Jean-Jacques Birgé

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vendredi 10 mai 2013

Allégorie de la politique culturelle française


Dans la sphère culturelle les réductions de budget vident les structures de leur sens. Au delà des frais fixes et incompressibles, immobilier et entretien, salaires des permanents, etc. il ne reste rien ou pas grand chose pour la programmation. Les lieux d'accueil deviennent des coquilles vides. Les artistes se retrouvent donc dans une situation de plus en plus précaire, les intermittents sont pour la plupart incapables de comptabiliser les heures nécessaires pour faire valoir leurs indemnités de chômage, sans parler des autres, condamnés à manger de la vache enragée. Tout le monde s'inquiète, mais la révolte est encore bien sourde face à l'austérité prônée par le gouvernement. Tout cela n'est évidemment qu'une question de choix, et tous les secteurs de l'économie sont touchés par cette politique criminelle et suicidaire. On jette à la rue les pauvres pour faire le lit des riches. Le nombre des nantis est pourtant inversement proportionnel à celui des exclus.
En regardant la cour du Palais Royal depuis la terrasse du Ministère de la Culture j'ai cru y voir une allégorie de ce gâchis. Au premier plan les colonnes de Buren sont entières, mais derrière ce petit rempart toutes les autres sont sciées à la base, asphyxiés par les bâtiments historiques qui les encadrent dans une bienséance de façade. Le personnage qui erre au milieu de cette forêt décimée me rappelle le héros de bande dessinée Léon-La-Terreur ou le photographe Gilbert Garcin dont on pourra admirer une exposition cet été lors des Rencontres d'Arles. Dans des registres différents les deux bonhommes cravatés noir et blanc dynamitent les conventions et nous interrogent sur l'absurdité de notre monde.

lundi 6 mai 2013

Querelle de clochers au Diplo


Tant que de différents acteurs de la résistance au Capital continueront à se tirer dans les pattes les chances de convaincre les sceptiques resteront maigres. En dernière page du Monde Diplomatique de mai, Pierre Rimbert et Razmig Keucheyan terminent leur article intitulé "Le carnaval de l'investigation" en soulignant que "la mobilisation politique ouvre plus de perspectives que les révélations médiatiques." Ils ont certainement raison, mais alors pourquoi se fendre de révélations éculées sur le passage d'Edwy Plenel à la direction éditoriale du Monde si ce n'est pour un règlement de comptes dont personne ne sort glorieux ? Le 28 avril dernier, Antony Manuel titrait déjà dans son blog médiapartiste "Monde diplomatique : mesquinerie d'un grand journal". Denis Robert qui avait fait lui-même les frais de ce genre de procès de la part de Plenel en 1996, posait pourtant la bonne question, cité par Rimbert et Keucheyan : "Rien ne change, sauf des noms et des visages. Les cartes se redistribuent. Les journalistes dans mon genre ne seraient-ils pas de simples agents d'autorégulation ?"
À cette valse cynique des hommes au service du pouvoir financier on peut opposer pour les analystes le droit de se tromper et de changer avec le temps. Encore faut-il avoir le courage de le reconnaître. Denis Robert en veut évidemment toujours à Plenel et on peut le comprendre puisqu'il en fut personnellement victime, mais les deux auteurs du Diplo étalent des bévues de Plenel qui datent toutes de plus de dix ans, bien avant la création de Mediapart. Bien qu'assez jeunes, ont-ils eux-mêmes toujours eu les mêmes opinions et leur passé est-il exempt de critiques ? Le paradoxe de leur article tend à prouver le contraire comme à tous ceux qui ont douté du bienfondé de Mediapart dans l'affaire Cahuzac. Jean-Luc Mélenchon a voté oui à Maastricht et il a appartenu trente ans au PS sans que cela jette le doute sur son engagement actuel. De plus, Plenel n'est pas Mediapart comme Mélenchon n'est pas le Front de Gauche et l'on peut espérer que Rimbert et Keucheyan ne sont pas le Diplo.
Cet article, contrairement à ce qu'il annonce en haut de page laissant supposer à tout le moins des révélations sur l'industrie pharmaceutique, n'est donc qu'un vulgaire règlement de comptes qui remonte à des faits anciens. On préférera de loin le travail d'investigation, même si toute enquête s'appuie d'abord sur de bonnes sources, tout en sachant qu'en politique la vérité n'a jamais convaincu personne. Alors plutôt que se complaire en faisant exactement ce que l'on critique, les deux collaborateurs du Monde Diplomatique feraient mieux de consacrer leur précieuses pages, et particulièrement la dernière, techniquement la plus facile à lire, à des propositions constructives en offrant la place à des gens comme Étienne Chouard, Paul Jorion, Myret Zaki, Pierre Rahbi, Michel Collon et tant d'autres personnalités controversées sur de fausses accusations répétées malgré d'incessants démentis. Au lieu de radoter des réponses de cour de maternelle nous devons nous interroger et chercher des solutions à la situation que certains ont tout intérêt à compliquer ou du moins à le faire croire.

