Jean-Jacques Birgé

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mardi 8 avril 2014

Arnaque contre arnaque


Fin 2010 j'avais bien travaillé, ou plus exactement "gagné ma vie" car les artistes savent faire la différence entre travail et salaire (mes activités me prennent en effet 15 heures par jour, mais rares celles qui sont rétribuées !). J'en ai donc profité pour acheter une voiture neuve. Âgée de 25 ans l'Espace est partie direct à la casse. Ainsi après étude appliquée et quarante ans de bonne conduite, tant la presse que les vendeurs automobiles m'ont prescrit ma première voiture au diesel en insistant sur son caractère économique et écologique. Lancé en 2007, le label eco², toujours affiché sur le pare-brise arrière, était censé définir trois critères écologiques en termes de fabrication, d’usage avec les émissions de CO2 et de recyclage.
Dès la prise en main nous eûmes quelques doutes en sentant les émanations de gaz qui s'échappaient à l'allumage. Depuis, le discours écologique s'est inversé. Hier le journal Libération titrait "Sus au diesel" en détaillant les inconvénients meurtriers de cette source d'énergie. Nous qui étions fiers de moins polluer rejoignions la foule des criminels. Comme si les laboratoires découvraient soudainement l'existence des particules fines qui participent à mes crises d'asthme ! L'industrie automobile étant un lobby hyper-puissant prêt à tous les mensonges comme celui du tabac, comment discerner le vrai du faux ?
Les règles de santé s'affinent-elles ou le parc automobile étant arrivé à saturation il est profitable de le changer pour que les usagers soient obligés de racheter une nouvelle voiture ? On va interdire les cheminées à bois et les barbecues, mais on laisse les diverses industries polluer dans les grandes largeurs. On nous a fait le coup plus d'une fois : les ampoules économiques dix fois plus chères que les ordinaires se sont avérées encore plus toxiques, irrecyclables, et pas plus durables, les CD étaient censés être inusables et dynamiques, les ordinateurs deviennent incompatibles à vitesse V, les médicaments se révèlent dangereux lorsque se pointent les génériques sur le marché, etc., sans compter les haros sur la viande, le poisson, les fruits, les légumes selon les époques ! L'intoxication n'est pas seulement dans l'air que nous respirons, elle est aussi dans l'air du temps. Lorsque la population est entièrement équipée d'une machine l'industrie lance aussitôt un nouveau produit, incompatible avec les précédents qu'elle se déclare incapable de réparer. Pour la plupart des matériels les lois européennes fixent à cinq ans l'obligation pour un constructeur de fournir les pièces de rechange ! De qui se moque-t-on ?
Comme l'obsolescence programmée la réglementation de nouvelles normes est affaire de marketing planifié de longue date. Où se situe l'arnaque ? Lorsque l'on m'a vendu mon véhicule au diesel écologique ou lorsque l'on m'intime l'ordre de revenir à l'essence ? Il est à craindre que les deux soient vrais. L'industrie automobile formate nos vies en façonnant nos villes et nos campagnes. Le bitume et le ciment sont les rois du pétrole. La nature dont nous faisions partie disparaît peu à peu. En privilégiant le véhicule individuel et la route à tout autre moyen de locomotion collectif le lobby automobile influe sur nos us et coutumes, sur nos manières de penser et d'être ensemble. On nous interdira le purin d'ortie, de planter des graines d'espèces rares ou de se faire griller un poulet à la broche dans son jardin, pendant que l'on nous fera changer encore combien de fois de polluant pour voyager ? On apprendra bientôt à la une des journaux comment le solaire, l'électricité ou les éoliennes n'ont pas que des avantages... Une seule solution, laisser le plus souvent sa voiture au garage et pour être certain de ne pas aller respirer les émanations toxiques des autres en pédalant dans le brouillard, rester chez soi, et pourquoi pas, s'enfermer dans sa bagnole, car il faut bien trouver un moyen de la rentabiliser en la recyclant...

mardi 1 avril 2014

Je ne comprends rien à la politique


Je ne comprendrai probablement jamais rien à la politique, entendre aux choix de ceux et celles qui nous gouvernent et nous envoient régulièrement dans le mur. Lorsque la droite menace, pourquoi la gauche va-t-elle dans son sens au lieu de prendre la tangente ? Comme les Communistes avaient dissous leur idéologie dans le Programme Commun, à leur tour le Parti Socialiste se fond dans des revirements sécuritaires et austéritaires. Or jamais ils n'arriveront à battre la droite sur leur terrain. Ils leur courent lamentablement après au lieu de proposer des alternatives intelligentes. Essayez donc de vous débarrasser de la stupidité en devenant stupide ! N'avoir fait ni l'ENA ni Sciences Po me rend idiot devant l'absurdité des hommes.
Je n'imagine évidemment pas que les membres du PS soient des gens de gauche, mais ils ont au moins parfois mauvaise conscience à poursuivre des politiques de droite. Manuel Valls n'aura probablement pas ce cas de conscience, le président l'engageant pour qu'il fasse ce que les Français attendent, du moins tel que les médias leur suggèrent de penser. Le spectacle commence à 20 heures. Nous vivons dans un monde S.M. où les électeurs se déguisent en lapins et où il suffit aux dominants de simuler pour que tout le monde y trouve son compte. Comme si perdre était un luxe !
Je suis un peu triste, mais n'allez pas croire que je sois catastrophé de voir ma ville en proie à des serres aussi acérées que celles du maire sortant, j'ai toujours perdu au jeu de la démocratie, pitoyable mascarade qui laisserait penser que nous choisissons nos représentants. Je pense seulement aux couillons qui n'ont pas bougé leurs fesses pour empêcher les partisans de l'austérité de prendre leur cité d'assaut et risquent de le regretter lorsqu'ils devront quitter leur HLM cette fois avec leurs meubles. Comment pourront-ils honorer l'offre qui leur sera faite d'acheter leur appartement de 50 m² qu'ils louaient jusqu'ici 500 euros lorsqu'il sera vendu au privé pour résorber les dettes municipales ?
Rien d'étonnant à ce que Bagnolet passe entre les mains d'un baron de Bartolone, ils ont suffisamment arrosé le terrain pour que ça paie. Il est instructif de regarder quelles associations furent "subventionnées" par la réserve parlementaire du député Razzy Hammadi, c'est officiellement publié. Mais il y a pire. Tous les partis ont participé à l'hallali lancé contre les communistes en commençant par leur ancien dirigeant, le maire sortant qui se frotte les mains d'avoir barré la route à son ancien premier adjoint, revanche minable d'un malade consistant à faire tomber la ville dans l'opposition. Après moi le déluge... Les voix non reportées de Lutte Ouvrière et du Parti Ouvrier Indépendant auraient évité le casse-pipe. Qui parmi tous les candidats se préoccupait réellement du sort de la population ? Pas compliqué, le seul qui n'avait pas rêvé de l'être. À quoi rime de faire bande à part si c'est pour laisser la ville entre les mains d'un nouvel Everbecq ? L'ambition personnelle de la candidate Vert qui se rêvait mairesse et rien d'autre ("on n'est tout de même pas du même niveau !") a empêché la moindre discussion avec la liste PCF-PG alors qu'elle ne s'interdisait pas les contacts avec le PS et, pire que tout, avec les social-traîtres de la liste de Mohamed Hakem qui ont rejoint les socialistes au second tour alors que leurs engagements étaient diamétralement opposés. À quoi rime de jouer les révolutionnaires si c'est pour s'associer au parti de l'austérité ? Tous portent la responsabilité du sort que di Martino réserve à nos concitoyens. Conservez précieusement son programme que l'on aille bientôt en débattre devant le Conseil Municipal, car comment peut-on croire une seconde à son application ? Même nous avions des traîtres jusque dans nos rangs, mais peut-être l'ignoraient-ils eux-mêmes ? Pendant cette campagne j'ai aussi rencontré des personnes formidables, des êtres moraux dont je ne partage pas forcément les idées, de vrais amis. La ville est une fractale de la nation, elle-même aussi absurde que ce qui se trame à l'échelle de la planète. Je ne comprendrai jamais rien à la politique. Nous allons droit dans le mur, socialement, humainement, écologiquement, et tous regardent passer les trains sans moufeter. Pourquoi la plupart des gens votent-ils contre leurs intérêts de classe ? Quelle culpabilité les guide ? Irons-nous nous noyer tous ensemble avec les lemmings ? Quelle terrible catastrophe attendons-nous pour nous élever contre les puissants qui nous manipulent ?
Poisson d'avril ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et ce grâce à nous, à chacune et chacun d'entre nous. Car tous ensemble nous accomplissons des miracles. C'était une blague. Je me réveille et la planète est comme je l'avais rêvée à la fin des années 60, pleine de fleurs et d'amour, de justice sociale, d'égalité, de fraternité et de liberté, une époque révolutionnaire où tout semble possible. Peu importe que je ne comprenne rien à la politique. Ah que la vie est belle !

