Jean-Jacques Birgé

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jeudi 26 juillet 2012

L'entente cordiale


Avec qui voulez-vous lutter ? À ma gauche, Scotch, mâle dominant, fourrure grise, 10 ans, 8 kg et des poussières, placide mais ferme. À ma droite, Diabolo, Jack Russell terrier tout fou, masque brun, 3 ans, pratiquement la même taille mais pas plus de 5kg, aboyeur selon l'humeur. Comme ils regardent fixement l'appareil j'imagine un match d'hypnose animalier dont je suis finalement la victime dans un énième remake de L'arroseur arrosé. À leur signal j'appuie sur le bouton. D'année en année leurs relations sont devenues pacifiques, mais ils n'en sont pas encore à se faire des mamours.
Scat était un chat élevé par un chien, lui-même élevé par une chatte. Il fallait voir Horus s'interposer quand la chatte venait embêter le chaton. Guy Le Querrec avait publié une magnifique photo où Scat descendait de mon épaule sur le Theremin avec Bernard à la trompette.
De mon côté, preuve que je suis en vacances, je dévore un premier bouquin, un thriller de politique-fiction de Philippe Nicholson intitulé Serenitas (Carnets Nord / Ed. Montparnasse). Le problème avec les polars c'est que l'auteur vous mène souvent en bateau, inventant mille fausses pistes avant de valider l'ultime. Comme partout il n'y a que le style qui puisse avoir raison du genre. Ici, comprenant trop tôt que nous avons affaire au complot, nous identifions rapidement les intentions des personnages. L'intérêt réside dans la vision d'un avenir proche qui n'a rien de réjouissant.
Titrer un article Les théories du complot comme s'y laisse aller tous les médias, Mediapart compris, est fâcheusement tendancieux. Comme s'il fallait être pour ou contre, avec un soupçon prononcé envers les paranoïaques. En voir nulle part est aussi idiot qu'en voir partout. Les religions sont pourtant d'excellents exemples séculaires de leur réalité. Le complot est une forme récurrente ancestrale. La question "à qui profite le crime ?" est une méthode éprouvée pour déjouer la communication gérée par les états. Le faux-coupable est toujours bien dessiné. L'hallali peut commencer.
Et les bêtes dans tout cela ? Elles s'en fichent et terminent la journée ensoleillée par un pastis et quelques olives au son des cigales. À moins que tout cela ne soit qu'une honteuse manipulation et que j'ai osé faire un montage avec deux photographies ? Ou pas !

jeudi 19 juillet 2012

Improvisation sur iPad


En voyage j'emporte toujours quelques petits instruments de musique si l'occasion se présente, mais les guimbardes sortent rarement de ma trousse de toilette. Chez Birgitte j'ai tapoté du piano-jouet et du pianet, une sorte de petit piano droit de six octaves et demie, mais nous n'avons pas eu le temps de jouer ensemble, plus enclins à la promenade cycliste. À la lecture du compte-rendu de ses concerts, Claus Kaarsgaard m'a proposé de me joindre au trio formé avec le guitariste Christian Frank et le batteur Carsten Landors pour leur dernier concert de la saison lors du Festival de Jazz de Copenhague. Un peu démuni, j'ai accepté grâce aux applications que j'avais téléchargées sur l'iPad, en particulier les clones virtuels de deux de mes instruments fétiches, le Tenori-on et le Kaossilator. Mettez un i devant leur nom et le tour est joué, la transposition sur iOS ne reflétant pourtant jamais exactement l'instrument original. Avec ses 730 grammes stockant un nombre incroyable de données et de logiciels, la tablette est devenue mon nouveau couteau suisse, même si elle ne remplace pas l'ouvre-boîtes ou les lames acérées. On est loin de l'époque où le trio d'Un Drame Musical Instantané voyageait avec un Espace bourré jusqu'au plafond. Le matin du concert j'ai donc travaillé quelques timbres me semblant pouvoir coller avec le jazz en dentelles des trois orfèvres.


