Jean-Jacques Birgé

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lundi 24 avril 2017

Pour que rien ne change


Un homme demande un prêt à son banquier. Celui-ci, amusé, lui répond qu'il le lui accordera s'il devine lequel de ses deux yeux est un œil de verre. Sans hésiter son client indique le droit. Le banquier, surpris de sa perspicacité, l'interroge sur ce qui l'a mis sur la voie. Le client explique : "c'est le seul où il y avait un peu d'humanité !".
Je relis le programme d'Emmanuel Macron pour savoir à quelle sauce nous serons mangés et n'en constate encore une fois que le vide sidéral, à l'image de ses discours, fades modèles de langue de bois. Les banques ont trouvé le candidat idéal, un homme jeune et malléable qui agira à ce pour quoi il a été formé. Le service de marketing a bien ciblé sa campagne. Le pays sera dirigé comme une entreprise. À sa tête une sorte de Bush Jr, marionnette pratique qui permettra aux principaux actionnaires d'en tirer les ficelles. Rien hélas de nouveau. C'est la continuité exacte du quinquennat précédent, la créature laissée en héritage par François Hollande, un président dépressif dont il ne restera pas grand chose. Le futur président de la République, avec son nez qui le démange, a déjà les tics de Sarkozy, comme si le costume attendait seulement un corps qui le remplisse.
Je n'ai jamais cru un seul instant que Marine Le Pen pourrait l'emporter. Qui que ce soit en face d'elle remporterait la coupe. Il y a quinze ans, j'ai voté Chirac contre son père, la honte ! On ne m'y reprendra pas deux fois. Pas question de lui fournir une légitimité usurpée. Le Capital se joue de la démocratie en nous offrant deux alternatives identiques qu'ils appellent la droite et la gauche avec le Front National comme variable menaçante. Le modèle américain démocrates-républicains s'exporte bien. L'électorat de Le Pen est difficilement extensible. Cet épouvantail rassemblera contre lui la droite traditionnelle, les socialistes de tous bords et ceux qui se laissent impressionner par le spectre du fascisme. La victoire de Macron n'est qu'une question de pourcentage. Chaque fois qu'il y aura un risque de changement possible, ils agiteront la menace d'attentats ou engageront la France dans quelque guerre punitive dont l'intérêt économique est le moteur post-colonial.
C'est bien là que ma tristesse s'exprime. Pas dans l'échec de la France insoumise à ne pas accéder au second tour, mais dans l'énigme que représente pour moi l'espèce humaine. D'abord je pense que face au candidat des banques, Mélenchon aurait perdu dans quinze jours, devant lutter contre une ligue qui aurait rassemblé l'extrême-droite, la droite traditionaliste et les socialistes. Les Communistes qui ne représentent plus grand chose n'ont jamais voulu du pouvoir, préférant rester dans l'opposition. Le travail exceptionnel des militants de la France Insoumise n'est par contre pas perdu. Il servira les luttes sociales qui ne manqueront pas évidemment et il fournira les armes contre le gâchis écologique qui se perpétue. Non, ce qui me désole, c'est l'aptitude de l'espèce humaine à s'autodétruire en entraînant avec elle toutes les autres espèces. Comment cette élection pourrait-elle me déprimer alors que la guerre fait rage partout sur la planète et que chaque jour des dizaines de milliers d'innocents font les frais de politiques aussi absurdes que criminelles ? Je ne m'y ferai jamais.
Le regain d'intérêt de très nombreux Français pour la politique est la bonne nouvelle de cette campagne du premier tour, le second n'étant qu'une mascarade. La prise de conscience de beaucoup pour une mutation écologique fera probablement évoluer nos pratiques quotidiennes. L'intelligence et la clarté des propositions de Jean-Luc Mélenchon et des militants qui l'ont soutenu sont une base de travail pour l'avenir. Il est tout de même formidable d'arriver à convaincre autant de monde sans l'appui d'aucun parti, d'aucun média. L'écart est mince si l'on pense que le héraut de la finance bénéficie d'une armada colossale, la presse et la télévision étant tombées aux mains de ses employeurs, banquiers et marchands d'armes qui n'ont besoin que d'une agence de publicité qui fasse la retape. Mélenchon rivalise d'inventivité, confronté à cette société du spectacle où la forme est une vaseline chargée de flouter les mesures iniques pour que les victimes continuent d'élire leurs bourreaux. Car très peu de personnes tirent les marrons du feu, et ceux-là ont besoin de petites mains qui s'y brûlent et se consument. Mais de plus en plus d'yeux apprennent à s'ouvrir et rien n'est jamais acquis, ni l'horreur, ni l'espoir d'un monde meilleur. C'est un travail. Un travail quotidien.

lundi 17 avril 2017

Faux amis


J'ai longtemps hésité avant de virer de mon mur certains de ceux que FaceBook nomme des amis. J'en avais moi-même fait les frais, pas seulement des amis à la mode FaceBook mais aussi IRL (In Real Life, comme disent les anglophones) quand le délire anti-mélenchonien avait atteint des sommets. Exprimant d'abord ma tristesse pour tenter de les empêcher de se compromettre, le déni avait fini par l'emporter. Ma décision est douloureuse, cette exclusion n'étant nulle censure, libre à eux de continuer ailleurs que chez moi, mais une réaction sanitaire. J'ai en effet appris à éviter les contrariétés pour vivre plus sereinement, que ce soit dans le travail ou l'intimité. Depuis que je ne m'énerve plus, je somatise beaucoup moins et la vie est beaucoup plus gaie, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier l'éventualité d'un retour des "jours heureux", car ma révolte contre les inégalités, l'injustice et le cynisme n'a par contre pas faibli !
Les commentaires affligeants sont particulièrement pénibles lorsqu'ils proviennent de personnes que j'admirais et qui ont chu de leur piédestal en se répandant en calomnies avec la plus grande mauvaise mauvaise foi ou un délire paranoïaque qui ne permet aucun débat. J'ai remarqué qu'ils ou elles étaient souvent des gens de pouvoir, directeurs de grande école commerciale ou de festival, réalisateurs de documentaires à l'ego surdimensionné par rapport à leurs œuvres devenues banales avec le temps, chefs de petites entreprises dans le multimédia, etc. À se demander si l'intelligence de Mélenchon ne leur fait pas de l'ombre, sorte de querelle de coqs d'un point de vue psychanalytique. J'en suis venu à souvent chercher du côté de l'analyse les raisons absurdes qui leur font proférer des propos négationnistes et à certains gouvernements de reproduire les crimes qu'ils avaient subis.
En fin de semaine j'ai lu ainsi n'importe quoi concernant l'ALBA sans qu'ils s'en soient informés par eux-mêmes au lieu de reproduire des articles mensongers publiés dans Le Monde par exemple, journal aux mains de milliardaires dont le héraut est le pantin Macron. Quant aux amalgames, que je préfère dentaires bien que n'appréciant guère les séances de torture, il est incroyable que les rapprochements avec le stalinisme soient encore de mise aujourd'hui. Mélenchon a parfaitement répondu à ces allégations dans sa 25e revue hebdomadaire sur YouTube (ou mieux lors de son discours de Toulouse hier dimanche devant 70 000 personnes).


J'imagine que quelques uns défendent leur pré carré et que nombreux ont simplement peur du changement, préférant la souffrance qu'ils connaissent à une autre supposée dont ils ignorent tout.
Enfin, comme je crois d'une part Jean Renoir lorsqu'il avance qu'on ne convainc personne qui ne veuille être convaincu, et que d'autre part je ne peux pas passer mon temps à rabâcher les mêmes explications à des interlocuteurs qui n'en ont cure. Je préfère m'éviter de lire cette littérature nauséabonde qui s'affichait là, en coupant toute communication qui semble inutile. Contrairement à ce qu'ils imaginent, je débats régulièrement avec des amis qui ne partagent pas du tout mes opinions, parfois même les pires, à condition qu'ils défendent clairement leurs points de vue et leurs intérêts sans être obligés d'inventer n'importe quoi... Cela ne me fait pas forcément plaisir, mais j'essaie toujours de comprendre ce qui les agit.

N.B.: les photos d'Olivier Degorce qui illustrent actuellement ma page FaceBook ont été prises à Londres le mois dernier, dans la rue et en concert devant la Mascarade Machine.

mercredi 12 avril 2017

Aux Zorro et autres intellos de gauche qui crachent dans la soupe


L'engouement pour le programme de la France Insoumise augmente de jour en jour. Son candidat à la présidence de la République, dernier de la Ve avant que la Constituante accouche de la Constitution de la VIe (la vie !?), fait preuve d'une clarté exemplaire dans ses prestations publiques et médiatiques et si l'on est sensible à son argumentaire tant écologique qu'économique, pacifique et moral, Jean-Luc Mélenchon rassemble de plus en plus de suffrages à quelques jours du vote, laissant espérer qu'il se retrouve en lice pour le second tour. Or si Mélenchon se retrouve au second tour contre Marine Le Pen il a de très grandes chances de l'emporter. On cravache donc pour convaincre les indécis, les abstentionnistes, les hamonistes, les poutouistes, etc.
Première adresse aux abstentionnistes qui préfèrent militer au quotidien dans un combat de proximité, à Notre-Dame-des-Landes, auprès des "sans-papiers", etc. Souvent de tradition anarchiste, ils critiquent le culte de la personnalité des hommes et femmes politiques, choisissant la marge comme s'il était possible de s'exclure du jeu social. Cette démarche parfaitement louable et compréhensible peut paraître égoïste, car, souvent issus de la classe bourgeoise, ils se marginalisent dans un mouvement de solidarité limité. Ils ne désirent le plus souvent pas de véritable changement, leur marginalisation représentant un confort de l'esprit à la Zorro. Rappelez-vous que le justicier est un riche aristocrate qui prend la défense de la veuve et de l'orphelin, accompagné de son fidèle serviteur muet ! Or si Mélenchon devenait le dernier président de la Ve République, il entraînerait quantité de pays européens à sa suite, avec une petite chance de sauver la planète du gâchis et de la guerre mondiale qui se profile. L'enjeu est colossal, quand un Macron au contraire nous ferait glisser dans l'horreur qui est hélas déjà à l'œuvre...
Deuxième adresse aux "intellectuels de gauche" qui ne cessent de chercher la plus petite mesquinerie qui salirait Mélenchon, sans y arriver, mais boudant le plaisir de bousculer l'ordre des choses et de réaliser cette révolution pacifique. Même constatation sur leur désir de renverser le cours de l'Histoire. Le souhaitent-ils vraiment ou se complaisent-ils dans un pessimisme dont ils sont les héros ? À noter que presque tous et toutes sont des personnes intelligentes, mais avec un ego surdimensionné, incapables d'avaler qu'un politicien soit plus brillant qu'eux ! Ils attaquent honteusement la personnalité de Mélenchon, comme s'ils n'avaient jamais voté que pour des altruistes effacés. Ou bien ils ressassent ses prétendues attaches à Poutine, alors qu'il a été parfaitement explicite sur le sujet. En m'interrogeant sur ce qui lie ces détracteurs systématiques, je me souviens que des années durant ils ont été des gens que j'ai admirés, mais aujourd'hui ils se répandent misérablement sans développer le moindre argumentaire. Ils préfèrent jouer les va-t-en-guerre en Syrie comme jadis Romain Goupil en Irak ou BHL en Lybie, deux pays que nous avons totalement détruits, ils préfèrent louer Benoît Hamon placé là uniquement pour siphonner les voix de la France Insoumise, le candidat du PS renégat étant de toute évidence le freluquet Emmanuel Macron, sorte de pantin entre les pattes des banquiers à la manière de Bush Jr.
Mon article, que j'admets provocateur et réducteur, n'aura convaincu personne qui ne veuille être convaincu, comme disait Jean Renoir, mais j'avais envie de partager cette analyse sommaire avec toutes celles et tous ceux qui participent à ce mouvement d'une rare créativité où l'espoir reprend du poil de la bête, au moins ces deux dernières semaines, mais certainement pour plus longtemps, tant le travail des militants a redonné foi en la possibilité d'un autre monde, avec un programme qui servira quelle que soit l'issue du scrutin. La politique refait surface et envahit la rue. Je devrais mettre plus de points d'interrogation que d'affirmation, car je comprends aussi que la société du spectacle a atteint un point extrême où nombre d'entre nous ne savent plus s'ils jouent un rôle, s'ils sont agis ou s'ils ont encore la faculté de penser. J'ai moi-même encore des doutes que j'ai laissés de côté le temps de quelques jours...

vendredi 7 avril 2017

Un Télérama sans télé ?


