Par Jean-Jacques Birgé,
mardi 27 mars 2012 à 00:16 ::Multimedia
est passée me remettre un exemplaire de son livre d'artiste CIRQ noir en mains propres plutôt que de l'envoyer par la poste. Nous ne nous connaissions pas, mais elle a utilisé un petit extrait de 30 secondes d'un enregistrement composé par notre trio El Strøm avec Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino qui, soit dit en passant, jouera pour la première fois samedi 31 mars dans le cadre du Festival Les Enchanteuses. Il est vrai que j'aime passer un coup de fil à mes interlocuteurs après un certain nombre de mails et leur rendre visite après un certain nombre de coups de fil. Ce fut une agréable initiative de sa part.
L'admirable travail sérigraphique entièrement réalisé à la main, numéroté et signé, abrite discrètement des permettant de déclencher sur son smartphone. Ce livre de papier sans paroles n'est pas sans rappeler mon nouveau roman sur liseuse, USA 1968, tour détour deux enfants (à paraître sur publie.net), puisqu'ils offrent tous deux de lancer de petits films en complément du récit, ici avec QR code, chez moi intégrés à l'ePub. CIRQ Noir est un accordéon double face dont les attractions jonglent avec les yeux de notre découverte en produisant un délicieux vertige que la piste vidéo souligne en petites acrobaties graphiques. Ce très bel objet tiré à 100 exemplaires, 115 euros + frais de port, est un cadeau raffiné pour qui apprécie la beauté des formes et la fantaisie des artistes.
Par Jean-Jacques Birgé,
lundi 26 mars 2012 à 00:09 ::Multimedia
La crise économique oblige à inventer de nouveaux modèles de financement pour les entrepreneurs audacieux. La souscription n'est pas nouvelle, mais sa dernière déclinaison semble porter ses fruits. Les internautes sont ainsi invités à apporter leur obole avant que le projet ne se réalise, mais ils ne sont débités de leur carte de paiement que si le montant minimum est atteint par la somme des contributions. En France, le site , signalé par Lucien Alfonso pour son projet de disque avec le , propose de mettre en ligne ses projets (artistique, créatif, innovant, audacieux, humaniste, scientifique, sportif, écologique, etc.) en en conservant 100% de la propriété intellectuelle, et au public de soutenir ces initiatives en s'investissant personnellement. Des avantages sont évidemment offerts par les entrepreneurs à leurs soutiens si le but est atteint. KissKissBankBank perçoit 10% de l'argent récolté, rien du tout si la somme totale est en dessous du seuil choisi. Le système est très clairement expliqué .
Je suis moi-même indirectement associé à une expérience de avec le lancement de , site mondial le plus couru, soutenant des projets ayant réussi à réunir des millions de dollars dans des domaines aussi variés que la musique, le cinéma, les arts plastiques, la technologie, le design, l'alimentation, l'édition, etc. Olivier Mével pour qui j'avais réalisé le design sonore de son lapin et des autres objets communicants de Violet, et Marc Chareyron lancent ainsi leur nouveau projet d'objets connectés à Internet en wi-fi, . DIY signifie Do It Yourself, en français Faites-le vous-même, le nom complet fait référence au readymade de Duchamp et un ready mate est ce copain tout prêt ! Leurs petits compagnons en papier sont des robots miniatures réagissant aux informations transmises par vos Gmail, Facebook, Twitter, Foursquare, flux RSS, SoundCloud, If This Then That, et toutes sortes d'autres applications du monde des réseaux existantes ou restant à inventer. Assemblés en moins de dix minutes, on peut aussi les diriger depuis son iPhone. Le corps de ces charmantes bestioles contient un minuscule servomoteur et un haut-parleur tandis que le cerveau électronique est moulé dans un boîtier plastique avec la connectique wi-fi et un seul bouton ! Le papier permet de varier à faible coût les formes et les graphismes à venir. C'est hypersimple pour l'utilisateur lambd et les inventeurs chevronnés pourront construire leurs propres applis, aidant, et les proposer en ligne sur le site de reaDIYmate. Il ne reste plus qu'à rassembler suffisamment d'argent pour lancer la production et je me mettrai au travail, soit inventer quantité de sons qui nous signaleront tel ou tel évènement, accompagnant les mouvements de ces drôles de petits compagnons.