J'avais également préparé quelques timbres avec les applications de synthétiseur virtuel Synth, SynthStation et Tabletop, mais je me suis servi essentiellement du iKaossilator dont la souplesse, on pourrait dire le gameplay (la jouabilité), m'offre de laisser courir mes doigts intuitivement pour m'intégrer aux compositions très structurées de mes camarades de jeu. Ajoutez les trois guimbardes et j'étais paré à toutes les éventualités. Une toute petite, classique, et deux plates, achetées en Italie il y a trente-cinq ans, qui me permettent d'articuler des mots ou de souffler sans les pincer. J'ai pu ainsi interpréter quelques chorus bien déjantés avec les deux pouces sur l'iPad et me fondre dans les structures rythmiques avec les guimbardes. Françoise mettra probablement en ligne un extrait à réception du film laissé au Danemark. Je vais donc continuer à travailler l'option iPad qui pourrait me permettre à l'avenir d'honorer d'autres invitations impromptues, car l'expérience fut une véritable partie de plaisir !

Photo du quartet © Birgitte Lyregaard

vendredi 6 juillet 2012

Des milliers de pèlerins venus du XXIIe siècle


Presque tout le monde en Arles se promène avec un appareil-photo autour du cou. C'est hallucinant. Ceux qui n'en ont pas ressemblent à des gens vêtus dans un camp de nudistes. Dans les années 1970 Captain Beefheart et son Magic Band furent refoulés à Orly pour, faute de passeports, avoir impertinemment répondu qu'ils étaient des pèlerins arrivés du XXIe siècle. Comme les douaniers interrogaient l'un des musiciens sur l'appareil-photo autour de son cou, celui-ci répondit avec aplomb que c'était un membre du groupe. Il n'avait pas d'ailleurs non plus son passeport. Aucun humour ces pandores !
Mon Lumix est si petit qu'il a l'air ridicule à côté des objectifs phalliques et des angles grands ouverts sur le désir. Cherchant à illustrer mes articles, j'en viens à me faire photographier simplement avec les autres musiciens qui accompagnent les projections au Théâtre Antique soir après soir. La question des droits d'auteur n'arrangent rien à l'affaire. Il est interdit de photographier dans les expositions des Rencontres d'Arles, même si les touristes font des milliers de clichés de ceux qui sont déjà accrochés aux cimaises. Pour le coup je comprends mieux la protection que le mitraillage clonique. Entendre cet adjectif aussi bien dans sa déclinaison du clone que dans la définition du dictionnaire : "caractérisé par des convulsions saccadées, brèves et répétées à courts intervalles".
Le matin j'ai le temps d'aller voir les expos aux anciens ateliers de la SNCF. Beaucoup de choses intéressantes, mais rares celles qui m'emballent. Pourtant et pour une fois, une installation vidéo fait sens, Murs de Mehdi Meddaci dont l'approche, néanmoins différente, me rappelle Terres arbitraires de Nicolas Clauss, dans sa dimension socio-politique comme dans son exigence plastique, cinq grands écrans formant no man's land entre documentaire et fiction devant lesquels on reste fasciné.
Pour illustrer ma matinée je finis par me rabattre sur l'explosion des pianos de Nicolas Henry et les révoltés de la moumoutte, réalisée sur place avec photographies et mobilier de récupération, sur les affres de la guerre. J'entends "... des nerfs". À s'en boucher les oreilles, à en devenir sourds, le silence envahissant cette impasse au fin fond des hangars tout au bout de la visite. Face aux nouvelles académies ou aux expérimentations, leurs sculptures composées de bric et de broc construisent un îlot de fraîcheur, travail d'équipe qu'aucune introspection n'équivaudra jamais, même à produire des chefs d'œuvre. La jouissance de vivre à plusieurs est à mettre en balance avec la souffrance intime de ne pouvoir faire autrement que de créer. Les deux se complètent. L'une sans l'autre reste stérile à mon sens comme à mes sens. Partager.