Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 29 septembre 2007

Le n°20 des Allumés sera copieux


Plus de pages, plus de musique, plus de musiciens pour ce vingtième numéro. Un anniversaire ! Efix dessine la une de ce spécial solo, spécial solitude : sur la banderole, "Solitaires de tous les pays, unissez-vous !". Toutes celles et ceux qui ont participé à la première soirée des Allumés du solo y vont de leur petit couplet : Guillaume de Chassy, Lionel Garcin, Michèle Buirette, Edward Perraud, Christophe Rocher, Samson Schmitt, Franck Vigroux, Sylvain Guérineau, Mirtha Pozzi (la prochaine aura lieu avec sept autres musiciens à Brest le 18 octobre pour fêter la sortie du Journal lors de Penn Ar Jazz). Les témoignages de batteurs affluent pour Max Roach quand The Drums Also Waltzes : Simon Goubert, Didier Lasserre, Noel McGhie, Christophe Marguet, Christian Rollet, Mark Sanders... Jacques Oger évoque la figure de style du solo. Sylvain Kassap salue Paul Rutherford. Dans la nouvelle rubrique "C'est arrivé demain", je publie Reset. À la question "Quel soin accordez-vous à votre image scénique (costume, gestuelle, relation aux autres musiciens et au public) ? ", répondent Sophie Agnel, Daevid Allen, Franck Amsallem, de Chassy, Denis Colin, Pablo Cueco, Santi Debriano, Bruce Gertz, Hugh Hopper.
Franck Bergerot, Vincent Bessières et Alex Dutilh, Frédéric Goaty, Xavier Prévost expliquent ce qu'ils font des disques qu'ils reçoivent en service de presse. Olivier Gasnier pond un édifiant et consistant dossier sur la crise du disque. Théo Jarrier taille un costard aux acheteurs de disques de jazz. Jean-Louis Wiart, sublimement accompagné par une aquarelle de Jeanne Puchol, salue Anita O'Day. Le chanteur Ghédalia Tazartès "pense la musique d'aujourd'hui". Dans Le coin du polar, l'inspecteur de Paul évoque L'été des pourris, tandis que ma rubrique DVD aborde Par qui le scandale arrive. Jean Rochard crache un Jour toujours aussi acide. Valérie Crinière fait des miracles. Christelle Raffaëlli débusque les fautes d'orthographe. Nous posons tous les quatre pour la traditionnelle photo de bouclage.
Les dessinateurs se surpassent : Zou, Johann de Moor, Ouin, Laurent Percelay, Andy Singer, Percelay, Sylvie Fontaine, Stéphane Cattaneo. Pascal Vigier et Nicolas Talbot commentent la photo de Guy Le Querrec qui a fourni les magnifiques clichés qui illustrent Le Cours du Temps avec Barre Phillips.
N'oubliez-pas de vous abonner au Journal, c'est gratuit et vous le recevez chez vous !

jeudi 27 septembre 2007

Lilas Triste au squat


Je ne mets jamais d'annonce de spectacle sur le site, sauf lorsque j'y vais. Ce soir jeudi à 21h au squat du Comète 347, 45 rue du Fbg du Temple à Paris (M° République ou Goncourt, 5€), Franck Vigroux présentera Lilas Triste, concert-récit avec Franck Vigroux (électronique), Hélène Breschand (harpe), Marc Ducret (guitare, voix) et Fabrice Andrivon (voix). Ne vous attendez pas à retrouver la musique du disque paru chez D'autres Cordes, Franck s'ennuierait, il a tout réécrit.

