Jean-Jacques Birgé

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dimanche 28 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (3/3)


À l'occasion du trentième anniversaire de la disparition du compositeur et contrebassiste, voici la troisième et dernière livraison des inédits du Drame interprétant en trio l'album orchestral de Charlie Mingus Let My Children Hear Music. Après Adagio Ma Non Troppo et Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too, après The Chill of Death et The I of Hurricane Sue, voici d'abord Mingus contre Tizol où je tiens à la fois le piano, la basse et la batterie pour accompagner mon récit tiré du roman de Mingus tandis que Bernard Vitet à la trompette et Francis Gorgé à la guitare viennent m'épauler dans cette aventure au son de Take the "A" Train :

Bon d'accord, il y a des à peu près, mais le recours à des textes littéraires lus en musique fonctionne très bien en scène. Je rappelle que tout ce qu'il reste de cette création, jouée une seule fois avant l'éclatement du trio fondateur d'Un Drame Musical Instantané, est une répétition enregistrée en studio quelques jours plus tôt. J'ai toujours fait très attention de sous-jouer pendant les répétitions pour laisser l'émotion du concert intacte et y jouer des effets de surprise. Une répète réussie est un danger mortel. La frustration est plus productive que la sécurité.
Pour la deuxième pièce du programme dont seul le texte est de Mingus, Bernard lit ensuite Pourquoi je serais mieux traité en privé par mon propre psychlologue (ou La belle vie de Bellevue), un autre chapitre de Moins qu'un chien et joue de la trompette à anche, Francis est à la guitare midi, j'utilise mon synthétiseur et des effets vocaux :

Pour terminer, Hobo Ho présente Bernard à la trompette, Francis à la basse et aux percussions et moi-même à la flûte, au trombone et aux percussions :

Ce billet fait suite à l'évocation de Charles Mingus pour l'album d'hommage dû à Hal Willner et à la diffusion de deux autres billets présentant le reste de la répétition du 17 mars 1992 : 1 et 2.

mercredi 24 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (2/3)


Suite de la mise en ligne des inédits mingusiens d'Un Drame Musical Instantané adaptant le vinyle orchestral Let My Children Hear Music pour trio, avec tout d'abord The Chill of Death :

J'y lis un extrait de Beneath the Underdog (Moins qu'un chien) en transposant ma voix dans le grave avec mon harmoniseur, accompagné par Bernard Vitet au piano et Francis Gorgé à la guitare midi. J'utilise aussi un synthétiseur Ensoniq VFX-SD que j'ai programmé et qui est resté mon clavier principal depuis vingt ans.
Vous pouvez écouter ensuite The I of Hurricane Sue avec Bernard à la trompette transformée par mon harmoniseur "intelligent", l'Eventide H300SE, Francis est aux percussions et à l'échantillonneur, je joue également des percus, du synthé et diffuse les ambiances...
Plus d'information sur le premier billet consacré à cette répétition, seul témoignage d'une unique représentation qui ne sera jamais enregistrée.

lundi 22 décembre 2008

Un Drame Musical Instantané joue Mingus (1/3)


Crapahutant une fois de plus dans les archives, je mets la main sur une répétition du 17 mars 1992 enregistrée au Studio GRRR, boulevard de Ménilmontant. Le Drame préparait une création commandée par Michel Pintenet pour le Passage du Nord-Ouest à Paris avec pour thème Charles Mingus. Comme nous aimons relever les paris impossibles, le trio décide d'adapter Let My Children Hear Music, un disque en grand orchestre du compositeur américain, écrit vingt ans plus tôt et produit par Teo Macero. Les morceaux originaux étaient transcrits, arrangés ou orchestrés par Hub Miller, Alan Ralph, Sy Johnson, Hub Miller et Mingus lui-même. Nous choisissons d'interpréter Adagio Ma Non Troppo, Don't Be Afraid The Clown's Afraid Too, The I of Hurricane Sue, Chill of Death et Hobo Ho, ajoutant deux pièces de notre composition sur des textes de Mingus extraits de son roman autobiographique Moins qu'un chien (Beneath The Underdog) que nous intitulons Charlie Mingus contre Juan Tizol et Pourquoi je serais mieux traité en privé par mon propre psychlologue. C'est la seule fois, à part une pièce de John Cage et une chanson d'Henri Duparc, que le Drame interpréta la musique d'un autre compositeur. Nous ne jouerons d'ailleurs qu'une seule fois ce répertoire. Peu après la représentation, Francis Gorgé ayant quitté le groupe, nous ne l'enregistrerons jamais pour le disque. Il joue ici de la guitare Midi et diffuse les séquences qu'il a préparées. Bernard Vitet est à la trompette et au bugle. Il joue de la trompette à anche sur Pourquoi je serais mieux traité... en plus de dire le texte. Quant à moi, je joue du synthétiseur et je trafique ma voix pour maints effets de bruitage. Je crois que l'on entend aussi un peu de trombone et de flûte sur Hobo Ho. Je slame en français le combat contre Tizol et je transpose ma voix dans le grave pour interpréter en anglais The Chill of Death avec Bernard au piano. Tout ce qu'il nous reste est une copie cassette d'une répétition quelques jours avant la création qui ne fut jamais reprise...
En cette période de fêtes et pour le trentième anniversaire de la mort de Charles Mingus, la maison ne reculant devant aucun sacrifice vous gratifie aujourd'hui des deux premiers morceaux, d'abord Adagio Ma Non Troppo :

