Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 22 juin 2016

Trait d'union


Après le gag spamé d'hier je place une vraie photo de moi pour illustrer l'article du jour.
Y avais-je déjà pensé ou bien a-t-il fallu soixante ans pour que je comprenne mon trait d'union ?
Ma mère qui avait deux sœurs et une vingtaine de cousines était persuadée qu'elle accoucherait fatalement d'une fille. Elle avait donc choisi le prénom de Claire et aucun pour le petit garçon qui s'est présenté. Jacques leur paraissait acceptable, mais au dernier moment mes parents se sont souvenus qu'il y en avait déjà un en Lorraine du côté de mon père. Pris de court, ils ont accolé Jean, prénom de mon père, et le Jacques envisagé. Les prénoms composés ne sont plus à la mode, mais cela se faisait beaucoup dans les années 50. À douze ans, envoyé aux USA pour apprendre l'anglais, je découvre que pour les anglo-saxons Jack est le diminutif de John. Plutôt que devenir bègue ou schizophrène j'ai appris à danser d'un pied sur l'autre et mon trait d'union s'est transformé en articulation. N'ayant aucune culture religieuse, Sainte-Thèse et Anti-Thèse se sont incarnées dans une dialectique capable de produire un Discours de la Méthode qui me soit propre. Je le suis resté dans mes œuvres, même les plus hirsutes. De même ma quête fusionnelle ou mes aptitudes à partager avec d'autres le bonheur de faire marquent explicitement un trait d'union.
Quant à Gaston, mon second prénom que je dois à mon grand-père "mort pour la France" et que la douche à gaz m'empêcha de connaître, je le cachai soigneusement, car à l'époque il symbolisait les garçons de café. Aujourd'hui Jean-Jacques est d'un autre temps, anachronisme que j'assume de mieux en mieux avec l'âge, et Gaston serait du meilleur goût !

dimanche 12 juin 2016

Newsletter de juin (extrait)

jeudi 5 mai 2016

In vino veritas


La cave est si sombre que j'ai du mal à lire les étiquettes. Avec une lampe frontale et mon iPhone qui supporte mieux l'absence de lumière que le Lumix je suis descendu faire mon Arman sans la casse. Deux fois par an je remplis les places vides avec du rouge et du blanc. En vieillissant le vin se bonifie, mais je le supporte de moins en moins bien. Après deux ou trois verres j'ai un point là, à droite sous le sternum. Nous n'achetons pourtant plus que des vins bio ou naturels. Petits buveurs, nous n'en consommons qu'avec les amis, ici ou ailleurs. C'est bon pour le cœur. C'est doux au palais. Comme je garde les meilleures pour de grandes occasions il arrive que ce soit trop tard et Françoise qui a un nez d'enfer renvoie les bouteilles en prétextant qu'elles sont bouchonnées ou madérisées. Cela me fend le cœur. J'aime bien le vin à table, mais je crois que j'ai toujours préféré les alcools forts. C'est comme le piment, un truc de défoncé. La cave est au sous-sol, le bar est en haut. Mon père qui avait été barman au Ritz, un de ses cent métiers, m'avait appris à composer des cocktails américains, mais plus personne n'y semble attaché. Les traditions se perdent. J'ai pourtant la panoplie complète. Je secoue le shaker pas plus de deux fois par an. La vodka et l'aquavit sont au congélo, mais ce sont les rhums qui descendent le plus vite. Sans compter le vin d'orange et la gentiane de Jean-Claude. Ma préférée, c'est sa liqueur de nèfles. 40 noyaux, 40 sucres, 40 jours à macérer dans un litre à 40°. La poussière recouvre la plupart des flacons. Le vin s'envole chaque fois que l'on va dîner chez des amis. Depuis des années je fais aveuglément confiance à Pierre pour choisir les vignobles. Je n'ai plus qu'à jouer des poids et des haltères pour regarnir les places vides et étancher ma soif... Et puis j'aime l'eau, l'eau fraîche, glacée. En vérité j'aime tout. Tout ce qui se boit, tout ce qui se mange, tout ce qui sent bon, qui sonne bien, tout ce qui est joli à voir et à toucher. Aimer. C'est bon.