mardi 16 avril 2013

Scandales sur la santé et vérité sur les maladies émergentes


Certains praticiens se battent aujourd'hui en France contre l'aveuglement des politiques sur les causes des maladies émergentes au risque d'être radiés par l'Ordre des Médecins. Idem pour le scandale de l'industrie pharmaceutique qui n'a d'autre ambition que de traire les malades en mettant sur le marché des médicaments inutiles, dangereux, voire mortels. On l'a vu récemment avec le Mediator, mais il en existe bien d'autres. Et la Sécurité Sociale de rembourser cette cuisine chimique dont la notification des effets secondaires devrait pourtant mettre la puce à l'oreille des utilisateurs.
Le livre de Françoise Cambayrac, Vérités sur les maladies émergentes (Ed. Mosaïque-Santé), rassemble témoignages, études documentées et solutions possibles sur les catastrophes causées par le mercure, l'aluminium, le cadmium et autres métaux lourds à l'origine ou participant aux fatigues chroniques, allergies, maladies auto-immunes, spasmophilie, fibromyalgie, sclérose en plaques, Alzheimer, etc. On nous assène que l'on ne sait pas comment naissent ces maladies qui se propagent de plus en plus et sur des victimes de plus en plus jeunes. Nombreux pays sont plus en avance que nous quant aux ravages du plomb des amalgames dentaires qui diffuse du mercure à haute dose dans notre organisme. Les dentistes et leurs assistantes devraient absolument lire ce livre s'ils veulent rehausser leur espérance de vie ! Le pire, c'est qu'extraire nos plombages peut être plus dramatique que les conserver. Il existe pourtant des méthodes efficaces pour dépolluer l'organisme, mais elles sont souvent interdites dans notre pays. L'étude ne se limite hélas pas aux métaux, on se demande même ce qui nous reste comme latitude de consommation en refermant ce livre extraordinairement passionnant.
Menace sur nos neurones de Marie Grosman et Roger Lenglet (Actes Sud, Questions de société) aborde le même sujet, mais de manière plus politique que médical. Les causes de Alzheimer, Parkinson, de la sclérose en plaques ou de l'autisme y sont parfaitement identifiées et documentées par des scientifiques. Les auteurs révèlent pourquoi les autorités ne font rien. L'industrie se moque que l'on avale de l'aluminium dans l'eau, des pesticides ou du PCB, que le mercure qui a causé la catastrophe de Minamata explose dans notre bouche, que les solvants et les particules extrafines polluent l'air que nous respirons. Leur profit absurde est criminel et suicidaire.
Les médicamenteurs, film de Brigitte Rossigneux, Stéphane Horel et Annick Redolfi (Ed. Montparnasse), explore les coulisses des labos et des pouvoirs publics, révélant quelques autres secrets scandaleux. Le marketing et les parts de marché l'emportent sur la santé des patients. À l'heure où un ministre est sur la sellette pour conflit d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, ce DVD tombe vraiment à pic.
Comme il est coutume de taxer d'adeptes du complot quiconque souligne quelque aberration du système rappelons que toutes les grandes découvertes ont vécu le même tollé général ou les railleries, avant d'être admises. Entre temps les ravages du tabac, du plomb, du sang contaminé, de l'amiante, etc. continuèrent alors que l'on aurait pu éviter tant de souffrances ou de morts inutiles.

lundi 1 avril 2013

Un jour sans poisson


Pas moyen de trouver une photo de poisson digne de ce nom dans mes archives ! Du moins une que je n'ai pas déjà publiée... Nos lapins ne sont pas non plus sortis de leur hibernation, ce qui n'a rien de rassurant pour leur avenir. Si ce que l'on appelle la crise pour simplifier s'amplifie ils auront de la barbe à leur prochain réveil. Alors je n'ai trouvé que cet improbable cochon volant pour fêter le 1er avril. Cadeau de la pianiste Ève Risser qu'elle a rapporté de Londres lors de son dernier voyage, il vient de chez Hanley's, là où je me fournis en pâte à prout, puisque la dernière a séché et que j'ai fait don de la précédente aux Collections Nationales. Non, ce n'est pas une blague. Je l'ai raconté ici. Une pensée pour deux de mes amis qui fêtent leur anniversaire aujourd'hui et qui sont comme par hasard deux joyeux plaisantins, plaisantins c'est une évidence, mais joyeux, rien n'est certain. Pour manier l'humour avec tout ce que cela comporte de corrosivité il faut savoir analyser la situation et la retourner comme un gant. Par les temps qui courent, avec la lâcheté ou la compromission de ceux qui nous gouvernent, face à la misère qui s'accroit de jour en jour et l'individualisme forcené qui se développe à vitesse V, tous les ingrédients sont là pour créer une période pré-fasciste. Il va nous falloir une sacrée dose d'humour et relever nos manches pour éviter la catastrophe. Et non, ce n'est pas un poisson d'avril, c'est juste un cochon volant, une allégorie que l'on trouvera drôle ou sinistre selon comme on est luné...

P.S.: dans le cadre du Surnatural Festival, Ève Risser présentera demain mardi à au Studio de l'Ermitage à Paris son fameux concerto pour guitare Barbie et orchestre ainsi qu'une performance de natation synchronisée avec Sylvie Brücker et Thomas Niess. En seconde partie, on applaudira Marc Ducret Real Thing #3 avec Dominique Pifarély (violon), Matthias Mahler, Fidel Fourneyron et Alexis Persigan (trombones), 
Frédéric Gastard (saxophone basse), Antonin Rayon (piano), Sylvain Lemêtre (percussion), Peter Bruun (batterie) et Marc Ducret (guitare).

vendredi 22 mars 2013

Assez d'hics !


