Jean-Jacques Birgé

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jeudi 6 septembre 2018

Michel Houellebecq, Rétablissement des faits à l'appui


Dans Le Nouveau Magazine Littéraire qui rassemble un dossier Chanson dans son numéro de septembre, Gonzague Dupleix évoque les incartades musicales de Michel Houellebecq dont évidemment celles de notre collaboration depuis 1996 jusqu'à son exposition au Palais de Tokyo dix ans plus tard où je m'étais occupé du juke-box dans une salle transformée en bar pour fumeurs. L'an passé, j'avais également participé à son Cahier de l'Herne que l'on peut considérer comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites. Suite à cet article je préfère rétablir l'ordre des évènements et préciser les faits preuves à l'appui pour ne pas que la légende prime sur la réalité.
Pour commencer, rétablissons la chronologie. La soirée du Café de Flore où je le conduis pour qu'il reçoive son Prix a précédé (et non l'inverse) le concert de la Fondation Cartier où nous jouions en première partie de Patti Smith. Nous avons enregistré deux CD, le premier en public au Théâtre du Rond-Point dans le cadre des Poétiques de Radio France, le second sur GRRR, mon propre label, à la demande de Michel. Le Prix de Flore se tient au moment du premier, le concert fêtant le Xe anniversaire des Inrocks plusieurs mois plus tard, le lendemain de l'enregistrement d'Établissement d'un ciel d'alternance qui faisait office pour nous de répétition, seuls dans le studio. Si la musique du premier, Le sens du combat, était instantanée avec la participation de la soprano Martine Viard, le second en duo est totalement écrit. On se reportera à mes articles (liens ci-dessus) pour plus de précisions !
Je suis surpris de constater que le seul CD conseillé à l'écoute dans l'article du Magazine Littéraire est Présence humaine, fruit de la collaboration de Houellebecq avec Bertrand Burgalat que le poète n'affectait pas vraiment, à tel point qu'il décida de l'exclure de son exposition pour ne proposer que celles avec Iggy Pop, Jean-Louis Aubert et la nôtre. Gonzague Dupleix rappelle les mots de Houellebecq dans le texte manuscrit qui figure dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.» Et le journaliste de conclure en enfonçant le clou : « Mais là on s'aventure bien au delà des bouées. Car combien de travaux jugés inaboutis ont été portés aux nues pour combien de chefs d'œuvre foulés aux pieds ? Michel Houellebecq est vaniteux, il aime qu'on l'applaudisse, il l'a de nombreuses fois dit. Qu'il soit donc tenu responsable d'un album culte.» Malgré cela, le disque signalé à écouter par le responsable de l'iconographie est une fois de plus celui de Burgalat, contredisant les propos de l'un et de l'autre ! Je n'ai évidemment pas la force de frappe du service de communication de son label Tricatel...
J'ai dit, écrit et répété que quoi que vous pensiez de l'écrivain, de ses propos publics, de ses romans, il faut absolument écouter la remarquable interprétation qu'il fit de ses poèmes dans Établissement d'un ciel d'alternance. Parlons-en ensuite, et de la musique qui l'accompagne, au lieu de ressasser les mêmes lieux communs qui n'ont rien à voir avec cette œuvre, que ce soit sur sa carrière discographique ou sur le sens du combat. Précisons enfin qu'à aucun moment il ne s'est agi dans notre cas heureusement de chansons, mais d'une récitation que nous rapprochâmes plutôt du slam. C'est un travail auquel je tiens beaucoup et qui fait suite aux nombreuses lectures et spectacles où j'ai marié littérature et musique...

vendredi 8 juin 2018

Storytelling


Storytelling est ma contribution au numéro 14 de La Revue du Cube dont le thème est cette fois Récit(s). L'édito de Nils Aziosmanoff a également suscité les réponses d'Anne-Sophie Novel, Étienne-Armand Amato, Franck Ancel, Isabelle Andreani, Philippe Boisnard, Emmanuel Ferrand, Nathalie Frascaria-Lacoste, Sylvie Gendreau, Étienne Krieger, Hervé Pérard, Franck Renaud, Zona Zaric, Marie-Anne Mariot, Atau Tanaka, Anne Rumin et les (presque) fictions de Norbert Czarny, Karen Guillorel, Technoprog, Janique Laudouar, Yann Leroux, Jacques Lombard, Yann Minh, Olivia Verger-Lisicki, plus les entretiens avec Dominique Bourg, Lorenzo Soccavo et Mathieu Baudin. J'aime illustrer mes articles, autant que possible de manière dialectique, or ma photo a pour une fois malencontreusement disparu de la publication de la Revue.

Storytelling

Pour comprendre le monde où je vis et qui ne s’est jamais accordé à mes rêves il m’a toujours semblé devoir changer d’angle. J’aurais pu monter sur la table comme le jeune héros du Cercle des poètes disparus, mais j’ai souvent préféré évoquer la Terre vue de la Lune. Nous regarder vivre et mourir n’est pas différent du travail de l’entomologiste. Que représentons-nous face à la taille de l’univers et de sa durée ? Sur les cimes pyrénéennes je peux rester des heures dans le noir absolu, allongé sous une couverture, à admirer la voûte étoilée en attendant les filantes qui se consument en rentrant dans l’atmosphère. C’est à ce moment seulement que les interrogations métaphysiques m’envahissent et que j’interroge la vanité des hommes à vouloir aller toujours plus vite. Plus vite vers où, vers quoi ? Vers la mort, pardi ! L’entropie est inévitable.
Pour comprendre le monde j’ai longtemps revendiqué de lire des mensuels comme Le Monde Diplomatique plutôt que les quotidiens, et, avant cela, regarder des magazines plutôt que les actualités de 20 heures. Il me semblait nécessaire de prendre le recul par rapport à l’information immédiate qui ne prend pas le temps de vérifier ses sources ou d’analyser l’origine du mal. Je rejetais l’actualité au profit de l’Histoire, pensant éviter ainsi le storytelling dont les pouvoirs se nourrissent, pouvoir de ceux qui nous gouvernent avec l’information comme auxiliaire sur le terrain. Ma naïveté fut balayée par la lecture de Crépuscule de l’Histoire de Shlomo Sand. De tous temps l’information avait été aux mains des puissants et nous n’avions appris en classe que l’histoire de la classe dirigeante au détriment de celle du peuple dont nous ignorons absolument tout. La réalité avait été bidonnée par les prêtres, par ceux qui savaient lire et écrire, et nous ne connaissions de nos aïeux que les lignées royales, les champs de bataille ou ce qu’ils avaient bien voulu nous transmettre. La manipulation de l’opinion est un sport national depuis la nuit des temps, puisque dans chaque pays elle obéit aux intérêts de la nation, à savoir de ceux qui la dirigent. Il n’y a qu’à voir comment est perçu un personnage comme Napoléon selon qu’on est français, anglais ou allemand.
Pour comprendre le monde je n’avais donc d’autre choix que d’écouter le roman national de chacun. La question syrienne, par exemple, ne peut s’appréhender qu’en écoutant les informations françaises qui sont toutes aux mains de banquiers et de marchands d’armes, mais aussi RT (Russian Today), la qatarienne Al Jazeera, l’iranienne IRIB ou Fox News, qui ne sont que les équivalents de ce que l’on nous sert ici à la messe de 20 heures. L’information est devenue une religion à laquelle il faut croire sans réserve. Émettre le moindre doute vous fait passer pour un complotiste, nouvelle forme de l’hérésie. Tant d’exemples marquent l’Histoire, à commencer par les dogmes religieux. Une vierge aurait accouché d’un enfant, etc.
Pour comprendre le monde, plus les sources sont nombreuses, plus on a de chances de se faire soi-même son opinion. Or pour être capable de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie il faut une certaine culture. Cela s’apprend, ou plutôt, cela peut s’apprendre. Le matérialisme historique est une méthode d’analyse intéressante. D’autres préféreront l’adage « à qui profite le crime ? ». Aujourd’hui le gouvernement veut légiférer sur les fake news alors qu’il en est le principal ordonnateur. Les lanceurs d’alerte sont sur la sellette. Il n’y a pas plus de fake news sur les réseaux sociaux que dans les grands organes d’information contrôlés.
Lorsque l’on est correctement connecté au World Wide Web, en choisissant bien ses sources, donc aussi en les multipliant, on apprend souvent ce qui se passe au bout du monde ou près de chez soi avant que les professionnels vous en informent. Avant que la récupération s’exerce, nous la prenons de vitesse. Si je me réfère à ce que je racontais plus haut, cette vitesse est bien relative, mais elle permet au moins d’échanger avant les filtres étatiques qu’imposent les profiteurs du système. Ceux-là ne manquent pas d’exploiter à leur tour ce que nous émettons, mais la profusion les empêche heureusement d’être véritablement efficaces. Il en découle un paradoxe, car c’est en nous unissant d’un commun accord que nous pourrons renverser ce monde inique et cynique que je ne comprends toujours pas.

