropéennes et les américaines les plus inventives, etc. J'écoutai absolument tout comme les fans de la Nurse With Wound List, Bible de l'underground, dans laquelle figurera notre Défense de ! À partir de 1976, je suivis de manière plus détachée la longue période rock de Zappa, produit de son cynisme qui lui permit de connaître enfin un succès planétaire. Le compositeur affirma explicitement que ses chansons rock lui permettaient de vivre, de tourner dans le monde entier, accessoirement de donner libre champ à sa libido peu relatée dans les ouvrages qui lui sont consacrés, alors qu'il ne rêva jamais que de composer de la musique symphonique. Si les vingt premiers albums m'avaient chaque fois surpris par leur variété et une invention sans cesse renouvelée, je ne renouai intimement avec son œuvre qu'à la fin de sa vie, en particulier grâce au remarquable travail entrepris en collaboration avec l'Ensemble Modern pour The Yellow Shark. J'avais obtenu son accord pour un film que je devais réaliser en 1993 pour Point du Jour, mais la chaîne France 3 refusa, arguant que ce musicien n'était pas assez commercial (sic, no commercial potential) ! J'appris sa mort le 4 décembre de cette année-là alors que je regardais CNN à l'Holiday Inn de Sarajevo pendant le siège de la ville martyre. Le ciel pouvait charrier mille obus par 24 heures, ce n'est qu'à cet instant, voyant le générique de fin des actualités défilant sur mon héros vieilli et affaibli, que je compris ce qu'était pour moi la fin d'un monde et que le ciel me tomba sur la tête. Je tournais en rond seul dans ma chambre en parlant tout haut, "là c'est vraiment trop !".

Je n'ai jamais été convaincu par ce qui suivit Uncle Meat et 200 Motels. Je risque de me faire des ennemis, mais les textes de Billy The Mountain, Sheik Yerbouti, Joe's Garage, The Adventures of Greggery Peccary m'apparaissaient comme des divagations potaches destinées à des adolescents américains ou rêvant de l'être, une sorte de pastiche des blockbusters hollywoodiens. Je n'ai jamais cru au second degré. Pour aimer une parodie, il faut avoir déjà un faible pour l'original. Sans la musique épatante, la lecture de Them or Us est plutôt fastidieuse. Précisons aussi que Zappa est plus un fabuleux arrangeur qu'un inventeur de formes, un monteur de films audio maniant magiquement les ciseaux comme Berio ou Mimaroğlu. En s'inspirant énormément de Stravinski et Varèse, il réussit à trouver son propre style, mais il reste un élève, un excellent élève. C'est en mariant avec le rock cet amour inconditionné pour ces maîtres qu'il trouve sa voix. Ce n'est pas plus un auteur que Richard Wagner qui se rêvait en tant que tel, mais dont seule la musique allait révolutionner l'histoire de la musique. Zappa n'est pas Charles Ives, ni John Cage ou Steve Reich qui bouleversèrent tout ce qui les avait précédés, pour ne citer que ces trois Américains. Il était bien évidemment un de ces génies sortis d'une lampe méditerranéenne, un bourreau de travail, un solitaire avec peu ou pas d'amis, un moraliste sous couvert de provocations, très impliqué dans la politique de son pays qu'il pensait néanmoins être une démocratie.

Them or Us est un livre XYZ. En postface, Pacôme Thiellement résume très bien les 500 pages de ce texte de série Z, sorte de bande dessinée traduite en scénario de film imaginaire, avec références permanentes aux pornos du X et emprunt d'un fort machisme du chromosome Y. J'ai largement préféré la préface de Guy Darol au pavé étouffant qui suit, malgré le travail incroyable du traducteur Thierry Bonhomme. Les nombreux ouvrages que Christophe Delbrouck et surtout Darol ont consacré à Frank Zappa, ainsi que l'autobiographie Zappa par Zappa avec Peter Occhiogrosso, sont nettement plus importants et jouissifs à dévorer.

jeudi 27 septembre 2018

Marche afghane


Chaque matin je traverse le parc du Château de l'étang à Bagnolet. C'est un jardin romantique plein de recoins et de chemins tordus cachés par les buissons. À l'heure où je passe il n'y a presque personne. Quel dommage que la municipalité n'ait pas changé la pompe qui irriguait la mare, vestige d'une époque encore récente ! Le ruisseau donnait vie à la prairie que survolent aujourd'hui sept vilaines perruches vert fluo détruisant systématiquement les provisions des autres volatiles qui devront se serrer la ceinture cet hiver. Les serres ne sont plus entretenues non plus. Et l'étang a été comblé il y a belles lurettes après la noyade d'un enfant. Avec les principes de sécurité actuels le "château" n'est pas prêt de retrouver ses plans d'eau. Les employés municipaux font ce qu'ils peuvent pour garder le parc dans le meilleur état, mais on ne peut pas dire qu'ils soient beaucoup aidés. J'ai repéré cinq grilles d'entrée ouvertes, m'offrant de varier les itinéraires à mon gré selon les jours.
J'y pratique la marche afghane, 3 1 3 1, inspirant et soufflant par le nez. Le 1 correspond à l'apnée. Pas encore essayé les variations 4 4 2, 6 6 2, etc., plus propices à la promenade en forêt. J'invente parfois des chansons avec des vers à trois pieds. Les oiseaux s'amusent à brouiller mon rythme martial que d'aucuns jugent plutôt zen. Il est certain qu'au bout d'un moment on fait corps avec la respiration calée sur ses pas et l'on ne pense plus à rien. Moi qui cherche toujours le plus court chemin, je me surprends à rallonger ma balade, forcément profitable à mes ballades. Des lecteurs conseillent L'art de marcher de Rebecca Solnit (Actes Sud) et Marcher, une philosophie de Frédéric Gros (Flammarion, Champs/Essais). Rentré à la maison, je file au sauna où mes pensées reprennent le dessus. Les chansons que j'y invente tiennent mieux la distance. Les disques que j'y écoute exsudent tout leur suc. Je me termine à la douche glacée, d'attaque pour la journée après un petit déjeuner copieux qui ne me fait jamais prendre un gramme...

mercredi 26 septembre 2018

Yucca y a plus qu'à...


On ne fait pas toujours attention à ce qui se passe là-haut. Là-haut, quand on lève le nez, lorsqu'on se rend compte que Paris est peuplé de cariatides aux frontons des immeubles, lorsque l'on reconnaît un animal ou un visage que dessine un nuage, que l'on voit une jeune fille qui tombe... tombe, lorsque l'on sait avant les autres le temps qu'il fera bientôt même si cela ne dure pas... Cela ne peut pas durer. On passe du chaud au froid à une vitesse déconcertante. On risque de se faire écraser ou de marcher dans une crotte de chien. Mais cela change tout. Comme toujours. Le changement d'angle me tient tant à cœur.
Ainsi je n'avais pas remarqué les trois fleurs de yucca qui avaient poussé devant la fenêtre tel un muguet géant. Ces plantes fleurissent plusieurs fois par an, comme la glycine devenue parasol au-dessus de la rue. Je ne m'y attends jamais. Un matin elles sont là. Voilà. Je coupe les pointes acérées du yucca qui est proche de la porte d'entrée, mais je laisse cette herse devant les vitres, devenue infranchissable à d'éventuels cambrioleurs. Les fleurs ont la forme des clochettes qui tintent dans le vent, accrochées partout dans le jardin pour faire obstacle au bruit de la ville. Des parasons en plus des paravols. Les hautes grappes blanches en forme de hochet me font penser aux rituels religieux auxquels je n'ai jamais participé, baptêmes, mariages, etcétéra. Les piquants seraient plutôt de l'ordre du divorce, blessants ou protecteurs selon l'attention qu'on y porte. Le tamarix fait écrin. Avec le palmier et les bambous géants, bambous verts, bambous noirs, les yuccas peignent un paysage exotique persistant quelle que soit la saison. J'en rêve.

