Jean-Jacques Birgé

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mercredi 30 septembre 2020

Le fil


Article du 29 août 2007

Que l'on gravisse les marches ou que l'on s'enfonce dans l'obscurité, la vie ne tient qu'à un fil. Ignorant le temps, les plus jeunes grillent leurs cartouches et traversent n'importe comment devant les automobiles. Les plus âgés aussi, parce qu'ils savent que l'heure approche et que plus rien n'a d'importance. Entre les deux, on apprend à manier l'embrayage pour savourer le jour et la nuit. Pas de rétrogradation, mais une danse subtile au tempo changeant, aux mouvements sûrs, aux pas hésitants. Jusqu'où peut-on aller trop loin ? Le droit à l'erreur exige un minimum de responsabilité, le code en montre les limites. Peu le respectent, mais il y a l'art et la manière. La maturité n'est pas l'apanage des anciens, ni le gâtisme celui de la vieillesse. S'endormir au volant peut être fatal. Oublier l'insécurité des bas côtés, et c'est l'accident. La vie est une course d'obstacles où l'on en saute un pour mieux affronter le suivant. À chaque extrémité de la ligne, des portes s'ouvrent sur des univers insoupçonnés. On ne peut que s'avancer pour les découvrir. La persévérance est le maître mot. Le demi-tour n'existe pas, les droites non plus. Il y a des raccourcis et d'immenses méandres. Dans ce labyrinthe extraordinaire, il faut savoir saisir le fil, chacun le sien, pour ne pas être encorné, ne pas être avalé trop tôt. La fin est biologiquement inéluctable, mais il n'est temps de s'en soucier que lorsque la fatigue vous gagne. Si la jeunesse a parfois peur de la mort, qu'elle ne s'en soucie pas, son temps n'est pas encore venu. Elle ne vient que si on l'appelle. Sauf accident. Car la vie n'est pas juste. Alors surgit le second mot d'ordre, la solidarité, la seule valeur qui résiste à tous les temps et à tous les usages.

vendredi 25 septembre 2020

Solidarité de bon sens


Dès mes premiers travaux j'ai choisi la solidarité comme mode de vie. Il ne s'agit pas de faire l'aumône en sortie de messe ou de périphérique, mais de comprendre que même si tout va on ne peut mieux dans le meilleur des mondes, lorsque le ciel vous tombe sur la tête a little help from my friends est le seul rempart qui vous empêche de vous jeter par la fenêtre. À la fondation d'Un Drame Musical Instantané en 1976 j'ai proposé que nous cosignions toutes les compositions à part égale. Ainsi un solo de flûte sans les autres ou l'ajout de maracas dans une pièce symphonique n'aurait aucun d'impact sur la répartition des droits d'auteur. De même, les musiciens et musiciennes du grand orchestre créé en 1981 étaient au même tarif que nous trois qui dirigions l'ensemble et que moi-même qui passais pourtant six mois à trouver les subsides et les contrats qui nous permettraient en plus d'avoir nos heures d'intermittents. Lorsqu'il n'y a pas de question d'argent dans un groupe, ce sont 95% des motifs de se crêper le chignon qui disparaissent. Au moins, si l'on s'engueule, ce sera pour de bonnes raisons. Quant aux 5% restants, le choix artistique étant guidé par l'objet et non par l'ego des sujets, en fin de journée les chamailleries s'effaçaient devant la justesse des propositions... Il était inimaginable de mettre au vote les décisions : la règle basée sur la majorité des voix a fait faire quantité d'erreurs, réduisant au silence celle ou celui qui pense autrement et qui parfois aurait évité la catastrophe !
Si l'on étend cette manière d'avancer à toute la sphère sociale, on peut s'étonner du peu de solidarité s'exerçant dans les milieux professionnels où le struggle for life et le chacun pour soi sèment la zizanie en isolant les combattants. Cette pensée militante m'a, par exemple, poussé à faire de l'information sociale auprès de mes condisciples, à participer à la vie associative tant que j'ai pu, à écrire dans cette colonne sur celles et ceux que la presse paresseuse marginalise. Or nous sommes tous et toutes dans le même bain. Si cela ne se voyait pas, l'actuelle crise politique, dite sanitaire, montre à quel point tous les professionnels sont tributaires les uns des autres.
Il serait donc de bon sens que dans les mondes de la musique, par exemple, les musiciens, agents, organisateurs de spectacle, patrons de club, directeurs de festival, producteurs, distributeurs, magasins de disques, journalistes comprennent qu'il n'existe nulle concurrence sérieuse entre eux, nulle hiérarchie légitime, et que nous dépendons tous et toutes les uns des autres.
C'est ce que n'a pas compris un petit éditeur nantais qui anime une émission de radio confidentielle et à qui j'envoie plusieurs disques par an en toute solidarité. Comme je lui demandais de m'envoyer à son tour deux petits fascicules pour chroniques éventuelles, le cuistre me répondit qu'il en avait assez "d'arroser". Ce genre de grossier personnage qui publie souvent des écrivains passés au domaine public n'a pas compris que les auteurs peuvent se passer d'éditeur, mais que le contraire est impossible, du moins avec les artistes vivants. Il partage ce trait arrogant et stupide avec quelques imbéciles incompétents qui pensent probablement que les artistes leur doivent quelque chose, alors que c'est heureusement le contraire. Depuis mes débuts, j'ai enterré plus d'un paltoquet qui s'en est retourné à ses laveries automatiques. Par contre, il nous est arrivé de soutenir un camarade en difficulté à qui nous n'avions jamais rien demandé. Plaignez donc cet autre malheureux, ex-guitariste mitraillette, à qui j'adressai récemment des compliments à la fin d'un concert, mais qui, en partant, se crut obligé de me dire que j'étais "toujours aussi bête". C'est en effet la bête que j'aimerais cultiver pour échapper à cette humanité qui a tout perdu en se redressant et en bombant le torse ! Plus loin, dans un musée d'art contemporain, une "étudiante en virologie" me demanda d'ajuster mon masque parce que "la règle c'est la règle". J'ai rétorqué que l'on n'aurait bientôt plus besoin de police avec des gens comme elle. Que ne lui ai-je fait remarquer que toutes les œuvres qu'elle était venue admirer étaient le fruit d'individus qui n'avaient pas respecté la règle ?
Ne confondons pas l'obéissance de masse avec la solidarité. Chacun, chacune, ensemble, nous devons lutter contre le décervelage qui détruit les synapses et nous isole. Le bon sens ne va pas de soi, il exige d'analyser le passé pour rêver l'avenir. Il est juste un leurre de croire que le bonheur peut être individuel.

jeudi 10 septembre 2020

Nuts !


De temps en temps des objets disparaissent mystérieusement de ma maison. Un livre, un disque, un DVD, un vase, une tasse, ma femme (même si elle n'avait rien d'un objet !)... D'autres apparaissent sans qu'on sache ni comment ni pourquoi. Un sandwich, un chat, un pot, un chapeau... J'ai des soupçons, mais jamais de preuves. Depuis quelques jours s'ajoute une nouvelle énigme. Le noisetier, apporté jadis par les oiseaux, ne donne aucun fruit, mais alors pas un. Or voilà quatre fois que je trouve des noisettes par terre sous ses rameaux ! J'ai beau scruté les branches de mon regard perçant, non rien, ni personne. Les chats me font-ils des farces ? Le fils de mes voisins, qui avait l'habitude de jeter par centaines ses mégots et ses joints sur le toit du garage, aurait-il arrêté de fumer et recommencé à s'introduire subrepticement dans mon jardin alors qu'il avait arrêté il y a 15 ans ? Les corbeaux et les pies se seraient-ils ligués pour me faire une farce ? Mon incompréhension est à son comble. Ce corylus avellana est vraiment idiot. S'il croit que je vais le garder pour trois ou quatre noisettes à l'année alors qu'il nous fait de l'ombre à l'heure du déjeuner, il se fiche le doigt dans l'écureuil.

samedi 29 août 2020

Démasqués


Si vous souhaitez respirer en évitant la prune à 135€, promenez-vous une clope au bec ! Pas besoin de l'allumer, il y a déjà 73000 morts du tabac par an en France... Fumeurs, l'État ne vous aura pas épargnés.
Vous pouvez aussi manger toute la journée en marchant, mais, attention, le virus est friand des obèses et c'est la deuxième cause de décès après le tabac !
Autre méthode, si vous croisez un pandore, prenez vos jambes à votre cou, les joggers ne sont pas concernés par le port du masque obligatoire.
Marchands de vélos, c'est le moment de monter les prix !
Si toutes ces mesures vous échappent, restez chez vous, bonnes gens, dormez en paix et ne rêvez surtout pas que vous pourrez manifester contre la bande d'incompétents qui nous gouvernent, c'est streng verboten...

mercredi 19 août 2020

Un livre, un pouce, un film


Article du 31 mars 2007

Alors que j'écrivais un article sur les films d'animation pour un numéro du Journal des Allumés, je reçois le nouveau catalogue d'Heeza, le magasin en ligne des produits dérivés du cartoon, où figure un dvd inhabituel. Co-produit par l'Université de Rennes 2 Crea-Cim et les éditions d'artistes Lendroit, il présente un échantillon de l'épatante collection de flip books de Pascal Fouché dont le site est entièrement consacré au genre. Pendant 3h40, Votre pouce fait son cinéma en feuilletant les petits carnets réunissant 130 ans d'images papier animables. Les 308 flip books choisis sont classés par thèmes, du premier folioscope en 1895 aux recherches graphiques les plus contemporaines en passant par les animaux, l'architecture, la danse, l'érotisme, les livres d'artistes, la musique, la publicité, les sciences et techniques, le sport, etc. Des auteurs aussi différents que Muybridge, Chris Ware, Moebius, Guillermo Mordillo, Yoji Kuri, Andy Warhol, Robert Breer, Peter Foldes, Oskar Fischinger, Gilbert et George, Christo et Jeanne-Claude, Keith Haring, Franck Gehry, Paul Cox, Émile Cohl et des centaines d'autres sont animés par des doigts anonymes. Petite originalité du support, les sous-titres peuvent faire apparaître les infos sous chacun des flip books. Le son, minimaliste au possible, n'est rien d'autre que le bruit du feuilletage. C'est à la fois un voyage dans le pré-cinéma et une plongée dans l'animation actuelle. Amusante coïncidence, le catalogue 98-99 des Allumés présentait un flip book d'Antonio Garcia-Leon de 432 pages, un film à l'endroit, un autre à l'envers !
[Jusqu'au 31 août 2020] le dvd Un livre, un pouce, un film est commandable pour seulement 4 euros !!!