Je suis intermittent du spectacle depuis 1974, date d'entrée en vigueur de l'aide telle qu'elle existe plus ou moins encore aujourd'hui. En quarante ans les conditions d'accès sont devenues plus difficiles tandis que les taux ont considérablement baissé. Comme pour les salaires leur dégringolade est inversement proportionnelle au coût de la vie. En quelques années l'euro a rejoint le franc. En dix ans la baguette de pain a donc vu son prix multiplié par six pendant que nos salaires, au mieux, stagnaient. Dans le milieu du spectacle, 2013 marque une chute vertigineuse. D'une période douloureuse nous basculons vers un épisode criminel. Qu'attendons-nous pour nous révolter ?
Réclamer notre dû a toujours été une épreuve, que ce soit pour percevoir nos salaires ou pour recevoir l'aide à laquelle nous avons droit et pour laquelle nos aînés se sont battus. Ainsi, à mes débuts, l'Assedic refusa de me verser mes allocations chômage et, après scandales tonitruants et envol de cendrier, je reçus enfin deux ans et demi d'arriérés. Les brimades y sont monnaie courante, mais mon boulanger préfère les espèces sonores et trébuchantes. Aller à l'ANPE se fait toujours à reculons. La manière dont on est le plus souvent reçu est plus humiliante que de devoir défendre son gagne-pain face à un patron indélicat.
J'écris au moment où mon dossier va être débloqué après quatre mois d'échanges aussi absurdes qu'inhumains. Est-ce la faute de la machine ? Aujourd'hui les salariés des organismes sociaux ne font que réparer les erreurs de l'ordinateur. C'est du moins ce que l'on nous raconte, comme si les machines n'avaient pas été programmées par des personnes et que leur usage disculpait celles et ceux qui s'en servent en suivant à la lettre les directives qui leur sont imposées. Hier matin, après trois réclamations non suivies d'effet, malgré qu'il m'ait été garanti chaque fois qu'une réclamation générait "automatiquement" une réponse sous quarante-huit heures, je me suis rendu à mon antenne Pôle-Emploi dans une ville lointaine de mon département, voyage que je conseille vivement à quiconque voit son dossier bizarrement en panne. La veille, l'attente d'au moins deux heures avait été dissuasive. Je m'y pointe donc à la première heure. Le préposé fait une photocopie de mon relevé de carrière que j'avais pourtant posté deux fois et il me fait remplir un dossier de demande déjà envoyé et évidemment en leur possession. Chaque fois que j'essaye de saisir pourquoi il m'interrompt, il me fait comprendre qu'obtempérer sans poser de questions est la seule voie vers le déblocage de mes indemnités de chômage. Il me fait même remarquer que la somme que je vais recevoir dans une semaine figure un joli pécule ! À quoi ça rime ?! Comme si c'était un cadeau de l'État, une gratification supplémentaire, une cagnote… J'en reste bouche bée. Je signe tout ce que l'on me demande de signer, espère que le paiement sera paraphé le lendemain par le chef de l'agence et file sans demander mon reste. Le préposé nia jusqu'au bout qu'il puisse s'agir d'un blocage, que le système soit faillible, que ses collègues aient pu omettre de cocher une case, qu'ils soient débordés après les compressions de personnel dont ils ont eux-mêmes été victimes.
Même si le taux risque de marquer une chute libre dans mes revenus j'attends impatiemment la retraite où je n'aurai pas à passer cette épreuve humiliante et déstabilisante, mélange d'incompétence et de mauvaise foi, qui pousse certaines personnes particulièrement fragiles à des actes désespérés et suicidaires, ou Akhenaton de chanter... Mâtin, quelle époque !

mardi 19 mars 2013

Faute d'inattention


Comme l'amour, l'amitié se cultive. À s'endormir sur ses acquis on risque la rupture. Le passé ne peut être un gage du présent, encore moins de l'avenir. Une révision s'impose, sommaire ou complète, tous les 5000 ou les 10000, et pour les plus téméraires chaque matin, à l'heure où tant d'autres se rasent les antennes.
Les doléances peuvent parfois sauver une relation si elles sont entendues, assimilées. Si l'on ne change personne qui ne le souhaite, chacun peut rectifier sa propre position et entamer un nouveau cycle. On n'échappe pas à sa névrose, que l'on suppose d'origine familiale, mais il est toujours possible de l'aménager, soutenu par une assistance professionnelle ou with a little help from my friends.
Plusieurs fois dans ma vie j'eus ainsi la chance d'avoir des amis bien intentionnés qui eurent le courage de me remonter les bretelles en me renvoyant mes critiques façon boomerang dans certaines périodes de doute quelque peu désespérées. Si la révélation n'avait été brutale j'aurais fait ceinture jusqu'à la saint-glinglin. Leur réponse était toujours courte, une phrase indépendante, affirmative ou interrogative, mais sans échappatoire. Je leur sais gré de m'avoir sauver la vie dans ces instants fragiles comme à d'autres de m'avoir accompagné sur la durée.
M'ouvrant à des amis sur une récente déception ils évoquèrent l'ego surdimensionné de ce camarade. Or, dans la sphère artistique où j'évolue, nous avons tous un ego aussi démesuré. Le danger vient du manque d'attention que nous aurions envers celles et ceux qui nous entourent. L'égocentrisme a bon dos de justifier l'égoïsme. Le premier est souvent nécessaire au créateur, le second est la garantie de faillir jusqu'à la rupture, ultime ressource de l'autre, dans le cadre d'un couple, d'une relation amicale ou professionnelle.
Privilégier le mode affectif dans les rapports humains m'expose aux déconvenues, mais je ne peux imaginer vivre autrement que dans le partage. Pas seulement des biens, des idées ou des valeurs morales, mais aussi avec la certitude absolue que personne ne peut réussir seul. La position sociale ne pesant pas lourd face à la composante humaine, le collectif me semble l'unique chance de nous sortir du bourbier. Il m'est de plus indispensable de transmettre à mon tour ce qui me fut légué, de protéger celles et ceux que j'aime, d'apprendre à les écouter au delà de nos divergences, de ménager leur susceptibilité, de reconnaître à chacun son apport dans le puzzle inextricable dont nous composons tous ensemble les pièces.
M'entendant lui répéter les mêmes mots prononcés il y a quelques années face à des amis indélicats et perdus depuis, et que mon camarade connaissait par cœur pour en avoir été lui-même la victime, j'en eus la bouche pâteuse et la nuit insomniaque. Confronté à son incompréhension devant ce qui n'est qu'une position de principes le bilan s'est imposé, amer et dépressif. Ma responsabilité est entière, car dans tous ces cas je jouai le rôle de passeur, de père ou de moteur. Le sentiment d'échec que je ne peux m'éviter de ressentir, à l'image du monde que nous rêvions de léguer, ne m'empêche pas de continuer à construire des alternatives au calcul égoïste que le Capital impose comme modèle.

