Jean-Jacques Birgé

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dimanche 30 mars 2008

Des pierres roulaient dans le champ


L'autre soir, j'ai regardé Gimme Shelter de Albert Maysles, David Maysles et Charlotte Zwerin que je n'avais jamais vu malgré sa réputation et celle du festival gratuit d'Altamont qui marqua la fin des années 60 et du petit nuage psychédélique que Monterey et Woodstock avaient réfléchi. À l'époque, j'avais probablement craint un truc violent, comme je voyais le hard rock, que Led Zeppelin, entre autres, incarnait à mes oreilles. Les Rolling Stones en faisaient partie, trop lourds, trop physiques à mon goût. Je préférais le côté planant de la West Coast (j'ignorais qu'Altamont se situait près de San Francisco) et je n'en avais plus que pour Zappa et Beefheart. Altamont eut lieu le 6 décembre 1969 à l'initiative des Stones. Y étaient programmés Santana, Jefferson Airplane, The Flying Burrito Brothers et Crosby, Stills, Nash and Young, les anglais clôturant l'évènement. Devant le manque d'organisation catastrophique, le Grateful Dead avait annulé sa prestation.
Au delà de l'énergie de Mick Jagger qui m'a toujours bluffé, je suis subjugué par le film, véritable documentaire de création sous la forme d'une enquête policière sans que les auteurs aient eu besoin d'ajouter le moindre commentaire. Ils eurent la chance de se trouver là pendant les préparatifs, les tractations avec l'avocat retors des Stones (qui avait été celui de Jack Ruby, l'assassin d'Oswald dans l'affaire du Président Kennedy), le concert évidemment, mais également tout ce qui s'est passé off stage, magnifiques instants capturés parmi la foule des 300 000 spectateurs, ambiguïté de Mick Jagger sur la conduite à tenir, et, surtout, le meurtre d'un jeune black par un des Hell's Angels survoltés. Meredith Hunter, facilement repérable dans son élégant costume vert pomme, avait dégainé un flingue vers la scène lorsqu'il fut ceinturé et poignardé par les Anges, chargés du service de sécurité. Les cadrages d'Albert Maysles sont époustouflants, le montage de Charlotte Zwerin aussi intelligent que le sera son génial film sur Thelonious Monk, Straight No Chaser. Il n'y a pas que la musique, Gimme Shelter est tout simplement un grand film noir. Ce documentaire exceptionnel est édité en dvd sur le label de référence Criterion, remasterisé de main de maître, avec un paquet de bonus passionnants (attention, Zone 1).

samedi 29 mars 2008

Comment supporter nos chaînes ?


Ces pas font sourire. On en a forcément besoin. Le rythme n'a pas changé. On voit bien d'où ça vient. Les esclaves avaient heureusement la danse et la musique pour tenir le coup. Et nous, qui sommes-nous si ce n'est d'autres esclaves ?

N.B. : Trampled Under Foot figure sur l'album Physical Graffiti de Led Zeppelin (1975). J'aimerais bien connaître l'auteur du clip.

P.S. : je ne vais pas en rajouter, toute la presse en parle, mais Poptronics, sous la plume de Jean-Philippe Renoult, l'évoquait déjà jeudi, et donnait surtout à l'entendre, des chercheurs ont réussi à décrypter le plus vieil enregistrement de l'Histoire, daté d'avril 1860, dix-sept ans avant le phonographe d'Edison ! D'autres sons (dont une trace de 1857) enregistrés sur le phonautographe d'Edouard-Léon Scott de Martinville et d'autres détails sur First Sounds...


En commentaire du blog des cultures électroniques, j'écrivais Formidable ! Bouleversant... On retrouvera peut-être un jour une image de la Cour de Louis XIV captée par une camera obscura et fixée par je ne sais quel phénomène accidentel... Edouard-Léon, dont la librairie était située rue Vivienne, là où je vécus mes premières années, rejoint bien tardivement le petit club des fondateurs du monde moderne.