mercredi 16 mai 2018

J'ai été juif


J'ai été juif... enfant. Ce fut ma culture à défaut d'être ma religion. Mon grand-père avait été gazé à Auschwitz. Mon père avait sauté du train qui l'emmenait vers les camps de la mort. La famille de ma mère s'était cachée en Auvergne. Depuis le XIXe siècle nous étions français, et plus tôt allemands, avant d'être juifs, et laïcs évidemment. J'avais 5 ans lorsque j'appris ce que tout cela signifiait. Nous n'avions jamais été du côté du manche et nous étions encore là par la seule force de notre intelligence. C'était déjà du story-telling. Mes parents m'ont raconté que les kibboutz étaient une expérience collectiviste épatante et que les Israéliens avaient transformé un désert en jardin. C'était avant 1967 ; lors de la guerre des six jours le mythe s'est écroulé. Nous avions une armée comme les autres, capable des pires exactions. J'ai compris que les kibboutz n'étaient qu'une forme de colonialisme permettant de spolier les Palestiniens de leurs terres. Plus tard, avec l'extraordinaire film du cinéaste israélien Eyal Sivan, La mécanique de l'orange, j'ai découvert que les arbres fruitiers avaient été sciemment arrachés, que les oranges de Jaffa avaient été transformées en trademark et la ville de Jaffa rayée de la carte pour faire place à sa sœur Tel-Aviv ; grâce à ces documents d'archives inédits, longtemps interdits, j'ai vu les Palestiniens jetés à la mer. Cela ne s'invente pas, on accuse l'ennemi des crimes que l'on commet, c'est un classique, un classique de la paranoïa ("tuons les tous avant qu'ils nous tuent !). Mon orgueil s'est transformé en honte.
Le nouveau massacre de Palestiniens à Gaza m'a totalement déprimé. Je n'arrivais plus à travailler ou à penser à autre chose, alors j'ai choisi de rabâcher ce que je ne cesse de clamer depuis des années, une colère que de plus en plus de camarades partagent. L'État colonialiste d'Israël finira par se perdre à tant d'arrogance criminelle. Mais d'ici là combien de morts seront sacrifiés sur l'autel du profit, par la folie des hommes ? Comment peut-on être aussi vil et stupide à la fois ? Le sionisme n'a engendré que le sang et les larmes. Sans le soutien de la diaspora, cette politique de l'escalade de l'horreur serait impossible. Ce sont les mêmes qui ont porté Trump ou Macron au pouvoir qui autorisent cette situation inique, et ceux qui ne les y ont pas portés directement sont aussi complices, par leur mollesse et leur démission. La culpabilité du monde face au génocide des Juifs pendant la seconde guerre mondiale l'empêche de réagir.
L'équilibre sur lequel sont bâties nos géopolitiques est des plus précaires. C'est à s'interroger si le nazisme n'est pas le vainqueur ? C'est partout le règne de la force sous les apparences d'une démocratie qui n'en a que le nom. La guerre fait rage, avec les armes que nous fabriquons, à coups de famines et de déportations massives de populations. Les migrants sont chassés, parqués, assassinés. La lutte des classes est étouffée. Lorsque j'étais jeune homme nous manifestions contre la guerre du Vietnam. Aujourd'hui les réactions sont bien timides. Pensez-vous vraiment échapper à la catastrophe en vous cloîtrant chez vous ? Le Capital n'a que faire de la piétaille que nous représentons. Le racisme tous azimuts qui se développe ici et là n'est qu'une arme parmi les autres pour justifier les conquêtes et asservir les peuples. Toutes les guerres sont économiques, les guerres d'indépendance comme les autres.
Alors que faire ? Refuser la banalisation de l'horreur. Exiger le désarmement de nos usines de mort. Nous débarrasser des mafias économiques qui nous gouvernent. Réinventer la vie en montrant qu'une alternative est possible. C'est évidemment ces alternatives que le gouvernement macroniste veut empêcher à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Asphyxier économiquement les pays assassins. Tenter de convaincre nos camarades que ce n'est pas en rayant des peuples de la carte que l'on fait avancer la civilisation, mais en se débarrassant des maîtres qui nous font croire qu'ils sont indispensables alors que ce n'est qu'une poignée d'ambitieux prêts à tout pour ne pas partager les richesses de notre planète, bien fragile par les temps qui courent.
Comme je l'ai hurlé à Sarajevo pendant le Siège, j'ai été juif comme je suis nègre, femme, homosexuel ou qui que ce soit d'opprimé par la folie des hommes. Ces pensées ne me quittent jamais. Ce sont probablement elles qui à la Tate Gallery m'ont poussé à photographier la Mort de Turner sur son cheval emballé... Que faudra-t-il pour qu'il se cabre et rentre brouter l'herbe, la paix retrouvée ?

mercredi 9 mai 2018

La ZAD Diderot en colère


La colère des riverains de la Dhuys ne faiblit pas devant l'absurde abattage des cerisiers du Japon de la rue Diderot. Sans concertation ni avertissement, la Mairie de Bagnolet a ordonné le carnage sous prétexte d'élagage. Au petit matin nous étions nombreux mobilisés pour dénoncer la politique municipale catastrophique. On nous répète qu'il n'y a pas d'argent dans la caisse de la ville, mais il y en a pour défigurer une rue en période de montée de sève et de nidification. Si les oiseaux ont subitement disparu depuis la coupe, les Bagnoletais sont sortis de chez eux. La quasi totalité de la rue et très nombreux du quartier ont signé la pétition s'élevant contre ces pratiques antidémocratiques et destructives. "Chaque arbre abattu en ville est un recul irrémédiable de la nature. Pourtant un arbre n'apporte pas seulement de l'oxygène tout en captant le CO2. Il réduit sensiblement la température lors de chaudes journées comme celle d'hier. Il est un abri pour les oiseaux et est indéniablement beaucoup plus design qu'un panneau publicitaire." écrit Jérémi Michaux...


Des représentants de la France Insoumise, du PCF, des Verts sont venus apporter leur soutien aux riverains catastrophés que la Mairie ait défiguré une des plus belles rues du quartier. Trois arbres ont été sauvés pour l'instant, mais la Mairie compte les faire sauter pour des raisons qui restent obscures. Nicole Geniez, Directrice de l'Environnement, du développement durable, de la Propreté et de la Nature Urbaine de Bagnolet, revendique son statut de paysagiste en prétendant que les arbres à 40 ans étaient arrivés en fin de vie, or un cerisier du Japon vit entre 50 et 100 ans (et ceux-ci ont été plantés il y a moins de 30 ans) ! Nous avons récupéré des souches prouvant que les arbres coupés étaient en parfaite santé. Un peu plus loin dans la rue, les mêmes cerisiers sont resplendissants, mais c'est aux Lilas ! Alors ?


À son tour, le député Alexis Corbière s'est joint à la délégation en Mairie où aucun élu n'a pu nous recevoir. Nous n'avons plus aucune confiance dans cette équipe municipale qui ne tient pas ses promesses d'aménagement du quartier et raconte n'importe quoi avec la plus grande arrogance. Pourtant, nous exigeons que des arbres soient replantés à l'automne, et pas des arbustes ridicules dont l'espèce est faite pour rester rachitique ! Comme gage de bonne volonté nous exigeons que le désouchage soit réalisé dans les plus brefs délais, et ce n'est pas une mince affaire vu la taille des cerisiers assassinés. Nous demandons à ce que les habitants du quartier participent aux choix qui seront faits et soient tenus au courant de l'avancée des travaux. Rien ne sert de faire des réunions de quartier, si aucun engagement n'est tenu, et si les décisions se font en douce sans y avoir été évoquées.