mercredi 12 août 2020

J'ai refusé le compteur Linky


Tout le monde connaît la fronde contre les compteurs électriques Linky. Suite à la demande du Front de Gauche en avril 2016, la Mairie de Bagnolet s'étant opposée radicalement à leur implantation, je pensais que nous n'aurions pas à faire face à des tentatives scandaleuses d'y passer outre. L'arrêté de 2017 stipulant les raisons est pourtant clair. Or est tombée hier 11 août dans ma boîte une simple lettre de la société Scopelec, mandatée par Enedis, m'annonçant le remplacement de mon compteur entre le 11 et le 18 août. Peut-être comptaient-ils que je sois en vacances et donc dans l'impossibilité de réagir ? Le choix précipité des dates était déjà cavalier, et le courrier de préciser "Votre présence n'est pas indispensable, puisque le compteur est accessible, mais il serait souhaitable que le technicien puisse, lors de son passage, avoir accès à votre disjoncteur. Il vous est possible de demander à la personne de votre choix de nous donner accès au disjoncteur en votre absence, vous libérant ainsi de cette contrainte. Sans demande de rendez-vous de votre part, le compteur sera remplacé prochainement." Si ce n'est pas de la vente forcée, qu'est-ce que c'est ? Et la lettre de préciser que l'intervention de 30 minutes exige de couper l'électricité. Comment mon congélateur aurait-il réagi en mon absence ? Ma présence n'est pas nécessaire, mais il faut couper le disjoncteur : j'ai du mal à suivre ! J'ai appelé illico Scopelec pour refuser ce tour de passe-passe et j'ai collé un écriteau sur le boîtier installé sur le trottoir, histoire d'éviter tout quiproquo. Méfiance donc, épluchez régulièrement votre courrier, les vautours rôdent en votre absence, comptant sur votre négligence !
Dans la boîte aux lettres il y avait aussi une relance des Impôts me réclamant un impayé sans préciser à quoi cela correspond. Or la somme coïncide avec la déclaration de TVA réglée le 6 du mois dernier. C'est pénible de devoir toujours être vigilant. Franchement j'ai mieux à faire, comme la musique d'un nouveau court-métrage loufoque de Nicolas Le Du que j'ai enregistrée en oubliant les misérables importuns...

samedi 13 juin 2020

Faut de tout pour faire un monde ! [archive]


Article du 10 janvier 2007

Ce n'est pas parce que l'on fait de la musique brintzingue que l'on n'apprécie pas les tubes qui marchent ou font danser. Ce n'est pas parce que l'on fait du cinéma expérimental que l'on n'aime pas se vautrer devant un gros film d'action hollywoodien ou une bluette à l'eau de rose. À la fin du sublime film de Jean Renoir, La chienne, à Michel Simon avouant "J'ai été marchand d'habits, trimardeur, ivrogne, voleur, et pour commencer... assassin !", Gaillard répond : "... faut de tout pour faire un monde !". C'est vrai dans les deux sens , car pour qu'une société perdure, elle a besoin de ses marges et de ses empêcheurs de tourner en rond. Pourquoi la plupart des spectateurs craignent-ils ce qui dérange et vous oblige à réfléchir ? Et si nous rêvons de changer le monde, ne faut-il pas avant tout nous donner les moyens de transmettre et, au-delà, d'être compréhensibles ?
En discutant avec des amis, je me rends compte à quel point notre univers culturel est un tout petit monde. Ce qui me paraît classique leur semble terriblement moderne. La moindre dissonance musicale stresse tant d'auditeurs qui risquent aussi de prendre la plus élémentaire réflexion cinématographique pour une "prise de tête". Le dogme est là, ancré en nous : la mélodie tient le haut du pavé et un film doit raconter une histoire. À l'aube du XXIème siècle, le XXème n'est toujours pas assimilé. Mes amis sont des personnes cultivées qui sortent au cinéma, vont au spectacle, lisent et regardent peu la télévision. On est donc loin de l'univers de la Star Academy. Pourtant l'art moderne et contemporain représente souvent une agression. Craindrait-on les images critiques du monde dans lequel nous évoluons ? Rechercherait-on, avant tout, à nous distraire pour oublier les tracas de la journée ? Confusion du "nous" et du "on" : nous sommes l'un et l'autre. Combattants fatigués et rêveurs vigilants, au choix, selon les instants. Partout sur le territoire existent pourtant des poches de résistance. La publicité faite à ces marges, dans certains quotidiens comme Le Monde ou Libération, est paradoxalement disproportionnée en regard de notre champ d'action réel. Nos succès sont négligeables si on compare les ventes de nos disques, le nombre d'entrées en salles de cinéma ou la fréquentation de nos spectacles avec ce que consomme régulièrement le grand public. La vitesse de communication s'accroît exponentiellement, mais la distance entre la création et sa réception fait de même. Plus d'un siècle nous sépare. Une énigme.
L'éducation artistique est défaillante. La télévision est de plus en plus rétrograde. Nous vivons dans un monde de plus en plus uniforme malgré les possibilités qu'il offre. Il n'existe aucun accompagnement qui permette de fournir des clefs pour accéder à ce qui interroge. Tout le monde trouve Au clair de la lune exemplaire parce qu'on nous l'a seriné depuis notre tendre enfance. Cocteau disait que le public préfère reconnaître que connaître.
Confusion. Quelle est la place de l'art dans un vieux monde qui joue les jeunots, mais ne convainc plus personne ? Ce n'est pas une question de communication, c'est la nature-même des œuvres qui est en question.

dimanche 31 mai 2020

La mue [archive]


Articles des 27 et 30 juillet 2006

Il n'est pas facile de changer de peau. Parfois les événements nous y aident. Que l'on perde son emploi ou la personne qui partage notre vie par exemple, et nous y sommes forcés. Toute résistance à ces transformations est encore plus dangereuse, jusqu'à s'y perdre, corps et âme. L'animal reste le même, mais il change de peau pour s'adapter à ses nouvelles conditions de vie. Le besoin de ce que l'on a coutume d'appeler "changer" n'est rien d'autre que la nécessité d'accepter ce que nous sommes, pour réduire la souffrance que génère la "difficulté d'être".
Nous ne sommes pas à un paradoxe près. La douleur ne se contrôle pas en la refusant, mais en l'apprivoisant. Le fakir connaît la chanson. Lorsque la douleur se présente, donnons lui des noms, décrivons la avec force détails, elle s'estompera comme par magie. Sur les montagnes russes de la fête foraine, il y a deux sortes de réactions devant la peur, certains hurlent en se penchant dans le sens de la pente et s'amusent, les autres crient tout autant mais se cabrent en arrière et finiront par aller vomir dans un coin sombre. Je rends grâce à Jean-André Fieschi qui, lorsque j'avais vingt ans et souffrant d'un panaris, me donna à lire Le bras cassé d'Henri Michaux. Je réussis à m'endormir. Vingt-cinq ans plus tard, j'en cueillis enfin les fruits en contrôlant la douleur par le seul fait de l'accepter. N'oublions pas que je suis un homme, et les garçons supportent beaucoup moins bien d'avoir mal que les filles. En 1975, je n'avais assimilé de Michaux que l'exergue : "Nous ne sommes pas un siècle à paradis, nous sommes un siècle à savoir". Pas si mal !
Revenons à nos moutons, ceux sur lesquels nous comptons pour sombrer dans les bras de Morphée. Du dieu des rêves à leur maître il n'y a qu'un pas, et la lecture de leur interprétation fut d'une aide précieuse pour comprendre comment ça marche. Comme je me plaignais à une amie philosophe de reprocher toujours les mêmes griefs à mes compagnes et ce malgré leurs différences fondamentales, je compris que le seul point commun était moi. Je ne pouvais donc leur en vouloir que de moi-même. Les conflits se désamorceraient d'eux-mêmes dès lors que j'accepterai l'autre au lieu de tenter vainement de le changer. Car on ne change personne, ni soi ni les autres. Un peu bouddhiste, n'est-ce pas ? Et pourquoi pas ! Les religions partent souvent de bons sentiments et d'analyses brillantes. Les prêtres les pervertissent en voulant les rendre accessibles au peuple et en profitent pour les transformer en armes de contrôle. Toutes les révolutions sont brèves, ou plus justement, les rêves durent peu, mais les conter prend du temps.
Les différents âges de la vie exigent d'adapter notre vision à notre corps. Chaque période a ses bienfaits et ses inconvénients. Réussir sa mue, c'est accepter qui nous sommes, en en précisant les perspectives vectorielles, sans se réfugier dans le passé par crainte du futur. Il faut toute une vie pour apprendre qui nous sommes, à savoir autre que ce que nos parents ont rêvé faire de nous. Et nous nous éteignons enfin dans la paix retrouvée. Entre temps, il aura fallu plusieurs fois changer de peau pour conserver l'équilibre précaire qu’on appelle une vie.

