Jean-Jacques Birgé

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samedi 20 décembre 2008

La Wii évite les coups de pompe


Denis Bertrand décrypte ici la parade du président des États Unis face au lancer de chaussures qui lui arrivent en pleine figure. S'il transforme le mépris du journaliste irakien en geste dérisoire, il est impossible d'en rester à cette interprétation shakespearienne du sémioticien de Paris 8. De deux choses l'une, soit les deux hommes sont de mèche, ce qui explique l'esquive alerte d'un type qui, au début de son mandat, n'était pas capable de mâcher un chewing-gum en même temps qu'il descendait une passerelle d'avion sans rater la marche (j'ai tout mélangé à force de tester la Wii Fit et de recevoir des tatanes sur le nez, je suis trop nul à ce genre de sport, je suis sonné, j'ai confondu chewing gum et Bretzel, aéroport et terrain de sport... Merci à POL pour son commentaire rendant à Gerald Ford ce qui lui revient. J'espère que cela ne va pas déconsidérer l'autre billet du jour autrement plus sérieux...), soit le président de la plus grande puissance mondiale a passé ces derniers mois à s'entraîner à la Wii Fit, laissant le pays aux mains des amis de son père, une bande d'outlaws texans propriétaires de puits de pétrole, prêts à tout pour conserver les rênes du pouvoir et protéger leurs avoirs. Il ne reste alors plus qu'à savoir qui a offert la console à Bush (il s'agit de faire des têtes avec des ballons en évitant les chaussures qui s'y substituent de temps en temps) pour connaître le nom de celui qui tirait les ficelles de la marionnette !
Si vous souhaitez devenir président des États Unis et que vous n'avez pas les moyens de vous payer ou de vous faire offrir une Wii Fit pour Noël, vous pouvez vous entraîner .

jeudi 18 décembre 2008

Dans la nuit des images, le son est un trou noir


Dans la nuit, des images "est une manifestation artistique consacrée aux arts visuels et numériques présentée en clôture de la Présidence française du Conseil de l'Union Européenne et de la saison culturelle européenne, par le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux arts plastiques) et par Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains dirigé par Alain Fleischer, directeur artistique de l'exposition." Tous les jours jusqu'au 31 décembre, de 17h à 1h du matin, la nef du Grand Palais abrite, dans une atmosphère glaciale et majestueuse, 140 œuvres d'artistes célèbres et jeunes gens issus du Fresnoy (entrée libre !). Sur les écrans plantés comme un champ de fleurs sauvages dans une grotte miraculeuse, vous y reconnaîtrez peut-être William Klein, Bob Wilson, Michael Snow, Chris Marker, Manoel de Oliveira, Samuel Becket, Christian Marclay, William Kentridge, Fischli et Weiss, Nam June Païk ou Bill Viola, mais l'impression générale domine et écrase l'ensemble des individualités. L'installation de Fleischer phagocyte les expressions de chacun comme un immense sampling chorégraphique, le grand mix n'étant que visuel tant le son n'a pas été pensé pour l'occasion. La France expose sa surdité. Que les œuvres projetées soient muettes ou sonores ne fait aucune différence, le brouhaha est à l'image de la mégalomanie nationale. Il aurait pourtant été intéressant de réfléchir la partition sonore de cette colossale chorégraphie, d'y consacrer ne serait-ce qu'une petite part du budget pour faire de ce tape-à-l'œil une symphonie, mais ici comme ailleurs le son reste le parent pauvre, le dispensable accessoire, la question escamotée.


Que cela ne vous empêche pas d'y faire un tour ! La façade du Grand Palais où Charles Sandison projette des mots issus de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union européenne sous le titre Manifesto : Proclamaćion Solemne est impressionnante, même si les mots perdent de leur sens. Le gigantisme du Data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda échappe heureusement à l'écrasement. Le colloque "Vitesses Limites" cet après-midi et demain matin est certainement passionnant, puisqu'y participent Alain Badiou, Bernard Stiegler, Nicole Brenez, etc. Sont programmés des concerts, des projections, toute une panoplie d'évènements apte à camoufler une fin d'année qui annonce le début d'une crise grave que personne ne semble souhaiter évoquer. Vous en aurez plein les mirettes. Habillez-vous chaudement, oubliez vos oreilles, cherchez la découverte (son palais est de l'autre côté, sur la face obscure de l'édifice), c'est la fête !

Quand je serai grand(e), je serai...


