Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 28 juin 2018

D'accord avec Didier Petit


Comment ne pas être D'accord avec Didier Petit ? Le musicien fait corps avec son violoncelle comme un être bionique du temps où l'électricité n'existait pas encore. Son instrument n'est nullement une prothèse en bois verni, mais la prolongation de sa pensée, tant leurs âmes se confondent. Le violoncelliste en joue comme s'il le découvrait pour la première fois et qu'il avait décidé d'en explorer sa surface et son volume dans leurs moindres détails. Il marche pieds nus et les cordes vocales s'ajoutent aux quatre métalliques. Il y a évidemment de la triche puisque le virtuose avait emprunté le Bach pour traverser les siècles il y a longtemps déjà. Et comme on a pris l'habitude d'associer Histoire et géographie, ce troisième volume en solo, après Déviation (sur La Nuit transfigurée en 2000) et Don't Explain (sur Buda en 2013), prend parfois les couleurs de Pékin où il fut enregistré récemment. Mais cela ne suffit pas à l'explorateur. Il aura fallu qu'il s'envole en impesanteur avec l'avion parabolique Zéro Gravité du CNES pour avoir la sensation d'avoir marché sur la Lune. L'illusion fut parfaite car Didier avait eu l'intelligence de ne pas regarder le doigt ! Ainsi au lieu de dévoiler la face cachée de notre satellite, il nous offre ici les 7ème, 8ème et dernière faces, couchées sur un disque plaqué d'argent. Dernière ? Qu'entend-il lorsqu'il annonce "clore 20 ans d'une pratique différente de l'instrument qu'il trimballe depuis bientôt 50 ans" ? Est-ce le solo qu'il évoque, la fusion instrumentale, le voyage sidéral, une retraite anticipée ou le désir d'aller voir plus loin ce qui se trame dans les autres dimensions ?

→ Didier Petit, D'accord, CD RogueArt, 15€

mercredi 27 juin 2018

Huitième indice


Voilà. C'est arrivé demain. On a passé la ligne. J'ai demandé à Amandine Casadamont de faire le voyage avec moi. D'habitude elle écrit des fictions et des documentaires qu'elle produit à Radio France. Pour notre duo Harpon, elle est platiniste. Entendre qu'elle mixe des vinyles sur trois platines tandis que j'improvise le plus souvent au clavier, bien qu'ici j'utilise exclusivement la Mascarade Machine que j'ai conçue avec Antoine Schmitt et qu'il a construite à base de code. Cet objet virtuel commandé comme un marionnettiste devant la webcam de mon ordinateur permet de transformer le flux radiophonique en mélodies, nappes, rythmes, timbres électroacoustiques... Après trois albums sur drame.org et quelques live, Harpon jouera un set de trois heures dans la nuit du 11 au 12 août au Festival Château Perché qui se tiendra cette année au Château d'Avrilly. 200 artistes sont attendus lors de cet évènement totalement délirant dans un lieu qui me fait penser à Peau d'Âne... J'allais oublier : la photo retravaillée par Étienne Mineur est d'Olivier Degorce qui m'avait photographié lors d'un concert à Londres. C'est beaucoup trop d'informations pour si peu de lignes !

lundi 25 juin 2018

Septième indice


C'est l'enchaînement des indices qui fait sens. Je ne peux aller plus loin sans déflorer le concept de mon nouvel album qui compte 11 pièces en tout, ou plutôt 10 + 1 ! Contretemps est une version studio de la chanson qui figure sur le CD Long Time No Sea. La chanteuse danoise Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino qui joue ici du clavier échantillonneur et chante forment avec moi le trio El Strøm. Pas de clavier cette fois, mais le Theremin, le Tenori-on, la trompette à anche et la trompette. Si Birgitte n'était pas retournée vivre à Copenhague et si Sacha n'avait pas emporté armes et bagages à Rennes, nous aurions certainement continué cette aventure qui m'a enchanté.
Je n'avais pas ressenti autant de complicité depuis Un Drame Musical Instantané. Travailler avec mes meilleurs amis est un plaisir d'une richesse exceptionnelle. J'ai la chance de perpétuer ce miracle avec des camarades cinéastes, plasticiens, concepteurs, graphistes, musiciens, etc. Mais je n'ai plus les conversations quotidiennes, entre autres sur la musique, que j'ai partagées avec Bernard Vitet pendant plus de trente ans. Cette émulation permanente me manque terriblement, d'autant que Bernard avait un sens aigu de la contradiction systématique ! Il n'y a plus d'abonné au numéro demandé. Après une centaine d'albums, ce disque est le premier sous mon nom seul. Il fallait donc que le thème s'y prête (à suivre)...