Comme de nombreux lecteurs encore abonnés à Télérama, il y a longtemps que je ne lis plus que les pages magazine, laissant collées celles consacrées à la télévision. Habitant Paris, je feuillète également le Petit Journal, mais depuis quinze ans j'achète une incroyable quantité de papier dont je n'ai aucun usage, préférant la matière des quotidiens pour allumer le feu dans l'âtre. Cela ne coûterait-il pas moins cher de fabriquer une édition plus mince, moins d'arbres à couper, moins de poids à la Poste ?
Les jeunes ne regardent plus la télévision, préférant le replay sur Internet, mais ce ne sont pas les seuls ! La multiplication des chaînes a joué contre elle : avec les chaînes thématiques s'est constitué un communautarisme des programmes là où dans le passé la pauvreté quantitative de l'offre obligeait à un universalisme de qualité. Internet assume dorénavant cet encyclopédisme œcuménique. Avec la recherche en ligne, le programme quotidien du magazine est devenu également inutile, sauf pour les personnes âgées attachées à leur fauteuil.
Il n'existe à ma connaissance plus beaucoup de magazines culturels embrassant la presque totalité du champ. Les quotidiens comme Le Monde et Libération passés idéologiquement à la réaction sont trop énervants pour que je puisse encore les lire et leur offre culturelle s'est considérablement réduite à force de suivre la loi du marché. Il est étonnant que Télérama ait résisté jusqu'ici au rouleau compresseur du Monde qui a racheté le magazine en 2003, affichant une ouverture d'esprit dans sa tradition catho de gauche, devenue rare aujourd'hui, les pages culturelles du Monde Diplomatique, très anecdotiques, restant bien en dessous de ce que l'on pourrait en espérer.
Me voilà donc surpris d'attendre mercredi pour feuilleter l'actualité artistique de la semaine ou du mois à venir. Profitant de rabatteurs (parmi mes amis) qui m'indiquent de temps en temps des sujets susceptibles d'alimenter mes articles, je fus récemment heureux de découvrir Chinese Man sous la plume de Frédéric Péguillan ou Sons of Kemet sous celle d'Éric Delhaye dans le Petit Journal, deux groupes qui m'avaient échappé et tournent depuis sur ma platine.


Petit a parte sur Sons of Kemet, quartet de jazz anglais dirigé par le saxophoniste Shabaka Hutchings, Londonien d’origine caribéenne, à qui l'on doit deux albums, Burn et Lest We Forget What We Came Here To Do, à la croisée du rock et de la musique africaine avec un jeu de jambes irrépressible venu des îles. Leur côté roots résume la musique à l'indispensable. Accompagné par le tubiste Oren Marshall (ou Theon Cross) et les batteurs Seb Rochford et Tom Skinner, Hutchings joue avec une fougue communicative, au ténor ou à la clarinette, interrogeant l'identité des Caraïbes dans ses compositions. Sans qu'il ressemble à aucun d'eux, je n'ai pu m'empêcher de penser à Dolphy, Rollins, Ayler, Coleman, quand le soleil vient frapper nos peaux décolorées. Hutchings est aussi féru de musique contemporaine et a initié depuis d'autres projets comme le trio, electro free, The Comet Is Coming. Les clips vidéo sont ici !
Retour à Télérama où les articles de société sont toujours intéressants quel que soit le regard critique que l'on porte soi-même sur le monde qui nous entoure. La présentation des sorties cinématographiques est exhaustive. Le choix de certains chroniqueurs est parfois catastrophiquement restrictif lorsqu'il se focalise sur un genre très convenu comme Michel Contat pour le jazz, mais on peut suivre des pistes ici ou là, que ce soit pour les sorties de livres, les expositions, les sorties ou des musiques qui ne sont pas a priori dans notre champ de vision...

mercredi 5 avril 2017

Les derniers Maîtres


Ne plus regarder la télévision ressemble à une cure de détox. Depuis quinze ans nous avons remplacé le roman national professé par le quatrième corps d'armée par le butinage en réseaux sociaux. Cela n'évite pas les balivernes et il est toujours besoin de vérifier ses sources avant de partager, mais le contenu manipulatoire est moins répétitif. D'autre part nous avons ainsi accès à quantité d'informations inaccessibles autrement, comme par exemple les discours in extenso de Jean-Luc Mélenchon qui convaincraient nombre d'indécis s'ils prenaient la peine de les écouter. Un petit extrait pour celles et ceux à qui on a fait le coup de l'amitié avec Poutine :


Ayant dérogé à ma règle et suivi le débat entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle, j'ai remis cela mardi soir avec les 11 candidats, sur BFMTV par dessus le marché. Les commentaires journalistiques des préparatifs, dit avant-débat, ressemblaient à ceux d'une retransmission sportive, société du spectacle au mieux de sa forme. Ce spectacle grand public, pour qui peut tenir quatre heures concentré sur les discours et les yeux des acteurs, m'inspira quelques réflexions.
D'abord le bilan final formulé par la sanction de l'audimat donna encore une fois Jean-Luc Mélenchon comme candidat nettement le plus convaincant. Les instituts de sondage, entreprises de manipulation aux mains de quelques milliardaires, qui avaient depuis le début de la campagne minimisé son impact sont obligés de reconnaître sa montée dans l'opinion. C'était habile lorsque l'on se souvient que les Français n'aiment pas voter pour un perdant. On avait donc droit au terme de "gauche radicale" contre "vote utile" incarné par le candidat supposé du PS, Benoît Hamon. La magouille du parti actuel au pouvoir démasquée, à savoir que son candidat réel, même officieux, a toujours été Emmanuel Macron et que Hamon n'est là que pour siphonner les voix de Mélenchon, les intentions de vote ne pouvaient que se ratatiner. À moins de trois semaines du scrutin et devant la progression éclair du candidat de la France Insoumise, les instituts de sondage ne peuvent donc continuer à le jouer à la baisse sans se ridiculiser en perdant toute crédibilité.
Dans tous les débats Macron, candidat des banques et des chaînes de télévision qu'elles tiennent en coupe serrée, apparaît étonnamment comme le plus flou, le plus confus. J'ai aussitôt pensé à George Bush Jr, un idiot de la famille dont les fils de marionnette finissent par se voir, la poudre aux yeux et la colère qui monte au nez ne faisant plus l'effet escompté dès lors qu'on en abuse ! Son paravent "ni de gauche ni de droite" est pourtant à relever, mais ce n'est pas lui qui l'incarnait au débat de mardi soir. En effet les candidats, dits petits par la taille de leur score supposé, comme Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau ou Jean Lassalle, a priori considérés comme à droite ou centristes, rejoignent les positions des Trotskystes Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud lorsqu'il s'agit de fustiger la corruption imposée par la dictature financière défendue exclusivement par Fillon et Macron. Je ne parle pas de Marine Le Pen dont le discours est un tissu de mensonges et de contradictions essentiellement accès sur la haine de "l'autre", histoire de gruger même quelques électeurs d'origine maghrébine ou africaine qui ne se rendent pas compte qu'ils tressent une corde pour se pendre. Poutou, que les commentateurs sportifs issus des beaux quartiers jugèrent impertinent dans son laisser aller popu, sut lui clouer le bec avec à propos. Pendant ce temps, Arthaud ramenait chacune de ses interventions au sempiternel "travailleuses, travailleurs" de jadis Arlette Laguiller. Asselineau citait les articles prouvant la catastrophe des traités européens, Cheminade exultait une saine colère, Dupont-Aignan défendait les petites entreprises, Lassalle lançait des clins d'œil complices à Mélenchon, seul candidat à embrasser la totalité des sujets évoqués par la campagne, mais si on a suivi ses discours où dans chaque ville il tient des heures sur un sujet différent on ne sera pas étonné par la clarté du petit résumé que la vingtaine de minutes, vouée à chacun des 11, lui octroyait.
L'autre candidat à stature présidentielle semblait Fillon, capable de rester stoïque, malgré le nombre grandissant des preuves de ses mensonges et cachoteries hypocrites dont certaines mériteraient tout de même un coming out, surtout lorsqu'on est soutenu par la Manif pour tous. Le seul candidat dont l'électorat est explicitement de droite (le FN attire aussi des déçus et malinformés, Macron des démocrates-sociaux à qui on a réussi à faire peur avec la montée fabriquée du FN) joue la victime et la dignité, sorte de chemin de croix qui continue à plaire aux cathos qui le soutiennent.
Il est à parier que Jean-Luc Mélenchon, si ses militants arrivent à convaincre les indécis et les abstentionnistes, pourrait très bien se retrouver au second tour, non contre toute attente mais contre toute intox. Car si les intentions de vote à son égard s'amplifient de jour en jour, c'est contre la fantastique levée de boucliers (lire Le mascaret) que lui opposent les médias qui l'ont caricaturé depuis des années (normal, ils appartiennent tous à des milliardaires marchands d'armes ou banquiers), les partis traditionnels y compris ce qui reste du Parti Communiste dont les positions sont honteuses face à l'extraordinaire travail que représente le programme de la France Insoumise, la classe politique (il n'est entouré presque que de jeunes qui n'ont jamais été élus), les attaques contre la personne pour étouffer le programme, etc. Mais la clarté de son discours convainc de plus en plus de monde, des jeunes qui voient mal ce qu'un autre avenir leur réserve, des citoyens épris de paix (le discours belliqueux de Hamon tranche là, malgré tout ce qu'il a pompé pour son simili-programme), des personnes qui veulent vivre autrement, dans le respect de la nature (c'est le seul candidat dont l'écologie est à la base du programme économique), des gens qui veulent que cela change et prêts à s'en donner les moyens. Je donne ici peu d'exemples, le programme L'avenir en commun fait 70 pages qui se lisent très facilement et il est accompagné de plus de 40 livrets thématiques qui raviront celles et ceux qui pensent que les jours heureux ne sont pas histoire du passé...

vendredi 31 mars 2017

Fin de la trêve hivernale


Quand on ne sait pas quoi offrir, on peut toujours apporter des fleurs, me suis-je dit. Sauf que j'apprends que la plupart des bouquets que l'on achète chez les fleuristes sont traités avec des produits toxiques. Celles de La Ciotat sont sauvages, des jaunes, des bleues, des blanches, lunaires annuelles, ornithogales à feuilles droites, plumbago, pissenlits, que sais-je, auraient donc bien fait l'affaire, mais l'herbe réduite à la taille du blog, on n'aurait pas vu grand chose. J'ai donc rajouté cette grimace au fil de fer. Pris par les livraisons du CD Long Time No Sea et du vinyle de remix à sortir en juin chez DDD, chargé de courses chez les asiatiques de Belleville, je n'avais pas le temps de réfléchir avant d'écrire. D'où l'idée des fleurs.
Mais le 31 mars est surtout la fin de la trêve hivernale et la centaine de Baras qui squattent depuis trois ans le bâtiment de Natixis dans notre rue risquent de voir arriver des cars de Robocops pour les déloger. Ce serait débile pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'ils iront squatter ailleurs. Ensuite parce qu'on n'a jamais eu de voisins si tranquilles, surtout dans un "grand" ensemble au milieu de notre quartier pavillonnaire. Interpellé mercredi soir au cours du Conseil Municipal, le Maire de Bagnolet leur a promis de promulguer un arrêt anti-expulsion, mais ce serait, paraît-il, symbolique, car c'est le Préfet qui décide de l'intervention des forces du désordre... Il serait évidemment préférable de les reloger dans des conditions décentes, mais ce n'est hélas pas le sens que prennent les décisions gouvernementales actuelles. Il serait juste que les élus se bougent sérieusement pour résoudre une situation qui profite aux employeurs qui les paient au noir une misère. En tout cas, la rue ne représente pas pour eux une solution, sauf à manifester leur mécontentement pour avoir été chassés de Libye par la guerre que la France y déclencha sous de faux prétextes, sans parler du post-colonialisme qui semble encore avoir de beaux jours devant lui.

jeudi 9 mars 2017

Stratégie, quand tu nous tiens !