lundi 2 mai 2016

Les souffrances des jeunes vertèbres


Les copains me disaient que j'en avais plein le dos et me conseillaient de changer de vie. J'avais tout de même fait des radios en 1983 et quelques années plus tard je suis entré dans un tube qui ressemblait à un cercueil relooké 2001, l'odyssée de l'espace. Les machines ont beaucoup changé depuis, et l'aspect claustrophobe de l'IRM a presque disparu. On est allongé sur une table de kiné qui glisse sous un court tunnel ouvert aux deux extrémités. Un casque diffusant une musique sans style protège du bruit des bobines qui vibrent et produisent un rythme binaire de techno lourdingue. Une poire glissée dans la main vous permet d'éventuellement avertir le préposé du moindre désagrément. La séquence m'a semblé durer une dizaine de minutes.
Lorsque j'avais 20 ans je transportais seul mes enceintes amplifiées Yamaha de 1,80m de haut pesant 60 kg chaque lorsque je partais en concert. L'épreuve résidait à les enfiler dans la voiture par le haillon. À cet âge les tours de rein passent en deux ou trois jours. Lorsque j'eus 31 ans , terminant une séance d'enregistrement dans mon sous-sol avec Un Drame Musical Instantané vers 3 heures du matin et désirant débrancher mon synthétiseur PPG j'attrapai les câbles en torsion et me retrouvai à genoux avec un grand cri japonais. À cette époque on allait se faire décoincer chez un kinésithérapeute. Le bon Docteur Thébaut Place de la Concorde expérimentait toutes sortes de techniques comme la magnétothérapie. Plus tard je passai à l'ostéopathie crânienne, puis au massage chinois Tui Na An Mo, voire l'EMDR, et aujourd'hui lorsque je me coince j'oscille entre crac et la rééducation par la méthode Mézières. Récemment j'enchaînai un lumbago suivi de cruralgies dansant d'une jambe sur l'autre. Cette bascule instantanée des douleurs de l'aine droite et gauche justifia que je repasse une IRM, histoire de numéroter mes abattis.
Alors que les images d'il y a 25 ans montraient une hernie discale L5-S1 et trois disques écrabouillés, celle de la semaine dernière révèle que la hernie est rentrée (merci au Docteur Mussi qui me fit faire des exercices autodisciplinés pendant toutes ces années), mais que l'ensemble des disques lombaires sont pincés et en hyposignal sur la séquence sagittale T2 témoin d'une discopathie dégénérative étagée, signifiant que toute ma production discographique lombaire est raplapla. Mon kiné actuel m'annonce que lumbago, sciatiques et cruralgies sont des problèmes de jeunes et que cela passe en vieillissant, la bonne nouvelle ! Quant aux séances Mézières elles m'apprennent à respirer et à retrouver une posture qui devrait m'éviter tous les déboires dont je suis victime depuis 32 ans. J'aurais bien cité le nom de tous les praticiens qui m'ont aidé à vivre pendant tout ce temps-là, sans compter les prescriptions d'analgésiques et d'anti-inflammatoires, mais cela fait beaucoup de monde et je ne suis pas certain qu'ils aient l'envie ou les moyens de récupérer plus de patients qu'ils n'en ont déjà !
Si vous avez réussi à lire ce billet médical et paramédical jusqu'ici, je conseillerai simplement aux plus jeunes, qui se croient donc invincibles, de ne pas soulever de poids en torsion, de plier les genoux, de porter une gaine comme font les motards, d'éviter le métier de contorsionniste, de faire du sport mais sans jamais forcer et de vivre vieux pour apprécier le bien fondé de ces avertissements.

jeudi 28 avril 2016

Toï ète Moï


En allant changer la bouteille de butane chez Ismaël, adorable épicier des Lilas/Bagnolet qui rend service à tout le quartier, je tombe sur un cageot d'oranges espagnoles Toi et Moi. Mon cœur se serre, car elles sont plus ou moins à l'origine de ma naissance ! Mon père en frimeur patenté, on se demande de qui je tiens, pérorant devant ses futurs beaux-parents et voyant arriver le dessert, nous sommes en 1951, avait voulu étaler sa culture gastronomique et ses dons pour les langues étrangères. Toi et Moi était ainsi devenu Toï ète Moï ! Dans les années 90 cette anecdote m'avait inspiré une chanson que nous avions mise en musique avec Bernard Vitet pour l'album Carton. L'accordéoniste Michèle Buirette, qui incarne ici ma mère, lui donne la réplique :