mardi 25 septembre 2018

Ann O'aro, l'écorchée du maloya


En cheveux le visage maquillé par un loup, crâne rasé visage arraché par l'écorce, torse nu à la flûte, photo déchirée, dessin des jambes croisées de la fille violée, la corde du père suicidé, un escargot gluant sur son cou rappelant douloureusement la petite fille assassinée dans le bois du Journal d'une femme de chambre de Buñuel, marchant contre le vent... Les images qui hantent le livret de l'album de Ann O'aro sont explicites, comme les paroles de ses poèmes écorchés. Ils n'arrangeront pas les préjugés sur les incestes perpétués sur l'île de la Réunion, conséquences de l'esclavage et d'une décolonisation bancale. Le chant rappelle les rituels de transe vaudou d'autres îles. Ann O'aro chante en créole, l'autre douleur liée à sa langue qu'elle manie pourtant avec une poésie crue d'une beauté convulsive à couper le souffle, dictée par la danse. La mort, la culpabilité, la violence, la colère transparaissent sans qu'on ait même lu les traductions/explications indispensables de cette jeune femme sauvée par son art. La musique, le maloya, y est sublime, à la fois minimaliste, traditionnelle et résolument intemporelle. La chanteuse est accompagnée aux kayanm (le kayamb est un grand hochet rectangulaire), roulèr (le rouleur est une peau de bœuf tendue sur un tonneau), sati (une percussion métallique), bob (le bobre est une sorte de berimbaù), mais aussi trompette, euphonium et flûtes. Un disque qui devrait faire couler l'encre après le sang.



→ Ann O'aro, cd cobalt produit par Philippe Conrath, Buda Musique, 14,99€

lundi 24 septembre 2018

Bernard Cavanna bouscule le politiquement correct


Nous nous sommes souvent posés la question au sein d'Un Drame Musical Instantané : "peut-on encore faire scandale aujourd'hui comme du temps du Sacre du printemps ou de Déserts ?" Il ne suffit pas d'être sifflé ou hué pendant les applaudissements. Ce n'est là qu'exprimer son mécontentement. Non, il faut choquer, que la provocation dépasse l'entendement, pour générer de saines interrogations, contre le politiquement correct qui lisse tout dans une léthargie soporifique. La semaine dernière je me suis fait reprendre pour avoir utilisé le terme Esquimaux considéré comme péjoratif et donc remplacé par Inuits, sauf que les Yupiks, autre peuple de l'Arctique, ne peuvent hélas s'y reconnaître. Tout dépend évidemment de la manière d'utiliser ces termes, des circonstances et de qui cela vient. Nigger ne résonne pas pareil entre Afro-Américains et dans la bouche d'un raciste. Il n'empêche que voilà le compositeur Bernard Cavanna accusé d'antisémitisme pour avoir mis en musique le pamphlet de Louis-Ferdinand Céline contre Jean-Paul Sartre qui, dans Portrait d'un antisémite, avait écrit : "Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des nazis, c'est qu'il était payé."
Or l'œuvre de Cavanna est quasi brechtienne. Elle suscite maintes questions, que ce soit sur le cas Céline, l'un des plus grands écrivains français de tous les temps qui s'est fourvoyé dans une pensée nauséabonde et criminelle, ou sur les activités quasi collaborationnistes de Sartre sous l'Occupation par exemple. Elle interroge le racisme ordinaire et oblige à regarder autour de soi, voire en soi, comme le suggérait Jean Cayrol en 1955 à la fin de Nuit et brouillard d'Alain Resnais, "Qui de nous veille sur cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue de nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part, parmi nous, il y a des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus. Il y a tous ceux qui n'y croyaient pas, ou seulement de temps en temps. Et il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin." De la Palestine au Mexique en passant par nos propres frontières se montent des murs de la honte. Les bien-pensants s'offusquent, mais ils se voilent la face sur les génocides qui s'enchaînent et, pire, qui se préparent avec le cynisme et l'arrogance des nantis qui imposent un modèle unique de société. Il est probable que si l'œuvre musicale À l'agité du bocal était un film, il passerait comme une lettre à la poste. Buñuel ou Godard en ont savamment profité. On comprendrait le chant nazi qui se fond en coulisses lors de la coda. Les cinéastes ont souvent filmé l'horreur pour la dénoncer, ou ils l'ont suggérée. C'est ce que fait le mieux la musique, suggérer !
Le tohu-bohu de ce "bousin pour 3 ténors dépareillés et ensemble de foire" fait s'entrechoquer la colère et la souffrance, les contradictions que chacun risque un jour de rencontrer lorsqu'il faudra prendre position. Bernard Cavanna est un farceur tout ce qu'il y a de plus sérieux, un artiste engagé qui mêle une cornemuse, un accordéon, un orgue de Barbarie, des percussions sur bouteilles de pinard et une perceuse sur parpaing à l'Ensemble Ars Nova que dirige merveilleusement Philippe Nahon. Le bruit du monde accompagne le langage ordurier de Céline. Il y a du Charles Ives dans cette composition bousculante. Je suis par ailleurs ravi de reconnaître le corniste Patrice Petitdidier et le tubiste Philippe Legris qui accompagnèrent l'aventure du Drame avec le même entrain, ou encore les camarades Pascal Contet et Pierre Charial qui collaborèrent à certains de mes projets les plus fous ou les plus graves. Un ténor chante en voix de fausset, l'autre jodle. Cavanna sort la musique contemporaine des ornières où la bienséance la confine sous des couches de courbettes à lui coller un lumbago perpétuel. Il sait aussi que l'interprète n'est pas celui qu'il incarne. La distance est de mise.


Elle apparaît d'autant mieux dans le DVD qui est vendu avec le CD. Delphine de Blic a réalisé Le caillou dans la chaussure en mettant en scène avec beaucoup d'humour les réactions diverses à cette provocation opératique. Les angles divergent selon les interprétations qu'en font à leur tour les spectateurs. Les mots des uns renvoient au texte de l'autre, le vilain, l'horrible, celui dont on aurait préféré qu'il se taise. C'est d'ailleurs ce que Céline reconnaissait, pas qu'il s'était trompé, le salaud, mais qu'il n'aurait pas dû le dire, le con. En provoquant, Cavanna souligne les contradictions. Il s'amuse de la candeur des uns, de leur prétendue innocence, du danger que représente l'autre, celui qui nous habite et qui génère la haine si l'on n'y prend pas garde. Son introduction à la Cité de la Musique est des plus savoureuses lorsqu'il évoque sa "collaboration" avec l'Orchestre allemand Intercontemporain ! Le multi-écrans reflète le chaos du bousin, les cartons le laissent respirer avant d'écouter l'œuvre dans son intégralité sur le CD, car c'est dans cet ordre que je vous suggère de profiter de ce désordre remarquablement agencé. Je regrette juste que la couverture de ce double album soit si neutre, ne reflétant en rien son caractère explosif...

→ Bernard Cavanna, cd À l'agité du bocal + Delphine de Blic, dvd Le caillou dans la chaussure, L'empreinte digitale, 16,99€

vendredi 21 septembre 2018

Mon Centenaire sur Vital Weekly !