Ici du vert, plus loin du rose. Le rouge fait trop peur aux naïfs qui croient que les sondages sont autre chose que de la manipulation d'opinion. Ces instituts appartiennent aux mêmes industriels qui possèdent les médias de masse. On accuse Mélenchon d'être venu à l'écologie bien trop tard. N'est-ce pas préférable aux vendus qui ont fait le chemin inverse ? Tout cela pour un siège à l'Assemblée ! N'est-ce pas mieux de vivre debout ? Mais il y a plus grave, ou plus fin. Par exemple la stratégie non avouée du PS qui révèle en douceur son véritable candidat, Emmanuel Macron ! Les uns après les autres, les socialistes annoncent rallier le candidat des banques. Dans le désordre, mais un désordre bien ordonné, Benjamin Griveaux, Bariza Khiari, Alain Calmette, Marc Goua, Maurice Vincent, Dominique Baert, Jean-Yves Le Drian, Christophe Castaner, François Patriat, Gille Savary, François Loncle, Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Alain Rousset, Gérard Collomb, Corinne Erhel, Richard Ferrand, François de Rugy (participant de la Primaire), Florent Boudié, Jean-Pierre Masseret, Jacques Attali, Erik Orsenna, Bernard Kouchner, Bertrand Delanoë, probablement bientôt Claude Bartolone, Ségolène Royal, Patrick Kanner, Juliette Méadel... Hollande lui-même tergiverse avec sa mollesse légendaire. Quant à Manuel Valls, Myriam El Khomri, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Marc Ayrault, Stéphane Le Foll, devinez ce qu'ils feront ? Quand on pense à leur Primaire, quelle mascarade !
Mais alors à quoi sert le candide Benoît Hamon ? Tout simplement à piquer des voix à Jean-Luc Mélenchon dont on lui a recopié le programme avec quelques variations pour que les affolés réclament l'union. L'étonnant est que ces prétendus réunificateurs la réclament presque exclusivement au candidat de la France Insoumise ! Le piège se referme. Hamon se ressaisira-t-il lorsqu'il comprendra quel dindon de la farce il fait ? Le parti des traitres, qui a gouverné à coups de 49.3 et imposé la Loi Travail qu'aucun gouvernement de droite n'aurait réussi à faire passer, a choisi Macron en envoyant Hamon au casse-pipe et en espérant qu'il entraîne Mélenchon avec lui. Il ne reste plus d'autre solution que de voter Mélenchon au premier tour pour déjouer cette manipulation aussi savante qu'odieuse. Après s'être débarrassé du Parti Communiste et avoir fait monter le Front National, le PS a besoin de zigouiller définitivement la gauche en France, à l'image des États Unis. Nous pourrons ainsi continuer de guerroyer au Moyen Orient et en Afrique, jouer avec le feu de l'OTAN sur le front de l'est, assassiner les pauvres en enrichissant toujours plus les spécialistes de l'évasion fiscale, et tout cela sous couvert de démocratie, puisque ce sera le résultat d'un vote. Réveillez-vous ! Le monstre n'est pas celui que l'on croit. Le "fachisme" que vous craignez tant peut prendre un autre visage que celui que vous montrez du doigt. Ils veulent nous donner des leçons d'histoire, mais ils ont la mémoire courte, ou bien sautent-ils quelques épisodes ! On savait que la réaction ne se laisserait pas faire. Ils sont encore plus forts que nous le craignions.

mercredi 8 mars 2017

Le combat n'aura pas été vain


Les radoteurs rendent Mélenchon l'unique responsable de l'union impossible, ou du moins très difficile, avec Hamon et Jadot. Comme si l'unité pouvait être le fait d'un seul ! Ces Fouquier-Tinville ne font aucune référence aux programmes des uns et des autres (à leur absence ou à la copie conforme !), différences fondamentales qui engagent l'avenir, ni au récent passif des candidats, ni aux Partis qui les freinent ou aux citoyens qui les encouragent. Ils font la sourde oreille à la méfiance des électeurs qu'on a fait voter pour Hollande en 2012 et à la catastrophe qui s'en suivit. On peut pourtant constater dans quel état la démocratie s'en trouve ridiculisée. La stratégie d'union de la gauche a sonné le glas du PCF depuis l'avènement du Programme Commun. Pourquoi voter pour un parti qui a perdu son autonomie et ses spécificités ? Quant au PS, c'est à croire que Hollande et Valls sont des infiltrés tant leurs talents ont ruiné l'image bon enfant de leur parti. Les socio-démocrates ne veulent jamais aucun bouleversement, seulement calmer les revendications de la population. Pendant ce temps les Trotskystes boudent dans leur coin et les anarchistes répètent avec un certain à-propos le slogan de 68 "élection, piège à cons". La société du spectacle a fini par imposer la mascarade. Au diable les textes, peaufinons notre image, semblent confirmer la plupart des politicards en lice.

Le peu de temps que les médias accordent au candidat de la France Insoumise sur les ondes, ils tirent sur lui à boulets rouges en le caricaturant en possible dictateur, proche de Poutine ! Des sondages bidons, concoctés arbitrairement pour enfumer l'opinion, le donnent perdant. Rappelons que, comme la quasi totalité de la presse, ces instituts appartiennent à des industriels cul et chemise avec le pouvoir, ce qui explique aussi évidemment pourquoi ils se plantent chaque fois, leur but n'étant pas d'évaluer justement. Or les Français aiment gagner. Nombreux sont sensibles à ces arguments et vous rétorquent qu'ils ne voteraient pas pour Mélenchon puisqu'il n'a aucune chance ! Il est certain qu'avec de tels raisonnements on ne risque pas d'écrire une nouvelle Constitution, pour une VIe République où les élus ne l'auraient jamais été, où ils pourraient être révoqués en cours de mandat, où la société civile aurait une place prépondérante, où la monarchie constitutionnelle serait enfin renversée ! Nombreux citoyens qui ont écouté les discours de Mélenchon sur Internet ont rectifié l'image désagréable qu'ils en avaient et découvert un programme en accord avec leurs idées généreuses qui tiennent du bon sens, que ce soit en matière d'écologie ou d'économie, à l'inverse du pouvoir actuel.

Il reste huit semaines avant les élections. Tout peut encore arriver. Fillon se cramponne à son siège éjectable. Des casseroles de Damoclès planent au dessus de Le Pen et Macron. L'aile la plus à droite du PS, qui n'a pas digéré son échec à ses Primaires, est encline à rejoindre Macron, contrairement à ses engagements internes. Dans la charrette des traitres, on retrouve Cohn-Bendit, Royal, Collomb, Ferrand et même Braouezec. Il y a un parfum de Hue dans cet équipage équestre où les places assises sont très convoitées ! Face à cette débâcle opportuniste, Hamon peut leur céder et révéler un visage conforme à la méfiance qu'il inspire aux Insoumis, sur le modèle du discours de Hollande au Bourget. Dans le cas contraire, il n'aura d'autre ressource que de rejoindre Mélenchon, à moins de se retrouver seul, isolé dindon de cette farce dont les socialistes sont les principaux auteurs.


Même dans cette perspective rien n'est joué. Dans le combat électoral que la France livre à chaque élection, au second tour l'écart entre ce que l'on a coutume d'appeler droite et gauche tient souvent dans un mouchoir de poche. Imaginons que Mélenchon gagne, comment réagira le Capital dont les intérêts sont considérables ? Comment acceptera-t-il de revoir à la baisse l'exploitation des humains et des ressources de la planète ? Le combat ne fera que commencer. Si un candidat de la droite extrême est élu, le travail extraordinaire entamé par les militants de la France Insoumise permettra de lutter dans l'opposition avec des arguments peaufinés et ce sur tous les fronts. Le combat aura déjà commencé. Dans tous les cas l'engagement pour sauver la planète du gâchis et de la destruction, pour la justice pour tous, moins d'inégalités entre les êtres, n'aura pas été vain.

Illustrations : Rembrandt, La leçon d'anatomie / Réunion publique aux Lilas de la France Insoumise avec Charlotte Girard et Liêc Hoang-Ngoc

lundi 6 mars 2017

Suicide d'une nation


Les élections présidentielles révèlent un malaise profond de la société française. Ce malaise, qui ressemble plutôt à une maladie, touche probablement d'autres pays européens si l'on en juge par la dérive droitière générale. Après avoir rêvé changer le monde pour que la vie y soit plus douce pour tous, le cynisme a gagné les esprits. Les médias aux mains de milliardaires toujours plus gourmands ont su faire passer le message que rien ne changerait quoi qu'on y fasse. Le capitalisme et sa déclinaison ultralibérale seraient éternels alors que la plupart des individus sont capables d'imaginer la fin du monde ! L'idée d'inéluctabilité est évidemment démobilisatrice. Quantité d'anciens combattants sont gagnés par la peur du retour au fascisme et n'envisagent que des pare-feux stratégiques pour éviter le pire. Leur enthousiasme s'étant abîmé sur les promesses non tenues de la gauche (abusivement incarnée par le Parti Socialiste), ils n'envisagent que de petites réformes qui minimisent les dégâts. Cette position exclut de fait les plus pauvres et ne fait que protéger, mais pour combien de temps, la bourgeoisie qui craint de perdre les miettes que le système de plus en plus inique lui concède. Les plus jeunes n'ont pas connu le temps des utopies que l'après-guerre et les trente glorieuses avaient initiées. Mai 68 et le mouvement hippie annonçaient, de concert avec les progressistes, une société des loisirs qui fut enterrée sous l'appétit des actionnaires. Il aura fallu maintes trahisons pour renverser cette révolution qui n'aura été que morale, libérant les femmes du joug phallocrate, les minorités sexuelles persécutées, distillant la liberté à courte distance. Le colonialisme se transforma en exploitation discrète des ressources des pays pauvres. Le choc pétrolier n'arrangea pas les choses. Les idées de liberté, loin des dictatures explicites, d'égalité, plutôt sexualisée, et de fraternité, le mythe européen, surent donner des images rassurantes en laissant de côté la notion de solidarité pourtant essentielle. Tout ce qui pouvait faire vaciller la bonne conscience judéo-chrétienne fut caricaturée en distillant la peur d'un autre monde possible. La population souffre de mille maux qu'elle est capable d'identifier plus ou moins, mais penser qu'il pourrait en être autrement génère une peur irraisonnable, comme si l'inconnu ne pouvait être que pire encore.
Partout la peur règne en maître. On la sait pourtant mauvaise conseillère. Elle accouche simplement de la république des lâches. Rêver d'un monde meilleur, à l'opposé du pis aller de notre siècle, exige du courage, celui de retrousser ses manches et d'aller au charbon sans calcul égoïste. On ne peut gagner que si l'on est prêt à perdre. Les vivants ne peuvent se satisfaire de donner leur avis sur FaceBook où la critique est rarement constructive. Ils descendent dans la rue, reconstruisent le quartier, prennent des risques évidemment. Il n'y a de pire risque que de n'en prendre aucun. Que l'on s'engage électoralement à changer la constitution de la Ve qui donne tous les pouvoirs au président et à ses valets de pieds, clandestinement dans une résistance inventive ou individuellement dans un travail de proximité, c'est sans relâche tant que le monstre n'est pas terrassé. Le sera-t-il jamais ? Je l'ignore. Ai-je le choix ? Je ne pense pas. La mauvaise foi des lâches et des paresseux tient de la psychanalyse des nantis. Ils portent des masques pour affoler les citoyens réduits à mettre une croix dans un carré, agitant les sondages bidons comme si c'était plié d'avance, dressant des portraits grimaçants qui incarneraient la dictature, comme si notre démocratie n'était pas circonscrite à nos frontières, ou se gargarisant d'avoir tout écrit il y a quarante ans. On peut préférer ceux qui ont fini par comprendre le lien étroit entre capitalisme et désastre écologique aux précurseurs qui ont viré leur cutie. Ces morts-vivants n'habitent que le passé. L'avenir en commun leur inspire une menace plus terrible que l'arrangement qu'ils ont signé avec leurs saigneurs et maîtres. La dignité de l'humanité en a pris pour son grade. Soyons de nouveaux-nés. Le monde est à inventer !

