Jean-Jacques Birgé

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jeudi 15 juin 2017

La peur est mauvaise conseillère


Invité par Antonin-Tri Hoang qui présente avec la photographe SMITH une installation photographique mise en musique sur 16 pistes spatialisées, j'arpentais les salles du Palais de Tokyo au vernissage de l'exposition Le rêve des formes, les yeux fatigués par l'accumulation d'œuvres de jeunes artistes rassemblés par Alain Fleischer et Claire Moulène à l'occasion du vingtième anniversaire du Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Je reviendrai plus tard sur ma visite...
Au détour d'un couloir, je croise Daniela Franco qui me reconnaît dans la pénombre. En 2010 j'avais participé à son projet Face B sans l'avoir jamais rencontrée. Elle porte des lunettes surmontées de verres fumés qui se relèvent ou s'abaissent comme des persiennes. Mes clics magnétiques sont moins adaptés à l'éblouissement que produit chez moi tout visite muséale. Notre "amitié" sur FaceBook nous permet de savoir que nous partageons pas mal de vues sur la situation politique. Nous nous interrogeons ainsi sur l'absurdité des élections récentes. La catastrophe annoncée chez nous n'a évidemment rien à voir avec celle du Mexique, mais le simulacre démocratique interroge partout nos pratiques citoyennes.
Le tour de passe-passe qui consiste à substituer le mouvement En Marche au Parti Socialiste est magistral. Il aura suffi de rebaptiser les mêmes olibrius pour que le désaveu total de leur politique apparaisse comme un renouveau dynamique. On avait tenté en vain de nous faire croire que le PS était un parti de gauche et l'on nous refait le coup cinq ans plus tard sans que la plupart de la population s'en aperçoive. C'est très fort, même si la manipulation est simple. Par sécurité Hollande fait sortir Macron de la Primaire socialiste. Hamon gagne, mais la plupart des ténors ne respectent pas le verdict des urnes et rejoignent Macron. Hamon, complice ou candide, siphonne les voix de Mélenchon. De l'autre côté, on agite la peur du fascisme qu'incarnerait Le Pen et on dézingue Fillon en dévoilant des affaires connues depuis belles lurettes, mais gardées sous le coude. Tout cela n'est possible parce que le futur président de la république est soutenu par la quasi totalité de la presse écrite et télévisuelle (parmi les quotidiens, seuls L'Humanité et La Croix n'appartiennent pas à l'un de ces milliardaires, banquiers ou marchands de canons) ainsi que par le Capital, international d'autant que les États Unis ont trouvé en Macron le vassal idéal. Mélenchon se sert habilement des nouveaux médias, mais Internet ne fait pas encore le poids devant les médias traditionnels. Il est à parier que dans le futur la droite fera tout ce qu'elle pourra pour réglementer et contrôler Internet, préoccupation partagée par la plupart des pouvoirs en place sur la planète. Et voici, comment l'on met des croix dans des carrés en se gargarisant de démocratie pour finalement hériter d'un pantin entre les mains de ses maîtres, financiers sans scrupules dont l'avenir de la planète est le cadet de leurs soucis.
Pour que toute cette mascarade prenne corps il est absolument nécessaire de tabler sur la peur. Si les Français votent en dépit du bon sens, c'est parce qu'ils connaissent leur souffrance et craignent d'en subir une autre dont ils ne savent rien. "On sait ce qu'on a, mais pas ce qu'on n'a pas." Des familles vivent dans la rue sur des matelas pourris, mais la majorité protège son confort (certes relatif) chèrement acquis. Lorsqu'on a une famille à nourrir et des traites à rembourser chaque mois, la révolte semble de l'ordre de l'impossible. L'accession à la propriété, le besoin de posséder sa voiture, d'avoir le dernier modèle de portable ou je ne sais quoi nous laissent pieds et poings liés. Et nombre d'irréductibles d'aller voter Macron au second tour, affolés par les sondages manipulateurs et le bourrage de mou de la diabolisation. Or dans la cité comme dans tous les aspects de notre vie nous savons pourtant que "la peur est mauvaise conseillère". Combien sont malheureux en amour, subissent leur travail comme une torture, pensent que le système est pourri, mais agissent contre leur intérêt, ou plutôt s'empêchent d'agir ?
Il faut absolument comprendre que chaque fois que la peur montre le bout de son nez elle annonce que nous allons faire une bêtise ! Ce signal d'alarme nous pétrifie au lieu de nous prévenir que nous risquons de commettre un impair. S'il est impossible de l'empêcher, on peut la canaliser et s'en servir astucieusement. S'obliger à retrouver son calme, ne pas y croire, penser que demain est un autre jour, refuser de se laisser guider par la peur, les jours heureux sont à portée de main.

mercredi 14 juin 2017

Tribute to Lucienne Boyer


On peut déjà prédire un beau succès au programme Tribute to Lucienne Boyer porté par le Grand Orchestre du Tricot. Les chansons de "La Dame en Bleu" arrangées par Roberto Negro, Théo Ceccaldi ou Valentin Ceccaldi mélangent d'exquises mélodies piquantes des années 30 et 40 à un orchestre puissant où le rock et le free jazz fabriquent de trépidantes excroissances. Angela Flahault a laissé de côté le chant lyrique pour adopter la gouaille minaudière de Lucienne Boyer, toupet plein d'humour que reprend l'orchestre avec autant de finesse que d'énergie communicative. Les thèmes glissent inexorablement vers des contrées déglinguées pour revenir soudain vers de suaves harmonies où les musiciens peuvent mettre en valeur le timbre de leurs instruments respectifs.


Les bois ou cuivres de Sacha Gillard, Gabriel Lemaire, Quentin Biardeau, Fidel Fourneyron, les cordes d'Eric Amrofel, Théo Ceccali, Valentin Ceccaldi, Stéphane Decolly, les claviers de Roberto Negro et la batterie de Florian Satche qui assume là le rôle de directeur artistique dressent un pont entre l'entre-deux-guerres et notre époque dangereusement équilibriste. Ces gamins facétieux adorent jouer avec le feu le plus désuet, ne serait-ce que des sparkling sticks se réfléchissant dans le strass. Évoquant même la période de l'Occupation nazie où l'activité de l'interprète de Parlez-moi d'amour fut plutôt douteuse, ils n'ont certainement pas froid aux yeux. Une fois de plus, les musiciens du Tricollectif soignent tous les aspects de leurs créations sans négliger les images qui les mettent en scène.

→ Grand Orchestre du Tricot, Tribute to Lucienne Boyer, CD Tricollectif, 12,99€, sortie le 29 juin 2017
→ en vrai à la Dynamo de Banlieues Bleues le 24 juin à Pantin, dans le cadre d'une soirée Tricollectif avec Danse de salon et Bo Bun Fever

mardi 13 juin 2017

Les fans de radis, entretien avec Olivier Degorce sur Radio Gâtine


Sur Radio Gâtine, radio associative en Poitou-Charentes, Olivier Degorce m'interroge sur mon parcours musical atypique. Ces soixante minutes sont ponctuées d'extraits musicaux de quelques disques que j'ai enregistrés entre 1975 et 2017. Le besoin de résumer 45 ans d'activité en une heure m'oblige à un débit incroyable, comme si j'avais sniffé de la cocaïne. Dans sa présentation, Amandine Geers écrit : "Attachez vos ceintures (ou pas) ! Les Fans de Radis vous emmène en voyage dans l'univers de Jean-Jacques Birgé. Prêts au décollage ?" Voilà certainement une émission à réaction ! Le fait d'avoir rencontré Olivier à Londres lors de l'ouverture de l'exposition Voyage dans le paysage électronique français, dans un contexte éminemment techno, oriente ma façon de raconter une histoire qui aurait pu prendre d'autres voies, un autre ton, alimentée d'autres anecdotes, voire même ne plus y ressembler du tout tant ma suractivité ressemble à une schizophrénie créative.
Cette idée de la schizophrénie pour un artiste polymorphe n'avait pas du tout plu à François Bon alors que je l'évoquais comme un compliment à son propos. Maldonne et quiproquos. Je tentais de définir l'ubiquité unifiée où les différentes personnalités du pseudo schizophrène seraient des décalcomanies les unes des autres. Une sorte de dieu indien, Shiva ou Kali ? Shiva a quatre bras, Kali huit. L'une et l'autre revendiquent la préservation et la transformation, mais Shiva est le créateur, dissimulateur et révélateur tandis que Kali, dans son ombre, détruit le mal et l'ignorance. Je n'y connais rien, donc j'écris certainement des bêtises, la multiplication des bras ayant pour moi plus à voir avec Tex Avery qu'avec l'hindouisme. Il n'empêche que l'écrivain, qui m'avait encouragé lors de mon premier roman sur publie.net, l'avait tellement mal pris que je me suis longtemps demandé si je n'avais pas appuyé sur un endroit douloureux sans le savoir. J'eus beau m'excuser et m'expliquer, rien n'y fit. À mon grand dam.
J'adore faire plusieurs choses à la fois comme j'aime les esprits vifs, les ellipses, les montage cut et la dialectique. L'émission d'Olivier Degorce est donc un marathon compressé, une sorte de nouveau réalisme musical entre Tinguely, Spoerri, Arman et César. Bricolage, ready-made, accumulation, compression. J'y aborde surtout mon travail musical, mais également le cinématographe, le multimédia, l'écriture. En réécoutant notre entretien je comprends aussi que mon incisive manquante en attente d'implant me pousse à un forcing exténuant. En septembre prochain il aura fallu un an avant de retrouver mon élocution naturelle !

