Jean-Jacques Birgé

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vendredi 31 août 2018

Jean Cohen-Solal, flûtiste shadokien


Jean-Cohen Solal est un artiste mythique pour avoir prêté sa voix aux Shadoks de Jacques Rouxel tandis que son frère Robert en composait la musique. Le Souffle Continu ressort ses albums en vinyle, le premier, Flûtes libres (1972), voit la flûte cuisinée à toutes sauces, tant qu'on avait oublié tout ce que l'on peut faire avec ce tuyau percé. Très expérimental, ce disque est un voyage psychédélique influencé par la musique planante et les recherches électroacoustiques du GRM que le musicien fréquente de temps en temps. On croit entendre les structures sonores Lasry-Baschet au milieu des couches du multipistes où le souffle irrigue tous les canaux. Depuis les Beatles, le sitar (George Harrison sur Norwegian Wood, Tomorrow Never Knows, Love You To, Within You Without You) et les tablas (sur son Wonderwall Music) se sont immiscées dans l'instrumentarium pop. Le polyinstrumentiste Serge Franklin et le percussionniste Marc Chantereau viennent ainsi épauler le chercheur. En me laissant aller à la rêverie, j'ai l'impression d'être tombé dans la marmite d'un alchimiste ivre de son.
Le second album, Captain Tarthopom (1973), ressemble plus à la pop des groupes français de l'époque, agrémentée de facéties bruitistes, de fanfares médiévales et de chaos organique. Pink Floyd croise le flair avec Bach et le free jazz raille la lithurgie. Le guitariste Jean Claude Deblais, le bassiste Léo Petit, le batteur Serge Biondi, le trompettiste Michel Barre, le trombone basse Jean Luc Chevallier, l'ondiste Sylvain Gaudelette et Charlotte, qui chante, participent aux agapes que dirige le compositeur à la flûte, au piano, à l'orgue, à la contrebasse, etc. Les deux albums font la paire, rappelant encore une fois l'étonnante imagination créative de cette époque libertaire.

→ Jean Cohen-Solal, Flûtes libres, LP vert pomme Le Souffle Continu, 21€
→ Jean Cohen-Solal, Captain Tarthopom, LP transparent Le Souffle Continu, 21€
→ Les deux ensemble, 38€

mardi 28 août 2018

Kings and Bastards de Roberto Negro


Mis à part l'album de mon centenaire (!), Kings and Bastards de Roberto Negro est la meilleure surprise de la rentrée. Le pianiste dont c'est le premier album en solo ne cède pas aux chimères du jazz américain comme tant de ses collègues. S'il s'inspire de ses études classiques il élabore surtout un discours personnel par le truchement de ressorts dramatiques que lui offre l'addition du piano, du piano préparé et de l'électronique. J'adore ses timbres de hang, gamelan, filetages, résonnateurs qui me rappellent ceux du piano préparé échantillonné par l'Ircam ou les instruments savamment samplés par SonicCouture. Si le gant est retourné, Roberto Negro le relève haut la main. Les douze pièces sont merveilleusement composées, instantanées ou préalablement écrites, qu'elles profitent de cette alchimie ou de la pureté du Fazioli enregistré au Studio Artesuono à Udine ou d'un Steinway B. Les effets électroniques ajoutés en post-production sont toujours délicats et adéquats, même dans les rares ruptures que le pianiste manie ailleurs avec la plus grande virtuosité. L'atmosphère est ici au recueillement, tendre et romantique. On voyage en diligence. En écoutant certaines pièces comme Fahrenheit 1.7 j'ai pensé que si Lucchino Visconti demandait aujourd'hui à Nino Rota de composer la musique de son prochain film cela sonnerait peut-être ainsi. Roberto Negro assume depuis toujours ses racines italiennes. Mais la promenade traverse aussi bien le Congo, l'Indonésie ou nos banlieues, à condition que l'on s'y rende de nuit, subrepticement, quand toute la ville dort pour nous surprendre. Une découverte est un élément de décor placé derrière une ouverture pour simuler l'arrière-plan. La musique s'en est fait une spécialité. Alors, lorsque l'aube surgit, subsiste le désir de revenir le lendemain soir pour apprécier chaque détail de notre tragique histoire. Les rois, devenus de fieffés bâtards, révèlent aux bâtards qu'ils en sont les véritables rois, à condition qu'ils osent prendre le pouvoir que l'imagination leur accorde. Sic.

