Jean-Jacques Birgé

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vendredi 23 février 2018

Tentative d'évasion


Suite du dépouillement des archives trouvées en haut de l'armoire.
Mon père, Jean Birgé, avait une belle écriture. Il écrivait l'allemand en gothique comme il parlait l'anglais avait l'accent d'Oxford. J'ai beau savoir qu'il écrivit avec Boris Vian des romans licencieux sous pseudonyme, j'ignore lesquels alors qu'ils figurent probablement parmi les 7000 livres rangés sur les étagères de sa bibliothèque. Il fut également correspondant du Daily Mirror pendant quatre ans à Paris, interviewa Winston Churchill et Paulette Godard, travailla à France-Soir, etc. En classant les archives retrouvées récemment chez ma mère, je découvre un article du Parisien Libéré du jeudi 16 mai 1946 qu'il a signé Jean Boisnet. C'est à Angers au 34 rue Boisnet qu'il avait grandi et j'y reconnais un épisode de son histoire. Je recopie ici l'article en question augmenté de détails [entre crochets] présents sur le brouillon qui l'accompagne.

Confidences au Cherche-Midi
"Compagnon de cellule Yvon me disait..."
L'affaire de "la Perle d'Asie", appelée le 6 décembre dernier devant la 16e chambre correctionnelle, fut renvoyée cinq fois. Son procès, fixé enfin au 15 mai, fut encore retardé il y a quelques jours du fait de l'état mental de l'accusé. Mais Yvon Collette a préféré ne pas attendre un septième renvoi éventuel et quitter, dans des circonstances spectaculaires relatées d'autre part, l'infirmerie spéciale du dépôt. Cette évasion sensationnelle et minutieusement préparée semble montrer que Collette n'était pas si fou que les magistrats voulurent bien le croire. Et voici d'ailleurs un document unique dont l'auteur fut compagnon de cellule de Collette avant la Libération, qui permettra de se faire une idée du personnage étrange, le "Carlo" que Boisnet a connu :