N.B.: L'émission de juin en question sur SoundCloud
P.S.: ce sont les deux photos d'Olivier Degorce qui illustrent ma page FaceBook !

mercredi 31 mai 2017

Contreplongée


Il y a plus d'une centaine de mots qui commencent par contre dans le dictionnaire. Éviter de se plaindre. En étant tout contre et contre tout on est déjà moins seul. J'ai de la chance de t'avoir même lorsque l'on ne se voit pas. Quelques étages nous séparent, c'est long, mais c'est par le travail des tâches ménagères qui nous mène à gérer le fascicule 2042 que nous faisons bloc. On n'arrive à rien sans débloquer. Pour imprimer nickel il fallait que Mercure ait Chrome, c'est parti mon kiki. Les autres navigateurs se sont perdus en mer. Une aspiration vers l'éther laisse les terres derrière nous. Comme je suis allongé sur le dos se découpe une image plutôt pour. Malgré le coup de bambou du bilan, elle a du charme, avec les palmes. Mais surtout rien d'académique, ou bien à l'archet. Les pizz de la contrebasse se perdent dans le brouillard. Il fait temps clair. Ça sonne bien. Chaque fois qu'on l'affuble du contre, l'instrument devient grave, même très très grave. Le contrepoint satisfait mon goût pour la dialectique, mais ne fait pas le poids devant le hors-champ. Même pas besoin de fermer les yeux pour tout voir. Le panoramique révélé aux aveugles. Les sourds s'en contrefichent. Ils n'en croient pas leurs yeux. L'idée me plaît. J'adore les contre-emplois. À jouer avec les mots j'ai la tête qui se tourne vers les cieux. C'est louche. Comme si mes oreilles rentraient dans leurs orbites. Le vertige fait basculer le contrepet en contre-sens. Nous voilà bien. C'est l'idée. Repousser à demain ce qui fut fait hier pour en profiter plus tard. C'est l'art. Je passe la journée à tester des sons sur mon clavier. Pas çui-ci, l'autre. Chaque programme est un nouvel instrument qu'il faut apprivoiser. Il y en a des milliers, des centaines de milliers, probablement beaucoup plus. C'est comme les étoiles qu'on ne voit pas. On dirait que le ciel est bleu. Sans nuances l'horizon s'efface. Je suis piégé. Je me noie là où j'ai pied.

mercredi 24 mai 2017

Revue du Cube #12


Dans son nouvel édito de La Revue du Cube, Nils Aziomanoff pose le thème du numéro 12 : "La démocratisation des moyens numériques de conception et de diffusion, associée au développement des dynamiques sociales d’inter créativité, invite chacun à dépasser ses capacités à "faire et être". À l’ère des machines qui pensent et de l’intelligence connective, la création numérique porte en elle les germes d’une révolution sans précédent : celle de l'être créatif au cœur du progrès social, culturel et économique. « Tous créateurs ! », est-ce le nouvel horizon d’une humanité en quête d’élan émancipateur et de sens partagé ?" J'y ai donc répondu comme chaque fois :

Sourire ou pataugeoire ?

Enfant, je voulais inventer plus tard des machines qui ne servent à rien. Était-ce une révolte contre le travail parce que je voyais mes parents s’y esquinter jour et nuit ou bien une fascination pour le mouvement ? Je ne sais pas, mais ma mère avait un tout autre souvenir, elle prétendait que je voulais fabriquer des machines utiles à l’humanité. J’ai réussi ma vie en construisant quantité de machines qui ne servent à rien, mais sont fondamentalement utiles à l’humanité. On appelle cela de l’art.
Adolescents en mai 68, nous portions l’imagination au pouvoir et nous avons œuvré pour que plus de gens aient accès à la création. Il y a, par exemple, vingt fois plus de musiciens en France qu’à l’époque. Cela n’est pas sans poser quantité de problèmes, car s’est développé parallèlement un chômage sans communes mesures avec ce que nous connaissions alors. Les machines étaient censées soulager nos peines et le Nouvel Observateur titrait « La société des loisirs ». Loin de partager le temps gagné, le Capital a choisi de se l’approprier exclusivement en empochant les bénéfices de la mutation. Les actionnaires reçoivent plus de dividendes et les travailleurs continuent à suer sang et eau, même si les chaînes ont changé de matière. Le développement de l’informatique aurait pu aussi libérer les énergies créatives, profiter à toutes les populations ; elle aura surtout servi à délocaliser en allant exploiter de la main d’œuvre à bon marché à l’autre bout de la planète.
Débarrassés du mythe du plein emploi, nous pourrions imaginer dégager du temps pour réfléchir à ce que nous aimons faire. Il paraît que seulement 5% de la population active exerce un emploi coïncidant avec sa passion ! La création pourrait être envisagée sous cet angle d’une liberté retrouvée. Mais il ne faut pas confondre un hobby et la nécessité de s’exprimer comme on crie dans le noir.
Devenir créateur n’est pas un choix. C’est avant tout répondre à une souffrance. Sous-France s’amuseraient Godard ou Lacan. Ne supportant pas le monde tel qu’il est, l’artiste s’en invente de nouveaux. Il plonge dans un imaginaire, parfois utopique et lumineux, parfois sombre et critique, jouant le plus souvent d’une dialectique où les deux se complètent. Selon les un/e/s ou les autres le drame ou la comédie prennent le pas sur l’autre. Il y a d’autres manières de se battre, mais les créateurs sont toujours des initiateurs. L’art appliqué répond à une commande, mais l’origine de son engagement réside dans une démarche personnelle s’adressant à une communauté.
Certaines expressions se conjuguent miraculeusement au pluriel comme la musique, la danse, le cinéma, le multimédia, etc., qui sont des sports d’équipe, mais on peut aussi écrire des romans, peindre ou sculpter à plusieurs. Le partage s’exerce également avec le public, les lecteurs, auditeurs, etc. L’œuvre échappe alors à son créateur. Le regard de chacun/e la transforme et lui donne son sens, une interprétation parfois inattendue.
Adulte, j’ai profité du mariage des arts, des sciences et des technologies qu’évoque Nils Aziosmanoff dans son édito toujours aussi inspirant. Formé au cinématographe (la vidéo n’existait pratiquement pas), l’un des premiers synthésistes en France (les musiciens inaugurèrent les home studios), toujours émoustillé par la moindre invention nouvelle (le multimédia n’est qu’une forme actuelle de l’opéra), je n’ai pourtant pas l’impression d’être différent d’un collègue qui pratiquerait l’art le plus brut. Depuis à peu près le début du siècle précédent les enregistrements avaient permis aux œuvres de voyager sans leurs auteurs. Les outils que nous utilisons ne sont que des jouets entre nos mains. Que le monde se développe ou s’écroule je choisis ceux à ma portée. Je pourrai toujours siffler en me baignant dans une rivière et peindre avec ma merde. De préférence dans l’autre sens, la rivière après la merde !
L’important est de continuer à exercer cette activité critique, l’art représentant le dernier rempart contre la barbarie, et je m’inquiète forcément de l’avenir lorsque je constate que la finance a pris le contrôle total de l’État en plaçant l’un de ses sbires à sa tête en suivant les lois du marketing. Pensée à son inventeur, Edward Bernays, neveu de Freud qui a appliqué les théories psychanalytiques à la manipulation de l’opinion publique ! Les Français se rassureront en pensant que c’est bon de vivre en démocratie. Pourtant mettre une croix dans un carré, ou appuyer sur un bouton, sans comprendre les répercussions que cela aura sur nos vies, n’est qu’une illusion de démocratie, un placébo de civisme aggravé, une mascarade. Très jeune, j’ai donc choisi la création artistique parce que j’avais l’impression que je pourrais changer le monde et prendre la parole puisqu’on ne manquerait pas de m’interroger sur mes motivations à concevoir des choses aussi bizarres. J’en profitai chaque fois, quitte à me retrouver blacklisté à Radio France plus d’une fois dans ma carrière, ou tricard pour avoir défendu les droits d’auteur auprès d’établissements publics !
Récemment nous avons été proches de changer le cours de l’Histoire. Nous avons failli malgré l’extraordinaire travail des militants de la France Insoumise qui se sont d’ailleurs beaucoup appuyés sur les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Mais le monde glisse inexorablement vers la sixième extinction. Si la vie réserve quantité de surprises, ce ne sont pourtant pas toujours de mauvaises ! Il n’y a pas de mauvais outils, tout dépend de l’usage que l’on en fait. Dans cette photographie, est-ce notre pays qui me sourit ou bien une pataugeoire où se réfléchissent de menaçants nuages ? À chacun et chacune d’entre nous d’en décider.

mercredi 10 mai 2017

Visa dévissée


De temps en temps je rends service à nos voisins sans "papiers français", qui squattent un bâtiment qui appartenait à Natixis à côté de chez nous, pour des opérations bancaires qui leur sont évidemment interdites ou compliquées. Il m'est arrivé d'envoyer de l'argent par Internet parce que La Poste est hyper lente ou d'encaisser un chèque puisque, sans domicile fixe, ils ne peuvent avoir de compte à leur nom. J'ignore si la loi l'autorise ou pas, mais c'est la moindre des choses. La semaine dernière, l'un d'eux me demande de payer son visa pour le Cameroun sur le site de l'ambassade, car il n'a évidemment pas de carte de paiement. Je m'y reprends à trois fois, mais la mienne est chaque fois refusée. J'invoque la mauvaise gestion du site, mais le même problème se reproduit plus tard dans la journée pour un achat en ligne que je dois exécuter. Je laisse aussitôt un message à ma banque qui me rappelle le lendemain pour me confirmer que mon compte VISA est réactivé ! Comment cela, réactivé ? Mon interlocuteur m'explique que devant la recrudescence actuelle de fraudes sur Internet ma carte Premier a été bloquée. Sans me prévenir. Sans explication. Cela ne dépend pas de la banque, mais du centre qui gère toutes les cartes bancaires. Si je n'avais pas réagi rapidement, si j'avais été à l'étranger, si j'avais eu une affaire pressante, j'aurais été autrement plus pénalisé par cette initiative unilatérale ne dépendant, paraît-il, d'aucun mouvement étrange sur mon compte, juste une lubie de la machine gestionnaire. Heureusement que tous les préposés n'ont pas encore été remplacés par des robots !
Je me souviens de cet après-midi incroyable avec Antoine à Tallinn où nous jouions l'opéra des lapins. L'Estonie s'étant équipée tardivement a un système très moderne par rapport au reste de l'Europe : on paie tout avec la carte, même les enfants lorsqu'ils s'achètent des bonbons sur le chemin de l'école. Or ce samedi à 14h, jour où la population fait ses courses en masse, le réseau des cartes bancaires est tombé en panne. Pas moyen évidemment de retirer de l'argent liquide au distributeur puisque rien ne marche. Le pays est ainsi immobilisé pendant plusieurs heures. Nous l'avons pris en rigolant, les consommateurs obligés d'errer l'âme en peine dans les rayons sans rien pouvoir acheter ou invités à sortir se promener au soleil puisqu'il n'y a rien d'autre à faire qu'à attendre. C'est beau le progrès !

lundi 8 mai 2017

Veillées élect'orales : La voix est libre


Voilà, La Voix est libre. Quinzième anniversaire d'un festival hors normes portant le chœur de toutes les résistances contre la barbarie et la stupidité des êtres humains. Des artistes, scientifiques, philosophes du monde entier y participent dans une atmosphère de fête et de liesse partagée. Son directeur, Blaise Merlin, revendique cette "zone de libre-étrange" où les rencontres sont souvent surprenantes. La proximité des élections présidentielles avaient suscité ces deux jours de Veillées élect'orales avant les Rencontres du 3e tour de cette semaine. Sur le parvis du Cirque Électrique la Grande Tombola offre de tirer au lepenball, dégager le système au chamboule-tout, poser au maton, enregistrer un discours d'une minute, se faire tatouer un logo antifa, crier un slogan tiré au sort, karahoqueter un chant révolutionnaire. Après la harangue de Fantazio pour apprivoiser la mort, Médéric Collignon et Élise Caron balbutient le leurre puisque les jeux de mots sont de rigueur toute la soirée...