vendredi 28 mars 2014

L'auto-défense en libre-service


La pub virale qui tombe dans ma boîte mail fait froid dans le dos. Un site français propose toute une gamme d'armes autorisées sous la dénomination "auto-défense". Du paralyseur à 3 200 000 volts (79 euros port inclus) aux bombes lacrymogènes "pour toute la famille" (39,90 euros le pack de 4) vous voilà parés contre toutes les agressions ! Et si cela ne suffit pas vous pouvez toujours vous rabattre sur les revolvers à gaz comprimé avec de vraies balles de 6mm ou sur des arbalètes avec portée de 100 mètres. Si votre budget ne le permet pas, optez pour des lance-pierres sophistiqués dits de compétition. On peut se demander en quoi la cagoule d'intervention 3 trous à 6,90 euros fait partie des vêtements de sécurité et à quoi servent les pelles pliables ou démontables ? Mais c'est surtout les tasers qui me sidèrent. Vous me direz, nous ne vivons pas aux États-Unis où le port d'arme est autorisé voire encouragé, on connaît les dégâts que cela engendre, mais tout de même la législation française laisse passer de drôles d'objets.



En 1983 le Drame avait composé une pièce à partir de témoignages radiophoniques pour nous moquer des fachos qui jouent sur la peur de l'autre, cet autre qui n'est qu'un autre soi-même, l'horreur absolue ! Bernard Vitet était au violon (sous surveillance), Francis Gorgé maniait la guitare électrique et un instrument électronique peu recommandable, en plus de taper ma déposition sur un Bösendorfer je diffusais le son des paranos. Légitime défense faisait partie d'une émission de création de plus de 3 heures commandée par France Musique.
Rien n'a changé. Il y a toujours autant de malades. La brutalité des hommes a toujours été pour moi une énigme. La France joue les redresseurs de tords, mais reste le troisième exportateur d'armes dans le monde, certes loin derrière la Russie et les États-Unis, mais pour 9%. Qui sont les véritables criminels ? Les assassins ou ceux qui les y incitent ? Le capitalisme est d'une rare hypocrisie. Le goût du profit pousse aux pires exactions. La paranoïa s'empare des hommes pour justifier leurs crimes. Il est minuit, bonnes gens, dormez en paix !

jeudi 27 mars 2014

Quand le monde rêvait son avenir


Comment le monde a-t-il pu se dissoudre à ce point ? Comment les peuples ont-ils pu oublier que l'avenir serait révolutionnaire ou ne serait pas ? Qui avait intérêt à les monter les uns contre les autres ? Comme partout 1969 fut une année pleine de promesses. L'Afrique aussi était au diapason de la révolution qui secouait la planète. Le Festival Panafricain d'Alger rassembla tous les pays du continent, du Maghreb à l'Afrique du Sud, du Tchad au Sénégal, du Mali à l'Angola. Musique, théâtre, conférences, spectacles, défilés, affirment que la culture est l'élément primordial de la révolution. Chaque nation envoie à Alger ses artistes et ses intellectuels. Les couleurs explosent sur l'écran. Les costumes ancestraux apparaissent futuristes, les traditions africaines inspireront les nouvelles musiques occidentales tandis que les discours politiques mettent en garde la population contre le colonialisme et le néocolonialisme. Des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues d'Alger pour fêter la future Afrique, une et solidaire. Les mouvements sud-africains et rhodésiens (futur Zimbabwe) dénoncent l'apartheid. Participent à cette première édition du festival Miriam Makeba, Choukri Mesli, Barry White, Manu Dibango, Nina Simone, Ousmane Sembène, Aminata Fall André Salifou... Parmi les jazzmen Chicago Beau, Lester Bowie, Julio Finn, Malachi Flavors, Burton Greene, Philly Joe Jones, Jeanne Lee, Hank Mobley, Grachan Moncur III, Randy Weston… Mais je ne me souvenais que d'Archie Shepp grâce au disque paru chez Byg, concert de free jazz héroïque du 29 juillet 1969 avec pléthore de musiciens algériens ainsi que Dave Burrell, Clifford Thortorn, Alan Silva, Sunny Murray et le poète Ted Joans scandant "We are still back, and we have come back. Nous sommes revenus ! Jazz is a Black Power. Jazz is an African Power. Jazz is an African music !" Il faudra attendre quarante ans pour que le Festival renaisse en 2009, mais William Klein n'est pas là cette fois pour l'immortaliser. Si l'apartheid a été vaincu, l'Angola et le Mozambique libérés du joug portugais, les révolutions ont tourné court. La colonisation à l'ancienne a laissé la place au capitalisme international soutenu par des gouvernements corrompus. Les tentatives de libération ont chaque fois été assassinées comme Thomas Sankara au Burkina Faso.


William Klein est un immense réalisateur, mésestimé, probablement trop inventif. Fiction ou documentaire, chacun de ses films fait preuve d'une indépendance qui continue à coûter cher aux artistes que les marchands ne savent pas ranger dans leurs petites boîtes étriquées. Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (1966), Muhammad Ali, the Greatest (1969), Mister Freedom (1969), Le Couple témoin (1977), Grands soirs & petits matins (1978), The French (1982), la série Contacts (1983) dont il a l'initiative, sont autant d'œuvres à redécouvrir comme ses photographies exemplaires. Chacun de ses mouvements sont des coups de poing assénés à la banalité, des cris de révolte contre la stupidité des hommes, des chants d'espoir aussi où le style effilé et revendicatif tranche avec la mollesse de ceux qui pensent que le moindre sujet polémique est compliqué. Ses images sont cadrées, leur assemblage monté, on appelle cela du cinéma. Les documents d'archives replacent l'actualité dans le sens de l'Histoire. Et William Klein tourne ce Festival Panafricain d'Alger 1969 comme un grand film politique, on l'appellera un "opéra du tiers-monde". Il est plus proche de Jean-Luc Godard que maint cinéaste de la Nouvelle Vague qui renièrent vite leur révolte adolescente. Les cartons rouge et noir interrogent plein cadre : Qu'est-ce que l'Afrique ? Qu'est-ce que le Festival ? Qu'est-ce que la culture ? Le film se clôt avec La culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas. Cette affirmation n'est-elle pas la clé de toute civilisation ? L'oublier, c'est verser dans la barbarie. Nous n'en sommes pas loin.

