Jean-Jacques Birgé

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mercredi 27 août 2008

Un Drame Musical Instantané sur Antène 1 en 1983


Tout arrive ! Le film avec Un Drame Musical Instantané, tourné le 10 avril 1983 par Emmanuelle K pour la chaîne de télévision libre Antène 1, est enfin en ligne sur DailyMotion. Nous étions tous réunis dans la cave de mon loyer de 48 qui nous servait de studio et dans laquelle on pénétrait par une trappe au milieu de la cuisine rouge, noir et or (les canisses !), très chinoise. Les soupiraux du 7 rue de l'Espérance, qui donnaient directement sur la Place de la Butte aux Cailles, étaient fermés par des clapets équipés d'aimants pour pouvoir aérer lorsque je souhaitais rendre son statut de salon à notre antre. Nous y "répétions" tous les jours. Je devrais écrire "jouions" puisqu'il s'agissait le plus souvent de compositions instantanées que nous enregistrions soigneusement, formant un corpus étonnant sur cette époque. Bernard Vitet joue ici du cor de poste, de la trompette à anche et de l'accordéon, Francis Gorgé de la guitare et du frein, une contrebasse à tension variable construite par Bernard, je commandais mes synthétiseurs (ARP 2600 et PPG) et l'on me voit à la trompette de poche et à la flûte basse, encore un instrument de la lutherie Vitet comme les autres flûtes et les trois trompes en PVC terminées par un entonnoir.


À l'origine, Emmanuelle K, aujourd'hui passée à la poésie, nous avait demandé d'interpréter une partition de John Cage, mais nous avions réfuté sa paternité en nous insurgeant "contre les partitions littéraires de Stockhausen qui signait les improvisations (vraiment peu) dirigées, que des musiciens de jazz ou assimilés interprétaient, ou plutôt créaient sur un prétexte très vague". Le film était tourné à deux caméras, dont une paluche, prototype fabriqué par Jean-Pierre Beauviala d'Aäton, que Gonzalo Arijon tenait au bout des doigts comme un micro, l'ancêtre de bien des petites cams. Je ferai la connaissance de Gonzalo des années plus tard lorsque je réalisai Idir et Johnny Clegg a capella et participai à l'aventure Chaque jour pour Sarajevo à Point du Jour. En 1975, j'avais moi-même joué avec celle que Jean-André Fieschi m'avait prêtée pour mes essais expérimentaux intitulés Remember My Forgotten Man, on en reparle bientôt...
Le film dure 21 minutes 35 secondes. Il est présenté ici en deux parties, car DailyMotion n'a pas encore validé mon statut de MotionMaker que j'ai sollicité la semaine dernière. En juin, il fut diffusé en boucle lors de la seconde édition du festival Filmer la musique au Point Ephémère. C'est l'un des rares témoignages vidéographiques de la période "instantanée" du Drame.

samedi 16 août 2008

L'ONJ en couleurs


Après l'introduction et la présentation des musiciens, voici la dernière partie de l'entretien avec Daniel Yvinec, nouveau directeur artistique de l'Orchestre National de Jazz.

JJB : Tu m’as dit qui, mais quoi ?