P.S. : dans le grand atelier désaffecté, les musiciens jouent dans une fosse surplombée de gradins très escarpés. Sur les marches transformées en bancs, s'étagent les amis venus écouter Lilas Triste. François Corneloup, Philippe Nahon, Benoît Delbecq, Paul Brousseau... forment l'orchestre muet des spectateurs. Igor Juget photographie la scène. Vigroux y fait tourner les disques à l'envers comme Varèse cinquante ans plus tôt. Le vinyle rend son jus. Il fabrique ses paysages sonores en mélangeant les sons analogiques des années 70 avec les ressources d'échantillonnage et de filtrage d'aujourd'hui. Voyage dans le passé à bord d'une machine rafistolée qui bringuebale, mais tient le cap. Ducret fait parler sa guitare, les phrases s'articulent, vives, nerveuses. Il murmure. Il déchire. Comme Breschand qui fait couiner et résonner sa harpe. Ses doigts virtuoses l'attaquent en corps à corps, toujours. Le comédien reste le garant de la trame dramatique du disque. La nouvelle version de Lilas Triste est toujours aussi grave, aussi sombre. De rares éclairs illuminent l'obscurité. C'est la guerre, les tranchées. Sur scène, dans la fosse, l'orchestre est solidaire.

mardi 25 septembre 2007

Et puis, il y a les voix...


Dans sa chronique sur Nabaz'mob dans Le Monde du 20 septembre dernier, Francis Marmande faisait référence à un autre opéra, Welcome to the Voice, de Steve Nieve et Muriel Teodori.
C'est une histoire d'amour entre un compositeur-pianiste anglais et une psychanalyste-réalisatrice française. Ensemble ils écrivent un drôle d'histoire qui rappelle autant Diva de Beinex que Une chambre en ville de Demy, et la musique suit les chemins de traverses ouverts par Escalator Over The Hill et No answer.
C'est une histoire d'amour entre un rocker fan de Berio et une collectionneuse de Michael Mantler, Carla Bley, Robert Wyatt autant que de Kathleen Ferrier, Maria Callas et de West Side Story. J'ai toujours adoré ce genre de truc hybride comme L'hallali du Drame, cette fois un projet improbable qui finit tout de même par exister parce que de doux dingues comme Sting, Wyatt ou Elvis Costello lui prêtent leurs voix. La cantatrice Barbara Booney n'est pas en reste, suivie de Sara Fulgoni, Nathalie Manfrino et Amanda Roocroft.
C'est une histoire d'amour entre un ouvrier sidérurgiste et une chanteuse d'opéra. Il y a des effluves de Michel Colombier qui planent dans cette œuvre qui mêle l'écriture classique pour le Quatuor Brodsky, entendu avec Björk, et les improvisations jazz de Ned Rothenberg, Sting, Marc Ribot et Nieve.
C'est une histoire d'amour improbable, et pourtant ! Qui n'essaye rien n'a rien. Nieve et Teodori ont pris tous les risques, Welcome to the Voice est une œuvre magique qui convoque les fantômes de Carmen, Butterfly et Norma sur un livret résolument moderne et politique où apparaissent tous ceux qu'ils aiment de Godard à Mozart, de Gramsci à Verdi, de Rosa Lux à Chosta, de Maïakovski à Stravinsky... Comme me le susurrait Jean-Pierre Léaud, un doigt sur la bouche, un soir boulevard Montparnasse : "Et puis, il y a les voix..."
Booney, Sting, Wyatt, Costello, The London Voices et Le Chœur des Amis Français réunis dans un même ouvrage, un véritable opéra, haletant, palpitant, téméraire, improbable, inespéré !