Arte a édité le film en DVD, disponible également en VOD, en même temps qu'un autre film de William Klein avec Eldridge Cleaver, Black Panther exilé à Alger.

mercredi 26 mars 2014

Élections ubuesques à Bagnolet


Lorsqu'on dit que chaque voix compte dans une élection ce n'est pas une image. Dimanche dernier Laurent Jamet et la liste Bagnolet Avenir 2014 qui réunit le PCF, la Parti de gauche, la Gauche Unitaire et un Collectif de citoyens sont arrivés en tête (21,26%) avec une voix d'avance sur le PS de Tony di Martino (21,25%). La règle de se désister à gauche pour le mieux placé n'a "évidemment" pas été respectée, non à cause du mince écart, mais parce que le Parti Socialiste tente de mettre la main sur l'intégralité de la Seine-Saint-Denis sous la houlette de Claude Bartolone, actuel président de l'Assemblée Nationale. Bagnolet est un des derniers bastions communistes de l'ancienne banlieue rouge. La droite y a fait un de ses plus mauvais scores (10,23%) ! Pourtant, ou de ce fait, la gauche est totalement divisée, d'abord sous la responsabilité du maire sortant et sorti, le redoutable Marc Everbecq qui décida de se maintenir au 1er tour malgré que le Parti Communiste lui ait retiré son soutien après la gestion désastreuse tant humaine qu'économique de la ville. Une partie de ses anciens colistiers, membres du PCF et du PG, a eu le courage de lui résister en se lançant contre lui pour ces élections municipales. Le but premier des communistes est atteint, Bagnolet en est débarrassé. Comment ensuite ne pas perdre la ville lors du second tour face à un PS très offensif et soutenu en haut lieu ?
Laurent Jamet s'est d'emblée déclaré ouvert au rassemblement de toutes les forces de gauche, hors Everbecq et di Martino évidemment : pas question de s'associer au parti gouvernemental qui défend la politique d'austérité ! Les Bagnoletais ont tout à craindre de cette calamité. En dehors de deux petites listes (3% à elles deux) qui ne veulent pas se prononcer, soit Lutte Ouvrière et le Parti Ouvrier Indépendant, restait en lice Mireille Ferri pour les Verts (18,02%) et Mohamed Hakem pour une liste dite Dynamique Citoyenne (10,41%). Or ces deux listes regroupant des membres extrêmement hétérogènes ont refusé de rejoindre Laurent Jamet sous prétexte qu'il fut le premier adjoint d'Everbecq et bien qu'il s'en soit clairement affranchi et expliqué dans son programme constitué avec des centaines de citoyens. Ferri se maintient donc alors qu'elle a fait le plein de ses voix au 1er tour comme elle l'avait annoncé.
Mais la surprise vient de Mohamed Hakem qui, après avoir joué les révolutionnaires, a décidé de rejoindre le socialiste di Martino au second tour ! C'est à n'y rien comprendre, hormis des tractations secrètes dont nous ignorons tout. Résultat : sa base en est fondamentalement ulcérée. Si Hakem se réclamait jusqu'ici du Front de Gauche puisqu'il était soutenu par la Fase de Clémentine Autain, celle-ci a annoncé d'emblée qu'elle marcherait dans les rues de Bagnolet pour afficher son soutien sans faille à Laurent Jamet ! Hakem, rédacteur émérite du programme de Dynamique Citoyenne, serait-il incapable de contrôler ses troupes parmi lesquelles des personnes plus colériques que constructives ou assistons-nous au marché de l'embauche ? Où la politique et la rigueur morale vont-elles se nicher dans ces volte-faces incompréhensibles ? Comme pour la liste de Mireille Ferri également appelée Citoyenne et où l'on trouve très peu de militants d'Europe Écologie Les Verts, ces deux listes ont la plus grande difficulté à dégager une ligne politique claire et unie. Et voilà donc 4 listes au second tour ! Les électeurs d'Hakem suivront-ils sa trahison au Front de Gauche ? Les abstentionnistes se réveilleront-ils pour faire obstacle au PS ? Les électeurs d'Everbecq (15,87%), communistes fidèles au maire sortant/sorti, devraient logiquement rallier le PCF et le PG, seule liste de rassemblement, faisant fi de la lutte fratricide qui a pénalisé la ville.
Que se passera-t-il dimanche ? Tous les scénarios sont possibles. Le premier tour fut déjà bien croquignolesque. On y reviendra. Quels électeurs de gauche prendront la responsabilité de faire passer le parti de l'austérité sous prétexte de laisser certains candidats confondre politique et ambition personnelle ? À Bagnolet la saison 2 s'annonce palpitante.

mercredi 19 mars 2014

Porte à porte


La campagne du premier tour des élections municipales s'achève pleine d'espoir pour le candidat que nous avons choisi de soutenir. Jamais encarté, inorganisé pour ne pas dire indiscipliné, je n'avais jamais milité dans un cadre aussi républicain. Devant les déviances de la gauche et de ce qui s'en réclame j'aurais même eu plutôt tendance à glisser dans l'urne un bulletin blanc tant je suis écœuré d'avoir toujours dû voter "contre". L'alternance est une chimère qui laisse aux prétendus socialistes le soin de faire avaler à la population ce que la droite n'a pas su imposer. Même si j'ai participé à quantité de manifestations populaires ou élitaires, mes activités politiques ont toujours été plus intellectuelles que pratiques. Mon travail artistique et ses conséquences actives ont par contre milité sans faille pour les idées généreuses développées au cours de mon enfance et mon adolescence. Libre-penseur je n'ai jamais dû renier la base de mon inspiration, mélange de révolte contre les injustices sociales et la brutalité humaine et de rêves utopiques auxquels on m'opposait une imbécile incrédulité. Fondamentalement expérimental, je suis persuadé qu'en tout domaine rien n'est impossible, le pire comme le meilleur. Il suffit de s'y coller sans relâche pour éviter l'un et partager l'autre. Mais rien ne se fait seul. Les associations sont indispensables.


Prenant la parole au cours de meetings organisés par la liste Bagnolet Avenir 2014 qui regroupe le PCF, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire et un Collectif de Citoyens non encartés mais résolus à chasser le maire actuel pour redonner un visage humain à notre ville, j'expliquai que ma participation à toutes les dernières élections se cantonnaient à glisser un bulletin dans l'urne. Quelques minutes à lire les papiers officiels, quelques secondes dans l'isoloir. Voter était synonyme de démission si j'en restais là. Le pouvoir de la population étant de plus en plus limité à l'image de celui de nos gouvernants, muselés par des lois contre lesquelles nous avons voté massivement et qui ont été promulguées malgré cela (la Constitution Européenne est une honte absolue), les présidentielles et les législatives sont une mascarade que seul un travail de proximité peut espérer renverser. Les municipales sont un excellent exemple de ce travail de proximité. C'est en changeant les rapports à nos voisins, en exprimant notre solidarité avec tous et toutes, que nous pourrons inverser le cours des choses. Dans cette perspective j'ai suggéré à Laurent Jamet, tête de notre liste, une coopérative de compétences. Que jeunes et anciens échangent leurs connaissances, que les communautés se rencontrent et œuvrent ensemble, etc. En tractant, collant, faisant du porte à porte, rencontrant des dizaines d'habitants de mon quartier et d'autres plus éloignés, j'ai fait la connaissance d'un nombre étonnant de gens charmants (pas que !), je me suis fait de nouveaux amis, j'ai appris un nombre de choses époustouflantes sur la vie d'une municipalité, sur la pratique de la politique en général, sur la corruption et le clientélisme, sur les actions primordiales, sur le gâchis, sur l'absurdité de l'administration française, sur la générosité de certains militants aussi.
Je reviendrai probablement sur tout cela après le 30 mars, préférant ne pas divulguer mon journal de campagne au jour le jour pour profiter du recul critique. Mon engagement citoyen est motivé par une vigilance nécessaire avant, pendant, mais surtout après les élections ! Pour autant, pendant ces nombreuses semaines, figurant moi-même avec Françoise sur la liste, je suis heureux d'avoir soutenu Laurent Jamet, candidat sincère dont le programme m'a semblé le plus juste et le plus ouvert.