L'ANIMALITÉ DE L'HOMME


Le titre de cet article ne suggère nullement qu'un baiser pourrait transformer cette grenouille en prince charmant. Rien ne me détend plus qu'admirer la nature. La contemplation des animaux me plonge dans un abîme de perplexité et me renvoie à l'animalité de l'homme. Voilà longtemps que j'essaie d'imaginer une vision complexe de l'être humain, quelque théorie qui associerait Freud, Marx et cette troisième composante. Tenter de comprendre l'homme sans évoquer sa nature de mammifère me semble vouer à l'échec. Si le matérialisme historique me semble toujours le meilleur système analytique pour comprendre les grands mouvements de civilisation et si la notion d'inconscient renvoie aux motivations secrètes qui forgent chaque individu dans leur différence, la biologie me séduit par ce que tous les êtres vivants ont de commun, et la génétique fait parfois exploser à notre figure des évidences brutales. Le pourquoi reste toujours aussi énigmatique, mais on commence à effleurer une réalité complexe montrant que nos motivations ne peuvent s'arrêter à un seul système d'analyse. On ne pourra comprendre nos créations, nos crimes et nos suicides en restreignant l'analyse aux phénomènes sociaux (Marx) et à ce qui leur résiste en chaque individu (Freud). S'en contenter, c'est réfléchir comme si l'homme était seul sur Terre. C'est vrai, il agit comme tel. Pourtant, quel vecteur porte donc l'espèce, qui nous rapproche de ce qui nous est le plus étranger, la nature ? De quelles forces sommes-nous les enjeux, voire les véhicules ?
Hier soir, près de la piscine, sur une frite bleue rêvait une rainette arboricole. Les canards ne l'avaient pas encore repérée. Le matin, nous suivions sous l'eau les bancs de girelles, de saupes et d'autres petits poissons très joueurs comme ces minuscules virgules violet électrique. Pas de rapport. C'est dimanche.

mercredi 27 mai 2020

Chef d'œuvre ?

...
Ici ou là on entend clamer tel ou tel chef d'œuvre, mais qu'est-ce que c'est ? Où va se nicher la subjectivité ? Existe-t-il des chefs d'œuvre incontournables ? J'ai l'habitude de penser qu'un chef d'œuvre s'évalue au nombre d'interprétations qu'il suscite. Car c'est bien d'appropriation qu'il s'agit, l'œuvre, dès lors qu'elle est achevée, n'appartenant plus à celle ou celui qui l'a commise, mais au public qui la savoure.
Les générations successives revendiquent tel ou tel chef d'œuvre. Encore faut-il le replacer dans son contexte social, historique ou géographique. Le nombre d'interprétations que je suggérais plus haut est aussi fonction du cercle où elles s'exercent. Un changement de repère s'impose alors. Pour un public restreint, par exemple les amateurs de jazz, le concept n'aura pas la même envergure qu'avec la Joconde. Qu'on apprécie le tableau de Leonardo da Vinci ou pas n'a aucune importance. Il procure à chacun/e une histoire, un rêve, une idée, une réminiscence, une invitation qui lui confère son statut de chef d'œuvre. Par contre, que l'on place A Love Supreme de John Coltrane, Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles ou Laborintus 2 de Luciano Berio comme des chefs d'œuvre ne convaincra jamais un public hermétique à ces musiques. De plus, chacun/e a son propre système de références. Ainsi je doute que Cover To Cover de Michael Snow, Die Parallele Strasse de Ferdinand Khittl, Anima de Wajdi Mouawad ou Le Trésor de la langue de René Lussier, que je considère comme des chefs d'œuvre, disent même grand chose à la plupart de mes lecteurs/trices. Si l'on a vécu ou pas à l'époque où fut créée telle ou telle œuvre joue aussi, les plus jeunes s'inventant des mythes qui n'existaient pas dans le passé, ou, au contraire, reproduisant servilement les coteries de journalistes de cette époque.
Chaque artiste peut encore revendiquer son ou ses chefs d'œuvre, les pièces qu'il ou elle trouve les plus fidèles à ses expectations. Ce n'est pas un hasard si j'ai ce sentiment avec le CD-Rom Alphabet, l'opéra Nabaz'mob ou l'album de mon Centenaire, qui furent plébiscités par la presse ou par un public plus large que d'habitude... Sans parler de ce blog au su de sa constance sur 15 ans et au nombre grandissant de ses lecteurs/trices ! On retrouve alors l'idée de chef d'œuvre des Compagnons du Devoir, pour lequel chaque artisan doit faire ses preuves... Et puis on espère toujours que le prochain sera encore meilleur !

mardi 26 mai 2020

Lysistrata [archives]


Articles des 1er juillet 2006 et 1er janvier 2016

En commentaire du billet d'hier 30 juin, la lectrice "Alibi à la une" écrivait :
"Alors ils s'y sont tous et toutes mis..."
toutes ??? je voudrais bien LES y voir !
Allez sans rancune (?) c'est partout les grandes absentes même si c'est la moitié de l'humanité. Je sais elles ressassent et ne prennent pas le pouvoir.
À qui la faute ?

Je commençai par répondre :
"Toutes" pas plus que "tous", mais c'est vrai, beaucoup moins. Toutes celles qui ont répondu "présente !", celles qui sont là, celles qu'on est allés chercher pour ne pas rester qu'entre hommes : quel ennui une fratrie de mecs, quelle obscénité ! Le jazz est un monde masculin où les femmes sont des emblèmes de publicité ou, au mieux, des égéries alcoolisées.
Heureusement celui de l'improvisation libre, des musiques barjos, est un peu plus ouvert, les filles y font leur place, pas facile. Les plus militantes ont d'abord revendiqué leur homosexualité, les plus ambitieuses rejetaient le féminisme pour être considérées à l'égal des hommes, les plus laborieuses se contentaient d'un strapontin...
Y a-t-il une expression féminine ? Je le crois. Leur sensibilité d'artiste ne s'exprime pas de la même manière. C'est moins tranché, arrondi aux entournures, c'est plus fin, parfois, comme chez les mecs pas trop machos, leur part de féminité s'exprimant plus ou moins librement...
C'est à ce moment-là que je choisis d'en faire le billet de ce matin, sachant bien que ce ne sera qu'une parole d'homme de plus, pas le choix cette fois !
Pour compléter le petit panorama rapide et réducteur, j'ajoute aux lignes précédentes que le monde de la musique classique, et, par extension, contemporaine, est tristement potache et réactionnaire, l'esprit de compétition qui y règne en fait une foire d'empoigne où les femmes n'ont à y gagner qu'une forme de contamination. La question des variétés se pose un peu moins, parce qu'on est en milieu populaire, l'enjeu n'est pas le même dans la chanson, l'arrogance porte un bémol à la boutonnière. On préfère y faire pousser des étoiles, quitte à mépriser là aussi le petit peuple des musiciens qui les accompagne, encore des mecs. Les musiques savantes, élitaires, sont chasse gardée, chasse à cour(re) ! On se plaît à croire qu'il y est question de pouvoir. Mais le pouvoir, c'est "pouvoir" faire, c'est le potentiel à créer, à diriger, à diriger sa vie, et malheureusement trop souvent celle des autres, et celle des femmes certainement.
Vaste sujet, "la moitié de l'humanité" ! Cela méritera qu'on y revienne, souvent ?! Alors autant commencer dès aujourd'hui. La parité me semble une mystification de plus, un truc en plumes inventé par les hommes pour que les femmes qui la ramènent leur ressemblent. Regardez Ségolène Royal sur les pas de Margaret Thatcher et Condolezza Rice, quelle horreur ! Il en est d'autres qui se battent avec plus de jugeotte, mais n'y a-t-il pas d'alternative à prendre le pouvoir en package avec la stupidité des mâles ? Faut-il qu'à leur tour les femmes nous gouvernent avec la même brutalité, carnage destructeur et suicidaire ? Au secours, Lysistrata (texte de la pièce d'Aristophane) ! Adolescent féministe et non-violent, j'avais trouvé géniale cette grève du sexe pour arrêter la guerre. Pourquoi les femmes qui y perdent leurs enfants, leurs frères, leur père et leur époux, ont-elles toujours été solidaires de ces bouchers sanguinaires ? Faut-il aller chercher quelque explication dans la biologie comme le fait le documentaire 1+1, une histoire naturelle du sexe (et dont j'eus la joie de composer la musique) ? Doit-on en passer par la barbarie ? Ou bien est-ce l'absurde qui nous gouverne ?
Ayant grandi dans les années 70 au milieu de femmes revendiquant l'émancipation féminine, la question n'a eu de cesse de me poursuivre. Sur les murs de la cuisine étaient épinglés des petits papiers découpés portant tous les slogans de l'époque, certains même ambigus : "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette". J'aimais l'impossible. J'en rêve toujours. Attention à moi si, en discutant, j'accordais mal un adjectif, j'étais immédiatement repris et le e final était accentué avec sa liaison phonétique, appendice qui pour une fois dépassait du mot féminin. J'ai pris ainsi l'habitude d'accorder les fonctions, surtout en haut de l'échelle sociale, Madame la présidente, Madame la directrice, une écrivaine, etc.
Dans le Drame, nous n'avions qu'un tiers de musiciennes, cinq sur quinze, l'atmosphère y était tout de même plus digne, ça changeait des chambrées des autres orchestres. Dans le Journal des Allumés, chaque fois que nous le pouvons nous invitons ces dames au parloir, cette fois la harpiste Hélène Breschand, la compositrice et chef d'orchestre Sylvia Versini, les dessinatrices Chantal Montellier et Laurel (son blog). Nous le savons, c'est peu et ce n'est pas le reflet du monde réel, nous forçons les portes. Un seul des Cours du Temps fut consacré à une femme, la contrebassiste Joëlle Léandre, sa parole y est emblématique. Même si Valérie Crinière réalise le Journal (et pas seulement techniquement !), il n'y a que des hommes au comité de rédaction, et peu de femmes dirigent parmi les 42 labels de l'association. Notre trésorière, Françoise Bastianelli, en charge du label Émouvance, a redressé les comptes de l'assoc lorsque nous étions au plus mal. J'aurais pu écrire "au plus mâle" tant l'unisexicité peut être nauséabonde. Les femmes entre elles ne valent guère mieux, c'est pour cela que Lysistrata n'eut jamais gain de cause. Il faut la mixité, le partage des tâches, oui si c'est ensemble, pas de prérogatives ni de territoires réservés, l'échange est plus juste que le partage.
Je repense toujours aux derniers mots de L'innocente de Lucchino Visconti, son dernier film, quelque chose du genre : ''Pourquoi faut-il que, vous les hommes, vous nous portiez aux nues ou nous traitiez comme moins que rien ? "