dimanche 23 septembre 2007

Reset


Peut-on feindre de comprendre la crise du disque en incriminant le cynisme et la frilosité de l'industrie, l'incompétence des institutions, la vénalité des marchands, la faillite de la distribution, l'absence de vrais producteurs, la faiblesse de la presse spécialisée, le téléchargement gratuit, la configuration astrale ou l'âge du capitaine ? N'est-il pas nécessaire d'interroger la musique elle-même et donc ceux et celles qui la font, compositeurs et interprètes ?
Aucun mouvement nouveau ne semble avoir marqué la musique occidentale depuis l'avènement du rap, de la techno ou de l'école spectrale. Nos allons de revival en remix sans déceler aucune nouvelle façon de voir, ni d'entendre. Le passe-partout délivré aux États-Unis, qui écrabouille les cultures régionales tandis que se multiplient les reconductions à la frontière, est lui-même devenu périmé : parmi les vingt plus grosses ventes actuelles en France, aucun artiste n'était connu il y a un an et ne le sera probablement plus dans deux. Les puristes qui pensent que l’improvisation est un genre interdisent que l’on prenne des libertés avec le free. L’electro-pop transforme le jazz en big promo. La chanson française revisite ses auteurs en dix lignes de bling et dix lignes de blang. Que se passe-t-il ? Chez trop d'artistes on recherche en vain les intentions. Comme le craignait Cocteau, "certains s'amusent sans arrière-pensée".
La politique nationale ne fait que réfléchir la crise mondiale et la vie musicale n'est qu'une projection de la société qui l'a engendrée sans qu'elle ne soit plus capable de lui rendre la monnaie de sa pièce. Est-il envisageable de créer des œuvres nouvelles sans inventer de nouvelles utopies ? La résistance ne pouvant être le fait d'un seul, l'union est indispensable, la fédération salvatrice. Pourtant, si chaque artiste porte sa responsabilité dans le débat qui nous anime tous, ses réponses lui sont propres, elles le définissent.

L’enfermement

Définir peut s'avérer un piège si cela dessine les limites de l'inspiration, réduisant l'œuvre aux acquis, condamnant l'auteur à une forme d'auto-parodie à laquelle chacun sera confronté un jour ou l'autre. Comment donc évoluer avec son temps lorsqu'on est musicien et que l'on ne souhaite pas répéter éternellement les mêmes formules ? Rien n’est acquis pour toujours. Rien n’est joué. Est-il possible de s’affranchir de son inspiration première, acquise dès l'adolescence, voire dès l'enfance, pour la faire sans cesse évoluer ? Il faut déjà toute une vie pour savoir qui l’on est, laissant à sa généalogie ce qui lui revient et assumant nos choix. Le poids des désirs inassouvis des parents forgent la névrose de leur progéniture qui à leur tour, etc. et dans l’autre sens, en remontant le temps sur des générations et des générations... Garder de la place pour les rencontres. Sur des routes parallèles, le zéro croise l’infini.
Faut-il se réjouir des étiquettes qui nous collent à la peau ou les subit-on comme on marque les bêtes ? Le classement arrange les marchands, mais contraint les œuvres à s'y plier, faute de quoi elles risquent d'échouer dans la catégorie des inclassables, antichambre de la mort ou de la starification. On sait que le succès, comme l'échec, est un poison. Son action est perverse, car s'il corrompt rarement celui qui l'atteint, le succès le pousse à remercier généreusement son public, à lui faire plaisir en lui offrant ce qu'il a plébiscité. Il fait du bien au porte-monnaie et flatte l'ego, mais fige souvent l'œuvre comme on épinglerait un papillon. On pourra l'admirer à sa guise, mais plus jamais il ne volera de ses propres ailes. L'échec est évidemment encore plus cruel, car il rend amer, aigri et peut faire sombrer dans des abîmes où jeter l'éponge est un moindre mal. Préconisons raisonnablement un petit succès stable qui empêche de s'endormir sur ses lauriers ou de s'auto-détruire, et revenons à nos moutons, hélas bien mal entourés.

Microcosmos

Rares sont les analystes qui écrivent effectivement sur la musique aujourd'hui. La presse musicale, tous genres confondus, est sinistrée, condamnée à suivre la mode de façon culinaire ou à se tourner vers le passé pour récupérer ceux qu'elle négligea lorsqu'ils étaient encore en action. Existe-t-il aujourd'hui un équivalent à une revue comme jadis Musique en Jeu, de celles que l'on collectionne tant les analyses qu'elle propose font office de manifestes, de témoignages formateurs, sujets à débat et réflexions visionnaires ? Mais personne, absolument personne, ne sait où ça va, et chacun s'affole dans son coin ou fait la sourde oreille. Les musiques que nous représentons ne peuvent s'épanouir qu’entourées, promues, au-delà d'un petit cénacle élitaire.
Nombreux programmateurs du monde des jazz sont usés comme les politiciens incapables de passer la main aux nouvelles générations. Ignorant comment les recycler, on les conserve. Tout le monde finit par jouer la même chose et l'on rencontre partout les mêmes même si chacun se croit unique. L'unicité n'est pas qu'une qualité, elle isole. Seul un mouvement d’ensemble peut changer les choses. Les quelques festivals et clubs à la programmation originale sont étouffés par l'effet de masse qui polarise les projecteurs. Les institutions reproduisent leurs aides à ceux qu'ils ont déjà soutenus. La fermeture des portes est automatique. Personne ne décide plus rien. Une fois lancé, le système fonctionne tout seul. Les jeunes ont de plus en mal de mal à se faire entendre. Ils sont condamnés à payer pour jouer ou se faire enregistrer. L’analyse de la situation exige une remise à plat générale. Pourquoi faisons-nous de la musique ? Pourquoi devient-on producteur ? Quel monde souhaitons-nous construire ?