Dans son n°1149, Vital Weekly (The Oldest Online Source for Music Reviews !) chronique mon Centenaire à son tour :
JEAN-JACQUES BIRGÉ - THE 100TH ANNIVERSARY (1952-2052) (CD by GRRRR)
Birgé is a pioneer from France, most known for his work with Un Drame Musical Instantané (1976-2008). He made his first steps in the early 70s experimenting with synthesizers. In the 70s he initiated the return of live music for silent movies. Yes, we are dealing with of a multi-disciplinary artist: composer, improviser, moviemaker, founder of the GRRR-label, etc. I supposed the label had stopped activity, until I reviewed the remarkable work ‘Long Time No Sea’, by his trio El Strøm in 2017 (see Vital Weekly 1092). Now Birgé surprises us with another new work. A work that comes from the future: 2052 to be precise, when Birgé will have his 100th birthday. With this concept Birgé winks at his father who loved science fiction. He composed ten pieces imagining all ten decades that span his hypothetical life span. He turned his archive of recordings and tapes upside down and selected recordings from each – well almost – decade. There are many musicians; singers as Pascale Labbe, Birgitte Lyregaard and his daughter Elsa, but also Bernard Vitet (trumpet), Yves Robert (trombone), Chedmail Nicolas (horn), Didier Petit (cello), and many others. With this old material as a starting point, he composed a work for each decade. Birgé plays himself synthesizer, theremin, Tenori/on, Mascarade Machine, trumpet, flute, inanga, jew´s harp and vocals.The CD closes with ´Tombeau de Birgé, composed and performed by Sacha Gattino. Included is a magnificent 52-pages booklet.
Birgé pictures his life - past, present and future - in imaginative sound works, that move between composed, improvised, collage, audioplay, etc. Birgé has his very own procedures concerning copying and pasting precorded material of musical and non-musical origin. And combining them with musical manoeuvres played by him and his colleagues. Audio works of course, but always created in a way as if he wants to produce a visual world. He never manipulates his sound sources that much. Rain is rain. A car driving by remains a car. But is the way he structures the components into a whole that make his art special. This new album is again an enjoyable example of his unique approach. (DM)
––– Address: http://www.drame.org/

Trois accordéons


Il y a 35 ans l'accordéon devait encore raser les murs pour ne pas subir les moqueries des autres instruments, particulièrement dans le rock et le jazz. Il avait eu ses beaux jours avec le swing de Gus Viseur, Tony Murena, Jo Privat, Marcel Azzola, etc., mais Yvette Horner suivant le Tour de France donnait une image ringarde que raillait le chanteur Antoine fin des années 60. Les musiques traditionnelles n'avaient pas encore le vent en poupe avec les diatoniques et les classiques n'accouchaient que de virtuoses rarement considérés à leur juste valeur malgré leurs incroyables basses chromatiques. Le tango jouissait d'une image plus seyante, en particulier avec Astor Piazzola, compositeur contemporain inventif qui avait réussi à mettre un pied dans la porte. J'ai résumé vite fait où j'en étais lorsque j'ai rencontré l'accordéoniste Michèle Buirette qui jouait du free jazz au sein du groupe Dernier Cri et remplaça Jacques Bidou au pied levé lors d'un concert mémorable que j'avais organisé au 28 rue Dunois en grand orchestre pour mon trentième anniversaire. Tellement séduit, j'avais fini par l'épouser ! À l'époque j'étais également passionné par les morceaux de Raúl Barboza inspirés des indiens Guarani... Les artistes de variétés s'en sont finalement emparés avec des musiciens modernes comme Richard Galliano ou de nombreux revivals, tandis que le jazz a bénéficié de l'ouverture d'esprit des improvisateurs.
Aujourd'hui l'accordéon a conquis ses titres de noblesse au même titre que n'importe quel instrument. Il ne reste plus qu'à la guimbarde et à la scie musicale de suivre l'exemple ! Comme Trần Quang Hải, Wang Li, Joce Mienniel, Sacha Gattino et quelques autres je m'emploie à redorer le blason de ce que les Anglo-saxons appellent jaw harp ou Jew's harp, les Italiens scacciapensieri, les Allemands Maultrommel, etc., un des plus vieux instruments du monde, en particulier en Asie. Quant à la scie musicale je me souviens de Pierre Clémenti en jouant au sein de Crouille Marteaux dont je faisais le light-show au début des années 70.


Ces jours-ci sortent coup sur coup trois albums des meilleurs accordéonistes français actuels, trois manières très différentes de mêler l'ancien "piano du pauvre" aux autres instruments de l'orchestre. L'Aveyronnais Lionel Suarez fonde le Quarteto Gardel avec la trompettiste zélée Airelle Besson, la star du violoncelle Vincent Segal et le percussionniste argentin Minino Garay pour renouer avec le tango de son enfance. Tendre et charmante aventure au cours de laquelle tous les musiciens ont écrit pour le quartet en plus des reprises de Carlos Gardel et du Feuillet d'album d'Emmanuel Chabrier !


Dans son nouvel album Living Being II / Night Walker, le Niçois Vincent Peirani rivalise de virtuosité en s'appropriant des tubes comme Bang Bang de Sonny and Cher (chanté en France par Sheila et Dalida !), Kashmir et Stairway To Heaven de Led Zeppelin, un extrait du Roi Arthur de Purcell ou tirant sur le rock progressif où l'espace est saturé de notes avec des pièces de sa composition. Les tempi lents profitent plus particulièrement aux reprises dans de très beaux arrangements. Accompagné par son alter ego Émile Parisien au sax soprano, Tony Paeleman au Fender Rhodes, Julien Herné à la guitare et à la basse, Yoann Serra à la batterie, Peirani réalise un album au timbre clair, extrêmement séduisant...


Quant au Basque Didier Ithursarry, il publie un duo étonnant avec le saxophoniste prolifique Christophe Monniot dont le sopranino et l'alto semblent avoir épousé la logique du clavier à bretelles. Dans ces Hymnes à l'amour, dont quatre composés par Monniot, les autres par son comparse, ou encore Duke Ellington et Tony Murena, souffle un vent de folie où les anches se fondent librement l'une dans les autres tant et si bien que l'on a l'impression d'un imposant et magnifique instrument solo.

→ Lionel Suarez, Quarteto Gardel, cd Bretelles Prod, dist. L'autre distribution, 12,99€
→ Vincent Peirani, Living Being II / Night Walker, cd (et lp) ACT, 17,50€ (et 20€)
→ Christophe Monniot & Didier Ithursarry, Hymnes à l'amour, cd ONJ Records, dist. L'autre distribution, sortie le 16 novembre 2018

jeudi 20 septembre 2018

Alien Nation


Je n'ai jamais compris cette manie de traduire les titres de film en les transformant totalement, surtout pour se planter à ce point. Parce que, franchement, appeler Futur immédiat, Los Angeles 1991 le film américain Alien Nation qui se voulait l'égal d'Alien et Terminator en 1988, il faut avoir au moins subi une classe de marketing de haut niveau ! On sait pourtant que James Cameron réécrivit le scénario original de Rockne S. O'Bannon, néanmoins sans être crédité. Ce n'est pas sur le nom du réalisateur, Graham Baker, que se fit la publicité de ce thriller de science-fiction, mais sur les trois interprètes, James Caan, Mandy Patinkin et Terence Stamp. Si le duo de flics qui se chamaille est un classique à Hollywood, l'introduction des Nouveaux Arrivants descendus sur Terre en soucoupe volante en tant qu'esclaves préfigure District 9 et Bright... Le film ne laisse donc planer aucun doute sur l'allusion au racisme américain. Il y a 30 ans, s'exerçait au moins un semblant de velléité d'intégration, même si elle n'était pas partagée par tous les protagonistes, ressort dramatique habituel ! Sans la dévoiler, l'intrigue s'appuie sur une spécificité de ces extraterrestres et le recours à la drogue rappelle fondamentalement l'usage qu'en fit la CIA pour détruire la résistance afro-américaine. Voilà donc une excellente surprise que ce film d'action passé pour ma part inaperçu, ressorti aujourd'hui en Blu-ray et DVD avec un master restauré en haute-définition...