vendredi 1 mars 2013

Overdose d'incompétence


Je passe des journées entières à essayer de me faire payer ce qu'on me doit. Comment travailler dans ces conditions ? Telle grande école perd mon dossier, trouve mon RIB incomplet, m'envoie un règlement qui ne correspond même pas au cinquième de mon salaire, tel employeur ne m'envoie rien du tout alors que je dois pointer à Pôle-Emploi en début de mois, cet organisme social réputé pour ses brimades à répétition a également perdu mon dossier, me redemande des originaux déjà envoyés bloquant mes allocations depuis trois mois, de son côté la Sacem m'aurait envoyé des lettres qui ne me sont jamais parvenues bloquant à son tour le paiement de mes droits d'auteur, tel client n'y a jamais déposé les déclarations communes que j'ai signées et pour lesquelles il a exigé d'être éditeur, etc. Je me demande chaque fois si les comptables salariés qui nous paient, ou plus exactement qui retardent systématiquement nos paiements, sont rétribués en temps et en heure.
Combien de temps passons-nous à l'écoute de répondeurs qui diffusent en boucle les mêmes messages imbéciles ? Lorsque l'on arrive enfin à joindre leur bureau, les responsables de ce gâchis sont malades ou en congé, leurs fonctions n'étant pas assumées par leurs assistants. Le gouvernement rend les intermittents du spectacle responsables d'un déficit mensonger. Tout est du même tonneau. Imagine-t-on la perte financière colossale pour le pays, imputable à tant d'incompétence voire de mauvaise foi et de malhonnêteté ? Car au lieu de produire, nous passons notre temps à chercher à percevoir les salaires qui nous sont dus. Cette activité stérile à laquelle s'ajoutent la réunionite, les contre-ordres et les bâtons dans les roues de ceux qui sont payés pour donner leur avis et critiquent sans proposition constructive, nous faisant refaire ce qui est mitonné aux petits oignons... À ce propos je pense sans cesse à la phrase terrible d'Étienne Auger : "Au début on donne le meilleur de soi-même, à l'arrivée on obtient le pire des autres !"
Tout cela occupe bien le tiers de nos journées et ce temps perdu a un coût phénoménal qui plombe notre économie. Heureusement que nous ne sommes pas en plus champions de la corruption, elle existe, mais elle ne s'exerce encore qu'au plus haut niveau de l'État et du capital. Qui osera prendre ce problème d'ampleur nationale à bras le corps ? On nous répète qu'il faut faire preuve d'austérité (du moins les pauvres), de solidarité (avec les banques de préférence), etc. Le déficit ne réside-t-il pas dans le choix de nos sacrifices ? De temps en temps un employé zélé débloque la situation en un tour de main, car le plus souvent bloquer la machine prend un instant, un instant d'inattention, une lassitude face à son travail d'esclave, un jemenfoutisme symptomatique d'une époque où la solidarité est devenue un slogan publicitaire ou un argument de campagne électorale, mais au quotidien, dans les rapports de proximité, comment s'exprime-t-elle entre travailleurs, entre voisins, entre amis, entre nous ?

mardi 26 février 2013

Que transmettre ?


Ils étaient quinze à venir au studio, quinze élèves de 3e en SEGPA (Section d'enseignement général et professionnel adapté) avec leur prof principal et trois autres adultes dont deux de Zebrock. L'espace s'est avéré plus grand que je ne l'imaginais. Pourtant vingt personnes qui déboulent à la porte du jardin sous la neige c'est impressionnant, avec leurs anoraks bouffants et leur taille d'ados du XXIe siècle. Nous avons écouté ensemble ce qu'ils avaient réalisé avec FluxTune. C'était sympa, mais pour eux, sans paroles ce n'est pas vraiment de la musique. Le format chanson est la règle. Et puis il manque des instruments. J'ai fait trois accords au clavier pour leur montrer, mais il eut fallu que je pousse la chansonnette pour les convaincre complètement. J'en ai remis une couche sur la passion de faire un métier qui vous plaît avant de se demander comment "gagner de la thune". Travailler sept jours sur sept, quinze heures par jour, leur fait peur et les déstabilise. Leur prof tente de leur expliquer ce que signifie gagner sa vie avec un métier qu'on a choisi, sans autre patron que soi-même. Ce n'est pas si simple, il y a tout de même les clients, les partenaires culturels, Pôle-Emploi...

Dans mes interventions j'ai l'impression que mes leçons de morale civique furent plus déterminantes que l'expérience musicale. J'avais appelé cela "Jouer de la musique est une activité ludique". Le texte d'accompagnement expliquait : On dit jouer de la musique, comme on dit jouer la comédie. Les autres artistes travaillent, on ne joue ni un tableau, ni un roman. Les musiciens n'abandonnent jamais la part d'enfance qui les a initiés. Cherchant à partager l'excitation et la magie du jeu qui est celle de tous les interprètes, j'ai imaginé des instruments qui puissent être utilisés sans aucun apprentissage, entendre qu'ils ne nécessitent pas des années d'étude avant de pouvoir en jouir. Avec Frédéric Durieu nous avons ainsi inventé les machines virtuelles La Pâte à son (commande la Cité de la Musique) et FluxTune (déclinaison inédite beaucoup plus complexe). Entre le Lego et le Meccano, ces programmes permettent à chacune et chacun de composer des œuvres inouïes selon de nouveaux principes. D'un autre côté, Edgard Varèse a posé que la musique est l'organisation des sons. On peut en faire avec toutes sortes d'objets sans que ce soient nécessairement des instruments répertoriés. De même que l'on ne peint pas avec ses mains mais avec ses yeux, tout commence par l'écoute du monde qui nous entoure.
Trois axes me guidaient : l'écoute du monde ordinaire comme une partition des plus extraordinaires, la composition musicale grâce à des programmes informatiques ludiques ne nécessitant aucun apprentissage préalable, la découverte d'objets sonores les plus incongrus ouvrant l'imagination vers l'inouï.