Artistes et producteurs

Il est intéressant de noter une inversion de tendance aux Allumés. Si les premiers adhérents furent des producteurs refusant l'entrée aux labels de musiciens, la plupart des nouveaux membres sont des auto-productions. Est-ce un signe de la faillite des producteurs dont c'est le métier ? Quels publics ces musiques touchent-elles ? Jouons-nous une musique d'aujourd'hui ou sommes-nous les derniers vestiges d'une époque révolue qui n'a de contemporaine que le nom, un fantasme d'un autre siècle ? Pouvons-nous laisser le soin aux majors de décider ce qui sera diffusé ? Comment évoluer avec son temps ? Il est certainement plus difficile à un musicien de changer qu'à un producteur. La névrose colle à la peau des artistes, c'est leur fonds de commerce, le terreau sur lequel ils ont bâti leur œuvre, canalisant leur folie et la transformant en fleurs ou en plantes vénéneuses. Les uns se servent de leur souffrance pour créer, aucun choix ne s'offre à eux, tandis que les autres peuvent changer leur fusil d'épaule au gré des modes et de leurs lubies. Quelles influences bénéfiques les uns peuvent exercer sur les autres et réciproquement ? Dans ce petit monde où chacun se croit paranoïaque, les artistes pourraient incarner la tendance obsessionnelle et les producteurs une forme d'hystérie !

La grande évasion

Mis à part son statut social, le seul terrain d’intervention efficace du musicien reste son art. À chacun de creuser pour mettre à jour ses racines, d’arroser la terre, tailler les branches mortes, donner une forme au feuillage. Quels rythmes représentent le mieux notre univers ou remettraient les pendules à l’heure ? Quelles lois régissent les mélodies ? L’harmonie est-elle figée par ses écoles ? Quel rôle entend-on donner à la musique dans une société où l’influence de l’étranger est régie par des quotas, sans commune mesure s’il s’agit des Etats-Unis face à l’Afrique ou à l’Asie ? La responsabilité des artistes n’est pas forcément de manifester dans les rues, encore que tout élan de solidarité interprofessionnelle ou citoyen est fortement conseillé dans ces périodes de retour à la barbarie et au vichysme, mais la question de savoir pourquoi on joue ci ou ça, comment et quelle complicité ou résistance nous entretenons par notre expression artistique est fondamentale, fondatrice. Derrière les notes de musique se lisent des intentions. Sont-elles choisies par ceux qui les jouent ou sont-elles dictées par un marché, embrigadées dans une armée qui a choisi de mettre le monde au pas, au pas de la loi, une seule, lucrative et vidée de toute substance. Existe-t-il encore un art qui ne soit pas officiel ou doit-on l’inventer ? Rien n’est joué d’avance. La dilution n’est pas inéluctable. Il est urgent de se rappeler chaque matin ce qui nous motiva pour jouer la première note et ce qu’elle signifia pour nous. Il est vital de redéfinir aujourd’hui pourquoi nous combattons.

