Jean-Jacques Birgé

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jeudi 29 juin 2017

Hommage aux naïfs


Il fallait bien que le Douanier Rousseau passe par là. Beaucoup se moquaient. Un siècle plus tard, j'ai seulement cadré et appuyé sur le bouton, mais les bestioles sont restées hors-champ. Les poissons rouges cachés par les herbes ne font pas un bruit. De temps en temps viennent boire un renard, un héron, un hérisson, des chats ou des petits oiseaux.
Je ris des compositeurs contemporains qui raillent la chanson française, mais seraient incapables d'écrire une mélodie qui se fredonne, comme je suis atterré par les musiciens de variétés qui ne comprennent rien à la musique savante de notre époque. Les uns comme les autres assimilent la libre improvisation à des tût tût pouët pouët sans faire l'effort de s'ouvrir sur le monde. Pas assez d'imagination ! Les classiques tentent en vain de suivre les tempi élastiques des musiques traditionnelles. Le rubato, c'est comme la note bleue ! Mais les jazzeux et les rockers s'enferment dans des règles dictées de l'autre côté de l'océan... Il n'y a pourtant pas que les notes et leur organisation : les privilèges de classe s'expriment aussi par certains choix. Il faut lutter, longtemps.
Cocteau disait que les gens préfèrent reconnaître que connaître. C'est aussi la raison pour laquelle il est difficile de sortir du modèle social et écologique actuel alors que la plupart en souffrent considérablement. Plus l'industrie et le commerce fabriquent d'étiquettes, plus le formatage renvoie la création à la marge, valorisant des artistes Kleenex qui ne durent que quelques mois. Il faut durer. La citation de Guillaume d'Orange, Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer, a donné son titre à l'une des pièces du disque Rideau ! enregistré en 1980. Les indépendants affiliés à aucun mouvement ont plus de mal que quiconque à faire accepter leur travail, mais leur persévérance finit par les faire sortir de leur isolement lorsque les critiques sont épuisés de ressasser toujours le même refrain. Henri Rousseau a malgré tout été inhumé sans le sou dans la fosse commune, mais la nature lui rend naïvement le plus bel hommage.

mercredi 28 juin 2017

Vinicio Capossela, Canzoni della Cupa


Deux disques enregistrés à onze ans d'intervalle réunissent ces Canzoni della Cupa. Aux chansons de Poussière répondent celles de l'Ombre. Les premières sentent la terre d'Italie, la sueur du travail au soleil, l'exploitation des paysans. La Lune éclaire les secondes, révélant ses fantômes, bêtes imaginaires de contes cruels, qu'une seule personne à la fois peut contempler. Chaque auditeur en fera l'expérience. Le premier disque respire l'authenticité de la musique traditionnelle du sud de l'Italie, pleine d'entrain, syllabes aux consonantes rapidement articulées qui donne le courage de moissonner et l'envie de danser. Le second a traversé l'Atlantique à la manière d'un Sergio Leone. Il Treno rend d'ailleurs hommage à la musique d'Ennio Morricone...


Si j'étais séduit par les chants à gorge déployée qui doivent s'affranchir de la poussière, je tombe sous le charme de la voix devenue grave de la rock star considérée comme le "Tom Waits italien", Vinicio Capossela, qui l'a posée pour tout bagage sur la nouvelle terre, rappelant le velours envoûtant d'un Leonard Cohen. Une autre côte orientale éloignée de la mer, un autre sud. En Californie la musique s'est enrichie de la proximité du Mexique et du désert texan. La nuit a succédé au jour. Le bestiaire s'est élargi à des animaux imaginaires ou du moins à leur incarnation païenne. Après ce voyage dans le temps et dans l'espace, comme tout immigré j'ai aimé revenir aux origines, là où l'inconscient va puiser son inspiration, là où naissent les légendes que s'approprient les poètes. Je navigue ainsi d'un disque à l'autre, selon l'heure et l'humeur.
L'album manquant d'un livret conséquent, on peut trouver toutes les informations sue le site de Capossela, en particulier un copieux livret en anglais et en italien avec les paroles des chansons, la longue liste des musiciens, des index des créatures, des lieux et des personnages qui hantent ce magnifique double album.