Les deux jours précédents, des poètes et musiciens syriens exilés rencontrèrent les âmes-sœurs de l'Occident. On me dit que l'émotion était à son comble à l'Église Saint-Merry et à la Maison de la Poésie. Au pupitre Jacques Bonnafé nous invite à pénétrer sous le chapiteau pour entendre les programmes des "candidats déclarés" accompagnés par trois "scrutateurs agoraphones", Élise Caron dont les talents de meneuse de revue impertinente ne sont plus à démontrer, Médéric Collignon dont la folie maîtrisée est communicative, Denis Charolles dont la batterie recale les bégaiements des orateurs...


Voilà, la voie est libre, nous allons enfin pouvoir recommencer à réfléchir. Probablement que ceux qui nous dirigent continueront à agiter le spectre du fascisme pour nous faire avaler quantité de mesures anti-sociales. Le feront-ils à grand renfort d'ordonnances et de 49.3 sous prétexte d'aller vite ? La vitesse a bon dos. Mais la démocratie dont ils se gargarisent en prend un sacré coup. On accélérera les procédures de licenciement pour que les riches s'en mettent toujours plus plein les poches. La loi El Khomeri semblera une mesurette en regard de ce qui se prépare. Macron signera-t-il le TAFTA ? J'ai parié une bouteille de Champagne avec mon voisin, macroniste convaincu. C'est stupide, je n'aime les bulles qu'en bande dessinée. Par contre on avalera des OGM américaines sans piper. Faites chauffer la colle ! Espérons que nos centrales nucléaires tiendront la distance sans se fissurer parce que c'est reparti de plus belle... Pourvu que Trump ne déclare pas la guerre à la Russie, parce qu'adhérant à l'OTAN on serait forcés d'y aller comme un seul homme. Il faut comprendre les États Unis, affaiblir l'Europe est tout bénef pour eux et puis la reconstruction est un marché juteux dont ils ont autant l'habitude que de mettre de l'huile sur le feu. Mais je médis peut-être et m'égare de triage.
Nous étions là vendredi soir pour rigoler un bon coup avant la mascarade des urnes. Pour pallier la défection énigmatique d'Achille Mbembe, Blaise Merlin lut un texte interminable du philosophe camerounais, tunnel plombant avant un enregistrement d'Édouard Glissant et la prestation inopinée de Christiane Taubira, venue, dit-elle, en spectatrice. Si ce n'est sa parfaite connaissance de l'œuvre d'Aimé Césaire et sa culture rare parmi ses collègues, elle incarnait néanmoins tout ce que les artistes présents raillèrent toute la soirée. Après un long monologue qui rappelait insidieusement son soutien plus ou moins contraint à Macron, profitant de l'obscurité elle quitta discrètement aussitôt le chapiteau !


Cette soirée de veillée élect'orale accueille d'abord Jacques Rebotier qui improvise d'après ses notes. Complice de longue date d'Élise Caron, il est accompagné par le trio qui magnifie ses pointes anti-macroniques, caractéristique de tous les intervenants dont aucun n'est dupe de la manipulation d'opinion dont sont victimes les citoyens. Rebotier joue sur les mots pour évoquer la casse sociale, là où d'autres se moquent de la langue de bois des politiciens de métier.


C'est le cas du candidat Fantazio dont le bon sens fait ressortir l'absurde d'un système rôdé pour nous enfumer. Collignon se dandine en jouant d'un synthétiseur de poche, pirouette et s'étale, ou jazzifie de son cornet à freetes. Charolles trombone et force de frappe. Caron flûte et minaude mieux que les présentatrices patentées de la télé... J'ai tellement ri à la méchanceté du clown Ludor Citrik que j'en ai oublié de faire des photos !


Comme il sait si bien le faire, Franck Lepage démonte le discours vide de sens des spécialistes du genre en choisissant les mots utilisés par Emmanuel Macron dans ses prestations publiques. Tirant aléatoirement dix-sept concepts fumeux, il improvise une logorrhée hallucinante, fidèle à son modèle, puis démasque la supercherie des termes positifs du nouveau président de la République qui a remplacé ceux qui pourraient fâcher. Lepage termine sur la nécessité d'une révolution (oh, le mot qui fait encore plus peur que les autres!) si nous voulons sortir du marasme dans lequel les cyniques exploiteurs nous ont entraînés.


En clôture, Jacques Bonnafé explose de mots valises en sauts de cabri. Le comédien, aussi drôle que corrosif, danse autour de la piste, serre les mains de ses électeurs potentiels, hip-hopant dans son costume gris souris, embouchant sa trompette de cavalerie, pour un finale haut en couleurs de sa cravate à fleurs.


Les soirées de La Voix Est Libre sont souvent trop longues, mais toujours réussies. La générosité des artistes n'a pas de limite, nous faisant oublier la dureté des bancs en bois du Cirque Électrique et l'absurdité de notre aliénation. J'ai raté le spectacle de samedi avec D' de Kabal, Denis Lavant, Dieudonné Niangouna, Papanosh, André Minvielle, etc. Mais cette semaine la fête continue au même endroit Porte des Lilas, puis à La Marbrerie, à la Piscine Oberkampf et au nouveau Fgo-Barbara. Le programme est fameux. Vous m'en direz des nouvelles !