jeudi 24 janvier 2013

Cris et chuchotements (reprise)


"Il neige à Paris. C'est tout blanc. Il neige, il neige. Ma fille me raconte que le chèque à l'EDF s'étant perdu, un employé zélé leur a coupé le courant sans même sonner à leur porte. Il a glissé un mot dans la boîte aux lettres. Il n'a pas coupé tout le courant, il a fait passer le courant en service minimum. Ça veut dire que l'électricité fonctionne par intermittence, ça va, ça vient. Dehors, il fait 0°. Il y a de braves gens qui font leur travail. Il y a aussi des salopards. Tout est devenu automatique, ceux qui appliquent le règlement à la lettre seront bientôt remplacés par de nouvelles machines. Ne devrait-on pas considérer la main d'œuvre comme un contre-pouvoir sur les machines ? Machines au service du capital toujours plus avide de bénéfices, machines au service d'un pouvoir à la poursuite du contrôle, machines esclavagistes qui nous mettent des fils à la patte, qui nous tracent en nous vendant l'illusion de la liberté. Pour résister, il va bien falloir avoir recours à de nouvelles méthodes. N'empêche que ça se dégrade de jour en jour, il ne faudrait pas attendre qu'il n'y ait plus d'électricité. Il n'est plus question là d'EDF et de ses nervis, mais de la crise de l'énergie qui se pointe et qui finira par faire des étincelles, des grosses. C'est même à souhaiter, si on veut que ça bouge. Tout est bien cadenassé, les compteurs, la lutte des classes, les pensées... Demain je vais réfléchir."

J'avais écrit ce commentaire le 23 mars 2005. Le monde est-il devenu plus clément ? Non. Ça continue à empirer. 2012 a été difficile, 2013 risque d'être meurtrier. Dans le domaine de la culture il n'est pas un jour sans que l'on m'annonce un projet raccourci, la plupart du temps jusqu'à sa plus simple expression, l'annulation. Ceux qui ont un toit et le ventre plein n'ont pas à se plaindre, du moins pour eux-mêmes. Mais il va bien falloir qu'on se bouge pour les autres... Qu'attendons-nous ?

mardi 22 janvier 2013

Portnawak


Les employés de la Mairie de Bagnolet m'ont demandé l'autorisation de photocopier l'acte de mon premier mariage pour pouvoir l'encadrer. J'avais besoin qu'y soit stipulé mon divorce pour prouver que je ne serai pas polygame. Nous apprîmes ainsi que Michèle et moi fumes mariés dès notre naissance, ce qui n'a rien d'étonnant puisque nous étions déjà capables de parler, déclarant alors l'un et l'autre notre désir, l'acte en fait foi.
Ces derniers mois il ne fut pas une seule démarche auprès d'un organisme social sans que l'information délivrée soit exacte. On m'envoya à Pétaouchnok pour réclamer mon relevé de carrière, de là on me suggéra d'aller me présenter à une autre CNAV qui avait déménagé, puis à des jours et horaires de fermeture, enfin à m'y déplacer quand un simple envoi postal suffisait. L'association qui m'emploie eut les mêmes déboires avec l'intégralité des organismes gérant les charges sociales, il fallut chaque fois s'y reprendre de deux à quatre fois pour avoir la bonne information. Nous avons pris l'habitude de ne jamais nous fier à ce qui nous est affirmé, en particulier lorsque la réponse est contrariante. Hier Pôle-Emploi m'envoyait un dossier à remplir avec les dates de celui de l'an passé. Allez savoir ensuite ce que je devais renvoyer. J'ai mis un ruban autour de la totalité des papiers en ma possession et zou, à la poste !
Comme ce portnawak est devenu systématique j'ai tendance à généraliser en me posant la question des raisons de ce laisser aller. Est-ce le fait d'une déqualification, d'une surcharge de travail due aux compressions de personnel suite aux licenciements forcément abusifs, d'une consigne pour retarder les paiements ou engendrer des amendes suite à nos déclarations erronées, d'une déprime globale face à la crise fabriquée de toutes pièces par le Capital, d'un ras-le-bol annonciateur de lendemains qui chantent ? Je n'en ai pas la moindre idée, mais je sais maintenant qu'il faut poser trois fois la même question pour être certain d'avoir trois réponses divergentes !

vendredi 18 janvier 2013

Exercice de style sur le Tram 3b


L'air glacial gelait mon visage comme si le moindre choc pouvait le pulvériser. J'ai parqué le Vélib' et entrepris mon premier voyage en tramway depuis sa mise en service. Il passe enfin à proximité de chez moi. Le voyage aller s'est fait sans encombre, mais pas sans encombrement, des automobilistes énervés roulant sur les rails Porte de la Villette.
Le design sonore des annonces des stations me déçoit, je m'attendais à des jingles plus en rapport avec le nom des stations, d'autant que nombreuses des nouvelles portent des noms de femmes et non des moindres, la féministe libertaire Séverine, la résistante à l'apartheid américain (et en autobus) Rosa Parks, et surtout des voix inoubliables, emblématiques, comme celles de Delphine Seyrig et Ella Fitzgerald... C'est bizarre, j'avais lu que Rodolphe Burger avait fait comme déjà à Strasbourg, en utilisant des voix et accents réfléchissant la variété ethnique de la population parisienne. Je n'ai rien entendu de cela.


