Jean-Jacques Birgé

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mercredi 20 mai 2009

Forbidden Zone, obligatoire !


Zone interdite ! Avec un titre pareil j'aurais pu évoquer l'article plein d'à-propos paru ce matin sur Télérama.fr quant à la fronde post-Hadopi qui partout s'organise. Ou bien le sujet épineux du caractère de ma mère, 80 ans hier mardi. Non, c'est juste celui d'un film ébouriffant de Richard Elfman terminé en 1980, devenu cultissime sauf en France où il est resté jusqu'ici plutôt confidentiel. Forbidden Zone est un film complètement dingue, à localiser entre Hellzapoppin et le Rocky Horror Picture Show. On y décèlera l'influence de Spike Jones et, à son tour, comment il agira de façon déterminante sur l'œuvre de Tim Burton dont le premier long-métrage date de cinq ans plus tard, d'autant que le compositeur de cette comédie musicale hirsute n'est autre que Danny Elfman, le frère du réalisateur, tous deux faisant d'ailleurs partie du célèbre Oingo Boingo...


Les extraits sont plus éloquents que mes propres élucubrations sur ce film tordant, incisif et dont la partition musicale est une petite merveille. Le DVD, édité en France par Le Chat qui Fume, offre une foule de suppléments : Voyage dans la Zone Interdite, scènes inédites, commentaires caustiques, clip d'Oingo Boingo et un entretien avec Marie-Pascale Elfman...


C'est ainsi que j'apprends que les frères Elfman ont traîné leurs guêtres avec le Grand Magic Circus de Jérôme Savary au début des années 70, à une époque où nous fréquentions les mêmes espaces d'intervention. Je me disais bien que Marie-Pascale me rappelait quelqu'un. Quant à Susan Tyrell, elle jouait dans Cry Baby de John Waters, un indéniable cousin des Elfman. Pour mémoire, Danny Elfman, qui joue ici le rôle de Satan, est le compositeur du générique des Simpson, de Desesperate Housewives et de presque tous les films de Tim Burton dont L'étrange Noël de Mr Jack (The Night Before Christmas) dont les chansons entretiennent nombre points de ressemblance avec celles de Forbidden Zone.

mardi 19 mai 2009

L'attaque de Martin Arnold


Ayant accompagné Françoise au Point Éphémère pour la signature de ses deux premiers DVD au Salon des éditeurs indépendants, j'ai fait quelques trouvailles dont les œuvres cinématographiques quasi complètes de Martin Arnold, un cinéaste autrichien qui rappelle étonnamment le Steve Reich des débuts lorsque le compositeur répétitif américain travaillait sur du "found footage" pour It's Gonna Rain ou Come Out. Ici rien de systématique, mais une science du cut-up microscopique et du bégaiement sémiologique à couper le souffle. Martin Arnold fait des boucles avec des films trouvés. Les photogrammes lui dictent des effets que son imagination cultive comme dans une champignonnière. Ondulations, glissements, flashbacks, renversements, kaléidoscopes, pas de deux diabolique dont on ne voudrait manquer aucun instant pour un en pire, parsèment Pièce touchée (1989), manège diabolique où le spectateur est pris d'un vertige hypnotique qui se développera de manière encore plus perverse dans les films suivants.


Pour Passage à l'acte (1993, ces deux premiers titres sont en français), l'artiste autrichien intègre le son à la boucle pour tailler un short (les films font chacun environ un quart d'heure) à la famille américaine et aux mâles dominants en pleine crise d'autorité. Si la scène devient cocasse, elle n'en demeure pas moins fascinante, hypnotique. Les effets stroboscopiques du "flicker film" ralentissant l'action génèrent une analyse cruelle du principe cinématographique. The Cineseizure, titre du DVD édité à Vienne par Index en partenariat avec Re:Voir (dist. Annexia), pourrait d'ailleurs se traduire "Ciné-attaque" comme dans une apoplexie.
Le troisième film de la trilogie (la suite des œuvres d'Arnold est constituée essentiellement d'installations), Alone. Life Wastes Andy Hardy (1998) détourne une comédie musicale avec une virulence inattendue. Mickey Rooney, mais plus encore Judy Garland sont torturés par le hachoir du cinéaste transformant en drame œdipien l'original par des tremblements où le mouvement des lèvres et le frémissement de la peau révèlent la sexualité refoulée des films de l'époque. Martin Arnold fait partie, comme Mark Rappoport, de ces entomologistes du cinéma qui en révèlent les beautés cachées, inconscientes et convulsives, sans ne jamais sortir du cadre.
Comme toujours, les films sont à voir sur grand écran pour que la magie fonctionne à plein. Le DVD offre en prime quelques "pubs" pas piquées des hannetons, de l'humoristique Jesus Walking On Screen à la douche de Vertigo pour la Viennale. Terriblement drôle et monstrueusement juste.