→ Roberto Negro, Kings and Bastards, cd CamJazz/Harmonia Mundi, sortie le 5 octobre 2018
Mais si vous êtes trop impatients, rendez vous au Studio de l'Ermitage à Paris le 4 septembre ! Ou plus tard à Lyon, Orléans, Nantes, Avignon, Radio France, Fontenay-sous-Bois, etc.

vendredi 24 août 2018

La Jetée ce soir sans les images ni le son !


Le compositeur Antonin-Tri Hoang projette des spectacles cinématographiques sans images. Les sous-titres des films qu'il retranscrit défilent sur l'écran comme à l'opéra, constituant la partition du concert. Le texte qu'interprètent les musiciens selon des indications essentiellement dramatiques leur confère ainsi le statut de sur-titres. Libre à celles et ceux qui connaissent les images de jouer des frictions que la mémoire leur octroie, les autres découvrant une œuvre inédite par les mots, mais tous et toutes d'assister à une recréation en se faisant son propre cinéma. À Montreuil ce vendredi soir à 20h30 nous interpréterons ainsi La jetée de Chris Marker. Ce chef d'œuvre de 1962 joue justement des bribes de ce dont nous nous souvenons, comment des photographies ravivent cette mémoire enfouie dans les plis de l'enfance. La science-fiction permet au héros de voyager dans le passé et le futur pour former une boucle, mise en abîme fatale qu'a générée la troisième guerre mondiale. Comme lui les spectateurs tenteront de comprendre cette fabuleuse intrigue...
Chris Marker se serait inspiré de sa visionneuse d'enfant, un Pathéorama, et du film Vertigo (Sueurs froides) d'Alfred Hitchcock, explicitement cité dans le remake de Terry Gilliam, L'armée des douze singes. La partition sonore de Trevor Duncan mixée par Antoine Bonfanti sera évidemment absente, comme les images, mais cette transposition musicale rend hommage à la puissance du son dans les films, dont la complémentarité avait été suggérée à Marker par la projection du Traité de bave et d'éternité de Isidore Isou. Toute l'œuvre de Marker repose sur des faux-semblants, ambiguïté de la réalité que le cinéma permet de travestir. Pour lui c'est un jeu, fut-il révélateur d'une prise de conscience politique. Ailleurs et massivement, les manipulations de l'opinion développées par Edward Bernays sont devenues le moteur du corps d'armée audiovisuel. Les images fixes en noir et blanc de La jetée réussissent à nous entraîner dans les méandres d'un souvenir à venir. Qui sait ce que produira notre interprétation de ce conte critique où le monde court à sa perte ?


Il y a quelques jours j'évoquais les circonstances dans lesquelles se déroule ce concert improvisé. "Tout le mois d'août le compositeur, clarinettiste-saxophoniste, Antonin-Tri Hoang est en résidence à L'Office, Croix de Chavaux à Montreuil. Il en profite pour organiser des évènements impromptus comme un concert pour synthétiseurs auquel il m'a convié pour un duo improvisé le vendredi 24 à 18h. Il sera aux commandes d'un système modulaire qu'il a assemblé. Je viendrai avec un Lyra-8 russe, un Tenori-on japonais et l'unique exemplaire du JJB64 qu'Éric Vernhes avait inventé pour moi à l'occasion de mon anniversaire et qui fonctionne sur une machine dont les pièces et le montage viennent probablement de Chine. (...) La résidence Tout/Rien est enveloppée par une très belle et malicieuse installation de Marie-Christine Gayffier." Depuis, Antonin a invité la pianiste Ève Risser et le saxophoniste (alto et sopranino) Sol Lena-Schroll à intervenir lors des plongées dans le passé pour lesquelles il a composé des petites séquences inspirées par la musique de Bernard Herrmann pour Vertigo !