TOÏ ET MOÏ
(prononcer Toï ète Moï)

J't'ai présenté à mes parents
Qui t'ont trouvé plutôt frimeur
Lorsqu'est arrivé le dessert
Et que tu t'es exclaffamé
Huum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
Imprimé sur la pelure
De ces oranges : TOI ET MOI
Une promesse de vie commune
Mais sous l'écorce, fruit défendu

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons chantée comme au Bolchoï

Pressant le fruit, coiffant la fleur
J'eus les pépins de la famille
Les faims de moi étaient ta mère
Pour le fromage je fis tintin
Hum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
La marmelade où tu m'as mise
A tout connaître nous n'hûmes rien
Et si ce soir je mets les bouts
C'est bien sur l'air de la sanguine

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons grillé comme au Monoï

lundi 11 avril 2016

3,1415926535897932384626433832795028841971693993...


J'ouvre les yeux. Il fait noir. La lettre Π se détache sur le plafond. Trois heures et quart du matin. Je ne dors pas. À moins que ce soit un rêve ? Si c'était le K, il aurait repris de plus belle puisque je les ouvre à nouveau à quatre heures vingt trois. Le réveil lumineux projette les chiffres au-dessus de ma tête. Danse des heures. Depuis quelques jours je dors sur le dos pour soulager mes vertèbres. Exercice Mézières. Inspirer en gonflant le ventre, souffler en le creusant et en faisant descendre les côtes, mouvement vers le haut à partir du plexus. Pendant que je m'étire, je révise. Que j'aime à faire apprendre ce nombre utile aux sages ! Immortel Archimède, artiste ingénieur, qui de ton jugement peut priser la valeur ? Pour moi, ton problème eut de pareils avantages. Jadis, mystérieux, un problème bloquait tout l'admirable procédé, l'œuvre grandiose que Pythagore découvrit aux anciens Grecs. 0 quadrature ! Vieux tourment du philosophe, insoluble rondeur, trop longtemps vous avez défié Pythagore et ses imitateurs. Comment intégrer l'espace plan circulaire ? Former un triangle auquel il équivaudra ? Nouvelle invention : Archimède inscrira dedans un hexagone, appréciera son aire, fonction du rayon. Pas trop ne s'y tiendra, dédoublera chaque élément antérieur ; toujours de l'orbe calculée approchera ; définira limite ; enfin, l'arc, le limiteur de cet inquiétant cercle, ennemi trop rebelle, professeur, enseignez son problème avec zèle... En comptant les lettres on peut retrouver les premières décimales de Π. Les ponctuations ne comptent pas et les mots de dix lettres valent zéro. J'ignore aujourd'hui à quoi cela pourrait bien me servir. Ma règle à calcul ne sort plus du tiroir. Elle m'est devenue ésotérique. Les chiffres au plafond tournent comme une auréole sous les pattes d'une araignée géante qui resoude mes synapses pendant mon sommeil. Hallucination ? Folie ! Les anti-inflammatoires et les analgésiques participent à la sarabande. J'aime les chiffres pour les faire basculer, leur tordre le cou. Ils sont la forme de mes élucubrations artistiques, là où les lettres, moins flexibles, expriment mes sentiments. Je les pèse et soupèse, les fais glisser d'un bord à l'autre, je les ajoute et les retranche, je les laisse parfois dessiner tout seuls. Le texte est une prose, ils sont la poésie.

mardi 5 avril 2016

Newsletter d'avril


Ma capture d'écran laisse de côté la majeure partie de mes activités, car la suite rappelle des nouvelles qui n'ont pas changé depuis la newsletter du mois dernier. Elle est par contre envoyée dans son intégralité à plus de 700 correspondants qui en ont fait la demande ou qui figurent dans mes tablettes depuis une quinzaine d'années. Comme j'utilise l'application flicarde MailChimp qui permet de joindre tout le monde d'un seul clic, je sais aussi que 37,4% seulement des courriels ont été consultés, ce qui paraît-il est un très bon résultat. Il faut savoir que ce logiciel permet de savoir qui, quand et comment le mail a été lu. J'avoue ne pas rentrer dans ces détails, mais je me souviens l'avoir utilisé il y a quelques années pour la sortie de mon second roman USA 1968 eux enfants et avoir constaté qu'absolument aucun journaliste n'avait ouvert le courrier personnalisé qui leur avait été adressé. Je m'abstiens donc de cette déconvenue en espérant que mon travail continue à intéresser du monde.
On notera donc l'association fructueuse avec la créatrice sonore Amandine Casadamont, projet que nous souhaitons jouer sur scène aussi souvent que possible, en particulier à l'étranger. L'album Harpon donne dores et déjà une bonne idée de nos possibilités improvisatrices ! L'autre évènement très attendu est la sortie du vinyle avant toute sur le label Le Souffle Continu, duo préhistorique signé Birgé-Gorgé puisqu'il se situe chronologiquement avant mon premier disque, l'album culte Défense de. Nous aurons bien entendu l'occasion d'y revenir... Sinon le blog fera une pause de trois semaines en mai, repos bien mérité, hors perfusion Internet.