Le plus grave, c'est que la S.A.M.U.sa (qui cyniquement signifie Soins des Arbres en Milieu Urbain), société versaillaise sans foi ni loi qui avait emporté le marché d'entretien des arbres de Bagnolet s'attaquait hier 8 mai, jour de congé, aux magnolias de la rue Sadi-Carnot. Il est important que les habitants des autres quartiers ne se laissent pas faire. Si nous sommes en colère, c'est aussi à cause de la manière dont son responsable a outrepassé ses droits, ne nous produisant aucun ordre d'abattage, menaçant de faire tomber l'arbre dans lequel était perchée Eva Labuc pour empêcher la coupe des derniers rescapés et agissant avec précipitation autour des voitures pour éviter que nous nous interposions face aux tronçonneuses.

mardi 8 mai 2018

Attentat criminel à Bagnolet


La Mairie de Bagnolet a fait abattre tous les arbres de la rue Diderot sans consultation des riverains et sans raisons, en annonçant sournoisement un élagage. Les cerisiers du Japon trentenaires donnaient à cette rue une poésie rare dans une ville sinistrée par la vente systématique de son foncier au profit de constructions immobilières incessantes alors que les infrastructures comme écoles ou parkings sont déjà saturées. J'ai vu des habitants en larmes de retrouver leur rue scalpée alors que les arbres étaient parfaitement sains. Peut-être la Mairie compte-t-elle ainsi faire des économies d'entretien ? Il est vrai que le tapis de fleurs roses qui la semaine dernière recouvrait la chaussée demande à être balayée une fois les pétales fanés !
La quasi totalité du quartier signe une pétition s'insurgeant contre cette décision stupide et la méthode employée pour l'imposer en faisant fi de toute démocratie locale. Dans un premier temps Madame Pesci, Maire adjointe à l'environnement, au développement durable, aux espaces verts, à l'Agenda 21 et à la démocratie participative (on appréciera la précision de l'intitulé de sa fonction en regard de l'opération dénoncée ici !) nie avoir connaissance de cet acte de vandalisme dont elle a forcément donné l'ordre : "(...) nous faisons immédiatement stopper l'abattage des arbres. Nous n'étions pas informé de cette opération. De plus un protocole de communication existe à chaque abattage. Il s'avère qu'il n'a pas été respecté. Les habitants devaient être informés de cet abattage, de ses raisons et du remplacement des arbres abattus." Elle s'est fait probablement tapé sur les doigts par le Maire PS, Tony di Martino, pusiqu'elle envoie ensuite : "Mon message est parti trop rapidement ! Nous vous tiendrons informé de la suite que nous donnerons à cette opération."


Des habitants de la rue Diderot réussirent à empêcher l'abattage des deux derniers arbres, l'un en bloquant la rue avec une camionnette, l'autre en restant perchée deux heures en haut d'un des cerisiers du Japon pour l'instant rescapé de cette aberration. Nous aurions dû nous méfier car on n'élague pas en période de montée de sève. Mais on n'abat pas non plus en période de nidification (à l'aube, l'extraordinaire concert des oiseaux était cruellement absent pour la première fois ce matin).
C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les riverains sont fous furieux contre la Mairie qui vient de perdre un nombre considérable de voix aux prochaines élections. En plus de la pétition qu'ils signent tous et toutes des deux mains, ils seront demain sur place pour empêcher l'abattage scandaleux des deux derniers arbres situés au fond, dans le coude que fait la rue. Le seul arbre qui reste à l'entrée était celui qui était malade et aurait justifié qu'on l'abatte. Il faut aussi préciser que ce n'est pas l'unique rue à subir le massacre. Les arbres de l'avenue de la Dhuys ou de la rue du Pinacle n'ont jamais été remplacés contrairement aux promesses de la Mairie. Mais c'est le propre de cette équipe depuis son élection de promettre sans jamais tenir et d'agir sans concertations, malgré les apparences puisque normalement les conseils de quartier devraient être susceptibles d'empêcher ce genre de stupidité inutile. À Bagnolet on n'a pas d'argent pour planter ou faire quoi que ce soit, mais on en a pour payer les tronçonneurs d'une société privée de Versailles.

vendredi 4 mai 2018

La voix de son maître


Un journaliste de RFI qui a repéré un de mes articles m'inteviewe sur le blocage du Lycée Claude Bernard le 10 mai 1968. Il vient d'interroger des élèves de ce même lycée qui ignorent tout de ces évènements alors que la période est au programme des cours d'histoire. À l'écoute du petit sujet "Que reste-t-il de Mai-68 dans l'esprit des jeunes ?" je constate que William de Lesseux n'a rien conservé de mes réponses. Rien d'étonnant si j'en juge par son montage où le seul des jeunes de ce XVIe arrondissement qui semble savoir ce qu'il en est explique que "La philosophie qu'il y avait dans mai 68 est complètement dépassée parce qu'aujourd'hui on n'est pas obligé de faire des actions de blocage pour faire évoluer la société." Ben voyons ! Les autres qui assimilent Mai 68 à 1945 ont comme par hasard tous l'accent arabe. Tiens, tiens ! Le sujet se termine par un entretien avec Raphaël Glucksmann, le compagnon de Léa Salamé. C'est la meilleure ! Au téléphone j'avais bien senti que mon témoignage ne collait pas avec ce que ce pseudo journaliste attendait ; chaque fois que je disais un mot qui faisait sens il me coupait la parole. Il sera probablement félicité par sa hiérarchie.
Qu'apprend-on dans les écoles de journalisme ? Enfant, à l'écoute de mon père qui avait exercé ce métier, je pensais qu'il s'agissait de traquer la vérité, de rapporter des scoops. Lors des dix minutes annuels où j'allume un poste de télévision ou lorsque je lis la presse papier, j'ai plutôt l'impression de lire un communiqué du Palais de l'Élysée. On aura probablement confondu avec les cours de l'école hôtelière où l'on vous apprend comment servir, mais ici le plat est saumâtre...

jeudi 3 mai 2018

Police, zone de non-droit


J'ai croisé hier soir un jeune musicien qui n'avait pu honorer son concert et pour cause. Il était juste allé avec sa mère et une copine participer au défilé du 1er mai. Les Robocops et autres tortues Ninja avaient encerclé un groupe de 200 manifestants qui n'avaient rien à voir avec les black blocs. Ceux qui en faisaient réellement partie avaient été arrêtés bien plus tôt. De cette nasse les nervis ont sélectionné au hasard la moitié d'entre eux, pratiquement autant de filles que de garçons. La plupart sont mineurs. S'en sont suivies 24 heures de garde à vue pour ces jeunes dont le seul crime était d'avoir manifesté dans le calme le jour de la fête du travail. Délit de manifestation, cousin du délit d'opinion dont avait été victime Françoise il y a quelque temps, forcée d'arracher ses auto-collants de la France Insoumise par les uniformes.
Au commissariat on leur raconte qu'ils ont l'obligation de donner le code-pin de leur portable. C'est pourtant contraire à la loi. Les portables sont la principale source des inculpations. On leur explique que la CNIL c'est pour l'extérieur, à l'intérieur du commissariat cela n'existe pas ! On prélève leurs empreintes et leur ADN. À une fille qui résiste un gentil policier lui dit que c'est comme une sucette. Celui qui joue le rôle du "good cop" offre des cigarettes, histoire de récupérer l'ADN des récalcitrants. Parfois ce serait avec les couverts ou le verre de l'unique repas qui leur est servi. Cela semble étrange techniquement, mais toutes les suspicions sont imaginables vu ce qui se pratique là hors la loi.
Dans le premier commissariat ils sont une vingtaine de jeunes dans la cage. Ensuite dispersés, dans le second ils ont droit à une cellule seul. Un banc et un wc impraticable. Cinq fouilles dont une totalement nu. À la cinquième les pandores sont tout contents de trouver une allumette au fond d'une poche. Lorsque l'unique coup de téléphone auquel les boucs émissaires ont droit tombe sur un répondeur, le message expéditif que laisse le flic a tout pour inquiéter les parents qui n'ont aucun moyen de savoir où sont leurs enfants. Les questions portent sur les black blocs, mais aussi sur leurs raisons de manifester. On leur raconte n'importe quoi. Comme les gosses n'y connaissent rien, on leur fournit un avocat commis d'office. A. me confie que l'impression la plus traumatisante est de pouvoir être privé de liberté et de se voir disparaître de la circulation en un claquement de doigt. Heureusement nous ne sommes ni à Santiago ni au Brésil, mais les références sont sues. Si aujourd'hui on ne dénonce pas les pratiques hors-la-loi de la police et les pantalonnades humiliantes, on peut imaginer les magouilles, mensonges, bidonnages et abus tragiques que l'avenir réserve. Nous glissons doucement vers une dictature où la démocratie autoritaire n'aura même plus besoin de faire semblant.
Mais tout va bien, bonnes gens, dormez tranquilles !

