Jean-Jacques Birgé

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dimanche 25 juin 2006

Intégrale Norman McLaren


Voilà trois ans qu'était annoncée l'intégrale des films de McLaren ! Étienne Mineur me signale que le site Heeza, spécialisé dans le cinéma d'animation, vient de la lui envoyer sous 24 heures. Je me précipite. L'exceptionnel coffret de 7 DVD, accompagné évidemment d'un petit livret bilingue, vaut largement les 97,50 euros port inclus. Je remarque un autre site intéressant de VPC, spécialisé dans l'animation, l'expérimental et les films rares, Chalet, qui livre même à vélo lorsque c'est à Paris intra-muros !
Si le livret offre un index alphabétique et un autre chronologique, les films sont classés thématiquement, idée brillante qui permet de faire son choix parmi plus d'une centaine de courts-métrages réalisés entre 1933 et 1983 : Les débuts - McLaren et l'espace - Peintre de la lumière / L'art en mouvement - Evelyn Lambart (animatrice cosignataire, entre autres, du Merle) - Surréalisme - Maurice Blackburn (compositeur de 9 films de McLaren) / Le danseur - Vincent Warren (danseur, entre autres, de Pas de deux et Narcisse) - Grant Munro (acteur, entre autres, de Voisins, et animateur) / Guerre et Paix (le marxiste McLaren était également un pacifiste militant) / L'animateur musicien / Papiers découpés - René Jodoin (coréalisateur de Alouette et Sphères) / Les étapes de la restauration numérique (remarquable travail de l'ONF, Office national du film du Canada) / Les entretiens. Sont présents des films inachevés, des essais et plusieurs documentaires.
À son retour de Londres, Étienne ne pourra pas s'empêcher de commenter astucieusement cette somptueuse édition entièrement remasterisée, d'autant que chaque film est accompagné d'une note expliquant les techniques utilisées. Peut-être Étienne ajoutera-t-il quelques extraits sur son incontournable blog essentiellement dédié au graphisme ?
Norman McLaren, après s'être s'inspiré d'Oskar Fischinger et Len Lye, devenu animateur d'objets et réalisateur de films sans caméra (dessinant image et son à même la pellicule), reste le plus grand de tous les animateurs de l'histoire du cinéma.

samedi 17 juin 2006

Les Shadoks... Autrement (2)


La plupart des œuvres présentées dans ce triple DVD (voir le billet du 11 juin) sont des films de commande, des objets didactiques. Ils obéissent pourtant à la même logique que la série des Shadoks : un commentaire narratif illustré par des animations absurdes, drôles ou décalées, un dessin simplifié, mais très éloquent, des bruits rigolos. Formé par la publicité, Jacques Rouxel possède un style très personnel et efficace, et il est toujours formidable d'apprendre en s'amusant.
Ça se regarde à dose homéopathique, comme tout ce qui a été conçu en épisodes. 26 fois 5 minutes pour Voyage en électricité, 4 fois pour L'entropie, 26 fois 3 minutes pour Les Matics, 7 fois pour La douleur... Pour ces derniers dont j'ai composé la musique et conçu les bruitages, Rouxel souhaitait se démarquer des Shadoks et des références qui lui collaient à la peau, il me demanda des choses plus discrètes accompagnées d'effets récurrents. Il convoqua également Patrick Bouchitey plutôt que Piéplu. C'est une des premières séries qu'il réalisa en vidéo, peut-être la première. Jusque là, il avait tout filmé d'abord en 16mm puis la majorité en 35mm. Je ne me souvenais de rien. J'oublie tout ce que je fais une semaine après qu'un projet est terminé, c'est probablement le seul moyen qui me permette de repartir vierge sur un nouveau travail.
Bonus caché, Promesses de 1992, sur l'élection du Président de la République en 1965, réalisé avec Laurent Boutboul et Patrick Barberis, commenté en gromelot par les Shadoks, vaut son pesant de cacahuètes : De Gaulle, Mitterrand, Lecanuet, Tixier-Vignancourt, Marcilhacy, Barbu, singés et mis en boîte par une bande de volatiles farceurs, Ga Bu Zo Meu !