mercredi 30 mars 2016

La mémoire en rappel


La mémoire est fragile, constamment reconstruite au fur et à mesure que les informations s'accumulent dans notre ciboulot, figée à force de se polariser sur un détail ou volatile jusqu'à l'oubli total. Produit du présent, elle forge l'avenir sans aucune certitude du passé. Demandez à plusieurs témoins de reconstituer le moindre évènement après quelques années et il perdra toute véracité au profit d'un puzzle complémentaire ou sujet à d'inexplicables contradictions.
Hier j'écrivais ne pas me souvenir quand et comment j'avais rencontré la créatrice sonore Amandine Casadamont avec qui je viens d'enregistrer un album inaugurant une collaboration des plus excitantes. Or Amandine m'avait rappelé le jour-même en quelle occasion nous nous étions croisés, mais je n'y avais pas fait attention. Hier Laure Milena, dont je me souvenais pourtant qu'elle en était l'initiatrice, me raconte qu'elle avait invité Amandine, avec qui elle travaillait à l'époque, à venir me voir jouer avec Antoine Schmitt, un projet de flux radio et image d'ordi en devenir, qui leur avait beaucoup plu à toutes les deux. Elle nous avait présentés après le spectacle, mais comme souvent en sortant de scène je n'en garde aucun souvenir. Je raconte cette petite histoire parce que Laure ne fut pas la seule à relever ma perte de mémoire... Le 17 avril 2010 Antoine et moi présentions en effet Mascarade à l'Espace Mercoeur à l'invitation des soirées IRL (In Real Life) en avant-première de la création qui ferait l'ouverture du FIMAV (Victoriaville, Québec) en première partie de notre opéra pour 100 lapins connectés, Nabaz'mob.


Les 3336 articles de mon blog, en marge de leur fonction quasi encyclopédique, représentent d'ailleurs un fantastique pense-bête que je consulte régulièrement puisqu'ils me tiennent lieu de journal quotidien depuis bientôt douze ans. De même les images qui les accompagnent dessinent une chronologie que le temps a tendance à dissiper dans sa subjective élasticité. Lundi Françoise, attirée par la musique qui se construisait dans le studio, fit quelques clichés de notre duo après avoir filmé l'enregistrement de deux de nos improvisations. Et chacun, chacune de sortir son appareil pour immortaliser la scène ! Amandine poste une photo sur FaceBook tandis que je cherche à capturer l'envers du décor où l'aiguille brille. Plus tard nous réaliserons ensemble la pochette de Harpon en étalant par terre les vinyles utilisés pendant la séance.
Dans le cas d'improvisations totales ce n'est que le lendemain que je découvre réellement ce que nous avons joué et mixé. J'aime ce faux magma rigoureusement agencé dans un état semi-comateux où nous contrôlons pourtant le moindre de nos gestes. Les scories y sont les garantes du vivant, complicité de l'imprévisible. Nous reconnaissons l'une et l'autre notre goût pour l'écriture cinématographique, dialectique des plans prenant tout leur sens au montage en direct, perspectives sonores jouant de la profondeur de champ, mais aussi profusion des détails offrant quantité d'interprétations selon les auditeurs, énigmes produites par les ellipses, abstractions que seule la musique suscite...

mercredi 16 mars 2016

Quand je ne fais rien...