AVEC "CHI-RAQ" SPIKE LEE RETROUVE LE TON DE SES DÉBUTS


Depuis que je connais Lysistrata je me suis toujours demandé pourquoi les femmes acceptaient la mort de leurs maris, fils, pères ou frères. Comment peuvent-elles être complices de la violence des hommes ? Quel pouvoir ont-elles oublié qui ne leur permettent pas d'enrayer la folie des brutes machistes qui ne trouvent jamais que la guerre pour (ne pas) régler leurs conflits ou asseoir leur emprise ? Est-ce que la mort est intrinsèquement liée au sexe ? Les explications psychanalytiques ne sont pas de mon ressort, mais Aristophane a su proposer une solution pacifique qui ne semble pas avoir convaincu puisque cela continue de plus belle !
Spike Lee s'empare donc de cette comédie pour dénoncer la violence qui s'exerce entre Afro-Américains. Il y a plus de morts à Chicago liés aux bagarres entre gangs qu'il n'y en eut en Iraq, d'où le surnom du quartier sud, contraction de Chicago et Irak. Comme dans la comédie grecque le réalisateur de Do The Right Thing, Mo Better Blues et Malcolm X emploie un langage direct qui sied à l'argot des rues, les acteurs s'exprimant en vers, rap nerveux de cette comédie musicale où l'on retrouve le ton de ses premiers films. Spike Lee n'évite pas quelques longueurs, mais le sujet est formidable et son adaptation parfaitement à propos.


Chi-Raq est un film militant à la portée populaire. Il devrait être projeté dans les quartiers, là où l'esprit de clan a remplacé la solidarité de classe. Le prêche du pasteur Michael Pfleger interprété par John Cusack est explicite, la misère entretenue par le capitalisme et le chômage poussent ces jeunes à s'entretuer, ce dont profitent les marchands d'armes soutenus par la NRA, la criminelle National Rifle Association. Samuel L. Jackson joue le rôle du chœur commentant les péripéties de cette bande de filles qui décident de faire la grève du sexe tant que leurs mecs utiliseront leurs armes. Elles s'opposent aux gangsters et à la police, à l'armée et à la résistance de leurs sœurs. Dans cette South Side Story Wesley Snipes et le rappeur Nick Cannon sont les chefs des Spartans et des Trojans, Teyonah Parris est Lysistrata, Angela Bassett est Helen et Dave Chapelle fait partie de la bande. La musique nerveuse porte le film, les couleurs éclatent sur l'écran, orange et violet représentant celles des deux gangs. Des vers scandés s'affichent parfois en infographie, plus agit-prop que clip-vidéo. Chi-Raq est à la fois drôle et sérieux, swing et sexy.
Mais est-ce que cela changera grand chose à la violence absurde, criminelle et suicidaire des hommes ? Cette brutalité mortifère reste pour moi un mystère. À moins qu'elle ne s'explique par l'intérêt des pouvoirs en place, et ce depuis des millénaires (Aristophane a écrit sa pièce cinq siècles avant J-C), à exciter les pauvres les uns contre les autres pour mieux les contrôler et les opprimer ? Cette culture de la guerre est-elle inhérente à l'espèce, le fruit d'un calcul cynique ou de l'inconséquence des chefs ? Peace and Love revendique Lysistrata et à sa suite le réalisateur Spike Lee, fatigué de voir sa communauté s'entretuer. C'est ce que je vous souhaite pour cette nouvelle année en cette période qui pue le sang et les larmes, l'exploitation et le profit, la manipulation et l'aveuglement.

vendredi 22 mai 2020

Tombeau d'Abricot [archive]


Article du 23 juin 2006

Que peut-on écrire dans un blog, journal intime devenu public ? Quelles limites puis-je me fixer dans la catégorie dite Perso ? Certains rédacteurs attendent la mort des protagonistes, d'autres la leur propre. On peut toujours changer les noms, brouiller les pistes, romancer l'affaire, mais quel besoin, quelle impudeur, nous pousse à publier les détails intimes de notre vie et de celles et ceux qui la partagent ? Le "politiquement correct" ne me préoccupe pas, on peut modifier les usages, bouleverser les conventions, c'est même salutaire. L'intérêt d'un texte est lié à l'indépendance de vue de son auteur, sa libre pensée, son style aussi. Les confessions ont d'autant plus de valeur qu'elles abordent des sujets tabous. Ils sont si nombreux. On se croit isolé, promeneur solitaire portant le fardeau de ses fantasmes, de ses handicaps, de secrets honteusement gardés, de vieux mensonges. La psychanalyse ne fait que régler, au mieux, sa propre petite note, mais on ne partage pas.
Lorsqu'il m'arrive de transmettre (n'étant point professeur le mot enseigner ne me convient pas), j'essaie d'aborder tous les aspects de mon sujet, de changer d'angle le plus souvent possible, pratiquant l'art de la digression. Je m'aperçois que les étudiants ne savent rien de ce qui les attend, réalités du monde de l'entreprise, salaires, droits du travail et droits d'auteur, relations avec les clients ou les employeurs, esprit d'équipe, solidarité, gestion quotidienne de son temps, difficultés à se renouveler, etc. Aborder sincèrement l'un des trois grands sujets préoccupant tout un chacun, sexe, mort ou argent, est un pavé dans la mare éclaboussant toute l'assemblée, fut-elle réduite à un seul interlocuteur. Les confessions intimes mettent en confiance, chacun est libre à son tour de se livrer, de se décharger de ce qu'il ou elle a sur le cœur, simplifiant les échanges en évitant les quiproquos et les mascarades, souvent anciennes ! Il y a des professionnels pour cela, thérapeutes indispensables à celles et ceux qui souffrent trop, mais ils ne répondent pas à toutes les questions. Certaines réclament la confrontation. En clair, il est bon de savoir que l'on n'est pas tout seul à vivre ainsi, à penser cela. Connivence des salles d'attente ? La lecture est un réconfort. La conversation peut devenir un soulagement, un révélateur, une étincelle... Si les secrets de famille nous empoisonnent, sortons donc les fantômes du placard. Mais la question de la publication reste entière, crotte de bique !

J'ai souhaité parler de la douleur de mon ami Bernard face à la mort de son chat Abricot mercredi midi, le 21 juin. L'arrivée de l'été est toujours un moment pénible pour celui qui craint la chaleur. Ce n'est pas la première disparition à laquelle il soit confronté. Bernard a perdu tant d'êtres proches. Plus on vieillit plus les amis peuplent les cimetières. L'isolement progressif peut devenir insupportable. Pour d'autres, la mort à l'œuvre rassure, c'est qu'on est toujours là pour l'apprendre. La dernière sera mon tour. Un camarade médecin me rappelait que souffrir, c'est être vivant. Les jeunes s'angoissent parfois, peine perdue, ce n'est pas l'heure. Ne meurt-on que parce qu'on en a marre ? Sauf accident, et la vie est injuste avec ceux qu'elle quitte prématurément, sans cette fatigue, on vivrait éternellement. Il faut prendre le temps. Les jeunes et les vieux traversent toujours n'importe comment, ils se jettent sous les voitures. Les jeunes n'ont pas conscience de la mort et c'est tant mieux, les vieux n'en ont plus rien à faire et c'est tant pis. Temps mieux temps pis, chacun fait son petit ménage dans sa tête, et dans son corps.
Tout a commencé lorsque Bernard avait dix ans, avec la déportation de son frère aîné à l'âge de 18 ans, jeune résistant communiste. C'était l'âge de Ann, son plus jeune fils, que Bernard accompagna de manière exemplaire touts sa dernière année de 1984 lorsqu'il fut atteint d'un cancer du rein. Abricot avait vingt ans, comme Radiguet, l'auteur du Bal du Comte d'Orgel d'où vient le prénom de Ann. Les cycles sous-tendent notre vie, mouvements vibratoires qui se superposent comme les harmoniques d'un instrument de musique. Les drames et les miracles arriveraient aux nœuds de vibration, le fond de la piscine, ou aux crêtes, rendez-vous en haut du pic. Il n'y pas que les femmes qui soient réglées comme du papier à musique.
C'est chaque fois un drame. Je comprends la douleur de mon ami et respecte ses choix même si je ne les partage pas. À ma dernière visite, je n'arrivais pas à regarder Abricot, défiguré, cela me faisait trop mal. Je ne suis pas courageux en face de la maladie, je ne supporte pas les hôpitaux. Bernard est un ardent partisan de l'acharnement thérapeutique. Mais il a aussi des envies de mort, la sienne, celle des autres. Il est en colère. Les animaux qui l'accompagnent le rappellent à l'ordre. La veille, je lui avouai mes doutes sur ses motivations. Il se réveille toujours lorsque la mort se dévoile. C'est le chantre du paradoxe. Depuis trente ans, nos conversations "de bistro" alimentent nos œuvres communes. Évidemment nous transposons le réel, le travestissant des oripeaux de l'art, une chienlit bien portante. Aujourd'hui encore, le travail du deuil fait grandir, mais Bernard est trop malheureux. Nous lui conseillons d'aller voir l'exposition d'Agnès Varda à l'Espace Cartier : le Tombeau de Zgougou (photo du catalogue ci-dessus) ne pourra que lui redonner le calme de la tendresse. Se réconcilier avec soi-même.