Photo de Michel Polizzi, ancien camarade du Lycée Claude Bernard à Paris

vendredi 13 avril 2018

De l'absolue nécessité de la Zad


Qu'est-ce qui se joue à Notre-Dame-des-Landes sinon qu'un autre monde est possible que le désastre annoncé ? Désastre social où l'argent est roi, désastre politique où la démocratie est une mascarade, désastre écologique où le béton détruit la nature, désastre de la disparition des espèces animales, désastre partout pour une jeunesse à qui l'on ne propose que de rentrer dans le rang et de se faire complice d'une société qui a perdu son âme... Il y a cinquante ans, de quoi rêvions-nous ? D'un monde de paix et d'amour, d'un monde où le progrès permettrait de réduire la différence des classes, d'un monde où la faim serait éradiquée, d'un monde où l'imagination prendrait le pouvoir...
La réaction fut d'autant plus brutale, même s'il lui fallut un demi-siècle pour étouffer l'espoir de ce monde meilleur. Anesthésiée par les médias aux mains des banquiers et des marchands d'armes, la majorité de la population s'est fait une raison, comme si le capitalisme et ses dérives ultralibérales étaient inéluctables. Les cyniques qui nous gouvernent ont oublié que l'arrogance a toujours marqué la perte de ces criminels, aujourd'hui une mafia internationale chemisée et cravatée.
Les zadistes incarnent une alternative au gâchis, la possibilité de vivre autrement que dans nos espaces mentaux formatés, une place pour que le rêve devienne réalité. C'est dire si ces résistants sont dangereux ! J'ai choisi vite fait quelques vidéos glanés sur le Net particulièrement touchantes et qui me font espérer que tout est encore possible, tant qu'un seul ou une seule d'entre nous continuera le combat contre un monstre qui échappe même à ceux qui l'ont créé...


Les quatre premières vidéos ont été mises en ligne par Camille Camille...


Il y a quantité d'autres vidéos. Tapez "ZAD Notre-Dame des Landes" dans votre champ de recherche...


Je ne me souviens pas si on les voit sur ces extraits, mais il y a aussi l'armada des tracteurs vigilants, agriculteurs qui soutiennent l'initiative utopique de Notre-Dame des Landes...


J'ignore si c'est la même Camille ou la Camille qui a été blessée pendant l'attaque inouïe des forces du désordre envoyées par le larbin des banques, mais nous sommes tous des Camille depuis que les "juifs allemands" ont retourné leurs vestes de petits bourgeois corrompus, passant du col Mao au Rotary...


J'espère que vous passerez un bon week-end en pensant à ces jeunes de tous âges qui se battent contre ce qui nous révulse et contre quoi la plupart d'entre nous ne font rien, croyant à l'inéluctabilité de l'exploitation de l'homme par l'homme, de la destruction systématique de notre planète. Ailleurs les étudiants se mobilisent et la police encercle les universités. Mais nous ne sommes pas seuls...

jeudi 5 avril 2018

Le cercle des proches


Mon désir de soleil et de nature est bridé par l'environnement social que constituent les voisins et les amis. Notre quartier de la Dhuys à Bagnolet est devenu une pépinière. J'ai fondamentalement besoin de ces échanges et visites qui enrichissent nos journées. Un nouveau réseau social, Nextdoor, est consacré à cette promiscuité locale. En attendant que se cristallise une nécessaire solidarité nationale, voire internationale, le travail de proximité est une démarche politique indispensable. Ce partage intelligent peut s'exprimer sur le terrain des idées comme dans les vicissitudes pratiques du quotidien. Je crains qu'aller m'exiler à La Ciotat, en haute montagne ou en Thaïlande ne satisfassent pas mon goût pour les échanges intellectuels ou simplement le plaisir de la fête. Entendez par là qu'elle soit permanente et en comité restreint, mais renouvelé !
Le renouvellement s'impose en croisant sans cesse les expériences et les points de vue. Chaque année je perds un ami et j'en gagne un, ou une. Rien de prémédité, juste une constatation, mais le nombre des proches reste à peu près constant. Les désillusions sont terriblement douloureuses lorsqu'il m'arrive d'être trahi par des menteurs ou des lâches, du moins qui se révèlent à la lumière des actes. Il m'est aussi arrivé de rompre, usé par l'absence de réciprocité. Il faut se méfier de trop donner à des personnes ne sachant pas renvoyer l'ascenseur, ils vous le reprocheront un jour ! Les chemins se séparent parfois. La distance est souvent fatale. Nous ne sommes pas d'un bloc, en butte aux transformations que génèrent les nouvelles rencontres ou des évènements qui nous chamboulent. De mon côté, je suis fidèle à toutes mes amours et l'amitié n'échappe pas à ce sentiment, même envers celles et ceux avec qui je suis définitivement brouillé. L'avenir ne remet pas en question le passé, il l'éclaire, c'est tout. Heureusement il y a aussi l'éclair d'une rencontre, l'instant magique où l'on sait que l'on vient de se faire un nouvel ami, pour longtemps. Il faut savoir dire qu'on les aime.
Je n'évoque pas la famille, parce que j'ai déjà raconté que c'est autant celle que l'on se crée que celle dont on hérite qui nous construit. Mais dans tous les cas je me vois mal prendre mon baluchon en abandonnant toutes celles et ceux que j'aime. J'adorerais pourtant refaire le tour du monde, sans le survoler, mais en creusant les rapports qui nous unissent et nous séparent. Les compagnons de voyage peuvent convenir, car le tourisme y est peu propice, ou, sinon, il faut pouvoir y travailler, meilleure manière d'aborder d'autres cultures. Le travail peut se contenter d'une réflexion, mais il implique là encore la rencontre et le partage...

mercredi 6 décembre 2017

Revue du Cube #13 : Émancipation


Treizième contribution à la Revue du Cube dont c'est le treizième numéro puisque je crois n'avoir jamais failli au rendez-vous depuis le premier en octobre 2011. Nils Aziosmanoff a cette fois choisi le thème de l'émancipation auquel ont répondu une vingtaine de "collègues". Fabien Bazenet sous l'angle entrepreneurial alors que Marie-Anne Mariot scanne les us et coutumes de l'humanité et, doutant du changement, entrevoit l'acceptation des différences comme une émancipation face à l'inaccessible universalité. Olivier Auber met en cause la monnaie comme métrique universelle, Hervé Azoulay incrimine l'État (mais est-ce une invitation au privé ?), Jean-Pierre Balpe évoque une fuite en avant plus illusionniste qu'illusoire, Emmanuel Ferrand rappelle l'écueil entre le rêve que les nouvelles technologies ont suscité et la terrible réalité, Alain Galet oppose à la machine la nécessité du labeur de l'artiste, Étienne Krieger s'inquiète de la drogue numérique, Jean-Michel Pasquier-Koeo prône l'émancip-action, Arnaud Poissonnier imagine que l'uberisation remet en cause l'entreprise, Muriel de Saint-Sauveur, une des trop rares femmes à se soumettre ici à l'exercice rédactionnel, revendique ambition et pouvoir, Dominique Sciamma calque ses interrogations sur le modèle républicain, Lorenzo Soccavo re-lie le monde à la lecture... Janique Laudouar (Avez-vous votre carte d'émancipé ?), Jacques Lombard (Vive le parti communiste chinois !), Yann Minh (Le grand hacking émancipateur discret), Linda Rolland (Purs esprits) abordent le sujet par la fiction. Et au fil des pages rétro-éclairées se devinent entre les lignes deux visions critiques du monde, l'une qui s'arrange avec l'état des choses, l'autre, minoritaire, qui ne peut s'en accommoder...