Futur immédiat, Los Angeles 1991, Blu-Ray ou DVD Carlotta, 20,06€, sortie le 26 septembre 2018

mercredi 19 septembre 2018

Les allusions perdues


Depuis 13 ans à écrire quotidiennement dans cette colonne je cherche toujours à insuffler des éléments personnels dans mes articles universels et, réciproquement, à digresser largement dans mes billets les plus intimes. Je glisse ça et là des remarques politiques ou philosophiques et j'essaie d'être le plus sincère possible dans tout ce que j'aborde, en choisissant des sujets qui sont peu, pas ou pas encore, abordés dans la presse. Je me suis également fixé d'évoquer ce que j'aime et d'éviter d'éreinter ce qui me déplaît pour ne blesser personne, en particulier les artistes dont je fais partie, ce qui rend ma position forcément délicate. Il m'est arrivé de déroger à cette règle, mais c'était presque toujours en prenant le pied contraire de ce qui se dit sur un personnage suffisamment célèbre pour qu'il se fiche de ma critique acerbe, ou encore sur un sujet trop consensuel. Je n'écris ici jamais sur commande, préférant laisser l'inspiration me dicter mes mots. Cela doit venir naturellement pour que mes deux index se mettent à danser sur le clavier, et il y a miraculeusement chaque jour un sujet qui vient me titiller pour que jamais je n'ai manqué un rendez-vous avec vous. Les 4000 articles de ce blog sont devenus pour moi une mémoire, une petite encyclopédie de mon passage sur cette planète, à laquelle je me réfère souvent car mon disque dur interne est limité, comme tout le monde, et j'oublie volontairement tout ce que je produis pour être capable d'aborder chaque nouveau projet l'esprit libre.
Or il y a une chose que je n'ai jamais révélée, même si quelques uns s'en seront doutés. Secrètement je glisse de temps en temps une confession sous la forme d'une allusion ou d'une allégorie que seule la personne concernée saura déchiffrer. C'est, somme toute, logique dans ce journal extime d'envoyer des bouteilles à la mer ou un pigeon voyageur capable de traverser le pays jusqu'à la frontière. Ce n'est plus alors qu'une question de météo. Les récents chamboulements de ma vie auront ainsi susciter quelques articles qui furent compris à différents niveaux selon le degré d'intimité que j'entretiens avec mes lecteurs. Certains ou certaines ont cru que j'étais souffrant. La souffrance est un domaine suffisamment large pour être inévitable. Mais je les rassure, je suis très rarement malade, du moins gravement, et aucune dépression ne saurait m'accabler au delà de quelques heures ou quelques jours ! Je m'en suis expliqué récemment. Après analyse de tous les marqueurs (cela se pratique par exemple en Belgique), mon homéopathe m'a certifié que mes gènes ont choisi un véhicule tous terrains, même s'ils m'en font voir de toutes les couleurs. Il est aussi possible que ce blog fasse office de thérapie. Chaque matin, le fait d'avoir publié un article entre minuit et l'aube revient à amorcer la pompe et, après quelques heures de sommeil, je peux me mettre au travail aussitôt levé. Au fil des années, tout au long de ces lignes comme dans mes chansons, il m'est donc arrivé d'exprimer mon courroux, une déception, mes espérances, un sourire, un crush, un mouvement de tendresse, une larme, mon désir, sans oser en dire plus pour ne gêner personne à commencer par moi-même, incapable de contenir mes émotions. J'ai vaincu ainsi ma timidité initiale en montant sur scène ou en chaire, assumant une position extravertie, capable de confessions impudiques ou distribuant généreusement à mon tour ce qui me fut transmis ou que j'ai découvert en marchant.
Les allusions perdues ne le sont pas pour tout le monde, et chacun, chacune, peut se faire son propre cinéma en tentant de deviner ce qui se cache derrière chaque phrase que je rédige, car si, comme l'écrivait Jean Cocteau, "certains s'amusent sans arrière-pensée", mes récits son toujours gigognes, semblables à des poupées russes. Toute mon œuvre est construite sur la multiplicité des interprétations. Elles sont toutes vraies car, comme le proclamait à son tour Jean-Luc Godard, "ce qui est important ce n'est pas le message, mais le regard." Pourtant, en écrivant, je pense parfois à une personne en particulier, un fantôme, un rêve, une tribu, un ami, à l'amour et à la vie qui s'écoule et dont on peut changer le cours souvent par quelques mots, pour commencer...

mardi 18 septembre 2018

Bartók Impressions, la revanche


Au tout début du XXe siècle, comme son ami Zoltán Kodály, autre pionnier de l’ethnomusicologie, le compositeur Béla Bartók passa des années à faire du collectage dans les villages hongrois, puis slovaques et roumains. Il proclamera que ce furent ses plus belles années, à enregistrer les paysans et à transcrire ce qu'il avait réussi à leur faire jouer et chanter. Ces milliers d'airs populaires alimenteront son œuvre où je retrouve les travaux sur les modes à transposition limitée de mon camarade Bernard Vitet qui avait construit tout un système de cadrans et d'horloge que j'espère voir un jour appliquer à un système informatique.
Le nationalisme de Bartók n'a rien à voir avec celui de Viktor Orbán. Le compositeur revendiquait de chercher son inspiration dans ses propres terroirs plutôt que de rapporter celui de Bali ou d'Espagne comme ses contemporains Debussy ou Ravel. Aujourd'hui les musiciens français s'affranchissent ainsi de plus en plus de l'hégémonie étatsunienne ou anglo-saxonne en revisitant leur patrimoine historique ou en reprenant les chansons populaires actuelles. Dans la Hongrie de la Fidesz qui sombre dans la dictature, le sexisme, le racisme et l'ostracisation de ses minorités ethniques, il est logique que la résistance s'organise dans les foyers culturels. La musique y est particulièrement vivante et inventive, comme elle le fut d'abord par son folklore foisonnant à côté des influences tziganes, puis avec Liszt, Kodály, Bartók, Joseph Kosma, et plus près de nous György Kurtág, Péter Eötvös et évidemment György Ligeti... Le label BMC (Budapest Music Center) produit quantité de disques formidables de "jazzmen" qui ont merveilleusement repris le flambeau.
Or justement le contrebassiste hongrois Mátyás Szandai et le violoniste français Mathias Lévy (entendu récemment aux côtés de Louise Jallu) qui vivent tous deux à Paris, plus le joueur de cymbalum Miklós Lukács (déjà salué dans cette colonne), improvisent d'après des pièces composées à l'origine par Bartók, assumant leurs affinités avec les musiques traditionnelles et dressant un pont avec le XXIe siècle qu'ils revendiquent absolument dans leur manière de les appréhender. Le jazz, comme le tango, fait partie des musiques populaires, au même niveau de création que ce que la bourgeoisie appelle avec arrogance les musiques savantes. Le trio s'imprégnant de leurs Bartók Impressions n'a rien d'iconoclaste lorsqu'il s'écarte de la partition pour s'approprier à leur tour un patrimoine exceptionnel. Ils arrangent ainsi certains Mikrokosmos composés à l'origine pour piano, un duo pour violons, des chants de Noël roumains, des rythmes bulgares ou le quatrième mouvement du Concerto pour orchestre avec une dansante inventivité qui rend hommage au compositeur mort dans la misère à New York en 1945. Edgar Varèse est présent lors de ses obsèques. Depuis, on l'aura jamais autant joué. Szandai, Lévy et Lukács seraient-ils des adeptes de la métempsychose à le faire renaître ainsi encore et en corps ?