Bernard Vitet est décédé le 3 juillet 2013.

dimanche 17 mai 2020

Pourquoi faire ? [archive]


En me réveillant, je me demandais "pourquoi faire ?" que j'écris parfois "pour quoi faire ?". Régulièrement je remets ma vie en question. Pas trop souvent tout de même. Quatorze ans plus tard, je m'interroge sur le bien-fondé de mes choix. Tout s'articule, comme des paragraphes... Il faut savoir saisir l'opportunité des "à la ligne"...

Article du 4 juin 2006

Un rouge-queue nargue le chat depuis plusieurs jours dans le jardin. Il vole bas. Que cherche-t-il ? Il s'approche de plus en plus près. Je suis fasciné et un peu inquiet.
En février 1902, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, publie le pamphlet Que faire ?, ouvrage fondateur reprenant les idées développées dans le journal Iskra (l'étincelle, en russe). En 1971, Chris Marker et ses camarades reprendront le nom d'Iskra (Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles) pour leur coopérative de production de films. Rien n'a vraiment changé de ce qui a motivé l'écriture de l'un et la fondation de l'autre. La question "Par où commencer ?" reste entière. Les sources de la production et les canaux de diffusion sont-ils maintenant plus ouverts à la différence, à la contestation salutaire, à la projection de vérités soigneusement enfouies ? (Bernard Benoliel, Entre Vue). Des questions, toujours. Les réponses calment le jeu et tuent l'imagination. L'enfant enfile les pourquoi ? à s'en faire un collier. Dès le CP, l'école casse son élan créatif en imposant les réponses avant qu'il ait le temps de s'interroger. Les perles se répandent par terre. Révolutionnaires en herbe, artistes, déviants, délinquants, souffrants, seuls quelques récalcitrants n'acceptent pas les nouvelles règles. L'agnostique laisse la question sans réponse (elle donnera son titre à l'œuvre la plus célèbre du compositeur Charles Ives).
En me réveillant, je me demande "pourquoi faire ?" que j'écris parfois "pour quoi faire ?". J'ai souvent dit que je fais ce qui ne se fait pas puisque ce qui est fait n'est plus à faire. Bon gars malgré tout et probablement en référence au chien de Léo Ferré, j'ajoutais je fais là où on me dit de faire.
Pourquoi faire ? Pourquoi faire une œuvre de plus, sur un marché saturé ? L'art est devenu à la portée de tous, du moins la société souhaite en donner l'illusion. Les outils se démocratisent, chacun pense savoir photographier, filmer, composer, écrire, mais trop souvent c'est le stylo qui écrit, la caméra qui filme, le filtre Photoshop qui commande. Bon de commande. C'est ce qu'on vend : objets de consommation, nouveaux marchés, cibler les jeunes... Pour faire l'artiste, il faut une vision. Cette vision ne découle pas de l'usage des machines, elle est le fruit d'une souffrance, d'une colère, d'un espoir, d'un rêve, elle n'est qu'une question qui répond à la précédente. Qu'est-ce qu'un auteur ? Une personne qui pense par elle-même et met en forme cette réflexion ? La production est-elle le contraire de la reproduction ?
Pourquoi faire une œuvre de plus lorsque l'on a des dizaines de disques et des centaines d'œuvres à son actif, et que le monde continue de glisser ? Échec. Le succès est relatif. Miles Davis, par exemple, a échoué, lui qui briguait la reconnaissance du Great Black People n'a jamais été adulé que par la bourgeoisie blanche. Pourquoi composerais-je un nouveau disque alors que la majorité sont toujours disponibles, il est vrai de manière de plus en plus clandestine (aux Allumés, chez GRRR ou Orkhêstra) ? On me fait remarquer que mon impressionnante biographie donne l'illusion que j'ai au moins cent ans ! (P.S.: douze ans plus tard, en 2018, je publierai en effet mon Centenaire !). Ai-je tout dit, tout exprimé ? Heureusement j'évolue, petit à petit, le mouvement me porte, vecteur social qui me pousse sans cesse vers de nouveaux horizons. Mais je ne voudrais pas faire une œuvre de plus, jamais ! J'enchaîne les succès d'estime, mais rencontre rarement le succès populaire. Un enjeu pas si nouveau depuis qu'avec Bernard Vitet nous avons décidé d'enregistrer des chansons (Kind Lieder, Crasse-Tignasse, et surtout Carton), depuis le cd-rom Alphabet, le film Le sniper ou les modules interactifs des sites réalisés avec Frédéric Durieu ou Nicolas Clauss. Aujourd'hui les lapins-robots font le tour du monde en se tenant par les oreilles.
Faire ce qui ne se fait pas, c'est jouer les trouble-fête et les provocateurs, c'est oser dire (écrire) ce que d'autres taisent de peur de représailles, c'est être avant tout fidèle à sa morale et la mettre en pratique, sacro-sainte dualité "théorie-pratique" héritée d'une époque où la jeunesse décidait de porter l'imagination au pouvoir. Faire ce qui ne se fait pas, c'est faire fi des conventions, des impossibilités, c'est sauter les obstacles, l'un après l'autre, pour prouver que si, c'est réalisable, avec du travail et de la persévérance, sans négliger l'amour ni l'humour. C'est ne pas craindre le ridicule.
J'ai toujours ressenti du soulagement lorsqu'un camarade, un collègue (jamais un concurrent), réalisait une idée que j'avais eue, ou pas. Ce qui est fait n'est plus à faire. Rien de perso dans l'avancée des idées. Bonne chose de faite, me dis-je en admirant le chef d'œuvre mis en forme par un autre créateur. Une tâche de moins sur la longue liste des utopies ! Passons à autre chose...
Alors, quoi faire ? Lorsque la suite ne vient pas, c'est que le problème est mal posé. La question du quoi n'est que la conclusion du pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pour changer le monde, pardi ! Mais comment s'y prendre, tout petit bonhomme ou petite bonne femme perdus dans son coin ? Une trilogie puisque le qui n'a jamais été de notre ressort : pourquoi, quoi, comment ? Mais d'abord pourquoi, la question fondatrice, celle qu'on a le tort d'oublier en devenant des professionnels. La motivation première, celle qui donne le goût, le goût de faire. Et peu importe la réponse, elle coule de source, elle ne nous appartient pas, elle est entre les mains du public, de nos lecteurs. Ensuite, le quoi et le comment ne sont que questions de méthode, tandis que pourquoi est LA question, celle qui fait toute la différence entre un faiseur et un créateur, entre un accident et une catastrophe.
Une catastrophe, à entendre dans son sens premier : un bouleversement, dernier et principal événement d'un poème ou d'une tragédie, le dénouement.

Image : manifestation à Johannesburg après l'assassinat de Chris Hani, photogramme de mon film Idir et Johnny Clegg a capella (1993).

lundi 27 avril 2020

Manuel de survie (2)


Je suis furieux. C'est à l'épreuve du feu que l'on apprend si certaines astuces fonctionnent. Or mon Manuel de survie ne délivre aucun conseil en cas de pandémie. On y trouve bien comment sortir de sables mouvants, comment échapper à un ours, un puma, un requin ou des abeilles tueuses, comment sauter d'une voiture en marche depuis une moto ou entrer dans un train en marche quand on se trouve sur le toit, il y a même que faire si une dame accouche dans un taxi, comment survivre si on est perdu dans le désert, que faire si mon parachute ne s'ouvre pas... Mais franchement à quoi cela peut-il servir en temps de confinement ?! J'entrevois pourtant comment forcer une porte, sauter du haut d'un immeuble dans un containeur puis soigner une fracture de la jambe. Là on se rapproche du réel et de la sortie de crise...
Je cherche aussi sur Internet où nous pourrons nous réfugier sur la planète pour échapper à la folie et la stupidité de l'espèce humaine, mais cette autre pandémie, bien plus virulente que le Covid-19, semble avoir gagné tous les continents. Je ne trouve pas un seul pays où me sentir en sécurité. Les anciens de Lehman Brothers ont infiltré les gouvernements, et quand ils n'y sont pas de sombres imitateurs servent les intérêts de banquiers sanguinaires ! Le confinement n'aura donc servi à rien. Il aura tué plus de monde que le virus et ouvert les portes à l'obéissance de groupe. Le test est positif. Nous sommes infectés, mais sommes-nous pour autant condamnés à vivre sous le joug d'une autorité absurde ? Aurais-je besoin d'un manuel de survie un peu plus conséquent ?

jeudi 16 avril 2020

Vivre enfermé ou mourir libre


Vivre libre ou mourir enfermé. Mon premier titre exprimait-il vraiment le contraire ? L'humeur et le caractère de chacun/e impliquent des tournures de pensée qui peuvent sembler étranges aux autres. On ne sait plus où donner de la tête. L'absurde de la situation critique nous déstabilise tous et toutes. Il y a quelque chose d'incompréhensible dans ce que nous vivons, trop d'incohérences. J'ai exprimé ces doutes. Les questions sont plus nombreuses que les réponses. C'est déjà ça !

