Jean-Jacques Birgé

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jeudi 27 octobre 2011

Ève Risser et Antonin-Tri Hoang sur l'escalator vers la colline


Lorsque les lumières se sont éteintes l'harmonium jouait déjà, seul, sans personne sur la scène. Juste un drone grave. Ève Risser et Antonin-Tri Hoang sont entrés très vite pour attaquer lentement le thème du chef d'œuvre de Carla Bley, Escalator Over The Hill. À genoux sur un coussin et assis sur un minuscule tabouret, les deux musiciens affirment de but en blanc le rôle de l'enfance chez les futurs adultes, a fortiori des créateurs. Plus loin, le mange-disques, le piano-jouet ou le pop-corn se mêleront aux instruments de la pianiste et du souffleur. Le carillon de cloches multicolores, qui tourne sur la platine d'un électrophone en plastique, fut le premier instrument offert à Antonin bébé ! Les petites madeleines parsèmeront ainsi tout le set, à commencer par le programme, J.-S. Bach, Györgi Ligeti, Aphex Twin et Carla Bley, quatre compositeurs hétéroclites choisis pour ce duo par Daniel Yvinec, le directeur artistique de l'ONJ dont font partie tous les musiciens de cette seconde soirée DixCover(s) à la Dynamo. Les deux garnements s'en donnent à cœur joie, insufflant humour et émotion à leurs interprétations originales. Le piano préparé de Ève et les slaps d'Antonin décapent les vieilles cires, le clavecin électrique et l'orgue transposent le passé de quelques octaves, le duo à quatre flageolets remet le choral de Noël à sa place, la flûte traversière de l'une et la clarinette basse de l'autre participant à cette kermesse surréaliste où la déconstruction tient lieu d'édifice, où les rôles s'inversent comme on se prête ses déguisements, où le plaisir du jeu gagne les spectateurs qui retombent en enfance tandis que le final explose en un tintamarre d'automates livrés à eux-mêmes, la musique d'aujourd'hui croissant sur les ruines insensées et encensées de l'Histoire de les musiques.
La seconde partie confiée au saxophoniste Matthieu Metzger et au bassiste-claviériste Sylvain Daniel paraîtra quelque peu potache après ce feu d'artifice. Comme leurs camarades avaient proposé leurs propres versions d'Anatomy of a Murder de Duke Ellington ou Dark Side of the Moon de Pink Floyd lors de la première session de DixCover(s), ils transformeront le Sign 'O' the Times de Prince en musique de baloche sans assumer pleinement le potentiel sexuel du héros de Minneapolis. Comme c'est souvent le cas chez nos musiciens, un travail sur la mise en scène des concerts apporterait la classe internationale qui manque la plupart du temps aux artistes français en renforçant la part du rêve, jouissance régressive du public venu la partager.

P.S. : extraits vidéo présentés par Daniel Yvinec sur le site de l'ONJ.

jeudi 20 octobre 2011

Une musique de film signée Birgé Hoang Segal


Le film de Pierre Oscar Lévy, Un monde dans tous ses états, dont l'auteur est Hubert Védrine, sera diffusé sur Arte le 21 février 2012. J'ai d'abord évoqué les enjeux quant à la composition musicale, puis raconté les séances d'enregistrement. Pierre Oscar en a envoyé quelques extraits vidéo à Hervé Nisic pour sa saga Nos vies. En marge des propres choix de Pierre Oscar Lévy pour son film, il ne me restait plus qu'à réécouter les rushes pour construire un nouvel album, qui constitue la 85ème heure de musique en écoute et téléchargement gratuits sur le site drame.org !
Voici donc 23 morceaux de musique souvent symphonique enregistrés avec Antonin-Tri Hoang (sax alto, clarinette, clarinette basse et piano) et Vincent Segal (violoncelle). J'avais préparé quelques pièces pour orchestre, le séquenceur déclenchant des instruments virtuels, et programmé les machines de manière à avoir un orchestre au bout des doigts et pouvoir improviser avec mes deux camarades. J'ai également utilisé le Tenori-on, des guimbardes, un rhombe, mon violon et ma trompette à anche, mais j'ai surtout cherché à retrouver les effets imaginés si le budget avait permis d'enregistrer comme prévu avec un véritable orchestre symphonique, probablement dans un pays de l'Est ! Antonin et Vincent se sont inspirés de ce que j'avais déjà écrit et nous avons passé deux jours exquis en compagnie de Pierre Oscar qui jubilait dans son coin en prenant quelques photos.
Pour faciliter les choses, garder la santé et avoir la conscience tranquille j'ai proposé que nous signions à trois toute la partition comme je l'ai presque toujours fait depuis mes débuts. L'appât du gain affecte considérablement la création lorsque la situation n'est pas claire pour tous les participants. Le succès d'une œuvre tenant parfois à un détail, il est plus juste de partager avec ceux qui vous ont déjà fait le cadeau de leur inspiration et de leur créativité. Le résultat est , avec les débuts avec Birgé Gorgé Shiroc, trente-deux ans d'Un Drame Musical Instantané et tous les projets collectifs dont ce dernier qui me permet d'envisager de nouvelles collaborations pour d'autres musiques de film par exemple.
B.O. vient s'ajouter à mes 25 disques déjà parus et aux 32 albums virtuels du site.