→ Matyas Szandai, Mathias Levy, Miklos Lukacs, Bartók Impressions, cd BMC, dist. L'autre distribution, sortie le 5 octobre 2018
→ concert le 20 octobre au Comptoir, Fontenay-sous-Bois, c'est à côté de chez moi / le 7 novembre, festival Jazzycolor à l'Institut Hongrois de Paris, à peine plus loin / le 14 décembre au Triton, Les Lilas, carrément la porte à côté...

lundi 17 septembre 2018

Littéral



Il suffit d’un mot pour se souvenir
Souvent d’aucun pour oublier
J’aurais pu cent fois te le dire
Mais aurais-je osé te réveiller ?

Car si la nuit porte conseil
C’est à l’oreille qu’elle me susurre
Les mots que dicte le sommeil
Comme la trace d’une morsure

Mes yeux s’embuent à trop y voir
Sur le damier des rêves lents
La couleur vive dans le noir
Des mots cachés qui font sans blanc

Il suffit d’un mot pour se souvenir
Souvent d’aucun pour oublier
J’aurais pu cette fois te le dire
Je n'ai pas osé te réveiller

vendredi 14 septembre 2018

Sounds of Mirrors de Dhafer Youssef


Il y a des disques que l'on peut écouter en boucle, que l'on soit triste ou gai, seul ou accompagné, en plein soleil ou sous la lune, que les fenêtres soient grandes ouvertes à midi ou tard dans l'obscurité de la chambre... Les arabesques de Dhafer Youssef vous prennent au lasso et vous nouent comme une poupée de bondage. Le chanteur et oudiste tunisien fait d'abord tourner le disque de ses Sounds of Mirrors sur rythmiques des tablâs indiens de Zakir Hussain, fils du célèbre Alla Rakha dont j'adorais les peaux épousant ses extravagantes figures vocales. La voix de tête de Dhafer Youssef se mêle à la clarinette du Turc Hüsnü Şenlendirici tant que l'on ne sait plus qui de l'anche ou des cordes vocales font danser les volutes de fumée. Un nuage se forme alors sous les cordes de la guitare du Norvégien Eivind Aarset jusqu'à tisser un tapis volant au-dessus des continents. Enregistré à Bombay puis à Istanbul cet équipage qui parle le même langage se retrouve mixé à Göteborg en Suède.


Comme souvent les étiquettes valsent, certains parlent de nu jazz, d'autres de musique traditionnelle inventive, j'entends essentiellement le son épuré des pays du nord avec les accents chantants de ceux du sud. Dhafer Youssef a la chance de traverser la Méditerranée sans les dangers qu'affrontent quotidiennement les migrants d'Afrique et d'Asie mineure alors que l'Occident se nourrit de l'Orient. Comment peut-on être insensible à ces génies libérés de la bouteille où les avaient enfermés d'absurdes préjugés ?

→ Dhafer Youssef, Sounds of Mirrors, cd Anteprima, sortie le 5 octobre 2018

jeudi 13 septembre 2018

Un jour sans fin


Désireux d'avoir une vie plus saine, j'ai décidé de marcher tous les matins. Ma fille a insisté : "c'est 20 minutes à jeun ou bien 40 minutes en ayant mangé". J'ai choisi "à jeun" ! L'exemple des anciens m'a convaincu qu'il fallait s'y prendre tôt. Ma mère se faisait déposer devant le restaurant tandis que mon père allait garer sa voiture : aujourd'hui elle n'est plus autonome, condamnée à se déplacer difficilement avec un déambulateur. En tournée Bernard restait toujours à l'hôtel pendant que Francis et moi arpentions les villes de long en large : ses dernières années ont été particulièrement douloureuses. De temps en temps je rencontre des dames alertes qui ont dépassé les 90 ans : elles me répondent qu'elles marchent deux heures chaque jour pour garder la forme. Même tard Tonton Giraï rentrait chez lui à pied en chantonnant, ce qui faisait en plus fonctionner sa mémoire. La tête et les jambes, c'est le secret d'une vieillesse indépendante et vigoureuse, et cela se prépare donc longtemps à l'avance.
Je descends souvent vers le parc du Château de l'Étang où je croise une voisine qui fait son jogging. "Bonjour Madame !". "Bonjour Monsieur !". Je ne cours jamais, je marche vite les bras ballants en respiration ventrale et en serrant les fesses quand j'y pense. Comme j'ai inauguré cette discipline début juillet lorsque je me suis retrouvé seul, il n'y avait pas grand monde sur mon passage. De temps en temps je m'arrête discuter avec les employés municipaux qui s'occupent du jardin, mais le plus souvent je file. À la rentrée de septembre, les rues se sont soudainement peuplées. Le parc ouvre ses portes vers 8h05, bien qu'annoncées à 8h30. En remontant je croise les enfants qui partent à l'école, le cycliste barbu qui fonce comme un fou, l'employé municipal qui ramasse les papiers gras, les gens qui ouvrent leurs volets, mais plus nous avançons dans le mois, plus ces évènements se figent dans une répétition troublante. J'ai la pénible impression de faire du sur-place. Cette promenade matinale finit par ressembler vertigineusement au jour de la marmotte dans le film Un jour sans fin (Groundhog Day) de Harold Ramis avec Bill Murray.
Pour lutter contre cette désagréable impression je change systématiquement d'itinéraire, découvrant ainsi des rues que j'ignorais jusqu'ici. Mais le train-train quotidien me rattrape un jour ou l'autre, car les responsabilités et les obligations nous condamnent trop souvent à vivre en boucle. Je guette alors le moindre évènement qui rompt cette monotonie. Pourtant j'enchaîne systématiquement avec 20 minutes du sauna que j'ai fait chauffer pendant ce temps-là. Heureusement le robot musical de Radio Libertaire propose chaque jour un programme aléatoire différent ou bien j'écoute des disques en leur accordant toute mon attention puisque je ne fais rien d'autre. Quoi qu'il en soit, je ferais n'importe quoi pour ne jamais répéter une même situation. J'ai sans cesse besoin d'être surpris, étonné, découvrir de nouveaux horizons, choisir des angles inédits qui éclairent le monde sous un jour nouveau...

mercredi 12 septembre 2018

Alphonse Mucha au Musée du Luxembourg


Je découvris Alfons Mucha à Maule en 1975 chez l'écrivain Claude Ollier qui possédait un extraordinaire ouvrage à la gloire des biscuits LU. L'artiste tchèque avait dessiné des boîtes en métal pour Lefèvre-Utile qui me faisaient rêver autant que les gâteaux qu'ils avaient contenus, flattant naturellement ma gourmandise pâtissière et mes goûts tarabiscotés pour tout ce que j'assimilais au baroque.


Le Musée du Luxembourg expose le représentant le plus célèbre de l'Art Nouveau. Né en 1860 en Moravie, l'illustrateur s'installe à Paris en 1887, fait plusieurs voyages aux États-Unis avant de retourner à Prague où il meurt en 1939 après avoir été arrêté et interrogé par la Gestapo pour son nationalisme affirmé et sa participation active à la franc-maçonnerie. Les cimaises peintes au couleurs de ses œuvres (bleu clair ou sombre, mauve et violet, gris et rouge foncés...) font ressortir ses affiches, lithographies, pastels, aquarelles, toiles, etc. L'élégante scénographie de l'Atelier Maciej Fiszer nous plonge ainsi dans une époque marquée par les écrits de Zweig, Musil, Kafka ou Schnitzler, mon préféré avec le documentariste Sigmund Freud, qui me sont aussi précieux que Mahler, l'École de Vienne ou Leoš Janáček.
À la sortie, je traverse la librairie qui déborde de produits dérivés, à nous faire croire qu'il s'agit du bouquet final, et en repars avec un triple CD de Nathalie Joly interprétant les chansons de la mordante et caustique Yvette Guilbert, pionnière absolue du parlé chanté, ancêtre du sprechgesang et du slam ! Elle incarne la version française de cette époque où Paris acquérait sa légende, ville lumière et refuge des artistes, des exilés et des amoureux. Les temps ont bien changé sous les coups de butoir de la réaction qui a oublié que c'était justement son aspect cosmopolite qui avait accordé à notre capitale (avec un e final, que l'on ne se méprenne pas !) son aura magique.


