Jean-Jacques Birgé

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jeudi 29 octobre 2020

Ed & Nancy Kienholz chez Templon


Il était temps d'aller à la Galerie Templon à Paris. L'exposition Edward & Nancy Kienholz se terminait samedi prochain, mais vous n'avez plus évidemment qu'aujourd'hui jeudi ! La culture est en berne. On comptera les morts sociaux plus tard.
Pour commencer, j'ai donc choisi de photographier Useful Art No.1 (chest of drawers & tv) en référence à la prestation télévisée de notre petit timonier hier soir (ci-dessus, 1992 !) ! J'avais découvert Kienholz en 1970 lors d'une rétrospective au CNAC rue Berryer, et le choc avait été pour moi déterminant, comme pour celle de Tinguely l'année suivante. Les œuvres présentées sur les deux niveaux de la galerie rue du Grenier Saint-Lazare ont l'avantage d'être tardives, voire posthumes, Nancy cosignant enfin de leurs deux noms, en particulier depuis la mort de son mari en 1994. Je n'en connaissais donc aucune. En mai dernier, j'avais publié l'ensemble des articles que je leur avais consacrés depuis 2006...


Les installations des Kienholz sont toujours figuratives et métaphoriques, politiques et sensibles. Chargées de références et de sens, elles méritent qu'on leur tourne autour, à l'affût du moindre détail. Lorsqu'on aperçoit The Grey Window Becoming (1983-84), une femme nue de dos tient un banjo à tête de porc devant un miroir. En s'approchant par la droite, apparaissent un Beretta posé sur la coiffeuse, un cahier, un rapace, une photo encadrée, etc., autant de signes qui, ensemble, suggèrent une histoire. Le socle est éclairé par une guirlande de petites ampoules rouge et les deux miroirs de côté de ce drôle de triptyque sont retournés face au mur.


La narration des Kienholz est à la fois cinématographique, conceptuelle et psychanalytique. Associées au pop art, leurs évocations critiques rappellent aussi la Figuration narrative de Jacques Monory ou leurs assemblages certains Nouveaux réalistes comme Daniel Spoerri. Cette manière d'associer des objets banals font aussi d'eux des héritiers de Kurt Schwitters ou Joseph Cornell. Les points de vue d'Edward Kienholz, tels The illegal operation (1962) ou Back Seat Dodge ‘38 (1964), ne plurent pas du tout à l'Amérique, le poussant à s'exiler en Europe en 1973 ou à s'installer en Idaho.


L'exposition présente, parfois pour la première fois en Europe, une vingtaine d’œuvres créées entre 1978 et 1994. Provocantes, elles fustigent "l'outrance consumériste, le racisme ordinaire, le sexisme, la violence institutionnelle, l'hypocrisie religieuse." The Pool Hall (1993) est explicite. D'autres œuvres sont plus énigmatiques.


Cherchant sans cesse à évoquer plutôt qu'à imposer une lecture de mes propres créations, laissant au spectateur ou au visiteur le soin de se faire son propre cinéma tout en orientant son regard critique sur une société en pleine décomposition, j'imagine que les installations d'Edward Kienholz furent pour moi fondatrices alors que je venais d'avoir 18 ans. Pendant les cinquante années qui suivirent, leur aspect cinématographique influença ma musique tout comme le Meccano de Tinguely me poussa à rendre mobile la matière brute dans un geste instrumental précieusement entretenu. De l'un j'héritais la fiction du réel, de l'autre une façon de m'approprier les machines.

mardi 20 octobre 2020

Sun Sun Yip exposé à la Biennale de Bangkok


Mon ami Sun Sun Yip nous invite à l'exposition du cloud 9 pavillon, qui fait partie d'un événement de la Bangkok Biennale 2020. C'est une occasion de revoir quelques œuvres de ses années digitales et aussi de découvrir les œuvres des autre artistes. Pour y aller, pas besoin de prendre l'avion, il suffit de cliquer sur le lien suivant : https://cloud9pavilion.weebly.com/.
Pour plus d'information concernant cet événement, voir la communication presse.
Sun Sun Yip y présente, entre autres autres, G10 dont, il y a 10 ans, j'avais composé la musique pour frein, un instrument original conçu et fabriqué au début des années 70 par Bernard Vitet dont la présence me manque cruellement ; c'est une contrebasse électrique à tension variable.


Il avait fallu à Sun Sun Yip un an de calcul avec trois ordinateurs à raison de trente minutes par image pour en venir à bout. Jusque là, je n'en connaissais qu'un agrandissement photographique d'un mètre cinquante de haut. J'ai composé une pièce de 18 minutes pour cordes transformées électro-acoustiquement qui rappelle les flux liquides qui s'échappent de l'objet impossible comme si c'était une fontaine, mais ce n'est pas de l'eau. L'œuvre rouge vif, G10 pour graine 2010, se réfère à la vie, à l'énergie, mais n'a rien à voir avec un cœur. Le choix des cordes a également pour mission d'empêcher toute interprétation hâtive de l'objet. J'ai enregistré cinq prises, les trois premières avec le frein, les deux dernières avec un hou-k'in, violon vietnamien cousin du erhu chinois dont l'archet est inséré entre deux cordes, et mon violon niçois, un Albert Blanqui de 1921. J'ai transformé chaque instrument en temps réel grâce à mon Eventide H3000 programmé par un algorithme d'échos en escalier déphasés et renversés qui rallonge chaque note sur une vingtaine de secondes. Le mixage des cinq pistes produit des ambiances variées alors que l'objet se transforme en pivotant dans l'espace et que la musique s'échappe en sources jaillissantes.
Sun Sun Yip maîtrise de nombreuses techniques (photographie, gravure, sculpture, etc.). Depuis quelques années il se consacre à la peinture à l'huile.