Mes lecteurs savent où je suis ! Obéissant scrupuleusement à la règle des 3000 signes demandés, je renvoie le propos à son miroir infidèle, titrant Émancipation / Aliénation :

L’idée d’émancipation grâce à la technologie est une pensée merveilleuse, mais elle a chaque fois montré ses limites quand les grands propriétaires de la planète ont envisagé les profits colossaux qu’ils pouvaient en tirer sans rien en céder aux populations qu’ils exploitent. Lorsque la télévision est arrivée, mes parents ont estimé qu’il était fabuleux de pouvoir éduquer les masses et l’on a abouti à « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible »¹. Plus tard, le Nouvel Observateur affichait « la société des loisirs » en couverture, mais les actionnaires ont voulu toucher toujours plus de dividendes, poussant aux délocalisations et aux licenciements. De tous temps, les puissants ont manipulé les foules pour les asservir. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition pour éviter l’émancipation du plus grand nombre, maîtrisant la technologie à leur seul profit. Ils se servent aujourd’hui des nouveaux médias comme jadis des livres. Les espaces de liberté sont d’autre part chaque fois récupérés par le commerce. Seule une petite fraction des êtres humains jouit des avantages de ce qu’on appelle d’habitude le progrès. Si les découvertes de Pasteur ont sauvé un nombre incalculable de personnes, elles ont généré une démographie exponentielle mettant en danger la planète. Et en France le froid et la faim ont refait leur apparition, alors qu’il y a moyen de les éviter en partageant. Si les riches ont compris la solidarité en créant une internationale du Capital accouchant du néo-libéralisme, on sait bien que seuls les pauvres savent donner ce qu’ils n’ont pas. Ce pourrait d’ailleurs être la définition de l’amour !
Imaginer l’émancipation en négligeant la lutte des classes aboutit forcément à une catastrophe sociale. Or jamais la caste mafieuse qui a pris le contrôle du monde via le système bancaire ne lâchera d’elle-même ses prérogatives. Ils ont même imaginé déserter la Terre en s’envolant vers une autre planète avec leurs familles, mais la fusée n’est pas encore opérationnelle et les réservations sont suspendues. Ces quelques nantis aussi cyniques que iniques ont l’intention de fuir lâchement le désastre qu’ils ont engendré, pollution extrême, dérèglement climatique, conflits multiples en découlant. Bêtes et méchants, ils ont oublié que leurs enfants seraient tout autant victimes de leur soif de pouvoir destructeur. Leurs crimes sont évidemment suicidaires, même s’ils croient au miracle d’une ultime solution salvatrice pour réparer leur exploitation inconsidérée de toutes les ressources telles l’eau ou les énergies fossiles. Et l’air ? Comment et que respireront les survivants ? Comment nous débarrasserons-nous des déchets nucléaires et à quelles nouvelles catastrophes écologiques devrons-nous faire face ?
En 1895 Paul Fort écrit « Si toutes les filles du monde voulaient s' donner la main, Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde, Si tous les gars du monde voulaient bien êtr' marins, Ils f'raient avec leurs barques un joli pont sur l'onde… » On peut toujours rêver. En 1914, tous partirent à la guerre la fleur au fusil. Beaucoup n’en sont pas revenus, mais l’industrie a su ensuite transformer le gaz moutarde en engrais, et les tanks en tracteurs. La paysannerie fut décimée et les femmes qui avaient la science des sols cédèrent la place aux conducteurs d’engins et à une rationalisation aussi destructive que proliférante. On pourrait pourtant construire tant de belles choses et les partager.
Mais ils ne céderont pas un pouce de terrain. Le progrès, c’est bon pour les riches. Il y a toujours autant d’opprimés. Et ceux-là semblent résignés. Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus rien à perdre. Alors soufflera le vent de la révolte. Sous notre latitude la majorité jouit du d’un confort minimal, mais suffisant pour être soporifique. Les laquais des banques qui font semblant de diriger nos pays ont tant d’arrogance qu’ils ne savent pas s’arrêter. Ils signent ainsi leur perte. Quand sonnera le réveil, alors la peur changera de camp !²

¹ Patrick Le Lay, PDG du groupe TF1 en 2004.
² À suivre…

vendredi 17 novembre 2017

Folk Songs avec le Kronos Quartet


Les disques du Kronos Quartet se suivent, mais ne se ressemblent pas. Il y a évidemment toujours leur manière très volontaire d'attaquer, une franchise qui se retrouve partout dans leur jeu. Cet éclectisme fait vraiment du bien à une époque où les replis communautaires occupent aussi les expressions artistiques. Les voici donc aborder un répertoire de huit folk-songs anglo-saxonnes et une française (Montagne, que tu es haute) où David Harrington, John Sherba, Hank Dutt et Sunny Yang se font accompagnateurs de trois chanteuses et un chanteur qui se partagent les titres. Originaire du Vermont, Sam Amidon est maintenant basé à Londres. Olivia Chaney est anglaise. Rhiannon Giddens vient de Caroline du Nord. Ils ont tous entre 35 et 40 ans, sauf Natalie Merchant, un peu plus âgée, qui vient du rock (10,000 Maniacs).


Les arrangements contemporains de ces morceaux traditionnels (sauf Factory Girl de Rhiannon Giddens et Last Kind Words de Geeshie Wiley) sont signés Nico Muhly (collaborateur de Philip Glass ou Björk), Donnacha Dennehy (compositeur irlandais ayant étudié avec Gérard Grisey et Louis Andriessen), Jacob Garchik (compositeur et trombone jazz) et Gabriel Witcher (le seul vraiment folk, chanteur et violoniste américain). On évoque rarement les arrangeurs des morceaux pop qu'interprète le Kronos, mais il est intéressant de noter également leurs différentes origines musicales. Il y a une ouverture d'esprit nettement plus grande que dans notre hexagone où les chapelles empêchent souvent les croisements. Dans l'ensemble ces chansons sentimentales, parfumées aux embruns des falaises et à l'humus forestier, sont plutôt tristes et nostalgiques, sauf Lullaby qui termine le disque sur une note joyeuse.

→ Kronos Quartet, Folk Songs, cd Nonesuch 20€ (lp 29€)

