Jean-Jacques Birgé

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vendredi 27 décembre 2013

Théâtre du Monde, derniers jours à la Maison Rouge


Prolongation jusqu'au 19 janvier !
Le Théâtre du Monde exposé à la Maison Rouge porte bien son nom. La scénographie qui s'y déploie est une démonstration éclatante de ce que pourraient être les espaces muséographiques si l'on voulait tirer les visiteurs par le haut en jouant sur leur sensibilité et leurs ressources propres au lieu de les noyer sous un amas d'érudition où se complaisent des universitaires étalant une culture qui n'a plus grand chose de commun avec l'art. Les cimaises aux murs blancs sont l'envers brutal et monstrueux de cet art brut ou contemporain qui fait naître les émotions par des jeux de lumière, où le parcours fait sens. Les cartels que les myopes et les presbytes ont en horreur ont été remplacés par un petit livret où sont détaillées les œuvres, accompagnées par des textes remarquables qui les plongent en quelques lignes dans l'univers, encyclopédie philosophique où se réfléchit la beauté et l'absurdité de l'humanité, vanité et mystère.


Jean-Hubert Martin, à qui l'on devait entre autres Les Magiciens de la Terre (1989), a mis en scène les collections de David Walsh, fondateur du MONA (Museum of Old and New Art) et celles du TMAG (Tasmanian Museum and Art Gallery). Chaque salle développe sa logique, jouant sur les formes ou sur le sens, composant contrepoint et harmonie, sans avoir peur de faire grincer les dents si nécessaire. Chacun peut y trouver sa place. Les surréalistes avaient montré la voie vers la nouvelle Babylone. Brecht avait renversé les rôles. L'hétérogénéité des œuvres, anciennes ou contemporaines, naïves ou savantes, tient du pamphlet politique, bouffée d'air frais d'un cabinet de curiosité en prise avec le réel, un réel qui traverse les siècles, fruit de nos rêves les plus fous, héritage magique que nous nous devons de partager avec le plus grand nombre en continuant à l'alimenter.


Si vous ne pouvez pas allez voir cette remarquable exposition qui fermera ses portes le 12 janvier 2014, regardez le petit film de 12 minutes qui suit. On s'y promène avec son commissaire, Jean-Hubert Martin, qui développe son point de vue critique. Mais si vous pouvez vous y rendre ces jours-ci (il y a moins de monde en période de fêtes), alors gardez le film pour plus tard, car il risque de vous gâcher un peu la surprise. Au cinéma on appelle cela un spoiler !


Vous n'avez pas pu résister ? Ce n'est pas grave. L'immersion scénographique n'est pas un avant-goût. C'est une expérience. Il faudrait plus de Jean-Hubert Martin, plus de Maison Rouge aussi, et moins de spécialistes. Les conventions perpétuent tant de prétention, d'érudition et d'élitisme stériles. Ici la mise en scène des œuvres laisse au visiteur la liberté d'interpréter ce qu'il voit et ce qu'il entend...
Ce théâtre où la poésie révèle l'intelligence me donne envie de retravailler pour les expositions ! Le son y reste le parent pauvre. Le silence n'existe pourtant pas. Pas plus là qu'ailleurs.

Illustrations : © MONA/Rémi Chauvin Image Courtesy MONA Museum of Old and New Art, Hobart, Tasmania, Australia © TMAG / JJB / Plan de l'exposition

lundi 23 décembre 2013

L'expo Jeu Vidéo à La Cité des Sciences


L'exposition Jeu Vidéo qui se tient jusqu'au 14 août 2014 à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris n'est ni une rétrospective nostalgique ni une galerie d'arcades, mais une réflexion ludique et muséographique sur ce nouveau médium qui enthousiasme la jeunesse et laisse parfois les parents perplexes. Le concepteur des dispositifs interactifs, Yassine Slami, a choisi de montrer ou créer les grandes figures du jeu vidéo en les habillant d'une couche supplémentaire qui interroge les pratiques en en réfléchissant les tenants et aboutissants. La scénographie qui nous plonge dans un univers rappelant le film Tron est si immersive que les visiteurs en oublient souvent de regarder les vidéos ou de lire les cartels qui mettent en lumière leur engouement. L'extrême diversité des jeux, choisie par Pierre Duconseille à la tête du commissariat général en accord avec le comité scientifique, permet d'évoquer ce qu'est devenu aujourd'hui le gameplay, la variété des interfaces se trouvant projetées en grand sur les 1000 m² de l'expo construite comme un labyrinthe d'installations originales. Que l'on soit novice ou expert on y trouvera de quoi alimenter ses réflexions en s'amusant.