Par Jean-Jacques Birgé,
vendredi 9 mars 2012 à 00:20 ::Multimedia
Le tricot est affaire de femmes, c'est entendu. Pourtant ne tricote pas, elle fait des nœuds. Dans les années 70 comme nombreuses hippies elle s'était mise au pour tricoter des sacs en fibre de lin, mais ce nœud est trop plat. Partie au Mexique étudier avec le sociologue qui enseigne au à Cuernavaca, elle est séduite par les philosophies locales. Elle s'inspirera des , , , , mais que sais-je de toutes ces civilisations déchues ? Ne connaissant que les nœuds appris aux lorsque j'avais huit ans, je n'ai d'autre alternative que d'aller interroger Anna sur les ficelles de son métier ! Elle m'ouvre sa Bible, traduit par son amie d'adolescence, Karin Huet, pour me montrer le seul qu'elle emploie, le . Elle l'applique au coton qu'elle chauffe et teint dans un chaudron de cuivre, au , au et autres fibres magiques comme celle du cactus mescalero. Les figures rituelles me font de drôles de grimaces en susurrant de terribles histoires de famille rapportées par Sophocle, Böcklin, Rimbaud, Bauchau, Kawabata et les esprits de la forêt. Elle avait pris l'habitude d'y cueillir ses lianes tortueuses avant de rentrer en France il y a dix-huit ans. Les Lilas manquent cruellement de verdure et les infusions ne calment pas les effusions de l'artiste. Toute jeune, au Mexique elle avait appris l'art de nouer la corde avec des gringos. Sa sculpture inspirée de la lecture de L.F. Céline paiera son avion vers les Amériques, un voyage "Au bout de la nuit". Dans son atelier situé au-dessus du à Mexico elle découvre d'autres matières comme le plastique. Pendant vingt ans elle y nouera des liens avec les locaux que je serais tenté d'écrire avec justesse locos, des fous, à n'en pas douter. Chef décoratrice et créatrice de costumes pendant dix ans, elle travaillera pour les cinéastes , et même sur l'inoubliable Total Recall ! Mais le Mexique l'usera jusqu'à la corde qu'elle a trop sensible pour en avoir plusieurs à son arc. Dans les cordes, elle remonte sur le ring en France où un Vivante la lui passe autour du cou...
La plus ancienne des œuvres présentées au , jusqu'au 16 avril, date d'il y a douze ans. Chimères, la magnifique exposition qui lui est consacrée n'est pas une rétrospective puisque s'y dressent ou y pendent maintes récentes. Le joli catalogue rempli de reproductions photographiques ne rend pas le volume des sculptures textiles. Il faut pouvoir tourner autour, s'agenouiller sous un totem, entrevoir la perspective des unes face aux autres. Si chaque sculpture a une histoire, chacune est une histoire qui dicte les matériaux qui la composent : Souvenirs de Tepoztlán, dieu du vent... C'est ma vie, la sienne ou celle du collectionneur François Gastineau qui lui a apporté ses propres reliques pour qu'elle en fasse une œuvre... Peau de grosse caisse crevée par le Magmaïen Christian Vander et accrochée sur l'Échelle de Jacob ou instruments cassés du Conservatoire de Musique des Lilas à qui elle a offert sa Pluie de cordes, mais aussi coiffes des femmes du Chiapas inspiré par le Sous-commandant Marcos... Koshiro, samouraï après le seppuku politique de Lionel Jospin... Echidna en quatre vagues honteuses des catastrophes cyniques des Golfes du Mexique et de Guinée, de Tchernobyl et Fukushima... Pied brisé de son Œdipe qui l'oblige à l'allonger alors que sa dépouille fut conçue pour vivre debout... Pièces à danser dans le voisinage familial enchanteur du , haut-lieu musical lilasien... Anna Sanchez Genard pleure les amis disparus en "ex-votos", se détend avec ses "rêves cousus", tisse des "mythes verticaux" me rappelant Le manteau d' que je mis un jour en musique pour le Centre Pompidou, pour ce mélange de matière, d'abstraction et de sacré profane, ou , une autre femme dont le tissu révèle la folie des hommes. Au delà de la beauté des formes colorées où la nature transpire sous la fibre, défilent des histoires de Minotaure pris dans la toile de chaque œuvre et que nous nous approprions selon la nôtre, faisant immanquablement resurgir nos propres chimères.