lundi 1 mai 2017

Coup d'état


Avant tout je n'essaye de convaincre personne, mais je me sens obligé d'expliquer ma position qui semble choquer beaucoup de monde. L'agressivité dont font preuve nombreux électeurs volontaires ou involontaires de Macron serait-elle le signe de leur mauvaise conscience ? Guidés par la peur, ils s'apprêtent à voter pour un programme de droite très dur, beaucoup sans l'avoir lu. Ni écouté comme lorsqu'il revendique de gouverner à coups d'ordonnances et de 49.3 ! Lorsque Macron appliquera la politique dictée par les financiers qui l'ont formé à cela, comment réagiront celles et ceux dont le vote sera sa caution ?
Les Insoumis qui s'abstiennent ou votent blanc insistent clairement pour qu'aucun citoyen ayant voté pour Mélenchon au premier tour ne cède aux chimères du Front National sous prétexte que Marine Le Pen copie certains points du programme de la France Insoumise qu'elle n'appliquerait évidemment pas si elle était élue. Cette hypothèse fortement improbable est un bourrage de crânes que nous imposent les chaînes de télévision et la presse papier, toutes aux mains de milliardaires, banquiers, marchands d'armes, adeptes de l'évasion fiscale et du surf sur les articles de la loi... Les affaires sont les affaires ! Je crois que seuls L'Humanité et La Croix leur échappent encore, mais ni l'un ni l'autre ne soutiennent la décision que je tente d'expliquer ici.
À l'approche du second tour qui opposera la menace de l'extrême-droite au candidat des banques, le débat fait donc rage et pas seulement sur les réseaux sociaux. Étonnamment il ne concerne pas les programmes des deux prétendants, mais il se polarise sur les abstentionnistes de la France Insoumise. Cette décision fait elle-même débat, Jean-Luc Mélenchon laissant libres celles et ceux qui l'ont soutenu pendant des mois. Sur leur site, les Insoumis peuvent ainsi indiquer s'ils souhaitent voter Macron, blanc ou nul, abstention. Si les "abstentionnistes" conçoivent très bien qu'une grande majorité de Français votent hélas pour un jeune pantin fabriqué comme un produit de marketing, dont le programme est d'une rare vacuité, mais dont les quelques éléments et les actes seront une catastrophe sociale, économique, écologique et politique, celles et ceux qui craignent que Marine le Pen l'emporte ne supportent pas que les Insoumis refusent de donner un blanc-seing au candidat du Capital le plus cynique qui nous est jamais été imposé. Les premiers expriment la peur en agitant le spectre du fascisme, les seconds refusent d'être manipulés comme nous l'avions été en 2002 lors du duel Chirac-Le Pen père. Or Macron n'est pas Chirac. Chirac n'a pas fait grand chose de ses douze ans à la tête du pays, mais en bon gaulliste il nous avait au moins empêchés d'aller faire la guerre en Irak. Par contre, Macron renforcera notre vassalité envers les États Unis, tant d'un point de vue guerrier qu'économique (CETA, TAFTA, OTAN...), sans parler de la catastrophe écologique qui se profile (vive le nucléaire !). Mais là n'est pas la question, du moins pour celles et ceux qui appellent à faire barrage à Le Pen fille, attaquant avec véhémence l'irresponsabilité des "abstentionnistes".
D'abord ne nous leurrons pas, le jonglage des pronostics de pourcentage au second tour est du même acabit que le scandale anti-démocratique des sondages du premier tour. Jamais la manipulation d'opinion n'aura été aussi forte, les électeurs se polarisant sur les chances d'un tel ou d'une telle plutôt que sur leurs programmes. Si la France Insoumise a bien un mérite, et ce entre autres grâce au talent d'orateur de son candidat, capable d'improviser chaque discours sur un sujet différent pendant deux heures en captivant la foule par la clarté de son argumentation, c'est de redonner goût à la politique à des millions de citoyens, en particulier aux jeunes engagés dans ce mouvement.
Les partisans de Benoit Hamon sont les plus virulents bien qu'ils portent leur responsabilité dans le résultat du premier tour. On peut se demander en effet pourquoi leur candidat ne s'est pas retiré au profit de Mélenchon lorsqu'il devint évident que son score serait pitoyable. Ils auraient ainsi empêché Le Pen d'accéder au second tour en votant pour le seul candidat de gauche qui avait ses chances de l'emporter. Il fut rétorqué que Hamon ne pouvait se désister sans faire perdre les 14 millions non remboursables alors au PS. Quelle honnêteté l'y aurait poussé après que la plupart des dirigeants de son parti l'aient trahi en même temps que tous ceux qui avaient participé aux primaires socialistes, lorsque ces ténors appelèrent à voter Macron dès le premier tour ? Cette naïveté ne ressemble pas à ses actes passés. La critique "Voter Hamon au premier tour, c'est voter Macron au second" était explicite. Des hamonistes qui n'avaient cessé de cracher sur Mélenchon, en lui imputant des termes que celui-ci avait pourtant démontés, s'étaient ralliés à lui la veille du vote après avoir œuvré dans l'autre sens pendant des semaines ! On peut se demander si Hollande, dont l'exécrable politique libérale a poussé la population à s'en défier, n'a pas tout magouillé en sortant Macron, son poulain, de la primaire, laissant aller Hamon au casse-pipe pour siphonner les voix de Mélenchon et l'empêcher de réaliser la sixième république. Hamon est-il un honnête dindon de la farce ou complice de l'affaire en échange de quelque responsabilité prochaines ? L'avenir le révèlera. Résultat des courses : les socialistes sincères appellent aujourd'hui à voter pour un candidat de droite à la politique ultra-libérale alors qu'ils avaient la possibilité de faire élire un candidat de gauche dont le programme était très proche du leur, si proche que plus d'une fois ils s'en inspirèrent allègrement, sauf sur la politique extérieure opposant une doctrine va-t-en-guerre à la recherche de la paix par voies diplomatiques.
Est-ce que Macron est plus proche de l'insipide Bush Jr, du glamour Obama, d'un Rastignac new look ? Probablement un peu des trois. Ses interventions publiques sont un mélange de langue de bois et d'anonnements, se flattant de ne pas avoir écrit ses discours et de ne pas les comprendre lui-même. Mais les maîtres de Hollande et Valls devaient changer de héraut en faisant élire un bon serviteur. D'autres questions restent entières : un duel Macron-Mélenchon au second tour était très incertain quant au résultat, surtout avec la force de frappe médiatique dont dispose Macron.
De même que je dus m'expliquer quinze jours durant pour avoir refusé d'être "Je suis Charlie", et l'on a pu en constater ensuite les effets, je ne pourrais me regarder dans la glace si je me laissais prendre à nouveau comme en 2002. Je comprends celles et ceux qui comptent sur leurs doigts en évoquant les pires cauchemars. Mais la peur est mauvaise conseillère. Le FN est le jouet diabolique du PS qui l'a sciemment fait monter depuis 35 ans pour d'une part diviser la droite traditionnelle et d'autre part agiter le spectre du fascisme chaque fois qu'une véritable gauche risquerait d'ouvrir les yeux des citoyens qui élisent systématiquement leurs bourreaux de peur d'hériter de pire. Le coup d'état est rondement mené. La finance peut se gargariser. Elle a de bons petits soldats. De temps en temps je repense à Edward Bernays, le neveu de Freud, père de la propagande politique institutionnelle et de l'industrie des relations publiques, inventeur du marketing qui appliqua la psychologie du subconscient à la manipulation de l'opinion publique. Mais ne me demandez pas d'être complice de cette mascarade, je veux continuer à vivre debout pour me battre contre les injustices et le saccage en règle de la planète. À chacun selon sa conscience, mais quoi que vous décidiez, ne votez pas Le Pen...

Illustration : photogramme du remarquable The Century of the Self (Le siècle du soi) du documentariste anglais Adam Curtis - en anglais et un seul morceau sur YouTube ou en plusieurs parties avec sous-titres français sur Daily Motion - vous n'en reviendrez pas !

vendredi 28 avril 2017

La jeunesse n'emmerde pas que le Front National


Je me retiens de répondre à toutes les inepties que je lis sur les réseaux sociaux pour ne pas envenimer le débat. Probablement que j'y replongerai la semaine prochaine. Les élections créent un vide sanitaire entre les fantasmes et le réel, comme si les affaires courantes étaient en pause. Ne connaissant personne à proximité qui vote Le Pen je ne sens pas le frétillement des racistes et xénophobes. Les socialistes perdent le sens de la mesure et les Insoumis se tâtent avec une nette tendance à suivre le mot d'ordre de la jeunesse, "Ni Marine ni Macron, ni patrie ni patron". Devant le Lycée Voltaire, la manifestation qui avançait serrée sur toute la largeur de l'avenue de la République était incroyable. J'ai eu la rare impression de revenir en arrière, un certain 10 mai 1968, ma première manif. J'avais leur âge et je savais ce dont je ne voulais plus sans la moindre idée de ce que nous réservait l'avenir. C'est peut-être la première fois que je retrouve cette détermination. J'ignore si c'est une projection ou une perception encore abstraite, mais cela m'a trotté dans la tête toute la journée, plutôt comme une sensation à fleur de peau.
De toute manière, en dehors des obligations de boulot qui me font toujours travailler du chapeau et des incontournables tâches domestiques, j'ai le sentiment d'avoir la tête vide pour le reste. Le soir, je regarde comme d'habitude un film pour me détendre. Je mène de front plusieurs festivals, le coffret Chepitko Klimov chez Potemkine, le coffret Barbet Schroeder chez Carlotta et la suite de la collection Akira Kurosawa chez Wild Side. Il n'est pas facile d'en parler avant d'arriver au terme de chacun. Idem avec la 5ème saison des Américains ou de la troisième de Fargo qui vient de démarrer. Je peux juste dire que tout cela est fameux, tant les films critiques du régime soviétique du couple russe Larissa Chepitko et Elem Klimov dans les années 60-70 que les polars noir et blanc de Kurosawa tournés entre 1943 et 1970. Quant à Schroeder je suis ravi de les revoir agrémentés de leurs passionnants bonus. J'y reviendrai.
Avec tout cela je ne sais pas du tout quand envoyer l'annonce du concert du 12 mai au Triton avec Sophie Bernado et Linda Edsjö, craignant que le mail passe à l'as à cause des élections. Jean-Pierre Vivante m'avait proposé deux dates, une entre les deux tours et l'autre juste après le verdict. Je pense avoir bien fait d'avoir choisi la seconde. Vous pourrez au moins vous détendre en pensant à autre chose avec nos Défauts de prononciation qui sont plutôt des défis de prononciation tant ils sont nombreux et variés...

lundi 24 avril 2017

Pour que rien ne change


Un homme demande un prêt à son banquier. Celui-ci, amusé, lui répond qu'il le lui accordera s'il devine lequel de ses deux yeux est un œil de verre. Sans hésiter son client indique le droit. Le banquier, surpris de sa perspicacité, l'interroge sur ce qui l'a mis sur la voie. Le client explique : "c'est le seul où il y avait un peu d'humanité !".
Je relis le programme d'Emmanuel Macron pour savoir à quelle sauce nous serons mangés et n'en constate encore une fois que le vide sidéral, à l'image de ses discours, fades modèles de langue de bois. Les banques ont trouvé le candidat idéal, un homme jeune et malléable qui agira à ce pour quoi il a été formé. Le service de marketing a bien ciblé sa campagne. Le pays sera dirigé comme une entreprise. À sa tête une sorte de Bush Jr, marionnette pratique qui permettra aux principaux actionnaires d'en tirer les ficelles. Rien hélas de nouveau. C'est la continuité exacte du quinquennat précédent, la créature laissée en héritage par François Hollande, un président dépressif dont il ne restera pas grand chose. Le futur président de la République, avec son nez qui le démange, a déjà les tics de Sarkozy, comme si le costume attendait seulement un corps qui le remplisse.
Je n'ai jamais cru un seul instant que Marine Le Pen pourrait l'emporter. Qui que ce soit en face d'elle remporterait la coupe. Il y a quinze ans, j'ai voté Chirac contre son père, la honte ! On ne m'y reprendra pas deux fois. Pas question de lui fournir une légitimité usurpée. Le Capital se joue de la démocratie en nous offrant deux alternatives identiques qu'ils appellent la droite et la gauche avec le Front National comme variable menaçante. Le modèle américain démocrates-républicains s'exporte bien. L'électorat de Le Pen est difficilement extensible. Cet épouvantail rassemblera contre lui la droite traditionnelle, les socialistes de tous bords et ceux qui se laissent impressionner par le spectre du fascisme. La victoire de Macron n'est qu'une question de pourcentage. Chaque fois qu'il y aura un risque de changement possible, ils agiteront la menace d'attentats ou engageront la France dans quelque guerre punitive dont l'intérêt économique est le moteur post-colonial.
C'est bien là que ma tristesse s'exprime. Pas dans l'échec de la France insoumise à ne pas accéder au second tour, mais dans l'énigme que représente pour moi l'espèce humaine. D'abord je pense que face au candidat des banques, Mélenchon aurait perdu dans quinze jours, devant lutter contre une ligue qui aurait rassemblé l'extrême-droite, la droite traditionaliste et les socialistes. Les Communistes qui ne représentent plus grand chose n'ont jamais voulu du pouvoir, préférant rester dans l'opposition. Le travail exceptionnel des militants de la France Insoumise n'est par contre pas perdu. Il servira les luttes sociales qui ne manqueront pas évidemment et il fournira les armes contre le gâchis écologique qui se perpétue. Non, ce qui me désole, c'est l'aptitude de l'espèce humaine à s'autodétruire en entraînant avec elle toutes les autres espèces. Comment cette élection pourrait-elle me déprimer alors que la guerre fait rage partout sur la planète et que chaque jour des dizaines de milliers d'innocents font les frais de politiques aussi absurdes que criminelles ? Je ne m'y ferai jamais.
Le regain d'intérêt de très nombreux Français pour la politique est la bonne nouvelle de cette campagne du premier tour, le second n'étant qu'une mascarade. La prise de conscience de beaucoup pour une mutation écologique fera probablement évoluer nos pratiques quotidiennes. L'intelligence et la clarté des propositions de Jean-Luc Mélenchon et des militants qui l'ont soutenu sont une base de travail pour l'avenir. Il est tout de même formidable d'arriver à convaincre autant de monde sans l'appui d'aucun parti, d'aucun média. L'écart est mince si l'on pense que le héraut de la finance bénéficie d'une armada colossale, la presse et la télévision étant tombées aux mains de ses employeurs, banquiers et marchands d'armes qui n'ont besoin que d'une agence de publicité qui fasse la retape. Mélenchon rivalise d'inventivité, confronté à cette société du spectacle où la forme est une vaseline chargée de flouter les mesures iniques pour que les victimes continuent d'élire leurs bourreaux. Car très peu de personnes tirent les marrons du feu, et ceux-là ont besoin de petites mains qui s'y brûlent et se consument. Mais de plus en plus d'yeux apprennent à s'ouvrir et rien n'est jamais acquis, ni l'horreur, ni l'espoir d'un monde meilleur. C'est un travail. Un travail quotidien.