Illustration : Jan Asselyn, De Bedreigde Zwaan, 1650

mercredi 1 mars 2017

Une campagne de notre temps


Très attaché à la cohérence entre théorie et pratique, je suis épaté par l'art et la manière dont la France Insoumise mène la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour les élections présidentielles. Les arguments sont une chose, leur présentation en est, souvent, une autre. Or aucun candidat n'a jamais autant détaillé ses propositions depuis qu'existent les médias de masse que sont la télévision et surtout Internet. En complément du programme de 70 pages vendu 3 euros dans les librairies, sur les marchés ou en ligne, les équipes qui entourent le candidat publient 40 livrets thématiques téléchargeables gratuitement, incroyablement variés. Sur le Web, Mélenchon est devenu le plus gros Youtuber politique avec ses Revues de la semaine, dix-neuf depuis cinq mois, qui montrent une personne posée et détendue, loin de l'image détestable qu'en fait la presse, quotidiens possédés dans sa quasi totalité par quatre milliardaires français, chaînes de télévision à la solde du gouvernement actuel et des intérêts capitalistes. Même Médiapart se fait l'écho des autres candidats en le boudant. Ses discours sont pourtant des modèles de clarté et convainquent la plupart des gens qui se donnent la peine de les regarder par souci de penser par soi-même au lieu de déléguer à d'autres ce soin. Si vous pensez que je ne suis qu'un militant de base, fasciné par un tribun gueulard, je vous engage à faire l'expérience vous-même en regardant par exemple le dernier discours, celui de samedi à la Journée de l'écologie, une leçon de choses passionnante...


Je n'ai jamais entendu autant d'intelligence chez un homme politique, improvisant ses discours comme De Gaulle avec humour et détermination, mais surtout variant les thèmes chaque fois sans se répéter. Des Insoumis lui prêtent main forte, en transformant ses discours en rap avec un vocoder comme Khaled Freak, en adaptant le programme L'avenir en commun en bande dessinée comme Melaka, Reno Pixellu et Olivier Tonneau...


Il est évident que cela parle aux jeunes, mais Mélenchon s'adresse à tous les gens, à leur intelligence et leur sensibilité. À moins de faire partie des quelques puissants qui ont beaucoup à perdre s'il était élu, ses détracteurs ne l'ont pas écouté, du moins pas depuis le début de cette campagne. Il avait séduit quantité d'électeurs lors des précédentes élections présidentielles, autant déçu lors de l'épisode Hénin-Beaumont. Sa prise de conscience écologique l'a transformé de la même manière que Naomi Klein passant de La stratégie du choc à Tout peut changer : capitalisme et changement climatique. Jamais, depuis que je suis en âge de voter, un homme politique n'aura été aussi proche des idées pour lesquelles, jeune homme, je combattais. Il incarne autant l'imagination au pouvoir de mai 68 que l'urgence devant la destruction systématique de la planète. La seule objection qui me fasse parfois douter est le contexte soit-disant démocratique dans lequel s'insère cette démarche. À réduire la participation des citoyens à mettre une croix dans un carré ou appuyer sur un bouton le jour des élections, sans qu'aucune formation l'accompagne, il est certain que cela ne favorise pas l'autodétermination en connaissance de cause. C'est bien pourquoi la démarche pédagogique exemplaire de la France Insoumise enthousiasme celles et ceux qui ont pris la peine de s'y intéresser de bonne foi. Quelle que soit l'issue du scrutin, le travail colossal de ses militants permettra de se battre sérieusement, au gouvernement ou dans l'opposition.

jeudi 23 février 2017

L'influence de l'église sur l'urbanisme


Nous l'avons échappé belle avec notre mur orange sanguine et nos volets bleu Klein ! Un ami souhaitait remplacer ses fenêtres à petits carreaux de bois tartignoles par d'élégantes ouvertures en aluminium, mais, manque de chance, sa maison était située dans le périmètre d'une église encore plus mochedingue. Sans spécification, en France le rayon autour d'un des 45000 bâtiments classés ou inscrits monuments historiques est de 500 mètres ! Cette distance n'est-elle pas abusive lorsque les deux édifices sont si éloignés, séparés par quantité de rues où s'élèvent des bâtiments aussi laids les uns que les autres ? Si ces règles peuvent se justifier dans certains cas, elles évitent surtout aux architectes des Bâtiments de France de faire le moindre travail de réflexion, le conservatisme le plus réactionnaire remplaçant le bon sens et balayant la moindre chance de faire évoluer l'urbanisme vers des solutions en osmose avec notre époque. Il semble n'exister non plus aucune perspective écologique chez ces architectes qui n'ont souvent jamais exercé, mais que la loi érige en police de l'urbanisme, d'autant qu'il n'existe aucun moyen de recours auprès de ces ABF, un boulot en or ! On peut toujours saisir le préfet de région en recours gracieux, mais il ne faut surtout pas être pressé, ni croire que c'est du tout cuit. En matière de contentieux, le Conseil d’État est venu confirmer, dans un arrêt du 19 février 2014, qu’aucun recours devant le tribunal administratif n’est possible pour contester la décision de l’Architecte des Bâtiments de France. Ainsi, si vous saisissez la justice pour contester la décision rendue, le tribunal déclarera automatiquement votre recours irrecevable. Cela rappelle vaguement le tout puissant Ordre des Médecins. Il y a vraiment des choses à modifier dans notre beau pays.
L'article L.621-31 du code de l’Urbanisme vous empêche donc de faire la moindre construction, démolition, modification d’aspect, installation d’enseigne, aménagement extérieur au seing du périmètre sans l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France. Cela inclut donc le remplacement des portes ou fenêtres, leurs formes, couleurs et matériaux, l'installation d’un portail, la rénovation de la toiture, un ravalement de façade ou la création d’un vélux. Avec un rayon de 500 mètres, dans un village ce sont toutes les maisons qui tombent sous la coupe de l'église, à moins que le maire prenne les rennes...
Car les églises construites avant 1905, propriétés des communes depuis la loi du 2 janvier 1907 entérinant la séparation de l'Église et de l'État, font donc partie de ces dispositions. En toute laïcité on croyait être débarrassés de l'influence de l'église, mais elle s'exerce toujours en matière d'urbanisme, quel que soit l'intérêt architectural du monument. L'interdiction des couleurs vives à leur "proximité" est totalement absurde lorsque l'on sait que les églises et cathédrales, comme les temples grecs, n'étaient pas du tout ces bâtisses grises, leurs couleurs chatoyantes extérieures ayant disparu sous les assauts du temps. Je suggère donc de repeindre ces lieux de culte pour qu'ils s'harmonisent avec une nouvelle conception de la ville plus festive et joyeuse. Vu leur nombre et leur fréquentation en baisse depuis leur construction, il serait également judicieux de les réaffecter à d'autres activités que celles du culte, mais je sens déjà la Manif Pour Tous se mettre aussitôt en branle. Notre pays est décidément trop vieux. L'imagination des créateurs y est muselée par des siècles d'orgueilleuse poussière.