mercredi 19 octobre 2011

Camille 1 Björk 0


Non, ce n'est pas une partie de tennis. Dans le désert de la production discographique actuelle, entendre l'absence d'émotion forte, se pointent coup surcoût les albums de deux divas, Björk et son attirail technologique, Camille dans la simplicité des cordes, vocales et quatuor. Remettre sa peau en jeu à chaque nouvelle mue n'est pas chose facile pour un artiste. Camille étale la fraîcheur d'une jeune maman quand Björk, plus jamais femme-enfant, se dissimule derrière une fausse simplicité et la raideur contraignante de ses mécaniques. Plus l'on vieillit, plus il devient difficile d'inventer. Les racines d'une œuvre, enfouies dans l'enfance, se révèlent généralement à l'adolescence pour se décliner de manière de plus en plus lâche à l'âge adulte. Se remettre en question exige de rechercher les intentions initiales sans crainte de déplaire. Le public est sévère lorsqu'il imagine qu'un artiste reproduit les mêmes effets parce qu'il est vénal alors qu'il cherche seulement à faire plaisir à celles et ceux qui l'ont aimé. C'est ainsi que l'on s'encroûte et que l'inspiration s'évade ! La maternité, ou pour certains la paternité, aide à retomber en enfance tout en nous plaçant face à nos contradictions. Camille en joue et en jouit merveilleusement. Comme la compositrice Hélène Sage s'en était fait l'apôtre, elle s'enregistre dans des lieux aux acoustiques particulières, dans la rue, des églises et plus banalement en studio, jusqu'à ce que nous visualisions les ondes dans l'espace. Là où Björk, coincée entre une instrumentation redoutablement raide et un concept aux prétentions scientifiques, trace des formes rectilignes Camille dessine des courbes élégantes de sobriété. Si l'on avait oublié la puissance inventive de la chanteuse islandaise on pourrait se laisser porter par son timbre unique, mais la déception est flagrante. Pas une chanson ne vient nous hanter lorsque tout est fini. J'ai déjà évoqué ici son application pour iPad, mais cette valeur ajoutée ne fait que révéler le manque d'inspiration musicale et l'absence de groove. Faire swinguer les machines est pourtant un enjeu excitant, c'est même le seul qui trouve grâce à mes yeux si l'on ne veut pas être le jouet des robots que nous croyons contrôler. Björk est malheureusement devenue un carré emphatique, un cube dont toutes les faces ont fini par se ressembler. En comparaison Camille (site) est une boule, une planète où les continents dérivent les uns vers les autres sans se cogner.