mercredi 26 mars 2008

Rabashung


Lorsqu'on écrit une chanson, se pose toujours la question de savoir si l'on écrit les paroles ou la musique en premier. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Alain Bashung a l'originalité de mener les deux de front, mais pas ensemble. Il accumule du matériau, et cherche souvent ensuite à rapprocher les unes des autres. Quelles paroles sur quelle musique, quelle musique sur quelles paroles ? Pour ce faire, il bosse l'articulation qu'il soigne plus que n'importe quoi. Il y a là un véritable travail d'interprétation.
Pourtant, je suis déçu par Bleu Pétrole. Le dernier Bashung est sympa, mais pas de quoi grimper au rideau. La voix est belle, mais les mélodies et les orchestrations banales. Je ne suis pas friand de Gaëtan Roussel (des groupes Louise Attaque et Tarmac) qui écrit la plupart de l'album et les reprises de Suzanne de Leonard Cohen ou d'Il voyage en solitaire de Gérard Manset (qui participe aussi à Bleu Pétrole sur Vénus, Comme un Lego et Je tuerai la pianiste) ne sont pas à la hauteur des originaux voire même de la reprise du tube de Manset par Cheb Mami en son temps. Je réécoute les albums Play Blessures, Osez Joséphine, Chatterton, mais c'est vrai que cela fait déjà quinze ans ! J'avais adoré les live du cd Confessions Publiques et du dvd de La tournée des Grands Espaces, mais, que voulez-vous, j'ai chroniquement besoin d'être surpris...
Le logiciel Opendisc présent sur le cd donne aussi accès à des bonus sur Internet, mais pour l'instant rien ne fonctionne encore correctement... Si vous cédez à la tentation, cela se comprend parce que le disque s'écoute tout de même avec plaisir, optez pour la version de luxe qui comprend un magnifique livret et un dvd pour seulement quatre euros de plus. Comme avec Radiohead, l'objet est le meilleur rempart contre le piratage...

mardi 18 mars 2008

Retour sur mon duo avec Nicolas Clauss


Donc, le lendemain, pour mon duo avec Nicolas Clauss à L'Échangeur, je n'emporterai pas de clavier. Mon instrument principal devient mon micro devant lequel je chante, joue de la flûte et de la trompette à anche. Je transforme tous les sons en temps réel, les miens comme ceux que Nicolas produit en jouant de ses modules interactifs, avec mon Eventide (une sorte de synthétiseur d'effets que j'ai programmés) et mon AirFX que je module sans le toucher en faisant au dessus de lui des passes "magnétiques" (en fait, optiques, puisqu'il s'agit d'un rayon avec un système de repères en 3D). Jamais nous ne sommes parvenus à faire aussi bien ressortir l'humour grinçant de Jumeau Bar, les effets amplifiant les intentions critiques que véhicule ce petit bar de campagne. Après un White Rituals des plus SM, voix et flûte aidant, j'accompagne L'ardoise avec mon Tenori-on dont je joue ce soir pour la première fois. J'oscille entre le côté kawaï (mignon) des dessins d'enfants et les sujets graves qu'ils évoquent. Lorsque je n'installe pas le cadre, décor qui permettra tous les possibles et parfois même l'impossible, je cherche surtout la complémentarité avec les images projetées par Nicolas. Nous terminons notre petite prestation par de délicats et lugubres Dormeurs qui s'écroulent au combat comme des quilles s'affalant sous leur propre poids et font sonner leur marche ralentie au son d'une martiale trompette à anche. Rebelote. Nicolas et moi sommes aux anges, impatients de recommencer l'expérience du duo, et heureux d'avoir participé à une si belle soirée. Françoise Romand a réagencé quelques extraits de notre prestation pour le petit film qu'elle a réalisé.
Mirtha Pozzi et Pablo Cueco avaient ouvert le bal par leur duo de percussion, avec Étienne Bultingaire aux manettes. Grosse surprise du remarquable jeu théâtral de Didier Petit qui partage la scène avec son violoncelle et le chorégraphe Mic Guillaumes. Final avec Jean-François Pauvros transformant son instrument en vielle et revenant progressivement vers ce qu'elle est, une guitare électrique vrombissante.
Le surlendemain, je vais écouter Pascal Contet maltraitant délicatement son accordéon devant l'installation végétale de Johnny Lebigot, Lucia Recio donnant la réplique aux sculptures en bois que José Lepiez caresse astucieusement, et les WormHoles dirigés de main de maître à l'archet par l'ami Didier Petit, grand organisateur de ce somptueux et malin mini-festival, hôte parfait, qui sait mieux que personne ce que signifie la générosité... Lucia passe d'un registre à l'autre, tantôt grave et bruitiste, tantôt rock et coupant ; Camel Zekri à la guitare en demi-teintes et Edward Perraud au jeu inventif et grinçant, Bultingaire aux effets métropolitains complètent ce quintet original dont la clarinettiste Carol Robinson est l'invitée et que je n'avais pas revue depuis l'enregistrement de Sarajevo (Suite). À l'entrée (et à la sortie !), Théo Jarrier et Hervé Péjaudier tiennent la boutique de disques installée sur des tréteaux de fortune et ça marche. Lors du concert au Triton, les vinyles du Drame étaient partis comme des petits pains, les plus jeunes étant friands de 33 tours. Même succès pour le nouveau Journal des Allumés que je suis allé chercher à l'imprimerie de Montreuil, livré en primeur à L'Échangeur... (à suivre)

