Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 30 septembre 2009

Marie-Christine Gayffier, technicienne en relief


Marie-Christine Gayffier se présente comme technicienne de surfaces (toile, papier, mur, panneau, écran). Ce mélange d'humilité et d'orgueil, de précision et d'approximation, d'humour et de sérieux dresse le portrait en creux d'une artiste intègre dont on ne peut cantonner les qualités à l'application de surfaces. Le volume qu'elle embrasse englobe la littérature, la musique, la cuisine et probablement d'autres vertus cachées qui se révèleront peut-être sur le blog/site qu'elle a récemment mis en ligne. Ses œuvres picturales renvoient souvent à ses écrits, proses de poétesse aimant ciseler le verbe et sculpter la phrase jusqu'à ce que les mots se retournent contre celles et ceux qui les lisent, leur envoyant des images en pleine figure comme autant de gifles bienveillantes. Car notre Bigoudenne n'a rien de Bécassine. Marie-Christine Gayffier a l'esprit acéré des mamans qui ont refusé la télévision, diffusé toutes les musiques, couru toutes les expos et plongé dans la littérature comme on s'accroche à une bouée de sauvetage dans une époque où sombrent les utopies et où règne la lâcheté des parvenus. Sa peinture est vive, ses critiques cinglantes et son amitié partagée. Si elle défend parfois son œuvre avec la timidité propre à nombreuses femmes artistes, elle fait souvent référence aux autres elles qu'elle fréquente de près ou de loin, Françoise Pétrovitch, Marthe Wéry, Anne Catoire... En regroupant toiles et textes sur sa page Internet, elle ouvre son atelier aux lecteurs et lectrices fatigués des galeries de surface pour une œuvre tout en relief qui renvoie au sens des choses, aux émotions humaines et à l'envie affichée de tout faire péter.


Marie-Christine fut ma voisine boulevard de Ménilmontant pendant une douzaine d'années. Je montais souvent au troisième discuter de tout et n'importe quoi sans qu'elle ne laisse jamais la place à la platitude. Elle fut l'éminence grise et la petite main de la revue ABC comme, organisant festivités et libations, rendant possibles les rêves des camarades. Nous fûmes les baby-sitters les uns des autres. J'avais coutume de dire que j'avais six mômes, avec les filles de tous les voisins, ou pas du tout, Elsa dormant là-haut lorsque nous nous absentions et Bilkis, Galilée et Antonin descendant les autres jours. Les filles venaient, il est vrai, regarder la télé chez nous et j'ai filmé une séquence craquante où toutes les trois regardent les Demoiselles de Rochefort avec des yeux énamourés. Bilkis a longtemps joué les papillons de nuit, Galilée est sortie de l'ENSCI et Antonin, toujours au Conservatoire, a rejoint l'ONJ. Marie-Christine est aussi une Mère L'Oye prête à défendre sa couvée bec et ongles. Nul hasard à ce que deviennent ses petits. Ils connaissent tout de la fête, de l'espace ou de la musique. Ils eurent la finesse de s'approprier les qualités de leur mère sans ne jamais toucher aux poils de ses pinceaux ni à ses plumes. Elle en est la maîtresse incontestée, maniant l'outil avec la sagesse du maître d'armes.