jeudi 7 mai 2009

La bande-annonce originale de Mix-Up


Hier j'évoquais les films de Luc Moullet, docu-fictions avec lesquels les films de Françoise Romand entretiennent quelque cousinage, par leur fantaisie et leur inclassabilité. Parfois leurs auteurs apparaîssent facétieusement à l'écran. S'ils partagent humour et auto-critique, la comparaison s'arrête là.
La bande-annonce de Mix-Up ou Méli-Mélo (1985), le premier film de Françoise Romand, figurera en bonus de son dernier film et DVD Ciné-Romand, le temps de finaliser tout cela. Le montage est enfin terminé. Il ne reste plus à Françoise qu'à fignoler les sous-titres anglais, à mes zigues d'en peaufiner le mixage, à Igor Juget d'en concocter l'authoring et à Étienne Mineur d'en créer la pochette, et le tour sera joué ! On ignore encore la date de sortie définitive du petit dernier, probablement la rentrée de septembre. Ciné-Romand (2009) avait été montré par les Cahiers du Cinéma au Centre Pompidou pour le Festival d'Automne dans une version intermédiaire, très différente de celle qui sortira. On sait seulement qu'un quatrième DVD le suivra avec Thème Je (2004), film sulfureux qui aurait risqué d'être compris de travers sans connaître le reste de l'œuvre de la cinéaste, actuellement au travail sur deux nouveaux projets de longs métrages. C'est rageant de ne pouvoir rien en révéler, ni des uns ni des autres. Juste l'eau à la bouche avec ce petit "trailer" inédit, retrouvé récemment par Françoise !
Et puis, si vous préférez voir les films en salle, Appelez-moi Madame (1986) sera projeté à Paris au Nouveau Latina, cinéma racheté par l'éditeur Carlotta, samedi 16 mai à 19h30, en présence de la réalisatrice. Unique projection. Le lendemain dimanche 17 mai au Point Éphémère, lors du Salon du DVD et des éditeurs indépendants de cinéma, elle signera le DVD Appelez-moi Madame à 15h sur le stand de Doriane et Mix-Up ou Méli-Mélo à 16h sur celui de Lowave.

mercredi 6 mai 2009

Luc Moullet enfin !


Luc Moullet est drôle. Il prend son temps.
Luc Moullet est drôle. Il filme son temps.
Luc Moullet n'est jamais aussi drôle que lorsqu'il joue dans ses films ou qu'il les présente.
Ses films mettent du temps à sortir au cinéma, 24 ans en moyenne !
Certains atteignent des sommets. D'autres planent on ne sait-z-où ?
''Anatomie d'un rapport'' (1975) et ''Genèse d'un repas'' (1978) (ci-dessus) sont des chefs d'œuvre du docu-fiction. Des films clés de l'histoire du cinéma.
Sérieusement drôles et drôlement sérieux.
Dix courts-métrages spécifiés "très drôles (sauf un)" sont édités par Chalet Pointu, avec Luc Moullet littéralement « en shorts ». De ''Un steak trop cuit'' (1960) à ''Le litre de lait'' (2006), en passant par ''Essai d'ouverture'' (1988) et ''Toujours plus'' (1994), le réalisateur nous explique sa manière de voir le monde, unique, cocasse, critique, là où tout se qui tombe à côté de la plaque est ramassé par de braves gens qui s'en tiennent aux faits. Généreux, Luc Moullet devrait passer en potion quotidienne, autour du Journal de 20 heures, comme jadis Les Shadocks, Desproges ou les Deschiens. Il faut insister pour que le réalisateur y interprète son rôle.
Des deux longs métrages publiés récemment par blaq out, je préfère "Le prestige de la mort" aux "Naufragés de la D17". Moullet est plus à l'aise pour se diriger dans l'absurde qu'avec ses comédiens dont les à-peu-près rappellent ceux des interprètes de Mocky.
Si Moullet sait prendre son temps, c'est qu'il n'est pas pressé de mourir, même pour faire vendre ses films. Il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il tente sincèrement de comprendre comment fonctionne un système. Changement d'angle assuré. Et ne manquez surtout pas la présentation de chaque film, court ou long, par leur auteur.


Comme Moullet préfère la gloire anthume, allez voir la rétrospective que lui consacre la cinémathèque du Centre Pompidou jusqu'au 31 mai.