Daniel Yvinec : Je ne pensais pas que j’aurais le profil pour l’ONJ. Alors j’ai proposé quelque chose qui me ressemble. Le premier truc qui m’est venu à l’esprit, c’est AROUND ROBERT WYATT. Je t’avais déjà demandé ses coordonnées pour le disque où je chante et que j’ai fait à New York en duo avec Michael Leonhart. On a flashé l’un sur l’autre, Michael et moi. S’il vivait à côté, on n’arrêterait pas de bosser ensemble. Je lui ai proposé d’enregistrer sans rien préparer avant, de s’enfermer trois semaines dans un studio et de tout écrire ensemble, paroles, musique, en jouant de tous les instruments. On a fait une partie de batterie à deux, l’un avec grosse caisse, caisse claire et l’autre charleston et cymbales… Le processus créatif n’est pas différent d’un disque de jazz. Ce sont les mêmes muscles de la tronche qui fonctionnent. Ce sont des chansons et Donald Fagen chante sur trois titres. J’avais appelé Wyatt pour l’une d’entre elles. Il a été charmant, mais cela ne s’est pas fait, je ne me souviens plus vraiment pour quelle raison, ce n'était pas vital pour cet album, juste un plaisir de plus. Lorsque l’ONJ s’est pointé, je suis revenu vers ce mec que j’adore depuis que je suis môme. Il sait faire des choses extrêmement fines avec peu de matière. J’ai fini par l’appeler, comprenant que je ne pouvais pas lui en demander trop. Alors je lui ai demandé de choisir quelques chansons et de les chanter. Il y aura ses compositions, les reprises qu’il a fréquentées et les standards qu’il a chantés. Je vais enregistrer a capella (comme je l'ai fait pour Wyatt) les voix d’autres chanteurs que j'aime ou que je verrais bien dans cette aventure et, après, on écrira des arrangements autour avec Vincent Artaud. Les répétitions commencent début janvier 2009 pour un album enregistré à la fin du mois. Sur scène, les voix seront diffusées comme j’avais fait avec Wonderful World, et il y aura les images projetées d’Antoine Carlier. Ce sera une sorte d’opéra virtuel avec des voix fantômes.
Le second projet, BROADWAY IN SATIN, gravite autour des chansons de Billie Holiday et cette fois avec deux chanteurs sur scène, Karen Lanaud, dont je vais réaliser le premier disque à New York, et un chanteur de blues assez connu en Angleterre, Ian Siegal, mélange de Tom Waits et Joe Strummer, qui a chanté Moon River sur un disque que j’ai produit récemment. Les arrangements seront confiés à Alban Darche. Selon les situations, les lieux où nous jouerons, il y aura d’autres invités. J'aime que les choses restent ouvertes de ce point de vue, cela maintient l'intérêt de chacun… Et saine pression… De faire du nouveau.
Lorsque j’ai fait mon enquête, j’ai rencontré énormément de gens, des administrateurs de structures classiques, des entrepreneurs du privé, des agences de communication, des pédagogues, des directeurs de festivals et de salles et, entre autres, les gens de l'Opéra Comique qui m'ont commandé l’accompagnement de CARMEN, le film muet de Cecil B.DeMille (1915), avec une partition originale composée par un membre de l’orchestre avec le duo Ambitronix (Benoît Delbecq et Steve Argüelles) en invités libres, et le chanteur Bernardo Sandoval. Pour l’avenir il y a un projet avec Carolyn Carlson, un autre autour de Pink Floyd… Le pouvoir ne m’excite pas, ce n'est pas ce qui me fait courir, cette nouvelle fonction me l'a confirmé. Je suis heureux d’avoir des moyens. Il est peut-être possible d’intéresser les gens au jazz, tous ceux qui sont sur le pas de la porte… Sans les bousculer, mais en initiant le public au jazz… C’est bizarre qu’une musique qui sert à vendre des bagnoles et des parfums soit aussi moribonde. La vocation de l’ONJ, c’est peut-être aussi d’entrouvrir la porte de la cuisine. Maintenant il va falloir réfléchir aux bons interlocuteurs et avec qui s’associer…

vendredi 15 août 2008

L’ONJ, une pépinière explosive


Comme promis la semaine dernière, voici la première partie d'un long entretien avec le nouveau directeur artistique de l'Orchestre National de Jazz, Daniel Yvinec. La seconde partie abordera le répertoire de l'ensemble pour 2009.

Entretien avec DANIEL YVINEC

Jean-Jacques Birgé : J’ai choisi de te rencontrer, lorsque j’ai compris que tu n’avais pas essayé d’agrandir ton groupe, mais que tu proposais quelque chose de radicalement nouveau pour l’Orchestre National de Jazz.

