Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 25 juillet 2006

La tarente


Depuis le temps que je passe mes dîners ciotadens la tête en l'air, à admirer les tarentes se repaître des insectes qui volètent autour du globe lumineux, j'ai fini par les chercher sur Google. La Tarentola mauritanica, dite gecko des murs, est protégée en annexe 2 de la convention de Berne. Je lis avec surprise qu'elle chante, émettant un petit cri que je vais maintenant tenter de surprendre, "vu" qu'aucun d'entre nous n'y a jamais fait attention. Cela ressemblerait à un truc aigu du genre "Gekk - Ho !".

samedi 22 juillet 2006

Sextant, une revue musicale digne de ce nom


Sextant est une revue "acoustellaire" et, il me semble, trimestrielle. Deux numéros sont déjà sortis, le premier consacré au contrebassiste Henri Texier, le second au duo constitué, tête-bêche, du claviériste Benoît Delbecq et du batteur Steve Argüelles. Chaque numéro tourne autour de sa tête d'affiche, entourée d'entretiens avec ses proches collaborateurs et d'articles satellites. La mise en pages, aérée et intelligemment illustrée, est particulièrement soignée, la qualité des articles nettement au-dessus de la moyenne et le tout est accompagné d'un CD ou d'un DVD truffés d'inédits. Les entretiens sont suffisamment longs pour que les compositeurs interrogés aient le temps de s'exprimer et leur approche est d'une précision et d'un niveau rarement abordés dans les journaux de musique (voir billet du 29 juin).
Le n°1 convoque Noël Akchoté, Guy Le Querrec, Julien Lourau, Manu Codjia, Tony Rabeson, Label Bleu, avec des articles sur l'esclavage ou la spiritualité navajo... Le DVD offre des extraits du très long entretien avec Texier, plusieurs petites pièces sonorisées avec la guitare d'Akchoté et le court-métrage sur Sangatte de Laura Waddington, Border.
Le second rassemble Guillaume Orti, Olivier Sens, Christophe Disco Minck, Charlie O., Olivier Cadiot (écrivain à découvrir absolument si ce n'est déjà fait, j'y reviendrai, ses pièces de théâtre font partie des rares où je ne me suis pas ennuyé), Sylvie Astié, Marcelline Delbecq, Dominique Petitgand, des articles sur le label Plush, l'alchimie et l'Oulipo. J'avoue être plus sensible aux préoccupations des invités de ce second numéro, et le CD qui l'accompagne propose une série d'inédits passionnants : Ambitronix, Argüelles et Req, Charlie O., un remix de Rokia Traoré par les Recyclers, les mêmes avec Olivier Cadiot, plus Ashley Slater, et Jay Gottlieb interprétant une pièce pour piano de Delbecq. Cette compilation est extrêmement agréable et m'a tenu en éveil jusqu'à ce que je m'endorme délicieusement sur le dernier morceau, heure de la sieste oblige.

Rappel : Henri Texier fut l'invité d'Un Drame Musical Instantané en 1992 sur Pour garder l'ADN en état 409 où il joue du oud (Opération Blow Up, GRRR 2020). Nous lui devons l'initiative de Sarajevo Suite que je dirigeai artistiquement en 1994. C'était la première fois qu'Henri enregistrait avec son fils Sébastien.
Benoît Delbecq et Steve Argüelles jouèrent sur plusieurs morceaux de Machiavel en 1998 (GRRR 2023). J'ajouterai que j'ai adoré jouer sur scène avec Henri lorsqu'il improvisait, que Steve est l'un des meilleurs batteurs que j'ai rencontrés (nous nous sommes connus lorsqu'il remplaça Jacques Thollot au pied levé sur Birgé Hôtel aux Instants Chavirés ; je n'aime que les batteurs qui font chanter leur fûts) et que j'adore la gentillesse et la subtilité de Benoît, que j'appelle Bip Bip tant il est difficile de saisir au vol ce camarade enjoué, toujours parti par monts et par vaux !

lundi 3 juillet 2006

Kimmo Pohjonen, accordéoniste finlandais


Je suis impressionné la première fois que j'entends et vois Kimmo Pohjonen dans le spectacle de Marita Liulia, Manipulator, au Musée Kiasma d'Helsinki en 2002. Avec son accordéon amplifié, Kimmo retient une énergie énorme qu'il laisse s'échapper doucement mais sûrement jusqu'au paroxysme. Le spectacle dure trois fois huit heures, trois jours de suite. Punk en jupe aux côtés de la danseuse de Buto, Aki Suzuki, leurs deux corps se fondent dans les peintures interactives de Marita qui projète en miroir sur la scène et sur le sol les manipulations qu'elle fait subir à leurs images. Le tout est retransmis en direct sur le Web.
J'ai parlé ici de la seconde fois, le mois dernier à la Cartoucherie de Vincennes, lorsque Kimmo improvisa avec les danseurs-chorégraphes Tero Saarinen et Carolyn Carlson. Entre ces deux représentations, lors de l'Europa Jazz Festival 2005 du Mans, j'avais acheté le CD Uumen (ZENCD 2100), duo avec le batteur Éric Échampard. L'art de Kimmo, force de la nature nordique, est de passer imperceptiblement d'une ambiance à une autre. Échampard joue comme d'habitude de ses airs de funambule, renvoyant au Finlandais un écho rythmé et léger à ses épais clusters.
Hier, je prends enfin le temps de regarder le DVD Kalmuk que Marita m'a offert. Le soliste l'a composé en imaginant l'orchestre de chambre Tapiola Sinfonietta comme l'extension du soufflet de son accordéon. Les images du DVD, mélange d'eau, de feu et d'extraits de vieux films, sont souvent très belles, mais elles tirent la musique vers un new age qui ne lui profite pas à mes yeux. Question de goût. La symphonie de Kimmo finit par sonner comme la musique d'un film holywoodien à la Conan le Barbare. Retour aux sources, le Nord, les études classiques… L’ensemble est trop propre par rapport aux improvisations habituelles du Finlandais qui traite en temps réel sa voix et son accordéon avec toutes sortes d’effets de réinjection… Le DVD Kalmuk (LILDVD-16, stéréo ou 5.1) propose aussi un long et passionnant interview, des extraits biographiques comme probablement son premier passage à la télévision finlandaise lorsqu'il avait 19 ans... Projet généreux qui montre bien l'ouverture d'esprit du compositeur, il devrait enthousiasmer les fans de rock symphonique et du travail de Kimmo en général. Plus contemporain, Uumen plaira aux amateurs d’improvisation structurée.