lundi 17 avril 2017

Faux amis


J'ai longtemps hésité avant de virer de mon mur certains de ceux que FaceBook nomme des amis. J'en avais moi-même fait les frais, pas seulement des amis à la mode FaceBook mais aussi IRL (In Real Life, comme disent les anglophones) quand le délire anti-mélenchonien avait atteint des sommets. Exprimant d'abord ma tristesse pour tenter de les empêcher de se compromettre, le déni avait fini par l'emporter. Ma décision est douloureuse, cette exclusion n'étant nulle censure, libre à eux de continuer ailleurs que chez moi, mais une réaction sanitaire. J'ai en effet appris à éviter les contrariétés pour vivre plus sereinement, que ce soit dans le travail ou l'intimité. Depuis que je ne m'énerve plus, je somatise beaucoup moins et la vie est beaucoup plus gaie, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier l'éventualité d'un retour des "jours heureux", car ma révolte contre les inégalités, l'injustice et le cynisme n'a par contre pas faibli !
Les commentaires affligeants sont particulièrement pénibles lorsqu'ils proviennent de personnes que j'admirais et qui ont chu de leur piédestal en se répandant en calomnies avec la plus grande mauvaise mauvaise foi ou un délire paranoïaque qui ne permet aucun débat. J'ai remarqué qu'ils ou elles étaient souvent des gens de pouvoir, directeurs de grande école commerciale ou de festival, réalisateurs de documentaires à l'ego surdimensionné par rapport à leurs œuvres devenues banales avec le temps, chefs de petites entreprises dans le multimédia, etc. À se demander si l'intelligence de Mélenchon ne leur fait pas de l'ombre, sorte de querelle de coqs d'un point de vue psychanalytique. J'en suis venu à souvent chercher du côté de l'analyse les raisons absurdes qui leur font proférer des propos négationnistes et à certains gouvernements de reproduire les crimes qu'ils avaient subis.
En fin de semaine j'ai lu ainsi n'importe quoi concernant l'ALBA sans qu'ils s'en soient informés par eux-mêmes au lieu de reproduire des articles mensongers publiés dans Le Monde par exemple, journal aux mains de milliardaires dont le héraut est le pantin Macron. Quant aux amalgames, que je préfère dentaires bien que n'appréciant guère les séances de torture, il est incroyable que les rapprochements avec le stalinisme soient encore de mise aujourd'hui. Mélenchon a parfaitement répondu à ces allégations dans sa 25e revue hebdomadaire sur YouTube (ou mieux lors de son discours de Toulouse hier dimanche devant 70 000 personnes).


J'imagine que quelques uns défendent leur pré carré et que nombreux ont simplement peur du changement, préférant la souffrance qu'ils connaissent à une autre supposée dont ils ignorent tout.
Enfin, comme je crois d'une part Jean Renoir lorsqu'il avance qu'on ne convainc personne qui ne veuille être convaincu, et que d'autre part je ne peux pas passer mon temps à rabâcher les mêmes explications à des interlocuteurs qui n'en ont cure. Je préfère m'éviter de lire cette littérature nauséabonde qui s'affichait là, en coupant toute communication qui semble inutile. Contrairement à ce qu'ils imaginent, je débats régulièrement avec des amis qui ne partagent pas du tout mes opinions, parfois même les pires, à condition qu'ils défendent clairement leurs points de vue et leurs intérêts sans être obligés d'inventer n'importe quoi... Cela ne me fait pas forcément plaisir, mais j'essaie toujours de comprendre ce qui les agit.

N.B.: les photos d'Olivier Degorce qui illustrent actuellement ma page FaceBook ont été prises à Londres le mois dernier, dans la rue et en concert devant la Mascarade Machine.

mercredi 12 avril 2017

Aux Zorro et autres intellos de gauche qui crachent dans la soupe


L'engouement pour le programme de la France Insoumise augmente de jour en jour. Son candidat à la présidence de la République, dernier de la Ve avant que la Constituante accouche de la Constitution de la VIe (la vie !?), fait preuve d'une clarté exemplaire dans ses prestations publiques et médiatiques et si l'on est sensible à son argumentaire tant écologique qu'économique, pacifique et moral, Jean-Luc Mélenchon rassemble de plus en plus de suffrages à quelques jours du vote, laissant espérer qu'il se retrouve en lice pour le second tour. Or si Mélenchon se retrouve au second tour contre Marine Le Pen il a de très grandes chances de l'emporter. On cravache donc pour convaincre les indécis, les abstentionnistes, les hamonistes, les poutouistes, etc.
Première adresse aux abstentionnistes qui préfèrent militer au quotidien dans un combat de proximité, à Notre-Dame-des-Landes, auprès des "sans-papiers", etc. Souvent de tradition anarchiste, ils critiquent le culte de la personnalité des hommes et femmes politiques, choisissant la marge comme s'il était possible de s'exclure du jeu social. Cette démarche parfaitement louable et compréhensible peut paraître égoïste, car, souvent issus de la classe bourgeoise, ils se marginalisent dans un mouvement de solidarité limité. Ils ne désirent le plus souvent pas de véritable changement, leur marginalisation représentant un confort de l'esprit à la Zorro. Rappelez-vous que le justicier est un riche aristocrate qui prend la défense de la veuve et de l'orphelin, accompagné de son fidèle serviteur muet ! Or si Mélenchon devenait le dernier président de la Ve République, il entraînerait quantité de pays européens à sa suite, avec une petite chance de sauver la planète du gâchis et de la guerre mondiale qui se profile. L'enjeu est colossal, quand un Macron au contraire nous ferait glisser dans l'horreur qui est hélas déjà à l'œuvre...
Deuxième adresse aux "intellectuels de gauche" qui ne cessent de chercher la plus petite mesquinerie qui salirait Mélenchon, sans y arriver, mais boudant le plaisir de bousculer l'ordre des choses et de réaliser cette révolution pacifique. Même constatation sur leur désir de renverser le cours de l'Histoire. Le souhaitent-ils vraiment ou se complaisent-ils dans un pessimisme dont ils sont les héros ? À noter que presque tous et toutes sont des personnes intelligentes, mais avec un ego surdimensionné, incapables d'avaler qu'un politicien soit plus brillant qu'eux ! Ils attaquent honteusement la personnalité de Mélenchon, comme s'ils n'avaient jamais voté que pour des altruistes effacés. Ou bien ils ressassent ses prétendues attaches à Poutine, alors qu'il a été parfaitement explicite sur le sujet. En m'interrogeant sur ce qui lie ces détracteurs systématiques, je me souviens que des années durant ils ont été des gens que j'ai admirés, mais aujourd'hui ils se répandent misérablement sans développer le moindre argumentaire. Ils préfèrent jouer les va-t-en-guerre en Syrie comme jadis Romain Goupil en Irak ou BHL en Lybie, deux pays que nous avons totalement détruits, ils préfèrent louer Benoît Hamon placé là uniquement pour siphonner les voix de la France Insoumise, le candidat du PS renégat étant de toute évidence le freluquet Emmanuel Macron, sorte de pantin entre les pattes des banquiers à la manière de Bush Jr.
Mon article, que j'admets provocateur et réducteur, n'aura convaincu personne qui ne veuille être convaincu, comme disait Jean Renoir, mais j'avais envie de partager cette analyse sommaire avec toutes celles et tous ceux qui participent à ce mouvement d'une rare créativité où l'espoir reprend du poil de la bête, au moins ces deux dernières semaines, mais certainement pour plus longtemps, tant le travail des militants a redonné foi en la possibilité d'un autre monde, avec un programme qui servira quelle que soit l'issue du scrutin. La politique refait surface et envahit la rue. Je devrais mettre plus de points d'interrogation que d'affirmation, car je comprends aussi que la société du spectacle a atteint un point extrême où nombre d'entre nous ne savent plus s'ils jouent un rôle, s'ils sont agis ou s'ils ont encore la faculté de penser. J'ai moi-même encore des doutes que j'ai laissés de côté le temps de quelques jours...

vendredi 7 avril 2017

Un Télérama sans télé ?