(Brouillon d'un article pour le Journal des Allumés n°20 qui sortira le 18 octobre)

mardi 18 septembre 2007

La ligne d'arrivée


Bernard et moi avons rendez-vous aux Studios de la Seine pour mixer la musique de l'octuor avec les documents d'archives que Pierre-Oscar rapporte de Bruxelles. Nous reprenons tout le mix avec Fabrice Maria de manière à intégrer musicalement les voix et les ambiances réparties sur seize nouvelles pistes. Au lieu de baisser tout l'orchestre, nous pouvons ainsi atténuer tel ou tel instrument. Je suis impatient de découvrir le film monté, car je n'ai encore rien vu ni entendu. Nous avons seulement précisé les endroits où le monteur du film pouvait coller de nouveaux sons.
Je prépare la facture dans le même mouvement, car je n'aime pas que le dossier traîne ensuite. Besoin de tourner la page et de se pencher sur les nouveaux projets. Nous nous débrouillons pour ne jamais être en retard de livraison, aussi espérons-nous la même célérité de la part des services comptables de tous nos clients. Nous restons fragiles, surtout si nous devons avancer les frais techniques, les transports ou les salaires des musiciens. Au moins, nous n'avons pas à nous inquiéter de la solvabilité de la Communauté Européenne qui a commandité le clip de cette après-midi ! Il doit être diffusé dans les 27 pays qui la composent. Comme une réflexion en miroir sur cette union, Libération publie ce matin sur trois colonnes une photo toute rouge de nos cent lapins qui annonce le billet de demain. N'étant plus à un paradoxe près, Lors m'a surnommé en breton "Roué ar c'honifed" !
Bernard arrive en Harley comme d'hab, P.O.L. a troqué sa brouette contre une rame de métro et je replie mon vélo. Ça descend sans arrêt depuis la Porte des Lilas, mais ce soir il faudra remonter. Je prends mon temps, ça va plus vite.

mercredi 12 septembre 2007

Houellebecq-Birgé, la presse (3)


Suite de la revue de presse de mon dernier cd paru (lire 1 et 2).
On ne peut pas dire que les ventes soient mirobolantes. Le score n'est pas meilleur qu'aucun de mes autres disques. La presse littéraire, la presse généraliste, la presse à scandale semblent n'en avoir rien à cirer. Seule la presse musicale s'y est intéressée en se répandant en louanges, certes, mais c'est loin de suffire à amortir les coûts de fabrication de cet objet extrêmement soigné dont on trouvera toutes les informations sur le blog (taper Houellebecq dans la Recherche, par exemple !). Cela ne fait probablement pas très sérieux de faire sa promo soi-même. Je me suis épuisé à relancer les journalistes pendant trois semaines. Certains promettent, d'autres n'existent que par leur répondeur, il faut parfois renvoyer l'album qu'ils prétendent avoir perdu. Je ne suis pas forcément au courant des articles qui paraissent. Des amis ont la gentillesse de me prévenir lorsqu'ils lisent un papier. Il faut savoir être patient, Établissement d’un ciel d’alternance est millésimé, comme tout ce que j'ai produit, heureusement. Je commence seulement à tirer les bénéfices de trente-cinq ans d'invention et de création incessantes. Il ne s'agit pas d'argent, j'ai toujours réussi à vivre de mes œuvres brintzingues, mais je recueille seulement aujourd'hui la reconnaissance de mon travail. Ne plus avoir l'impression d'être seul.
Houellebecq est en montage avec son premier long métrage adapté de ''La possibilité d'une île''. Il reviendra un de ces jours sur le devant de la scène et mon distributeur vendra quelques exemplaires de plus de ce duo dont je suis très fier. Samedi, L'Humanité, sous la plume de Fara C., écrivait donc :