Daniel Yvinec : J’en avais le potentiel, puisque je venais de monter un projet où l’on était sept, il suffisait d’ajouter trois musiciens. Je n’ai jamais eu de big band, je ne suis pas un arrangeur patenté. Là, j’ai une fonction de directeur artistique, chapeautant des projets, passant des commandes à d’autres compositeurs, écrivant moi-même de temps en temps, sans que cela soit mon activité principale… Alors pourquoi ne pas monter un truc de toutes pièces avec des gens que je ne connais pas ? J’ai mené une enquête sur plein de jeunes musiciens, en les repérant sur Internet, ensuite dans des clubs, je suis allé écouter tous les Prix du CNSM de cette année dont j’ai contacté tous les profs. Ils m’ont parlé parfois de manières très différentes de leurs élèves. J’ai pris contact aussi avec le réseau de la FNEJMA à qui j’ai tendu la perche pour qu’ils me suggèrent des musiciens. J'ai entendu chaque musicien dans un contexte de son choix, et j'ai fait, parmi les "accompagnateurs", d'autres rencontres.

JJB : Comme d’habitude tu as fait le curieux !

DY : Exactement, comme lorsque j’écris sur la musique ou que j’essaie de faire découvrir des trucs aux gens. J’ai souvent monté des projets, même discographiques, en mettant ensemble des musiciens qui ne se connaissaient pas. C’est souvent casse-gueule, mais c’est ça qui m’intéresse, avec aussi un certain sens du casting. Alors ensuite j’ai fait passer des auditions, de façon un peu non officielle sinon c’aurait été trop compliqué à gérer, entendant plus de 150 musiciens. J’y ai passé un bon mois et j’ai choisi des gens qui avaient des profils un peu singuliers. Essentiellement des polyinstrumentistes pour avoir à disposition une grande palette de couleurs. Ce sont rarement des gens de pupitre, même s’ils savent le faire et que je respecte ce genre de parcours.

JJB : Lorsque j’ai appris que tu avais engagé Antonin Tri Hoang, qui n’a que 19 ans et que je connais depuis qu’il est né, et Ève Risser qui est un remarquable mouton noir avec qui j’ai eu le plaisir de jouer cette année, je me suis demandé si tous tes musiciens étaient aussi atypiques et aussi jeunes. Comme c’est une façon de leur mettre le pied à l’étrier, j’ai eu envie de te demander qui ils étaient et pourquoi tu avais choisi chacune et chacun d’eux.