Comme dans presque toutes les expositions, les salles tentent de suivre la chronologie (Un bohémien à Paris, Le cosmopolite, Un inventeur d'images populaires), puis abordent les intentions de l'artiste (Le mystique où se devinent quelques ectoplasmes, Le patriote avec L'épopée slave projetée sur écran panoramique, Artiste et philosophe teinté d'humanisme pacifiste). Pourtant, en admirant son travail pour le papier à cigarettes Job, les fleurs de pavot de ses éventails et les volutes psychédéliques de son art nouveau qui ont tant influencé les graphistes pop des années 1960, je me suis demandé si Alfons Mucha n'avait pas tâté des substances qui font voyager loin !


De même, ses vitraux m'ont rappelé à quel point Alfons Mucha avait marqué les dessinateurs de bande dessinée comme Philippe Druillet ou Moebius. Si son "art nouveau" marqua le début du XXe siècle il servit également d'inspiration à un renouveau de l'art appliqué chez les graphistes "rococo" de la seconde moitié de ce même siècle.



Alphonse Mucha, exposition au Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard à Paris, jusqu'au 27 janvier 2019

mardi 11 septembre 2018

Le matin ne pas se raser les antennes


Vendredi dernier, jour de la sortie de l'album de mon Centenaire, le journal Libération prit soin de transcrire la légende de l'autoportrait paru en tête des trois colonnes que m'a consacrées Jacques Denis : "Le matin ne pas se raser les antennes" est une des nombreuses maximes de Jean Cocteau, la première du chapitre D'une conduite dans le Journal d'un inconnu. Au début des années 2000 je l'avais fait imprimer sur mes cartes de visite en sous-titre d'une photo de tournage de Faust de F.W. Murnau. Claire et Étienne Mineur en avaient d'ailleurs conçu le graphisme, avec la même élégance qui s'étalent sur les 52 pages de mon nouvel album, illustrées par une photo de ma trombine à chaque étape de ma transformation au fil du siècle...
Le choix de ce selfie est évidemment parfaitement adapté à ce projet d'autofiction. Passé la référence à mon système pileux et à la métaphore cocktail, la glace à trois faces (bonjour, cinéma !) réfléchit le même personnage, au fil du rasoir, sous des angles différents, clé de mon travail. Illustrer l'article par une photo qui n'est pas d'aujourd'hui est également un clin d'œil à ce projet que Libération qualifie de rétro-futuriste. Les années 2000 représentent en effet la sixième décennie que j'ai composée pour cette commémoration anticipée, voire d'anticipation. La fenêtre est ouverte sans que l'on sache si elle se situe devant ou derrière moi, or les deux me conviennent, quitte à produire un courant d'air et faire claquer les portes dont j'adore entendre le bruit. Chaque matin je fais donc attention de ne pas sortir du cadre, que ce soit physiquement dans la salle de bain, ou métaphoriquement dans un difficile exercice d'équilibre où morale et libido me servent de balancier. Le soir je ne m'endors jamais sans avoir appris quelque chose de ma journée, et le lendemain matin je me réveille très tôt, frais et dispos, pour m'atteler à ce que la vie réserve de meilleur et de plus surprenant.
Je me souviens que la chemise que je porte sur cette photo fut cousue par la plasticienne Marie-Christine Gayffier pour l'un de mes anniversaires, bien avant le dernier ou l'ultime, détail qui peut sembler anodin sauf si l'on connaît ma coquetterie à porter des vêtements qui sortent de l'ordinaire, réponse colorée à l'univers urbain sinistre et barbant qui nous entoure.

lundi 10 septembre 2018

Sharp Objects de Jean-Marc Vallée


Si Big Little Lies se déroulait chez les bobos de Monterey, la nouvelle mini-série de Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Dallas Buyers Club, Wild, Demolition) met en scène les provinciaux coincés du Missouri. On y retrouve une forte critique du machisme et de ses conséquences sur la gente féminine, mais c'est encore et surtout une plongée dans les méandres de la folie que génère la pathologie familiale, source de toutes les névroses. Dans ce thriller vertigineux l'héroïne est une jeune journaliste du St Louis Daily qui retourne dans sa ville natale pour enquêter sur le meurtre de jeunes adolescentes.


Des flashbacks ponctuent le récit comme des lames coupantes qui s'enfoncent dans la chair de Camille Preaker interprétée par Amy Adams, si secouée par ce rôle éprouvant qu'elle refuse une seconde saison. La durée de Sharp Objects, nouveau très-long-métrage en 8 épisodes, permet à Vallée de prendre son temps pour creuser le non-dit en suggérant plus qu'il n'expose explicitement. J'ai apprécié qu'il utilise intelligemment la musique en travaillant par exemple sur le timbre des espaces où elle est diffusée. Comme pour la précédente mini-série, si la chute est annoncée, c'est seulement dans le générique de fin qu'il enfonce une fois de plus le couteau dans la plaie par un ultime coup de théâtre.

samedi 8 septembre 2018

Mon Centenaire en CD dans Libération


Après Télérama et Citizen Jazz, Jacques Denis évoque l'album de mon Centenaire dans Libération avec en illustration une photo intitulée "Le matin ne pas se raser les antennes" (2010). Je reviendrai sur cet autoportrait mardi dans ce blog...

Dans un album rétrofuturiste, le musicien conceptuel revisite les sonorités de chaque décennie, depuis sa naissance en 1952 jusqu’à la date de son centenaire fantasmé.

Fondateur du label de disques GRRR, compositeur au sein du Drame musical instantané, blogueur pour Mediapart, prosateur pour les Allumés du jazz, improvisateur par nature, expérimentateur par désir, bidouilleur laborantin avant l’heure, Jean-Jacques Birgé est un agitateur d’idées, comme les généreuses années 70 surent en générer tant. Depuis bientôt un demi-siècle, il ne cesse de produire des projets, souvent conceptuels, jamais dénués de charnel, où il interroge la nature même de la musique, entendue comme un ensemble de vibrations qui parlent de (et à) la société des humains. A un âge où beaucoup s’assoupissent sur leurs carrières, où d’autres gèrent leur retraite, lui continue de cogiter sur cette matière première qu’est le son, sur ce qu’elle peut susciter de réflexions et d’inflexions.
C’est de cette oreille qu’il faut appréhender cet album qui célèbre avec une délicieuse ironie son Centenaire, une mise en abyme biographique qui va de 1952, sa naissance, à 2052, il faut bien une fin. Soit une vraie-fausse autocélébration qu’il entend tel un clin d’œil à Orson Welles, à ses films Arkadin et surtout F for Fake. «Pour comprendre ma musique, il faut se tourner vers le cinéma, confie-t-il. Mon approche est encyclopédique, mais la syntaxe est résolument cinématographique. Je pense que c’est ce qui en fait l’originalité. C’était une manière de pallier mes incompétences. Je suis un autodidacte en musique, mais pas en tant qu’artiste.»