jeudi 13 février 2014

Cocorico déplacé


Un ami me raconte que lors d'une manifestation culturelle qu'il a organisée les participants étrangers étaient charmants et coopératifs tandis que les Français débordaient de prétention et d'arrogance. Il y a toujours des exceptions, mais souvent les visiteurs sont des modèles de courtoisie pendant que les jeunes franchouillards se comportent comme des petits cons. Même constat entre les stars et les seconds couteaux. J'essaie de comprendre comment l'on peut être aussi cuistre. Les étrangers de différentes nationalités se retrouvant momentanément dans notre pays sont curieux les uns des autres alors que les locaux protègent leur pré carré, pardon, hexagonal. Sont-ce leurs acquis qu'ils défendent jalousement, le besoin des faibles de s'affirmer ou les restes du colonialisme ? Ce comportement n'est pas commun à tous les pays. On est plus ou moins bien reçus selon les cultures. À notre niveau l'emblème national montre que les traditions débiles ne datent pas d'hier. Si coq et gaulois se disent tous deux gallus mallus ortinigus en latin, la référence à l'orgueil remonterait à Philippe Auguste. Pourquoi ce trait de caractère typiquement français génère-t-il automatiquement des comportements indignes ? Si l'on en juge par la politique d'immigration de nos gouvernements successifs nous avons encore beaucoup de progrès à faire en matière d'accueil ! Le ministre de l'intérieur porte bien son terme. Lorsqu'il met son nez dehors il reste bouché (on ferait d'ailleurs bien de faire pareil à son approche). La France est pourtant composée d'une palette de couleurs inégalée, mélange de parfums du monde entier, de ceux qui sont allés jusqu'au bout de la terre à ceux qui ont rêvé de culture et de savoir vivre, paysages et terroirs si variés, où la langue, les arts, la philosophie, la cuisine et tant d'autres merveilles doivent à toutes les tribus qui l'ont occupée et s'y sont installées. Cocorico !

vendredi 7 février 2014

Humanité, quelle question ?


Après l'empathie, l'utopie, la confiance, Après l'humain ? et Créativité, je rédige ma sixième contribution à la Revue du Cube sur le thème du partage. Mon texte me hante. Il commence par la phrase indépendante : "J'aimerais croire en l'avenir." Comme je le pratique souvent dans ce genre de texte, le dernier paragraphe évoque les pourtant après une description sombre de ce qui se profile si nous n'agissons pas rapidement. J'ignore si c'est encore de saison, car certains sont beaucoup plus pessimistes, notant que la fonte de l'Arctique s'accélère au delà des prévisions. On entrevoyait une hausse du niveau de la mer d'un mètre, on s'approcherait plutôt des dix mètres, avec des conséquences désastreuses, nous plongeant dans une nouvelle ère glacière. Le Gulf Stream détourné et nous voilà avec le même climat que Montréal dont nous partageons la latitude, pour commencer. Le réchauffement climatique est un concept erroné, surtout si l'on ajoute les retombées radioactives de Fukushima... L'espèce humaine n'est pas éternelle. Chacun d'entre nous non plus. Est-ce que tout a une fin ?
Cela ne nous empêche pas de nous foutre sur la gueule, sans arrêt, bien au contraire. Comment expliquer les guerres qui ravagent la planète ? Même si la violence et la mort sont rentables, n'y aurait-il pas d'autre manière de penser, d'envisager de vivre ensemble ? L'absurde règne en maître. Sommes-nous capables de penser par nous-mêmes quand rien ne nous y prédispose. La manipulation est totale, absolue. Les pressions économiques qu'exerce la société, celles psychologiques qu'exerce la famille, les manipulations dont les médias sont les vecteurs nous empêchent de remettre en question nos us et coutumes. Nous sommes devenus aseptisés, nous avons oublié notre animalité, ou du moins nous avons feint de l'avoir perdue. L'information est une religion moderne. Les gourous de l'informatique rêvent d'une révolution qui n'obéirait pas aux lois de l'exploitation de l'homme par l'homme, ni de la nature évidemment. Les scientifiques inventent des formules innocentes que les maîtres du monde transforment en engins de mort. La machine s’emballe, nous précipitant contre un mur qu'il eut suffi de contourner à défaut de ne pas l'avoir construit.
Je suis resté l'enfant naïf et plein d'espoir qui adhérait à onze ans aux Citoyens du monde. L'absurdité des hommes, leur besoin de tout dominer, à commencer par les femmes, m'est toujours aussi incompréhensible. Quelles forces nous gouvernent ? De quelles bestioles sommes-nous les véhicules ? Que nous réserve l'avenir ?
En créant les liens hypertexte je m'aperçois que ma première contribution à la Revue s'intitulait déjà Tout partager entre tous !

mercredi 15 janvier 2014

Municipales bagnoletaises


Si le doute sur le système démocratique me reprend chaque fois que je dois voter aux présidentielles (débâcle absolue) ou aux législatives (le seul candidat était socialiste), je me suis engagé sans hésiter pour les municipales. Nous avons donc signé un texte qui appelle à voter pour la liste du front de gauche à Bagnolet...

Lorsque les lois sont dictées par le monde de la finance et les lobbyistes européens, lorsque notre gouvernement se fait complice de cette minorité de riches qui contrôle la planète en la saignant sans souci de l’avenir, lorsque l’iniquité rivalise avec le cynisme, lorsque les médias tentent de nous faire croire que le capitalisme est inéluctable alors qu’ils envisagent très bien la fin du monde, alors les rapports de proximité deviennent la meilleure réplique à la perversité de ce système qui pousse d’un côté à la corruption et de l’autre à la démobilisation.
Nous avons tous et toutes le droit et la nécessité de rêver d’un monde meilleur. Chacune et chacun de nous porte la responsabilité de le mettre en pratique dans notre quotidien et dans nos rapports de proximité. Il n’est pas d’élection plus appropriée que les municipales pour faire bouger les choses à un niveau où nous pouvons réellement agir.
Les intellectuels ont le rôle de réfléchir le monde dans le quel nous vivons et grandissons. Dans les situations les plus critiques les créateurs, les artistes peuvent et doivent représenter un rempart contre la barbarie. Ils et elles ont la chance et le pouvoir de penser autrement, de refuser l’ordre établi en construisant un merveilleux désordre qui s’avèrera plus constructif que les interdits, plus équilibré et prometteur que les conventions qui nous oppriment plus qu’elles nous libèrent.
En l’occurrence, nous créateurs, artistes, enseignants, acteurs culturels, travailleurs indépendants, qui vivons à Bagnolet souhaitons nous investir dans notre ville en participant à son évolution et à son émancipation. Nous souhaitons partager avec tous les citoyens et citoyennes de notre ville les ressources que nous avons accumulées en nous inspirant également de ce que vivent tous les habitants. Nous avons tous et toutes à apprendre les uns des autres. Le pouvoir est défini par ce que nous pouvons faire. Imaginons un partage des savoirs et connaissances à tous les niveaux de la société bagnoletaise, un partage transgénérationnel, un partage interprofessionnel, un partage transculturel, une autre manière de vivre ensemble.
Ces dernières semaines nous avons apprécié le travail en amont réalisé au sein des diverses commissions réunies par Bagnolet Avenir. Nous voulons continuer à nous investir pour redonner à notre ville l’éclat qu’elle mérite, forte du mélange des populations qui la composent.
En marge des partis, nous appelons donc à voter pour la liste Bagnolet Avenir soutenue par le Parti Communiste Français, le Parti de Gauche, la Gauche Unitaire, et dont la tête de liste est Laurent Jamet.