Je vais probablement me faire haïr et insulter, parce que je pense sincèrement que le confinement tel qu'il nous est imposé est une aberration, dans le meilleur des cas. Mon avis n'est pas très important puisque je n'ai aucun pouvoir, ni même aucune compétence. Je ne suis ni président de la chose publique, ni médecin. Par contre, je ne cesse de m'interroger sur les tenants et aboutissants de la crise et surtout sur sa gestion, comparant les options choisies en France, en Corée du Sud, en Islande, en Suède ou en Allemagne, et cherchant la cohérence des chiffres qui en découlent. Pour tout dire, je suis plus inquiet de la vie qu'on nous prépare que de la mort qui nous guette inéluctablement.

Il n'y a que deux manières de se débarrasser d'un virus, l'attraper en groupe ou vacciner à tours de bras. Le vaccin ne serait pas prêt avant au moins un an, le temps que le Covid-19 s'incrémente d'une unité, rendant l'intervention caduque. Il faudrait qu'entre 60% à 80% de la population soit infectés pour que le virus s'épuise. Le confinement n'aura servi au mieux qu'à désengorger les hôpitaux, situation catastrophique due à la gestion criminelle du système de santé par les gouvernements successifs depuis une quinzaine d'années. En dehors de cela, nous ne faisons que reculer pour mieux sauter. Tout déconfinement mènera forcément à une recrudescence de la pandémie. Le 12 mai ou le 15 juin, peu importe ! À moins de repousser la sortie à la Saint-Glin-Glin, nous sommes condamnés à la même punition (rien de christique, je fais référence à la gestion pitoyable évoquée plus haut, suite au choix que nous avons fait de nos représentants). J'ignore si la seconde vague nous touchera en juillet ou en octobre, mais comment l'éviter ? On pourrait tester la population pour savoir qui fut infecté et peut s''occuper des autres, malades ou négatifs. On pourrait porter plus systématiquement des masques. Mais la loi biologique est incontournable. Par contre, analysons les conséquences de ce confinement à rallonges, pour ne pas dire sans fin.

On pouvait lire hier que l'Allemagne envisage de fermer ses salles de spectacles pour 18 mois. Quelles garanties avons-nous qu'elles rouvrent un jour ? Ici ou ailleurs, combien de temps faudra-t-il pour nous relever, si les forces de création, qu'elles soient artistiques, artisanales ou industrielles sont systématiquement assassinées au profit de seules celles considérées comme nécessaires ? On sait déjà qu'une quantité colossale de petites structures ne survivront pas à cette crise, alors que les grands groupes sauront toujours exploiter la situation, quitte à réajuster leur ligne de produits. Après chaque crise majeure, les grandes entreprises s'épanouissent merveilleusement dans la reconstruction. Déjà certains s'enrichissent grassement grâce à la panique boursière tandis que les petits porteurs qui s'affolent voient leurs économies fondre au soleil d'avril. Que dire de celles et ceux qui avaient tant de mal à boucler les fins de mois qu'ils se trouvèrent contraints d'endosser un gilet jaune ? Et les plus pauvres, quel sort cette société leur réserve ? Ma crainte ne concerne pas seulement le quotidien domestique (manger, se loger, se soigner...), mais le décervelage provoqué par la peur, l'ignorance et la détresse. La délation, l'interprétation abusive des décrets par la police, les discours bidons de Macron sont des indices. Pensez-vous réellement que le virtuel puisse remplacer le vécu ? Sommes-nous ces "animaux dénaturés" qu'évoquait l'écrivain Vercors pour ne plus connaître que nos écrans, sans campagne ni montagnes, sans mer ni rivières, sans vent ni mouvement, sans même square ni parc, sans contact avec nos voisins, sans plus aucun lien qui nous relie avec quoi que ce soit d'autre qu'un cercle familial restreint, absorbant chaque nouvelle ordonnance sans pouvoir nous rebeller.

Les vaccins deviendront-ils obligatoires ? Le traçage des citoyens par smartphone ou puçage est sérieusement envisagé. On a déjà accouché de lois muselant les lanceurs d'alertes. Tout était presque en place...

Le capitalisme était sur le point de s'écrouler selon les lois logiques de l'entropie, livré à de cyniques arrogants, nullement préoccupés des dizaines de milliers de morts par jour que génèrent la famine, la maladie, l'industrie de l'armement, l'exploitation des métaux lourds, la pollution, etc. La liste est trop longue. Le coronavirus est un amateur. Mais il endossera la responsabilité de la gestion inique de la vie sur Terre par quelques nantis, ultra-riches pensant naïvement échapper à la catastrophe en acquérant une résidence en Nouvelle-Zélande (puisque la colonisation d'une autre planète est pour l'instant compromise) avec construction d'un bunker à l'appui. Or ils ne contrôlent pas vraiment les bouleversements que cette "crise sanitaire" est en train d'opérer. Les conséquences sont plus importantes qu'elles peuvent nous paraître. Les choix politiques qui sont faits risquent de battre les cartes du monde comme au lendemain de la Second Guerre Mondiale. Pour y arriver, le confinement, fruit de la menace virale, nous prépare une vie que nous n'aurions jamais acceptée autrement.

Si le ciel est moins pollué, il manque l'essentiel pour sortir par le haut. L'humanité n'a pas que des défauts. Elle a aussi ses qualités. Or la solidarité et le partage ne peuvent se résumer à taper des mains tous les soirs à 20 heures ou arborer quelque insigne sur son écran. Il est impossible de faire confiance à la bande qui nous dirige. Si nous voulons tirer profit de l'épreuve, c'est ensemble. L'atomisation du confinement replie chacun chez soi, dans le chaos de son incompréhension. Déjà la délation s'épanouit et le communautarisme grandit. Nous nous confondons avec nos communications à distance, robotisés en l'absence du contact direct. En annihilant socialement notre corps, le confinement tue nos neurones. Il faut rétablir les synapses qui font si peur à ceux qui nous exploitent. Nous n'avons que le partage pour exister. Ensemble.

mardi 14 avril 2020

Dans le doute pourquoi s'abstenir ?


Mon choix de lever le pied des réseaux sociaux ne m'empêche pas de réfléchir. Je me connecte beaucoup moins dans la journée, privilégiant des échanges directs, quitte à respecter les distances de sécurité, histoire de ne pas inquiéter ma famille... Ces discussions sont souvent passionnantes, même si pour l'instant elles n'aboutissent nulle part...
Car nous nageons en pleine confusion. Nous sommes de plus en plus nombreux à exprimer des doutes sur la crise sanitaire, sur sa nature ou l'exploitation qui en est faite. Il y a quelque chose qui d'évidence cloche dans le bel équilibre sociétal qu'on prétendait nous vendre ou dans la gestion de la pandémie. Soit le Covid-19 est beaucoup plus dangereux qu'on nous le raconte, soit sa dangerosité est surestimée, mais à quelles fins ? Dans tous les cas, les mesures prises semblent inappropriées.
La presse nationale épouse largement les mouvements contradictoires de notre gouvernement dont l'incompétence égale l'ignominie. Valet des banques à la solde des ultra-riches, il casse les acquis sociaux en préservant les avantages fiscaux qui leur sont faits. D'un autre côté, la majorité de la population sent bien que la pénurie de tests ou de masques lui incombe, et l'on finit pas se demander sérieusement à quoi rime le confinement. N'est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Quel que soient ses modalités, le déconfinement refera automatiquement repartir la contagion. Il aura simplement servi à décongestionner les hôpitaux victimes d'une politique criminelle dénoncée toutes ces dernières années.
Or le virus ne s'épuisera que lorsque 60% à 80% de la population l'aura attrapé, un vaccin ne semblant pas être prêt avant plus d'un an. Et tant bien même, on a l'habitude avec la grippe saisonnière, ces petits organismes ont la fâcheuse tendance à muer. Le corona ne serait qu'un virus un peu plus méchant que d'habitude, ses symptômes étant très divers et variant selon les défenses immunitaires des individus. Des asymptomatiques aux cas mortels l'échelle est la même que pour n'importe quelle grippe. Rappelons que, sur les environ 5 000 espèces de virus connues, seules 129 sont pathogènes pour les humains. Souvenons-nous aussi que personne ne parla de la grippe de Hong Kong qui fit plus de 30 000 morts en France et environ un million dans le monde en 68-69. Constatons encore que le nombre de morts dû au coronavirus est tellement loin de celui des décès liés à la famine (25 000 par jour dans le monde) ou provoqués par d'autres pathologies et accidents. Si dans des articles précédents j'ai déjà évoqué additions et soustractions, il faut noter que nombreuses morts imputées au virus n'ont fait l'objet d'aucun test. Les statistiques correspondent aux sondages avant des élections, du marketing !
Quelles que soient les réponses à ces nombreuses questions, le confinement global semble une faillite des responsables au pouvoir, sauf dans de rares pays où seuls les plus fragiles et leurs proches ont été isolés, avec distribution de masques suffisante et tests idoines. La méthode est digne du Moyen-Âge. Que ce soit à des fins mercantiles et cyniques comme le Medef ou par inquiétude de privation de libertés comme peuvent le craindre les plus rebelles, de plus en plus de monde s'interroge sur l'opportunité du confinement global et l'allongement répété des délais. Le 11 mai est une date aussi bidon que les précédentes évidemment. La prochaine fois le guignol annoncera le 15 juin !
Si vous êtes d'humeur "conspirationniste" (n'y voyez aucun mépris, c'est ainsi que le pouvoir appelle ceux qui remettent en doute le discours officiel), vous adorerez la prestation vidéo de Jean-Jacques Crèvecoeur, dans son 33ème monologue qu'il nomme abusivement "conversation", intitulé se soumettre ou se mettre debout. Le vaccin obligatoire et le puçage de toute la population font bien partie des questions à l'ordre du jour. L'histoire de l'humanité s'est construite sur la violence et des génocides (pas seulement humains puisque les autres espèces y passent régulièrement, et de manière exponentielle) en s'appuyant toujours sur des manipulations de l'opinion et de fausses légitimités. Pour quelles raisons notre société prétendument démocratique échapperait-elle à cette loi ? Sommes-nous à l'abri du retour de la Bête ? Il est certain que nous sommes bien sages, obéissant gentiment à la police passée de la castagne aux contraventions, la peur fonctionnant magnifiquement. Je ne peux m'empêcher de penser à la France de Vichy où la plupart des gens faisaient simplement l'autruche, sans parler de la délation.
Si vous préférez les essais expérimentaux des médecins mosellans constatant l’efficacité d’un protocole à base d’azithromycine, vous vous intéresserez aux alternatives à l'industrie pharmaceutique, toujours aussi vénale. Comme celle du Professeur Raoult, un mandarin parmi les autres dont la communication médiatique n'est pas différente des confrères qui l'attaquent. Et alors ? Il reste incroyable que l'hydrochloroquine ait été inscrite sur la liste II des substances vénéneuses après avoir été utilisée contre le palud par des centaines de millions de personnes pendant 70 ans sous le nom de nivaquine et que le gouvernement l'ait ensuite conseillée pour les patients en phase terminale alors qu'elle ne serait efficace que dans les premiers jours de l'infection... Vous avez entendu son coût par rapport à celui du protocole avancé par les laboratoires pharmaceutiques, quelques euros contre 400 ! Si vous voulez flipper à propos de l'origine du virus, sachant que le pangolin a été mis hors de cause, vous pourrez imaginer une guerre bactériologique (Chine ou USA ?) ou l'accident de laboratoire (celui du Wuhan est classé 4e du monde en virologie)... On a vraiment l'embarras du choix ! À défaut d'être vraisemblables, tous les scénarios dystopiques ont déjà été traités par les auteurs de science-fiction et les pires exactions ont été expérimentées au cours de l'Histoire. Rien de rassurant !
Plus certainement, on aura assassiné quantité de PME, de petits commerces, fragilisé les artistes et les artisans au profit des multinationales et de la grande distribution, réduit le salaire des plus pauvres et engraissé comme d'habitude les plus riches. Les pertes des uns fait toujours le bonheur de quelques autres. L'économie repartira de plus belle sans redistribution des cartes. Le gentil capital pourra justifier son échec en faisant porter le chapeau au méchant virus.
Certain/e/s ne manqueront pas de me demander quelle est mon intime conviction. Je n'ai aucune réponse. Je ne suis pas devin. Les informations que je reçois sont souvent contradictoires (sic). Comme nombreux d'entre nous. Nous vivons en pleine confusion et les décisions des politiques ne font qu'amplifier notre désarroi. Il me semble simplement absurde de ne pas nous interroger. Il est indispensable de rester en veille, en tentant de décrypter les discours alarmistes ou rassurants de ceux qui nous gouvernent et de leurs maîtres. Ces incompétents nous prennent sans nul doute pour des imbéciles. Préparons-nous au pire en espérant de bonnes surprises.
La vie est ainsi faite de cette alternance de bonnes et mauvaises nouvelles. Tout est construit sur des cycles. On peut jouer sur les amplitudes, mais les fréquences sont hélas incertaines...