P.S. : j'avais choisi l'illustration d'aujourd'hui sans me souvenir que nous étions la veille de l'Appel du 18-joint (trente ans déjà !). J'aurais fait plus attention pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté entre drogues dures et douces, même si toute pénalisation des usagers est stupide et meurtrière. Tout cela n'est qu'affaire de gros sous, que ce soit ceux des gros trafiquants qui profitent de la prohibition ou l'État qui perçoit sa dime sur le tabac et l'alcool. La répression est avant tout une machine anti-jeunes, de la poudre aux yeux pour rassurer les parents qui préfèrent rester aveugles. Qu'est-ce que je risque à me faire prendre en train de fumer un pétard dans la rue ? Un de nos potes qui a la cinquantaine s'est fait attrapé sur la pelouse du Champ de Mars avec un stick aux lèvres et un gros morceau de hasch : les flics, après l'avoir sermonné, lui ont tout laissé ! Tous les renseignements sur le site si vous souhaitez signer la pétition...

vendredi 16 juin 2006

Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, courts


Les courts-métrages de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville que ECM a réunis, accompagnés d'un petit livre broché de 120 pages, rappellent les Histoire(s) du cinéma dont la sortie est sans cesse repoussée. ECM en avait édité un gros coffret de 5 CD audio. Montage commenté de citations multiples, diffusion simultanée et systématique d'un extrait de film avec le son d'un autre, utilisation du catalogue musical du producteur allemand Manfred Eicher, ces quatre courts appartiennent tous à la dernière période : The Old Place (1999) et Liberté et Patrie (2002), tous deux cosignés avec Anne-Marie Miéville, Je vous salue, Sarajevo (1993) et De l'origine du XXIe siècle (2000). Comment Godard négocie-t-il l'emprunt de ces milliers d'extraits protégés par le droit d'auteur ? Il est à parier que cette question n'est pas étrangère à l'ajournement des Histoire(s) en DVD. Godard cite, certes, mais avec ces emprunts il produit une œuvre nouvelle, totalement originale, à la manière de John Cage en musique. De toute façon, sa filmographie n'est qu'un tissu de citations, littéraires lorsqu'elles ne sont pas cinématographiques. Il n'y a pas de génération spontanée, Godard assume le fait que nous inventons tous et tout d'après notre histoire, la culture. Le travail du créateur consiste à faire des rapprochements, à énoncer des critiques, à produire de la dialectique avec tous ces éléments.
Avec le livre Documents (scénarios, lettres, manifestes, manuscrits...), édité par le Centre Pompidou à l'occasion de l'exposition en cours (voir billet du 25 mai), est offert un DVD avec d'autres courts-métrages : Lettre à Freddy Buache (1982), Meeting Woody Allen (1986) et le travail de commande pour les couturiers Marithé et François Girbaud (1987-1990). La double signature Godard-Miéville, double signature dont nous avons parlé dans le billet du 8 juin, reste énigmatique. Quel est le rôle de chacun ? Comment cela se négocie-t-il ? Quelle est la différence entre un film de l'un ou de l'une et une œuvre à quatre mains ? Il n'est pas simple de s'y retrouver. Godard et Miéville aiment nous perdre, et nous faire travailler à notre tour... Vers où que l'on se tourne, on n'échappera à aucune question. L'œuvre de Godard, jamais finie ni définie, est une quête philosophique, un objet infini qui pousse dans l'inconscient et le cosmos. De l'infiniment grand de la pensée à l'infiniment petit de l'humanité.

dimanche 11 juin 2006

Les Shadoks... Autrement (1)