→ Vinicio Capossela, Canzoni della Cupa, 2 CD Accords Croisés / Pias, sortie le 26 août 2017

jeudi 22 juin 2017

Le voyage déconnecté de Lucas Santtana


Modo Avião est le genre de projet que j'adore. Le nouvel album de Lucas Santtana s'écoute comme on regarde un film, allongé dans des coussins profonds pour profiter du voyage. Enregistrée en mode binaural, l'expérience est d'autant plus convaincante au casque stéréo pour profiter des ambiances 3D. On est tout ouï puisque les images ne sont que mentales. C'est le cinéma pour les aveugles que je pratique depuis toujours, en particulier avec Un drame musical instantané. Comme je ne suis pas lusophone, je suis les sous-titres reproduits dans le livret pour vivre les aventures brésiliennes du personnage principal, sorte de double de Santtana. Il est très important de comprendre ce dont ça parle.
Modo Avião est une interrogation intime sur la vie folle que nous menons, ce quotidien 3.0 sous perfusion Internet, l'aliénation que le Capital nous inflige en nous appâtant avec ses jouets pour geeks et l'accumulation des contrôles qu'ils lui permettent d'exercer. Ainsi Santtana crée une fiction déconnectée, encore qu'il la joue en mode avion, posture paradoxale pour un adepte de la décroissance. Comme pour chacun de nous, il y a un fossé entre la vie que nous menons et celle dont nous rêvons. Des scènes dialoguées in situ alternent avec dix chansons enregistrées en studio. Modo Avião est un opéra de chambre d'une extrême tendresse, un pamphlet politique qui prend le temps d'un recul nécessaire, un modèle de musicalité tant dans les dialogues que dans la musique. Composée entièrement à la guitare acoustique, elle fait appel à quantité d'invités comme le guitariste Lucas Vasconcellos, le polyinstrumentiste Rodrigo Campello, le vibraphoniste Arthur Dutra, l'accordéoniste Mestrinho, le Danish (String) Quartet, sans compter les architectures sonores de Fabio Pinczowski qui joue des claviers, a enregistré et coproduit l'album...


À côté des musiciens il y a une demi-douzaine d'acteurs (surtout des actrices !) pour interpréter les scènes dialoguées entre Lui et toutes ces filles. Lucas Santtana s'est baladé avec son magnétophone et son micro aux oreilles écartées pour capter des ambiances immersives en field recording. Les chansons s'échappent de cette captation du quotidien pour distiller leur poésie. Les textes sont cosignés avec le romancier João Paulo Cuenca. Au Brésil Rafael Coutinho a réalisé une bande dessinée, miroir de l'album, mais aucun éditeur français ne semble avoir été intéressé à la publier. Santtana nous invite donc à un voyage où les paysages n'existent que parce que nous fermons les yeux et que nous nous laissons porter par le vent jusqu'à l'atterrissage. Comme si nous avions rêvé.

→ Lucas Santtana, Modo Avião, Nø Førmat, CD 16,99€ - LP 14,99€, sortie le 23 juin 2017