Laissons donc Biophilia pour le Ilo Veyou de Camille. Aujourd'hui, naïf a capella, fait un peu peur avant que la musique ne reprenne le dessus sur l'essoufflement de l'émotion. C'est certainement le disque à offrir à toutes les jeunes mamans. L'étourderie qui suit est le tube mignon dont les radios seront friandes. Camille est créditée du chœur d'enfants de Allez allez allez où elle semble interpréter elle-même tous les rôles. La ballade Wet Boy accompagnée par la guitare de l'heureux papa, Clément Ducol, précède deux autres chansons en anglais, She Was et Mars in No Fun, avant Le berger tendrement médiéval et Bubble Lady dont les bulles annoncent l'enfant impatiemment attendu. Ilo Veyou qui donne son titre à l'album (articulation personnelle de I Love You) est du Camille pur jus, second tube prévisible. Suivent deux facéties rétros, Message et, plus encore, La France, canular déconnant qui rappelle La vieille chanteuse de la "cousine" Claire Diterzi sur Tableaux de chasse (dont on attend le prochain album avec impatience, l'espoir d'une autre surprise). My Man Is' Married But Not To Me est rythmé par le piano préparé de Ducol comme Pleasure est travaillé au corps. Le banquet, dédié à Sophie Calle, sait se moquer de la virilité avec l'humour qui colore l'ensemble, surtout marqué par l'amour. Tout dit (sic) renoue avec l'a capella dans la réverbération de l'Abbaye de Noirac.

L'édition limitée est accompagnée de "17 vidéos illustrant le disque" (Emi) tandis que celle de Björk ajoute trois morceaux paradoxalement les plus intéressants, même si là encore les rythmes mécaniques oblitèrent la pauvreté mélodique (Universal). Le film de 60 minutes (le CD n'en dure que 40) réalisé par Camille et Jeremiah, qui évite l'écueil de la succession de clips en resituant les chansons dans le quotidien de la jeune femme, est une version originale du projet, interprétée avec le naturel qui caractérise l'artiste.

mardi 18 octobre 2011

George Harrison, Living in the Material World


Il ne devait pas y avoir beaucoup de musiciens dans la salle du Grand Rex à avoir joué avec George Harrison, ni d'ailleurs avec Eric Clapton, l'ami très présent dans le documentaire que Martin Scorsese a consacré au Beatle tranquille George Harrison. Dans cette colonne j'avais raconté ces rencontres improbables qui me valent probablement d'avoir été gentiment invité lundi soir par le rédacteur en chef de Schnock et adjoint à Technikart, Laurence Rémila, pour la Première de Living in the Material World. Ayant proposé à ma fille de m'accompagner, puisque George avait été aussi son Beatle préféré avec poster au-dessus de son lit d'enfant, nous avons passé ensemble une agréable soirée, malgré une première partie plutôt ratée avec Philippe Manœuvre en présentateur lamentable, la veuve et le fiston Harrison consensuels en tournée promo et neuf "jeunes" chanteurs français massacrant pour la plupart le répertoire du défunt. Le film durant 3 heures 30 on pouvait craindre le pire de ce genre qui alterne documents inédits et interviews saucissonnés dans le but d'élever une statue à l'artiste épinglé. Les précédents essais de Martin Scorsese consacrés à The Band et aux Rolling Stones ne m'avaient pas emballé (je n'ai pas vu celui sur Bob Dylan).
Le mérite revient ici au monteur David Tedeschi en charge de 600 heures de rushes, car l'évocation est plutôt réussie malgré quelques longueurs à la fin sur le mysticisme bon enfant de George. Le personnage ne se prenant pas pour un dieu comme beaucoup d'égéries pop, Living in the Material World peut en dégager la tendresse, l'humour et l'opiniâtreté. Le rythme des images et du montage son ne donne pas l'impression désagréable d'incessant coïtus interruptus, habituelle dans ces documentaires biographiques. Les témoignages sincères de Paul Mc Cartney, Ringo Starr, Yoko Ono, Patty Boyd, Olivia Harrison, Tom Petty, Phil Spector, etc., sont plus attendris qu'ils ne dispensent de louanges à tel point que l'honnêteté est le qualificatif le plus approprié, loin des révisionnismes en vigueur, sans tentation d'exhaustivité forcément réductrice ni révélation qui ne soit déjà répertoriée sur Wikipédia ! CD+DVD sortis hier chez Capitol.
Avant la séparation des Beatles j'avais aimé George Harrison parce qu'il était le plus expérimental des quatre, d'abord avec la partition du film de Joe Massot, Wonderwall Music, dont la variété d'inspirations résonnait avec mes propres aspirations, ensuite pour Electronic Sound entièrement réalisé au synthétiseur Moog, pas son plus réussi, mais le plus gonflé compte tenu de son image. Comme le formidable Revolution 9 réalisé avec John Lennon et Yoko Ono sur le disque blanc, ces incartades surprenantes m'indiquaient que l'on pouvait s'autoriser toutes les libertés, quitte à déstabiliser son public et ne pas chercher le succès à tout prix ! Plus tard je rachetai l'incontournable coffret All Things Must Pass en réédition CD, mais je lui dois surtout d'avoir participé à mon entrée à l'Idhec. Réalisant mon enquête sur les dévots de Krishna pour le concours d'entrée à l'école de cinéma, je rencontrai George Harrison jusqu'à l'accompagner à l'harmonium chez Maxim's comme évoqué plus haut... Je me souviens d'un homme calme et attentif, étouffé par le succès et ses fans hystériques, en quête de lui-même dans un monde matériel où chacun doit vivre avec ses contradictions...