suivi de Don't Be Afraid, The Clown's Afraid Too :

soit 26 minutes totalement indédites...

dimanche 21 décembre 2008

Hal Willner, l'alchimiste des "tribute albums"


Une fois par mois, Stéphane Ollivier m'appelle ou bien c'est moi. Les deux ours sortent relativement peu, aussi devisons-nous sur le monde de la musique, évoquant souvent les nouveautés cinématographiques ou discographiques qui nous ont marqués depuis la dernière fois. Comme je lui raconte que Easy Come Easy Go, le dernier CD de Marianne Faithfull dont j'adore la voix, m'a surtout séduit par ses arrangements, Stéphane me conseille Weird Nightmare, le Mingus produit en 1992 par Hal Willner, qui m'avait échappé. Les disques que ce producteur a concoctés m'ont toujours enchanté. Ils représentent un cousinage évident avec mon travail sur Sarajevo Suite comme avec certaines des "compilations" du label nato dont je suis fan tel Les voix d'Itxassou réalisé sous la houlette de Tony Coe, au détail près que Willner s'est essentiellement consacré à ce que l'on appelle des "tribute albums", honorant Nino Rota, Thelonious Monk ou Kurt Weill, des compositeurs qui me sont chers. Dans cet esprit, il commit d'autres hommages, mais en public, adressés à Tim Buckley, Edgar Poe, Harry Smith, Leonard Cohen ou au Marquis de sade, comme des compilations de textes parlés accompagnés en musique pour William Burroughs ou Allen Ginsberg... Je profite de ces recherches pour commander Stay Awake: Interpretations of Vintage Disney Films, d'autant que les deux albums qu'il avait produits autour du compositeur de dessins animés Carl Stalling font partie de mon Panthéon, et Whoops, I'm an Indian, réalisé sous son propre nom à partir d'échantillons de 78 tours des années 40, techno complètement déjantée en collaboration avec Howie B et Adam Dorn (Mocean Worker).
Lost in the Stars, the music of Kurt Weill rassemble Sting, Marianne Faithfull, Van Dike Parks, John Zorn (directeur artistique du sublime The Carl Stalling Project), Lou Reed, Carla Bley, Tom Waits, Elliott Sharp, Dagmar Krause, Todd Rundgren et Gary Windo, Charlie Haden, etc. tandis que That's The Way I feel Now, a tribute to Thelonious Monk nous offre sur une platine Donald Fagen, Dr John, Steve Lacy avec Gil Evans, Elvin Jones ou Charlie Rouse, Bobby Mc Ferrin, Chris Spedding, Randy Weston... Chaque album est une longue liste d'étoiles rocky ou jazzy qui s'approprient intelligemment le sujet imposé. Pourtant, Amarcord Nino Rota qui présente encore Jacki Byard, Carla Bley, Bill Frisell, Muhal Richard Abrahams, Steve Lacy ou Carla Bley manque du recul que surent prendre les suivants.
Weird Nightmare, meditations on Mingus est pour moi une nouvelle petite merveille qui me rappelle le dernier concert d'Un Drame Musical Instantané avec Francis Gorgé, commandé par le Passage du Nord-Ouest en 1992 (même année !), que nous n'avons jamais édité. Nous avions relevé le défi en choisissant d'adapter à notre trio l'album du grand orchestre Let My Children Hear Music ! Je possède seulement un enregistrement sur cassette de cette création, la seule avec une pièce de John Cage dont nous ne soyons pas directement les compositeurs. Comme j'en ai un souvenir merveilleux, j'essaierai bientôt d'en mettre quelques extraits en ligne après numérisation. L'éclatement du noyau original du Drame après seize ans de collaboration nous empêcha d'en faire un disque et c'est un de mes rares regrets avec les trois heures dix du film L'argent de Marcel L'Herbier.
Contrairement à ses habitudes, pour son hommage à Mingus, Willner monte un orchestre fixe composé de Bill Frisell, Art Baron, Don Alias, Greg Cohen, Michael Blair, Gary Lucas, Francis Thumm, accompagnant Elvis Costello, Vernon Reid, Henry Rollins, Charlie Watts, Chuck D, Hubert Selby Jr, Keith Richards, Leonard Cohen, Diamanda Galás, Dr John, Henry Threadgill, Marc Ribot, Geri Allen, Don Byron, Bobby Previte, etc. Ces interminables listes de pointures n'ont pourtant rien du collage. Chaque album est d'une unité merveilleuse tant l'hommage est réel et sincère. L'utilisation des fantastiques instruments d'Harry Partch, entendus ici pour la première fois hors du contexte original, lui confère en plus une tonalité exceptionnelle, percussions envoûtantes, tonalités étranges, timbres inouïs qui fonctionnent parfaitement avec les ?uvres d'un des plus grands compositeurs américains, mort il y a 30 ans le 5 janvier 1979, Charles Mingus, dont les textes extraits de son autobiographie Beneath The Underdog (Moins qu'un chien), ouvrage indispensable, justifie une liste de superlatifs, recréation d'une folle énergie.