Vignettes

Tant dans la scénarisation de l’histoire (la sienne, découpée par décennies, avec son portrait qui vieillit au fil des pages du livret), que dans le casting des musiciens (du regretté trompettiste Bernard Vitet au violoncelliste Vincent Ségal en passant par les voix de son père et de sa sœur ressorties d’une archive de 1958), ou dans le montage des séquences, résonnent en creux ses études à l’Idhec, l’ancien nom de la Femis. «Metteur en sons», ce pourrait être une autre définition de ce «copernicien marxiste», pour qui la dialectique peut parfois casser quelques briques. Les mots - trafiqués, samplés, cuttés, scandés… - comptent aussi dans ce drôle de carnet de notes.
A travers son propre parcours, celui d’un concepteur d’albums dont le premier instrument fut le magnétophone, cet homme de studio plus que de scène invite à revisiter/regarder l’histoire de la musique enregistrée. Chaque décennie évoquée fait écho aussi bien aux esthétiques qu’aux techniques utilisées alors : les millésimes en mode improvisation bien balancée, l’heure des échantillonnages et des claviers aux sonorités étranges - une de ses marottes -, le temps du grand mix electro-organique avec les années 2.0, avant d’entrer dans la prospective.

Empreintes

Jean-Jacques Birgé,s’est toujours plu à manipuler et à jouer avec les nouveaux supports : CD, CD-rom, tablettes, cloud… Et ainsi de suite. Voilà pourquoi cet objet improbable n’est en rien la manifestation d’une quelconque nostalgie, si ce n’est celle du futur. «Il faut sans cesse s’affranchir du passé tout en s’appuyant dessus», insiste ce fervent partisan du temps présent.
Plus que de bilan, il s’agit donc, au cours de cet ego-trip rétrofuturiste, d’ouvrir des perspectives en repartant des empreintes essaimées, des cycles jamais tout à fait achevés, en imaginant aussi les pistes possibles pour demain. Jusqu’au Tombeau final, où Birgé laisse Sacha Gattino lui composer un hommage, avec boîte à musique vintage, sifflements planants et battement électronique. A l’heure de l’ultime rembobinage, cela sonne comme une boucle poétique, qui renvoie à la séquence d’ouverture, un siècle plus tôt. Comme si le temps était sphérique, comme une ultime pirouette pour dire qu’aux voies rectilignes il faudra toujours préférer suivre les courbes sinusoïdales…

Jacques Denis

Centenaire de Jean-Jacques Birgé 1952-2052 (GRRR).

vendredi 7 septembre 2018

Exclusivement sur Internet !


La presse papier en retard de plusieurs métros, déconnectée des nouveaux usages, refuse de chroniquer les albums exclusivement en ligne. Cette ineptie coûte cher aux musiciens et aux labels indépendants qui sont obligés de faire imprimer des CD au minimum sous enveloppes en carton, au maximum sous packaging plus seyant. Lorsque le CD fait partie d'un objet particulièrement soigné, luxueux livret illustré, travail graphique et textes conséquents, il n'y a pas de regret, mais le plus souvent les auditeurs se passent très bien de la formule physique la plus rébarbative. Issue de la vieille école du vinyle, il est certain que je préfère néanmoins avoir entre les mains un bel objet plutôt qu'un fichier dématérialisé. J'écoute les CD sur ma chaîne hi-fi alors que la virtualité se contente le plus souvent des haut-parleurs de mon ordinateur. La plupart des disques ne se vendant plus qu'à la fin des concerts, il est pourtant absurde de presser quelques centaines d'exemplaires pour une presse qui n'a même plus d'espace dans ses colonnes pour en parler !
Internet permet en outre de publier des formats qui feraient exploser la durée d'un CD ou d'un vinyle. Ainsi Poisons d'Un Drame Musical Instantané dure 24 heures ! C'est l'équivalent des séries TV de qualité par rapport aux films qui sortent en salles. Il aura fallu du temps pour que les cinéphiles en apprécient le suc. J'adore également enregistrer un album le vendredi et publier le résultat avec pochette et crédits le lundi suivant ! Je pourrais prétendre que la musique n'a absolument rien à voir avec le support ; c'est vrai et faux à la fois. Dans cette polémique, on parle trop souvent du contenant en faisant abstraction du contenu, comme les audiophiles qui font écouter leur matériel en se fichant totalement des œuvres qui les traversent. D'une part la musique existe quel que soit le support, mais d'autre part à chaque support correspond un projet et chaque projet suggère tel ou tel support. Les conditions sociales et matérielles dans lesquelles s'inscrit la production musicale influent forcément sur la nature des œuvres. Combien d'artistes se plient ainsi à la mode au lieu de profiter de leur liberté de créer !
C'est donc avec une joie non dissimulée que je lis les chroniques que Citizen Jazz publie de mes albums exclusivement en ligne, en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org et depuis peu sur BandCamp. Cette plateforme les diffuse gratuitement dans une formule limitée dans le temps, et payante moyennant un pourcentage de 10% ou selon le degré de solidarité des amateurs de nos créations sonores. Ainsi dans son dernier numéro qui me consacre un imposant dossier avec entretien et la mention ÉLU pour mon récent Centenaire qui sort officiellement aujourd'hui, on trouvera sous la plume de Nicolas Dourlhès un compte-rendu de 8 albums virtuels les plus récents parus chez GRRR, soit deux volumes de Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (2015) avec d'une part le trompettiste Médéric Collignon et le guitariste Julien Desprez, et d'autre part l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang, L'isthme des ismes (2017) avec Hoang et le batteur Samuel Ber, Arlequin (2015) et Défis de prononciation (2017) avec la chanteuse-bassoniste Sophie Bernado et la chanteuse-vibraphoniste Linda Edsjö, Harpon (2016) et Paradis (2017) avec la platiniste Amandine Casadamont, Carambolages (2016) pour l'exposition de Jean-Hubert Martin au Grand Palais...

jeudi 6 septembre 2018

Michel Houellebecq, Rétablissement des faits à l'appui


Dans Le Nouveau Magazine Littéraire qui rassemble un dossier Chanson dans son numéro de septembre, Gonzague Dupleix évoque les incartades musicales de Michel Houellebecq dont évidemment celles de notre collaboration depuis 1996 jusqu'à son exposition au Palais de Tokyo dix ans plus tard où je m'étais occupé du juke-box dans une salle transformée en bar pour fumeurs. L'an passé, j'avais également participé à son Cahier de l'Herne que l'on peut considérer comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites. Suite à cet article je préfère rétablir l'ordre des évènements et préciser les faits preuves à l'appui pour ne pas que la légende prime sur la réalité.
Pour commencer, rétablissons la chronologie. La soirée du Café de Flore où je le conduis pour qu'il reçoive son Prix a précédé (et non l'inverse) le concert de la Fondation Cartier où nous jouions en première partie de Patti Smith. Nous avons enregistré deux CD, le premier en public au Théâtre du Rond-Point dans le cadre des Poétiques de Radio France, le second sur GRRR, mon propre label, à la demande de Michel. Le Prix de Flore se tient au moment du premier, le concert fêtant le Xe anniversaire des Inrocks plusieurs mois plus tard, le lendemain de l'enregistrement d'Établissement d'un ciel d'alternance qui faisait office pour nous de répétition, seuls dans le studio. Si la musique du premier, Le sens du combat, était instantanée avec la participation de la soprano Martine Viard, le second en duo est totalement écrit. On se reportera à mes articles (liens ci-dessus) pour plus de précisions !
Je suis surpris de constater que le seul CD conseillé à l'écoute dans l'article du Magazine Littéraire est Présence humaine, fruit de la collaboration de Houellebecq avec Bertrand Burgalat que le poète n'affectait pas vraiment, à tel point qu'il décida de l'exclure de son exposition pour ne proposer que celles avec Iggy Pop, Jean-Louis Aubert et la nôtre. Gonzague Dupleix rappelle les mots de Houellebecq dans le texte manuscrit qui figure dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.» Et le journaliste de conclure en enfonçant le clou : « Mais là on s'aventure bien au delà des bouées. Car combien de travaux jugés inaboutis ont été portés aux nues pour combien de chefs d'œuvre foulés aux pieds ? Michel Houellebecq est vaniteux, il aime qu'on l'applaudisse, il l'a de nombreuses fois dit. Qu'il soit donc tenu responsable d'un album culte.» Malgré cela, le disque signalé à écouter par le responsable de l'iconographie est une fois de plus celui de Burgalat, contredisant les propos de l'un et de l'autre ! Je n'ai évidemment pas la force de frappe du service de communication de son label Tricatel...
J'ai dit, écrit et répété que quoi que vous pensiez de l'écrivain, de ses propos publics, de ses romans, il faut absolument écouter la remarquable interprétation qu'il fit de ses poèmes dans Établissement d'un ciel d'alternance. Parlons-en ensuite, et de la musique qui l'accompagne, au lieu de ressasser les mêmes lieux communs qui n'ont rien à voir avec cette œuvre, que ce soit sur sa carrière discographique ou sur le sens du combat. Précisons enfin qu'à aucun moment il ne s'est agi dans notre cas heureusement de chansons, mais d'une récitation que nous rapprochâmes plutôt du slam. C'est un travail auquel je tiens beaucoup et qui fait suite aux nombreuses lectures et spectacles où j'ai marié littérature et musique...