vendredi 7 octobre 2011

Un Zappa peut en cacher un autre


Chaque sortie d'un nouveau disque de Frank Zappa, disparu fin 1993, pose la question de sa légitimité. À la soixantaine d'albums parus de son vivant s'ajoutent une grosse vingtaine de parutions posthumes sans compter les compilations thématiques gérées par La Famille (the Zappa Family Trust) dirigée par sa veuve Gail, raide comme le sont souvent les ayant-droits. Le compositeur américain conservait l'enregistrement de tous ses concerts et la moindre de ses expérimentations dans son bunker (The Vault) dont Joe Travers est le gardien. Tout était classé, étiqueté, commenté pour que le Maître du Château puisse monter à loisirs ce qui lui plaisait, mixant un solo d'une date avec l'accompagnement d'une autre, jouant de la colleuse comme il l'avait fait de sa guitare électrique. De ses archives colossales ne sortira jamais aucune révélation majeure qui bouleverse la connaissance que l'œuvre anthume n'ait apportée. Rappelons que longtemps la surprise fut la règle, du moins les premières années, chaque nouveau vinyle se découvrant totalement différent du précédent. Chansons caustiques, rock instrumental virtuose, pièces symphoniques, expérimentations électroniques participent autant au mythe Zappa que ses combats politiques et ses idées artistiques. Les albums posthumes peuvent démonter les œuvres en livrant leurs analyses documentaires ou leurs versions alternatives, mais, pour l'instant du moins, dans les limites stylistiques balisées.
Feeding The Monkeys At Ma Maison, exclusivement vendu sur Internet par La Famille, est un CD entièrement réalisé au Synclavier, puissant synthétiseur-échantillonneur sur lequel Zappa enregistra la même année Jazz From Hell (1986) et que l'on peut déjà entendre sur The Perfect Stranger et Francesco Zappa (1984), comme sur les excellents albums posthumes Civilization Phase III (1994) et The Lost Episodes (1996). Si des versions très écourtées des pièces Buffalo Voice et Secular Humanism étaient déjà sorties sur Civilization Phase III, ainsi que quelques mesures de Worms From Hell sur la Video From Hell, les longues suites Feeding The Monkies At Ma Maison (le blogueur Dark Clothes suggère que le titre viendrait d'un tableau peint par John Alexander en 1985, rien à voir avec les sorbets en relief de la pochette Lenticular Lascivity) et Samba Funk sont des inédits. La musique se rapproche des pièces classiques de Zappa, immédiatement reconnaissables, mécanique timbrale avec cassure de rythmes, inspirée par Stravinski et Varèse, virtuosité que seule la machine est capable de rendre, mais que le compositeur s'évertuait à rechercher en dirigeant ses musiciens, parfois de manière quasi inhumaine. Le rapprochement avec les pianos mécaniques de Conlon Nancarrow est aussi inévitable. Le Synclavier est utilisé ici comme un orchestre virtuel avec transformations électro-acoustiques plutôt que pour créer des sonorités électroniques inouïes. Zappa réalisera la synthèse rêvée depuis sa jeunesse lors de sa collaboration avec l'Ensemble Modern, The Yellow Shark, juste avant de mourir. S'il avait souvent cité la phrase de Varèse "The present-day composer refuses to die" (le compositeur d'aujourd'hui refuse de mourir), on ne peut s'empêcher, à l'instar d'une de ses propres boutades (Jazz is not dead, it just smells funny / Le jazz n'est pas mort, il sent juste drôlement), de penser que les albums posthumes de Zappa exhalent tout de même un drôle de parfum qui n'est pas sans rappeler celui du billet vert.

