Jean-Jacques Birgé

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mardi 20 octobre 2020

Sun Sun Yip exposé à la Biennale de Bangkok


Mon ami Sun Sun Yip nous invite à l'exposition du cloud 9 pavillon, qui fait partie d'un événement de la Bangkok Biennale 2020. C'est une occasion de revoir quelques œuvres de ses années digitales et aussi de découvrir les œuvres des autre artistes. Pour y aller, pas besoin de prendre l'avion, il suffit de cliquer sur le lien suivant : https://cloud9pavilion.weebly.com/.
Pour plus d'information concernant cet événement, voir la communication presse.
Sun Sun Yip y présente, entre autres autres, G10 dont, il y a 10 ans, j'avais composé la musique pour frein, un instrument original conçu et fabriqué au début des années 70 par Bernard Vitet dont la présence me manque cruellement ; c'est une contrebasse électrique à tension variable.


Il avait fallu à Sun Sun Yip un an de calcul avec trois ordinateurs à raison de trente minutes par image pour en venir à bout. Jusque là, je n'en connaissais qu'un agrandissement photographique d'un mètre cinquante de haut. J'ai composé une pièce de 18 minutes pour cordes transformées électro-acoustiquement qui rappelle les flux liquides qui s'échappent de l'objet impossible comme si c'était une fontaine, mais ce n'est pas de l'eau. L'œuvre rouge vif, G10 pour graine 2010, se réfère à la vie, à l'énergie, mais n'a rien à voir avec un cœur. Le choix des cordes a également pour mission d'empêcher toute interprétation hâtive de l'objet. J'ai enregistré cinq prises, les trois premières avec le frein, les deux dernières avec un hou-k'in, violon vietnamien cousin du erhu chinois dont l'archet est inséré entre deux cordes, et mon violon niçois, un Albert Blanqui de 1921. J'ai transformé chaque instrument en temps réel grâce à mon Eventide H3000 programmé par un algorithme d'échos en escalier déphasés et renversés qui rallonge chaque note sur une vingtaine de secondes. Le mixage des cinq pistes produit des ambiances variées alors que l'objet se transforme en pivotant dans l'espace et que la musique s'échappe en sources jaillissantes.
Sun Sun Yip maîtrise de nombreuses techniques (photographie, gravure, sculpture, etc.). Depuis quelques années il se consacre à la peinture à l'huile.

Perspectives du XXIIe siècle, ÉLU Citizen Jazz


C'est toujours un plaisir de lire les articles de Franpi Barriaux, d'abord parce que c'est une vigie qui pointe des œuvres rares, ensuite parce que son écoute révèle des angles inédits, une vision personnelle. Ainsi aujourd'hui, grâce à lui, je découvre le mythe grec d’Erysichton et le philosophe Anselm Jappe, de même qu'il note la proximité de ma démarche avec celle de Chris Marker, la référence au film La Jetée ayant été en particulier fondatrice de cet album.

JEAN-JACQUES BIRGÉ
PERSPECTIVES DU XXIIE SIÈCLE

Jean-Jacques Birgé (idiophones, objets, tp, cla, elec, fx) + invités

Label / Distribution : Musée Ethnographique de Genève

S’il est une chose que l’on ne peut reprocher à Jean-Jacques Birgé (JJB), c’est d’avoir de la suite dans les idées. En septembre 2018, il nous parlait de ses cent ans, en 2052. Deux ans après, on a pris un soudain coup de vieux : nous voici balancés en 2152, alors qu’une poignée d’humains se relèvent, ou plutôt ressortent de sous la terre, lavés des oripeaux malsains qui les avaient plongés dans les abysses : le capitalisme autophage et sa cohorte de désordres écologiques et sanitaires… Un tunnel dans lequel nous entrons de plain-pied et dont JJB pense la sortie avec un utopisme rien moins que béat ; il suffit pour s’en assurer d’écouter attentivement tous les méandres de « L’Indésir », que Nicolas Chedmail éclaire de sa trompette. Entre enregistrements de danses d’épées basques et luttes haoussas, on devine que le monde décrit dans ces Perspectives du XXIIe Siècle est un fruit mûr tombé à terre et que des mains affamées n’ont plus qu’à glaner.

Repartir de zéro, refaire société, embrasser le Monde. C’est l’hypothèse de JJB. Dans la petite cohorte de rescapés, il y a sa fille, Elsa Birgé, qui gambade en chantant sur les reliefs d’une géographie calcinée par la chaleur. Avec « MEG 2152 », il scelle un monde libéré de l’autophagie, celle du mythe grec d’Erysichton, que la faim insatiable et le besoin de posséder avait fini par tuer [1]. Le chant du cor, comme une aube, est rejoint par celui de la chanteuse ; ce sont les décors apaisants de l’Appenzell, pas les carcasses fumantes d’une ville éventrée, de celles qu’on voit dans la littérature post-apocalyptique. Plus loin, dans un « Gwerz de l’âme juste » très onirique, des chants populaires d’Europe (Bretagne, Roumanie, etc.) nous interpellent à travers le violon de Jean-François Vrod (La Soustraction des fleurs) et nous demandent où notre monde est tombé dans l’ornière, et s’il peut se relever. Il reste de l’espoir dans l’imaginaire fertile de JJB, et c’est peut-être pour cela que le Musée Ethnographique de Genève (MEG) lui a ouvert ses collections : tous les extraits, tous les idiophones que JJB utilise sont au musée. Dans cette période troublée ou les pires scénarios s’incarnent, il est galvanisant de se nourrir de fol espoir…

Jean-Jacques Birgé a fait une école de cinéma, l’image - et surtout l’image documentaire - a une importance cruciale dans son processus de narration. Dans ce disque très scénarisé qui raconte une histoire du futur pour mieux sonder notre réel contemporain, on pense à certains films de Jean Rouch, ou peut-être davantage Chris Marker pour son usage de la fiction. On suit les découvertes de ce groupe de refondateurs comme un puzzle très précis qui s’affranchit cependant de la linéarité. « Aksak Tripalium » par exemple est une pièce de transition où avec Antonin-Tri Hoang et Sylvain Lemêtre, JJB évoque, entre chants de travail des îles Hébrides et danses ouvrières macédoniennes, la joyeuse reconstruction. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » rappelle-t-il dans les notes de pochette. Une règle à ne jamais oublier : Perspectives du XXIIe siècle est une œuvre addictive et riche qui ne se lasse jamais de nous surprendre. C’est rare de prendre plaisir à se faire renvoyer dans ses XXII…

par Franpi Barriaux // Publié le 18 octobre 2020 sur Citizen Jazz

[1] A ce titre, Birgé rejoint le philosophe Anselm Jappe dans sa vision de l’avenir du capitalisme.

P.S.:


Renaissance (Perspectives du XXIIe siècle)
 from Jean-Jacques Birgé on Vimeo.

Perspectives du XXIIe siècle (Perspectives For The 22nd Century)
Distribution (monde) : Word and Sound
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php
Les 12 vidéos en ligne sur Vimeo en attendant le moyen métrage de 52 minutes !
Tous les articles du blog concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle
Dossier du MEG en français et anglais
La presse : RTS Vertigo ("Le MEG fait de l'anticipation sonore"), RTS L'écho des pavanes ("Jean-Jacques Birgé, ethnographie au futur antérieur"), Le Monde, L'Autre Quotidien, Vital Weekly, Glob nato, Le Monde Diplomatique...
L'album en écoute sur SoundCloud !