lundi 13 janvier 2014

La merde télévisuelle gagne Internet


Glissements progressifs du plaisir. La merde télévisuelle gagne Internet. Les internautes zappent d'un mur à l'autre sur FaceBook. On picore. D'une chaîne à l'autre sans heurt. On se spécialise. Les chaînes restent des chaînes. Les liens hypertexte ressemblent aux dominos qui s'écroulent les uns sur les autres. Et comment éviter la publicité qui précède chaque film sur YouTube ? Pas moyen d'écrire "Sans pub" sur sa boîte aux lettres ! Les jeux en ligne remplace les jeux télévisés. Poison high-tech. Position low-geek. Les jeunes vieillissent sans s'en apercevoir. Ils adoptent les gestes de leurs vieux en changeant de machine. Les propositions commerciales se bousculent. Toboggan de la consommation. Répétition des mêmes schémas. Second Life mimait le pire de notre monde. On applique les mêmes recettes aux nouveaux médias dès qu'ils deviennent démocratiques. Ah c'est cela, la démocratie ? J'avais bien compris. Fantazio passe à la maison. Il parle vite pour prôner la lenteur. Faire le procès de la vitesse. Comment éteindre ces nouveaux postes qui nous ont hypnotisés en nous faisant croire que l'avenir passait par les écrans ? Les rois du pétrole trouveront bientôt une nouvelle manne, le filtrage. Combien nous coûtera-t-il pour être épargnés de toute cette pollution ? Il faut sortir, prendre l'air, s'enfuir, se cacher dans la forêt, toutes voiles dehors, sur une île, dans ma tête, la nuit...

vendredi 27 décembre 2013

Théâtre du Monde, derniers jours à la Maison Rouge


Prolongation jusqu'au 19 janvier !
Le Théâtre du Monde exposé à la Maison Rouge porte bien son nom. La scénographie qui s'y déploie est une démonstration éclatante de ce que pourraient être les espaces muséographiques si l'on voulait tirer les visiteurs par le haut en jouant sur leur sensibilité et leurs ressources propres au lieu de les noyer sous un amas d'érudition où se complaisent des universitaires étalant une culture qui n'a plus grand chose de commun avec l'art. Les cimaises aux murs blancs sont l'envers brutal et monstrueux de cet art brut ou contemporain qui fait naître les émotions par des jeux de lumière, où le parcours fait sens. Les cartels que les myopes et les presbytes ont en horreur ont été remplacés par un petit livret où sont détaillées les œuvres, accompagnées par des textes remarquables qui les plongent en quelques lignes dans l'univers, encyclopédie philosophique où se réfléchit la beauté et l'absurdité de l'humanité, vanité et mystère.


Jean-Hubert Martin, à qui l'on devait entre autres Les Magiciens de la Terre (1989), a mis en scène les collections de David Walsh, fondateur du MONA (Museum of Old and New Art) et celles du TMAG (Tasmanian Museum and Art Gallery). Chaque salle développe sa logique, jouant sur les formes ou sur le sens, composant contrepoint et harmonie, sans avoir peur de faire grincer les dents si nécessaire. Chacun peut y trouver sa place. Les surréalistes avaient montré la voie vers la nouvelle Babylone. Brecht avait renversé les rôles. L'hétérogénéité des œuvres, anciennes ou contemporaines, naïves ou savantes, tient du pamphlet politique, bouffée d'air frais d'un cabinet de curiosité en prise avec le réel, un réel qui traverse les siècles, fruit de nos rêves les plus fous, héritage magique que nous nous devons de partager avec le plus grand nombre en continuant à l'alimenter.


Si vous ne pouvez pas allez voir cette remarquable exposition qui fermera ses portes le 12 janvier 2014, regardez le petit film de 12 minutes qui suit. On s'y promène avec son commissaire, Jean-Hubert Martin, qui développe son point de vue critique. Mais si vous pouvez vous y rendre ces jours-ci (il y a moins de monde en période de fêtes), alors gardez le film pour plus tard, car il risque de vous gâcher un peu la surprise. Au cinéma on appelle cela un spoiler !


Vous n'avez pas pu résister ? Ce n'est pas grave. L'immersion scénographique n'est pas un avant-goût. C'est une expérience. Il faudrait plus de Jean-Hubert Martin, plus de Maison Rouge aussi, et moins de spécialistes. Les conventions perpétuent tant de prétention, d'érudition et d'élitisme stériles. Ici la mise en scène des œuvres laisse au visiteur la liberté d'interpréter ce qu'il voit et ce qu'il entend...
Ce théâtre où la poésie révèle l'intelligence me donne envie de retravailler pour les expositions ! Le son y reste le parent pauvre. Le silence n'existe pourtant pas. Pas plus là qu'ailleurs.

Illustrations : © MONA/Rémi Chauvin Image Courtesy MONA Museum of Old and New Art, Hobart, Tasmania, Australia © TMAG / JJB / Plan de l'exposition

vendredi 20 décembre 2013

Mairie de Bagnolet


La Mairie de Bagnolet est sujet à polémique. Son architecture intérieure brave déjà l'horizontalité photographique que j'ai adoptée pour illustrer mes articles. Lorqu'on lève la tête un spectacle de courbes ou d'arêtes anguleuses forcent l'admiration, à moins d'être amateur rigide de la symétrie au carré. La toile d'araignée extérieure est moins convaincante et, si on l'ouvrait comme prévu, la passerelle qui relie le nouvel Hôtel de ville conçu par l'architecte Jean-Pierre Lott à l'ancienne mairie déboucherait dans le tournant du vieil escalier, sans compter que le lieu ne permet pas d'abriter tous les services (comme celui de la culture) ! Je me demande souvent à quoi pensent les spécialistes. Ces incongruités seraient le fruit des dépassements budgétaires. L'entreprise a le mérite de l'innovation, mais nombreux Bagnoletais ont la bouche amère devant la facture : 40 millions d'euros au lieu des 22,5 prévus. Or la ville est l'une des plus endettées de France. Je ne vous raconte pas le coût des taxes foncières et d'habitation. Nous y vivons pourtant agréablement, avec sa somptueuse médiathèque, les deux salles du cinéma municipal Le Cin'Hoche dont la programmation est éclectique, les théâtres de L'échangeur et du Samovar, son parc et ses jardins partagés, etc. La proximité de Montreuil et des Lilas est un autre atout.
Hélas l'ambiance s'est lourdement dégradée depuis que le maire actuel a décidé de n'en faire qu'à sa tête, faisant fi des avis de son conseil municipal. À tel point que le Front de Gauche lui a retiré sa confiance et soutient la candidature de Laurent Jamet qui s'est engagé à écouter sérieusement la population, entre autres en réactivant les maisons de quartier. Un collectif de citoyens partageant ses valeurs et n'appartenant ni au PCF ni au PG s'est constitué pour exercer un contrôle sur le fonctionnement démocratique des institutions municipales. Le système est en cause. Une fois élu pour six ans, un maire peut ne rendre de comptes à personne. C'est donner libre champ au moindre schizophrène, surtout lorsque l'on sait à quel point le pouvoir rend fou. Je me suis donc investi dans la liste Bagnolet Avenir ! À la réunion de samedi dernier j'ai proposé de constituer une coopérative de compétences pour redonner du sens au lien entre les Bagnoletais. Sur le modèle des SEL (Systèmes d'Échanges Locaux), l'idée est que, jeune ou ancien, chacun et chacune possédant des compétences ou étant animé(e) de passions pourrait les partager et avoir recours à celles des autres. Et Françoise de suggérer de semer des graines partout où la terre le permet. Nous pouvons encore changer le monde par des actions de proximité, moyen efficace de résister au formatage des cerveaux et des usages.