DY : On va commencer par les filles. Il n’y en a qu’une d’ailleurs. J’avais entendu parler d’ÈVE RISSER (piano préparé / flûtes en sol, alto et basse / électrophone / instruments jouets) par plusieurs personnes et de son fameux Prix où elle avait venir des chanteurs. Elle est venue le soir après l’avoir fêté, avec ses brosses, ses moteurs, ses aimants… Ève avait préféré venir seule plutôt qu’avec d’autres musiciens comme je lui avais proposé. Après quatre notes au piano préparé, Mohamed Gastli qui est le coordinateur artistique du projet et moi, on s’est regardés et on a su que c’était ce qu’il nous fallait. Elle a un Prix de flûte et un Prix de piano, ce qui peut être pratique pour jouer différents compositeurs. Je cherchais à la fois des gens compétents et des trublions. Je n’ai pas non plus besoin d’avoir dix musiciens qui aient une connaissance parfaite des standards de jazz. Toute son instrumentation m’intéresse et elle a un univers poétique hyper fort, un sens du son…
ANTONIN TRI HOANG (saxophone alto, clarinette, clarinette basse / piano) est le dernier que j’ai choisi. J’ai hésité très longtemps entre un dernier soufflant ou un mec qui jouait des synthés. Cela prouve que mon casting était plus sur les personnes que sur l’instrumentation. Par exemple, il n’y a pas de trombone. Ce n’était pas indispensable, sauf si j’avais trouvé un tromboniste qui joue d’autre chose… Et puis rien ne m'empêche de faire appel à d'autres instruments pour un projet qui en aurait besoin, ce noyau dur de dix musiciens est extensible. J’avais entendu Antonin plusieurs fois, il était venu faire une audition avec un très bon contrebassiste, Simon Tailleu. J’ai tout de suite été extrêmement touché par sa musicalité. Je l’avais entendu dans un Prix au CNSM où il a fait un solo très court, absolument somptueux de poésie… Pour son audition il a joué deux standards, complètement détaché des conditions, sans même me demander pourquoi c’était. Il est très jeune, il a encore beaucoup de chemin à faire pour s’épanouir, mais je me suis dit que c’était vraiment un grand mec. Chaque fois que je lui parlais de quelqu’un il connaissait, Robert Wyatt, Benoît Delbecq, Lee Konitz, il adore, il est très ouvert, il est fan de ce que fait Ève… Il a engrangé toute la culture jazz avec beaucoup de sérieux, et en même temps il commence à tirer dans les coins, très poétique et organique…
J’étais allé regarder les gars qui avaient joué dans Le sens de la marche, un projet super intéressant de Marc Ducret, où il y avait Paul Brousseau et MATTHIEU METZGER (saxophones alto, soprano, ténor / traitement électro-acoustique / programmation électronique). Plein de gens m’avaient parlé de lui aussi. Ils sont venus ensemble, Paul pour l’accompagner. PAUL BROUSSEAU (clavier / guitare / percussions / basse & basse électronique / batterie / effets électroniques) est le plus polyinstrumentiste de tous. Autodidacte, il s’était fait connaître avec Voices Project, un travail d’harmonisation de voix parlées, de répondeurs téléphoniques, de météo marine, comme l’avaient fait des gens de musique contemporaine ou Hermeto Pascoal, il a joué dans le Napoli de Sclavis. Il est le plus aguerri, mais finalement assez méconnu. Je ne lui avais pas proposé, pensant qu’il était trop pris, mais il m’a envoyé un mail et s'est spontanément manifesté… Quant à Matthieu, en plus de ses instruments, il crée des logiciels de traitement musicaux en temps réel depuis qu’il 12 ans ! Il est ingénieur du son, mais souvent avec des solutions rocambolesques. À l’audition, il a joué Summertime, simultanément à l’alto et au soprano. Je peux détester cela quand c’est plus de la pose que de la musique, mais il harmonisait à l’alto ce qu’il faisait au soprano et c’était magnifique. Après ils ont joué en duo et c’était époustouflant, j’aurais pu enregistrer un disque ! C’est bien qu’il y ait des musiciens qui aient déjà des points de repères comme ce binôme, des gens qui s’admirent les uns les autres…
J’avais entendu RÉMI DUMOULIN (saxophones soprano, alto et baryton / clarinette & clarinette basse) avec Ricardo Del Fra. Non seulement il joue magnifiquement du soprano, mais il a le sens du groupe. Je voulais des fortes personnalités, mais qui aient aussi envie de fabriquer de la musique en groupe. Je ne cherchais pas des saxophone heroes. Ils se seraient ennuyés.

JJB : Tu cherchais à monter un orchestre comme on constitue un quatuor à cordes. Un quatuor, ce n’est pas quatre musiciens, c’est un quatuor.