Avant de s'envoler pour Bahreïn où elle reprend l'opéra Carmen avec l'Orchestra di Piazza Vittorio, Elsa m'a aidé à mettre en forme ma newsletter. Cette actualité est longue comme le bras. Envoyée par mail, je l'ai reproduite ici parce qu'elle résume bien ma non-activité. Tout ce qui y est annoncé est terminé à mon niveau. Les expositions suivent leur cours, les disques à paraître sont entre les mains des producteurs, les applications pour tablettes bénéficieront de mises à jour... Il n'y a que le blog qui s'écrive au jour le jour, avec une pause vacances prévue au mois de mai où, Françoise et moi, nous nous envolerons pour Naples, Ischia et les îles éoliennes. Repos bien mérité.
Néanmoins, en attendant l'hypothétique coup de fil de Monsieur De Mesmaeker, je classe les archives et prépare l'album du trio El Strøm que nous avons décidé de publier chez GRRR avec Sacha Gattino et Birgitte Lyregaard. Un autre projet personnel me tient à cœur, mais j'ai du mal à m'y remettre sans perspective de débouchés sérieux. On verra cela au retour.
Vendredi prochain à 19h je fais aussi un petit set avec Antonin-Tri Hoang pour soutenir le collectif des Baras qui squattent le 72 rue René Alazard à Bagnolet. Venez ! Il y aura aussi Blick Bassy, Étienne et Léo Brunet, Jah Nool Farafina, Dié... Et les Baras, Africains chassés de Libye par notre guerre, auront préparé le mafé et le tiep !

N.B.: si vous souhaitez recevoir la newsletter (avec liens opérationnels !), écrivez à info(at)drame.org

jeudi 10 mars 2016

Pris dans ses filets


La grippe, mais laquelle, m'a repris dans ses filets. Moins de deux mois après avoir été terrassé par un méchant virus, un de ses cousins mal intentionnés vient de nouveau frapper à ma porte. Quelle drôle d'idée de lui avoir ouvert sans regarder dans le judas ? Ce ne sont pourtant qu'images tordues par la fatigue. Le seul trou où coller mon œil est d'un noir aspirant et le filet est un filtre flou m'empêchant de faire le point. Il aura bien fallu sortir dans le monde pour contracter la maladie. Le pire, c'est que je ne suis pas le seul à replonger une seconde fois, et ce sont presque les mêmes à être barbouillés et perclus de courbatures. Étrange. Peut-être ai-je trop forcé sur la corde et cette semaine post-partum était la porte ouverte à cette harassante glissade ?

jeudi 3 mars 2016

Drôle de mélange


Hier après-midi. Quelques minutes d'un drôle de mélange. De gros flocons blancs volaient dans tous les sens. Les feuilles du palmier et les bambous ont commencé à plier, mais le vent les secouait et le soleil les a fait fondre. Le silence s'est effacé sous les gouttes. J'ai imaginé des fruits exotiques, bananes et mangues fraîches, relevés au piment de la Réunion, nappés de copeaux de glace à la noix de coco et d'un sorbet au cacao amer. Ou bien un guacamole comme celui que je viens de préparer, oui c'est ça ; un gros avocat du Pérou mixé avec un oignon rouge, une tomate, quelques herbes, du citron, une bonne cuillérée de miel, un bouillon dashi, une pointe de gingembre, du poivre Sansho. La buée sur le miroir gommait ma silhouette un peu large. Une barque m'attendait derrière le mur de briques. J'ai plongé. Lorsque je me suis réveillé, le vent avait repris de plus belle, j'ai failli m'étaler sur le pont inondé, les clochettes suspendues un peu partout tintaient à qui mieux mieux, de l'âtre soufflait une corne de brume en rafales comme si cela venait d'en bas. Quelqu'un s'est demandé tout haut combien de fois il verrait encore la neige tomber...

mardi 1 mars 2016

Envolée


À force d'extase on finit par léviter. Prendre de la hauteur ne ferait pas de mal. S'évader du plateau de jeu. Même revigorante, la monomanie de ces derniers jours est une passion dévorante. S'allonger à plat dos et regarder le ciel. Ce que sont les nuages. Champ. Contrechamp. J'apprends à plaquer ma colonne au sol. La clef ? L'étirement. Du bout de l'orteil à la pointe du cheveu. Cela va loin. L'éther. Je suis aux anges. Hé ho je suis là, tu me vois pas, là, tout en haut ? La grande roue se fige. Deux petits points rouges. Vue sur la vie. C'est bon de croire qu'on n'a rien à faire et que l'on ne fera rien ! Doucement redescendre.