mercredi 18 décembre 2013

No Pasaran Lou Bretzels


Chers amis,
ne m'en voulez pas, mais je dois être franc. Je n'arrive plus à digérer les fêtes où l'on nous propose à dîner que des cacahuètes. Si la bière et le vin sont de rigueur, les provisions de bouche qui, dans le meilleur des cas, se réduisent aux tomates cerises, aux carottes-choux fleurs trempés dans la sauce, à un pot de tarama et à un assortiment de biscuits trop salés ne me réussissent pas et ne m'ont jamais réussi. Que dire des fraises tagada et des guimauves enrobées de chocolat ? Notre pays a-t-il perdu ses traditions culinaires, que dis-je culinaires, je devrais écrire gastronomiques tant les ressources de nos terroirs et des immigrations successives offrent un champ d'expérimentation aussi vaste que le livre des inventions possède d'entrées ? Comme il est pitoyable de subir l'effacement de ces coutumes devant l'industrie alimentaire entre les mains des multinationales formateuses !
Partager le plaisir du goût rehausse la qualité des conversations. Nos estomacs sécrètent les sucs renouvelant le sang qui circule dans nos veines et dont nos cerveaux ont besoin pour s'affranchir des platitudes de soirée. Chers amis, dites-moi de venir ayant mangé, mais ne m'infligez plus de régime bretzels !
Enfin, si j'évoquais plus haut certaines coutumes qui ont fait la renommée de notre pays je mettrais un bémol au Champagne. Entendre que tout le monde n'aime pas les bulles et qu'il est inutile de se ruiner pour faire genre ! Apportons la boisson qui nous plaît au lieu de nous pencher discrètement vers le robinet de la cuisine. Combien d'entre vous aurait préféré un bon thé ? La fête implique-t-elle nécessairement d'ingurgiter des tas de trucs qui nous plombent ? Offrez nous le choix... Amusez nos papilles comme vous avez souhaité le faire en invitant tel ou telle ami/e.
Et puis ne mettez plus de musique de fond qui empêche d'entrer dans la conversation de convives que nous ne connaissons pas encore. Ou bien allez-y carrément et dansez, dansez... Sans oublier d'aménager le coin cuisine qu'affectionnent les tchatcheurs. Ne croyez pas que l'art de recevoir ne s'apprend pas. J'en ai marre de rentrer à la maison aphone, le ventre en capilotade, en m'étant ennuyé de n'avoir pu discuter avec personne que je ne connaisse déjà. Ou bien la prochaine fois je resterai chez moi avec un bon prétexte, celui de faire la fête.

mardi 3 décembre 2013

Bémol à la clef en coda


Arrivé en retard après 3 heures d'embouteillage monstrueux sur le Périphérique j'interviens seulement dans les 5 dernières minutes, mais après le fondateur de KissKissBankBank et la représentante de OuiShare ce n'était peut-être pas inutile ! Le débat sur la créativité ouvrait la soirée de lancement de La revue du Cube #5.

mardi 19 novembre 2013

Créativité pour La Revue du Cube #5


Après Empathie, Utopie, Confiance, Après l'humain, le n°5 de La Revue du Cube a pour thème Créativité. J'aurai le plaisir d'en débattre ce mardi soir à 19h30 à Issy-les-Moulineaux, avec Vincent Ricordeau, fondateur de KissKissBankBank, et Dana Filippova, connector à Ouishare, projet collectif qui promeut le développement de l'économie collaborative. Lors du débat retransmis en direct nous devrons répondre à la question de Nils Aziosmanoff : « Connecté au savoir planétaire et assisté par les machines qui pensent, l’homme augmente ses capacités et se libère de nombreuses tâches. Mais entre émancipation et aliénation la frontière est parfois mince, et beaucoup s’inquiètent du fait que la science va plus vite que la conscience. Face à cette accélération, comment favoriser les dynamiques d’intelligence connective et de co-création du monde qui vient ? »
La Revue du Cube (en ligne et gratuite) offre une trentaine de réponses dont la mienne que vous trouverez en bas de ce billet (en cliquant sur Lire la suite). J'ai été particulièrement intéressé par celles de Dana Filippova mettant en valeur l'alchimie de l'intelligence collective, de Pierre de La Coste comparant notre intelligence à celle des hommes préhistoriques (il co-animera le débat avec Aziosmanoff et Eloi Choplin), de la psychothérapeute Marie-Anne Mariot soulignant les risques indispensables que prennent les créateurs, d'Alain Caillé autour du manifeste convivialiste, d'Étienne Armand Amato pointant quelques processus qui mériteraient d'être débattus un par un comme tous les textes des autres rédacteurs... De passionnantes (presque) fictions de Vincent Lévy, Jacques Lombard, Olivier Auber et d'autres complètent le panorama, mais le bouquet final revient à l'entretien avec le philosophe et essayiste altermondialiste Patrick Viveret, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, qui remet sévèrement en cause les appellations crise ou révolution numérique, replaçant le débat dans la logique guerrière qui pourrait mener à la catastrophe si l'humanité n'apprend pas à vivre ensemble et à mieux s'aimer. Ses réponses sont d'une telle clarté que je recommande son indispensable lecture à tous les camarades qui se demandent comment éviter le pire en visant le meilleur...

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vendredi 15 novembre 2013

On nous raconte des histoires


Le sous-titre de Storytelling, le livre de Christian Salmon, était La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits. Son essai, publié en 2007, montre comment la méthode marketing appliquée à la politique consiste à raconter des histoires pour influencer le consommateur ou l'électeur. Mais le storytelling est omniprésent dans nos vies. Il nous fabrique depuis notre naissance. Notre éducation, parentale et sociétale, nous fige dans un moule dont nous ne pouvons nous affranchir qu'après un travail considérable. Le désir auquel nous sommes incapables de répondre nous rend malade, à moins et jusqu'à trouver l'échappatoire, l'histoire d'une vie, de sa propre vie.