Jolie surprise avec ce triple DVD (dans une pochette ultrafine éditée par aaa production) qui présente une sélection des films de commande de Jacques Rouxel les plus marquants parmi les 80 réalisés, d'autant plus que les 7 films de la série La Douleur dont j'ai composé la musique sont dedans, youpi !
Courts-métrages et séries à vocation éducative, institutionnelle ou scientifique, on trouvera donc également L'innovation, La communication dans l'entreprise, Des atomes et l'électricité, Vooyages en électricité, Le sang, L'entropie, Les Matics, Le petit cirque tragique des Untels, avec en bonus La mouette verte, Le bon chien, Promesses, un extrait du documentaire réalisé par Jérôme Lefdup, etc. Ces films sont même plus excitants que les Shadoks qu'on aura pu voir et revoir, parce qu'ils éclairent d'une lumière nouvelle le talent de leur auteur.
Cette édition extraordinaire, puisqu'elle présente des films très rarement projetés, arrive 15 jours après la disparition de la voix originale des Shadoks, l'immense acteur Claude Piéplu (billet du 25 mai).
Jacques Rouxel est quant à lui décédé le 25 avril 2004 à l'âge de 73 ans. S'il ne peut donc plus pomper, son humour corrosif et son goût de l'absurde continueront à nous enchanter longtemps.

jeudi 1 juin 2006

Arte, peau de chagrin


Comme ce matin dans la page Vous de Libération, notre opéra de lapins, Nabaz'mob, a les honneurs du site d'Arte, c'est sympa, ça nous fait plaisir, mais sur l'autre lucarne l'image est ternie. Arte n'est plus la chaîne qu'elle était, et encore moins celle qu'elle aurait pu devenir.
Je me souviens, cela avait commencé avec le logo dans le haut droit du cadre, une marque. Pour faire comme les autres ? Pour rameuter des spectateurs ? Peu importe. À l'époque, Jean-André Fieschi avait écrit que c'était comme porter une étoile jaune. Une fierté transformée en une terrible honte. Comment peut-on marquer ainsi un film, l'œuvre d'un auteur, fussent-ils diffusés dans leur version réduite au petit écran ? Cette tâche (in)dé(lé)bile est-elle encore une mesure de protection contre le piratage ? Chaque fois qu'on émet une critique sur la chaîne, on nous répond à voix basse que c'est à cause des Allemands. Les films étrangers passent en prime time en version française, c'est de la faute des Allemands qui n'ont pas autant l'habitude des sous-titres que les Français. C'est ainsi que petit à petit la culture déserte un des rares îlots de résistance de la télévision. On sait pourtant bien que ça passe par le langage. Déjà que Paris Première a été racheté par M6... On peut constater le gâchis. À propos des tentatives d'auto-dédouanement des responsables d'Arte, Fieschi rappelait le procès d'Arletty au lendemain de la guerre devant les tribunaux chargés de l'épuration. La comédienne à qui étaient reprochées ses relations intimes avec un officier de l'armée d'occupation répondit : "Monsieur le Président, encore ne fallait-il pas les laisser rentrer !".
L'idée était pourtant chouette, une chaîne franco-allemande, une manière de rapprocher les deux pays berceaux de la philosophie contemporaine. C'était sans compter l'effet entropique de toute entreprise qui décide de ne plus grimper aux rideaux, ça se casse la figure de l'autre côté de la fenêtre, ça dégringole jusqu'au trottoir. Ne soyons pas trop injustes, il reste quelques bonnes émissions l'après-midi ou tard le soir, quelques "habillages" inventifs, rare vestige du passé, mais la part des auteurs y est devenue portion congrue. La programmation populiste gagne chaque jour du terrain. Mauvais calcul, la chaîne n'en a pas les moyens financiers : qu'a donc Arte à gagner de jouer sur le même terrain que les grandes généralistes en perdant sa spécificité qui entraînait tant de passion ?
Le Net, à son tour, subira-t-il tant d'assauts envers son (contre)pouvoir qu'il perdra liberté (l'invention) et fraternité (le partage) au profit des services et des marchands ? On voit que partout il s'agit sans relâche de rester vigilants et de ne pas baisser les bras, tant qu'il reste un souffle de vie et d'espoir dans cet autre monde que celui du consensus.