→ concert La jetée, vendredi 24 août à 20h30, avec Antonin-Tri Hoang, Jean-Jacques Birgé, Ève Risser, Sol Lena-Schroll - 1ère partie solo de la harpiste Laura Perrudin qui ne jouera, elle aussi, que d'instruments électroniques !... Tout cela dans le cadre de Tout/Rien à L'Office (ancien Office du Tourisme), 1 rue Kléber, Croix de Chavaux, Montreuil (ligne 9 - sortie 4)
→ Le texte de Chris Marker vient dans un très beau livre où sont reproduites les images et le récit dit à l'origine par Jean Negroni, et par James Kirk dans la version anglaise, ou du DVD publié en France par Arte

mardi 14 août 2018

Michael Gordon par le Kronos Quartet


Mais non, fidèles lecteurs et lectrices, je ne vous laisse pas tomber. Je vais bien. Je n'ai pas d'ennui de santé. Juste un changement de rythme. Les aléas de la vie font exploser les habitudes. Besoin de voir ailleurs si j'y suis. Ce qui ne m'empêche d'ailleurs pas de continuer à signaler presque chaque nouvelle production du Kronos Quartet. On peut toujours critiquer leur entrain dynamique très rock 'n roll, le quatuor californien a le mérite de faire découvrir quantité de compositeurs du monde entier et d'origines musicales relativement variées...


Michael Gordon n'est pas une découverte puisqu'il est l'un des trois piliers du new-yorkais Bang On A Can avec sa compagne Julia Wolfe et David Lang. Les interprétations à l'arrache de Bang On A Can sont d'ailleurs très proches de celles du Kronos. Cet album présente dix ans de collaboration avec le compositeur, à commencer par Potassium (2000) pour quatuor amplifié avec distorsion et sons électroniques, puis The Sad Park (2006) avec les voix enregistrées d'enfants de 3 ou 4 ans trafiquées réagissant au 11 septembre 2001, Exalted (2010) où le Young People’s Chorus of New York City dirigé par Francisco Núñez fait écho en araméen au précédent avec également le recours à un dispositif électronique. Clouded Yellow, composé la même année pour le Kronos, ouvre le disque. Glissés empruntés aux violonistes du Taraf de Haïdouk, phrases répétitives, traitements électroacoustiques, mélange avec les voix des enfants, découpage radical, rappellent le style à la fois planant et enlevé de Gordon.

→ Michael Gordon & Kronos Quartet, Clouded Yellow, cd Cantaloupe

lundi 13 août 2018

La folie de Château Perché


D'abord le lieu : un parc de cent hectares où s'élève le château d'Avrilly avec ses restes du XVe et XVIIe siècle et ses rénovations du XIXe, plans d'eau merveilleux, sous-bois secrets sous un ciel immaculé. Y sont disséminées douze scènes où la musique résonne non-stop pendant deux jours et deux nuits. Boum-boum-boum-boum, il faut aimer la techno sous toutes ses déclinaisons, même si on a la surprise de découvrir un groupe de salsa, des rappeurs ou une fanfare en parcourant la forêt. C'est suffisamment ouvert pour que Harpon y fasse un set nocturne de trois heures à l'Orée de la Clairière dans une programmation ambient/expérimentale !


Huit mille festivaliers ont rejoint cette cinquième édition du Festival Château Perché. La plupart sont maquillés, déguisés, allumés dans ce qui ressemble à un Blade Runner bon enfant. Le dress code (Tribute to Charles Freger‘s Photography, puis La Belle Époque) est interprété très librement. Dans ce pays des merveilles où chaque scène est décorée différemment, c'est peace & love ressuscités ! Au petit matin on voit évidemment errer ceux qui ont abusé des boissons alcoolisées ou des substances psychédéliques, et qui n'ont pas été embarqués par les ambulances. Je n'en connais pas la composition chimique, mais leurs adeptes gardent le sourire même si la Terre vacille sous leurs pieds. La plupart des festivaliers sont simplement des amateurs de musique de danse et de transe. L'expérience est hallucinante.
Chaque année le festival se tient dans un château différent et nécessite une organisation incroyable doublée d'une grande fantaisie. Je ne connaissais presqu'aucun des deux cents musiciens et DJ, si ce n'est Coldcut et Ben Osborne, responsable de la scène UK. La musique était devenue accessoire, seule l'expérience me fascinait. Le travail raffiné des timbres de Harpon et notre choix narratif des 1001 nuits furent terriblement perturbés par la rythmique binaire d'une autre scène pourtant assez éloignée. Notre duo avec Amandine Casadamont s'en sortit tant bien que mal en remontant le volume et en glissant progressivement vers des séquences rythmiques couvrant la pollution sonore de cette proximité, mais nous avons dû hélas abandonner les méandres raffinés du conte arabe...