lundi 17 mars 2008

Retour sur le concert avec Donkey Monkey


J'attendais que Françoise Romand ait monté cet extrait de notre concert pour revenir sur ma rencontre musicale avec Donkey Monkey, le duo formé par la pianiste alsacienne Ève Risser et la percussionniste japonaise Yuko Oshima. Le résultat fut à la hauteur de nos espérances. La complicité humainement partagée s'est laissée transposer naturellement sur la scène du Triton. La première partie, s'appuyant sur des morceaux du duo, était plus popisante tandis que la seconde, basée sur mes programmations virtuelles, était plus explosée. Comme chaque fois, il en faut pour tous les goûts et nous avons entendu assez de commentaires pour saisir que les uns ou les autres préfèrent tel ou tel morceau. C'est toujours ainsi. Si l'on écoute les avis des spectateurs, il faut en récolter suffisamment pour que tous les passages trouvent leurs admirateurs ou leurs détracteurs. Tout entendre, mais n'en faire qu'à sa tête, en l'occurrence un être tricéphale dont les méninges carburent au-delà de la vitesse autorisée. Après cette première rencontre sans véritable répétition, nous nous sommes découverts dans l'action. Je perçois ce que je pourrais améliorer à mon niveau : soigner les codas et développer les complicités avec chaque musicienne indépendamment de leur duo, dramatiser mon apport par des ambiances de reportage et des évènements narratifs, étoffer mon instrumentation acoustique lorsque les morceaux durent plus que prévu, par exemple j'emporterais bien le trombone et le violon vietnamien, mais je supprimerais les projections sur écran difficilement compréhensibles pour le public en les remplaçant par des compositions où l'improvisation libre se construit autour de modèles dramatiques.
J'en saurai plus après avoir écouté l'enregistrement de la radio. Nous avions en effet commencé la soirée par un petit entretien avec Anne Montaron puisque France Musique diffusera la soirée le 23 avril à 22h30 dans le cadre de son émission "À l'improviste".
Les filles ont lancé le mouvement, je les ai rejointes en commençant à jouer depuis les coulisses avec un petit instrument improbable que j'ai acheté dans un magasin de farces et attrapes il y a près de 40 ans ! C'est une sorte d'appeau dans lequel je dois souffler comme un malade pour en sortir de puissants sons de sax suraigus. Sur le dessus de cet instrument tricolore affublé d'une petite percussion en métal sur bois, je bouche le trou unique pour rythmer mes phrases. J'accompagne mon solo de déhanchements suggestifs tandis que je rencontre l'objectif d'Agnès Varda venue filmer notre performance en vue de son prochain film provisoirement intitulé Les plages d'Agnès. Mes guimbardes tiennent alternativement le rôle de basse et de contrepoint rythmique au duo excité du piano et de la batterie. Le second morceau est plein d'humour, Ève et Yuko chantant en japonais un blues nippon que j'accompagne avec des effets vocaux qui vont de l'électroacoustique déglinguée à des imitations yakuzesques de comédiens nô. La première partie se clôt sur un longue pièce de pluie où les sons tournent des unes à l'autre sans que l'on ne sache plus à qui sont les gouttes qui éclatent ici et là. Ève a préparé le piano avec des tas de petits objets étranges tandis que Yuko est passée au sampleur... Après l'entr'acte, les filles s'amusent à suivre ou contrarier de nouvelles gouttes, cette fois sorties tout droit du diagramme de FluxTunes projeté sur l'écran derrière nous, ping-pong qui nous oblige à rattraper les notes comme si c'était des balles. Les trois garnements étalent ensuite leurs jouets pour trois petits solos et une coda en trio (carillon, toy-piano, jeu de cloches, synthétiseurs et Theremin à deux balles) suivi d'un duo de pianos où Ève doit sans cesse rebondir face à mes quarts de ton renversés. Nous terminons par un zapping de ouf où je joue du module Big Bang face aux deux filles qui usent, abusent et rusent irrévérencieusement avec leur répertoire pour me couper systématiquement et alternativement la chique. Le petit rappel est on ne peut plus tendre, Ève s'étant saisie de sa flûte traversière, Yuko nous enchantant de sa langue maternelle et ma pomme terminant dans le grave de ma trompette à anche. Nous espérons maintenant pouvoir remettre ça un de ces soirs, ça, une véritable partie de plaisir !
Sauf les rares jam-sessions où je ne jouais que du Theremin, c'est la première fois que je jouais aussi peu de clavier. Mes touches noires et blanches et mes programmes construits au fil des années incarnent une sécurité dont je souhaite me débarrasser. Aussi, le lendemain, pour mon duo avec Nicolas Clauss à L'Échangeur, je n'en emporterai carrément pas... (à suivre)