Comme de nombreux lecteurs encore abonnés à Télérama, il y a longtemps que je ne lis plus que les pages magazine, laissant collées celles consacrées à la télévision. Habitant Paris, je feuillète également le Petit Journal, mais depuis quinze ans j'achète une incroyable quantité de papier dont je n'ai aucun usage, préférant la matière des quotidiens pour allumer le feu dans l'âtre. Cela ne coûterait-il pas moins cher de fabriquer une édition plus mince, moins d'arbres à couper, moins de poids à la Poste ?
Les jeunes ne regardent plus la télévision, préférant le replay sur Internet, mais ce ne sont pas les seuls ! La multiplication des chaînes a joué contre elle : avec les chaînes thématiques s'est constitué un communautarisme des programmes là où dans le passé la pauvreté quantitative de l'offre obligeait à un universalisme de qualité. Internet assume dorénavant cet encyclopédisme œcuménique. Avec la recherche en ligne, le programme quotidien du magazine est devenu également inutile, sauf pour les personnes âgées attachées à leur fauteuil.
Il n'existe à ma connaissance plus beaucoup de magazines culturels embrassant la presque totalité du champ. Les quotidiens comme Le Monde et Libération passés idéologiquement à la réaction sont trop énervants pour que je puisse encore les lire et leur offre culturelle s'est considérablement réduite à force de suivre la loi du marché. Il est étonnant que Télérama ait résisté jusqu'ici au rouleau compresseur du Monde qui a racheté le magazine en 2003, affichant une ouverture d'esprit dans sa tradition catho de gauche, devenue rare aujourd'hui, les pages culturelles du Monde Diplomatique, très anecdotiques, restant bien en dessous de ce que l'on pourrait en espérer.
Me voilà donc surpris d'attendre mercredi pour feuilleter l'actualité artistique de la semaine ou du mois à venir. Profitant de rabatteurs (parmi mes amis) qui m'indiquent de temps en temps des sujets susceptibles d'alimenter mes articles, je fus récemment heureux de découvrir Chinese Man sous la plume de Frédéric Péguillan ou Sons of Kemet sous celle d'Éric Delhaye dans le Petit Journal, deux groupes qui m'avaient échappé et tournent depuis sur ma platine.


Petit a parte sur Sons of Kemet, quartet de jazz anglais dirigé par le saxophoniste Shabaka Hutchings, Londonien d’origine caribéenne, à qui l'on doit deux albums, Burn et Lest We Forget What We Came Here To Do, à la croisée du rock et de la musique africaine avec un jeu de jambes irrépressible venu des îles. Leur côté roots résume la musique à l'indispensable. Accompagné par le tubiste Oren Marshall (ou Theon Cross) et les batteurs Seb Rochford et Tom Skinner, Hutchings joue avec une fougue communicative, au ténor ou à la clarinette, interrogeant l'identité des Caraïbes dans ses compositions. Sans qu'il ressemble à aucun d'eux, je n'ai pu m'empêcher de penser à Dolphy, Rollins, Ayler, Coleman, quand le soleil vient frapper nos peaux décolorées. Hutchings est aussi féru de musique contemporaine et a initié depuis d'autres projets comme le trio, electro free, The Comet Is Coming. Les clips vidéo sont ici !
Retour à Télérama où les articles de société sont toujours intéressants quel que soit le regard critique que l'on porte soi-même sur le monde qui nous entoure. La présentation des sorties cinématographiques est exhaustive. Le choix de certains chroniqueurs est parfois catastrophiquement restrictif lorsqu'il se focalise sur un genre très convenu comme Michel Contat pour le jazz, mais on peut suivre des pistes ici ou là, que ce soit pour les sorties de livres, les expositions, les sorties ou des musiques qui ne sont pas a priori dans notre champ de vision...

mercredi 5 avril 2017

Les derniers Maîtres


Ne plus regarder la télévision ressemble à une cure de détox. Depuis quinze ans nous avons remplacé le roman national professé par le quatrième corps d'armée par le butinage en réseaux sociaux. Cela n'évite pas les balivernes et il est toujours besoin de vérifier ses sources avant de partager, mais le contenu manipulatoire est moins répétitif. D'autre part nous avons ainsi accès à quantité d'informations inaccessibles autrement, comme par exemple les discours in extenso de Jean-Luc Mélenchon qui convaincraient nombre d'indécis s'ils prenaient la peine de les écouter. Un petit extrait pour celles et ceux à qui on a fait le coup de l'amitié avec Poutine :


Ayant dérogé à ma règle et suivi le débat entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle, j'ai remis cela mardi soir avec les 11 candidats, sur BFMTV par dessus le marché. Les commentaires journalistiques des préparatifs, dit avant-débat, ressemblaient à ceux d'une retransmission sportive, société du spectacle au mieux de sa forme. Ce spectacle grand public, pour qui peut tenir quatre heures concentré sur les discours et les yeux des acteurs, m'inspira quelques réflexions.
D'abord le bilan final formulé par la sanction de l'audimat donna encore une fois Jean-Luc Mélenchon comme candidat nettement le plus convaincant. Les instituts de sondage, entreprises de manipulation aux mains de quelques milliardaires, qui avaient depuis le début de la campagne minimisé son impact sont obligés de reconnaître sa montée dans l'opinion. C'était habile lorsque l'on se souvient que les Français n'aiment pas voter pour un perdant. On avait donc droit au terme de "gauche radicale" contre "vote utile" incarné par le candidat supposé du PS, Benoît Hamon. La magouille du parti actuel au pouvoir démasquée, à savoir que son candidat réel, même officieux, a toujours été Emmanuel Macron et que Hamon n'est là que pour siphonner les voix de Mélenchon, les intentions de vote ne pouvaient que se ratatiner. À moins de trois semaines du scrutin et devant la progression éclair du candidat de la France Insoumise, les instituts de sondage ne peuvent donc continuer à le jouer à la baisse sans se ridiculiser en perdant toute crédibilité.
Dans tous les débats Macron, candidat des banques et des chaînes de télévision qu'elles tiennent en coupe serrée, apparaît étonnamment comme le plus flou, le plus confus. J'ai aussitôt pensé à George Bush Jr, un idiot de la famille dont les fils de marionnette finissent par se voir, la poudre aux yeux et la colère qui monte au nez ne faisant plus l'effet escompté dès lors qu'on en abuse ! Son paravent "ni de gauche ni de droite" est pourtant à relever, mais ce n'est pas lui qui l'incarnait au débat de mardi soir. En effet les candidats, dits petits par la taille de leur score supposé, comme Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau ou Jean Lassalle, a priori considérés comme à droite ou centristes, rejoignent les positions des Trotskystes Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud lorsqu'il s'agit de fustiger la corruption imposée par la dictature financière défendue exclusivement par Fillon et Macron. Je ne parle pas de Marine Le Pen dont le discours est un tissu de mensonges et de contradictions essentiellement accès sur la haine de "l'autre", histoire de gruger même quelques électeurs d'origine maghrébine ou africaine qui ne se rendent pas compte qu'ils tressent une corde pour se pendre. Poutou, que les commentateurs sportifs issus des beaux quartiers jugèrent impertinent dans son laisser aller popu, sut lui clouer le bec avec à propos. Pendant ce temps, Arthaud ramenait chacune de ses interventions au sempiternel "travailleuses, travailleurs" de jadis Arlette Laguiller. Asselineau citait les articles prouvant la catastrophe des traités européens, Cheminade exultait une saine colère, Dupont-Aignan défendait les petites entreprises, Lassalle lançait des clins d'œil complices à Mélenchon, seul candidat à embrasser la totalité des sujets évoqués par la campagne, mais si on a suivi ses discours où dans chaque ville il tient des heures sur un sujet différent on ne sera pas étonné par la clarté du petit résumé que la vingtaine de minutes, vouée à chacun des 11, lui octroyait.
L'autre candidat à stature présidentielle semblait Fillon, capable de rester stoïque, malgré le nombre grandissant des preuves de ses mensonges et cachoteries hypocrites dont certaines mériteraient tout de même un coming out, surtout lorsqu'on est soutenu par la Manif pour tous. Le seul candidat dont l'électorat est explicitement de droite (le FN attire aussi des déçus et malinformés, Macron des démocrates-sociaux à qui on a réussi à faire peur avec la montée fabriquée du FN) joue la victime et la dignité, sorte de chemin de croix qui continue à plaire aux cathos qui le soutiennent.
Il est à parier que Jean-Luc Mélenchon, si ses militants arrivent à convaincre les indécis et les abstentionnistes, pourrait très bien se retrouver au second tour, non contre toute attente mais contre toute intox. Car si les intentions de vote à son égard s'amplifient de jour en jour, c'est contre la fantastique levée de boucliers (lire Le mascaret) que lui opposent les médias qui l'ont caricaturé depuis des années (normal, ils appartiennent tous à des milliardaires marchands d'armes ou banquiers), les partis traditionnels y compris ce qui reste du Parti Communiste dont les positions sont honteuses face à l'extraordinaire travail que représente le programme de la France Insoumise, la classe politique (il n'est entouré presque que de jeunes qui n'ont jamais été élus), les attaques contre la personne pour étouffer le programme, etc. Mais la clarté de son discours convainc de plus en plus de monde, des jeunes qui voient mal ce qu'un autre avenir leur réserve, des citoyens épris de paix (le discours belliqueux de Hamon tranche là, malgré tout ce qu'il a pompé pour son simili-programme), des personnes qui veulent vivre autrement, dans le respect de la nature (c'est le seul candidat dont l'écologie est à la base du programme économique), des gens qui veulent que cela change et prêts à s'en donner les moyens. Je donne ici peu d'exemples, le programme L'avenir en commun fait 70 pages qui se lisent très facilement et il est accompagné de plus de 40 livrets thématiques qui raviront celles et ceux qui pensent que les jours heureux ne sont pas histoire du passé...

vendredi 31 mars 2017

Fin de la trêve hivernale


Quand on ne sait pas quoi offrir, on peut toujours apporter des fleurs, me suis-je dit. Sauf que j'apprends que la plupart des bouquets que l'on achète chez les fleuristes sont traités avec des produits toxiques. Celles de La Ciotat sont sauvages, des jaunes, des bleues, des blanches, lunaires annuelles, ornithogales à feuilles droites, plumbago, pissenlits, que sais-je, auraient donc bien fait l'affaire, mais l'herbe réduite à la taille du blog, on n'aurait pas vu grand chose. J'ai donc rajouté cette grimace au fil de fer. Pris par les livraisons du CD Long Time No Sea et du vinyle de remix à sortir en juin chez DDD, chargé de courses chez les asiatiques de Belleville, je n'avais pas le temps de réfléchir avant d'écrire. D'où l'idée des fleurs.
Mais le 31 mars est surtout la fin de la trêve hivernale et la centaine de Baras qui squattent depuis trois ans le bâtiment de Natixis dans notre rue risquent de voir arriver des cars de Robocops pour les déloger. Ce serait débile pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'ils iront squatter ailleurs. Ensuite parce qu'on n'a jamais eu de voisins si tranquilles, surtout dans un "grand" ensemble au milieu de notre quartier pavillonnaire. Interpellé mercredi soir au cours du Conseil Municipal, le Maire de Bagnolet leur a promis de promulguer un arrêt anti-expulsion, mais ce serait, paraît-il, symbolique, car c'est le Préfet qui décide de l'intervention des forces du désordre... Il serait évidemment préférable de les reloger dans des conditions décentes, mais ce n'est hélas pas le sens que prennent les décisions gouvernementales actuelles. Il serait juste que les élus se bougent sérieusement pour résoudre une situation qui profite aux employeurs qui les paient au noir une misère. En tout cas, la rue ne représente pas pour eux une solution, sauf à manifester leur mécontentement pour avoir été chassés de Libye par la guerre que la France y déclencha sous de faux prétextes, sans parler du post-colonialisme qui semble encore avoir de beaux jours devant lui.

jeudi 9 mars 2017

Stratégie, quand tu nous tiens !