Ciel d’alternance
Inclassable. Spectacles.
Le compositeur Jean-Jacques Birgé, crucial défricheur de l’électronique bien avant la mode, a publié, avec Michel Houellebecq, un CD absolument magnétique, Établissement d’un ciel d’alternance (notre photo), d’après la création présentée en 1996 à la Fondation Cartier. Sur l’ovni sonique élaboré par Birgé, l’écrivain dit des extraits de La Poursuite du bonheur et du Sens du combat, que complète une pièce instrumentale de Birgé (électronique en direct) et Bernard Vitet (composition), dont le titre, Tchernobyl, parle de lui-même. Un minimalisme résolu régit aussi bien la musique que la diction. Avec un effet pénétrant. On s’abandonne à l’errance du verbe et de la note, les deux complices inventant une sorte de « poésique » qui incite à sortir du rang. On oscille entre un brouillard cataclysmique et des trouées d’apaisement. Il y a quelque chose de la clarté d’une aria de Bach, un rai de lumière qui se mêle au sac et ressac inquiétant des synthétiseurs. Une divagation haletante. Sur de nombreux fronts de l’actualité artistique la plus téméraire, Birgé présente, par ailleurs, Nabaz’mob, opéra de cent lapins communicants, qu’il a écrit avec Antoine Schmitt. Quant à Houellebecq, la MC 93 de Bobigny accueillera en 2008 Plateform, adaptation théâtrale d’un de ses romans par Tom Blokdijk, avec mise en scène de Johan Simons.
Birgé : Nabaz’mob, notamment le 20 septembre à Nantes, Festival Scopitone, le 6 octobre à Amiens, Nuit blanche ; voir drame.org.
Houellebecq : Plateform, 11 et 12 février 2006, MC 93 (tél. : 01 41 60 72 72).
Joyau à (s’)offrir : CD long box, de M. Houellebecq et J.-J. Birgé, Établissement d’un ciel d’alternance (Grrr/Orkhestra).
Fara C. (L'Humanité, samedi 8 septembre 2007)

Plusieurs billets abordent ici l'album sous des angles variés :
- Sortie chez GRRR de mon duo avec Michel Houellebecq (avec la pochette originale)
- Les chiffres à livre(t) ouvert
- Les pochettes auxquelles vous avez échappé
- Étienne Auger commente son travail
- Houellebecq Malentendu

mardi 11 septembre 2007

Bizot a cassé son calumet


La mort de Jean-François Bizot me frappe parce qu'il fut un capitaine au long cours, qui, dès la fin des années 60, embarqua toute une génération de fondus qui vivaient leur jeunesse à cent à l'heure, dormaient debout et ne cessaient jamais de rêver de reconstruire le monde. J'ai écrit quelques mots hier matin sur le blog des Allumés. Je crois que c'est Jean-Pierre Lentin, déjà responsable de la rubrique musique, qui nous avait présentés. Lors de ma dernière rencontre avec Bizot, nous avions évoqué la débâcle du Festival de Biot-Valbonne, par quel miracle je m'étais retrouvé à faire le bœuf avec Eric Clapton chez Giorgio Gomelski avant d'embarquer pour la villa de Pink Floyd, et comment j'avais fait le joint entre Frank Wright et Alan Silva qui venait d'arriver en France avec Sun Ra ! Bizot était sur tous les fronts. Je me souviens de lui dans les locaux d'Actuel début 71, hyper-excité, lançant une idée à la minute, grillant ses cartouches sans compter celles qui lui restaient dans le barillet. Plus tard, j'eus affaire avec sa sœur Irène lorsqu'elle était à la tête de la Réunion des Musées Nationaux. Tous deux avaient une manière originale d'aborder le phénomène culturel et de fricoter avec l'art qui les rendait sympathiques malgré le jeu du pouvoir. Au lancement de Radio Nova, un extrait de M'enfin (LP Rideau !), en écoute sur le site des Disques GRRR, faisait partie de la boucle de trois minutes qui tournait toute la nuit pour occuper l'antenne ! On entendait égrainer le loto arabe tandis que résonnait la guitare... Aujourd'hui, j'entends ces chiffres comme les messages énigmatiques qui parviennent à Orphée depuis l'autre côté...

dimanche 9 septembre 2007

Tu viens, on danse ?