vendredi 19 décembre 2008

Let's Get Lost


Confronté à l'imposant facing du film consacré à Chet Baker en tête de gondole dans un supermarché de la culture, je craignais le pire, mais comme je ne connais pas bien le trompettiste dont m'a souvent parlé Bernard, je prends le risque de le rapporter à la maison. Le coffret est luxueux, puisque le film de Bruce Weber est accompagné d'un making of, d'archives du tournage, de deux clips du cinéaste soit Everything Happens to Me et C'est si bon, du court-métrage The Teddy Boys of the Edwardian Drape Society et d'un autre, celui-ci avec Chet et réalisé en 1964 par Enzo Nasso. Le livret inclut d'émouvantes images de William Claxton, premier photographe à avoir saisi la belle gueule du rebelle, tandis que Weber montre la figure ravagée du toxico. Enfin un CD offre deux morceaux inédits enregistrés pendant le film.
Surprise, le film ressemble aux débuts de Cassavetes, noir et blanc très jazz, mouvements de caméra swing, les témoignages ne plombant jamais les documents d'archives ni les scènes tournées en 1987, un an avant que l'on ne retrouve le héros fracassé sous la fenêtre de son hôtel à Amsterdam. La musique est partout, rythmant la chronique d'une vie plutôt schizophrène, suavité de la voix et de la trompette, tendresse du regard d'un côté, brutalité, magouilles et bobards du bad boy de l'autre. À la manière de Weber de filmer son héros et les jeunes gens qui l'entourent, on peut se demander qui du cinéaste ou du musicien refoule ses pulsions homosexuelles. Les filles ont beau jalonné le parcours du jazzman, toute sa vie sonne comme une fuite en avant, le masque se fripant au fur et à mesure de la descente aux enfers.
Bernard Vitet m'avoue qu'il est triste que sa collaboration avec Chet Baker ne soit jamais évoquée. Lorsque l'Américain débarque à Paris, il propose au Français de jouer ensemble, lui assurant qu'il ne cherche pas un faire-valoir, mais qu'un orchestre à deux trompettistes serait une idée formidable. L'aventure dure six mois où le duo alterne sur scène jeu d'échecs et chorus. Au Chat qui Pêche, à l'époque sans micro ni sono, la voix de Chet ne porte pas à plus d'un mètre. Intègre, il n'avait d'oreille que pour la musique qu'il entendait, là tout près, susurrée.