lundi 20 février 2017

Les arts insoumis, la culture en commun


Parmi la quarantaine de livrets thématiques de la France Insoumise, je me suis penché évidemment plus particulièrement sur celui consacré à la culture. J'y apporte quelques humbles commentaires, mais le mieux est de le télécharger (c'est gratuit !). Je reviendrai ultérieurement également sur celui sur le numérique...
1. La culture
• Étendre la gratuité dans les musées et les autres lieux culturels recevant des subventions publiques nationales, à commencer par un accès gratuit tous les dimanches • Atteindre 15 % de fréquentation de publics scolaires dans les établissements culturels nationaux. • Sortir des indicateurs strictement quantitatifs tels que les recettes et imposer la diversité sociologique et géographique des publics, à commencer par les visites scolaires. • Intégrer les droits d'auteur dans le domaine public, après le décès des auteur·e·s pour financer la création et les retraites des créateurs.
Je suis ennuyé par ce dernier point. Que l'on réétudie les conditions d'héritage me semble indispensable pour réduire l'écart entre riches et pauvres, et ne pas laisser les plus puissants devenir toujours plus influents. Il s'agirait donc de plafonner. Mais il est injuste de s'attaquer aux entrepreneurs d'œuvres de l'esprit face à ceux qui s'enrichissent sur des valeurs matérielles. À Victor Hugo (discours de Lyon) il faut opposer l'initiative de Beaumarchais ! Les droits d'auteur sont légués à ses ayant droits comme n'importe quel héritage. Que cela favorise la création et les retraites des créateurs est une bonne intention, mais cela ne peut se concevoir sans remettre en cause l'héritage dans son ensemble. Cette proposition est très maladroite. Par contre on pourrait limiter le droit moral des ayant droits post mortem pour les empêcher de bloquer la circulation des œuvres et d'exiger des sommes fantaisistes non statutaires.
2. Faire la révolution citoyenne dans la culture
• Abroger les niches fiscales à l’avantage des mécènes et les autres règles sur mesure faites au profit des fondations privées telles que la fondation Pinault à la Bourse du commerce ou la fondation Louis Vuitton au bois de Boulogne. • Intégrer les œuvres d’art dans l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et intégrer les revenus tirés de leur vente au barème usuel de l’impôt sur le revenu. • Mettre fin à l’intrusion de la finance dans les conseils d’administration des établissements culturels et lui substituer une nouvelle gouvernance démocratique qui renforcera le rôle des représentant·e·s des employé·e·s et associer des représentant·e·s des publics jusque dans la nomination de la direction et dans les orientations stratégiques. Assurer la parité dans les conseils d’administration et féminiser les postes de direction. • Rendre effectif un principe de non-cumul des mandats culturels, y compris dans le temps. • Interdire le sponsoring privé dans les services publics et les événements culturels et atteindre une part de 10 % de budgets participatifs dans les crédits locaux consacrés à la culture
Cela demande évidemment un retour d'investissement de l'État, comme en 1981 lorsque la culture bénéficia de 1% du budget national. Cette remarque s'applique à nombreux points qui suivent évidemment.
P.S.: il en fut évidemment question hier dimanche dans le chiffrage de la campagne, plus de 5 heures d'émission directe sur YouTube, un évènement unique dans l'histoire des présidentielles.
3. Rendre la culture accessible
• Jumeler tous les établissements (écoles, collèges, lycées) avec des établissements culturels, dans des projets profitant à tou·te·s les élèves et encourager les pratiques artistiques collectives ; favoriser la médiation socioculturelle dans ces établissements. • Mettre les associations au cœur de l’action culturelle sur tout le territoire dans l'espace public et leur donner les moyens financiers adaptés afin de faire reculer les déserts culturels. • Favoriser et promouvoir la médiation culturelle dans l’ensemble des lieux patrimoniaux et institutions culturelles subventionnés (musées, orchestres, théâtres, etc.), notamment en leur faisant obligation de recourir à des guides conférencier·e·s diplômé·e·s et titulaires de la carte professionnelle. Encourager, dans les critères de subvention, la co-construction de la programmation culturelle avec les publics. • Défendre le maillage national des bibliothèques et médiathèques, garantir leur budget face aux choix financiers ou idéologiques de certaines collectivités territoriales et embaucher des professionnel·le·s pour assurer de plus larges ouvertures. • Accroître les effectifs des professeur·e·s spécialisé·e·s dans l’enseignement artistique et dans l’Éducation Nationale (notamment par le maintien ou la réouverture des C.H.A.M., Classes à horaires aménagés musique).
C'est toujours la question de la fréquentation des lieux culturels par les classes défavorisées qui pensent que cela ne leur est pas destiné, même lorsque c'est en bas de chez eux. Il faudra faire preuve d'imagination. Je me souviens qu'avant son éviction du festival Sons d'Hiver Michel Thion programmait toujours en première partie un ensemble local, amateur ou professionnel. C'est un exemple parmi d'autres.
4. Affirmer le droit à l’éducation culturelle et artistique
• Transformer l’enseignement artistique supérieur en véritable service public national : sortir les écoles d’art et les conservatoires de musique et de danse du statut inadapté d’Établissement public de coopération culturelle (EPCC). L’État définira les programmes et les règles applicables à leurs personnels. • Renforcer les conservatoires de musique, de danse et d’art dramatique, afin de permettre l’accès de tou·te·s à un enseignement de qualité. Maintenir l’accès aux cours individuels. Ouvrir de nouveaux conservatoires pour permettre à chacun·e, quel que soit son âge, de s’inscrire, avec prêt gratuit d’instruments. • Mettre fin à la marginalisation de l’enseignement artistique. Faire de l’éducation artistique dans toute sa diversité et dans ses trois dimensions (fréquentation des œuvres, pratique, enseignement artistique) une vraie priorité éducative de la maternelle à l’université, jusqu’en entreprise. • Développer une filière de la création numérique dans l'enseignement professionnel.
Dès le cours préparatoire laisser les questions se poser avant d'imposer les réponses. Adjoindre des professionnels en activité aux professeurs de profession comme cela est pratiqué dans les grandes écoles...
5. Protéger les artistes, étendre le régime des intermittents
• Garantir la liberté de création et de diffusion des œuvres d’art contre toute tentative de censure.• Pérenniser le régime des intermittent·e·s du spectacle sur la base de l’accord du 28 avril 2016. Il est une garantie de la liberté de création de celles et ceux qui y cotisent. • Étendre ce régime aux professions artistiques précaires, dont les artistes visuels. • Titulariser les précaires et les permittent·e·s du service public de la culture et de l’audiovisuel. Intégrer les emplois actuellement soustraits par les établissements culturels. • Garantir la pérennité des ensembles et orchestres permanents, l’emploi statutaire, conditions de la mise en œuvre des missions et des cahiers des charges. • Soutenir l’extension des maisons des artistes comme centres de ressources nationaux et mutualisés.
Étendre le régime des intermittents du spectacle aux professions artistiques précaires, dont les artistes visuels, montre que l'on peut ajuster par le haut au lieu d'attaquer stupidement les mieux protégés. Il en est de même des droits d'auteur qui doivent être étendus à des professions particulièrement exploitées. Il ne s'agit pas de bloquer ou compliquer les contrats, mais de rémunérer justement les créateurs. Les graphistes et photographes attendent cela depuis longtemps.
6. Bannir la pollution publicitaire et étendre l’affichage artistique et associatif. Nous lutterons contre l’invasion publicitaire dans les services publics et sur les bâtiments publics, dans les rues, aux abords des villes et des villages. Voici plusieurs actions prioritaires :
• Mettre fin à l’affichage publicitaire sur les bâtiments publics et au « nommage » de lieux culturels publics, tel le AccorHotels Arena. • Interdire les écrans publicitaires numériques et connectés, vrai scandale écologique et déontologique, dans les lieux et transports publics. • Créer un fonds d’appui aux communes qui transforment les panneaux publicitaires en espaces d’affichage culturel et d’expression libre avec une stricte application de l’usage à but non lucratif. • Réguler la publicité, notamment aux entrées de villes et de bourgs aujourd’hui défigurées.
Il faut aller plus loin en repensant totalement l'urbanisme, resté à l'état de concept dans nos villes. Pourquoi sont-elles si tristement grises ? Redonnons-leur de la couleur ! Cela s'applique au mobilier urbain, aux automobiles, etc. Privilégions les initiatives individuelles en leur donnant un cadre élargi. Trop à dire sur la question, mais cela implique d'intégrer le design sonore dans l'univers urbain. De planter des arbres, des jardins partout où c'est possible, etc.
7. Préserver le patrimoine, construire pour le futur
• Faire appliquer le « 1 % artistique » (dans la dépense de construction), prévu par la législation, à tous les bâtiments publics construits, rénovés ou ayant changé d’affectation. L’étendre aux grandes constructions privées. Le prendre en compte dès le concours d’architecture par obligation d’appels publics à candidatures. Faire figurer au cahier des charges de l’architecte et de l’artiste le lien avec la société et l’environnement social. • Renationaliser le mécanisme de prévention archéologique et permettre une application effective de la loi de 2001 sur l’archéologie préventive, sous la direction de l’INRAP. • Investir enfin dans les Archives Nationales pour garantir leur conservation et leur partage avec le public. • Généraliser l’intervention d’un architecte dans la construction de lotissements.
Voir la remarque au-dessus !
8. Soutenir les petites entreprises culturelles indépendantes
• Renforcer les aides à la présence dans tout le pays des salles indépendantes de concert et de cinéma, ainsi que des petits commerces culturels indépendants, avec : - l’augmentation du soutien aux librairies (ADELC), disquaires (CALIF), cinémas indépendants (AFCAE), en particulier en matière de formation, de reconnaissance et de valorisation des diplômes, d’aide à l’implantation ; - l’encadrement des loyers là où c’est nécessaire ; le financement par l’État d’un programme Culture à Loyers Modérés ; - des aides et prêts à 0 % pour permettre aux lieux de se mettre en conformité avec la loi (isolation, accessibilité aux personnes à mobilité réduite…) ; - des instances de médiation culturelle locales pour limiter les conflits d’usage, par exemple pour les nuisances sonores. • Soutenir les structures de création et de production : - ouverture de lieux de travail pour tou·te·s les artistes ; - financement de la structuration des petites compagnies de spectacle vivant, chœurs et orchestres, danse, cirque, écriture ; soutien aux lieux de diffusion de la création contemporaine ; - création d’un CNJV (Centre national des jeux vidéo) qui disposera de mécanismes d’aide sur le modèle du Centre national du cinéma et de l’image animée (avances sur recettes…) ; - renforcement du soutien à la bande dessinée par le CNL (Centre national du livre) ; - création, qui n’a que trop attendu, du Centre National de la Musique.
En 1982, lorsque les compagnies implantées reçurent le soutien de l'État le budget était clos. Les années suivantes, les subventions reconduites empêchaient les nouvelles compagnies d'être aidées. Un contrôle sérieux est donc indispensable pour sécuriser les compagnies dans la durée sans les laisser pour autant sans contrôle de résultat. C'est un sujet épineux, car elles ont besoin d'être sécurisées dans la durée. Les résultats à considérer ne sont pas forcément économiques ou dans la fréquentation. C'est vraiment à étudier. Le système actuel est d'une grande perversité...
9. Défendre l’exception culturelle
• Défendre de façon intransigeante la langue française dans toutes les instances européennes et internationales. Soutenir l’expression artistique et culturelle francophone tant en France qu’à l’étranger. • Sortir la culture du champ des échanges marchands, tant à l’UE qu’à l’OMC, dans la lignée de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO de 2005. • Étendre l’exception culturelle à la sphère numérique. • Développer une vraie coopération culturelle non marchande et émancipatrice, à l’opposé de la vente internationale de franchise (ex. : Louvre/Abou Dhabi). • Renforcer le réseau des Instituts français à l’étranger, gravement déstructuré et affaibli depuis deux quinquennats. Ce soutien accru concernera aussi les Écoles françaises à l’étranger (Rome, Athènes, Le Caire, etc.) ainsi que les missions archéologiques.
Il faut créer une nouvelle Europe, non celle du fric, mais celle des cultures, et étendre cet échange au monde entier. Il est un espéranto autre que de la finance. Je n'ai pas non plus oublié la phrase de Jean-Luc Godard : "La culture est la règle, l'art est l'exception."
10. Faire reculer l’emprise des multinationales culturelles
• Créer une médiathèque publique en ligne, avec une plate-forme d’offre légale en ligne de musique, de films et de contenus culturels. • Maintenir la loi de 1981 sur le prix unique du livre, sanctionner les abus (frais de transport offerts…) et supprimer toutes les aides fiscales ou indirectes aux mastodontes du commerce en ligne tels Amazon, Fnac.com, etc. • Diriger les marchés publics de livres (commandes de collectivités et de bibliothèques) vers les librairies indépendantes. • Mettre en place un prix unique pour les supports de musique, de jeux vidéo et de films. • Faire du·de la médiateur·trice du cinéma une véritable autorité de régulation, avec pouvoir de sanction. • Mettre à jour les dispositifs d’aides publiques existants pour redonner la priorité à la solidarité et à la diversité, et mettre un terme aux aides favorisant la concentration. • Créer un centre national du jeu vidéo, sur le modèle du centre national du cinéma, pour financer les créations françaises.
Les détracteurs du programme des Insoumis qui ne peuvent pas voir Jean-Luc Mélenchon en peinture invoquent que "les programmes sont des catalogues, mais qu'adviendra-t-il concrètement". Ne voient-ils pas que le seul fait de soulever toutes les incohérences du système actuel mérite que nous retroussions nos manches et rêvions d'un monde meilleur ? Dans un second temps, il s'agit dores et déjà de trouver les moyens d'appliquer ce programme. Il en est ainsi de tous les programmes. Quand on pense au gâchis d'argent utilisé pour des causes inutiles ou scandaleuses il s'agira d'affecter justement le budget à des causes indispensables pour que notre société se réveille de sa longue maladie.

mardi 14 février 2017

Le zapping Internet


On se moquait des accros à la télé qui zappaient à tout bout de champ, mais qu'en est-il de celles et ceux qui sont rivés à leur mur FaceBook ?
Lorsqu'elle était enfant j'avais interdit à ma fille de regarder la télévision sans avoir auparavant choisi son programme sur Télérama. C'était une manière vicieuse de l'obliger à lire, ce qu'elle avait du mal à faire à l'époque, et de l'empêcher de regarder n'importe quoi. Les images qui bougent ont quelque chose d'hypnotisant. Elle n'avait pas non plus l'autorisation de regarder le matin, et il était hors de question qu'elle soit couchée après 21h. La première raison était de nous empêcher de démissionner le matin quand il n'y avait pas école, la seconde de me permettre d'assister au début du film débutant le soir sur Canal. Nous jonglions entre nos intérêts et les siens, ménageant sa liberté en fonction de mon égoïsme. J'avais appris de mes propres parents que plus on accordait de liberté aux enfants plus on s'en octroyait, et que cette liberté les faisait grandir plus vite que les autres. Pour autant, je remarque que les gosses qui n'avaient pas la télé chez eux acquéraient plus facilement une personnalité, loin du formatage. Cela n'a pas changé. Ceux de l'immeuble qui étaient dans ce cas en profitaient évidemment pour s'en repaître les après-midi où ils descendaient chez nous ! Lorsque nous eûmes un magnétoscope, Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort ou Peau d'âne tournèrent en boucle. Les enfants aiment voir et revoir jusqu'à plus soif. Je me battais chaque fois pour leur faire découvrir un nouveau film en choisissant de préférence ceux que j'appelle initiatiques... Elsa a fini par aimer lire, au début grâce aux polars de Fred Vargas je crois, et cela fait des années que, comme nous et la plupart des jeunes, elle ne regarde plus la télé, ce qui lui a permis de forger son propre esprit critique...
Penser par soi-même est toujours aussi nécessaire, les manipulations d'opinion se déclinant à l'heure des informations, sous le poids des sondages truqués et du formatage des consciences selon les consignes du politiquement correct. C'est la raison pour laquelle je lis toujours ce qui concerne mes articles en cours après les avoir écrits, plutôt qu'avant comme on l'apprend à l'université. Je préfère être lacunaire et personnel qu'exhaustif et référentiel.
Aujourd'hui les mœurs ont changé, pas les mauvaises habitudes. La plupart d'entre nous vivons sous perfusion Internet. Je pars du point de vue que vous avez pris le temps de lire ces lignes ;-) Les liens hypertexte favorisent une forme de sérendipité, nous faisant découvrir une infinité d'informations auxquelles nous n'aurions pas pensé, sauf à dévorer systématiquement quelque encyclopédie universelle. Un réseau bien géré sur FaceBook peut produire le même résultat. Mais lorsque je vois le temps passé par certains et certaines à zapper sans discontinuer d'un sujet à l'autre, partageant des dizaines de posts tout au long de la journée, je m'inquiète quant à leur manière de gérer le réel. Cette lecture, souvent interactive, crée une nouvelle forme de passivité et d'éclatement du temps. Se focaliser sur un sujet particulier leur devient de plus en plus difficile. Cela produit même chez certains l'illusion de travailler. De même qu'il est indispensable de choisir ses "amis", anticiper ses choix me semble une condition sine qua non de la constitution de chacun. Se structurer exige d'organiser son temps. Or ce nouveau zapping compulsif m'apparaît comme le symptôme d'une fuite. Cette immersion sociale virtuelle peut renfermer sur soi-même en donnant l'illusion d'appartenir à l'ensemble. Est-ce une façon d'accepter la brutalité du quotidien qui semble à beaucoup inéluctable et déprimant ? C'est pourtant en sortant de chez soi et en se groupant que nous avons une chance de renverser cette société inique dont le cynisme est le moteur. J'écris évidemment depuis mon clavier, calfeutré dans une maison bien chauffée, mais où les visites sont heureusement légion !