dimanche 16 mars 2008

Zappa, Roma di Luna, Dr Alexei et Mr Crescent


En attendant le printemps et son cortège de nouveautés, j'écoute deux albums qui tournent sur ma platine l'un après l'autre, et l'autre après l'un. Le premier est un fantôme, le second une apparition. Particularité commerciale, les deux ne semblent commandables que sur Internet, et même très recommandables. Ça tourne !
La famille Zappa publie un double cd du grand orchestre que mon grand initiateur réunit en 1972 pour enregistrer Waka Jawaka et The Grand Wazoo, mais jamais aucun disque n'était sorti de la tournée de cet ensemble exceptionnel de vingt musiciens. C'est peut-être la période la plus jazz de Frank Zappa et forcément la mise en sons la plus claire de sa boutade critique, "le jazz n'est pas mort, mais il a tout de même une drôle d'odeur !" Si l'orchestre flotte parfois, la musique nous entraîne dans des sous-bois où les cuivres gazouillent puissamment au risque de s'égosiller, où percher sur des cordes donne souvent envie de se balancer, les piverts rythmant la symphonie de la forêt à coups de becs pointus. Je suis venu au free jazz grâce à Zappa, je me suis intéressé à la musique contemporaine par le même chemin et mon goût pour les sons symphoniques vient de cette vallée ensoleillée où les timbres relaient les mots sans qu'il y ait besoin de plus d'explication. Album instrumental majeur, Zappa/Wazoo ravira les amateurs d'invention musicale...
Jean Rochard m'indique le disque très folk de Roma di Luna intitulé Find Your Way Home. La voix de Channy Moon Casselle rappelle un peu celle de Sandy Denny dans Fairport Convention, nous faisant totalement chavirer par son timbre et ses intonations célestes. Le duo qu'elle forme avec son mari, Alexei Moon Casselle, me fait aussi parfois penser aux émotions produites par Leonard Cohen. Très personnelle, la musique est d'une extrême tendresse, même lorsqu'ils s'enfoncent dans de sombres abîmes, absolument craquante. Ils s'accompagnent à la guitare, au violon, au piano et ont, depuis l'enregistrement, étoffé le groupe avec une section rythmique. Jean me raconte qu'Alexei mène une double vie musicale sous le nom de Crescent Moon. Il devient alors le MC des groupes hip-hop Oddjobs puis Kill the Vultures. Double personnalité vivant dans les Twin Cities, les villes jumelles de Minneapolis et St Paul, il incarne aussi bien le Dr Alexei que Mr Crescent. Écoutez Roma di Luna et Kill The Vultures sur MySpace...

vendredi 14 mars 2008

Séance de rattrapage : je joue ce soir avec Nicolas Clauss


... pour celles et ceux qui n'ont pas pu venir hier soir au Triton. Les commentaires viendront plus tard...