Vague illustration de ce que je racontais dans le premier paragraphe, Che cosa sono le nuvole? (Ce que sont les nuages ?) est un mes courts métrages préférés. Pier Paolo Pasolini a tourné ce sketch en 1967 pour Capriccio all'italiana avec Totò (Jago), Ninetto Davoli (Otello), Laura Betti (Desdemona), Franco Franchi (Cassio), le chanteur Domenico Modugno... Sans sous-titres il reste le spectacle de marionnettes. Shakespeare. Je ne me lasse non plus jamais de deux autres sketchs de Pasolini, La Ricotta tiré de Rogopag et La Terre vue de la Lune (sic) tiré des Sorcières... Rapports de causes à effets, je suis imprégné de Carambolages (voir précédents articles) !

mercredi 24 février 2016

Une équation qui ne passe pas


Dix jours après l'accident qui a emporté Ulysse, je n'arrive pas à me débarrasser d'une image qui me poursuit. Lorsque je l'ai découvert gisant dans la rue, là où quelqu'un l'avait déposé devant notre porte sans oser sonner, j'ai agi comme je l'ai toujours fait confronté à une catastrophe, d'un sang-froid exemplaire. Cela m'aide certainement à surmonter l'épreuve sur le moment, mais les conséquences sont dévastatrices. J'ai cherché à protéger Françoise, l'empêchant d'approcher de trop près. Elle est venue tout de même. En réalité, dans ces moments, je me défends comme un diable contre mes propres sentiments, refoulant l'émotion qui m'assaille. Les sanglots éclatent plus tard dans le calme de la solitude quand il est impossible de cantonner la tristesse au reniflement. Ce dimanche les fontaines du Trocadéro inondèrent Bagnolet. La semaine s'écoulant, les larmes se raréfièrent peu à peu. Nous avons enterré le petit chat chez une tendre amie sous un cerisier. Mais je ne dors pas. Une équation ne passe pas : l'image d'Ulysse, raide comme une planche, trop présente face au souvenir impossible de sa vitalité d'acrobate. J'ai simplement crié "Oh non !" et les dominos se sont écroulés les uns sur les autres. On pleure souvent beaucoup plus un animal qu'une personne. C'est étonnant. Est-ce disproportionné ? Qu'est-ce que cette mort vient titiller en nous ? Ulysse n'avait pas un an. Il avait toutes les qualités rêvées chez un vrai chat, il ne griffait pas, ne mordait pas, ne volait pas, se laissait soigner, d'autant que c'était un casse-cou, il ronronnait, nous câlinait, obéissait, jouait comme un fou, il rapportait tous les matins une souris qu'il dévorait sur la moquette blanche sans laisser une seule trace, les voisins infestés lui en savent gré, il n'avait peur de rien. C'est probablement ce qui l'a tué, une confiance absolue dans l'autre. Il ne craignait pas plus les automobiles que les passants, se laissant prendre dans les bras par des inconnus. Lorsqu'il voulait attraper la queue des chevaux en montagne, nous avions peur d'un coup de sabot. Nous ne sommes jamais allés aussi souvent chez le vétérinaire pour un chat. Une morsure d'un gros matou, un coup de griffe sur l'œil, un truc à la bouche. Et puis le dernier choc, fatal. Aucune blessure. Sa fourrure aussi douce, mais son corps raidi par la mort. C'est probablement cette équation insupportable qui m'obsède. Il ne marchera plus debout sur ses pattes arrière. Il ne fera plus des bonds incroyables dans les airs. Il ne grimpera plus à la cime des arbres, sur les branches les plus fines. Ulysse nous laisse orphelins, mais comme dit Françoise il a eu une vie fulgurante.

dimanche 14 février 2016

Sombre dimanche

Quelqu'un a déposé le corps raide d'Ulysse devant la maison. Probablement cogné par un fou du volant. Le petit chat était trop confiant, il n'avait peur de rien, visitait les voisins... C'est si douloureux, mais il a vécu libre. C'est irréel.