mardi 10 janvier 2017

Les dictatures hypocrites


Que l'on ne se méprenne pas, je sais parfaitement que si j'étais russe, chinois, syrien ou saoudien je serais mort ou en prison. Je n'en suis pas moins choqué d'entendre à tout bout de champ que ces pays sont des dictatures en opposition à nos démocraties exemplaires. Les donneurs de leçons feraient bien de réfléchir un peu plus loin que leurs frontières nationales. Car si à l'intérieur de leurs périmètres légaux les dites démocraties ne sanctionnent pas outre mesure le délit d'opinion et le multipartisme, qu'en est-il de leur implication dans leurs anciennes colonies ou lors de leurs invasions belliqueuses ? Comment concevoir la mise en place de dictateurs locaux en Afrique, en Amérique Centrale ou en Amérique du Sud avec l'appui des forces armées ou des services secrets des États Unis, de la France, de la Grande Bretagne, etc. ? L'assassinat systématique des dirigeants africains prônant l'indépendance de leur pays face à l'hégémonie des grandes puissances, ou encore la chute de Salvador Allende au Chili avec l'appui de l'aviation américaine, ne sont-ils pas une façon "d'exercer tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu'aucune loi ou institution ne les limite", définition wikipédesque de la dictature ? La dictature de ces pays démocrates s'exercerait-elle exclusivement hors de leurs périmètres frontaliers ? Comment néanmoins ignorer les prisonniers politiques de Guantánamo ou les Black Panthers toujours en prison après 40 ans ? N'y a-t-il pas quelque hypocrisie à dénoncer les dictatures intra muros en évitant soigneusement d'évoquer les guerres menées explicitement ou secrètement contre des nations qui ne partagent pas les mêmes projets politiques ? Même en France, ne flirte-t-on pas avec le diable lorsque la police ne vous laisse sortir d'une manifestation qu'à condition d'enlever vos badges ? Ce n'est évidemment encore qu'une bavure, mais si l'on ne s'insurge pas aujourd'hui que peut-on espérer de l'avenir ? Quoi qu'il en soit, la condamnation des dictatures par les démocraties se cantonne honteusement à un système de repères nationaux en négligeant soigneusement ou étourdiment leur rôle à l'échelle de la planète. La troisième guerre mondiale se déroule en effet soigneusement hors des frontières des pays démocrates, à l'instar des États Unis lors de la précédente. Les attentats terroristes sur notre territoire n'en sont pour l'instant que des effets de bord. Je ne cherche évidemment aucune excuse aux uns comme aux autres, défendant ardemment une politique pacifiste qui prenne en compte les populations payant seules le prix de ces guerres strictement économiques sous couvert de religion ou de nationalisme. Les dictateurs que les médias nous désignent ne seraient-ils que les boucs-émissaires d'un monde cynique et criminel, ou des marionnettes aux mains des financiers tout-puissants qui décident du futur de notre monde ? J'irai plus loin : si l'on replace l'homme dans son environnement naturel, comment définir le rôle qu'il s'est octroyé face aux autres espèces ?

Illustration: Léon Gimpel, La guerre des gosses, Paris, 2 janvier 1916 © Collection Société française de photographie (coll. SFP)

vendredi 6 janvier 2017

Cette année sent le soufre


Avec des camarades nous préparons un drôle de petit film pour illustrer nos vœux que nous enverrons la semaine prochaine. C'est heureux, et même très heureux, parce que, sinon, j'aurais probablement évoqué l'odeur bizarre qu'exhale 2017. Pour la bonne année, rendez-vous donc la semaine prochaine, passez votre chemin, la suite n'est pas marrante. En tout cas cela commence mal, au milieu des fumeroles, même si cela pourrait s'arranger dans une conclusion en forme d'ouverture...

En France les présidentielles occupent tout l'espace politique et camouflent la misère du pays. La morosité ambiante est une chose, mais la pauvreté, les SDF, les reconductions à la frontière, les parquages d'immigrés sont un signe plus alarmant. Face aux lois régressives qu'impose le gouvernement socialiste et les projets assassins de la droite officielle il n'y a que le programme des Insoumis qui me fasse un peu rêver. La personnalité de Mélenchon en irrite plus d'un, mais les médias aux mains du pouvoir, et plus précisément des milliardaires, banquiers et marchands de canon qui les possèdent tous, dessinent un portrait à charge en focalisant tout sur lui plutôt qu'analyser les propositions élaborées avec les Insoumis. J'exprime alors que cela sent le soufre, parce que si la probabilité d'une victoire se profilait, je crains les pires coups fourrés, directement sur la personne ou indirectement sur l'opinion publique.
À l'étranger c'est autrement pire. On suffoque. Entre l'ultralibéralisme d'un impérialisme absolu et la répression cul béni qui prendrait bien modèle sur le précédent, ne me demandez pas de choisir pour Trump ou Poutine. L'Iran d'un côté, le Qatar et l'Arabie Saoudite de l'autre, ils se partageraient bien la nappe de gaz, mais ils sont tous prêts à sacrifier leurs populations pour le tuyau qui acheminera le produit à travers la Syrie. Les divergences entre la quantité de milices chiites et sunnites aboutiront à un carnage avec une épée de Damoclès à la mode lybienne où il n'y a même plus de gouvernement, éclatement tribal qui rappelle le Liban et ses 18 confessions religieuses sans que cela empêche les riches Saoudiens de s'en servir hypocritement comme lupanar... Pas besoin de faire le tour de la planète pour savoir que l'époque n'est pas sur le chemin d'une paix salvatrice.
La planète ! Alors là, on frise le délire. Les glaces polaires fondent. On chauffe là. On refroidit ailleurs. Les courants sont déviés. On submerge comme annoncé. Et l'on zigouille les autres espèces à tours de bras. Sympa l'époque ! Alors on fait quoi ? On déboise, on assèche les terres, on s'intoxique. Il va falloir une bonne dose de volontarisme cynique pour faire semblant que les années qui viennent seront bonnes.
Manière de voir. Pouvons-nous considérer qu'elle sera joyeuse si la résistance est euphorisante ? Nous n'avons pas d'autre ressource que d'agir chacun, chacune, à son niveau, dans un travail de proximité. On commencera par ses proches, on agrandira le cercle à ses voisins, puis aux cousins des voisins, peut-être bien que l'on s'intéressera à ce qui se passe ailleurs, en Grèce ou en Nouvelle Guinée Papouasie ? Nous avons quantité de frères et de sœurs partout sur les continents et dans les îles, des combattants pour la vie qui ne peuvent concevoir de s'entretuer au profit de quelques salopards qui jouent la concurrence et la zizanie pour s'empiffrer toujours plus et accumuler au delà de leurs besoins, fussent-ils même délirants. Pour s'en débarrasser je ne vois qu'un excès de solidarité entre les uns et les autres, entre les hommes et les femmes, entre les peuples, et repensons notre approche de la nature dont nous nous sommes arbitrairement exclus pour la conquérir. Mais à quel prix ? Vivre est à la portée de tous et toutes. Encore faudra-t-il changer nos mauvaises manières... Aussi vous souhaiterai-je dores et déjà une année de bonnes manières, que vous en soyez les auteurs ou les bénéficiaires !

vendredi 23 décembre 2016

Tout est vérouillé


Passé rue Mazarine aux Éditions de l'Herne chercher un exemplaire du Cahier consacré à Michel Houellebecq dans lequel j'ai écrit un article sur notre collaboration, je franchis à pied le Pont Neuf. De là j'aperçois l'impasse de la rue de Nevers au fond de laquelle je faisais semblant de chanter lorsque j'étais louveteau aux Éclaireurs de France, une meute de scouts laïques où j'ai passé trois années merveilleuses de huit à onze ans. À sa droite la Monnaie de Paris présente actuellement l'exposition Not Afraid of Love de Maurizio Cattelan. À sa gauche la rue Dauphine où en mai 68 j'allais en mobylette acheter L'Enragé, puis les journaux underground Le Parapluie, It et Suck à la Librairie Parallèles. Dessous "coule la Seine". J'adore la traverser où que ce soit à Paris, en touriste.
"Et nos amours, faut-il qu'il m'en souvienne".
C'est bien le premier plan qui me choque. Des amoureux ont accroché des milliers de cadenas sur l'avancée du pont construit sous Henri III et terminé sous Henri IV. Cette pratique avait commencé à Paris sur le Pont des Arts et elle s'étend maintenant à d'autres passerelles. Étrange comportement de considérer l'amour comme quelque chose de fermé, replié sur soi ! Ces naïfs jettent ensuite la clef de ces "cadenas d'amour" dans le fleuve, quitte à revenir détruire rageusement cette ceinture de chasteté moderne quand le couple se défait.
"Passent les jours et passent les semaines, ni temps passé, ni les amours reviennent..."
Les familles recomposées sont en effet plus nombreuses dans les grandes villes que les liaisons éternelles. Je repense au remarquable discours de Jean-Luc Mélenchon au meeting LGBT, probablement le plus intéressant de sa campagne de 2012. Si je me souviens bien, il s'était d'abord étonné du besoin de se marier, un peu anachronique pour des gens de notre génération. Il avait ensuite suggéré que le mariage gay devienne le modèle de nouvelles associations, entre frère et sœur, entre amis, etc., pour protéger le compagnon ou la compagne qui nous sont chers...
"Vienne la nuit sonne l'heure, les jours s'en vont, je demeure."