Ici du vert, plus loin du rose. Le rouge fait trop peur aux naïfs qui croient que les sondages sont autre chose que de la manipulation d'opinion. Ces instituts appartiennent aux mêmes industriels qui possèdent les médias de masse. On accuse Mélenchon d'être venu à l'écologie bien trop tard. N'est-ce pas préférable aux vendus qui ont fait le chemin inverse ? Tout cela pour un siège à l'Assemblée ! N'est-ce pas mieux de vivre debout ? Mais il y a plus grave, ou plus fin. Par exemple la stratégie non avouée du PS qui révèle en douceur son véritable candidat, Emmanuel Macron ! Les uns après les autres, les socialistes annoncent rallier le candidat des banques. Dans le désordre, mais un désordre bien ordonné, Benjamin Griveaux, Bariza Khiari, Alain Calmette, Marc Goua, Maurice Vincent, Dominique Baert, Jean-Yves Le Drian, Christophe Castaner, François Patriat, Gille Savary, François Loncle, Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Alain Rousset, Gérard Collomb, Corinne Erhel, Richard Ferrand, François de Rugy (participant de la Primaire), Florent Boudié, Jean-Pierre Masseret, Jacques Attali, Erik Orsenna, Bernard Kouchner, Bertrand Delanoë, probablement bientôt Claude Bartolone, Ségolène Royal, Patrick Kanner, Juliette Méadel... Hollande lui-même tergiverse avec sa mollesse légendaire. Quant à Manuel Valls, Myriam El Khomri, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Marc Ayrault, Stéphane Le Foll, devinez ce qu'ils feront ? Quand on pense à leur Primaire, quelle mascarade !
Mais alors à quoi sert le candide Benoît Hamon ? Tout simplement à piquer des voix à Jean-Luc Mélenchon dont on lui a recopié le programme avec quelques variations pour que les affolés réclament l'union. L'étonnant est que ces prétendus réunificateurs la réclament presque exclusivement au candidat de la France Insoumise ! Le piège se referme. Hamon se ressaisira-t-il lorsqu'il comprendra quel dindon de la farce il fait ? Le parti des traitres, qui a gouverné à coups de 49.3 et imposé la Loi Travail qu'aucun gouvernement de droite n'aurait réussi à faire passer, a choisi Macron en envoyant Hamon au casse-pipe et en espérant qu'il entraîne Mélenchon avec lui. Il ne reste plus d'autre solution que de voter Mélenchon au premier tour pour déjouer cette manipulation aussi savante qu'odieuse. Après s'être débarrassé du Parti Communiste et avoir fait monter le Front National, le PS a besoin de zigouiller définitivement la gauche en France, à l'image des États Unis. Nous pourrons ainsi continuer de guerroyer au Moyen Orient et en Afrique, jouer avec le feu de l'OTAN sur le front de l'est, assassiner les pauvres en enrichissant toujours plus les spécialistes de l'évasion fiscale, et tout cela sous couvert de démocratie, puisque ce sera le résultat d'un vote. Réveillez-vous ! Le monstre n'est pas celui que l'on croit. Le "fachisme" que vous craignez tant peut prendre un autre visage que celui que vous montrez du doigt. Ils veulent nous donner des leçons d'histoire, mais ils ont la mémoire courte, ou bien sautent-ils quelques épisodes ! On savait que la réaction ne se laisserait pas faire. Ils sont encore plus forts que nous le craignions.

mercredi 8 mars 2017

Le combat n'aura pas été vain


Les radoteurs rendent Mélenchon l'unique responsable de l'union impossible, ou du moins très difficile, avec Hamon et Jadot. Comme si l'unité pouvait être le fait d'un seul ! Ces Fouquier-Tinville ne font aucune référence aux programmes des uns et des autres (à leur absence ou à la copie conforme !), différences fondamentales qui engagent l'avenir, ni au récent passif des candidats, ni aux Partis qui les freinent ou aux citoyens qui les encouragent. Ils font la sourde oreille à la méfiance des électeurs qu'on a fait voter pour Hollande en 2012 et à la catastrophe qui s'en suivit. On peut pourtant constater dans quel état la démocratie s'en trouve ridiculisée. La stratégie d'union de la gauche a sonné le glas du PCF depuis l'avènement du Programme Commun. Pourquoi voter pour un parti qui a perdu son autonomie et ses spécificités ? Quant au PS, c'est à croire que Hollande et Valls sont des infiltrés tant leurs talents ont ruiné l'image bon enfant de leur parti. Les socio-démocrates ne veulent jamais aucun bouleversement, seulement calmer les revendications de la population. Pendant ce temps les Trotskystes boudent dans leur coin et les anarchistes répètent avec un certain à-propos le slogan de 68 "élection, piège à cons". La société du spectacle a fini par imposer la mascarade. Au diable les textes, peaufinons notre image, semblent confirmer la plupart des politicards en lice.

Le peu de temps que les médias accordent au candidat de la France Insoumise sur les ondes, ils tirent sur lui à boulets rouges en le caricaturant en possible dictateur, proche de Poutine ! Des sondages bidons, concoctés arbitrairement pour enfumer l'opinion, le donnent perdant. Rappelons que, comme la quasi totalité de la presse, ces instituts appartiennent à des industriels cul et chemise avec le pouvoir, ce qui explique aussi évidemment pourquoi ils se plantent chaque fois, leur but n'étant pas d'évaluer justement. Or les Français aiment gagner. Nombreux sont sensibles à ces arguments et vous rétorquent qu'ils ne voteraient pas pour Mélenchon puisqu'il n'a aucune chance ! Il est certain qu'avec de tels raisonnements on ne risque pas d'écrire une nouvelle Constitution, pour une VIe République où les élus ne l'auraient jamais été, où ils pourraient être révoqués en cours de mandat, où la société civile aurait une place prépondérante, où la monarchie constitutionnelle serait enfin renversée ! Nombreux citoyens qui ont écouté les discours de Mélenchon sur Internet ont rectifié l'image désagréable qu'ils en avaient et découvert un programme en accord avec leurs idées généreuses qui tiennent du bon sens, que ce soit en matière d'écologie ou d'économie, à l'inverse du pouvoir actuel.

Il reste huit semaines avant les élections. Tout peut encore arriver. Fillon se cramponne à son siège éjectable. Des casseroles de Damoclès planent au dessus de Le Pen et Macron. L'aile la plus à droite du PS, qui n'a pas digéré son échec à ses Primaires, est encline à rejoindre Macron, contrairement à ses engagements internes. Dans la charrette des traitres, on retrouve Cohn-Bendit, Royal, Collomb, Ferrand et même Braouezec. Il y a un parfum de Hue dans cet équipage équestre où les places assises sont très convoitées ! Face à cette débâcle opportuniste, Hamon peut leur céder et révéler un visage conforme à la méfiance qu'il inspire aux Insoumis, sur le modèle du discours de Hollande au Bourget. Dans le cas contraire, il n'aura d'autre ressource que de rejoindre Mélenchon, à moins de se retrouver seul, isolé dindon de cette farce dont les socialistes sont les principaux auteurs.


Même dans cette perspective rien n'est joué. Dans le combat électoral que la France livre à chaque élection, au second tour l'écart entre ce que l'on a coutume d'appeler droite et gauche tient souvent dans un mouchoir de poche. Imaginons que Mélenchon gagne, comment réagira le Capital dont les intérêts sont considérables ? Comment acceptera-t-il de revoir à la baisse l'exploitation des humains et des ressources de la planète ? Le combat ne fera que commencer. Si un candidat de la droite extrême est élu, le travail extraordinaire entamé par les militants de la France Insoumise permettra de lutter dans l'opposition avec des arguments peaufinés et ce sur tous les fronts. Le combat aura déjà commencé. Dans tous les cas l'engagement pour sauver la planète du gâchis et de la destruction, pour la justice pour tous, moins d'inégalités entre les êtres, n'aura pas été vain.