lundi 19 juin 2017

La cerise sur le gâteau : El Strøm ÉLU Citizen Jazz


Malgré le choix absurde de la plupart des votants qui n'ont pas compris le tour de passe-passe de garder les mêmes en changeant de nom (En Marche remplaçant le PS avec les mêmes et une politique qui glisse, qui glisse toujours plus à droite), nous sommes heureux d'avoir ravi trois circonscriptions au PS en élisant Alexis Corbière (Montreuil, Bagnolet), Sabine Rubin (Les Lilas, Romainville, Noisy-le-Sec, une partie de Bondy), Bastien Lachaud (Pantin), candidats de la France Insoumise. Dans notre bastion de résistance du 93 (sept circonscriptions sur douze avec Marie-Georges Buffet du PCF et Clémentine Autain d'Ensemble), nous respirerons peut-être un air local un peu plus sain. La soirée était déjà plutôt sympathique lorsque Franpi Barriaux a publié, dans l'édition de la semaine commençante, un bel article sur l'album Long Time No Sea de notre trio EL STRØM en l'honorant d'un ÉLU CITIZEN JAZZ, un disque rouge comme notre banlieue !

"Tenir entre ses mains un disque de Jean-Jacques Birgé enregistré depuis le début de ce siècle est déjà un événement en soi. Non que l’iconoclaste explorateur du chant des machines et du son des objets n’ait pas enregistré durant cette longue période. Nous l’avions noté, il y a quelques années dans un dossier qui lui était consacré, la majeure partie de sa discographie est désormais en ligne : quatre albums en 2016, et des dizaines de références. Parmi celles-ci, on retrouve la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard, dont Jean-Jacques avait parlé ici même et le percussionniste et électronicien Sacha Gattino. Ils forment avec Birgé le trio El Strøm, le courant en danois, curiosité qui mêle la poésie, les langues, les images, les collages sonores dans une lente divagation qui se réclame d’une liberté farouche, où l’humour n’est jamais loin… Long Time No Sea, jeu de mot qui donne le titre au disque rappelle également que si courant il y a, il ne ressemble en rien à un long fleuve tranquille.
Ainsi « Paris », courte description déconstruite en forme de tentative d’épuisement d’un lieu témoigne à la fois d’une grande attention collective et d’une légèreté revendiquée. La voix très souple de Lyregaard, qui peut passer du babil à une scansion parfaite en quelques instants, est le fil d’Ariane d’un voyage imaginaire mise en scène avec soin. Le cinéma pour les oreilles est indubitablement l’une des obsessions de Birgé. Ici, à force de sons acides, de voix troublées quand elles ne sont troublantes, on s’identifie à une superproduction. Les petites virgules colorées exécutées tant par des trompettes à anches et des potentiomètres que par des idiophones et autres tambours, créent un contexte féerique et surnaturel qui s’exprime à merveille dans le long « Sound Castles » qui ouvre l’album. Ce n’est pas anodin ; la pochette où s’étale une rougeoyante flèche en néon est une invitation pressante à passer de l’autre côté du miroir, où l’étrangeté règne sur une étendue de grincements cristallins et de voix mutantes. On pénètre toujours plus loin dans un taillis touffu de tintements, ténébreux mais rarement inquiétant. C’est une chute au ralenti dans l’inconnu avec la certitude d’un atterrissage sans dommages.
Jamais peut-être depuis Un Drame Musical Instantané Jean-Jacques Birgé n’avait fait montre d’une telle gourmandise pour la narration. Il le doit à ses deux compagnons qui marchent du même pas. Lorsque sur « Mécanique Cantiques », Lyregaard souffle un poème aux creux de nos ouïes assaillies d’harmonicas et d’instruments-jouets, il flotte sur Long Time No Sea une douceur enfantine qui se traduit par un goût insatiable pour le jeu, le hasard et le fortuit. Mélangé à quelques parti-pris ésotériques qui ne sombrent pas dans le mysticisme (« Dark Waters », et ses percussions pleines d’écho), il en résulte une œuvre ensorcelante comme un sortilège qu’on ne voudrait rompre sous aucun prétexte. Un monde parallèle dont nul fâcheux prince charmant n’aurait la mauvaise idée de vouloir nous délivrer. C’est impossible, d’ailleurs : le courant est trop fort."
(Franpi Barriaux, Citizen Jazz)