En matière de communication nos doutes s'étaient avérés justifiés après le faux massacre de Timișoara de 1989 en Roumanie. Aujourd'hui encore, remettre en question la version officielle du 11 septembre 2001 revient à se faire traiter de complotiste comme si l'incendie du Reichstag en 1933 ou celui de Rome au 1er siècle n'avaient jamais existé. Ils permirent pourtant à Hitler de se débarrasser des communistes et à Néron des Chrétiens. Aux États Unis, le mois qui suivit l'attentat contre les Twin Towers furent votées les lois liberticides du Patriot Act sans que personne n'ose lever le petit doigt. En matière de storytelling, l'arme de distraction massive n'est pas née d'hier. Plus le mensonge et la manipulation sont énormes mieux ça passe. L'invention du Christianisme, ou de n'importe quelle autre religion d'ailleurs, n'est-elle pas une preuve irréfutable de l'ampleur du complot ? Depuis vingt siècles on veut nous faire croire qu'un barbu est mort sur la croix pour tous les hommes et qu'en plus il fut ressuscité. Bel exemple de storytelling servant à contenir la révolte et galvaniser les foules, voire à les exploiter ! Avec la déclassification des archives américaines les insinuations sur la destitution de Mohammad Mossadegh en Iran en 1953 ou l'assassinat de Patrice Lumumba au Congo en 1961 s'avèrent exactes, comme la participation des avions américains le 11 septembre 1973 au Chili contre Salvador Allende, tous fruits des agissements de la CIA. Mais nous avons les mêmes en France...

Nous n'avons pas forcément besoin d'évènements aussi brutaux pour saisir les effets du storytelling. La prétendue démocratie est un autre exemple de leurre dont nous sommes pour la plupart victimes. On voudrait nous faire croire que les dirigeants de la nation sont nos représentants élus. Or nous avons beau glisser systématiquement un bulletin dans l'urne voilà des décennies que rien n'y change. Comme si nous avions le choix ! Comme si les politiques de la droite ou de ce qui est communément appelé la gauche étaient fondamentalement différentes ! Les acteurs jouent simplement à "good cop, bad cop" (le gentil flic et le méchant dans un interrogatoire), mais les deux servent les mêmes intérêts. L'exploitation de l'homme par l'homme est le moteur de nos civilisations. En France on entend que Hollande n'a pas respecté ses engagements, mais bien au contraire, il le fait scrupuleusement, non vis à vis de ses électeurs, mais vis à vis des banques qu'il n'a pas manqué de visiter avant son élection ou des grands patrons qu'il rencontre discrètement régulièrement. L'histrion qui l'a précédé s'est juste fait virer parce que son ego bling bling empêchait de le contrôler suffisamment, mais surtout parce que l'illusion de l'alternance est la clef du succès. Les Américains en savent quelque chose : Républicains ou Démocrates ne changent rien à la condition humaine, les pauvres s'enfoncent toujours un peu plus dans la misère, les écarts avec les riches se creusant chaque jour dramatiquement. La révolte est contenue.

Résumant rapidement, un psychanalyste lacanien m'expliquait que la névrose est le fruit de la charge que mettent les parents sur leur enfant et que celui-ci ne peut assumer. Du désir inassouvi des uns naît le mal-être des autres. Et il nous faudra dans le meilleur des cas de presque toute une vie et un travail considérable sur soi-même pour savoir qui nous sommes vraiment. Car en écrivant parents je pense au poids de la société qui n'agit pas autrement. Nous sommes nous-mêmes des produits du storytelling que la généalogie et la culture nous inculquent. Depuis que nous sommes nés on nous raconte des histoires, et nous les croyons. Nous y croyons parce que nous sommes de bons enfants prêts à perpétuer le récit des vainqueurs, puisque l'Histoire est celle des vainqueurs, de ceux qui survivent et l'écrivent. Il n'existe le plus souvent aucune autre trace. Tout n'est que storytelling. Une gigantesque illusion à laquelle nous ne pouvons répondre qu'en nous posant des questions fondamentales, des questions vitales : quelle vie ai-je véritablement envie de construire ? Quel intime désir m'anime encore sous la montagne de faux semblants que camouflent le progrès, la consommation à outrance, l'égocentrisme, la haine de l'autre, de cet autre qui est en moi et qui accouche du racisme ou du sexisme ? Comment utiliser intelligemment le peu de temps qu'il nous reste à vivre ? Cette question n'a pas d'âge au vu de notre taille infiniment négligeable à l'échelle cosmique ! Quelle histoire vais-je inventer qui soit la mienne et que je puisse partager avec mes semblables sans que l'on m'impose toutes ces fariboles qui n'ont d'autre finalité que m'asservir au modèle dominant ?

Dans son livre Christian Salmon cite le succès des blogs comme exemple de cet engouement pour les histoires. La grande majorité des blogueurs n'auraient d'autre motivation que de raconter la leur. Saurez-vous décrypter la mienne au travers de mes chroniques quotidiennes ? Tout n'est que storytelling. Ne doit-on alors faire confiance à personne ? Même à soi-même ? La mémoire nous joue de sacrés tours. La question est mal posée, car en cherchant à préciser son propre point de vue sans l'imposer à qui que ce soit on s'approcherait d'un équilibre que seule l'écoute permet d'affiner. C'est dans le rapport à l'autre que nous commençons à exister. Le storytelling nous construit, certes ; en prendre conscience permet de nous l'approprier et d'en proposer des variations dont la multiplicité est la garante de notre liberté. C'est lorsque le storytelling est une technique de formatage qu'il devient pernicieux. Penser par soi-même est un acte de résistance, la gageure d'une vie.

jeudi 7 novembre 2013

Retour à l'envoyeur


Que l'on m'envoie un disque, un film ou un livre on préférerait toujours ne susciter que des réactions dithyrambiques voire inconditionnelles. Et moi donc ? Comme Diaghilev s'adressant au jeune Cocteau un soir Place de la Concorde je rêve d'être étonné. Et à mon tour de devoir étonner lorsque mes œuvres sont sur la sellette. Pourtant le contenu d'une chronique est moins capital que signifier l'existence de l'œuvre critiquée. Il n'existe rien de pire que l'indifférence. Combien de destinataires font la sourde oreille et ne prennent pas la peine de répondre aux nombreuses sollicitations qui les assaillent quotidiennement ? On les comprend et l'on enrage. Ils sont débordés, les pauvres, assaillis par les propositions que leur poste occasionne.
Dans une chronique les sous-entendus sont parfois plus importants que les superlatifs, encore faut-il savoir les lire ! La critique parle toujours d'abord de celui ou celle qui l'a écrite avant la description de l'objet. Les journalistes qui l'ignorent nous endorment.
Les artistes et autres faiseurs devraient anticiper les réactions de ceux à qui ils s'adressent en connaissance de la production des sollicités... Combien de jeunes artistes ou producteurs envoient leurs disques ou appellent sans s'être préoccupé de savoir qui sont leurs interlocuteurs et ce qu'ils produisent ! Ils perdent à la fois leur temps et leur argent, s'exposant à la déconvenue voire à la dépression. Mieux vaut ne s'adresser qu'à quatre ou cinq personnes dont on aime le travail et le leur exprimer tout en suggérant que ce que l'on fabrique vibre en sympathie avec eux. Apprenons à être aimé par ceux et celles que nous aimons et à aimer celles et ceux qui nous aiment au lieu de nous battre contre des moulins à vent ! Jean Renoir prétendait que l'on ne convainc jamais personne qui ne veut être convaincu...

lundi 4 novembre 2013

Télérama sans télévision


Je ne regarde plus la télévision depuis une dizaine d'années. J'ai rendu mon décodeur à Canal. Je regarde des films sur grand écran que je choisis en dehors des modes. Mais je suis toujours abonné à Télérama. Pourquoi ?
Peut-être est-ce le dernier lien qui me connecte à la culture populaire, entendre un picorage généraliste en rapport avec l'actualité, un peu comme les quelques pages à la fin de Libération. J'arrête ma lecture de Télérama avant les programmes, mais je ne me suis pas encore résolu à me désabonner. Comme si j'allais me marginaliser en ne lisant plus que sur écran informatique. Les pages culture du Monde Diplomatique sont catastrophiques et Mediapart s'appuie essentiellement sur ses blogueurs pour alimenter la sienne. Les magazines culturels sur lesquels je suis tombé jusqu'ici ne répondent pas à cette universalité de surface qui m'alimente depuis que j'ai appris à lire. Ils sont souvent trop spécialisés, le discours universitaire m'énerve ou le manque de perspectives, tant dans le passé que dans le futur, dévoile leur méconnaissance de l'histoire. Il faut aussi que je me résolve à abandonner Les Cahiers du Cinéma qui font fausse route et ne m'apprennent plus grand chose. Les entretiens sauvent heureusement régulièrement toutes ces revues. Quelques lectrices ou lecteurs sauront m'en conseiller que j'ignore ou que j'ai négligées, on peut toujours espérer.

mardi 29 octobre 2013

N'en jetez plus !