mardi 7 août 2018

Les 1001 nuits de Harpon au Château Perché


Dans la nuit du 11 au 12 août de 1h à 4h du matin Amandine Casadamont et moi jouerons trois heures d'affilée sur l'une des huit scènes du Festival Château Perché qui se tiendra cette année au Château d'Avrilly près de Moulins dans l'Allier. Ce lieu, c'est l'orée de la clairière, l'île du Ketoshima, dédiée à la paix, où ne seront présentées que des musiques downtempo et ambient. Je ne connais aucun des artistes qui nous y précéderont ou suivront (Adc-303 - Andrea Belfi - Asmar - Benjamin König - Dialogue/s - Gagarin Project - (Live) Harpon c'est nous ! - Kawrites - Lakker - Lopal - Loup des Steppes (Théâtre - production In Carne) - Månljus - Paul Mørk - Samy El Moudni - Shaded Explorer - Sub Accent - (Live) Vito Lucente), pas plus que les 200 en tout qui se succéderont pendant les deux jours de ce festival hors normes. C'est dire si nous sommes curieux et avides de découvertes.
Comme notre prestation se déroulera aux rares heures où je dors habituellement je crains la nuit blanche avec trajets aller et retour depuis et vers Paris. Amandine me racontera certainement des histoires comme Shéhérazade pour que je ne m'endorme pas au volant. Tapis volant, s'entend. Cent ans justement. Puisque la nuit porte conseil nous avons choisi d'interpréter, très librement, dix contes des 1001 Nuits, cahier des charges que nous nous imposons pour donner un cadre à nos imaginations débridées. Ma camarade sera aux commandes de trois platines tourne-disques, 100% vinyle, tandis que je jouerai sur mes claviers ou sur instruments acoustiques. J'ai donc choisi aussi le Tenori-on qui produit de la lumière, le H3000 qui démultiplie les voix, le Lyra-8 fraîchement débarqué de Russie, certains programmes délicats développés pour iPad par Les inéditeurs, quelques instruments à vent, mes guimbardes... Deux energy chimes serviront à marquer le passage d'un conte à un autre.
Les dix contes sont Aladin ou La lampe merveilleuse, Sinbad le marin, Le cheval enchanté, L’Épopée de Umar an-Nu'mân, Ali-Baba et les quarante voleurs, Les trois Calenders, Le chien du Tsar, Le Conte du pêcheur et du démon, Les sept Vizirs, Le Conte d’Ayyûb le marchand, de son fils Ghânim et de sa fille Fitna. Je fais cette annonce alléchante, mais je crains que vous ne puissiez assister à cette performance si vous n'avez déjà acquis l'un des 5000 tickets, car c'est hyper booké. Je vous raconterai, puisque c'est le mérite du conte arabe de vous tenir en haleine jour après jour, nuit après nuit...

lundi 6 août 2018

Les disques GRRR sur Bandcamp


Sur Bandcamp vous trouverez l'album de mon Centenaire tout récent, Long Time No Sea du trio El Strøm, Établissement d'un ciel d'alternance où je suis en duo avec Michel Houellebecq, le disque de chansons Carton en duo avec Bernard Vitet, plusieurs albums d'un Drame Musical Instantané (Machiavel, Opération Blow Up, Urgent Meeting, Qui vive ?, Le K, Sous les mers, L'hallali, Trop d'adrénaline nuit...).
Cette plateforme permet d'écouter, de télécharger les albums dans leur intégralité ou pièce par pièce (en FLAC, ALAC (Apple Lossless), AAC, Ogg Vorbis, WAV ou AIFF !), de commander les CD, etc.
Nous avons donné un maximum d'informations sur chaque album, photos à l'appui, mais rien ne vaut l'objet lui-même tel que nous l'avons conçu dans sa matérialité.