« Un visage bouffi aux pommettes saillantes, sur lesquelles la peau éclatée attirait l'œil, des orbites au fond desquelles brillaient des yeux mobiles étonnamment vivants [seuls vivants dans cette masse meurtrie s'étageant entre le gris et le jaune autour de balafres sanguinolentes et auréolées] : tel m'apparut mon compagnon. C'était Yvon Collette.
[Je fus déposé sur un lit de l'infirmerie du Cherche-Midi. Neuf jours de jeûne total et les vaines brutalités des sergents d'étage Humed et Schneider avaient réussi à convaincre le "Sanitär" que j'étais bien réellement paralysé et non un habile "zimulateûr". Extrait de la cellule où j'étais au secret depuis bientôt deux mois, c'est avec une joie et un soulagement indicible que je constatais la présence d'un compagnon. Des draps bien que trop étroits et en charpie mirent le comble à mon confort. Après que j'ai parlé pendant plus d'une demi-heure, c'était si bon, mon co-détenu profita d'un instant d'essoufflement pour se présenter.]
Yvon Collette se faisait appeler Carlo, nom de théâtre en Belgique où il aurait été ténor [et qu'il avait repris, depuis l'Occupation. Il m'exhiba ensuite] son torse strié de zébrures, la peau de son dos figurait assez bien une maquette géographique d'un relief accidenté, avec des cloques et des croûtes suintantes [sur un fond gris bleu tournant par endroit au violet].
Interrogé pendant trois jours, 300 coups de nerf de bœuf ne l'avaient pas fait parler [Il n'avait pas parlé et il avait quitté la rue des Saussaies dans un état comateux, qui lui avait valu un premier séjour à l'infirmerie au cours duquel il avait commencé à préparer une évasion qu'il n'avait pu encore réalisée]. Carlo me montra le lendemain un barreau aux trois quarts scié.
Tâche de te retaper en vitesse, me dit-il, [je ne peux réussir seul], il faut que tu tentes la chance avec moi. [D'accord sur le principe, mon état ne me permettait malheureusement pas d'envisager une tentative immédiate, et les jours passèrent lentement tandis que le Pyramidon calmait peu à peu mes douleurs et me permettait de retrouver progressivement l'usage de mes membres. Soulagé de ne plus être seul et surtout d'être à l'abri des sévices, nous jouissions d'un régime de faveur, nous avions fabriqué un jeu de dames et l'aumônier nous avait apporté un jacquet, ce qui nous permettait de dépenser le temps entre les longues confidences que la cellule occasionne. Carlo se livrait davantage et m'exhiba bientôt toutes ses richesses !]
Plein d'astuce, Carlo réussit à faire un couteau, le manche d'une brosse à dent affûté sur le fer du lit [et consolidé par des brindilles de bois ligaturées par des fils tirés des couvertures, et un crayon, une mine de 3 cm, rendu utilisable par un manche similaire à celui du couteau. Il me raconta aussi comment il venait de réussir à revenir à l'infirmerie grâce à un ulcère de l'estomac et me présenta enfin un stock important d'enveloppes de néo-pansements qui constituaient notre réserve de papier à lettres. Dès le lendemain...] nous rédigeâmes nos premiers messages, toujours sur le qui-vive à cause du "mouchard" où un œil scrutateur apparaissait silencieusement à toute heure du jour et de la nuit.
Le plus furtif glissement dans le couloir faisait disparaître promptement crayon et papier dans notre paillasse. [La chaleur qui sévissait alors nous permit d'obtenir que notre fenêtre sur la rue du Cherche-Midi reste ouverte de 9h à 17h.]
Deux jours plus tard, Carlo expédia avec dextérité, par dessus le mur, nos lettres soigneusement ficelées autour d'une savonnette, ramassées vivement par un passant sympathique. Nous attendîmes... [Nous renouvelâmes notre envoi. Successivement cinq ou six savonnettes, puis une paire de babouches, nous servirent de lest.]
Carlo, très bavard, se complaisait à raconter les tours de ses enfants qu'il adorait aveuglément ; puis, comme nos messages restaient sans résultat, il fut pris d'une crise de mystique religieuse et entreprit une neuvaine. [Pour la rendre plus efficace il voulait se mortifier et c'est à plat ventre sur le plancher, les bras en croix, qu'il récitait ses ferventes prières. Pas une parole ne sortait de ses lèvres le matin avant qu'il ne se soit livré à cette cérémonie et chaque soir il observait le même mutisme après ses prières. Au cours de la journée il suspendait soudain nos conversations ou nos parties de dames pour égrener un chapelet. Bientôt je pus me tenir debout...].
Au moment où je pensais être assez rétabli pour envisager de tenter l'évasion, nous arriva un troisième compagnon, [un Polonais] atteint d'une jaunisse, qui refusa de se joindre à nous [et nous sauva d'ailleurs la vie selon toute vraisemblance. Ainsi les journées continuèrent-elles à se succéder avec la même monotonie. Carlo nous raconta comment il avait bluffé les "boches" avec un coup de "faux-poulets" minutieusement combiné, mais comment la dénonciation de deux de ses associés l'avait fait "tomber". Toutefois il ne rentra jamais dans aucun détail sur l'exécution et la nature de ses exploits. La seule chose marquante de ces affirmations était la haine des "boches" qui l'avaient déjà obligé à quitter la Belgique, sa patrie, car il était déserteur de la NSKK où il avait été forcé de s'engager à la suite, me dit-il, de manœuvres de sa famille avec qui il était en mauvais termes. Il me pria de lui donner des cours d'anglais, car il voulait, dès sa liberté retrouvée, tenter de s'engager dans l'armée britannique, mais après des heures et des jours de rabâchage il dut convenir qu'il n'avait peut-être pas de très bonnes dispositions et son application des débuts se relâcha.]
Les auxiliaires qui venaient de temps en temps balayer l'infirmerie nous informaient de l'avancée des Alliés, [informations plus ou moins fantaisistes d'ailleurs, et de la régularité avec laquelle des convois de déportés étaient formés, vidant peu à peu la prison]. Puis la femme de notre troisième compagnon vint sous nos fenêtres. Enfin, une lettre était parvenue ! Nous prîmes contact par signes. La vie nous reprenait : chaque jour nous apportait une visite chère. Carlo, cependant, restait inquiet pour sa femme et ses enfants [se trouvant dans la région d'Evreux, avec le risque d'être séparé d'eux par l'avancée des alliés]. Un matin, il se mit à pleurer et à rire à la fois, transporté d'émotion à la vue de sa femme sur le trottoir, en face [à trente mètres de nous]. À ce moment, on vint le chercher pour lui faire une prise de sang. Il ne revint que vingt minutes plus tard. Ayant avoué au "Sanitär" la présence de sa femme, celui-ci l'avait installé juste devant la fenêtre ouverte, il avait prolongé la préparation de ses instruments et lui avait en définitive permis de rester plus longtemps à envoyer sourires et baisers. [À partir de ce matin-là, Carlo, un peu rassuré par la visite de sa femme, réussit à alimenter son besoin de tourments en lui reprochant, jusqu'alors taxée d'ingratitude, d'avoir abandonné ses enfants pour venir le voir.]
Mon état s'améliorait doucement et, d'autre part, les hautes doses d'huile de ricin dont on abreuvait notre troisième compagnon faisaient pâlir sa jaunisse [malgré tous nos soins], nous en vînmes bientôt à reconsidérer nos possibilités d'évasion. [Nous démontions chaque nuit les panneaux de notre fenêtre derrière ceux de la DP artistiquement camouflée. Une seule vis à enlever nous permettait de mépriser un énorme cadenas d'une sécurité intégrale. L'air plus frais de la nuit nous apportait un peu de bien-être et de sommeil qu'il nous eût été impossible de trouver dans l'atmosphère malodorante et surchauffée d'une cellule exposée au soleil du matin au soir et fermée à 17h. Le trajet à suivre, l'heure des rondes, chacun de nos gestes minutieusement calculé nous firent espérer être hors des murs en six minutes après le moment où notre fenêtre nous aurait livré passage. Nous décidâmes de passer à l'exécution. Le pied d'un tabouret fut décloué. Nous triâmes parmi nos serviettes celles qui paraissaient les plus solides et chaque soir les mettions à tremper après les avoir tordues très serrées et de même disposions-nous nos affaires pour être enfilées. Ainsi parés, nos dispositions furent prises pour que le barreau scié ne puisse résister à l'effort progressif de la torsion de nos serviettes par le solide pied de tabouret. Nous nous mîmes à veiller chacun à notre tour pour profiter de la première nuit assez obscure pour notre tentative. Plusieurs nuits de suite un clair de lune opiniâtre ne nous permit aucun espoir alors que nous conservions toutefois...]. »