Mon dos se redresse doucement. Les yeux de Françoise retrouvent une nouvelle jeunesse. Scotch miaule sans que l'on sache pourquoi, mais tout va bien. Le temps me manque juste pour raconter tout ce qui se passe autour. USA 1968, mon second roman augmenté, est sur les rails : Mathias code, Mika dessine, Sonia vidéote et nous testons, testons, débuguons, corrigeons, retestons, etc. Idem avec Baiser d'encre, le nouveau long métrage de Françoise dont j'assure la production exécutive en plus de la partition sonore. Aujourd'hui Antoine et moi installons les lapins de Nabaz'mob à l'ENSAD pour les représentations de la soirée privée de demain où une centaine de philosophes réunis à l'ENS seront confrontés à notre clapier. Pendant ce temps, les films, les disques, les livres s'accumulent sur les étagères et j'oscille entre remplir et vider le frigidaire. Oui je sais, on dit réfrigérateur, mais ça rime moins bien et plus personne ne possède cette marque. À la Cité des Sciences l'exposition sur le jeu vidéo dont Sacha et moi avons signé le design sonore est commencée, alors je travaille sur un projet de programmation de spectacles avec des plasticiens interactifs et de jeunes affranchis pour l'année qui s'annonce. C'est sans compter les concerts, enregistrements, publications qui se bousculent... Quand je pense que je me plaignais de ne pas savoir où j'allais... Mais, comme dit Pierre Oscar, je n'ai rien vu à Fukushima...

jeudi 17 octobre 2013

Pôle-Emploi, dernière étape ?


Il y aura de nombreux points d'exclamation dans l'histoire que je vais raconter aujourd'hui. Pour arriver au bout de mes peines, du moins je l'espère, il m'aura fallu beaucoup de courage, d'entêtement, de patience, d'humour, de persévérance, de résistance et du temps, beaucoup de temps qui l'eut été plus intelligent et productif de passer autrement.
Espérons donc que c'est le dernier billet que j'écris sur mes aventures d'intermittent du spectacle voué à la retraite dans un avenir plus ou moins proche. J'aurai comptabilisé les trimestres nécessaires le 1er avril 2015. Ce n'est pas une blague. J'ai déjà publié quelques épisodes de cette Passion des temps modernes : La retraite au flan bof, Overdose d'incompétence, Assez d'hics !, Rebelote à Pôle-Emploi. Il semble que je sois enfin tombé sur un salarié compétent de cette officine. Cela se termine toujours ainsi, mais il faut s'accrocher !
J'ai déjà expliqué ici que mes courriers ne parviennent jamais à mon agence locale: comme ils sont filtrés par l'agence régionale qui ne les fait pas suivre, je les dépose dans leur boîte aux lettres ! D'où d'indispensables visites que je commets régulièrement le mercredi matin dès 9h (en arrivant une demi-heure plus tôt) pour ne pas me coltiner des queues de quarante personnes. Le mercredi est le jour le moins fréquenté, remercions les enfants en âge scolaire ! La question épineuse concernait le maintien de mes allocations à l'approche de la retraite. En effet il est important de savoir qu'à partir de 60 ans et des poussières nous pouvons bénéficier des allocations, jusqu'à l'obtention du nombre suffisant de trimestres pour bénéficier de sa retraite à taux plein, sans avoir besoin de réunir les sempiternels 43 cachets minimum de 12 heures (ou 507 heures). Il suffit de continuer à pointer et cela devrait aller comme sur des roulettes.
Sauf que Pôle-Emploi m'écrivait systématiquement, vous allez comprendre que cet adverbe est le seul correct, que je devais justifier de 9000 heures de travail dont 1521 dans les 3 dernières années ou d'au moins 15 ans d'activité, et, seconde condition, d'au moins 100 trimestres d'assurance vieillesse tous régimes confondus (cette condition a déjà été abordée lors de mes précédents articles et résolue !). Réunissant toutes ces conditions, et bien d'autres mais je vous fais grâce de moult détails de taille, je fus surpris que l'on me réponde à quatre reprises que non, sans pour autant m'en expliquer la raison. Car je totalise plus du double d'heures requises et près de 40 ans d'activité salariée ! Je réclamais, on me répondait toujours la même chose. J'ai fini par avoir une personne diligente au 3949 pour m'apprendre que Pôle-Emploi n'avait trace de moi que depuis juin 1999, soit 25 ans de carrière égarés ! Pour une fois je pris l'absurde nouvelle avec le sourire puisque j'avais consciencieusement conservé toutes mes feuilles de salaire, classées année par année. Comme il n'y a aucun contact possible entre le service téléphonique de Pôle-Emploi et leurs agences il me fut conseillé de faire des photocopies des années manquantes et de m'y déplacer. Vu le nombre inimaginable de feuilles, j'y suis allé avec mes originaux dans une brouette. En me voyant arriver avec un énorme carton la jeune fille de l'accueil me demanda ce que je venais livrer. Je clamai haut et fort que c'était les 25 ans de carrière que Pôle-Emploi avait perdu. Devant le scandale évoqué je fus reçu illico et l'on me donna un double rendez-vous, soit deux fois 45 minutes qui se suivent. Trois quarts d'heure est l'unité de rendez-vous à Pôle-Emploi.
Si vous avez réussi à me suivre jusqu'ici c'est maintenant le plus savoureux. Un logiciel informatique (qui ne fait toujours pas les additions, c'est au préposé de compter sur ses doigts) a remplacé le précédent que les plus jeunes employés sont incapables d'utiliser. Or celui-ci ne remonte pas au delà de 1999, le suivant non plus évidemment ! Les archives sont inaccessibles à l'un comme à l'autre. Si vous avez le sens des chiffres vous comprendrez qu'un système qui doit vérifier que l'intermittent a bien 15 ans d'ancienneté, mais qui ne peut remonter que 14 ans en arrière, provoque des crises, d'hilarité ou dramatiques selon les dispositions du sujet. J'aimerais savoir qui a réalisé les deux systèmes informatiques et combien ils furent facturés. Cela sent le scandale à plein nez...
Il ne reste donc qu'une solution, apporter suffisamment de feuilles de salaire antérieures à la date absurde. Le préposé aura la gentillesse de les rentrer une par une dans sa machine et de les photocopier. Heureusement il me manquait seulement 500 heures pour arriver au compte et ma brouette s'avéra exagérée en regard des exigences administratives. Si aucun de mes employeurs ne remplit de manière fantaisiste les AEM je ne suis plus susceptible de retourner jamais faire la queue à Pôle-Emploi, ce qui est un peu triste puisque je ne pourrai plus faire rire mes camarades en leur détaillant ses rouages kafkaïens. Heureusement l'administration française a d'autres ressources !

P.S.: conservez précieusement toutes vos feuilles de salaire en les classant année par année ;-)
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