→ El Strøm, Long Time No Sea, CD avec Jean-Jacques Birgé (cla, fx, reed tp, hrm, objets), Birgitte Lyregaard (voc), Sacha Gattino (perc, dms, hrm, objets), Disques GRRR, dist. Orkhêstra, 15,50€

vendredi 16 juin 2017

Amandine Casadamont / Antonin-Tri Hoang, compositeurs irradiants


Hasard du temps, réaction en chaîne, actualité radioactive nous survivant... C'était hier. C'est aujourd'hui. C'est forcément demain... Hier soir Amandine Casadamont vernit son vinyle Retour Possible avec une performance à l'Espace Oppidum sur des images de Claire Olivès. Le matin-même le postier avait apporté le livre-disque Saturnium d'Antonin-Tri Hoang avec la photographe SMITH chez Actes-Sud. L'une et les autres crépitent, inspirés par la radioactivité menaçante. Rapprocher les deux est une évidence, d'autant qu'ils me rappellent la pièce Tchernobyl que j'enregistrai live en juin 2002 en y mixant un adagio composé avec Bernard Vitet huit ans plus tôt.
Amandine Casadamont est passée pour la troisième année en zone interdite à Fukushima. Elle en a rapporté les sons qui composent son Retour possible. Faut-il le croire ? Les rues vides suggèrent que ce n'est pas vraiment souhaitable. La face A, minimaliste, nous laisse d'ailleurs sans voix. Celle de l'auteure intervient sur la seconde, inventoriant l'horreur en commençant chaque phrase par "il semblerait". Parce qu'on ne voit rien. On ne sent rien. C'est un chantier où l'atmosphère est le seul air que l'on puisse fredonner. Les nouvelles sont mauvaises. Si mauvaises qu'on semblerait avoir glissé dans une science-fiction dystopique. Sauf que c'est là. Maintenant et pour longtemps.
Dotés du généreux Prix Swiss Life à 4 mains, Antonin-Tri Hoang et SMITH ont imaginé un conte musical et photographique où Marie Curie aurait découvert un nouvel élément chimique "capable de courber le temps", irradiant les images et les sons au delà de l'imaginable. Comme chez Casadamont, la composition musicale est dramatique, sorte de Hörspiel (évocation radiophonique) où la frontière entre documentaire et fiction n'importe plus. Leur Saturnium tient plus des fantaisies d'Orson Welles ou Joan Fontcuberta. À côté des portraits censés s'effacer avec le temps, on peut lire de faux manuscrits, l'article d'une revue scientifique, entendre la visite du puits où furent découverts 2 mg de la substance qui bouleverse les rapports de causalité. La musique suit cette logique impossible. Drônes et pointillisme de synthèse partagent la vedette à un trio anches-guitare-batterie avec la même délicatesse que celle du Retour possible. C'est la première fois que Hoang passe au synthétiseur, une machine qu'il s'est assemblée sur mesures, bloc par bloc. Ses sons analogiques ont une qualité acoustique qui me plaît inévitablement. Au Palais de Tokyo dans le cadre de l'exposition Le rêve des formes, ils sont spatialisés sur seize haut-parleurs, mais on ne fait que passer. L'ouvrage permet de rester.
Sur le plastique de Casadamont est imprimé un câble électrique prélevé sur la même île que la couverture de mon propre album. Mais Tchernobyl diffuse un sombre romantisme, souvenir des cent mille vies sacrifiées pour en sauver vingt millions alors que Fukushima reste une poudrière bien plus dangereuse. Quant au saturnium, il laisse entrevoir ces aller et retours dont l'art a le secret, mille-feuilles quantique rempli d'énigmes où les plis du temps finissent par répéter une histoire d'éternité.