Le texte s'arrête là. J'ignore si je retrouverai la suite. Cette évasion n'eut jamais lieu, puisque mon père réussit finalement à se faire la belle plus tard, en cisaillant les fils de fer barbelés du wagon à bestiaux qui l'emportait vers les camps de la mort. J'ai déjà raconté cette histoire dans le portrait que je fis de mon père.
Quant à Yvon-Joseph Collette dit Carlo, né le 25 octobre 1901 à la Louvière en Belgique, après s'être fait prendre pour avoir volé la "Perle d'Asie", un bijou de 605 carats, il s'évada de l'infirmerie du dépôt du Palais de Justice à Paris en s'emparant d'une bicyclette ! Le 6 avril 1944, quatre hommes armés, présentant des cartes de la Gestapo, avaient fait irruption dans l'appartement d'un agent d'affaires, rue Cassette. Le secrétaire du supérieur des Missions étrangères venait d'arriver pour traiter la vente du bijou estimé alors à 25 millions. On le retrouva, dans la chasse d'eau de l'hôtel qu'occupaient Collette et sa femme, Georgette Philippe, ainsi que 3 millions en argent et bijoux. Le voleur simulant la folie fut d'abord remis en liberté. Cependant les inspecteurs Dupont et Couzier lui découvrirent des activités de banditisme à la solde des Allemands. Arrêté à nouveau avec sa femme et des complices, simulant la folie, vêtu d'une camisole de force dans une cellule capitonnée, il avait été transféré dans une autre cellule après un incendie (!). Celle-ci fut retrouvée vide le lendemain alors que la porte était verrouillée de l'extérieur sans autre ouverture qu'un étroit guichet pour passer la nourriture à 1,50m du sol. On retrouva la camisole déchiquetée. Collette avait récupéré ses vêtements, "emprunté" le vélo d'un interne et franchi sans encombre la grille du Quai de l'Horloge. Sa femme fut inculpée aussitôt d'intelligence avec l'ennemi, raconte Franz Gravereau dans l'article du Parisien.

jeudi 22 février 2018

La dénonciation


Dans les papiers descendus du haut de l'armoire de ma mère, j'ai retrouvé la lettre de dénonciation qui envoya mon grand-père, Gaston Birgé, à Auschwitz où il fut gazé après avoir subi sévices physiques et intellectuels. À la Libération, son auteur, Roland Vaudeschamps, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale à vie. Pour commencer voici la lettre adressée au Mouvement Social Révolutionnaire, Pour la Révolution Nationale, Permanence locale 7 rue Montauban, Angers :

Angers, le 6 juin 1942
Monsieur le Chef du Service des Renseignements du M.S.R. Province, Paris
Cher Camarade,
J’ai l’honneur, dans le rapport suivant, d’attirer tout particulièrement votre attention sur les agissements de Monsieur Gaston Birgé, ancien Directeur de la Compagnie d’Électricté à Angers. Les renseignements qui constituent ce rapport sont rigoureusement exacts, ils m’ont été transmis par un ami employé à cette compagnie, Monsieur P……., entièrement acquis à l’idée de l’Alliance Franco-Allemande.
Monsieur G.Birgé, de race juive, a été marié une première fois à une catholique dont il eut un fils, Jean Birgé. Après la mort de sa première femme, il se remaria avec une Juive du nom de Lévy, d’où deux enfants, puis il divorça.
Il était affilié à la Secte maçonnique de la Grande Loge de France dont il était, sur le terrain local, un membre très influent, donc très nocif.
Après l’Armistice de 1940, par un opportunisme qui n’appartient qu’à sa race, il se montre subitement partisan de la collaboration, et sentant venir le vent, fait mettre tous ses biens dans le nom de son fils aîné, qui n’est pas considéré comme juif à cause de son origine maternelle. Il fait aussi, dit-on, baptiser ses deux autres enfants.
Le statut des Juifs lui interdit sa fonction de Directeur de la Cie d’Électricité, mais il y est, à l’heure actuelle, Chef d’un service très important et, ce qui est grave, continue à conserver avec le public les relations qu’une ordonnance allemande lui interdit. Il faut noter que, d’après ses propos récents, il se refusera à porter l’étoile imposée par la huitième ordonnance allemande, à partir du 6 juin.

En résumé, ce personnage est extrêmement nuisible car il cache sous une approbation de surface à la collaboration et à la révolution nationale sa haine juive pour tout ce qui touche notre pays et nos idées qu’il sabote, avec la sournoiserie habituelle à ceux de sa race.
Je compte donc sur vous pour mettre au plus tôt un terme aux agissements de cet individu. Je crois que l’infraction qu’il fera certainement à la 8ième ordonnance allemande peut servir de motif.