dimanche 27 septembre 2009

La perversion d'une œuvre comme valeur ajoutée


Si la qualité d'une œuvre peut être évaluée par la quantité d'interprétations qu'elle suscite, peut-on apprécier une installation interactive au coefficient de perversion qu'elle offre à l'utilisateur ?
La résistance d'une œuvre à être gauchie sème un doute profond sur l'intérêt qu'elle présente et la réduit à un slogan publicitaire, un message sans ambiguïté, un phénomène purement anecdotique.
Il en est de même de n'importe quel outil. S'il est correctement conçu, il intègre des utilisations imprévues, mieux, imprévisibles. Au delà de ce pour quoi il a été conçu, son universalité est le garant de sa nécessité et de sa longévité.
Ainsi, en posant mes jouets à l'envers pour leur assigner une fonction inédite, mon imagination est portée à contribution. Lorsque je transpose mes programmes de synthé vers des hauteurs extrêmes, dans le grave ou l'aigu, se produisent des effets que le constructeur n'avait pas imaginés. Ne vouant aucun culte à l'outil, mais à ce qu'il permet de faire, je laisserai de côté cette métaphore en me concentrant sur l'œuvre et sa mise en jeu. Un ami d'Antoine me confirmait que la tricherie fait bien partie du jeu et qu'enfreindre les règles permet d'en connaître les limites, voire de les repousser au delà de ce qui est imaginable. Elle rend alors certainement tout son sel aux véritables professionnels, à celles et ceux que je nomme étymologiquement "les amateurs" !
C'est, entre autres, parce qu'elle fonctionne avec mes mains que l'installation de Thierry Fournier, Step to Step, est une réussite. La vidéo d'un coach de gymnastique rythmique projetée en boucle sur un écran devant un petit podium incite le visiteur à le suivre en l'imitant. Le coach exprime à haute-voix ses figures, il les mime avec les mains en les exécutant avec les pieds. Dès qu'une ombre pénètre à l'intérieur du cadre du podium, le défilement du film ralentit, voire s'arrête net. Un élève zélé sera épatant là où un flemmard ou un petit malin attaquera la caméra de captation en cherchant à faire autre chose, à entrer en compétition avec l'œuvre imaginée par l'artiste tout en jouant le jeu : faire pour le mieux, pour son mieux à soi, pour son propre plaisir.
Ce n'est évidemment pas le seul critère d'évaluation, mais ça l'est forcément pour quiconque cherche à s'approprier l'œuvre offerte par l'artiste à son public. Rappelons qu'à l'instant où son créateur l'achève elle ne lui appartient plus. La balle est dans le camp de celui qui désormais en jouit, quitte à renvoyer l'ascenseur à son généreux donateur en travaillant d'arrache-pied sur les déclinaisons qu'elle devrait engendrer.

N.B. : d'une part j'ai choisi Step to Step pour exemple parce que cette installation avait suscité ce débat entre quelques amis. D'autre part, l'illustration n'a rien à voir avec le sujet, du moins directement, d'autant qu'il s'agit de la photo d'une installation en construction volée lors d'une promenade nocturne sur le chemin de retour vers l'hôtel ! C'est justement son interprétation ouverte et son utilisation perverse qui en justifient le choix...

samedi 26 septembre 2009

Les jours et les nuits d'Ososphère


En fin d'après-midi nous profitons de la météo exceptionnelle pour partir en croisière sonore sur les canaux de l'Ill. À gauche de l'image on aperçoit le Musée d'Art Moderne d'où partent ces Échos flottants. Gratuites, les promenades en musique offrent une découverte de Strasbourg jusqu'au Parlement Européen et au port autonome. Nous sommes surpris par les dizaines de cygnes rassemblés là. Il y en a plus que je n'en ai vus de toute ma vie. Les délicates ambiances de Christian Vialard accompagnent les deux heures de ballade avec beaucoup d'à propos. Avant de rejoindre la Laiterie où sont concentrées la majorité des festivités nocturnes, nous sillonnons à pieds la ville où ont été déposés les conteneurs abritant des installations dans des endroits fameux. Après le dîner à l'excellent catering, je grimpe sur un mirador monté pour l'occasion et photographie la foule avec au fond Le Grand Générique d'Antoine Schmitt qui se déroule immuablement tandis que le public peut y ajouter son nom au fur et à mesure. Si le monde entier y était il faudrait 200 ans pour le lire !


" Jusqu'aux os, faire ", titre imaginé seulement cinq secondes avant de commencer à jouer avec Antoine sur Radio en construction. Nous enchaînons illico, improvisant sans aucune autre préparation que le choix de notre instrumentation. La nanomachine d'Antoine jongle avec les mots tandis que la voix d'Elsa explose du Tenori-on...
Les concerts ne me branchent pas autant que les installations numériques. Transpiration dans un bain de foule autour des six salles où se suivent un nombre étonnant de groupes dont l'énergie ne suffit pas à me faire oublier les originaux. Je me concentre dans les étages où alternent des œuvres plastiques interrogeant la beauté des formes en mouvement et des immersions héritées de l'art forain. Pour les premiers, les chorégraphies de Christian Rizzo, Laurent Pernot, Thierry Fournier ou Cécile Babiole savent épouser l'espace qui leur est dévolu avec brio. Rizzo a l'élégance du geste (IL120609), Pernot l'adéquation avec la matière (The Uncertainty of Stars), Fournier l'humour de la précision (Step to step), Babiole la maîtrise de la techno (Control Room).
Parmi les seconds, L'oreille du prince m'emballe plus que je ne le supposais. Tenant du train fantôme et du palais des glaces, l'installation fait participer le spectateur à la création tout en lui offrant des points de vue, et surtout d'oreille, différents. Mixé dynamiquement par cette déambulation, le trio composé d'un violoncelliste, d'un pianiste et d'une chanteuse se découvre sous tous les angles jusqu'à ce que soit trouvé l'équilibre idéal. Le reste des spectateurs assistent au ballet au travers des vitres et des casques mis à sa disposition. Du duo Scénocosme, l'Akousmaflore qui fait chanter les plantes lorsqu'on les touche et le Sphéraléas où la dizaine de personnes réunies sous la tente composent ensemble la musique des demi-sphères sont tout à fait charmants. Comme à Linz, je note l'intérêt que tous les artistes portent au son, même si leur rigueur ne s'exerce pas toujours avec la même acuité que pour les images et les outils technologiques. Lorsque je rentre à l'hôtel rédiger mon petit article, la première nuit électronique d'Osophère est encore longue avant que le soleil se lève sur l'after. Et si les nuits s'étalent sur deux jours, cette année les installations sont exposées jusqu'à samedi de la semaine prochaine.