Toutes les informations sur WormHoles An2 Coïncidences du 10 au 16 mars à L'Échangeur de Bagnolet (59, avenue du Général de Gaulle, 93170 Bagnolet. M° Galliéni) sont à cet endroit !
Ce soir vendredi à 20h30 précises le programme est dense avec rien que du bon :
Improvisations Préméditées avec la percussionniste Mirtha Pozzi, le zarbiste Pablo Cueco et Etienne Bultingaire au pupitre électronique
Entre eux deux avec le violoncelliste Didier Petit (qui organise l'évènement) et le chorégraphe Mic Guillaumes
Duo Impromptu Opus n°1 avec Jean-Jacques Birgé et le peintre interactif Nicolas Clauss. C'est encore une création, Nicolas et moi n'avons jamais joué ainsi en duo... Je retraite en temps réel les sons de "Jumeau Bar", j'ajoute ma voix aux "White Rituals" et je joue du Tenori-on sur "L'ardoise", tandis que Nicolas intervient en direct sur ces modules originalement créés pour le site Flying Puppet ou en installation, ici projetés sur grand écran.
Solo Impromptu Opus n°2 avec le guitariste Jean-François Pauvros
Décidément, je ne joue que dans mon quartier, on pourrait croire que c'est pantoufles, je conseille vivement aux programmateurs de la Seine-Saint-Denis de se mettre sur les rangs et de me passer un coup de fil, m'envoyer un mail ou un pigeon voyageur, mais il me reste encore quelques villes limitrophes ou arrondissements de l'est parisien où je ne suis pas encore intervenu...

jeudi 13 mars 2008

Je joue ce soir au Triton avec les filles de Donkey Monkey


C'est ce soir au Triton (à 50 mètres du métro Mairie des Lilas, 20 minutes depuis Chatelet - au bout de la ligne 11) ! Je le répète chaque fois que je joue quelque part : ne manquez pas ce concert unique, exceptionnel, parce que je ne me produis plus que très rarement, peut-être deux ou trois fois par an dont une seule fois à Paris si les astres sont bien disposés. Le Triton m'accueille encore aujourd'hui, et, comme chaque fois, dans une configuration inouïe. J'ai raconté, écrit comment j'avais rencontré les deux musiciennes de Donkey Monkey. Je suis aux anges de partager la scène avec elles ce soir. Je ne sais pas comment cela va sonner, mais ça va dépoter sévèrement tant ces filles ont la pèche. Nous avons prémédité la conduite de la soirée, mais rien n'est fixé dans le marbre, rien n'est couché sur le papier, c'est une vraie rencontre musicale de personnes qui ont tout de suite vibré en sympathie dans la vraie vie. La surprise réside maintenant dans la transposition musicale. Anne Montaron vient enregistrer le spectacle pour son émission À l'improviste diffusée sur France Musique le 23 avril prochain à 22h, mais rien ne vaut l'émotion du direct, d'autant qu'Eve Risser et Yuko Oshima ont un jeu très physique et que j'utilise, entre autres artifices, un écran où je projette des machines musicales inventées pour LeCiestEstBleu, ici l'inédit FluxTunes dans une version béta et Big Bang, module avec lequel j'ai réussi à faire ce que j'avais raté avec le grand orchestre du Drame.
Venez nombreux partager notre plaisir !

mercredi 12 mars 2008

Répétition avec Donkey Monkey


Françoise filme les répétitions qui ont lieu au Studio GRRR. Il y a du vent, dans le jardin les clochettes tintent avec véhémence, et de la fenêtre on voit le forsythia et le cognassier du Japon, branches constellées de petites fleurs jaune ou rouge. Yuko Oshima joue de la batterie Gretsch, que nous a prêtée Le Triton (où nous jouons demain jeudi), et d'un échantillonneur virtuel qu'elle transforme avec des effets analogiques. Tandis qu'elle chante en japonais, je fais le yakuza en prenant une voix grave et rauque, on s'y croirait. Je me suis entraîné avant et pendant mon voyage au Japon en 1996 lorsque nous avons monté les expositions sur la fête foraine à Kumamoto et Osaka avec Raymond Sarti et Zeev Gourarier. Ève Risser est obligée de "préparer" mon grand Yamaha droit, un U3, mais elle aura heureusement un piano à queue pour le concert. Elle chante aussi en japonais et joue de la flûte traversière. Ni l'une ni l'autre, nous n'emporterons nos Theremin comme nous l'avions annoncé, nous avons suffisamment de matériel à trimbaler comme ça. J'utilise beaucoup ma voix que je transforme avec le H3000, je joue de petits instruments à anche et des guimbardes, j'ai mon sempiternel synthétiseur VFX et les machines virtuelles, développées avec Frédéric Durieu, que je projetterai sur un écran au-dessus de moi et dont je transforme les sons avec un effet dont l'interface est un rayon infra-rouge en 3D. Nous nous entendons bien, c'est un régal. J'apprécie beaucoup notre façon de procéder, en évitant de trop répéter, mais en mettant en place la suite des morceaux, choisissant les timbres, évoquant nos intentions, soignant les transitions. La première partie est constituée de pièces du répertoire de Donkey Monkey sur lesquelles je me greffe et que les filles adaptent à la situation. Je donne le ton de la seconde, cette fois c'est à Ève et Yuko de rentrer dans mon monde. Il y a encore des zones de flou que nous devons mettre au clair aujourd'hui. C'est drôle comme j'ai passé une bonne journée à les écouter et à m'égosiller devant le micro, mais je suis ratatiné, comme elles d'ailleurs. Nous devons encore prendre le temps de nous reposer et de préparer le matériel. C'est la partie que j'aime le moins de ce travail, je risque chaque fois de me coincer le dos, alors je rêve d'une salle de spectacle où tout serait installé et où je n'aurais plus qu'à jouer...