Avec Sacha Gattino nous sommes concernés au premier chef puisque, ayant gagné le concours sur le design sonore, nous en avons composé la charte pour toute l'exposition, excepté les audiovisuels, et sonorisé de nombreux jeux. Nous inscrivant en faux par rapport aux sons électroniques et aux musiques référentielles habillant tant de jeux, nous avions choisi essentiellement des sons acoustiques qui s'en distinguent et renvoient à l'histoire des jeux de société, des jeux d'adresse et, accessoirement, à quelques jeux d'enfants. Leurs timbres physiques confèrent aux gestes des usagers une sensualité que nous ne voulons jamais perdre de vue, affirmant l'humain face aux machines. Malgré nos intentions de départ nous devons aussi nous adapter aux jeux spécifiques qui peuvent réclamer ici des sonorités plus électroniques, là des musiques de genre, ailleurs un univers météorologique... S'il faut préserver la cohérence artistique globable, le plus difficile est l'équilibre de l'ensemble tant le son a la fâcheuse habitude de se répandre partout. Le choix des timbres, avec leurs attaques et leurs spectres, est crucial, et le réglage des volumes sonores un exercice difficile tant leur perception varie selon les affluences, ici phénoménales. D'autant que nous n’intervenons malheureusement pas en amont avec les scénographes et régisseurs techniques pour concevoir les modes de diffusion et les adapter aux contextes spécifiques de chaque module dans leur environnement acoustique supposé, comme me le fait remarquer Sacha...


À côté de la foule de petits bruits ludiques qui habillent l'ensemble des installations et valident les gestes des joueurs, j'aime me souvenir des constellations sonores des Actualités, des parasites de Communautés créatives, des accords "héroïc fantasy" des Déguisements, des effets de flipper moderne d'Enjeu et contre tout, des sons électroniques de Habileté en jeu, de l'ambiance maritime et des claviers aléatoires de Nouveaux mondes, de la mécanique complexe du Jeu de la vie ou des six ambiances différentes de Gagnez la sortie, propulsion d'un joueur rapetissé dans un univers à taille humaine... Car si l'exposition est réussie elle le doit aussi beaucoup aux changements d'échelles qu'offrent les interfaces originales conçues pour l'occasion.

mardi 3 décembre 2013

Son et lumière d'Orléanoïde


Nos lapins étant invités pour deux représentations à Orléanoïde nous en avons profité pour visiter les installations du festival de création numérique (jusqu'au 8 décembre).
En matière de haute technologie je m'interroge souvent sur ces œuvres d'un genre nouveau qui me rappellent plus le Palais de la Découverte de mon enfance qu'un musée d'art moderne. J'ai fini par les affubler du terme d'art forain plutôt que les reléguer à des expériences de sciences physiques. Rien de péjoratif là-dedans, le cinématographe étant lui-même né dans les foires. Je range d'ailleurs nombreux films dans cette catégorie où le monde intérieur de l'artiste est moins essentiel que l'expérience physique vécue par le visiteur ou le spectateur.


Parmi toutes les installations amusantes ou troublantes présentées à la Collégiale Saint-Pierre-Le-Puillier, au Collège Anatole Bailly, au Muséum, au Musée des Beaux-Arts, reprises de l'exposition Exit de Créteil, j'ai été touché par deux d'entre elles exposées au 108 qui abrite Labomedia, organisateur de l'évènement. Ainsi Impacts du Québecois Alexandre Burton réagit à ma présence lorsque je m'approche des plaques de verre derrière lesquelles sont suspendues des bobines de Tesla ; les arcs de lumière qui pourraient zigouiller mon iPhone si je ne l'avais déposé à l'entrée impressionnent les visiteurs qui hésitent à s'approcher ! J'ai toujours adoré les lampes à plasma, mais ici la musique bruitiste me parle autant que les éclairs zébrant l'obscurité.


De même le capharnaüm de The Sandy Effect de l'Irlandais Malachi Farrell produit un tintamarre évoquant le choc suscité par l’ouragan Sandy balayant les rues de New York, grâce à des instruments de musique automatisés. Tambours à billes et à ressorts, claquements de portes et machine à vent tremblent là encore dans l'obscurité marquée d'éclats de lumière rouge ou blafarde. Comme chez Burton l'immersion produit son petit effet me replongeant dans de vieux souvenirs d'enfance qui expliquent mon attirance. Est-ce si différent de la lumière de l'aube ou du crépuscule lorsque nous enjambons la Loire en crue, ou encore le vieux quartier d'Orléans dont le ravalement fait surgir un Moyen-Âge fantasmé ?