DY : Exactement ! Lorsque je fais des master classes, je leur dis : « quand vous allez écouter un quatuor ou Radiohead, vous ne sortez pas en disant que le bassiste joue monstrueux ou que le deuxième violon est incroyable ; si vous dites cela, c’est qu’il y a un problème et que le quatuor ne fonctionne pas. » Il y a aussi JOCELYN MIENNEL (flûtes en sol, alto et basse / saxophones soprano, alto, soprano, ténor et baryton / clavier / traitements électroniques) qui a été DJ, il a une culture rock et pop, c’est un ambianceur, il est capable de fabriquer de la matière pour mettre en valeur les autres. Ça a été oui tout de suite.
On m’avait aussi beaucoup parlé de GUILLAUME PONCELET (trompette / piano et Rhodes / synthétiseur, effets électroniques) qui a participé à Such, une boîte qui fait de l’electro-jazz, accompagnant Michel Jonasz au piano alors qu’il est trompettiste, il a joué dans NoJazz. À l’audition, il a joué You Don’t Know What Love Is seul à la trompette, sans esbroufe. Ensuite il a improvisé au piano un truc éthéré magnifique genre Debussy, alors qu’il est connu pour son groove. Un musicien incroyable. Comme Antonin, sans tenter de me séduire…

JJB : Tu as cette sensibilité peut-être parce que tu es bassiste…

DY : Si je suis producteur et réalisateur, c’est probablement aussi parce que je suis bassiste. Tu distribues les ballons, mais personne ne s’en rend vraiment compte. Tu sais que si tu joues telle note un peu moins fort, cela va générer autre chose, si tu économises ton discours, si tu t’arrêtes… Le rôle de pivot est super jouissif. C’est ce que j’ai envie de faire au sein de l’orchestre.
Je me suis rendu compte que l’on était dans un pays avec une pépinière de musiciens extraordinaire, de gens dont personne ne parle, pour le moment en tous cas, des gens déjà engagés dans des projets personnels hyperpointus, parce qu'ils ont mille idées mais aussi sans doute parce que le téléphone ne sonne pas. Quand j’avais leur âge, j’ai fait le « sideman » parce qu’on m’appelait. J’avais besoin de me prouver que je pouvais tout jouer, de la musique africaine, du funk, du bop. Lorsque je vivais à New York, je pouvais vivre ça sans que personne ne me regarde de travers.
J’avais joué deux fois avec le batteur YOANN SERRA qui joue tout extrêmement bien. La question de la couleur est peu abordée pour la batterie. Yoann a un très beau son et il sait driver un orchestre. J’ai vu un DVD qui a achevé de me convaincre, il y joue une réduction en nonette du Sacre du Printemps arrangé par le vibraphoniste Benoît Alziary. On y a l’impression que rien n’est écrit. Pour la basse, j’hésite encore entre trois…
J’avais aussi joué avec PIERRE PERCHAUD (guitares acoustique et électrique / banjo / dobro). Je cherchais un guitariste qui ne s’inspire pas seulement d’autres guitaristes, capable de s’évader de l’instrument. Pierre est assez jeune, c’est une éponge. Il vient du classique, il joue aussi bien de l’acoustique que de l’électrique. Il serait capable de relever un solo d’Ornette Coleman ou de retrouver le son dans dix disques de Tom Waits et Elvis Costello avec Marc Ribot, pas pour faire la même chose, mais pour voir quelles sont les options. Si je lui demande d’apporter une guitare pourrie, il ne va pas m’envoyer promener.
Voilà ça fait dix. Moi, j’ai besoin d’avoir une distance. Si je veux réussir cette mission de directeur artistique, il ne faut pas que j’ai en permanence une basse entre les mains, je jouerai lors de certains concerts, pour certains des projets, mais je ne veux pas y être obligé, j'aurai trop à faire... Et puis, cela permettra de continuer à aller jouer en France ou à l’étranger quand l’orchestre volera de ses propres ailes. Ce ne sera pas un orchestre polyvalent. En revanche, on pourrait intéresser des artistes et des compositeurs différents…

mercredi 13 août 2008

Réapprendre à marcher


c'est toujours la même histoire
racontée de différentes manières selon les époques
on dit qu'un artiste raconte toujours la même histoire
elle prend des formes selon les soucis du moment
elle est secrète, pour tous, même à celui qui la raconte
du moins jusqu'à un certain nombre de répétitions
et toute sa vie il va à la fois rechercher les fausses coïncidences
et feindre de s'en échapper
son double projeté sur le blanc de la page