samedi 1 mars 2008

La musique tachiste de Michel Magne


En feuilletant le Jazz Magazine de janvier, arrivé lorsque nous étions au Laos, je découvre la réédition par Universal d’un disque du compositeur de musique de films Michel Magne, reprenant, entre autres, son disque de musique tachiste sous le titre générique Le Monde Expérimental de Michel Magne.
En 1959, j'avais sept ans lorsque mon père, alors journaliste à la radio, rapporta le 33 tours Musique Tachiste à la maison pour en faire la critique. J’ai ainsi conservé maints trésors discographiques des années 50 comme plusieurs aventures de Tintin (Les cigares du pharaon, Le lotus bleu, Objectif Lune, On a marché sur la lune), Blake et Mortimer (La Marque Jaune, Le Mystère de la Grande Pyramide), Buffalo Bill, Vingt mille lieues sous les mers (avec Jean Gabin), des disques d’épouvante qui me terrorisaient, bandes dessinées ou romans mis en ondes, ainsi que divers 45 tours bizarroïdes comme le Miss Téléphone composé de sons des télécoms de l’époque.


Dans l’attente de recevoir sa réédition, j’exhume le vinyle et découvre à quel point le disque de Michel Magne influença ma vie, tant par ses mélanges d'orchestres jazz, classique et bruitages joués en direct que par les images de Sempé qui illustraient chaque morceau. Je suis resté des heures à rêver devant Mémoire d'un trou (image ci-dessus), Méta-mécanique saccadée (image ci-dessous, mais ces deux pièces écrites en 1952 sont hélas absentes du cd comme les dessins pleine page du livret original), Self-service (plus bas), Carillon dans l'eau bouillante, Pointes de feu amorties au dolosal, Larmes en sol pleureur et Concertino triple (rire, prière, amour), écoutant la musique instrumentale en regardant les dessins. J’en usai le sillon jusqu’à devenir à mon tour compositeur de trucs innommables, oubliant ce disque fondateur au profit des élucubrations zappaïennes, solaires ou mécaniquement molles.


Si l’ensemble des œuvres ressemble à une musique électro-acoustique résolument inouïe, Magne précise qu’il n’y a aucun trucage magnétique, seulement ici le recours au re-recording après les déconvenues de la version live (début d’incendie avec arrivée des pompiers, distraction des interprètes devant la fille nue dans le piano, épuisement de la vaisselle avant la fin du morceau). Sur le 33 tours, se côtoient un solo de cymbalum englobant avec brèves interventions d'ondes Martenot, un contrepoint entre le cymbalum englobant exécutant un enchevêtrement rythmique s'accélérant jusqu'aux limites physiques des moyens de l'exécutant et une voix humaine poussant au paroxysme ses possibilités d'expression, des cloches en contact avec de l'eau en ébulition, le piano de Paul Castanier, la voix de Christiane Legrand, etc.


Tout a été remixé pour la réédition, voire remonté, en favorisant les éléments jazz au détriment du tachisme. C’est beau, c’est propre, brillant, mais je préfère, peut-être bêtement, la version originale du vinyle. Cela ne m'empêche pas d'en faire le disque phare de mes chroniques de disques pour le prochain Muziq (qui vient enfin de se doter d'un site propre !). Six pièces de 1968, jazz plutôt hirsute, avec Martial Solal au piano et les arrangements inventifs du très jeune Jean-Claude Vannier complètent Le Monde Expérimental de Michel Magne se terminant par deux inédits de 1970 et 1972, une délicate Musique sensorielle et l’amusant Mozart en Afrique. La série Écoutez le cinéma ! présente encore bien d’autres merveilles que je suis impatient de découvrir, des inédits de Gainsbourg aux musiques des films d’Alain Resnais…