J’en parlerai de mon côté au service compétent allemand à Angers.
Veuillez, avec mon salut M.S.R., agréer l’assurance de mes sentiments très dévoués.
Le Chef de la Subdivision d’Angers,
R. Vaudeschamps

Les renseignements concernant mon grand-père et sa famille sont rigoureusement exacts et il refusera de porter l'étoile jaune. Il sera arrêté le 12 juin à l'arrivée de la Gestapo à Angers. Au cours du mois, un jeune résistant, Raymond Toutblanc, qui avait infiltré le M.S.R., s'était emparé de son dossier, où figurait la lettre de Roland Vaudeschamps. Toutblanc fut arrêté peu de temps après et mourut en déportation. Cypri, la secrétaire de mon grand-père, écrit qu'elle le rencontra rue Thiers, fit un bout de chemin avec lui par la rue du Port de l'Ancre avant de se cacher sous un porche pour être à l'abri des regards indiscrets, en particulier de la Gestapo susceptible de les surveiller tous les deux. Prisset, le P. de la lettre, employé à la Compagnie d'Électricité, tenait ses renseignements de sa chef de service, Mademoiselle Lioret, et probablement d'un certain Michel Favre. L'article du Courrier de l'Ouest du 17 juillet 1946 fait le portrait de Vaudeschamps, la trentaine, marié avec deux enfants, lunettes et raie au milieu, comptable à l'usine électrique jusqu'en novembre 1941, il passa par le MS.R. avant de partir comme travailleur volontaire en Allemagne, de faire de la propagande pour la L.V.F., de participer à certaines arrestations et d'adhérer à la Milice. D'après une lettre de décembre 1945 de Marcel Paul, Ministre de la Production Industrielle (ancien ouvrier électricien et futur créateur d'EDF-GDF !), Prisset semble n'avoir subi qu'une sanction disciplinaire, "interdiction définitive d'exercer la profession dans les Services Publics du Gaz et de l'Électricité". La lettre de dénonciation, retrouvée en 1945 près de Tours parmi les documents emportés par les Allemands, fut jointe au dossier d'accusation de Vaudeschamps qui sera jugé en 1946.
Mon grand-père passa 80 jours à la prison d'Angers avant d'être envoyé au Camp de Drancy en septembre 1942 qu'il quitta le 3 ou 4 septembre 1943 pour être déporté. S'il avait été arrêté comme Juif, il avait des fonctions importantes dans la Résistance comme me le racontèrent Marcel Berthier, puis très récemment Alain Bernier, fils du Maire d'Angers pendant la guerre. Mon grand-père et Victor Bernier avaient l'habitude de parler en code lorsqu'ils se rencontraient, du style "Untel ne va pas très bien ces jours-ci..." pour dire qu'il y avait urgence à lui faire passer la ligne de démarcation par exemple, ce que s'apprêtait d'ailleurs à faire mon grand-père avant d'être arrêté. Berthier, qui avait réussi à cacher les jeunes frère et sœur de mon père, ma tante Ginette et mon oncle Roger, me raconta qu'il recevait volontiers ses amis résistants comme lui et avait mis au service de la France Libre ses connaissances en électronique pour faire passer des messages en France non-occupée et plus tard en Grande-Bretagne aux moyens des réseaux électriques qu’il connaissait bien. (...) Il trafiquait aussi les chiffres de production et de consommation d'électricité. (...) Gaston Birgé avait "roulé" de très hauts personnages et ils n'ont pas aimé quand ils l'ont su. Il ne faut pas oublier que le château de Pignerolles à Saint-Barthélemy abritait un important État-Major de la Marine. C'était l'échelon militaire le plus élevé de la région, grosse consommatrice d'électricité (les bases, les radars, etc.) avec un droit de regard particulier sur les chiffres et sur ce qu'elle payait. Le poste de répartition d'Angers couvrait la zone : Lannemezan (Pyrénées), Eguzon (centrale hydraulique), Distré (Poste de transformation près de Saumur), Le Mans (SNCF), Caen, Paris (Métro) et les répartiteurs communiquaient entre eux par la téléphonie Haute-Fréquence que les Allemands ne pouvaient contrôler. C'était donc un système sensible et important.
Le 24 février 1949, une cérémonie à la mémoire des agents de la Compagnie d'Électricité morts pendant la guerre a lieu à Angers où sont vantés les mérites de mon grand-père, ancien élève des Arts et Métiers de Châlons, ingénieur, créateur et organisateur des œuvres sociales de la Compagnie d'Électricité d'Angers, Président de la Mutuelle, Administrateur de la Caisse d'Assurances Sociales. "Il était serviable à merci, et tous ceux qui ont sollicité son aide n'avaient qu'à lui exposer leurs besoins pour qu'ils soient immédiatement satisfaits, au-delà même de leur désir..." Un boulevard porte son nom à Angers, où y est stipulé "Mort pour la France".
Le reste du dossier des dédommagements de guerre comprend la liste du mobilier volé par les Allemands, ce qui me permettra, quand je l'aurai épluché, de me faire une idée de la maison qu'il occupait et où mon père a grandi.