mardi 16 décembre 2008

Instruments de musique virtuels et interfaces de voyage


Après l'Electric Toy Museum, j'ai installé les instruments solo de l'Ircam qui tournent également sur l'application UVI Workstation ou l'échantillonneur virtuel MOTU MachFive II, en local ou depuis son séquenceur. Rappelons que l'UVI est un puissant instrument multitimbral MAC/PC aux pistes illimitées avec effets intégrés dont des réverbérations à convolution, des modulateurs en anneau, distorsions, filtres, etc., permettant le jeu en temps réel, et qu'en plus il est en libre téléchargement ! Les Ircam Solo Instruments ont été enregistrés par les meilleurs solistes qui ont ajouté maints effets de musique contemporaine au jeu classique. Les échantillons sont tous exceptionnels : violon, alto, violoncelle, flûte en ut, hautbois, clarinette, basson, trompette en ut, trombone, tuba, sax alto, cor, accordéon, guitare et harpe ! Ne vous étonnez pas qu'il en manque, ce volume 1 de 15GB sera complété ultérieurement par le reste de l'orchestre. Magnifique travail d'échantillonnage qui ravira les adeptes de la musique acoustique !
Une autre application tout à fait intéressante est proposée gratuitement par les Allemands de Hobnox. AudioTool offre tout un attirail d'instruments électroniques en ligne développé sous Flash ! Il suffit de câbler les clones des boîtes à rythmes Roland TR808 et TR909, de synthétiseur Boss TB303, du Kobolt, de mélangeur et splitter, plus une dizaine de pédales d'effets et de programmer tout cela pour produire des musiques cette fois totalement électro. Comme on peut enregistrer un morceau de seulement cinq minutes, j'imagine que cette version préfigure une autre, plus compète et payante...


Côté hardware, trois petits outils très attendus sont sortis chez Korg (photo en haut). Pour 50 euros chaque, pourquoi se priver d'un petit clavier midi comme le NanoKEY permettant enfin d'emporter avec soi de quoi composer voire enregistrer ou jouer pour peu que l'on supporte de le faire avec le bout des doigts ? Tout aussi légers, d'à peine 32cm, soit la largeur d'un portable 15 pouces, le NanoKONTROL ou le NanoPAD raviront les mixeurs qui supportent mal de manipuler un seul bouton ou curseur à la fois, ou d'être obligés de se passer de leur interface de percussion lorsqu'ils partent en vacances, car évidemment ces petits outils ne remplacent pas les grands, mais ils rendront bien des services, sans se casser le dos ni renoncer à la musique sous prétexte d'encombrement et de surcharge.
Chaque fois que je rends visite à Univers-Sons près de la République, je pose à Marie la même question : "Avez-vous reçu quoi que ce soit de barjo ces derniers temps ?" Car ces enregistrements d'instruments contemporains et ces interfaces nomades sont plus utiles que loufoques. Les instruments qui sortent de l'ordinaire se font rares et ne résistent pas très longtemps aux lois du marché. Mes dernières acquisitions dans le domaine du bizarre avaient été le VS-Synth, l'AirFX et l'AirSynth devenus déjà des collectors, le Kaossilator et le Tenori-on dont on parle beaucoup dans la presse dans la rubrique des innovations technologiques mais qui coûte relativement cher !

samedi 6 décembre 2008

Claire Diterzi et Camille, ingénieuses du son


Amusant comme la moindre variétoche anglo-saxonne passe pour de la pop ou du rock tandis que les artistes hexagonales sont associées à la chanson française ! Pourtant, dégageant autant de fraîcheur que d'inventivité, tout en prouesses vocales et originalités instrumentales, Claire Diterzi ou Camille sont bien les cousines continentales de Björk. La première a sorti un CD salué par de nombreux journaux et magazines sans qu'elle ait encore gagné les faveurs du grand public, la seconde a mis en libre téléchargement son concert au Zénith pendant la semaine qui a suivi la soirée du 25 novembre. Les deux filles prennent toute leur dimension en spectacle vivant qu'elles peaufinent redoutablement. L'une comme l'autre écrivent leurs paroles, composent et interprètent elles-mêmes leurs élucubrations. Diterzi jouent des guitares et de nombreux autres instruments, programme ses machines et joue le rôle d'ingénieuse du son. Camille écrit aussi paroles et musique, joue du piano et se donne des claques puisque, bien qu'accompagnée par une huitaine d'autres musiciens, l'ensemble ne fait appel à aucun autre instrument si ce n'est quelques effets d'ambiance rythmiques.
En s'inspirant d'une dizaine d'œuvres d'art, de Fragonard à Lucian Freud en passant par Turner, Toulouse-Lautrec ou Rodin, Claire Diterzi s'approprie ses exercices de style en lorgnant du côté de Gotainer et Mistinguett. Jouant de toutes les facettes de son Tableau de chasse, elle donne à la variété française ses lettres de noblesse et en justifie les termes en pleine modernité.