mercredi 21 décembre 2016

Le malaise est plus profond

...
J'aurais beau évoquer la politique gouvernementale, les élections présidentielles, la guerre en Syrie ou ailleurs, Fukushima ou la sixième extinction, il me semble que le problème n'est pas là. Beaucoup de gens sont malheureux, déçus, sans perspective d'avenir, cyniques. Ils ont l'impression que rien ne peut changer. Comme le répète le philosophe Slavoj Žižek : "Tout le monde conçoit la fin du monde, mais pas celle du capitalisme !". Les puissants donnent le mauvais exemple en ne respectant pas les lois qu'ils ont fixées. Comment alors exiger que les citoyens lambda agissent autrement, à leur petit niveau ? Les automobilistes se moquent de la priorité à droite ou des piétons qui souhaitent traverser, ils forcent le passage. C'est chacun pour soi, alors que seule la solidarité pourrait nous sauver.
La crise, propulsée par les grands patrons qui rétribuent leurs actionnaires, augmentent leurs propres salaires, placent leur argent dans des paradis fiscaux et licencient à tour de bras en délocalisant, n'améliore pas le moral. On s'accroche à des valeurs galvaudées comme la prétendue démocratie. On connaît la phrase de Woody Allen : La dictature c'est "ferme ta gueule", la démocratie c'est "cause toujours". On accuse les dictateurs d'être sanguinaires, mais on leur vend des armes et on se rend coupables de crimes contre l'humanité en Afrique et ailleurs. On tente de se rassurer en nommant des boucs-émissaires de façon manichéenne, les bons d'un côté, les méchants de l'autre, alors que tous les États ont les mêmes pratiques qui ne cachent que l'appât du gain. L'argent est devenu maître. Il l'est depuis longtemps, mais la société de consommation étouffe la libido. Le désir s'évanouit, et avec lui l'espoir d'un monde meilleur.
On se raccroche à sa bonne conscience en pleurant les victimes de tel ou tel attentat, alors que chaque jour la guerre fait des milliers de morts et que 40 000 enfants meurent de malnutrition, sans compter les espèces autres que la nôtre qui disparaissent les unes après les autres. Et ce, chaque jour, inlassablement, sans qu'on s'en émeuve. On se satisfait de "Je suis Charlie" ou "ich bin ein Berliner". Si l'on ignore la manipulation de masse à l'œuvre, cette compassion vire au cynisme. Dans les entreprises les dépressions nerveuses se multiplient, les burn out sont devenus la normalité, les suicides touchent plus souvent ceux qui voudraient bien faire et que le système met au rencard. Nombreux fonctionnaires font leur travail sans comprendre l'importance du service public. Ils nous répondent n'importe comment lorsqu'on s'adresse à l'Assurance Maladie, à Pôle Emploi ou à la Préfecture. Il faut appeler ou se déplacer plusieurs fois pour être certain que l'information délivrée n'est pas erronée. Il n'y a pas de secret, les employés se comportent à l'image de leur hiérarchie. Lorsque j'étais enfant, mon père m'avait averti : "même si tu dois balayer la rue, fais-le bien, sinon tu n'ennuieras !". Pour lutter contre la morosité, la grève du zèle reviendrait à bien faire son travail.
Mais les emplois se raréfient, alors que les politiques font semblant qu'ils vont réduire le chômage. Il faudrait repenser la société de fond en comble. La grève ne peut être efficace que générale, sinon les citoyens sont montés les uns contre les autres par le pouvoir. Ceux qui tiennent les rênes ne lâcheront pas sans que les populations les y forcent. Cela n'arrivera pas à coups de pétitions ou de défilés à tourner en rond dans un aquarium. Quand le ras-le-bol sonnera-t-il le réveil des peuples ?
La misère et la dépression ont souvent généré des révolutions, mais les moments de liesse ne durent pas. Il y a déjà le risque qu'elle soit brune, car sans éducation politique les populistes ont beau jeu de faire croire qu'ils agiraient autrement. Ils choisissent des boucs-émissaires en stigmatisant telle ou telle communauté. Sinon, selon l'adage que le pouvoir corrompt, il faut envisager des structures qui ne soient pas corruptibles. Cela se prépare en amont. Le programme des Insoumis est un pas dans ce sens, il s'appelle L'avenir en commun. Les militants le vendent 3 euros sur les marchés. La probabilité que cela passe est faible évidemment, mais elle existe. Il suffirait que les citoyens lisent les propositions pour retrouver déjà un semblant de sourire.
Car le moral est faible. Trop de personnes ont fait le deuil de leurs utopies. On se plaint. On pleure. On se met en colère. Mais on ne travaille pas. Pourtant c'est dans le travail de proximité que l'avenir se joue, dans la manière de se comporter avec ses voisins et avec son chat. Il faut souvent commencer pas des détails. Pour les généralités, il est indispensable de se méfier des informations, quelles qu'elles soient. On les reconnaît à ce qu'elles n'exposent que des phénomènes anecdotiques, sans ne jamais analyser les causes. On veut nous faire croire que c'est compliqué. Compliqué jamais, complexe souvent, d'accord ! Nous devons aller chercher nous-mêmes ce que raconte l'adversaire pour comprendre ce qui est en jeu. Les États utilisent tous les mêmes ressorts pour manipuler l'opinion, cela s'appelle le roman national. Leurs services secrets commettent des attentats pour déstabiliser l'opinion, ils accusent l'opposition de ce dont ils sont les auteurs, ils taxent les libres-penseurs de conspirationnisme, ils musèlent les lanceurs d'alerte, ils assassinent les démocrates pour ne conserver que les opposants les plus radicaux, etc.
L'Internationale du Capital est la seule internationale qui a réussi son coup d'État. Paul Valéry disait : "La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas." Nous le citons, mais nous l'oublions chaque fois que cela nous concerne de près. Les émotions étouffent toute tentative d'analyse. Les médias à la solde des puissants nous enfument. Rappelons que 9 milliardaires contrôlent presque toute la presse française, et qu'ils sont liés aux banquiers et à des marchands d'armes. Qui croire alors dans ce contexte ? Il ne s'agit pas de croire, mais de nous souvenir de nos rêves et de les assumer pour chasser le cynisme régnant. Quel monde souhaitons-nous offrir à nos enfants ? C'est notre responsabilité, uniquement la nôtre, mais ensemble avec tous et toutes !

lundi 19 décembre 2016

Game of Thrones en Syrie


En lisant les appels pour Alep provenant de camarades avec qui je partage souvent quantité points de vue sur la géopolitique, je n'ai pu m'empêcher de douter des informations délivrées parce qu'elles venaient essentiellement de quotidiens comme Libération (j'ai cherché les bios de ses deux principaux actionnaires Bruno Ledoux et Patrick Drahi sur Wikipédia, site conspirationniste mondialement connu, et je n'en croyais pas mes yeux !) et Le Monde (là c'est Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, c'est un peu moins énorme, mais ça vaut son pesant de cacahuètes), tombés aux mains de milliardaires et banquiers associés. Les chaînes de télévision étaient BFMTV et France Infos, ce qui revenait à peu près au même quant à leur fiabilité. Après avoir lu récemment Crépuscule de l'Histoire (la fin du roman national ?) de l'historien israélien Shlomo Sand, il était facile de comprendre que chaque État s'invente une histoire qui justifie ses actes, manipule l'opinion pour ne pas avoir à en rendre compte et s'en sert de plus pour éviter les questions embarrassantes. Dès que l'on met en doute la version officielle de notre pays nous sommes taxés de conspirationnisme, un terme inventé par les Américains pour faire taire les critiques au moment de la guerre du Vietnam. Pour comprendre ce qui se passe où que ce soit, le seul moyen logique est d'écouter ce que revendiquent toutes les forces en présence, car chaque gouvernement protège ses intérêts économiques en falsifiant la réalité. Vous remarquerez qu'en général seuls des faits nous sont livrés, mais pratiquement jamais les causes et les enjeux. Il est indispensable que nous acquiescions sans poser de questions, manière aussi de rendre notre cerveau disponible aux vendeurs de lessive et de Coca-Cola. Pour avoir vécu des expériences professionnelles en Algérie (1993), en Afrique du Sud avant et après Mandela, à Sarajevo pendant le siège, au Liban, etc. j'ai pu apprécier le grand écart entre ce que les médias racontaient ici et la réalité sur le terrain. J'ai même été témoin d'une falsification énorme de l'Histoire que l'on m'interdit de révéler de manière convaincante ! J'ai cru longtemps qu'avoir un regard distancié sur l'Histoire permettait d'éviter cet enfumage que l'actualité nous sert religieusement. Je me trompais, l'Histoire est seulement le résumé des actualités d'alors, aux mains de ceux qui détiennent le pouvoir, que ce soient les vainqueurs ou ceux qui savaient écrire. Ainsi, en voyant s'exciter la Toile autour des massacres à Alep, j'eus le sentiment que mes camarades se fourvoyaient comme jadis avec Solidarność, les charniers de Timisoara, les armes de destructions massives en Irak, la dictature de Khadafi, le Dalaï Lama, Je suis Charlie, etc. Cette liste doit déjà en faire bondir plus d'un ou une, et je pourrais détailler ultérieurement si besoin... Passé le fait que charger Poutine et ne voir en Castro qu'un dictateur permet de descendre Mélenchon en hausse dans les sondages, tout sondage qui de mon point de vue devrait d'ailleurs être interdit pour être systématiquement anti-démocratique. Je cherchai donc des informations venant des diverses forces en présence en Syrie. Les réseaux sociaux sont une source très riche, pas moins fiable que les journaux aux mains de professionnels qui ont montré par le passé qu'ils ne vérifiaient pas souvent les informations qu'ils divulguaient (depuis des faits divers comme l'affaire Grégory, Outreau, la fausse agression de Marie L. dans le RER jusqu'aux images envoyées d'Alep alors qu'il n'y avait absolument aucun journaliste occidental sur place). Le journalisme d'investigation coûte cher, d'où le succès de Mediapart grâce à son indépendance et ses nombreuses révélations. J'appelai aussi des camarades résidant en Irak et faisant accessoirement des incartades en Syrie.

Il ne fait aucun doute que les Russes ont bombardé Alep, mais les Américains, les Turcs, les Irakiens, les Kurdes, Daesh et d'autres groupes intégristes commettent eux aussi des massacres dans d'autres villes syriennes sans que l'opinion française s'en émeuve. À noter que les Syriens se fichent totalement des bougies que les occidentaux allument en protestation contre leurs bourreaux, histoire de se donner bonne conscience ! Il est certain qu'Assad est un dirigeant sanguinaire, mais les autres protagonistes sont tous des dictateurs en place ou potentiels. Il n'y a pas plus de liberté d'expression en Irak, au Kurdistan, en Turquie, en Arabie Saoudite, etc. Les rebelles "démocrates" contre le régime syrien ont été rapidement mis hors d'état de lui nuire et pas seulement par ses sbires. À Alep flottaient les drapeaux noirs de Al Nosra et d'autres groupes intégristes, même si ce n'est pas Daesh, et ceux-là bombardaient la partie ouest de la ville, plus riche que le quartier est. Le point de vue kurde livre un éclairage intéressant sur la question. Il existe en Syrie quantité de milices. Ce qui se prépare à Mossoul risque d'être bien plus meurtrier et les Russes n'y participent pas, du moins pour l'instant. Les images envoyées d'Alep provenaient de Syria Charity, basée à Paris, ex "Pour une Syrie libre", ONG en accord avec Al Nosra et Al Qaida. The Syrian Campaign, basée à Londres, est financée par la famille Asfari qui dirige Petrofac, et par la Fondation Rockfeller. Le journaliste américain Bilal Abdul Kareem présent sur toutes les télés et vivant sur place est converti au Salafisme depuis 1997. Pierre Le Corf qui défend le régime syrien depuis Alep Ouest est lié à l'extrême-droite chrétienne. L'AFP est un organe totalement inféodé aux intérêts français. Etc. Presque toutes les ONG sont financées par des états impliqués dans le conflit. Comme la presse elles font partie de ce quatrième corps d'armée qu'est la communication.