Au retour je vois une vieille femme qui tente désespérément d'ouvrir la porte à l'avant pour grimper. L'autocollant Hors Service a été intelligemment placé trop haut pour qu'on puisse le lire. J'ai beau lui faire de grands signes le soleil l'empêche de me voir. Le chauffeur la regarde impassiblement dans le rétroviseur et il la plante là, seule, dans le froid assassin. Peut-être se dit-il qu'elle n'aura qu'à prendre le prochain, dans un petit quart d'heure. Je suis estomaqué. À l'arrêt suivant du 3b un grand type en casquette se fiche en colère contre le chauffeur qu'il a vu jouer avec son portable au volant sans se préoccuper des usagers qui font le pied de grue enfermés dehors. Deux minutes plus tard il engueule le cuistre en lui hurlant qu'il ne faut pas s'étonner qu'il y ait ensuite des agressions si des employés de la RATP se comportent de manière aussi goujate. Le grand type est tenté d'appuyer sur le bouton de la porte qui nous sépare du muffle, d'autant que travaillant aussi pour la Régie il tient à la main un passe lui permettant d'extraire le salopard de sa cabine de verre. Il m'explique qu'au terminus les chauffeurs doivent sortir de leur habitat protégé pour gagner la cabine opposée et repartir dans l'autre sens. Je lui réponds que les salariés ne devront pas s'étonner d'être remplacés par des machines s'ils sont incapables de la plus simple humanité. Je descends à Adrienne Bolland, une aviatrice qui traversa la Cordillère des Andes en 1921 et réchappa à maints sabotages et accidents provoqués par ses positions féministes et politiques.

mardi 8 janvier 2013

Le chaînon manquant


C'est une histoire que j'aime bien rappeler, même si vous la connaissez probablement déjà. Il y a très longtemps j'ai entendu Yves Coppens la raconter à la radio. Avec son ami Jean-Jacques Petter, directeur du zoo de Vincennes, le paléoanthropologue avait eu l'idée de tester l'intelligence d'un chimpanzé. À l'époque ils ne disposaient ni de caméra de surveillance ni d'autre moyen sophistiqué que de surveiller l'animal par un trou de serrure. Dans une salle du Museum d’Histoire Naturelle ils pendent donc un régime de bananes au plafond et disposent une table et une chaise à l'autre bout de la pièce. Le singe serait-il capable de se servir de ces outils ? Déplacerait-il les meubles et les empilerait-il pour atteindre le fruit convoité ? Les deux savants attendent patiemment derrière la porte. Pas un bruit ne se fait entendre. Plus étrange, Coppens collant son œil pour voir ce qui se passe ne voit absolument rien alors qu'il fait jour et que les fenêtres n'ont pas de volets. Ils ouvrent la porte pour vérifier que la serrure n'est pas bouchée. Non, tout est normal. Le chimpanzé est tranquille dans son coin. Ils referment la porte et Petter s'y colle à son tour. Et là, il voit. Devinez quoi ? L'œil du chimpanzé ! Les deux amis ont terminé la journée dans la plus grande euphorie. Coppens a décroché les bananes pour les offrir à leur sujet d'expérience, habitué qu'on le serve. J'adore cette histoire qui me rappelle la découverte du chaînon manquant entre le singe et l'homme : et bien, c'est nous, tout simplement...

Illustration : détail du tableau de Rémy Cogghe, Madame reçoit (1908) exposé à La Piscine, Roubaix.

vendredi 4 janvier 2013

Acouphènes Parade, blues papier


Le dernier disque d'Étienne Brunet est en papier. Acouphènes Parade est un blues aussi déchirant que déchiré. Comme toutes ses réussites passées dans le domaine de la musique, il adopte un ton unique en s'appropriant un style qui n'était pas le sien. Pour franciser le blues il passe à la littérature. Rien d'usurpé : il a bu la coupe jusqu'à la lie, lie-de-vin, devin au passé, au crible et au laminoir du métier. Ça coule des sources. Brunet transcende l'aventure vécue en y mettant les formes. Écrit comme un polar, il tient en haleine, chargée et reprise plus d'une fois avant de sombrer. La perte de son oreille gauche est le résultat d'un long processus, trop de décibels, pas assez d'amour. Le cul n'arrange rien à l'affaire. Comment le blues pourrait-il être autrement que brutal ? En 64 pages il dresse un bilan, désespéré et courageux, isolé et communicatif, qui ne peut être que provisoire. Il annonce ce nouveau disque comme son dernier. Ne dit-on pas toujours que c'est le dernier avant d'entamer le suivant ? Le récit, en effet, ne s'arrête pas là. Brunet a réalisé parallèlement un projet vidéo accessible en ligne, version clipée de son blues inconsolable. Il y a un an je le présentais ici-même et annonçais la publication prochaine de son roman. C'est chose faite, édité à compte d'auditeur aux Éditions Longue Traîne Roll. Il a étoffé son projet transmédia avec de nouvelles vidéos, la musique seule au format mp3, un making of et un blog qui porte le nom de tinnitus-mojo. Tinnitus, perception sonore en l'absence de son extérieur. Mojo, pouvoir magique. Ou comment transformer une catastrophe réelle en création de l'imaginaire.

jeudi 3 janvier 2013

Drôles d'idées


En revenant de la presqu'île de Malmousque nous retrouvons le Vallon des Auffes sous un angle très différent de celui que nous avions eu à l'aller. Comment la hauteur de plusieurs dizaines de mètres qui sépare les deux points de vue pourrait-elle attirer le plus dément des casse-cou ? Est-ce la provocation morbide d'un fonctionnaire facétieux ? Au contraire, une dissuasion au suicide ? La crainte que ne se reproduise un drame ancien ? L'ordonnance absurde d'un service de sécurité ? La profondeur de l'eau dans le port n'a rien d'encourageant. On est plus sûrement attiré par la merveilleuse lumière hivernale et l'air vivifiant du large ! Superbe promenade marseillaise dans les calanques ce 1er janvier. Réveillon à rallonge avec les amis. Une manière délicieuse de commencer l'année que je vous souhaite meilleure.

lundi 31 décembre 2012

Pareil ou différent ?