petite introduction en préambule aux premiers pas de mon prochain disque, un disque ? je ne sais pas, j'en ignore encore le support, mais un recueil, c'est certain, je n'ai publié aucun nouvel album depuis Machiavel il y a 10 ans et aucun sous mon nom seul

incapable de savoir par où commencer tant le passé était dense, recommencer
pour quoi
pourquoi
pour ne pas répéter
pour ne pas me répéter
c'est là que l'histoire commence, qu'elle recommence
parce que les temps ont changé et que l'on a enfin identifié sa latitude
j'ai fouillé dans les paysages, récupéré quelques rythmes
sans savoir quand ni combien de temps cela prendrait
et c'est ici que mon histoire a commencé
je venais de rentrer dans la baignoire
et je l'ai reconnue
l'histoire, toujours la même, souvent rêvée, jamais contée
la petite histoire d'un petit bonhomme
et j'irai jusqu'à la mort pour m'en débarrasser un moment
la raconter
ce n'est qu'une histoire

tout relire
vite
dépoussiérer le matériau accumulé pour l'avenir
l'excitation est à son comble
ne devant retomber que l'objet terminé entre mes mains
ouf ! je respire

vendredi 8 août 2008

L'ONJ, une nouvelle jeunesse


L'engagement du jeune Antonin Tri Hoang, 19 ans, encore au CNSM, et de l'empêcheuse de tourner en rond Ève Risser, qui vient d'obtenir brillamment son prix, m'a mis la puce à l'oreille. Le contrebassiste-arrangeur Daniel Yvinec, qui prendra la direction artistique de l'Orchestre National de Jazz à partir de septembre, révolutionne-t-il l'institution en formant un orchestre de jeunes musiciens plutôt qu'en réunissant ses potes ou des pointures éprouvées du monde du jazz comme le firent ses prédécesseurs ? Ni une ni deux, je lui propose une rencontre avant mon départ de La Ciotat puisqu'il partage son temps entre Paris et Toulon.
Je connaissais Daniel pour la variété de ses œuvres et son intérêt pour toutes les musiques sans exception, un boulimique passionné, blogueur et chroniqueur dans les mêmes canards où j'opère moi-même de temps en temps, Jazz magazine et Muziq. Je ne suis pas déçu, la curiosité et la générosité de celui qui se fait aussi appeler Yvinek lorsqu'il s'électrifie guident ses choix, tant pour la constitution et l'organisation de l'ensemble de dix musiciens que pour le répertoire à créer. De mèche avec Mohamed Gastli qui assure la coordination artistique, Daniel fait passer cent cinquante auditions, plus ou moins informelles, il arpente les conservatoires, lance des sondes téléphoniques, apprend comment fonctionne la machine ONJ, et accouche d'une distribution étonnante, puisqu'elle réunit essentiellement de jeunes musiciens pour la plupart encore inconnus, des personnalités fortes, poly-instrumentistes de préférence, curieuses de toutes les musiques, aptes à travailler collectivement, des gentils comme j'aime les appeler. L'orchestre n'a rien d'un big band ou d'un ensemble équilibré dans les normes de la convention, pas de tromboniste (parce qu'aucun n'était assez poly-instrumentiste), pas de vibraphoniste, mais pas mal de jeunes gens doués pour les instruments électroniques et l'informatique.
En marge de l'entretien de deux heures que je dois encore décrypter, je vous livre donc d'abord la composition de ce tentet qui met l'eau à la bouche.