N.B.: Indices 1 2 3 4 5 6

jeudi 21 juin 2018

Sixième indice


La qualité de la pièce A New Century doit beaucoup à la complicité des musiciens que j'avais engagés pour la musique du film 1+1, une histoire naturelle du sexe de Pierre Morize. Comme nous n'avions que trois semaines avant le mixage, j'avais choisi des improvisateurs capables de travailler selon des indications dramatiques. Avec le guitariste Philippe Deschepper, le trombone Yves Robert et le batteur Éric Échampard, nous formions un quartet idéal. Au synthé et à la flûte enregistrés en 2000, j'ajoutai récemment les paroles murmurées d'une valse intime :

Comme je suis toqué
Étourdi par la danse
Je ne sens plus mes pieds
Je n’ai même plus pied
Et j’oppose au paquet
De la vie qui s’avance
Les amours libérés
De la maturité

Comme je suis coquet
Tous les mots ont un sens
Pas besoin de verre à pied
Mais des vers à six pieds
Pour ensemble trinquer
À cette renaissance
Repoussant le guêpier
D’un sous terre à six pieds

Étienne Mineur a découpé un morceau d'un selfie que j'avais pris dans l'armoire à glaces de la salle de bains. Comme pour chacun des treize quadruples feuillets il a choisi de nouvelles couleurs en suivant ce que lui inspiraient la musique et l'époque.

mercredi 20 juin 2018

À travail égal salaire égal, par je et on


La chronique de Franpi Sunship m'avait échappé. Moi qui lui disais n'avoir rien vu à Hiroshima, c'est d'la bombe !
Franpi dit que sa photo du port du Havre n'a rien à voir. Bien au contraire. Son chantier naval rime avec On tourne, le premier morceau du disque À travail égal salaire égal, de la noise industrielle avant la lettre, et avec le travail à la chaîne que raconte Bernard Vitet dans Crimes parfaits en renversant sa voix retournée pour la remettre à l'endroit.
En réponse à ce que Franpi évoque de montage radiophonique, je lui confierais bien que ce montage a inspiré une partie du style de Radio Nova comme me l'avait expliqué Fadia Dimerdji pendant notre séjour à Tunis. D'ailleurs une autre pièce du Drame faisait partie de la boucle qui tournait la nuit pour occuper leur fréquence. Pas de ciseaux, pas de collage, juste le bouton de pause d'un radiocassette pour cette radiophonie en direct que certains appelleront plus tard plunderphonics. Trois mois à tenter d'attraper des bouts de son au vol, on m'entend raconter cela pendant la pièce-même ! Quand cela ne me plaisait pas je n'avais plus qu'à revenir en arrière... J'ai des histoires en pagaille à raconter à propos de ces montages cut commencés dès 1973... Celui-ci date de 1981. C'est donc la réédition du vinyle que l'Autrichien Klang Galerie vient de publier que chronique Franpi...

Un Drame Musical Instantané - A Travail égal salaire égal (Sun Ship, 11 juin 2018)