vendredi 25 septembre 2009

Aux couleurs de Van Doesburg


Albert, aussi astucieux que diligent, a eu l'idée de remplacer les contremarches blanches des podiums par des couleurs sombres pour que les oreilles des lapins se détachent mieux. L'équipe d'Ososphère, en pénurie de noir, nous propose un rouge parfaitement en accord avec ceux de la salle des fêtes de l'Aubette. De notre côté, nous extrayons des flight-cases suffisamment de tissu noir pour colorer la seconde marche. Les deux bandes associées au blanc de la jupe rappellent les couleurs et les formes utilisées par Theo Van Doesburg en 1928. Sur la photo, seule ma chemise n'est pas dans la gamme, mais bien qu'installant la clapier nous ne faisons pas physiquement partie de l'installation. Quatre-vingt-un ans plus tard nous rendons donc hommage à l'artiste en participant à son rêve d'œuvre totale !
Ce soir vendredi à 21h, à l'occasion de notre présence à Ososphère, je jouerai avec Antoine pour la première fois en duo et en direct, sur les ondes de Radio en Construction. La quinzaine de minutes que durera notre prestation sera retransmise sur www.ososphere.org et www.radioenconstruction.com. J'imagine que mon camarade utilisera les rythmes de ses nanoensembles tandis que j'oscillerai entre mon Tenori-on et la trompette à anche que j'ai glissée dans mes bagages. Espérons que l'échange sera aussi drôle ou passionnant que notre interview d'hier soir sur France 3 : Journal 19/20 du 24 septembre !

jeudi 24 septembre 2009

Nabaz'mob à l'Aubette 1928


Nous installons les 100 lapins de Nabaz'mob dans l'une des salles historiques de l'Aubette à Strasbourg. À la demande des Frères Horn, l'ensemble a été chapeauté dès 1926 par Theo Van Doesburg, fondateur de la revue De Stijl, avec l'aide de l'artiste dadaïste alsacien Hans Jean Arp et de Sophie Taeuber-Arp. L'architecte hollandais imagine une œuvre d'art totale (Gesamtkunstwerk) intégrant le décor, le mobilier et le graphisme de la typographie, tendance que l'on retrouvera à l'époque chez Guimard ou Mallet-Stevens. Seul le premier étage qui comprend le Ciné-Bal, la Salle des Fêtes et le Foyer-Bar, a été restauré et récemment ouvert au public. Au sous-sol le Bar Américain et le Caveau-Dancing décorés par Arp sont perdus, idem au rez-de-chaussée pour le Café-Brasserie, le Restaurant, le Five-O'Clock et l'Aubette-Bar... Le magnifique escalier par lequel on arrive à la Salle des Fêtes où nos rongeurs jouent en installation permanente aujourd'hui jeudi et samedi de 14h à 17h, a été dessiné par Van Doesburg et peint par Arp et Sophie Taeuber. Le spectacle reprendra la semaine prochaine mêmes jours et mêmes horaires, soit jeudi 1er et samedi 3 octobre. Nabaz'mob est également présenté les samedis 26 septembre et 3 octobre à partir de 17h aux personnes ayant réservé leur place pour Concatenative Mu ou Lecture(s) de bouche(s). Nous éclairons exceptionnellement la marmaille en lumière du jour et par les plaques d'émail contenant chacune seize ampoules qui réchauffent le tableau. Antoine Schmitt s'angoisse que l'on ne distingue pas assez bien la chorégraphie d'oreilles et, de mon côté, je crains que l'éclairage diffus écrase l'ensemble. L'opéra des 100 lapins n'en demeure pas moins magique dans cette pièce très blanche aux surfaces colorées dans une gamme proche des cinq LED qui s'allument et s'éteignent à l'intérieur de leurs corps de plastique blanc mat. La qualité acoustique du lieu nous permet également de diffuser l'œuvre de 23 minutes sans autre amplification que les 100 haut-parleurs situés chacun dans le ventre des lapins.
Encore une fois, nous ouvrons un Festival, cette fois Ososphère. L'effervescence règne. L'ambiance est à la fête. Certains des concerts des Nuits Électroniques affichent déjà complet. Les expositions et installations débordent de la Laiterie. Des conteneurs maritimes ont été déposés dans la ville, libre à chaque artiste d'en prendre possession pour exposer une œuvre. Antoine montre Psychic dans l'un d'entre eux, déposé à l'entrée du Musée d'Art Moderne (MAMCS), et sa dernière création, Le Grand Générique, est projetée sur le haut mur d'une maison devant laquelle passe le TGV. Des croisières sonores sont proposées sur l'ill. Lorsqu'on ne flotte pas, on s'immerge. Le bain numérique est total.
Nous avons même failli boire la tasse en récupérant nos trois flight-cases : une fois de plus, les lames du charriot-élévateur d'un brutal transporteur ont assassiné quelques uns de nos interprètes en défonçant notre caisse toute neuve pendant le transport depuis Linz en Autriche. Heureusement des remplaçants ont pris leur place as the show must go on ! Le temps est superbe, c'est l'été, il fait 30°, Strasbourg est une ville jeune et dynamique dans un décor ancestral d'une immuable beauté. De plus la gastronomie s'étale partout, participant à l'euphorie générale...