vendredi 10 novembre 2017

Un vent de puritanisme


Que les langues se délient pour dénoncer les abus des mâles prédateurs, tant mieux ! Il est évident qu'il faut condamner lourdement le viol comme la pédophilie. Mais je n'ai jamais accepté que l'on nomme des boucs-émissaires pour camoufler les pratiques généralisées que tout le monde connaissait et feint de découvrir aujourd'hui. Cela vaut pour la corruption des élus comme de la brutalité des machos usant de leur pouvoir pour arriver à leurs fins. Dans les milieux cinématographiques les relations qu'entretiennent les réalisateurs avec leurs vedettes féminines sont légion. De temps en temps ils en épousent, mais le plus souvent ils les épuisent. Les témoignages récents se multiplient, portant sur la place publique une pratique séculaire des plus honteuses. La loi condamne ces outrages, et la justice fait son travail dans les limites de ce que l'on appelle la justice de classe et que l'on peut certainement étendre à la justice de sexe.
Malgré les peines purgées doit-on continuer de crier haro sur ces canailles à perpétuité et les empêcher de travailler ? Polanski ou Brisseau, comme Cantat, ont payé leurs outrages. Dans l'histoire du cinématographe, combien ont eu leur carrière brisée et combien ont profité de l'oubli de leurs agissements criminels ? Je ne parle pas seulement des abus sexuels, mais aussi de la collaboration avec l'Allemagne nazie ou de l'évasion des capitaux, par exemple. On se gargarise de la Nouvelle Vague en omettant que c'était pour la plupart une bande de petits bourgeois qui ne rêvaient que de coucher avec des actrices et ont assassiné le cinéma social dont notre pays devrait aussi s'enorgueillir. Ils ont signé quantité de films géniaux, mais la question n'est pas là lorsque l'on dénonce les abus de pouvoir. C'est bien le statut des femmes dans nos sociétés qui fait débat. Où se situent les limites entre un viol, la promotion canapé et le recours à des péripatéticiennes ? Allons plus loin, quid des pratiques familiales ? C'est dans les détails a priori sans importance que réside le nœud du problème. On soulève le voile avec les yeux bandés.
La prostitution est un autre aspect qui sera probablement remis à l'index dans cette période de nouveau puritanisme, après le laisser-aller de la fin du XXe siècle. Je pense à certains réalisateurs des plus adulés. Il ne faut pas non plus confondre la liberté sexuelle des années 60 et la pornographie étalée quotidiennement sur le petit écran cinquante plus tard. En parlant de pornographie, je fais aussi référence à la violence érigée en spectacle, à la manipulation de masse assénée à coups de messe de 20 heures et de télé-réalité, au raz-de-marée masculin qui submerge l'espace public depuis toujours. Je lis maints commentaires où l'on confond un dragueur balourd et un abus de pouvoir traumatisant. Les secrets d'alcôve ne permettent pas toujours de séparer les fantasmes des passages à l'acte. L'annonce anticipée du titre de cet article suffit à me faire taxer de complicité avec "la démonisation de l'autonomie sexuelle des femmes et l'érotisation des violences qui leur sont faites" sans que cette personne m'ait lu. C'est bien de procès d'intention que s'est toujours nourri le puritanisme. Si j'aborde ce sujet épineux, c'est par crainte que les bonnes intentions se transforment en chasse aux sorcières ou aux vilains sorciers, à grand renfort de délations où les années ont parfois façonné la mémoire et où la haine trouve un terrain d'exercice. La démarche est évidemment d'empêcher que les pratiques ignobles se perpétuent. Il est rassurant d'apprendre que les salopards ne sont jamais à l'abri d'un retour de bâton. Mais il est nécessaire de garder à l'esprit que, homme ou femme, l'inconscient nous joue des tours, y compris des tours de cochon.

jeudi 9 novembre 2017

Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary


Avec sa Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary publiée en 1986, cinq ans avant de mourir à 41 ans, Guy Hocquenghem taille le plus fidèle des costards à ceux qui furent ses amis avant de renier leurs idéaux de jeunesse pour rejoindre les sphères du pouvoir mitterrandiste. Le recueil de lettres ouvertes fut réédité en 2003, préfacé par Serge Halimi. J'en ai dégotté un exemplaire de 2008 que je ne le lis qu'aujourd'hui, suite à la remarquable interprétation de l'Adresse à une génération repentie qu'en fit le comédien Jean-Marc Hérouin pour le Retour vers le futur concocté par Lucas de Geyter au Cirque Électrique lors de notre célébration de la Révolution d'Octobre 1917. Je n'ai jamais lu de textes aussi virulents et aussi justes sur les anciens maoïstes de mai 68 qui justifièrent hélas le terme de "gauche caviar".
J'avais croisé Guy Hocquenghem à Cannes en mai 1972. Toute notre promotion de l'Idhec y avait été invitée au Festival par la SRF moyennant quelques heures à jouer les ouvreurs. Cela m'avait valu de refouler Bulle Ogier et Pierre Kast que je n'avais pas reconnus ! À la terrasse du Blue Bar où il était accompagné par Jack Lang, nous avions discuté du FHAR, le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, dont il était l'un des animateurs, probablement grâce à mon camarade Bernard Mollerat. Avec Shūji Terayama ce fut la rencontre la plus intéressante de ces neuf jours où je vis exactement 54 films, à en avoir des yeux comme un générique de Saul Bass pour Hitchcock.


Or je découvre seulement aujourd'hui sa verve caustique et définitive concernant les renégats qui ont promu notre société actuelle, les plus cyniques d'entre eux virant militaristes ou faisant le lit des banquiers qui dirigent en sous-main. Ses portraits de Serge July, Alain Finkielkraut, BHL, André Glucksmann, Jack Lang, Daniel Cohn-Bendit sont saignants, harangues épistolaires dignes des discours de Saint-Just. Ils se lisent comme un feuilleton, la somme étant d'une telle densité qu'elle nous étouffe sous les rires et les sarcasmes, d'une lucidité aiguisée par la complicité de leurs années de jeunesse. Au travers de sa Tirade à un jeune homme naïf ou Ni droite ni gauche, de sa Lettre aux ex-sartriens parachutés au Tchad ou la fidélité du traître, de ses Lettres à ceux qui ont choisi le reniement dans la continuité, de ses Transes : Au nouveaux va-t'en-guerre et A sa transcendance Béachelle, à sa Lettre à ceux qui pratiquent la continuité dans le reniement, nul n'est épargné. Y passent Roland Castro, "architecte du Roi, et son concubin Régis Debray, Saint Coluche, Fernando Arrabal, Jean-François Bizot, Gildas Bourdet, Pascal Bruckner, Patrice Chéreau, Catherine Clément, Alain Crombecque, Marguerite Duras, Marin Karmitz, Bernard Kouchner, Yves Montand, Philippe Sollers, et bien d'autres renégats. C'est un jeu de massacre où les pantins s'abattent les uns après les autres, foudroyés. Hocquenghem les cite et les démasque. C'est un livre qu'on a envie de lire à haute voix, pour qu'enfin on sache à qui on a affaire, qu'il ne faut pas confondre les idées révolutionnaires de mai 68 et la réaction la plus vile qui s'en suivit en vue de les déconsidérer, pour comprendre ceux qui nous plongèrent dans le marasme en se gargarisant d'une pseudo démocratie qui n'en avait que le nom.

→ Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, première édition Albin Michel 1986, dernière édition revue et augmentée avec une préface de Serge Halimi, Agone « Contre-feux » 2003, 15€
Ici quelques extraits
;-)