Les fêtes de la rentrée se suivent, mais ne se ressemblent pas. Nous avons commencé vendredi soir par l'anniversaire de Mina rue St Maur. C'est sympa, mais je ne connais personne et le niveau de la musique empêche de s'immiscer dans les conversations. Je dois avouer que je ne comprends toujours pas pourquoi il est d'usage de faire hurler le son dans de mauvaises chaînes que personne n'écoute, alors que tout le monde semble avoir envie de discuter ou de faire connaissance. Pour danser, cela peut s'expliquer, mais sinon ? Dans le meilleur des cas, on ne peut attraper qu'une extinction de voix. Dans ces circonstances, je choisis une situation de repli, style squatter la cuisine, ce soir-là la terrasse, en plein air depuis que Mina et Aldo ont fait sauter le toit du hangar pour contempler les étoiles...
Plus tard, boulevard de Ménilmontant, Elsa a réuni toute une bande de copains et copines dont nombre de musiciens, et ça joue, grave ! Les guitares manouches succèdent aux chants russes tandis qu'Antonin accompagne les uns et les autres au piano. Cela fait vraiment plaisir d'écouter tous ces jeunes gens bœufer ensemble. Il y a du cœur, et du cœur à l'ouvrage. L'atmosphère est légère, aérienne. Le jazz bat son plein. I can't give you anything but love, baby ! Je ne sens plus ma fatigue. La soirée s'achèvera à plus de 6 heures du matin, mais tout de même sans nous.
Le lendemain, nous remettons cela pour l'anniversaire de Claire et de son père, Paul, au pavillon danois de la Cité U. Il joue de la guitare hawaïenne, chante des chansons vietnamiennes et les petites filles s'invitent à danser, laissant les garçons faire canapé, comme d'hab ! Celui qui connaît les danses de salon est certain d'emporter le morceau, je comprends mon père, sacré noceur... Lorsque ce fut mon tour, je me rattrapai avec la tchatche, raison probable pour laquelle la musique m'a toujours indisposé en société. Soit on l'écoute, soit on l'éteint. Soit on danse, soit on s'éclipse. Rien ne vaut le chant des cigales ou le bruit de la ville endormie, susurrais-je aux oreilles d'une demoiselle.

vendredi 7 septembre 2007

Dix mille intruments dans un tube de verre


Depuis que je suis tout petit, je rêve de me laisser enfermer dans la caverne d'Ali Baba. Hier mon vœu s'est exaucé grâce à la gentillesse de l'ethnomusicologue Madeleine Leclair, responsable de l'unité patrimoniale des collections d'instruments de musique du Musée du quai Branly, que j'avais rencontrée il y a quelques mois pour fêter nos prix du Fiamp. Sur les six étages d'un gigantesque tube de verre dessiné par l'architecte Jean Nouvel comme le reste du bâtiment, sont exposés dix mille instruments de musique d'Asie, d'Océanie, d'Afrique et des Amériques. Complétant admirablement celle du Musée de la Musique de La Villette, c'est la plus grande collection d'instruments ethniques en Europe. Les caillebotis métalliques ajourés permettent à un seul système de régler la température et l'hygrométrie, stabilisées à 20°C et 50% d'humidité, de cet espace obscur, pas plus de 30 lux, meublé d'étagères noires et de tiroirs coulissants silencieux conçus par Madeleine.
Dans cette Tour de Babel musicale, les instruments sont classés par continents et par types, percussions à peau, tambours de bois, hochets, sistres, sonnailles, gongs, cloches, balafons, senzas, guimbardes, arcs, flûtes, trompes, conques, harpes, guitares, kotos, violons, etc. Je n'emploie pas les termes muséographiques affichés, mais ceux que j'utilise lorsque je joue dans mon studio avec tous ceux que j'ai recueillis lors de mes voyages. Les rhombes, qui se réfèrent à des rituels sacrés auxquels aucune femme ne doit assister, ne sont pas exposés pour ne pas choquer d'éventuels visiteurs des villages d'où ils ont été rapportés. Je suis étonné du nombre de flûtes nasales et de la sophistication de certains systèmes d'émission. Une flûte qui se porte à l'épaule se joue en la remplissant d'eau et en marchant, l'eau poussant l'air vers le biseau. Des cocons d'araignées remplis de leurs œufs séchés sont agités. Des tibias humains finement ciselés sonnent la cérémonie. Des tambours de bois sont creusés de plusieurs lames pour former un ensemble accordé. Des carapaces de tortues sont frottées à la manière des tambours parlants. Mon ivresse monte à mesure que nous descendons dans l'immense éprouvette qui laisse apercevoir tous ces trésors. Le site du Musée offre une recherche exceptionnelle dans le catalogue des objets. Nous terminons la visite par la magnifique salle de concert aux formes variables (rideau d'Issey Miyaké) et à son pendant extérieur, sorte de théâtre antique qui mange le sublime jardin sauvage de Gilles Clément, et par la médiathèque sur le toit couronné par une rivière-fontaine qui fait le tour du bâtiment. On peut y écouter des centaines de musiques, à moins que l'on ne préfère les grandes boîtes à musique audiovisuelles du Musée qui offrent une immersion totale dans le son. Les gardiens de la médiathèque nous font signe de nous taire, le silence reprend ses droits.
Pour remercier ma guide, je souhaiterais retrouver la musique des stalagmites de la Baie d'Halong, inoubliables orgues à percussion magiques que j'enregistrai il y a une douzaine d'années. En attendant, j'essuie la poussière qui s'est accumulée sur une bande magnétique confiée à Brigitte vingt ans plus tôt par Leroy-Gourhan pour lui en envoyer copie. Il s'agit d'un enregistrement russe de percussion sur os de mammouth.