P.S. : Dans le court métrage Nuit et brouillard d'Alain Resnais, ce sont toujours les derniers mots de Jean Cayrol qui me restent :
" Qui de nous veille dans cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue de nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part, parmi nous, il y a des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus.
Il y a tous ceux qui n'y croyaient pas, ou seulement de temps en temps.
Et il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin."

vendredi 16 février 2018

L'armoire au trésor


Comment un tel trésor aura-t-il mis 65 ans pour me parvenir ? À toute la famille il apparaît soudain. Pourquoi ni mon père, ni ma mère ne nous ont jamais ouvert les archives qu'ils possédaient ? Pour l'instant c'est surtout du côté de mon père que les révélations sont les plus renversantes. Je n'ai pas encore visité tous les tiroirs ni le haut du placard où, avec ma sœur, nous avons trouvé plusieurs cartons de dossiers, photos encadrées, documents dont le plus ancien remonte à 1806, avec en prime mes carnets scolaires !
J'ai commencé par envoyer aux membres de ma proche famille les scans d'une ébauche d'arbre généalogique, axé sur la lignée de ma grand-mère maternelle, dont le plus vieil ancêtre avait été élu député de la communauté juive de la Meurthe sous Napoléon. Il y a des noms, des dates, de ceux qui furent successivement propriétaire, négociant, voyageur, fabriquant de drap à Sarrebourg, puis à Metz. Ligne de démarcation contractuelle, les photos de mariage de mes parents font une bonne entrée en matière au paquet concernant mon grand-père paternel, Gaston Birgé, gazé à Auschwitz, dont je ne possédais que les copies numériques de deux photos envoyées gentiment par mes cousines suite à un précédent article de ce blog (voir les commentaires).


Là, c'est la claque. Il y a des dizaines de photos, peut-être plus, de mon grand-père, de mon père avant la guerre, de sa mère morte de la typhoïde en 1920 lorsqu'il avait trois ans, et de parents dont je ne sais rien, d'autant qu'il n'y est jamais stipulé aucun nom. Si je reconnais mes traits, la stupeur vient des témoignages qui évoquent Gaston que les détenus du camp de Drancy appelaient Louis l'électricien. Le principal dossier a été constitué par sa secrétaire qui avait entretenu une liaison longue avec lui. Cypri avait élevé plus ou moins mon père qui nous envoyait en vacances chez elle, rue Béranger à Angers, lorsque nous étions petits. On ne nous avait rien raconté. Il s'agit pour la plupart de documents rassemblés en vue de dédommagements de guerre suite au vol par les soldats allemands de tout ce que contenait la maison de Gaston, 34 rue Boisnet à Angers. Si y figure la lettre ignominieuse de la crapule qui le dénonça avec la complicité d'un employé de l'usine d'électricité dont mon grand-père était le directeur, on y trouve également le témoignage poignant de ceux qui admiraient sa générosité et sa promptitude à régler les problèmes de ses employés "au delà de leur désir". À la Libération, le délateur Roland Vaudeschamps fut tout de même condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale à vie. D'autres "collaborateurs" impliqués firent de la prison ou furent interdits de travailler dans le secteur où ils avaient sévi.
Je pensais que toutes les archives avaient brûlé lors de l'incendie qui coûta la vie à ma tante Ginette, demi-sœur de mon père, mais Cypri en avait fait quelques doubles. Je me souviens très bien d'elles deux, comme des voisins angevins de la rue Béranger, Pierrot et le vieux Monsieur Pernoud que j'adorais, mais ma mère fait de l'obstruction sur le passé, ce qui n'aide pas à raviver ma mémoire. C'est pourtant une gymnastique essentielle pour rester intellectuellement en forme. Je le lui ai rappelé, mais elle a probablement déjà oublié. Le moindre détail apparemment sans importance éclaire parfois d'un jour nouveau le caractère de mon grand-père, sa vie avant la guerre, les choix politiques des uns et des autres...
Les documents les plus bouleversants racontent l'arrestation, l'internement et la déportation de mon grand-père ainsi que les sévices subis par mon père à son arrestation par la Gestapo : Neuf jours de jeûne total et les vaines brutalités biquotidiennes des sergents d'étage Hures (j'ai du mal à lire son nom) et Schneider avaient réussi à convaincre le "Sanitär" que j'étais bien réellement paralysé et non un habile "zimulateûr". Extrait de la cellule où j'étais au secret depuis bientôt deux mois, etc. Son témoignage est paru dans Le Parisien Libéré du 16 mai 1946 à l'occasion du projet d'évasion avec son co-détenu d'alors à l'infirmerie, gangster ayant fricoté avec les Allemands pendant la guerre et coffré pour avoir volé la "Perle d'Asie", un bijou de 605 carats. C'est d'une autre infirmerie, celle du dépôt du Palais de Justice qu'il s'était fait la belle la veille. Ils s'étaient tous les deux entraînés, sans succès alors, puisque mon père réussit plus tard son évasion en sautant du train qui l'emmenait vers les camps de la mort. J'ai déjà raconté ici ses faits de résistance, mais je découvre quantité de pièces à conviction concernant ses agissements en tant qu'espion au service de Londres... À suivre.

dimanche 5 novembre 2017

Un gâteau explosif d'Ella & Pitr


Un drôle de dimanche. Une drôle de pleine lune. Un drôle d'anniversaire. Un drôle...