mercredi 10 février 2016

J'ai seulement froid, mais non


J'ai seulement froid. Mais non, je ne dois pas penser ainsi. Je respire profondément pour éviter à mes muscles de se contracter sous l'assaut du vent glacial qui vient lécher les jambes de mon jean trempé. Il pleut des hallebardes. Des gouttes moins grasses qu'en pleine mousson et sans la tiédeur asiatique, d'autant que nombreux restaurants sont fermés pour cause de nouvel an chinois. Il est de coutume de passer ces fêtes en famille. Les touristes éviteront donc de se trouver là-bas pendant cette semaine morte. Nous nous réfugions dans le premier restaurant ouvert, un libanais où je n'arrive pas à sécher. C'est en sortant que le froid me saisit. La pluie a fait chuter la température. Vêtu d'un simple anorak, je marche les bras ballants le long du corps en cherchant à ne pas me crisper, seule façon que je connaisse pour ne pas attraper la crève. Rentré à la maison, je me change et devant le feu que j'ai allumé dans la cheminée je tape ces lignes en alibi et chauds habits. Pour donner le change ? En réalité je fais semblant de ne pas travailler. Le soir, comme j'éternue malgré tout, je prends trois granules d'alium cepa 4CH. En principe, ça marche. Les dernières braises s'éteignent. Je m'enfouis sous la couette.

lundi 1 février 2016

La boule à zéro


À la veille de mon concert avec Bumcello, Françoise m'a proposé de me couper les cheveux. Idée aussi sotte que grenue, car je me suis retrouvé avec la tête pleine de trous, certes amoureux, mais d'une esthétique qui frisait la maladie ou la collaboration à la Libération ! Je suis donc allé demander du secours à mon ami Sun Sun qui possède une tondeuse. Le sculpteur n'eut d'autre choix que de se baser sur les plus petits brins pour égaliser ma coiffure grisonnante. Sous cette météo froide et humide je n'ai d'autre solution qu'enfiler un galure. Heureusement j'en ai quelques uns très fantaisie, comme celui avec de longues oreilles d'âne ou de zèbre que je coiffai pour le concert de la semaine dernière...

Photo © Gérard Touren

mercredi 20 janvier 2016

Spirale


Rien à raconter parce que je ne peux rien écouter, rien voir, rien lire, rien dire, même pas regarder les mouches voler. D'abord à cette époque il n'y a pas de mouches, ensuite je reste dans le noir les yeux fermés. La fièvre ne baisse pas. J'ai réussi à avaler une tranche de jambon blanc. J'ai annulé mes rendez-vous. Ulysse est probablement trop jeune pour comprendre qu'il devrait venir me câliner en s'allongeant sur la couette. Pris d'une quinte de toux toutes les demi-heures il m'est impossible de dormir. Je ne m'ennuie même pas. Si je n'avais le soupçon que les végétaux sont aussi vivants que les animaux je dirais que je suis un légume. Les végétariens manquent d'imagination, ils ignorent le cri de la carotte qu'on arrache de la terre. Je suis un légume pris dans une spirale bouillante avec au-dessus un couvercle qui maintient la pression.

Le troisième jour je remonte doucement à la surface. Le mal s'est déplacé vers le ventre, le dos et la gorge. Grosse fatigue. Je vois le bout du tunnel. Il n'y a pas de lézards, mais un vilain virus qui mord ma barbaque et en a déjà avalé quatre kilos. J'espère inverser la spirale comme on retourne un gant ou une chaussette. On peut remplacer l'un par l'autre, mais pas le contraire. Lorsque je ne marinerai plus dans la chaleur de la maladie j'enfilerai ma nouvelle doudoune à damier multicolore pour affronter le froid. Pour l'instant je m'éteins dans le noir...

Illustration de Jean Bruller dit Vercors

mardi 19 janvier 2016

Grippal ?


Je suis rarement malade, mais alors là c'est le pompon. J'ai une enclume à la place du crâne, mal aux oreilles, de la fièvre, la toux me casse le dos, je ne tiens pas sur mes jambes et la position couchée me fait tousser. Je vois les lettres que je tape danser devant mes yeux fatigués, je n'ai plus de souffle et mon nez coule. Comme si toutes mes défenses immunitaires lâchaient en même temps ! J'espère que mon état va s'améliorer, parce qu'à cette heure c'est à peine supportable. J'identifie très bien les raisons du moment et les causes, mais cela me fait une belle jambe.
J'adorerais utiliser une ou plusieurs enclumes dans ma musique, mais pas aujourd'hui. La première utilisation remonterait à l'opéra d'Auber, Le maçon, en 1825, suivi par Hector Berlioz dans Benvenuto Cellini en 1838. Giuseppe Verdi en a deux dans Le trouvère en 1853, Richard Wagner monte à dix-huit pour L'or du Rhin en 1869, mais une seule dans Siegfried en 1876. C'est évidemment toujours justifié par les situations dramatiques. Carl Orff, Benjamin Britten, Gustav Holst, Aaron Copland et tant d'autres s'en empareront au risque de se coltiner un lumbago ! La première fois que j'en ai entendu une c'était dans Ionisation d'Edgard Varèse dans la version Robert Craft.
La mienne est nulle, elle ne fait aucun bruit, et pourtant ça cogne.