dimanche 2 septembre 2007

Julie Driscoll, la voix du Swinging London


Dès les premières mesures de Tropic of Capricorn, je reconnais l'orgue de Brian Auger que je n'ai pas entendu depuis des décennies. Lorsque Julie Driscoll attaque Czechoslovakia, je revois les chars entrer dans Prague. Le bref A Word About Colour m'attrape par surprise, je sens des larmes couler sur mes joues. Je remettrai le morceau plusieurs fois sur la platine et, chaque fois, mes poils se redresseront comme un seul homme. En commandant le cd Streetnoise, je ne m'attendais pas à ce qu'autant de souvenirs enfouis remontent à la surface. 1969 : le Jim Morrisson de Light My Fire, l'Indian Rope Man de Richie Havens (vidéo ci-dessus), When I was a Young Girg arrangé par Jools elle-même, la comédie musicale Hair dont j'assistai à la première parisienne, et toutes les autres chansons rappellent cette époque de révolte adolescente où nous avancions debout sous un soleil qui nous réchauffait le cœur à tous, ensemble, petits soldats de la paix en costumes de clowns. Streetnoise réfléchit particulièrement cet enthousiasme. La musique progressive se construisait sans préjugé comme un éclat de voix rayonnant. Les utopies croisaient l'engagement politique et la sexualité explosaient par tous les pores de la peau.
On retrouvera Julie Driscoll qui, en épousant Keith Tippett, deviendra Julie Tippetts, dans le mythique Centipede de son mari produit par Robert Fripp (orchestre de 55 musiciens parmi lesquels Ian Carr, Mongesi Fesa, Mark Charig, Elton Dean, Dudu Pukwana, Gary Windo, Alan Skidmore, Karl Jenkins, Nick Evans, Paul Rutherford, Maggie Nicols, Mike Patto, Zoot Money, Roy Babbington, trois batteurs dont John Marshall et Robert Wyatt, etc.), le Spontaneous Music Ensemble, Tropic Appetites de Carla Bley ou aux côtés de Robert Wyatt, Maggie Nicols, Phil Minton... Elle s'orienta alors vers une musique plus expérimentale, souvent improvisée. Brian Auger and The Trinity n'accompagnait pas Julie Driscoll, mais à eux cinq (le guitariste Gary Boyle, le bassiste Dave Ambrose et le batteur Clive Thacker ne sont curieusement pas cités sur le livret) ils formaient un groupe qui faisait le pont entre le jazz et le rhythm 'n blues avec ce son très Canterbury que je n'identifiai pas encore, un parfum très proche de Soft Machine. Je brûle d'impatience de recevoir leurs autres albums pour retrouver leurs reprises de This Wheel's on Fire de Dylan, Seasons of the Witch de Donovan ou Save Me d'Aretha Franklin, alors je clique et je claque !