mercredi 1 novembre 2017

J'ai la dent


Avant que je quitte son cabinet, la dentiste m'a demandé de sourire pour ses archives. Autant que le cliché rejoigne aussi les miennes ! J'avais particulièrement morflé aux deux derniers rendez-vous, car les piqûres anesthésiantes dans le palais sont compliquées à faire. À l'essayage j'avais senti deux larmes couler le long de mes joues. A priori tout cela est de l'histoire ancienne. Après la greffe osseuse et la pose de l'implant pour remplacer mon incisive le parcours du combattant m'aura occupé un an. Ce n 'est pas pour rien que mon label de disques se nomme GRRR depuis 1975. Mon sourire est donc franc et massif, aujourd'hui je suis plutôt euro même si cela m'a coûté de l'or, la mutuelle de la Sacem ne remboursant pas grand chose de la douloureuse comme presque toutes ses consœurs. Il ne me restait plus qu'à saisir la poignée derrière moi et file, vole et nous venge. Je passe un peu de lidocaïne sur les chairs tuméfiées (ce n'est pas exactement comme la poudre qu'on sert au Lido) et j'ai un parfait alibi pour slurper une glace Bertillon !

mercredi 18 octobre 2017

Le point


Il était tôt. Je fais le point. Sans voir grand chose. Mes nouvelles lunettes. Pour lire. Regarde l'objectif. C'est écrit. Lumix. Je découvrirai le cadre plus tard. Du bleu, du vert. La mer, le ciel. Et d'autres cadres. Il est trop tôt pour faire le point. J'ai terminé. Pas encore commencé. Vers où me tourner ? Je pense souvent au sublime film de Michael Powell. I Know Where I'm Going. Ici je sais. Là-bas mystère. Ou bien encore. Les grandes lignes ça va. Mais dans le détail ? Il est un peu tard. Pas trop. La vie d'un homme. Tout est possible. On a le choix. Toujours. Entre deux. C'est ce que j'ai aimé dans le dernier film de Kaurismäki. Toivon tuolla puolen. L'autre côté de l'espoir. Pas le bien ni le mal. Mais bien ou mal. C'est fragile. La cadre dicte sa loi. Je lirai Bureau de tabac de Pessoa au Cirque Électrique le 25. Pour l'anniversaire de la révolution de 1917. L'année où naquit mon père. Je pense souvent à mon papa. Raconter sa vie d'aventurier me conforte. Et le 2 novembre j'enregistre un Tapage Nocturne avec Samuel Ber et Antonin que j'ai intitulé L'isthme des ismes. Les réponses sont sans importance. Seules les questions me guident. Ensuite ? La perspective de l'été 2019 m'offre un avenir. C'est du moins un vecteur qui me permet de rêver. Mais entre temps ? Je jongle avec mes conjugaisons. De tous temps. Cela m'a plutôt réussi. Je fais le point. Que je sois net. Piqué. Le flou autour me convient. C'est objectif.

jeudi 12 octobre 2017

Bilan de santé


Je ne suis pas président de la république et vous pouvez le regrettez au vu du produit de marketing que "nous" avons élu, mais mon service de communication me conseille de publier un bilan de santé, au moins une fois tous les cinq ans. D'autant que le changement de saison provoque en chacun de nous des interrogations légitimes. Donc un mois et demi depuis cette photographie, l'air parisien est passé à la température du torrent de montagne où nous nous baignions héroïquement cet été. Huit degrés centigrades, cela nous fait des matins frais. Huit degrés à midi et je ressortais de l'eau aussi vite que j'y avais plongé. Aussitôt j'y retournais, mais après dix brasses je préférais me sécher, debout sur les rochers. Dehors, ah ça non, on n'avait pas froid. Et plus haut, au dessus de la mer de nuages, il était même impossible de rester bronzer sur la terrasse tant le soleil cognait. Le thermomètre risquait-il de faire gicler l'alcool rouge par le sommet du tube ? À l'ombre je profitais de ma liseuse, en lunettes de soleil et visière panoramique. C'est comme si j'évoquais un autre temps, un autre pays, un ailleurs qui n'existe que dans mes rêves.
Il suffirait pourtant que je prenne un avion pour jouir d'un chaud et froid plus exotique que le sauna au fond du jardin. Douche glacée après la suée matinale. Mon corps semble s'en contenter. Mes taux de sucre et cholestérol ont chuté incroyablement depuis un an sans que j'ai changé mon régime alimentaire, me goinfrant toujours autant de mets délicats. Sur le conseil de mon ostéopathe j'ai seulement supprimé la demi-tablette de chocolat du soir, éradiquant comme prévu les cruralgies récurrentes. La chaleur sèche serait donc ma bienfaitrice, garante de ma bonne santé. D'après une autre praticienne, homéopathe passionnée de microbiote, mes marqueurs génétiques seraient de bonne augure, même si je n'y comprends rien. Index HOMA, index Quicki, GPX, SOD, Homocystéine, Zinc, Iode, lactoglobuline, etc. C'est du chinois. Justement, l'idée est de prévenir au lieu de guérir, comme dans la médecine chinoise. Alors tout s'explique. Une histoire d'immunité. L'Assurance Maladie, qui a pris la relève de la Sécurité Sociale, rembourse les millions que coûte par exemple un cancer, mais pas les analyses qui permettraient de l'éviter ! J'avale donc des noix du Brésil, riches en sélénium, et quelques gouttes de vitamine D3. Si je fais attention en traversant la rue j'ai encore de beaux jours devant moi. Donc à demain...