lundi 13 avril 2020

Gavé


J'ai fait une overdose de réseaux sociaux. On a certes envie de s'informer mieux qu'en écoutant la voix de son maître, mais la polarisation presqu'exclusive sur la crise finit par m'étouffer. Je suis gavé d'informations contradictoires, de concerts solo en appartement, de journaux de la crise, de chaînes à partager, de listes insignifiantes, de mails, sms, etc. qui, au lieu de m'envoyer ailleurs pour voir si j'y suis, m'enferment entre quatre murs, ou plus exactement face à une surface myope. Même cet article y participe, contre mon gré !
J'ai donc décidé de lever le pied, ignorant encore comment. Vais-je continuer à bloguer quotidiennement ou devrai-je m'éloigner de l'écran comme j'avais décidé de le faire si notre voyage au Japon n'avait pas été annulé ? Privilégier la lecture (je suis plongé dans l'auto-biographie de Keith Richards, extrêmement bien écrite et palpitante, comme me l'avait conseillée Jean Rochard), les prises d'air (il est indispensable de faire un peu de gymnastique et de marche à pied), les apéros-vidéos (fenêtres sur l'extérieur étonnamment oxygénantes, et non occis-gênantes comme le reste de ce qui défile sur mon écran), les coups de fil aux copains (à condition de ne pas parler que du coronavirus), la musique (en écouter, en faire pour moi, histoire de fourbir mes armes, mais j'ai du mal), écrire (Marc Jacquin me demande un texte sur la voix pour Les mangeurs de sons), faire la sieste (j'ai probablement du sommeil en retard), échanger avec mes gentils voisins de trottoir à trottoir, travailler au projet de film avec Sonia et Nicolas (à partir de mon prochain CD dont la sortie a été momentanément reportée), m'occuper de l'intendance de la maison (prochaine étape, passer le Kärcher dans la cour) et du jardin (je crois savoir que les pépiniéristes sont ouverts, mais je n'ai pas le courage d'y aller), regarder les films que je n'ai pas eu le temps de regarder ou ceux que j'aimerais revoir, vivre sans attendre des jours meilleurs (ne pas se précipiter au déconfinement qui risque d'être dangereux, car notre absurde enfermement ne fait que repousser le problème)... Je ne prétends pas me passer d'Internet, mais je me connecterai beaucoup moins souvent et jouerai à saute-moutons en prenant une saine distance. Ami/e/s, si je vous manque, appelez-moi. Ne m'en voulez pas si je ne réponds pas, si je ne "like pas", si je ne commente pas. J'ai besoin de focaliser loin... Et je vous conseille d'en faire autant... Surtout si ça dure...

jeudi 9 avril 2020

S'en sortir sans sortir


Le confinement m'avait déjà permis de classer mes archives presse bousculées par deux déménagements successifs. Cela faisait vingt ans que je me défilais. Voilà bien aussi longtemps que j'annonce devoir ranger le secteur bricolage de la cave. En triant vis, clous, boulons, écrous, crochets, poulies, câbles, ficelles, colles, adhésifs, matériel de plomberie, d'électricité et de peinture, outils en tous genres, sans parler de choses dont j'ignore le nom et dont j'entrevois à peine l'utilisation, je pensais aux inégalités de chacun devant le virus et l'éventuel déconfinement.
Je ne vais pas évoquer les différences fondamentales entre riches et pauvres, avec toutes les nuances que ce concept implique, mais on ne sait surtout pas jusqu'à quand nous serons cloîtrés. Le gouvernement, qui sait très bien à quoi s'en tenir malgré son incompétence notoire, rajoute quinze jours toutes les deux semaines. Or, si l'on en croit certaines administrations, la date du 15 juin semble de plus en plus probable. Nous en serions aujourd'hui à trois semaines sur treize, soit le quart ! Comment les autorités pensent-elles s'y prendre ? Si le critère est l'âge du capitaine, je crains d'être libéré avant Noël, au plus tôt en septembre ! En haut lieu on parle d'opérer plutôt par régions. Si on testait la population, on pourrait classer les positifs qui ont été infectés ou ont résisté, et les autres qui restent menacés. En l'absence de vaccin, on sait bien que le confinement risque seulement de repousser le problème. Les premiers, autorisés à sortir puisqu'ils ne sont plus contagieux, aideraient ainsi celles et ceux qui restent prisonniers. Ils porteraient par exemple une casquette rouge, au risque de créer un marché noir de casquettes rouges.
Les Français n'ont jamais supporté la discipline. Cela a certains avantages. En évoquant le fascisme, Jean Cocteau disait que notre pays est "une cuve qui bout, qui bout, mais qui ne déborde pas". Il suffit qu'on interdise quoi que ce soit pour que nos concitoyens s'évertuent à désobéir. La triche y a toujours été un marqueur de la liberté, concept national à peine moins galvaudé que l'égalité et la fraternité. Le problème, c'est que le classement devra tenir compte des morts, ceux dont les poumons auront cédé, celles qui auront succombé sous les coups de leur conjoint, les vieux des Ehpad, les malades qui auront préféré rester chez eux plutôt que rejoindre la salle d'attente de leur médecin, ceux que le personnel hospitalier surchargé n'aura pu sauver faute de moyens, etc. Pour que le compte soit juste, il faudra retrancher ceux que la baisse de pollution aura miraculeusement épargnés (il y a tout de même 48 000 victimes chaque année en France), la diminution d'accidents de la route, ceux qui n'auront pas été tentés de faire les kakous... D'un autre côté il faudra noter la recrudescence d'accidents domestiques...
Ces temps-ci je me refuse à suivre les chiffres. Les statistiques sont de l'ordre du marketing. Les pourcentages avancés quotidiennement me mettent autant en colère que les sondages à la veille des élections, manipulations de masse, qu'elles soient anxiogènes ou rassurantes. Cela ne change rien à l'affaire. La prudence est de mise. Alors je reste à la maison et je m'occupe. Au lieu de classer la population selon des critères plus ou moins vaseux, je sépare consciencieusement les clous des vis. Toute avancée en période de confinement sera récompensée à terme !
Et puis heureusement il y a les voisins. Mardi, j'ai dû faire face à une inondation à la cave justement. En l'absence du camarade plombier probablement coincé au Sénégal, Eric m'a prêté son ruban multi-fonctions auto-amalgamant de 25mm de large. J'écris son nom, GEB, pour penser à en acheter lorsque j'aurai le droit de rejoindre le magasin qui en vend. C'est génial, ce truc, rien à voir avec l'étroit ruban blanc qui se tortille ou casse quand on l'étire. Ce n'était pourtant pas commode à enrouler si près du mur. Chaque fois que je réussis à m'en sortir seul, j'ai l'impression de vivre une victoire sur la nature. J'espère ainsi impressionner le virus pour qu'il ne s'aventure pas par ici...