mardi 4 octobre 2011

Burroughs sur la piste Willner


J'ai suivi la piste Hal Willner, dans cette jungle peuplée de milliers d'albums. Un indice d'abord, le seul album sous son nom, bourré de samples de 78 tours des années 20, s'appelle Whoops, I'm an Indian. Reprendre la même recherche à intervalles plus ou moins réguliers ne produit pas les mêmes résultats. J'ai commencé en 1981 avec la compilation Amarcord Nino Rota avec Jaki Byard, Carla Bley, Bill Frisell, Muhal Richard Abrams, Steve Lacy, etc., et That's The Way I Feel Now: A Tribute to Thelonious Monk (1984) avec John Zorn, Peter Frampton, Dr John, Carla Bley, Steve Lacy, Randy Weston, Eugene Chadbourne, etc. De ce producteur spécialiste de compilations dont chaque contribution est un hommage, j'ai déjà évoqué ici Lost in the Stars: The Music of Kurt Weill (1985) avec Sting, Marianne Faithfull, Van Dyke Parks, Lou Reed, Tom Waits, Elliott Sharp, Charlie Haden, etc. et Weird Nightmare: Meditations on Mingus (1992) avec Bill Frisell, Vernon Reid, Henry Rollins, Keith Richards, Charlie Watts, Don Byron, Henry Threadgill, Gary Lucas, Bobby Previte, Leonard Cohen, Diamanda Galás, Chuck D, Elvis Costello sur des instruments de Harry Partch. J'aurais pu ajouter Stay Awake: Various Interpretations of Music from Vintage Disney Films (1988) avec Sun Ra, Sinéad O'Connor, Ringo Starr, Yma Sumac, Suzanne Vega, ou September Songs: The Music of Kurt Weill (1995) avec Nick Cave et P J Harvey... La distribution ressemble au trottoir de Sunset Boulevard ! Les étoiles apportent leurs tributs à l'édifice. se succèdent Stormy Weather: The Music of Harold Arlen (2005), Rogue's Gallery: Pirate Ballads, Sea Songs, and Chanteys (2006), Harry Smith Project: Anthology of American Folk Music Revisited (2006) sans citer ses propres contributions à maints albums de ses invités... Il produit autant d'hommages live que d'étonnants albums, proposant aux artistes des rôles inattendus. Ses projets sont des remix inventifs où le passé et l'avenir se percutent en une série d'imprévisibles accidents. Ce chroniqueur encyclopédiste, jamais aussi bon qu'au service de ceux qu'il aime, dessine un portrait culturel de l'époque sans craindre de mêler les éléments populaires aux trucs les plus hirsutes.

En cherchant d'autres albums que son sublime travail sur Carl Stalling (avec Zorn en directeur artistique !) je tombe sur ses collaborations avec des écrivains, et en particulier deux albums avec William Burroughs, Dead City Radio (1990) avec un accompagnement de Sonic Youth, Donald Fagen, John Cale et d'autres, et Spare Ass Annie and Other Tales (1996) avec The Disposable Heroes of Hiphoprisy. Ah, que tous les amateurs de slam écoutent le flow de Burroughs, voix rugueuse et tranchante, portrait au couteau anticipant notre civilisation décadente, et le groove de Michael Franti et Rono Tse. Les citations classiques jouent les contrepoints en un mixage radiophonique pétillant d'à propos. J'ai commandé le premier, ainsi que The Lion For Real d'Allen Ginsberg avec Bill Frisell, Philip Glass, Paul McCartney, et deux autres CD contributifs, Leonard Cohen I'm Your Man et In With the Out Crowd de Bob Holman. En cherchant sur le Net on trouve la plupart pour moins de 8 euros. Closed on Account of Rabies (1997) d'Edgar Allan Poe avec Iggy Pop, Diamanda Galás, Abel Ferrara, Christopher Walken, Gabriel Byrne, Marianne Faithfull, Dr John, Jeff Buckley, semble plus dur à trouver à un prix raisonnable. J'aurais bien indexé chaque nom en hypertexte, mais il n'en resterait plus aucun qui ne soit pas souligné. Il serait temps de rendre hommage à son tour à ce touche à tout effervescent.