La guerre au Moyen Orient est une guerre économique, comme le fut par exemple la première guerre mondiale, elle concerne les hydrocarbures, gazoducs et oléoducs. Les populations locales paient le prix de cette bagarre pendant que les plus puissants attendent que la situation pourrisse pour ramasser les marchés. On sait les profits juteux que les Américains font de la reconstruction comme par exemple dans les Balkans, et la vente d'armes bat son plein. Les Russes qui viennent de passer un accord avec les Turcs semblent avoir réalisé dans le même temps la plus grosse livraison d'armes jamais reçue par les Kurdes, et les Chinois ont fini par comprendre qu'il fallait aussi profiter de cette aubaine au Moyen Orient. La guerre concerne d'abord l'Arabie Saoudite et l'Iran : Sunnites et Chiites se détestent plus qu'ils ne haïssent Israël ! L'Arabie Saoudite est associée au Qatar, aux USA et accessoirement à la France et autres pays européens impliqués. Poutine soutient l'Iran et Assad qui lui octroie son seul accès à la Méditerranée, il s'oppose évidemment aux USA dont les bases militaires sont installées tout le long de la frontière russe. Erdogan tire probablement les ficelles en faisant semblant d'attaquer Daesh pour mieux pilonner les Kurdes, car son but primordial est d'empêcher la création d'un état kurde. Il livre des armes aux Sunnites pendant qu'il fait ami-ami avec Poutine ! C'est un imbroglio incroyable d'alliances et de traîtrises ressemblant terriblement à Game of Thrones. On peut apprécier le bilan de nos guerres en Lybie où il n'existe plus aucun gouvernement, mais une ribambelle de tribus qui s'entredéchirent. C'est plus ou moins ce qui est à l'œuvre en Syrie, après le démantèlement de l'Irak. Le nombre de factions belligérantes dépasse notre entendement. Nous avons d'une part les intérêts pétroliers des consommateurs occidentaux et d'autre part ceux des vendeurs qui s'entretuent pour remporter la mise. Les soldats français n'ont d'autre mission que de zigouiller leurs concitoyens engagés dans le Djihad, car il n'est pas question qu'ils infectent les prisons françaises à leur retour. Idem pour les Anglais, les Belges, les Hollandais ou les Allemands. La seule attitude possible n'est pas de dénoncer telle ou telle exaction d'un des protagonistes, mais de faire en sorte d'arrêter la guerre. C'est d'ailleurs le sens des propos de Jean-Luc Mélenchon à qui les médias aux ordres essaient de faire dire n'importe quoi qui lui soit défavorable pour les élections présidentielles, par exemple en sortant des extraits de leur contexte. Or pour arrêter la guerre nous devons remettre en cause nos modes de consommation, en particulier tout ce qui concerne l'énergie... En attendant, l'Europe va devoir faire face à un afflux gigantesque de réfugiés qui fuient la destruction de leurs pays et dont nous sommes complices, entre autres, en tant que consommateurs d'énergie et fournisseurs d'armes.

P.S.: Pierre Le Corf m'écrit :"Bonjour Monsieur, permettez moi de vous demander, qu'est-ce qui vous permet d'écrire que je suis lié à l'extrême droite chrétienne? Je suis chrétien d'éducation mais n'ai pas été dans une église depuis 1 an et suis encore moins un adorateur de la droite, étant plutôt à gauche, désolé de vous décevoir. Quant à me placer à la droite d'un terroriste sans faire de jeux de mots ça ne passe pas."

samedi 17 décembre 2016

Le Monde nous enfume


Dans un article du quotidien Le Monde du jeudi 15 décembre les journalistes Samuel Laurent et Adrien Sénécat publient un article intitulé Fausses images et propagande de la bataille d’Alep qui pourrait laisser penser à une certaine objectivité de leur part. Ils commencent donc par signaler l'interview de la journaliste canadienne Eva Bartlett qui remet en cause les informations des médias occidentaux. Leur contestation de ce témoignage est basée sur des "contacts de journalistes à Beyrouth avec des personnes ayant fui Alep, certains récits validant tout à fait l’existence de civils victimes des forces syriennes". Qu'il y ait des victimes à Alep n'est pas contestable, mais aucune des informations livrées par Eva Bartlett n'est analysée. Ils insistent essentiellement sur le fait que le témoignage de cette journaliste indépendante, très impliquée en Palestine, est diffusé par Russia Today, site financé par le pouvoir russe. Mauvaise pioche : RT reprend seulement l'organe officiel de l'ONU d'où est tiré ce témoignage ! Puisque les Français donnent des leçons au monde entier, voyons d'où viennent les informations des médias français ou américains ?


Le Monde évite soigneusement de creuser ses propres sources dont Karam Al-Masri, correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) à Alep. Or le conseil d'administration de l'AFP est composé majoritairement d'éditeurs de presse, et son budget ne s'équilibre qu'en empruntant aux marchés financiers. Son C.A. est donc composé de 8 représentants des directeurs de journaux quotidiens, 2 représentants du personnel, 2 représentants de la radio et de la télévision française, 3 représentants des services publics (le premier ministre, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et le ministre des affaires étrangères nommant chacun un représentant), le PDG ! Si l'on voulait échapper au "roman national", la revendication d'indépendance et de neutralité de l'AFP peut être sérieusement mise en doute ! Rappelons aussi que Le Monde appartient majoritairement à Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, et que la quasi totalité des quotidiens français est aux mains de 9 milliardaires, quand ils ne sont pas banquiers ou marchands de canons ! Si c'est cela, l'impartialité, il y a de quoi s'inquiéter... Chaque pays impliqué dans le conflit utilise la communication comme arme de guerre.
Pour faire semblant d'équilibrer la manipulation d'opinions, les journalistes du Monde reconnaissent que l'image de l'orpheline qui tente de survivre est fausse, tirée du tournage d’un clip de la chanteuse libanaise Hiba Tawaji en 2014. S'ils relatent l’histoire récurrente de la destruction du « dernier hôpital d’Alep » répété une quinzaine de fois en 6 mois, ils tentent de minimiser la compilation du blogueur Olivier Berruyer en avançant qu'elle est composée de messages venus d’un peu partout dans le monde, et pas forcément de journalistes ! Chaque fois ils ne manquent pas d'évoquer l'aspect "conspirationniste" des sites qui dénoncent ces manipulations. Etc.
Accuser qui que ce soit de conspirationnisme est une manière de le faire taire ou de lui retirer tout crédit. Il est politiquement incorrect de remettre en cause la moindre information officielle. Le comble de la mauvaise foi revient aux conseils donnés dans l'encadré en fin d'article "pour ne pas se faire avoir par des rumeurs" :
- Partez du principe qu’une information donnée sur le web par un inconnu est par défaut plus fausse que vraie.
- Fiez-vous plutôt aux médias reconnus, aux journalistes identifiés et connus. Et ne considérez pas non plus que cela suffit à rendre leurs informations vraies. Dans des situations de crise comme celle-ci, l’information circule très vite, et peut souvent s’avérer par la suite erronée. Il vaut mieux attendre que plusieurs médias donnent un même fait pour le considérer comme établi.
- Une photo n’est jamais une preuve en soi, particulièrement quand elle émane d’un compte inconnu. Elle peut être ancienne, montrer autre chose que ce qui est dit, ou être manipulée.
- Un principe de base est de recouper : si plusieurs médias fiables donnent la même information, elle a de bonnes chances d’être avérée.
- Méfiez-vous aussi des informations anxiogènes (type « ne prenez pas le métro, un ami a dit un autre ami que la police s’attendait à d’autres attentats », un message qui tourne apparemment samedi matin) que vous pouvez recevoir via SMS, messages de proches, etc, et qui s’avèrent fréquemment être des rumeurs relayées de proche en proche, sans réelle source.
C'est oublier à qui appartient la presse qui diffuse les informations que nous prenons pour argent comptant. C'est oublier les annonceurs qui font pression sur les rédactions. C'est oublier le nombre incalculable d'enfumages dont la presse s'est fait écho (je me souviens du Monde pendant la siège de Sarajevo !) depuis le massacre de Timisoara jusqu'au gaz chimique soi-disant employé par les soldats d'El Assad, en passant par les armes de destruction massives en Irak et quantité de faits divers comme l'affaire Grégory, l'attaque bidon d'une fille dans le métro, les profanations du cimetière de Carpentras, etc. Tout cela pour ne pas avoir pris la peine ni le temps de vérifier leurs sources. Les professionnels devraient pourtant montrer l'exemple !
C'est pourtant bien grâce aux réseaux sociaux que l'on peut souvent apprendre ce qui se passe sur la planète, dès que l'on a la chance d'avoir des contacts sur place. La presse papier a des jours de retard sur ce qui y circule, et si l'on veut savoir ce qui se passe aujourd'hui en Turquie par exemple, il n'y a pas meilleure source... Alors quand un quotidien français traite les informations contradictoires de conspirationnistes, terme inventé par la CIA pour dénigrer les opposants à la guerre du Vietnam, mieux vaut prendre cela avec des pincettes !

P.S.: j'ai écrit ces lignes il y a quelques jours. Après contacts avec des camarades en Irak et accessoirement Syrie, je tenterai ces jours-ci d'analyser la situation en Syrie, et ce sans manichéisme. Les forces en présence sont multiples, les dictateurs potentiels rivalisent avec les réguliers, les manipulations médiatiques se manifestent de toute part au service de chaque État, les intérêts économiques de chacun dictent leurs mouvements au gré d'accords contradictoires, en gros c'est Game of Thrones, les populations faisant les frais des spéculateurs et des possédants comme dans presque toutes les guerres...

mercredi 14 décembre 2016

Le fantôme au couteau entre les dents


Le Capital a peur. Les banquiers envoient leurs agents médiatiques au charbon pour s'assurer que Jean-Luc Mélenchon ne sera pas présent au second tour. Ils savent maintenant que cette probabilité est à considérer sérieusement. Il pourrait se retrouver face à Fillon (ou un autre, qu'importe !) et, si les indécis, se mettaient à lire le programme des Insoumis, tous les espoirs sont permis, d'où affolement total. Pour monter l'opinion contre lui, ils ressortent le fantôme du communiste avec le couteau entre les dents. Que ce soit la droite officielle ou son clone qui n'a plus de socialiste que le nom, ils possèdent tous les grands journaux, via 9 milliardaires, banquiers et marchands de canons, sans compter la télévision aux ordres du pouvoir. Il faut donc faire peur. On a donc droit au couplet contre l'antisémitisme pour empêcher la communauté juive de voter pour lui, parce que condamner la colonisation et la politique d'extrême-droite du gouvernement israélien leur permet de faire un amalgame honteux. On charge Fidel Castro de manière délirante sans aucune connaissance de l'histoire de Cuba pour l'assimiler à un dictateur, en évitant de rappeler les 52 années d'embargo et les 500 tentatives d'assassinat. Même chose avec Poutine qui n'est évidemment pas un saint, loin de là, mais qui doit résister aux attaques américaines dont les bases encerclent la Russie. On focalise tout sur Alep alors que des massacres aussi terribles se déroulent dans d'autres villes, d'autres pays, encore plus meurtriers (détail d'importance puisque c'est sur le devant de l'actualité, mais il n'y avait plus aucun journaliste à Alep et l'ONG Syria Charity qui a son siège à Paris est essentiellement financée par l'Arabie Saoudite). Tout cela tient du "roman national". On en remet une couche avec ses supposées accointances avec Tariq Ramadan ou celles de Clémentine Autain. Calomniez, il en restera toujours quelque chose. Le Capital n'a pas fini de porter des coups bas, car l'enjeu est de taille. On le montre grimaçant, on l'accuse d'être agressif face aux provocations de journalistes qui essaient de le coincer avec des questions idiotes, sans savoir que Mélenchon est né mal-entendant et que toute agression verbale non frontale le déstabilise à cause de son handicap. On lui reproche d'accaparer le pouvoir alors qu'il a déclaré mettre en place une Constituante chargée d'élaborer la Constitution de la VIe République, proposant la révocation possible de tous les élus sans exception en cours de mandat. De plus, aucun élu ne pourra participer à la Constituante et aucun de ses rédacteurs ne pourra ensuite être élu. Doutant de la réalité de la démocratie sans éducation de la population, j'envisageais de m'abstenir, mais devant les attaques incessantes contre le candidat des Insoumis, je comprends qu'il exprime une chance de sortir du marasme où les cyniques se complaisent.

Quelques pistes en nota bene : le vote blanc reconnu, le droit de vote dès 16 ans, sortie des traités européens pour retrouver une cohérence politique et économique, sortie de l'OTAN, œuvrer pour la paix au Moyen Orient, arrêt de la collaboration avec les pétro-monarchies, 35 heures réelles, retraite à 60 ans, recrutement de 60 000 enseignants, augmentation du SMIC de minimum 150€, remboursement des soins prescrits y compris dentaires et optiques, transition écologique vers 100% d'énergies renouvelables d'ici 2050, cantines 100% bio, etc.

P.S. : j'avais étourdiment écrit qu'il manquait des propositions pour la culture, mais je n'étais pas arrivé au chapitre 77.