Ève Risser piano préparé / flûtes en sol, alto et basse / électrophone / instruments jouets
Paul Brousseau clavier / guitare / percussions / basse & basse électronique / batterie / effets électroniques
Pierre Perchaud guitares acoustique et électrique / banjo / dobro
Jocelyn Miennel flûtes en sol, alto et basse / saxophones soprano, alto, soprano, ténor et baryton / clavier / traitements électroniques
Rémi Dumoulin saxophones soprano, alto et baryton / clarinette & clarinette basse
Matthieu Metzger saxophones alto, soprano, ténor / traitement électro-acoustique / programmation éléctronique
Antonin Tri Hoang saxophone alto, clarinette, clarinette basse / piano
Guillaume Poncelet trompette / piano et Rhodes / synthétiseur, effets électroniques
Yoann Serra batterie
et un bassiste dont le nom n'est pas encore définitif au moment où je tape ces lignes, d'autant que Daniel ne jouera pas dans l'orchestre, préférant garder le recul sur la musique en jouant à fond son rôle de directeur artistique.

Dès les premières présentations publiques, les musiciens auront le loisir de présenter des petites formes pour apprendre à se connaître et à se faire connaître. La programmation 2009 sera constituée de trois projets :
Around Robert Wyatt, où l'icône pop (ou unpop, comme il préfère lui-même se présenter) aura enregistré sa voix au préalable, l'orchestre l'accompagnant en direct avec des vidéos réalisées par Antoine Carlier.
Broadway in Satin, autour des chansons de Billie Holiday et cette fois avec des chanteurs sur scène.
Carmen, le film muet de Cecil B.DeMille (1915), sera présenté à l'Opéra Comique avec une partition originale et le duo Ambitronix (Benoît Delbecq et Steve Argüelles) en invités libres.
Voilà, c'est un petit aperçu du prochain ONJ, mais je vous retrouve, ici ou ailleurs, dès que j'aurai retranscrit l'entretien avec son nouveau chef, un musicien épris d'aventures, qui ne craint pas de prendre des risques pour imaginer de nouvelles couleurs orchestrales, timbres inouïs qui devront coller chaque fois au projet rêvé. Ce défi de faire voler les enclumes me fait trépigner d'impatience !

vendredi 1 août 2008

Tant d'images et de musique pour une Europe en 2 mn


Un an après que nous ayons terminé le clip Europa avec le réalisateur Pierre-Oscar Lévy, il est enfin visible sur le site de Kaos, son producteur. Le film a été rebaptisé pour la énième fois, 1907-2007 : 100 ans de construction européenne. L'enjeu de présenter le sujet en deux minutes était dément, tant la profusion des documents aurait pu devenir étouffante, tant il était difficile de ménager les 27 pays membres, tant nombre d'entre nous ne partage pas les options européennes telles qu'elles figurent dans les textes, tant il était difficile de composer une musique qui embrasse le cahier des charges dans un temps si court. Au delà du message dont je doute personnellement (un traité se déchire plus vite qu'il ne se signe), Pierre-Oscar a réussi son coup au-delà de toutes les espérances. Unanimement salué, le film est introduit par un prologue en noir et blanc relatant ce qu'il aurait fallu éviter à tout prix de reproduire dans l'Histoire à venir. Jouant de l'opposition noir et blanc / couleurs de façon didactique et élégante, remontant les images après l'enregistrement de la musique (relatées les 10 juillet et 12 juillet de l'année dernière, sous les titres L'Europe, l'Europe, l'Europe et Octuor pour 27 nations), le réalisateur a donné son rythme au clip en lui insufflant un souffle épique et intégrant de façon brechtienne une multitude de sens. Compositeurs de la musique originale, Bernard Vitet et moi-même (également responsable des effets sonores), tenons à saluer ici l'ingénieur du son, Fabrice Maria, et les huit musiciens qui nous ont secondés avec brio et convivialité : David Venitucci (accordéon), Hervé Legeay (guitares), Ronan Le Bars (uillean pipes), Éric Échampard (batterie) et le Quatuor IXI composé de Régis Huby et Irène Lecoq (violons), Guillaume Roy (alto) et Alain Grange (violoncelle).