Pareil ou différent ? D'un côté on peut craindre que 2013 soit pire. La dégringolade annoncée se vérifie. La planète subit l'érosion du profit. Les financiers ont la plupart des gouvernements à leurs bottes et les exploités se contentent de moins. Quand s'en contenteront-ils de moins en moins ? Lorsque la coupe sera pleine elle débordera fatalement. Mais ce n'est pas encore l'heure des vœux, bien que nous en ayons déjà reçus alors que l'année n'est pas terminée. On a pourtant jusqu'à fin janvier. Pressés d'en finir ou de commencer ? J'aurais aimé avoir écrit ceux de POL, image et texte tout à fait remarquables !
Pareil ou différent ? À la taille de l'univers chaque vague représente un siècle.
Le sable effacera nos pas.
Ce n'est pas une raison pour marcher n'importe où. Sur les traces des uns ou sur les pieds des autres, à côté de nos pompes ou droit dans nos bottes, vers la sagesse ou à notre perte, sur des charbons ardents ou tout simplement du pied gauche... On peut toujours s'envoler comme ce type au-dessus de l'horizon, un petit point dans le ciel, mais il lui faudra redescendre sur terre, la tâche est immense.

mercredi 12 décembre 2012

Pour en finir avec le travail (reprise)


Quand Debord, Vaneigem et les situs écrivaient des chansons...

(...) à l'avant-première de La fiancée du danger, film dont j'avais composé la musique, la réalisatrice Michèle Larue me présenta Jacques Le Glou. Distributeur de films français à l'étranger, il est aussi connu pour avoir réalisé un disque-culte avec ses copains situationnistes, Pour en finir avec le travail (en écoute sur Deezer).

"Chansons du prolétariat révolutionnaire" écrites par Guy Debord, sa compagne Alice Becker-Ho, Raoul Vaneigem, Étienne Roda-Gil, détournements de Le Glou de chansons fameuses (Il est cinq heures d'après Dutronc-Lanzman, La bicyclette de Barouh-Lai devenue La mitraillette, Les bureaucrates se ramassent à la pelle d'après Prévert-Kosma, etc.), l'ensemble est évidemment jubilatoire, et magnifiquement réalisé selon les codes de la variété de l'époque avec des musiciens de l'Opéra. Seule chanson historique, L'bon dieu dans la merde, est célèbre pour avoir été chantée par Ravachol en montant sur la guillotine. Les voix sont celles de Jacques Marchais, Jacqueline Danno (sous le pseudonyme de Vanessa Hachloum, Hachloum comme HLM !) et Michel Devy. Le 33 tours, épuisé en quatre mois, a été réédité en 1998 par EPM, et à nouveau en 2008 sous le titre Les Chansons Radicales de Mai 68.

Le Glou m'en apprit de belles sur les droits d'auteur. En 1974, Brassens, Ferré et Moustaki avaient refusé que leurs chansons soient détournées par cette bande d'anarchistes. Aujourd'hui la législation a "évolué". On peut changer les paroles d'une chanson sans avoir besoin d'en demander l'autorisation ni aux ayants droit ni à la Sacem, mais ce sont les auteurs de l'original qui touchent les droits ! Les chansonniers ont de beaux jours devant eux.

Je termine ce billet en ne résistant pas à vous livrer les premiers vers de La java des bons enfants écrits par l'auteur de La société du spectacle, définitivement politiquement incorrect :

'' Dans la rue des Bons Enfants
On vend tout au plus offrant,
Y avait un commissariat
Et maintenant il n'est plus là.
Une explosion fantastique
N'en a pas laissé une brique,
On crut que c'était Fantômas
Mais c'était la lutte des classes...
Sache que ta meilleure amie
Prolétaire, c'est la chimie...''

P.S. : les véritables auteurs s'étaient amusés à attribuer les chansons à des auteurs "imaginaires". Ainsi, dans le 33 tours original, La java des bons enfants était signée Raymond Callemin, dit Raymond-La-Science, membre de la Bande à Bonnot, et datée de 1912. En réalité il s'agissait pour celle-ci de Guy Debord et Francis Lemonnier" (saxophoniste de Red Noise et Komintern !).

lundi 10 décembre 2012

Sylvain Rifflet et Alphabet


Bien avant d'avoir réalisé mon propre Alphabet en 1999 d'après Kvĕta Pacovská avec Frédéric Durieu et Murielle Lefèvre, j'adorais ce qu'en faisaient les graphistes et autres plasticiens. Lorsque les musiciens s'en emparent son évocation génère souvent de belles surprises. Ainsi le Concise British Alphabet de Soft Machine sur leur second album, enregistré à l'endroit et à l'envers, et, plus près de nous, Sylvain Rifflet qui le joue dans le désordre au gré de son inspiration protéiforme, porté par de magnifiques envolées lyriques. Samedi, sur la scène du Triton, son quartet est léger comme l'air qu'il souffle sur le public qui s'est déplacé malgré la pluie qui glace Paris et Les Lilas.
Son Alphabet rappelle le rock progressif du temps où il s'inventait, empreint de jazz et de classique. Il ne s'agit ici d'aucun revival, mais une superbe invention de thèmes, timbres, rythmes qui nous emmène simplement ailleurs. Les flûtes de Jocelyn Mienniel et la clarinette de Rifflet donnent forcément un petit côté musique française à l'édifice. La batterie de métaux de Benjamin Flament, traitée électroniquement comme tous les instruments de l'orchestre, et la guitare de Phil Giordani dessinent un étrange rituel où la répétition accélère nos pulsions cardiaques sans que le palpitant n'étouffe la sensibilité des compositions. Sur scène, le quartet ne se cantonne pas à ces quelques lettres de noblesse. Rifflet nous livre les prémisses de son prochain projet autour du compositeur Moondog, propose un nouvel arrangement de Xiasme d'Edward Perraud en passe de devenir un tube parmi tous ces musiciens hypercréatifs et, en dernier rappel, un solo de sax ténor où Rifflet souffle magiquement le Tout dit clôturant le dernier disque de la chanteuse Camille.
Sylvain Rifflet et Alphabet offrent gracieusement leur travail aux internautes qui souhaitent le télécharger en mp3, à moins de préférer le recevoir chez soi sous la forme d'un CD pour seulement 10 euros. C'est bientôt Noël !