mercredi 12 juillet 2017

Le monde à l'envers


Dans l'ordre de la nature, dans la nature des choses, dans les choses de la maison, les chats vous débarrassent des souris d'une manière ou d'une autre. La présence féline les fait choisir des havres moins dangereux. Django a pris l'habitude de rapporter ses proies glanées dans le quartier et les occire sur la moquette blanc crème du premier étage. Le rituel ne varie pas. Il les planque derrière les enceintes du home cinéma et chaque matin de cinq à six il jongle jusqu'à ce que le pauvre petite bête ne bouge plus. Hier après-midi j'ai senti une présence dans notre chambre à coucher en retirant de l'armoire une de mes nouvelles chemises hawaïennes, comme une queue qui se faufilait à mes pieds. C'était certainement une souris que le matou avait rapportée et qui lui avait échappé. Françoise est allée le chercher et il n'en fit ni une ni deux. Le soir c'était au tour de Oulala de passer la chatière sa proie entre les dents. Elle entendait probablement donner une leçon de chasse à sa fille (photo avec leurre !) qui malencontreusement laissa s'enfuir la bestiole sous les plans de travail de la cuisine. Nous avons donc des chats qui au lieu de nous éviter d'avoir des souris à la maison, contrairement aux voisins, nous en rapportent quotidiennement. Or nous n'avons nullement l'intention d'en faire l'élevage, même pour amuser nos chatons qui sont déjà gâtés en jouets de toutes sortes. J'avoue ne plus savoir quoi faire devant ce dysfonctionnement de l'écosystème.

mardi 11 juillet 2017

Do Mi Si La Do Ré


Depuis que nous habitons un pavillon de banlieue en lisière de Paris, c'est la fête des voisins tous les jours. Toute mon enfance j'avais vécu en appartement et je ne connaissais aucun des habitants de l'immeuble, sauf pour se plaindre de la musique que je faisais hurler dans ma chambre d'adolescent. Au mieux nous nous saluions dans l'ascenseur sans vraiment nous regarder.
À 24 ans je louai un bout de maison sur la Place de la Butte aux Cailles, au 7 rue de l'Espérance, qui était en surface corrigée et que Charlotte Latigrat et Martin Even quittaient. La loi de 1948 obligeait les propriétaires à baisser considérablement les loyers de logements non conformes aux exigences de confort d'alors. La salle de bain et les toilettes donnaient directement sur la cuisine et la chambre du premier étage n'était accessible que par une échelle de meunier. Je payai ainsi une bouchée de pain pour un duplex avec deux chambres et même un garage. Une trappe s'ouvrait sur une grande cave transformée en salon qui me servit de studio d'enregistrement pendant huit ans. Angèle et Maurice, mes voisins octogénaires eurent la gentillesse de se séparer de leur coucou suisse accroché sur le mur mitoyen de l'endroit où je dormais. Ces titis parisiens, vieux communistes vivant avec une retraite misérable, avaient le cœur sur la main et je pense chaque fois à eux lorsque je passe devant le cimetière de Gentilly. Je me souviens d'une engueulade avec notre propriétaire commune où Angèle lui lâcha "Vous en avez plus à chier que moi à manger !".
Lorsque je rencontrai la future mère de ma fille je déménageai boulevard de Ménilmontant dans un loft immense qui faisait figure pour moi de palais des mille et une nuits. Les premières années de cohabitation avec les autres habitants de l'immeuble furent idylliques. La nuit nous n'avions personne au-dessus ni en dessous de nous. Nous avions tous des enfants à peu près du même âge et nous n'avons jamais eu besoin de baby-sitter. Nous rendant des services mutuels, soit nous n'avions pas d'enfant, soit nous en avions trois ou quatre. Au départ il y avait une dizaine de petites filles et un seul garçon ! Nous avons fait des fêtes d'immeuble extraordinaires dans la cour jusqu'à ce qu'une agence de photos travaillant pour la pub s'installe là et casse l'ambiance. Tous les vendredis deux cents convives dansaient au dessus de nos têtes dans un rituel répétitif insupportable. La baignoire débordait de bouteilles de Champagne et jamais la gauche caviar ne porta jamais si bien son nom. Ces quadras mal élevés ne nettoyaient jamais l'escalier après avoir vomi leurs excès alcooliques et leurs retrouvailles hebdomadaires puaient le machisme des copains de régiment. J'étais heureux de quitter ce lieu qui perdit progressivement son âme.
Je vécus en sursis deux ans dans un pavillon de Clamart qui représentent pour moi la seule erreur fondamentale de ma vie, l'éloignement de tout transport en commun n'étant pas la raison de cette faille, mais une erreur de casting dont je me remis heureusement en acquérant ma maison de Bagnolet. Après quelques tâtonnements je retrouvai mon équilibre grâce à ma rencontre avec Françoise et la proximité retrouvée avec ma fille alors encore adolescente. Aussitôt arrivé ici, je me fis quantité d'amis dans le voisinage.
Je me demande si tout le monde partage la même expérience, mais il me semble que vivre dans la promiscuité d'un immeuble pousse ses habitants à garder leurs distances alors que l'isolement relatif des pavillons crée des liens de solidarité avec les autres riverains. Notre quartier est particulièrement agréable, car il reste irrigué de commerces et il existe un tissu mélangé où les entreprises sont encore présentes. La proximité de Paris, accessible à pied et sans que le Périphérique soit perceptible, donne l'impression d'un vingt-et-unième arrondissement où de nombreuses familles se sont installées récemment, préférant une grande surface, voire un jardin, à l'immersion concentrationnaire parisienne. Nous avons ainsi quantité de nouveaux amis depuis notre emménagement ici il y a une quinzaine d'années, sans compter les rapports indispensables de bon voisinage. Rien qu'en face, par exemple, cinq des huit lofts sont occupés par des personnes qui sont devenus des proches, et dans le quartier le nombre des connaissances est incalculable. La Dhuys est une sorte de village où la solidarité est quotidienne. On l'a vue lors de l'expulsion des Baras par les CRS la semaine dernière. C'est probablement lié à nos activités locales, politiques, citoyennes ou simplement riveraines.
Dimanche soir, Juliette Dupuy nous a envoyé cette superbe photographie de notre maison depuis ses fenêtres sur lesquelles une gouttière tordue déversait des trombes d'eau. Le lendemain matin je suis d'ailleurs allé déboucher l'évacuation du jardin pour éviter l'inondation du garage et j'ai vérifié que les surélévements de la cave faisaient leur office. J'en ai aussi profité pour enregistrer les coups de tonnerre dont les premières déflagrations nous avaient réveillés. Les chats étaient déjà rentrés se blottir au sec, non sans avoir laissé traîner une souris assassinée devant la porte de notre chambre. Vider le quartier de ces petits rongeurs est leur contribution à la solidarité évoquée plus haut.