Le disque qui passe actuellement sur ma platine est un petit moment d'histoire. Pas seulement parce que c'est un disque qui comme d'autres de l'orchestre que Jean-Jacques Birgé continue de faire exister au delà du collectif d'origine, Un Drame Musical Instantané, est réédité (d'autres le seront prochainement). A travail égal salaire égal est aussi, outre un mot d'ordre indispensable et moderne qui était déjà ainsi en 1981 lorsqu'il fut enregistré, une pièce de musée.
Pas de celle qui prennent la poussière, plutôt de celles qui s'admirent et inspirent.
Prenons le "je". C'est rare quand je prends le je dans une chronique parce que "je" déteste ça, mais il faut s'y résoudre : ce disque, s'adresse à moi sans le savoir. Et avant de le découvrir, assez ébahi de fait, il y a quelques semaines, je n'en avais absolument pas conscience...
Comme j'aime bien les wagons qui se raccrochent inconsciemment, c'est peu de dire que la découverte fut grande et importante. J'écoute, depuis une semaine, "Crimes Parfaits" en boucle, à chercher tous les chevauchements, toutes les références, tout le travail de découpages, les heures passées sur la bande et le travail de timbre des cordes... Avec, ne vous en déplaise, Kent Carter et Didier Petit au violoncelle, Geneviève Cabanes à la contrebasse et bien sûr Francis Gorgé à la guitare qui offre au fantastique travail collectif quelques échappées zappaïennes, période Lumpy Gravy, celle qui compte peut-être le plus pour Birgé ; notamment avec Jouk Minor au sax baryton qui zèbre et déchire la masse orchestrale, bien plus soudée que ne pourrait laisser penser la sensation première d'un musique qui saute d'un univers à l'autre, comme on se balladait jadis sur la bande FM (ou encore mieux AM) à la recherche d'horizons inconnus et qu'on en trouvait, loin de la collusion miaoumix qui jonchent les ondes actuelles.
Et c'est là que vient le je, encore plus fort que les lignes précédentes. Un jour qu'on causait ensemble, Jean-Jacques Birgé m'avait dit que les meilleures chroniques venaient des moments que l'on avait vécu. Certes, j'étais à peine à l'orée de mon CE1 quand le disque est paru et je devais davantage écouter le générique de La Panthère Rose, mais j'étais déjà fasciné par la radio et aimait me ballader à la recherche des sons. Sur un vieux radiocassette Marantz, chez ma grand-mère, je m'amusais à coller des sons, des voix, des bruits d'usage quotidien... Plus tard, à la radio, je me souviens d'heures passées à tenter des montages, à jouer avec les nagras et à tâter de la souris...
En creux, et en moins bien, tout découlait de ce disque -et de nombreuses esthétiques de la musique concrète- sans que nous ne le sachions vraiment. Il y a dans ce disque, une force, une modernité et une intelligence qui force l'admiration. "La preuve par le grand huit", dernier morceau où l'ensemble de l'orchestre intervient est le bouquet final d'un disque indispensable.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir (Port-du-Havre).

Et comme les bonnes nouvelles se succèdent, les deux font la paire avec un article de Grégoire Bressac dans Revue et Corrigée de ce mois-ci :

UN DRAME MUSICAL INSTANTANÉ - À TRAVAIL ÉGAL SALAIRE ÉGAL (KLANGGALERIE, CD, KG244 – 2018)

(...) On a moins d’envie de thé glacé à l’écoute du début d’A travail égal salaire égal, la courte piste « On Tourne », accueillis qu’on est dans le fracas des métaux enregistrés par les compères en usine, avec juste quelques gongs ajoutés pour arrondir un peu les angles. Rappelons vite fait que le trio Birgé/Vitet/Gourgé vient du free jazz, de la musique composée et du rock, et se pose déjà, dans les années 80, les questions des limites de l’improvisation non idiomatique, des possibilités d’un mélange composition/improvisation, et de la différence entre enregistrement figé et spectacle vivant*. Le disque original est fait de collages, avec un orchestre, mais aussi d’une longue pièce jouée en concert. Dans le premier gros bestiau du disque, créé en studio, « Crimes Parfaits », une cohabitation pas très pacifique se fait entre les orchestres de radio crachant de la variète et de l’intellectuel, la bande de Jean-Jacques Birgé et les musiciens : on y croise même le Tour de France, et ce dans un flux constant, ce qui est à la fois stimulant et parfois dur à suivre. La Cinquième de Beethoven est invoquée subrepticement par l’orchestre, et l’Habanera du Carmen de Bizet massacrée comme il faut, le tout dans une science du sbeul, un métier du merdier – et on termine sur un enregistrement de rue, où Bernard Vitet et sa compagne réagissent à un coup de feu dans une poursuite de voitures. « Pourquoi la Nuit », interlude court, montre le trio échanger leurs instruments respectifs (synthé/trompette/guitare), dans un collage particulièrement fluide. La quatrième piste, « La Preuve par le grand huit », est aussi remarquable par l’homogénéité du son de l’ensemble, l’accord dans le refus du décor, notamment le synthé de Birgé qui fait des trous comme il faut mais ne fait pas s’écrouler le gruyère, mention spéciale aux ingé-son qui ont dû s’arracher quelques cheveux sur le mixage. Les cavalcades de glissandi d’orchestres, stridentes et grotesques, mènent à un climax qui gueule, avant un duo trompette/piano (Vitet et Birgé) qui s’étend, avant que l’orchestre ne chante une conclusion presque grandiloquente. La piste bonus de cette réédition est une autre version de cette pièce, jouée aussi en concert mais un an plus tard, avec quelques changements de musiciens déjà présents : quelques instruments s’invitent, avec les cloches tubulaires, l’harmonica et les guimbardes de Birgé, et une conclusion plus orchestrale, après un duo piano/trompette plus aérien et jazz. L’écoute successive des deux, si dure soit-elle, permet tout de même de se rendre compte du travail de brutes du Drame musical instantané sur la composition et les arrangements pour la scène. * L’ARFI ira dans cette direction au même moment à Lyon, et je ne vous parle pas de l’AACM à Chicago…