Par Jean-Jacques Birgé,
vendredi 2 mars 2012 à 01:01 ::Multimedia
Les erreurs font le style, mais les maladresses ne font pas pour autant l'artiste. Par "erreur", entendre les écarts en regard de l'orthodoxie et des conventions. Le savoir-faire permet de gérer, quand les errements produisent de la création. Jean-Luc Godard rappelait que si la culture est la règle, l'art est l'exception. La poésie est circonlocutoire. Les grandes inventions ont souvent été découvertes en cherchant autre chose. En art, on atteint rarement la cible en visant dans le mille. L'artiste peut se croire incompétent lorsqu'une direction le dégoûte. Dans le rejet de l'existant, naissent ainsi des mondes. Rien d'étonnant à ce que certains en pâtissent, ostracisés par la norme. Tous en profitent. Ce n'est qu'une question de temps. Il est parfois cruel.
travaille la matière vidéo en lui faisant subir les sévices de la compression low-tech. Il la pétrit, la broie, l'excite et la magnifie. Lors de ses expérimentations il corrige le rendu au fur et à mesure, pour se rapprocher d'une chose impalpable qui pourrait lui plaire. Nulle indétermination ici, mais le travail d'un sculpteur qui prend son temps, retouche sans cesse pour que l'œuvre apparaisse, un peu malgré lui, du moins il le croit, ou feint de le croire. La naïveté rassure ceux qui maîtrisent leurs outils. Certains font la cuisine en suivant scrupuleusement la recette, d'autres improvisent en recyclant tout ce qu'ils ont goûté, les plats qu'ils ont servis, selon l'humeur du jour, la saison ou les produits du marché. Les couleurs explosent sur l'écran.
À la à Paris jusqu'au 24 mars, Jacques Perconte expose ses dernières compressions vidéo avant d'attaquer le cauchemar du prochain long métrage de . À l'éblouissement de répond la sobriété de . Côte à côte, les deux œuvres projetées en grand jouent du couple tension-détente. Le diptyque formé par (ci-dessus) sur deux iPads presque synchronisés fait ressortir l'admirable précision des écrans Apple au service d'une peinture en mouvement. La dialectique s'installe quand l'artiste croyait y échapper. Au rez-de-chaussée de la galerie, pâlit de la lumière du jour alors que l'obscurité convient mieux à la débauche psychédélique des paysages filmés en plans séquences. Sur , Perconte reproduit 79 vidéos de ses œuvres, la plupart impressionnistes. Toutes ont su le surprendre.
On ne confondra pas aléatoire et empirisme. Il y a dix ans Frédéric Durieu donnait naissance à en arrondissant un nombre de son code informatique à la décimale supérieure. En produisant un résultat bancal, l'algorithme créa des variations infinies qui nous échappent. N'ai-je jamais procédé autrement ? Mes incompétences en musique m'obligèrent à trouver des parades pour réaliser ce dont je rêvais, par des voies détournées qu'aucun classique n'aurait imaginées. Je n'avais d'autre choix que de tracer mon chemin à la machette. Lorsque Arnold Schönberg prévint John Cage qu'il allait se heurter toute sa vie au mur de l'harmonie, le jeune compositeur en convint, puis il trouva le moyen de contourner ce mur. La magie naît de cette alchimie entre maîtrise et lâcher-prise.
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