mercredi 5 septembre 2018

La flamme retrouvée


En vérité j'avais froid. La mise en ligne d'albums inédits sur Bandcamp m'avait vissé sur mon fauteuil face au jardin tout l'après-midi. Le matin j'avais fait des courses chez les Coréens de l'Opéra, moins chers que leurs collègues japonais. Calamars et poulpe crus marinés dans une sauce pimentée à se damner, kimbap, ozousai, ail noir, papatto furi furi, champignons nametake, salades d'algues, moutarde extra-forte à réveiller un mort, sauce de soja au kombu, crème de sésame, etc. Je commence par K-Mart pour les produits frais du traiteur et je termine chez ACE qui ne propose pas le même assortiment de sauces et d'assaisonnement pour le riz.
Après avoir donc mis en ligne les chefs d'œuvre classiques inédits interprétés au piano par la jeune Brigitte Vée, les Chansons imprévisbles en duo avec Birgitte Lyregaard et le trio avec l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang, j'ai commencé à frissonner (de l'anglicisme free sons). Ce week-end j'avais fait de même pour le premier volume d'Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec le chanteur-cornettiste Médéric Collignon et le guitariste Julien Desprez, le trio original d'Un Drame Musical Instantané de 1984 avec le trompettiste Bernard Vitet et le guitariste Francis Gorgé, ainsi que la pièce de théâtre musical Un théâtre de dernier ordre en quartet avec la chanteuse Françoise Achard sur un texte du cinéaste Josef von Sternberg. C'est du boulot, mais cela me change de la promo de mon Centenaire !
J'avais préparé le feu début juin lorsqu'il faisait froid et la canicule l'avait laissé en plan. Le ramoneur était même passé entre temps. Brûler des cageots en guise de petit bois entartre considérablement les parois de la cheminée d'un résidus gras dangereusement inflammable. C'est un peu comme avec les éclairages du jardin, j'ai tendance à l'allumer surtout lorsque je reçois des visiteurs. J'appelle cela "mettre le jet d'eau" en référence au film Mon oncle de Jacques Tati. C'est idiot si je dois attraper froid, d'autant que je n'ai pas encore repris ma cure quotidienne de CitroPlus, quinze gouttes d'extrait de pépins de pamplemousse qui évitent en amont rhumes et angines. Deux bûches ainsi suffisent pour me réchauffer plusieurs heures jusqu'à mon départ pour le concert solo de Roberto Negro à l'Ermitage.


Alors que l'enregistrement de l'album est très délicat, la scène renvoie une prestation musclée, deux faces d'un même projet qui se complètent admirablement. De plus, la création visuelle d'Alessandro Vuillermin souligne la forme spectaculaire par des projections et une scénographie lumineuse. C'est toujours agréable lorsque des musiciens s'en préoccupent ! Le piano préparé et les effets électroniques y trouvent un écho évident.

mardi 4 septembre 2018

Les feuilles mortes


J'en avais marre des râteaux. Il y avait longtemps. Bing, un vrai slapstick ! J'augmente les risques, mais j'ai troqué le dernier contre un aspirateur-broyeur. À bien réfléchir, c'est mieux pour entretenir mon jardin. Les surfaces sont trop disparates. Parler à mots couverts peut créer des quiproquos. Je rassemble les feuilles mortes en un coup de balai et je mets le turbo pour passer à autre chose. Quel que soit le terrain, avec la sangle sur mon épaule, une chose est certaine, je suis bien vivant. C'est Ça qui "conte"...

lundi 3 septembre 2018

Citizen Jazz me gâte


En plus d'être en couverture de l'édition de Citizen Jazz, le magazine en ligne (depuis 2001 !) m'offre un long entretien avec Franpi Barriaux chroniquant l'album de mon Centenaire qui sort ces jours-ci tandis que Nicolas Dourlhès revient sur une dizaine de mes enregistrements les plus récents. Au travers de ces trois approches se dessine un joli portrait où je crois me reconnaître... Sans oublier 3 titres sur 15 dans la Playlist des Zélés Élus !

Le magazine a spatialement ses limites que je comprends aisément, mais les coupes astucieusement réalisées par Matthieu Jouan ont fait disparaître Étienne Mineur à qui je dois l'admirable travail graphique de mon Centenaire. Merci Etienne pour ces 52 pages hautes en couleurs ! Comme je ne me souviens plus de ce que j'ai raconté, l'ensemble me paraît tout à fait cohérent, à part mon allusion à mes exploits cinématographiques de 1993 en Algérie, en Afrique du Sud et à Sarajevo pendant le siège. J'y étais comme réalisateur, petit détail qui n'était déjà pas très clair dans la version intégrale ! Hors ces deux points, je jubile avec le reste de l'équipe, et je remercie Christian Taillemite pour ses photos qui complètent la belle orange de Sonia Cruchon et mon autoportrait devant miroir que j'appellerai L'homme de Shangaï en hommage à Orson Welles qui est l'une des inspirations de mon album borgésien. J'avoue qu'après l'article de mercredi dernier dans Télérama écrit par Louis-Julien Nicolaou, voilà qui commence bien la semaine !

C'est bien agréable de répondre à des questions intelligentes (d'autres m'en ont posées cette semaine, mais leur publication est pour un peu plus tard et c'est chouette de savoir que cela va suivre !) comme celles de Franpi Barriaux sous la rubrique "Entretiens" ou de lire des chroniques d'albums exclusivement en ligne sur Internet que la presse papier néglige depuis bientôt dix ans en ne s'intéressant qu'aux disques physiquement palpables. Ainsi, sous la rubrique "Tribunes", Nicolas Dourlhès évoque-t-il les plus récents, soit deux volumes de Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (2015) avec d'une part Médéric Collignon et Julien Desprez, et d'autre part Pascal Contet et Antonin-Tri Hoang, L'isthme des ismes (2017) avec Hoang et Samuel Ber, Arlequin (2015) et Défis de prononciation (2017) avec Sophie Bernado et Linda Edsjö, Harpon (2016) et Paradis (2017) avec Amandine Casadamont, Carambolages (2016) pour l'exposition de Jean-Hubert Martin au Grand Palais... Pour terminer, commençons avec l'album de mon Centenaire qui sort donc cette semaine et que raconte Franpi Barriaux sous la rubrique "Chroniques".

Centenaire de Jean-Jacques Birgé / The 100th Anniversary, cd GRRR, distribution Orkhêstra ainsi que Les Allumés du Jazz et BandCamp).

samedi 1 septembre 2018

Bel article dans Télérama


Super article de Louis-Julien Nicolaou dans Télérama qui me réjouit et me rajeunit. Juste un détail, sur mon Centenaire le violoncelliste Vincent Segal (sans accent sur le e) joue exceptionnellement de la basse électrique !