Camille prend toute sa mesure sur scène. J'avais été déçu par son récent album, Music Hole, mais son spectacle homonyme m'enchante comme m'avait emballé Le fil. J'ai regardé et écouté les deux heures téléchargées sur son nouveau site avec une joie partagée. Passées les premières minutes un peu trop démagogiques et politiquement correctes à mon goût, Camille reprend son souffle et nous embarque dans un monde orange et noir bien à elle, avec son naturel, son toupet et sa légèreté. L'orchestre que constituent les choristes jouent des percussions corporelles, les virtuoses rivalisent de prouesses à la basse vocale et à la percu buccale, la pianiste est parfaitement en phase, tous époustouflants de virtuosité sous la houlette de la nouvelle étoile. Camille a beau faire semblant de minauder comme une ado, on sent qu'elle dirige l'ensemble avec une poigne de faire et de parfaire. En analysant le montage en direct du film de la soirée, on comprend que tout est répété, calculé, maîtrisé et représente un travail considérable, du bel ouvrage ! Camille, à l'instar des plus grand(e)s, sait passer la rampe en entraînant son public dans les nuages.

mardi 2 décembre 2008

97 jouets musicaux électriques au bout des doigts


La société française UltimateSoundBank vient d'éditer un drôle d'objet pour les musiciens fondus de musique bizarre. Electric Toy Museum est un logiciel rassemblant 97 jouets musicaux électriques, échantillonnés selon les règles de l'art en 24bits/96kHz. La collection d'Eric Schneider a été enregistré en 14000 samples sous 1000 presets, de quoi passer, pour seulement 209€, de longues journées à tout explorer si l'on est branché par les sons minimalistes de ces boîtes en plastoc, grinçants, distordus, couinants, drôles ou envoûtants.
Le logiciel UVIworkstation, livré avec (appât intelligent, il est même téléchargeable gratuitement séparément !), permet de jouer, en direct et sur plusieurs pistes, tous ces timbres rarissimes ou de contrôler l'ensemble par son séquenceur habituel. Ça marche sous Mac et PC, en AU, VST, RTAS et MAS. Seule contrainte, utiliser une clef de sécurité iLok (40€, commercialisée par exemple par Univers-Sons comme tout le reste) pour profiter du logiciel sur n'importe quel ordinateur. L'iLok offre la possibilité de mémoriser jusqu'à 150 autorisations, beaucoup plus que l'on ne pourra jamais en accumuler.
De plus, l'UVI engine est un échantillonneur puissant qui offre de jouer aussi bien et facilement les sons d'autres banques comme les instruments symphoniques MOTU ou les instruments solo de l'IRCAM (j'y reviendrai) que n'importe quel fichier audio externe jouable par glisser-déposer. Voilà qui va me permettre d'intégrer mes propres sons, entre autres sur scène, sans avoir besoin d'acquérir un autre échantillonneur. En outre, l'UVI peut traiter tous ces échantillons en temps réel par de multiples effets, réverbe à convolution, filtres, LFO, boucles, stretch, etc.
Les jouets du Museum sont classés en dix catégries : Enfants, Développés, Drums & FX, Mini Sampler, Jouets musicaux, Orgues basiques, Idiots, Petits, Speech et Style-o-phone. Je retrouve ainsi quelques uns de mes jouets qui ne sont plus forcément opérationnels. Mais les quatre synthés chinois achetés chez Tati ces dernières années au moment de Noël et que j'utilise de temps en temps en concert ne figurent pas dans la liste, hé hé ! Coïncidence amusante, il se pourrait bien que les instruments originaux qui ont servi à réaliser cette superbe application se retrouvent exposés l'année prochaine dans le même musée que notre opéra pour 100 lapins, et ce pendant six mois, en installation permanente. Mais chut ! C'est encore un secret...

lundi 1 décembre 2008

Papapoule


Pour moi sept ans en arrière, pour les filles plus de trente ans, je repense à ma rencontre avec Sonia et Carole, au décale-âge de nos vies, à la distance du vide, au trop-plein d'amour des pères qui empêchent les filles d'avancer, au besoin de rupture, à la nécessité du retour, guerre et paix au sein de la famille, les filles morflent plus que les garçons, le second cordon résiste à la faux du temps, où est le vrai ? Le nouvel amour est à recomposer, il faut du temps, il en faut tant, les filles s'y perdent, les gars font semblant, c'est un travail... Sonia Cruchon a réalisé un clip freudien pour Carole Masseport en montant du found footage. Il a fallu creuser. L'inconscient se projette en noir et blanc. Contraste. Nuances de gris. Sous leur tendresse réelle, les films de famille cachent des secrets encombrants. Certains ont existé, d'autres hantent les rêves, reconstructions fantasmatiques de la culpabilité, incapacité de rendre le trop perçu, interrogation du maillon sur la chaîne... Lacan dit que l'amour c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Quelle place les hommes pourront-ils occuper ? Stéphane Rombi accompagne Carole à la guitare. La chanson est belle et douloureuse. Le clip colle à la peau en une longue suite de questions sans réponses.