dimanche 6 septembre 2009

See This Sound


Pour illustrer l'installation de Nabaz'mob au Lentos, le magnifique Musée d'Art Moderne de Linz, j'avais réalisé quelques jolies photographies avec mon vieux Nikon qui convient beaucoup mieux à l'exercice que le Lumix. Hélas ayant maladroitement tout effacé en les important je dois changer mon fusil d'épaule, ce qui arrange plutôt les petits lapins qui en ont profité pour éteindre la lumière.
Pendant que nous attendons qu'elle revienne (sur la photo on voit justement les techniciens apporter la tour dont nous avons besoin, au fond on appréciera la colline du Pöstlingberg) nous avons le temps de visiter l'exposition temporaire See This Sound (Promises in Sound and Vision). Déjà hier soir la présentation des Prix Ars Electronica permettait de constater que le son est ici au centre des préoccupations, ce dont nous n'avons pas du tout l'habitude dans notre pays de sourds. See This Sound a le mérite de montrer que la plupart de ce que l'on nous présente comme la modernité avait déjà été découvert dans les années 50, si ce n'est trente ans plus tôt. Saluons la scénographie, simple mais dont le mérite est d'isoler tous les espaces sonores sans aucune pollution de voisinage. Les installations côtoient un nombre étonnant de salles de cinéma où sont projetés chaque fois des jalons incontournables de la rencontre audio-visuelle expérimentale. Walter Ruttmann, Hans Richter, John Cage, Fluxus, Nam June Païk, Laurie Anderson, Michael Snow, Gordon Douglas, Christian Marclay, Bryon Gysin avec sa Dreamachine, La Monte Young et Marian Zazeela dans leur Dream House, il y en a 80 comme eux à nous en mettre plein la vue et les ouïes.


L'architecture du Lentos réfléchit astucieusement la ville de Linz sur toutes ses façades ou le fleuve dans le plafond extérieur où je réalise ce petit autoportrait. Si la salle dans laquelle nous jouons longe le Danube, nous devons néanmoins fermer les rideaux de l'immense baie vitrée pour retrouver l'obscurité nécessaire au spectacle. Les projecteurs sont là pour souligner les oreilles des lapins qui se perdraient sinon dans le noir et pour dramatiser certains passages que j'improvise au pupitre tandis qu'Antoine envoie les mouvements qui composent notre opéra lagomorphe. À la fin de la répétition, nous traversons la rue pour le vernissage de Lagoglyphs : The Bunny Variations à la Black Box Gallery où France Cadet y expose ses bestioles en même temps qu'Eduardo Kac y montre des fleurs génétiquement modifiées par son propre ADN. Les trophées de France rugissent, miaulent ou se balancent là où les nôtres, se découvrant des cousins, se gargarisent d'un toupet ventriloque.