vendredi 13 octobre 2017

Amnésie


Dans les années 70 la plupart des intellectuels des milieux artistiques avaient adhéré au Parti Communiste, mais tous les étudiants que je retrouvais le soir étaient sympathisants de la Ligue Communiste Révolutionnaire ou se rêvaient anarchistes. Se souvenant des Accords de Grenelle qui avaient sonné le glas des Évènements de mai 68, les plus jeunes traitaient de révisionnistes les membres du PCF inféodés à Moscou et tributaires des décisions du Comité Central qui siégeait Place du Colonel Fabien. Si ses choix politiques avaient coïncidé avec les positions des intellos du milieu cinématographique que je fréquentais, j’aurais probablement adhéré, mais je n’étais pas assez souple pour pratiquer le grand écart. Quelques camarades musiciens niaient aussi que le goulag puisse exister. La plupart de celles et ceux qui étaient alors au PCF le quittèrent au fur et à mesure, certains restant fidèles à leurs idéaux, trop d'entre eux les trahissant, à force de petits arrangements.
De toute manière, la Révolution d’Octobre 1917 avait fait long feu avec Staline, lui-même favorisé par Lénine qui comprit trop tard son erreur, sur son lit de mort, sans parler de Trotsky qui portait la responsabilité du massacre des marins de Kronstadt. Il n’empêche que le communisme reste l’utopie la plus sympathique, mais qu’il exige à la fois rigueur et liberté. Rigueur de contrôler les abus que le pouvoir génère quasi systématiquement, liberté des initiatives qui doivent nécessairement échapper au contrôle centralisateur. La puissance des banques et la violence exercée sur les populations de la planète pour permettre aux actionnaires de toucher toujours plus de dividendes monre clairement que la lutte des classes reste d’actualité. Si les milliards d’exploités n’en ont pas toujours conscience ou qu'ils se résignent, la mafia internationale qui a pris le contrôle des gouvernements sait parfaitement de quoi il s’agit !
Surpris de voir aujourd’hui nombre de membres du PCF passer plus de temps à vilipender Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise qu’à attaquer la casse du néo-libéralisme incarnée en France par le produit de marketing Macron, je constate que les Communistes français n’ont jamais voulu accéder au pouvoir, que ce soit sur indjonction soviétique, ou plus tard quand le Mur s’écroula, que ce soit au lendemain de la seconde guerre mondiale où ils représentaient le premier parti de France, en mai 68 où la grève générale avait renversé le rapport de force, à la signature du Programme Commun avec le Parti Socialiste qui annula toute velléité révolutionnaire, ou ces derniers temps en ne s’associant pas au premier programme cohérent depuis celui du Conseil National de la Résistance, les dirigeants du PCF ont trahi, ou du moins failli. La désaffection des rangs est explicite, et l’on peut comprendre que les militants opiniâtres aient du mal à avaler qu’un ancien socialiste, ancien trotskyste de l’OCI, organisme particulièrement sectaire de l’extrême-gauche, soit l’unique candidat envisageable lors des dernières élections présidentielles. Je rappelle que le NPA préfère se battre au sein des entreprises, position concevable si l’on en juge par la mascarade pseudo-démocratique où l’on en arrive à voter pour le moins pire, à force de manipulations médiatiques.
Je fus ulcéré d’apprendre que des militants du PCF avaient préféré soutenir Emmanuel Macron, ou qu’à Evry ils s’associent à Manuel Valls plutôt qu’à la candidate insoumise Farida Amrani. Malgré le désaveu de leur parti, c'est ulcérant. Les réseaux sociaux abondent de leur Mélenchon-bashing où certains saisissent le moindre prétexte pour démontrer en vain qu’il est soit un dictateur en puissance, soit un avatar socialiste, soit un résidus colonialiste, etc. On les connaissait moins critiques lorsqu’ils avaient élu le fossoyeur Robert Hue à leur tête ! Il serait facile de prouver la mauvaise foi de leurs posts, mais cela ne sert à rien car leur amertume tient d’un déni inconscient où ils oublient leur propre histoire. Chaque fois que je lis leurs critiques, qu’elles pointent un argument perfectible ou déplacé, je ne peux m’empêcher de faire un retour à l’envoyeur et d’interroger leur passé. Leur haine destructrice et démobilisatrice tient plus de la psychanalyse que du débat politique. En désaffection, au lieu de chercher à comprendre et se remettre en question, ceux-ci virent à l'aigreur. Ils restent sur leurs positions réformistes, y ajoutant des attaques fratricides totalement anachroniques, alors que ces derniers mois ont montré une mobilisation extraordinaire chez ceux de la France Insoumise, signe d’espoir que les pisse-froid croient pouvoir enrayer, alors que, se déconsidérant, ils ne font qu’accélérer leur déclin. Le front des luttes s’est simplement déplacé, les abandonnant sur une route qui ne mène plus nulle part. C’est vraiment dommage, car nombre de leurs aînés furent des modèles de probité gestionnaire, à la pointe des luttes sociales, ardents porteurs de projets culturels. Certains poursuivent cette tradition, d’autres se fourvoient en se trompant d’ennemi.

lundi 18 septembre 2017

Bizien-Pauvros et Berrocal en vinyle


Le Souffle Continu poursuit ses rééditions vinyle d'albums déjantés des années 70. Les deux disques de 1976 du percussionniste Gaby Bizien et du guitariste Jean-François Pauvros ressemblent étonnamment à la première face du Trop d'adrénaline nuit d'Un Drame Musical Instantané enregistré l'année suivante. Percussions folles et grappes de notes comme des raisins emberlificotés sur six cordes métalliques. Entre cousins les liens familiaux se distendent parfois avec le temps. Le free jazz avait ses limites pour des Européens encyclopédistes gourmands d'expériences sans cesse renouvelées. Bizien a glissé vers l'enseignement de la musique, Pauvros a développé sa belle voix grave comme on l'entend à la fin du monoface inédit Pays Noir tout en restant l'un des guitaristes historiques majeurs mariant habilement improvisation et composition à l'instar d'un Marc Ribot, se démarquant progressivement de l'école britannique. Sur l'autre côté du disque le diamant file sur une surface lisse où grimacent les musiciens en noir sur noir. Il n'y aurait plus d'espoir si leur No Man's Land ne variait les ambiances chaotiques, les quatre membres de chacun de ces jeunes énervés tremblant électriquement de soubresauts adolescents dont la rémanence n'était pas près de se dissoudre.
La nuit est au courant date de 1991, soit quinze ans plus tard. Les mélodies, même bancales, sont revenues à la charge. Jacques Berrocal avait découvert la réverbération pour rallonger le timbre de sa trompette. Jacques Thollot est resté à jamais l'éternel garnement dont la poésie inouïe habite le jeu de batterie. Les deux bassistes, Hubertus Bierman et Francis Marmande (le spécialiste de Georges Bataille qui écrit sur le jazz dans Le Monde !), habillent ce beau disque d'un costume ample comme jadis Léon Francioli et Beb Guérin dans le Unit de Portal. C'est un monde. Berrocal, qui signe toutes les compositions sauf une de David Bowie et Brian Eno, l'avait publié sur le label in situ que dirigeait le violoncelliste Didier Petit. Beau cadeau que cet élan collectif intemporel ! Les textes de Hervé Péjaudier reproduits sur le 4 pages intérieur interprètent la musique en saynètes dramatiques comme si le cinéma balayait le fantasme du rock 'n roll...


Au Souffle Continu, rue Gerbier à Paris, Théo et Bernard avaient réorganisé la boutique, privilégiant définitivement les vinyles et le confort d'écoute. Je n'achète plus guère de galettes noires pour des raisons d'encombrement et parce que je reste sceptique sur la qualité actuelle des pressages en comparaison de ce que nous concoctions en suivant l'objet à toutes les étapes de sa fabrication avec l'appui de véritables orfèvres. Je n'avais néanmoins pas plus le choix si je voulais écouter Intra Musique de Jacques Thollot avec Eddie Gaumont à la guitare et au piano, Michel Portal à l'alto, Mimi Lorenzini à la guitare et Daniel Laloux au tambour. Jean Rochard me précise que ce concert était un projet de Tholllot et Gaumont, et que c'est François Jeanneau qui joue de la flûte. Allez savoir qui y joue du violoncelle ? Le magnifique triple CD Thollot in Extenso qui sort sur son label nato est autrement plus rigoureux (lire précédent article) ! Mais comment se passer du moindre enregistrement de Jacques ? Enregistré tant bien que mal à la "Fac de Droit", j'imagine Assas, en 1969, cet album renvoie aux sources des musiques improvisées européennes qui cherchaient à s'affranchir du grand frère afro-américain. Au delà du plaisir, c'est de jouissance qu'il s'agit. Pas l'ombre de cynisme, sans le moindre calcul, juste être là, dans l'instant et s'inventer à plusieurs...

→ Jean-François Pauvros et Gaby Bizien, No Man's Land, LP Le Souffle Continu, 20€
→ Jean-François Pauvros et Gaby Bizien, Pays Noir, LP Le Souffle Continu, 18€
→ Jacques Berrocal, La nuit est au courant, LP Le Souffle Continu, 21€
→ Jacques Thollot, Intra Musique, LP Alga Marghen, 23€
→ Jacques Thollot, Thollot In Extenso, 3 CD nato, dist. L'autre distribution, sortie le 22 septembre 2017, 13,99€

samedi 22 juillet 2017

TéléBocal filme les Baras à Gallieni


Super reportage de Télé Bocal sur les Baras à Gallieni... Expulsés par le Préfet de Seine-Saint-Denis qui leur refuse même de monter une tente entre 23h et 5h (nombreux travaillent, au noir évidemment, exploités par des entrepreneurs sans scrupules), ils campent sous le pont de l'échangeur. Ils témoignent, ainsi que plusieurs soutiens...