Le Musée des Arts Décoratifs, situé rue de Rivoli dans une aile du Louvre près des Tuileries, vient d'inaugurer sa nouvelle exposition dans la Galerie des Jouets sur le thème Quand je serai grand(e), je serai.... La ligne est toute tracée entre nos rêves d'antan et notre actualité individuelle. Aussi, au delà des 500 objets qui nous feront retomber en enfance en deux coups de cuillère à pot, j'ai noté avec satisfaction le (e) du titre. La dernière vitrine enfonce le clou en présentant des adultes qui ont réalisé leurs fantasmes et leurs désirs en échappant aux poncifs sexués habituels qui voudraient qu'Emmanuelle Huynh soit bien devenue danseuse et chorégraphe, Yannick Eymard sapeur-pompier, Gaspard Yukievitch styliste, Eric Reinhardt écrivain... Car Claire Charpentier est aujourd'hui pilote de ligne et commandante de bord, Claire Gibault chef d'orchestre et député européenne, Mathilde Laurent parfumeur ou nez, Chantal Desbordes la première et seule contre-amiral de la Marine Nationale tandis que Benoît Legoedec travaille comme sage-femme ! De même, on aurait également aimé savoir quelles sont les origines sociales des unes et des autres !
En plus des informations distillées heureusement au compte-gouttes pour laisser la magie des objets nous faire voyager et ne pas surcharger l'exposition de cartels indigestes, le site du Musée offre intelligemment une multitude d'images et de textes complémentaires, en particulier sur cette vitrine (photo © Luc Boegly pour Les Arts Décoratifs). C'est jusqu'au 24 mai, mais n'attendez jamais le dernier jour pour vous demander ce que vous deviendrez plus tard !

lundi 8 décembre 2008

Immemory de Chris Marker (version anglaise pour OS X)


Souvent évoqué dans cette colonne, le CD-Rom de Chris Marker édité en 1997 par le Centre Pompidou paraît en anglais dans une version révisée, augmentée des X-Plugs, et surtout compatible avec le système Mac OS X version 10.4.11 et ultérieures. Rassemblant des quantités d'images, de textes, de bouts de film, de sons, de citations, Immemory est un jalon incontournable de l'œuvre de Chris Marker. J'ai dit et répété qu'il avait beau avoir une interactivité extrêmement sommaire, c'est l'un des rares objets multimédia de cette époque qui ne donne pas l'impression d'avoir perdu son temps lorsqu'on le quitte. Il est à Marker ce que sont les Histoire(s) du cinéma à Godard. Une somme, non, dirait Eisenstein, un produit ! Entendre une œuvre dont la transversalité, concept moderne s'il en est, est le maître-mot.
Il y a quelques mois j'avais abordé Le trou noir de la création numérique, billet commenté par Éric Viennot et Pierre Lavoie, parmi d'autres. Il est absolument nécessaire de rééditer en français Immemory, histoire de mémoire, avec les autres œuvres essentielles qui marquèrent ces années fastes et inventives. La rapidité de renouvellement des supports informatiques a rendu inaccessible ce patrimoine culturel inestimable. Il y a quelques jours, Antoine Schmitt et moi-même avons ainsi décidé de trouver les moyens financiers de porter notre CD-Rom Machiavel sur Internet et, pourquoi pas, sur l'iPhone ; le portable d'Apple se prêterait superbement au scratch interactif des 111 boucles vidéo et à ses facéties comportementales (Machiavel réagit au plaisir et à l'ennui !). Il est indispensable de faire revivre les CD-Roms qui ont marqué leur temps, par leur invention, la qualité de leur contenu et les modes de jeu que les nouvelles technologies ont suscités : Puppet Motel de Laurie Anderson, Reactive Squares de John Maeda, Machines à écrire d’Antoine Denize, œuvres de Peter Gabriel, l'Oncle Ernest, etc., et bien évidemment le modèle d'interactivité que représente notre Alphabet, multiprimé et internationalement acclamé ! On s'en souvient, mais les nouvelles générations les ignorent cruellement. Aucun organisme institutionnel ne s'en préoccupe, aucune ligne budgétaire n'y est affectée. Quel gâchis ! Avant l’éclatement de la bulle Internet, la création artistique profitait de l’enthousiasme pour l’interactivité qui confond l’interprète et le spectateur. Les budgets, tant pour la création que pour l’institutionnel, étaient conséquents si on les compare avec ce qui se pratique aujourd’hui, donnant les moyens à ses acteurs de prendre le temps de la recherche et du développement. On parlait alors de contenu, estimant qu'il était indémodable puisque portable sur de nouvelles plate-formes. Tout est là. Internet ou le smartphone pourraient leur donner une nouvelle jeunesse à l'instar du DVD pour le cinéma. De nouvelles vocations ne manqueraient pas de se déclarer au vu et su du trésor que représentent ces œuvres aussi historiques qu'inégalées.