mardi 19 juin 2018

Cinquième indice


Le graphiste Étienne Mineur a inversé l'image pour qu'elle colle à sa mise en page. Ainsi mon œil le plus faible est passé de gauche à droite. Si je cligne, de deux choses lune, l'autre c'est le soleil. Pas seulement. Ce nouveau disque porte un concept farceur et très sérieux à la fois. D'où la divulgation des indices sans dévoiler le pot aux roses, d'autant que je suis plutôt sans fleurs ni couronnes. Mais si ce n'est pas trop demander, je préfère les vers de terre à la fumée. Pompes et circonstances.
Après que nous ayons réalisé l'identité audiovisuelle d'EuroPrix '98 à Vienne en Autriche pour l'agence Nofrontiere, Étienne m'avait commandé une composition musicale pour accompagner une réinterprétation de ses superbes animations graphiques. Je la lui avais livrée, mais mon camarade ne termina jamais son projet et cette suite électro retourna dans mon tiroir. Je l'ai un peu raccourcie pour des questions d'équilibre par rapport au reste du disque. Je venais d'acquérir un nouveau synthétiseur allemand, le Waldorf MicroWave XT qui me rappelait un peu mon PPG Wave également conçu par Siegfried Palm. J'avais aussi utilisé l'Ensoniq VFX-SD qui m'accompagne encore. C'est du charabia pour les néophytes. Pardon !
Il est très rare que je joue seul. Je préfère toujours être sollicité par d'autres camarades, comme j'adore les cahiers des charges qui cadrent mon imagination. Je regrette seulement que l'on ne m'invite pas plus souvent à partager la scène ou les studios. C'est le lot des entrepreneurs. Seuls les mercenaires enchaînent les boulots les uns après les autres. J'ai produit ce nouvel album pendant les périodes où je n'avais pas de commandes. Le besoin de me rendre utile me taraude. Pour une fois je me suis regardé dans la glace. Cocteau disait y voir "la mort au travail comme les abeilles dans une ruche de verre..." Je m'interroge maintenant sur l'effet que cette aventure aura sur moi. J'ai hâte d'être après.

mercredi 13 juin 2018

Quatrième indice


J'ai ajouté ma voix à une pièce composée à l’origine en quadriphonie pour le Futuroscope à Poitiers que m'avait commandée Michel Kouklia pour l'Antichambre de l'attraction Je danse avec les robots. J'y transforme aussi celle de la chanteuse Pascale Labbé avec mon Eventide H3000 qui ne me quitte jamais et dont j'ai programmé les effets il y a près de trente ans ! Elsa m'a suggéré de demander à Nicolas Chedmail de refaire la partie de cor qui sonnait trop corny dans l'enregistrement original de l'orchestre symphonique. Pour chaque chanson j'emprunte un style différent, j'étais plus rock dans la précédente, là c'est une sorte de faux lyrique qui convient à la solennité du propos. J'ai laissé ma voix disparaître dans les pièces suivantes. Il y aura bien une chanson portée par Birgitte Lyregaard, mais il m'a semblé que le montage radiophonique de la pièce précédente produirait un effet de rémanence nous accompagnant jusqu'à la fin, et même au delà. D'ailleurs les instrumentaux qui suivront finiront par s'effacer ! Je ne sais toujours pas s'il faut s'en moquer, s'en émouvoir, le craindre ou s'en réjouir...
Etienne Mineur qui a réalisé un travail magnifique sur la pochette a choisi une photo où je m'étais coupé les cheveux et la barbe depuis peu. C'était probablement en 1981 lors d'un direct à Radio G avec Bernard Vitet, qui a appuyé sur le bouton de l'appareil, et Marcel Trillat qui nous avait invités.
Grâce à Marwan Danoun qui a masterisé l'ensemble, les onze pièces forment un petit opéra plus homogène que je ne l'avais imaginé. Je me demande encore si la vie est une course d'obstacles où il faut enjamber l'un pour affronter le suivant, ou bien les tranches d'un gâteau comme aimait le penser Jean Renoir. Tout est parti à l'imprimerie aujourd'hui, mais j'ai l'impression que je soufflerai seulement lorsque nous aurons été livrés.