→ Amandine Casadamont, Retour possible, vinyle 45 tours 30 cm, Sound Art 01, édition limitée à 100 exemplaires, 40 et 50€ (disponible au 30 rue de Picardie jusqu'à dimanche)
→ Antonin-Tri Hoang & SMITH, Saturnium, livre et CD, ed. Actes-Sud, dist. Harmonia Mundi, sortie le 6 septembre 2017, 16,64€
→ Jean-Jacques Birgé & Bernard Vitet, Tchernobyl, sur CD Établissement d'un ciel d'alternance, GRRR 2026, dist. Orkhêstra, 15€

lundi 12 juin 2017

Youthstar au top sur l'Échelle de Scoville


C'est la quatrième fois que j'écoute l'EP de Youthstar sans savoir encore comment en parler. Il me manque probablement les termes adéquats. Chacun des six morceaux sur lequel le MC anglais place ses flows est complètement différent. Si je comprends bien, Youthstar a choisi ses featurings pour les avoir déjà pratiqués en toute complicité. Sur cet EP trop court à mon goût, il collabore ainsi successivement avec A.S.M., Chill Bump and Illaman, Taiwan MC, Deluxe, Big Red... Il est par ailleurs devenu le MC attitré du groupe Chinese Man dont je suis totalement fan. Le moins que l'on puisse dire est qu'il diffuse une énergie d'enfer. Plutôt logique pour un amateur de piment extra fort, délire que je partage de manière immodérée, puisque je ne crains aucun degré sur l'échelle de Scoville, bien au contraire, un magnétisme irrépressible m'attire vers ces sommets jumpy qui donnent envie de rigoler ! Menu dégustation composé de hip hop, trap, bass music, pop rock, boom bap, SA.Mod diffuse un feu d'artifice en entrée et en sortie. En plus des beats à réveiller les morts, je suis évidemment séduit par la richesse et la variété des samples, qu'ils soient vocaux, instrumentaux, bruitistes ou des ready-made aux références culturelles détournées. Comme d'habitude avec les rappeurs anglophones j'ai du mal à suivre le sens de ce que cela raconte, surtout lorsqu'ils n'ont pas leur langue dans leur poche et qu'elle fait sept tours sur elle-même entre chaque syllabe sans qu'on ait le temps de dire ouf. Je risque peut-être d'être déçu, mais j'aimerais bien pouvoir lire le texte à l'occasion, même les parties francophones dont le débit rivalise avec celui du robinet, net, net, net...

→ Youthstar, SA.Mod Hot Sauce EP, Chineseman Records, CD 8€ ou EP 12€, et sur différentes plateformes (Deezer, Spotify, YouTube, Napster, itunes) .

jeudi 8 juin 2017

DDD publie 4 remix de L'homme à la caméra


1895, 1929, 1973, 1984, 1999, 2014, 2017, autant de jalons pour accoucher de ce bel objet !
Le label français DDD publie 4 remix de l'album L'homme à la caméra d'Un Drame Musical Instantané sur un vinyle transparent vendu en bundle avec le vinyle original (pressage d'époque). Le New Yorkais Jorge VELEZ dit Professor Genius, l'Australien Dro Carey aka Tuff SHERM, le Polonais Eltron JOHN et le célèbre Thurston MOORE se sont prêtés au jeu... Des expériences similaires suivront avec d'autres vinyles historiques du Drame et de nouveaux remixeurs !
Thurston Moore (Sonic Youth) avait enregistré 7/11 en 1999, mais ce titre n'avait jamais été publié. Xavier Ehretsmann a commandé plus récemment les trois autres remix. De son côté, en octobre 2014, le magazine anglais WIRE avait publié le morceau d'Eltron John sur le CD Below The Radar Special Edition: The Dream, compilation de musique expérimentale et électronique réunie par l'Unsound Festival de Cracovie.
La transparence du vinyle de REMIX laisse voir la pochette originale où figurent un photogramme du film de 1929 de Dziga VERTOV et les 15 musiciens du grand orchestre d'Un D.M.I. lors de la création du ciné-concert au Théâtre Déjazet le 14 janvier 1984. Seul un sticker rond laisse apparaître le nom des 4 remixeurs. Le visuel de Coline Malivel s'inspire d'une diapositive du light-show L'Œuf Hyaloïde que j'avais cofondé avec quatre camarades, extraite du Light-Book imprimé par l'Imprimerie Union en 1973.
Un tiré-à-part 15x23cm est offert à tout acquéreur du bundle à la boutique DDD ou au Souffle Continu.