vendredi 3 avril 2020

Aller voir ailleurs si j'y suis


Les informations sont contradictoires. Paniques anxiogènes ou dangereux je-m'en-foutisme, intérêt des États ou solidarité internationale, précautions qui ne mange pas de pain ou abus policiers... Spécialistes et néophytes jouent avec les chiffres sans que personne ne sache vraiment quel sera le bilan final. Comparée aux autres causes de mort (de la guerre à la famine en passant par la pollution, le cancer, les maladies cardio-vasculaires, etc.), le coronavirus n'est (encore) qu'une vulgaire épidémie. S'intéresser aux Ehpad fait froid dans le dos, comme écouter les urgentistes débordés condamnés à choisir de sauver un jeune de 30 ans ou un vieux de 70 ans. Penser à celles et ceux qui sont entassés nombreux au mètre carré renvoie à l'inégalité des milieux sociaux. Suicides et violence conjugale risquent d'alourdir la facture du confinement. Ne pas oublier les SDF sortis de mon champ de vision, les camps de Roms déboussolés et affamés, les prisons... Nous plaindre ici de notre sort serait vraiment indécent. Croiser des types seuls au volant mais masqués souligne l'absurdité de la situation. Par contre, le pouvoir ultra-libéral en profite pour accélérer la casse sociale, et là il y aura de quoi nous mettre en colère et nous révolter. L'incompétence, l'arrogance et la brutalité de notre gouvernement laissent espérer que cette bande sera traduite en justice quand les jours heureux reviendront...


Alors il y a des jours où je préfère partir en voyage, de chez moi à chez moi, pas trop le choix ! Il suffit qu'un camarade me conseille un film ou un disque. Si j'accroche, je tire doucement sur le fil et la bobine déroule une guirlande de petits trésors qui m'étaient passés inaperçus. Je suis ainsi tombé sur Travelogue de Joni Mitchell. En 2000 j'avais acheté son album de standards jazz, Both Sides Now avec en invités Wayne Shorter, Herbie Hancock et Mark Isham, mais ce double qui date de deux ans plus tard m'avait complètement échappé. Toujours produit par Larry Klein et orchestré par Vince Mendoza, il dessine le parcours de la chanteuse cette fois au travers de ses propres compositions. En plus de Hancock et Shorter on trouve Kenny Wheeler et Billy Preston, mais c'est surtout l'orchestre qui m'intéresse. Rien à voir avec le sirop de cordes de Ray Ellis, qui n'est Sy Oliver ni Quincy Jones, accompagnant Billie Holiday sur Lady in Satin. Autres mœurs, autre époque, les arrangements de Vince Mendoza sonnent parfois comme de la musique de film, avec une variété de timbres servant les émotions de chaque chanson, utilisant bois, cuivres, cordes, mais aussi de manière très intéressante la caisse claire et les percussions. Sa modernité, très influencée par Leonard Bernstein, lui permettra ensuite de travailler avec Björk, Randy Brecker, Jo Zawinul, Elvis Costello, Melody Gardot, Al Jarreau, Gregory Porter... Le climat unique, lyrique et dramatique, tient beaucoup à Joni Mitchell qui n'essaie jamais de singer les chanteuses noires américaines, mais garde son côté folk ou pop, comme on voudra l'appeler, sans que cela l'empêche de swinguer. La version de Woodstock est sublime. L'artiste canadienne démontre que les frontières de style n'existent pas. Blues, jazz, folk, rock, soul, free, électro sont les branches d'un même arbre dont les racines remontent certainement à l'Afrique, mais dont le terreau est constitué de la décomposition de quantité de végétaux, parfois même importés d'Europe.

jeudi 26 mars 2020

Les assurances rapaces surfent sur le virus


Surprise hier matin de recevoir un coup de téléphone de Provitalia pour me proposer un contrat complémentaire à ma mutuelle, la Smacem. L'assureur, déjà condamné l'an passé pour non respect de ses obligations d’information envers ses clients, m'explique qu'il travaille avec toutes les mutuelles de France, mais comme j'insiste pour savoir comment il a mes coordonnées il me raccroche au nez.
M'être inscrit sur BlocTel ne m'évite pas de recevoir plusieurs coups de téléphone par jour de télédémarcheurs outrepassant leurs droits. Depuis le début du confinement, ces intrusions téléphoniques avaient totalement cessé, mais les rapaces se sont ressaisis, surfant sur la vague de la peur d'une éventuelle hospitalisation. Nous avons des tas de manières d'envoyer paître ces insupportables coups de téléphone, raccrocher, les faire attendre dans le silence, menacer de l'amende de 15000€, les tourner en dérision, compatir avec les employés, argumenter, etc. J'ai récemment choisi de leur demander chaque fois comment ils avaient mon numéro. La fois précédente, j'ai été surpris d'apprendre que leur source était les notaires de France ! Il n'y a pas de petit profit. Notre gouvernement, le premier, fait passer des lois dégueulasses pour supprimer les 35 heures ou faire prendre ses congés payés sur le temps de confinement, et ce n'est qu'un début avec ce que lui permet l'état d'urgence sanitaire. Le virus a bon goût, les rapaces n'en ratent pas une miette.

Illustration : petit musée d'un collège de Victoria, Transylvanie, Roumanie

mardi 24 mars 2020

Logorrhée virale


Comment échapper à la logorrhée virale qui nous secoue dans le roller coaster des informations sociales ? On y lit tout et son contraire, choisissant de croire celles qui répondent le mieux à notre névrose ou correspondent à nos opinions politiques. On se fait aussitôt insulté si l'on émet un doute sur les consignes officielles comme du temps de Je suis Charlie. S'interroger tient automatiquement de l'inconscience et de l'incivisme. Les médias aux ordres montent les Français les uns contre les autres. Ici ce sont les Parisiens qui apportent la peste sur les plages, là ce sont les campagnes qui se pensent en dehors du coup, quand ce ne sont pas les Chinois ou les jeunes des cités. Le pouvoir interdit globalement au lieu de sérier précisément les risques. Or les Français ont toujours été rétifs à l'ordre imposé sans comprendre. Dans certaines périodes de l'Histoire cette indiscipline sauva le pays des pires dérives. Nos concitoyens ne sont pas des enfants, du moins ils ne se pensent pas tels. La manière de s'adresser à la population est contagieuse. Si les responsables au plus haut niveau de l'État ont des pratiques imbéciles, elles s'attrapent.
Faut-il confiner ou dépister systématiquement ? Porter des masques ou rester chez soi ? Utiliser dès maintenant la chloroquine ou attendre les longs protocoles habituels imposés par l'Ordre des Médecins ? D'un pays à l'autre, les gouvernements font des choix plus ou moins judicieux. Il est certain qu'il serait plus malin d'analyser les méthodes et les résultats en Chine, à Hong Kong, en Corée du Sud, mais aussi en Italie, en Suisse, en Allemagne, etc. au lieu de s'enferrer dans un confinement dit total, car cette totalité est de toute manière inapplicable en France, en en profitant pour déclarer l'état d'urgence sanitaire autorisant tous les abus politiques et économiques. Supprimer les libertés individuelles n'a heureusement jamais été efficace dans notre pays, particulièrement en temps de véritable guerre. Ainsi je voudrais qu'on m'explique en quoi l'exercice solitaire du jogging met-il en danger qui que ce soit ? Ou encore pourquoi fermer les marchés couverts et laisser ouverts les super et les hyper ! Au marché des Lilas par exemple, la police avait astucieusement installé des chicanes, les consommateurs restant à bonne distance les uns des autres et rejoignant les commerçants au compte-goutte tant et si bien qu'il n'y avait pas un chat à l'intérieur. Le maraîcher qui nous livre chaque semaine les légumes qu'il fait pousser sans aucun engrais, même biologique, pourra-t-il franchir les barrages ? Sa camionnette remplie de cageots et nos contrats devraient convaincre de le laisser passer. Les mesures idiotes favorisent les grands groupes au détriment des petits producteurs, or plus que jamais ces circuits courts montrent leur efficacité en cas de crise. De même les arrêtés sur les congés payés que les entreprises peuvent décompter honteusement sur les jours de confinement vont encore profiter aux plus gros. Celles qui vont morfler sont surtout les PME. À moins que les actionnaires des grands groupes et les salariés fortunés qui les dirigent crachent au bassinet, dans un surprenant élan de solidarité. Mais rappelez-vous que les banques, que nous avons renflouées avec nos impôts en 2008, n'ont jamais rendu l'argent après s'être refait une santé...
À l'Amap de Bagnolet, par exemple, tous les paniers sont prêts à emporter, les distances de sécurité sont matérialisées, personne ne touche rien d'autre que son panier, on répartit par tranche horaire en fonction de l'ordre alphabétique du nom de famille, il n'y a aucun échange d'argent puisque tout est payé en amont dans ce système d'économie solidaire... Quel supermarché offre les mêmes précautions ? Les amis qui sont partis se confiner chez leurs parents à la campagne sortent avec les enfants dans la forêt totalement déserte, empruntant les petits chemins pour ne pas rencontrer de gendarmes. Quelle critique leur opposer ? Prendre le soleil renforce les défenses immunitaires, contrairement au stress qui les affaiblit. Vaut-il mieux vivre à la cave si l'on ne s'approche de personne et ne touche à rien ? Seul le bon sens nous sortira des ornières de la psychose générée par le virus et entretenue par les autorités.