N.B.: Indices 1 2 3

lundi 11 juin 2018

Troisième indice


À la demande de Meidad Zaharia, nous avions enregistré avec le trompettiste Bernard Vitet et le violoncelliste Didier Petit plusieurs pièces qui devaient servir de playback au pianiste Vyacheslav Ganelin, à Gershon Wayserfirer à l'oud et Meidad aux percussions. Trio vs. Trio. Celui de Ganelin devait à son tour nous envoyer une bande sur laquelle nous serions intervenus. Je ne me souviens plus pourquoi le disque Overprinting ne s'est pas fait, probablement entre autres raisons parce que Mio Records, qui avait publié la version CD de Défense de avec le DVD de La nuit du phoque, a cessé ses activités. J'ai repris le principe du playback en ajoutant un orchestre symphonique à notre trio où je jouais déjà du synthétiseur. Ce sont en outre les seules paroles en anglais de tout l'album, mais comme chaque fois dans ce projet, la chanson marque juste un passage dans une pièce instrumentale. J'aime bien le mélange du free et du symphonique. Skies of France !
Étienne Mineur a utilisé le panneau de mon ARP 2600 pour le décor de sa double page, mais dans cette pièce j'étais déjà passé au numérique. Je ne me souviens plus qui a pris la photo, probablement Henry Colomer. C'était en 1971 lors du concours de l'Idhec à Marly-le-Roi. Nous partions en binôme, chaque candidat tiré au sort devant réaliser un reportage photographique sur l'autre pour une des épreuves obligatoires. Mon compagnon était Henry, Tony Meyer ou Jacques Leclerc. Pas moyen de me rappeler. J'ai conservé la vingtaine de portraits de ma pomme où je portais une tunique bariolée sous un caban de marin, un pattes d'eph à grosses rayures, des lunettes de soleil rectangulaires, un collier de santal et des mocassins indiens et, en plus, je jouais de la flûte en bambou. Rien d'étonnant à ce que la plupart de mes congénères ne me prennent pas au sérieux pendant les trois années d'études qui suivirent. Il aura fallu attendre le succès de La nuit du phoque, mais c'était trop tard. J'avais seulement vingt ans et j'étais déjà dans la vie active. Mais ça c'est une autre histoire.

mercredi 6 juin 2018

Second indice


Étienne Mineur peaufine le livret de 52 pages de mon prochain album. J'avais forcément Hendrix en tête lorsque j'ai formé le power trio avec Hervé Legeay à la guitare, Vincent Segal à la basse et Cyril Atef à la batterie.
Hervé, qui était déjà sur Carton et accompagnait Elsa lors de notre ¡Vivan Las Utopias! dans le Durruti de nato, n'avait jamais joué avec le duo Bumcello. De mon côté j'avais seulement partagé la scène dansante du Triton avec eux deux pendant plus de trois heures du concert décapant d'Entrechats. Je leur ai envoyé à tous mon enregistrement électro-acoustique de 1965 pour qu'ils s'en inspirent. Vincent et Hervé avaient chacun de son côté une proposition épatante, alors on a fait se succéder les deux en improvisant ce que l'époque nous évoquait. Je n'ai chanté que sur la première. Après quelques sueurs froides, nos rocks sonnent vraiment "garage". Entre fleurs et pavés je danse d'un pied sur l'autre. Cinquante ans plus tard je fête mes quinze ans passés alors dans les rues de Paris à découvrir le sable et sur les autoroutes américaines lors du voyage initiatique que j'ai conté en textes, images et sons dans mon roman augmenté USA 1968 deux enfants. Au mixage j'ai recalé la bande de 65 sur nos élucubrations électriques...