Hier soir la foule s'était agglutinée sur les berges pour un concert étonnant qui a lieu chaque année pour le Klangwolke. L'Ars Electronica Center évoqué dans mon précédent billet jouait de son rayonnement électroluminescent, le public trimbalait d'étranges squelettes d'animaux blancs en les habitant de l'intérieur, l'orchestre classique répétait une inattendue musique zappienne avec chœurs stravinskiens et les marchands de saucisses avaient déployé leurs échoppes. Notre chambre donnant directement sur le Danube, nous étions aux premières loges ! L'orchestre a déjà éclaté en cuivres, bois, percussion et cloches tubulaires quand des fusées d'artifice déployées sur toute la longueur de la ville nous font sursauter. La capitale européenne de la culture 2009 a choisi l'Arche de Noë comme thème de la soirée. Des écrans géants se gonflent et se dégonflent, des barques voilées à la Christo croisent un interminable cortège d'animaux blancs qui remontent le courant comme des fantômes, des maisons de tissu à moitié immergées glissent sur l'eau, deux récitants ponctuent la cantate enflammée. À 22 heures Ars Electronica reprend le flambeau.


Après avoir dîné dans une taverne construite en 1652, escalope, goulache und Kartofeln, nous nous retrouvons tous les trois sur une grande roue perchée au quatorzième étage de l'OK Center pour la remise des Prix d'Ars Electronica. Des passerelles de bois ont été construites au faîte des immeubles pour surplomber la ville. La pleine lune éclaire le labyrinthe des voies sans issue qui s'avancent au-dessus du vide. C'est samedi soir. Partout des jeunes font la fête. La bière coule à flots.

samedi 5 septembre 2009

Les lapins en culotte de peau


Lorsque nous sommes arrivés à Linz, le clapier qui voyage désormais en trois flight-cases nous attendait. Dans ma valise j'avais pris soin de glisser des vêtements couleur carotte. La soirée de gala était évidemment consacrée à la remise des Prix Ars Electronica. Antoine Schmitt et moi avions volé jusqu'à Linz en Autriche pour recevoir l'Award of Distinction Digital Musics pour Nabaz'mob. Françoise Romand, réalisatrice du petit film qui a fait le buzz, nous accompagne sur les bords du Danube. Puisque désormais Nabaz'mob est appelé à voyager loin, Antoine a placé en avant la version anglophone du site de l'opéra, nabazmob.com. De mon côté je le mets régulièrement à jour en ajoutant des photos prises lors de chaque nouvelle installation ou représentation. Les 100 lapins Nabaztag n'offrent jamais la même interprétation de la partition et la scénographie change chaque fois en fonction des lieux.
Demain dimanche à 19h30, l'opéra ouvrira le Big Concert Night au Lentos, le Musée d'Art Moderne de Linz, dans sa version acoustique, c'est-à-dire sans aucune autre amplification que les 100 petits haut-parleurs situés dans leurs ventres respectifs. Idem à Strasbourg dans la salle de l'Aubette, imaginée dans les années 1920 par Theo van Doesburg, en collaboration avec Jean Arp et son épouse, Sophie Taeuber-Arp, les 24 et 26 septembre, et 1er et 3 octobre dans le cadre du Festival Ososphère. Pour la Nuit Blanche de Metz le 2 octobre, nous serons dans la salle de l'Esplanade de l'Arsenal conçue par l'architecte Ricardo Bofill tandis que le second clapier est toujours au Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu'au 8 novembre dans une version en boucle qui lui aura fait exécuter 2000 représentations !
Si Ars Electronica est le festival où les programmateurs du monde entier viennent faire leur marché de nouveaux médias le gala ressemblait à toutes les soirées du genre, auto-congratulations gigognes à mourir, contre quelques pincées de nouvelles images. Nous nous rattraperons les jours prochains avec une programmation dont la profusion justifie grandement le déplacement des aficionados. L'exotisme le plus ébouriffant était représenté par le buffet typiquement autrichien dressé dans le hall de la Brucknerhaus : des brioches de pomme de terre farcies tantôt de chair à saucisse, tantôt d'un œuf ou d'une prune, accompagnées de pâtes, de riz ou de choucroute ! Depuis la terrasse on peut voir les illuminations de l'Ars Electronica Center sur la rive opposée du Danube qui n'a jamais été bleu. Je m'endors en écoutant le vent siffler sous la porte de notre chambre dont nous avons laissé la fenêtre ouverte pour profiter de l'air pur. Demain nous passons à l'action. Les lapins n'ont plus qu'à se tenir à carotte.