Illustrations : Rembrandt, La leçon d'anatomie / Réunion publique aux Lilas de la France Insoumise avec Charlotte Girard et Liêc Hoang-Ngoc

lundi 6 mars 2017

Suicide d'une nation


Les élections présidentielles révèlent un malaise profond de la société française. Ce malaise, qui ressemble plutôt à une maladie, touche probablement d'autres pays européens si l'on en juge par la dérive droitière générale. Après avoir rêvé changer le monde pour que la vie y soit plus douce pour tous, le cynisme a gagné les esprits. Les médias aux mains de milliardaires toujours plus gourmands ont su faire passer le message que rien ne changerait quoi qu'on y fasse. Le capitalisme et sa déclinaison ultralibérale seraient éternels alors que la plupart des individus sont capables d'imaginer la fin du monde ! L'idée d'inéluctabilité est évidemment démobilisatrice. Quantité d'anciens combattants sont gagnés par la peur du retour au fascisme et n'envisagent que des pare-feux stratégiques pour éviter le pire. Leur enthousiasme s'étant abîmé sur les promesses non tenues de la gauche (abusivement incarnée par le Parti Socialiste), ils n'envisagent que de petites réformes qui minimisent les dégâts. Cette position exclut de fait les plus pauvres et ne fait que protéger, mais pour combien de temps, la bourgeoisie qui craint de perdre les miettes que le système de plus en plus inique lui concède. Les plus jeunes n'ont pas connu le temps des utopies que l'après-guerre et les trente glorieuses avaient initiées. Mai 68 et le mouvement hippie annonçaient, de concert avec les progressistes, une société des loisirs qui fut enterrée sous l'appétit des actionnaires. Il aura fallu maintes trahisons pour renverser cette révolution qui n'aura été que morale, libérant les femmes du joug phallocrate, les minorités sexuelles persécutées, distillant la liberté à courte distance. Le colonialisme se transforma en exploitation discrète des ressources des pays pauvres. Le choc pétrolier n'arrangea pas les choses. Les idées de liberté, loin des dictatures explicites, d'égalité, plutôt sexualisée, et de fraternité, le mythe européen, surent donner des images rassurantes en laissant de côté la notion de solidarité pourtant essentielle. Tout ce qui pouvait faire vaciller la bonne conscience judéo-chrétienne fut caricaturée en distillant la peur d'un autre monde possible. La population souffre de mille maux qu'elle est capable d'identifier plus ou moins, mais penser qu'il pourrait en être autrement génère une peur irraisonnable, comme si l'inconnu ne pouvait être que pire encore.
Partout la peur règne en maître. On la sait pourtant mauvaise conseillère. Elle accouche simplement de la république des lâches. Rêver d'un monde meilleur, à l'opposé du pis aller de notre siècle, exige du courage, celui de retrousser ses manches et d'aller au charbon sans calcul égoïste. On ne peut gagner que si l'on est prêt à perdre. Les vivants ne peuvent se satisfaire de donner leur avis sur FaceBook où la critique est rarement constructive. Ils descendent dans la rue, reconstruisent le quartier, prennent des risques évidemment. Il n'y a de pire risque que de n'en prendre aucun. Que l'on s'engage électoralement à changer la constitution de la Ve qui donne tous les pouvoirs au président et à ses valets de pieds, clandestinement dans une résistance inventive ou individuellement dans un travail de proximité, c'est sans relâche tant que le monstre n'est pas terrassé. Le sera-t-il jamais ? Je l'ignore. Ai-je le choix ? Je ne pense pas. La mauvaise foi des lâches et des paresseux tient de la psychanalyse des nantis. Ils portent des masques pour affoler les citoyens réduits à mettre une croix dans un carré, agitant les sondages bidons comme si c'était plié d'avance, dressant des portraits grimaçants qui incarneraient la dictature, comme si notre démocratie n'était pas circonscrite à nos frontières, ou se gargarisant d'avoir tout écrit il y a quarante ans. On peut préférer ceux qui ont fini par comprendre le lien étroit entre capitalisme et désastre écologique aux précurseurs qui ont viré leur cutie. Ces morts-vivants n'habitent que le passé. L'avenir en commun leur inspire une menace plus terrible que l'arrangement qu'ils ont signé avec leurs saigneurs et maîtres. La dignité de l'humanité en a pris pour son grade. Soyons de nouveaux-nés. Le monde est à inventer !

Illustration : Jan Asselyn, De Bedreigde Zwaan, 1650

mercredi 1 mars 2017

Une campagne de notre temps


Très attaché à la cohérence entre théorie et pratique, je suis épaté par l'art et la manière dont la France Insoumise mène la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour les élections présidentielles. Les arguments sont une chose, leur présentation en est, souvent, une autre. Or aucun candidat n'a jamais autant détaillé ses propositions depuis qu'existent les médias de masse que sont la télévision et surtout Internet. En complément du programme de 70 pages vendu 3 euros dans les librairies, sur les marchés ou en ligne, les équipes qui entourent le candidat publient 40 livrets thématiques téléchargeables gratuitement, incroyablement variés. Sur le Web, Mélenchon est devenu le plus gros Youtuber politique avec ses Revues de la semaine, dix-neuf depuis cinq mois, qui montrent une personne posée et détendue, loin de l'image détestable qu'en fait la presse, quotidiens possédés dans sa quasi totalité par quatre milliardaires français, chaînes de télévision à la solde du gouvernement actuel et des intérêts capitalistes. Même Médiapart se fait l'écho des autres candidats en le boudant. Ses discours sont pourtant des modèles de clarté et convainquent la plupart des gens qui se donnent la peine de les regarder par souci de penser par soi-même au lieu de déléguer à d'autres ce soin. Si vous pensez que je ne suis qu'un militant de base, fasciné par un tribun gueulard, je vous engage à faire l'expérience vous-même en regardant par exemple le dernier discours, celui de samedi à la Journée de l'écologie, une leçon de choses passionnante...


Je n'ai jamais entendu autant d'intelligence chez un homme politique, improvisant ses discours comme De Gaulle avec humour et détermination, mais surtout variant les thèmes chaque fois sans se répéter. Des Insoumis lui prêtent main forte, en transformant ses discours en rap avec un vocoder comme Khaled Freak, en adaptant le programme L'avenir en commun en bande dessinée comme Melaka, Reno Pixellu et Olivier Tonneau...


Il est évident que cela parle aux jeunes, mais Mélenchon s'adresse à tous les gens, à leur intelligence et leur sensibilité. À moins de faire partie des quelques puissants qui ont beaucoup à perdre s'il était élu, ses détracteurs ne l'ont pas écouté, du moins pas depuis le début de cette campagne. Il avait séduit quantité d'électeurs lors des précédentes élections présidentielles, autant déçu lors de l'épisode Hénin-Beaumont. Sa prise de conscience écologique l'a transformé de la même manière que Naomi Klein passant de La stratégie du choc à Tout peut changer : capitalisme et changement climatique. Jamais, depuis que je suis en âge de voter, un homme politique n'aura été aussi proche des idées pour lesquelles, jeune homme, je combattais. Il incarne autant l'imagination au pouvoir de mai 68 que l'urgence devant la destruction systématique de la planète. La seule objection qui me fasse parfois douter est le contexte soit-disant démocratique dans lequel s'insère cette démarche. À réduire la participation des citoyens à mettre une croix dans un carré ou appuyer sur un bouton le jour des élections, sans qu'aucune formation l'accompagne, il est certain que cela ne favorise pas l'autodétermination en connaissance de cause. C'est bien pourquoi la démarche pédagogique exemplaire de la France Insoumise enthousiasme celles et ceux qui ont pris la peine de s'y intéresser de bonne foi. Quelle que soit l'issue du scrutin, le travail colossal de ses militants permettra de se battre sérieusement, au gouvernement ou dans l'opposition.

jeudi 23 février 2017

L'influence de l'église sur l'urbanisme


Nous l'avons échappé belle avec notre mur orange sanguine et nos volets bleu Klein ! Un ami souhaitait remplacer ses fenêtres à petits carreaux de bois tartignoles par d'élégantes ouvertures en aluminium, mais, manque de chance, sa maison était située dans le périmètre d'une église encore plus mochedingue. Sans spécification, en France le rayon autour d'un des 45000 bâtiments classés ou inscrits monuments historiques est de 500 mètres ! Cette distance n'est-elle pas abusive lorsque les deux édifices sont si éloignés, séparés par quantité de rues où s'élèvent des bâtiments aussi laids les uns que les autres ? Si ces règles peuvent se justifier dans certains cas, elles évitent surtout aux architectes des Bâtiments de France de faire le moindre travail de réflexion, le conservatisme le plus réactionnaire remplaçant le bon sens et balayant la moindre chance de faire évoluer l'urbanisme vers des solutions en osmose avec notre époque. Il semble n'exister non plus aucune perspective écologique chez ces architectes qui n'ont souvent jamais exercé, mais que la loi érige en police de l'urbanisme, d'autant qu'il n'existe aucun moyen de recours auprès de ces ABF, un boulot en or ! On peut toujours saisir le préfet de région en recours gracieux, mais il ne faut surtout pas être pressé, ni croire que c'est du tout cuit. En matière de contentieux, le Conseil d’État est venu confirmer, dans un arrêt du 19 février 2014, qu’aucun recours devant le tribunal administratif n’est possible pour contester la décision de l’Architecte des Bâtiments de France. Ainsi, si vous saisissez la justice pour contester la décision rendue, le tribunal déclarera automatiquement votre recours irrecevable. Cela rappelle vaguement le tout puissant Ordre des Médecins. Il y a vraiment des choses à modifier dans notre beau pays.
L'article L.621-31 du code de l’Urbanisme vous empêche donc de faire la moindre construction, démolition, modification d’aspect, installation d’enseigne, aménagement extérieur au seing du périmètre sans l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France. Cela inclut donc le remplacement des portes ou fenêtres, leurs formes, couleurs et matériaux, l'installation d’un portail, la rénovation de la toiture, un ravalement de façade ou la création d’un vélux. Avec un rayon de 500 mètres, dans un village ce sont toutes les maisons qui tombent sous la coupe de l'église, à moins que le maire prenne les rennes...
Car les églises construites avant 1905, propriétés des communes depuis la loi du 2 janvier 1907 entérinant la séparation de l'Église et de l'État, font donc partie de ces dispositions. En toute laïcité on croyait être débarrassés de l'influence de l'église, mais elle s'exerce toujours en matière d'urbanisme, quel que soit l'intérêt architectural du monument. L'interdiction des couleurs vives à leur "proximité" est totalement absurde lorsque l'on sait que les églises et cathédrales, comme les temples grecs, n'étaient pas du tout ces bâtisses grises, leurs couleurs chatoyantes extérieures ayant disparu sous les assauts du temps. Je suggère donc de repeindre ces lieux de culte pour qu'ils s'harmonisent avec une nouvelle conception de la ville plus festive et joyeuse. Vu leur nombre et leur fréquentation en baisse depuis leur construction, il serait également judicieux de les réaffecter à d'autres activités que celles du culte, mais je sens déjà la Manif Pour Tous se mettre aussitôt en branle. Notre pays est décidément trop vieux. L'imagination des créateurs y est muselée par des siècles d'orgueilleuse poussière.