Extraits mp3 avec commentaires du producteur sur chacun des 4 remix...
Le film de Vertov sonorisé en 1984 par Un Drame Musical Instantané
L'homme à la caméra + Remix, 2 LP 33 T, DDD/GRRR, dist. Rubadub, 16€, sortie du bundle le 13 juin 2017

vendredi 2 juin 2017

Jackie Berroyer, un chroniqueur musical exemplaire


Les chroniques musicales de Jackie Berroyer sont des modèles du genre parce qu'elles n'obéissent pas au formatage que les professionnels s'imposent. Seule la passion l'anime et il les intègre naturellement à ce qui ressemble à un blog quotidien où ses émois amoureux, ses inquiétudes financières et ses poses hypocondriaques de type faussement banal occupent autant de place. Rédigées à l'origine essentiellement pour la revue suisse Vibrations, il les a réarrangées et les commente avec le recul qu'offrent les années. La première personne du singulier de cette personne singulière, dont nous connaissons le visage et la silhouette surtout par ses rôles d'acteur, signe ce journal extime, cousin d'un blog généraliste aux spécialités récurrentes. Dans son avant-propos, Berroyer parle d'autofiction, sachant bien que chez ceux qui disent "il" ou bien "elle", ça sent son petit moi. Les chroniqueurs musicaux, par exemple, ne font souvent que des portraits en creux d'eux-mêmes.
La plupart des aventures de Berroyer datent de plus d'une décennie, mais cela ne sent pas le réchauffé pour autant suspends ton vol. C'est qu'il aime les jeux de mots laids comme il craint celui qui passe jusqu'à l'attirer dans ses entrefilets. Son récent retour en cuisine rafraîchit donc les plats pour que nous en savourions avec gourmandise le bis-cuit millésimé. Parlons peu, parlons de moi (Ne dites à personne que j’en parle à tout le monde) possède évidemment le style Berroyer, un mélange d'humilité naïve et d'égotisme complaisant, de générosité et d'humour, un swing authentique, rare sous nos latitudes. Parce que l'auteur aime le jazz, le blues, le rock, le reggae et toutes les musiques qui l'accompagnent au long de sa vie. Miles Davis et Frank Zappa deviennent les refrains de sa chanson de gestes où les chorus sont tenus par les Beatles et les Rolling Stones, John Lee Hooker et Grant Green, Charlie Parker et Thelonious Monk, Manu Chao, Cheikha Remitti ou Koffi Olomidé, avec des breaks sur Platon, Pierre Lattès et Gérard Térronès, Benny Lévy, Nabe ou le Professeur Choron. Ses amours pathétiques avec des filles de facilement trente ans plus jeunes que lui n'ont pas cette légèreté, sa lucidité ne pouvant qu'accoucher d'une forme de cynisme larmoyant. C'est probablement ce qui fait son charme. À 71 ans, si la peur de la maladie et de la mort les explique, nous n'aurons par contre pas la clef de son endettement pathologique, si ce n'est la soif de vivre au jour le jour dans une société où l'improvisation semble réservée aux jazzmen, mais pas aux écrivains. Il n'empêche qu'en le lisant j'ai apprécié son style qui coule de source, tant qu'il nous donne envie d'écouter la bande-son de sa vie.

→ Jackie Berroyer, Parlons peu, parlons de moi (Ne dites à personne que j’en parle à tout le monde), couverture de Honoré, 288 pages, Ed. Le Dilettante, 20€