dimanche 2 décembre 2012

Fermeture des commentaires


Pendant la fermeture (que j'espère passagère) des commentaires, consécutive à une attaque débile de publicité robotique, plusieurs centaines en quelques minutes, vous pouvez écrire directement à info(at)drame.org pour que les vôtres soient publiés tout de même.
N.B.: je les ferme par intermittence. Vérifiez. En cas d'impossibilité, je peux publier un commentaire en votre nom si vous le souhaitez...

lundi 22 octobre 2012

La crise n'existe pas


Si les réductions de budget sont bien réelles, si la précarité s'étend de jour en jour, si les fins de mois sont de plus en plus difficiles, si la file des SDF s'allongera cet hiver à la soupe populaire, la manière d'en parler est erronée et démobilisatrice. Car il n'y a pas de crise. Tout est orchestré. Seulement des riches qui veulent se goinfrer toujours plus, avec le plus grand cynisme. Il fut un temps où l'on appelait cela l'exploitation de l'homme par l'homme. Et le peuple de se soulever lorsque la famine le gagnait. Le Capital a su trouver les mots pour que nous acceptions les nôtres sans broncher, mais nos maux s'écrivent m-a-u-x. Au lieu de nous révolter contre l'exploitation éhontée dont nous sommes victimes nous incriminons une mauvaise gestion de l'État, la belle affaire ! Il s'agit au contraire d'une excellente gestion des patrons qui ont su nous faire accepter qu'ils s'enrichissent dans des proportions pharaoniques au prix d'appauvrir 99% de la population mondiale. Les gouvernements nommés par ces puissants sous une mascarade électorale appelée communément démocratie ne sont que leurs valets. Leur pouvoir est seulement médiatique, ils sont chargés de nous faire avaler les couleuvres. La méthode est plus élégante qu'une dictature ! Le pouvoir économique est dans d'autres mains, celles de la finance. Appeler cette arnaque planétaire une crise n'est qu'une manipulation de masse pour nous faire accepter notre statut de forçats. La crise n'existe pas. Réveillons-nous ! Le seul pouvoir que nous ayons pour changer le cours des choses, course mortifère vers la catastrophe écologique, est de descendre dans la rue et de nous emparer de ce qui nous appartient, créé par notre travail. Nous avons des bras pour enrichir ces nantis, nous avons des bras pour récupérer ce qui nous est volé. Arrêtons de croire à l'inéluctabilité de l'oppression. La crise est un terme inventé par le Capital pour pouvoir s'engraisser sur notre dos. Sa faim est insatiable et suicidaire. La planète entière y passera si nous n'intervenons pas. Ces quelques riches veulent nous faire croire que nous sommes impuissants. C'est vrai si nous restons chacun dans notre coin à nous morfondre en souffrant de leurs actes criminels, mais si nous nous unissons, nous sommes des millions, nous sommes des milliards à pouvoir, à devoir nous prendre en mains pour renverser le cours de l'Histoire et reconstruire ce qu'ils détruisent en se servant de nous.

lundi 8 octobre 2012

Errare humanum est


Discussion passionnée avec Valéry Faidherbe sur le rôle capital de l'artefact dans la création artistique.
Nous avions assisté la semaine dernière à la projection d'Impressions de Jacques Perconte au Couvent des Bernardins. Le vidéaste compresse ses plans en abîme pour faire surgir des formes et des couleurs incroyables dont les mouvements acquièrent une puissance poétique époustouflante. Je me suis carrément envolé avec les oiseaux qui laissent une trace rémanente dans le ciel de Normandie ou j'ai cru rêver en symbiose avec la tendresse des deux vaches psychédéliques qui se confondent avec l'herbe qu'elles broutent.
Continuant dans la métaphore animalière Valéry cite l'opéra Nabaz'mob que j'ai composé avec Antoine Schmitt pour cent lapins communicants. L'erreur dans le système produit des variations infinies de l'œuvre et lui donne son sens, réflexion sur l'ordre et le chaos, sur la velléité de vivre ensemble sans y parvenir. S'il s'agit de cent robots interprétant musique et ballet il n'en reste pas moins qu'ils sont programmés par des humains et que l'imperfection est le propre de l'homme. Errare humanum est.
Chez tous les grands artistes c'est l'erreur ou la maladresse qui fait le style. Le reste n'est qu'académisme (le caca des mîmes). En poussant les machines dans leurs derniers retranchements l'artiste s'approprie la technique en la dévoyant de son propos initial. Lorsque je programme des sons sur un synthétiseur les plus intéressants sont ceux que son fabricant n'a pas prévus. Nous nous jouons de ces erreurs pour créer, cette perversion nous permettant de retrouver plusieurs travers qui caractérisent à la fois les artistes, mais aussi les humains dans leur nature dénaturée (je pense au magnifique roman de Vercors, Les animaux dénaturés) : l'imperfection poussée jusqu'au sublime, la maîtrise et son impossibilité, la vanité, vanité de faire et, plus encore, de défaire.
Et Bernard Vitet de me rappeler la fin de la citation latine : sed perseverare diabolicum !
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