Une pétition circule que chacun/e peut signer...

vendredi 21 juillet 2017

Honte à La Poste


La boîte aux lettres est désespérément vide alors que nous attendons du courrier. Lorsque j'étais enfant il y avait deux distributions par jour à Paris. Dans les villages le facteur apportait les nouvelles. Jusqu'à la privatisation des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones), scindés en France Telecom en 1988 et La Poste en 1991, nous avions toujours le même facteur, qui nous connaissait et avec qui nous avions une relation humaine comme l'épicier du coin. Depuis, cela n'a fait que se détériorer. La Poste est devenue une banque, activité plus lucrative que le service public saccagé. À Bagnolet, nous ne recevons du courrier que les mardi, jeudi et vendredi, et pas avant 14h ! Il n'y a plus que des remplaçants qui font ce qu'ils peuvent compte tenu des tournées marathons qui leur sont imposées. Lorsqu'ils prennent leur jour de congé ils ne sont pas remplacés. Certains ne se donnent pas la peine de sonner pour déposer un paquet ou une lettre recommandée et font semblant qu'il n'y a personne. Mais à qui se plaindre ? Depuis le 1er mars 2010 la Poste est devenue une société anonyme à capitaux publics pour affronter la concurrence européenne ! Les transporteurs ne valent guère mieux côté conscience professionnelle. Il ne reste qu'Internet, le téléphone, les SMS qui gardent une relative fiabilité. Ou bien j'embarque tout sur mon vélo si l'expéditeur ou le destinataire sont sur mon trajet ! La Poste française jouissait d'une réputation exceptionnelle, un peu comme la SNCF. C'est partout pareil. Sous prétexte de rendement, le patronat licencie, réduit les services, pousse au bâclage, et du côté des salariés on se désinvestit, on déprime. Au bout du compte on disparaît.

Post(e) Scriptum :

Sur Mediapart, Guy Perbet nous suggère de regarder cet extrait, essentiellement à partir de 1'18". Démonstration implacable ;-)

Suite à mon article, j'ai reçu un coup de téléphone de la responsable de la distribution. J'ai bien précisé qu'il ne s'agissait pas d'un problème récent dont le facteur actuel serait responsable, mais que c'est récurrent depuis 5 ou 6 ans. Il n'y a d'après elle aucune raison pour que les lundi, mercredi ou samedi soient des jours sinistrés. Par contre que le courrier n'arrive qu'à 14h s'explique si nous sommes en fin de tournée. Pour que le courrier soit à l'heure, il y a bien un service, mais il est payant ! Pour toute réclamation, la responsable me suggère d'appeler le centre de réclamation au 3631 qui ouvre un dossier laissant une trace...

jeudi 20 juillet 2017

Big Google is watching you


Sur le site de L'avenir, Georges Lekeu publie un article passionnant sur la manière dont Google nous espionne. Il nous explique comment consulter simplement nos informations archivées par le moteur de recherche américain qui s'en servira entre autres pour cibler la publicité dont il nous inonde de plus en plus. Les vidéos YouTube regardées, les localisations de notre iPhone, notre navigation sur Chrome apparaissent soudain à notre plus grande surprise. Si la page Google Mon Activité répertorie nos tribulations sur Android, Chrome, Google Maps, Recherche, Recherche d’images, Recherche de vidéos, Trajets Google Maps, YouTube, elle permet néanmoins de désactiver ces mouchards, y compris l'historique de nos trajets, à condition de savoir qu'ils existent !
Lors de notre visite au siège de Google de New York en 2006, j'avais déjà titré mon article Le meilleur des mondes ! Nous avions été surpris par l'organisation ikéiste de la société fondée par Sergueï Brin et Larry Page qui en est l'actuel CEO (PDG). Plus tard, j'avais raconté à notre hôte, responsable du ranking sur Google, que mon webmestre avait préféré développer son propre moteur de statistiques pour ne pas utiliser le leur. Il avait éclaté de rire en répondant que si nous ne voulions pas connaître nos stats cela nous regardait, car de toute façon Google les avait ! Ainsi j'ignore si décocher les six interrupteurs espions les effacent ou nous les cachent seulement à nous ?

lundi 17 juillet 2017

Le firmament de Rocío Márquez


L'accompagnement inventif et lyrique du trio Proyecto Lorca fait glisser le flamenco de Rocío Márquez vers une contemporanéité à cheval entre la variété internationale et la liberté de l'expérimentation. La chanteuse y développe un éventail d'émotions servies par son engagement politique et social autant que par de sincères références musicales. Si la jeune andalouse signe toute la musique et la moitié des textes des onze premiers titres, elle affirme aussi son féminisme en chantant les poétesses actuelles Isabel Escudero, Christina Rosenvinge, María Salgado ou en adaptant Sainte Thérèse d'Avila. Les trois dernières suites enregistrées en public sont, paroles et musique, de Federico Garcia Lorca, poète assassiné en 1936 par des milices franquistes, grand défenseur du cante jondo au travers de ses Canciones populares antiguas. S'y immiscent quelques petites madeleines, début de la XIVe symphonie de Chostakovitch, Olé de Coltrane, chants de la guerre d'Espagne repris par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, et des citations d'Albéniz, Juan Breva, Manuel Garcia, Lazaro Nunez Robres, qui tous s'inspirent des vers de Lorca, avec la complicité du Proyecto Lorca. Son percussionniste Antonio Moreno varie ses timbres selon les chansons, passant de la batterie au marimba, comme Juan M. Jimenez d'un saxophone à l'autre, et le pianiste Daniel Borrego Marente harmonise l'ensemble. Passé la variété de ses inspirations, des fandangos de sa région natale de Huelva aux chants de mineurs, des classiques bulleria, tango, seguiriya, alegria, caracoles aux sources de la seguidilla ou de la populaire bambera, Rocío Márquez réussit à innover, cosignant les arrangements avec le trio, épaulée par Raül Refree qui produit ce flamboyant album.

→ Rocío Márquez, Firmamento, CD/LP Viavox, livret avec traductions françaises, dist. L'autre distribution, sortie le 22 octobre 2017 - concert au Théâtre de la Ville, Paris, le 7 novembre 2017

jeudi 13 juillet 2017

La mobilisation porte ses fruits, mais rien n'est réglé


La mobilisation porte ses fruits. La mairie de Bagnolet a installé des toilettes et un point d'eau pour les 150 Baras, expulsés le 29 juin de la rue René Alazard à Bagnolet, qui ont trouvé un refuge provisoire sous le pont de l'échangeur à Gallieni. Il ne leur manque que des sanitaires nettoyés et surtout un toit et des papiers français pour qu'ils puissent travailler dans des conditions décentes. C'est le propos de la tribune adressée au premier ministre, en copie hier sur Libération et Mediapart, signée par une cinquantaine de personnalités. Depuis cinq ans les Baras sont exploités par des employeurs sans scrupules qui les paient au noir bien en dessous du SMIC alors qu'ils vivaient correctement en Libye avant que la France déclare la guerre à Khadafi. L'Italie leur fournit des papiers européens que notre pays ne reconnaît pas. L'Europe a les limites de ses intérêts économiques, c'est même le seul fondement sur lequel est bâtie sa constitution, constitution refusée par le peuple français, mais ratifiée de la plus anti-démocratique manière. Heureusement les riverains associés aux antennes des Lilas et Bagnolet de la Ligue des Droits de l'Homme et RESF, de Balipa et d'autres associations sur la brèche depuis cinq ans, leur apportent leur soutien, moral et pratique. Les supermarchés des environs ont donné leurs invendus, des voisins avaient aussi apporté des bonbonnes d'eau, des duvets, des vêtements, etc., mais ils manquent tout de même de nourriture, bouteilles d'eau, produits d'hygiène... Le point noir, c'est le Préfet de Seine-Saint-Denis qui interdit fermement la moindre tente qui les mettrait à l'abri des intempéries, les menaçant d'envoyer aussitôt les CRS... Même l'eau et les toilettes ont été installées contre ses ordres !


La menace d'une nouvelle expulsion musclée pèse sur leurs têtes. On a vu comment les 2000 migrants ont été virés de la Porte de la Chapelle après que les autorités aient laissé pourrir la situation. En leur refusant la moindre hygiène, elles peuvent arguer ensuite de l'insalubrité du campement sauvage... La régularisation des immigrés ne peut que profiter aux travailleurs français, évitant ainsi la concurrence que leur imposent les entreprises frauduleuses.