mercredi 6 janvier 2016

Zone de travail


Les journées d'hiver sont bien courtes. Cette première semaine de l'année commence mollement. Les administrations marchent au ralenti. Leurs sites Internet sont en maintenance. Raison de plus pour investir très tôt le studio, avant que le téléphone ait commencé à sonner et d'avoir l'esprit pollué par quoi que ce soit ; tout frais, j'attaque un grand projet personnel entamé il y a une dizaine d'années et les mots de la première chanson me viennent aisément. Les rimes coulent de source. L'après-déjeuner suggère des travaux plus mécaniques comme copier des reportages sonores que j'ai enregistrés sur cassette il y a trente ans ; la corbeille de la Bourse est facilement datable puisqu'elle a été remplacée par des traders devant leurs écrans d'ordinateur en 1987. J'utilise des bandes encore plus anciennes comme la roulette du Casino de Deauville que les élèves croupiers avaient fait tourner pour nous et un soir de 14 juillet qui, associé aux cris du Palais Brongniart, sonne comme une charge de CRS. J'avais déjà calé les voix de mon père et de ma petite sœur rescapées des années 50. Au fur et à mesure de la journée j'avance doucement sur les pièces suivantes, mais quand tombe la nuit je bifurque vers des travaux manuels pour lesquels je n'ai a priori aucune appétence.


Les ouvriers nous faisant poireauter depuis des mois, je passe au bricolage sauvage. Ayant réussi à faire tenir le nouveau radiateur électrique du studio en équilibre sur les anciens supports, je recolle le miroir des toilettes et fabrique un système de fortune pour avoir une lampe agréable derrière soi lorsque l'on souhaite y avoir de saines lectures comme la revue Schnock ou le Manuel de survie. Pendant qu'Armagan et Christophe nous racontent leur séjour en Géorgie je fixe des petits miroirs sur la porte du réfrigérateur avec du ruban adhésif double face très costaud, histoire de pouvoir jeter un coup d'œil à sa silhouette avant d'entamer le repas. Mais est-ce bien raisonnable, alors que je ne le suis pas ?

lundi 28 décembre 2015

Second stade du miroir


Ulysse découvre la tête qu'il a, affublé de la collerette qui l'empêche de se gratter l'œil. Il a pris un coup de griffe, à moins que ce ne soit une brindille. Toujours aussi téméraire, il grimpe à toute vitesse en haut des arbres, sur les branches les plus fines, mais l'églantier est plein d'épines et le yucca fabrique des piques acérées. Comme si cela ne suffisait pas, question congénitale ou résultat d'une infection, il manque de larmes. Notre jeune chat ne pleure pas, même lorsqu'il se fait mal. Conclusion, nous devons lui mettre des gouttes pour humecter sa cornée. Depuis hier il rigole pourtant un peu moins. Il marche à reculons, rase les murs et fait des bonds comme s'il avançait sur des braises. Interdit de sortie il tourne en rond ou s'affale les pattes pendantes au bord du lit, lui dont les fugues quotidiennes sont légendaires dans le quartier, je devrais dire les visites tant il a annexé nombreuses demeures de notre rue, y compris le squat des Baras chassés de Lybie par l'intervention armée de la France et toujours sous la menace d'une expulsion. Hier matin j'ai heureusement été réveillé par ses cabrioles : il avait réussi, mauvaise idée, à retirer partiellement son corset de plastique, se coinçant douloureusement la mâchoire. Il est pourtant indispensable de l'empêcher de se gratter l'œil. Nous lui faisons maintes caresses et gratouillis, le brossons et le câlinons en comptant les jours qui le séparent de la libération. En attendant il se regarde dans la glace, offusqué par ce que l'ophtalmologue l'oblige à porter. Mais ce qu'il voit dépasse l'artifice et le laisse perplexe.
straight talk iphone users can opt