mardi 4 juillet 2017

L'objet perdu


Il était 7h39 ce matin lorsque j'ai retrouvé ma dent. J'avais très mal dormi, enchaînant les cauchemars où elle tenait le premier rôle. Je l'avais cassée en quatre morceaux en marchant dessus, je l'avais retrouvée dans un trou ovale parfait, je l'avais encore perdue... La sublime litanie des objets perdus de Bang on a Can tournait en boucle dans ma tête. Je l'avais utilisée lors de circonstances plus dramatiques au Théâtre Antique d'Arles où nous avions projetées les images des inondations de décembre 2003 réalisées par les habitants. "I lost my tooth...".


Avant d'aller me coucher j'avais scruté le jardin avec une lampe torche, fouillé la poubelle, repellé toute la maison jusqu'à la cave où j'étais descendu chercher du vin, accusé les chats, retourné mes poches, regardé sous les divans, une fois, deux fois, trois fois, rien, un mystère ! J'étais persuadé avoir retiré mon appareil pour manger et l'avoir mis dans la poche gauche de mon pantalon. Je suis condamné à cette gymnastique depuis l'automne où j'ai subi une intervention chirurgicale pour poser un implant remplaçant mon incisive supérieure cassée dans mon enfance et mal traitée par un dentiste qui n'avait plus envie d'exercer. La greffe osseuse prend six mois, la pose du pivot en exige encore six, ce qui m'entraîne jusqu'à septembre où ma dentiste sera revenue de Saint-Pierre et Miquelon et moi des Pyrénées. En attendant je porte un petit bouche-trou pour faire bonne figure en société et pour bavarder. La fuite d'air est épuisante lorsque je parle, mais je dois retirer l'appareil pour manger. Donc ce matin j'ai pris le temps de balayer les feuilles mortes, de regarder si les chats n'avaient pas emporté ma dent dans les buissons et j'ai encore fait un tour de la maison, cherchant même dans le réfrigérateur et les tiroirs de la cuisine si jamais mon inconscient m'avait conduit à un geste absurde. Palpant les vêtements que je portais la veille pour la sixième fois, je n'ai rien trouvé, mais en glissant un doigt dans la doublure de la veste que j'avais renfilée avec l'air frais de la nuit je suis tombé sur l'objet perdu, un petit palais rose avec deux crochets. Depuis le début j'étais persuadé que ma dent était dans ma poche, ou du moins dans l'une de mon costume qui en accumule une quantité cachée, mais j'étais chaque fois passé à côté. J'avais beau ressassé ma théorie qui veut que l'objet perdu soit toujours à l'endroit où il devrait être et qu'il est donc en fait le plus souvent non égaré, mais simplement pas vu, ma fébrilité face à la béance vertigineuse occasionnée m'empêchait de le trouver.
Le premier film de fiction que je réalisai à l'Idhec lors de ma première année d'études s'intitulait L'objet perdu !

lundi 3 juillet 2017

Mauvais signe


J'ai beau développer une énergie débordante, il y a des jours comme cela. Une ombre a obscurci le ciel dominical. Ne sachant plus comment faire revenir le soleil, je fonce tête baissée vers une simplicité qui complique tout. Ici je parle à demi-mots, ailleurs je décortique par le menu. Faire en sorte que ces moments désagréables restent chose rare. Je pioche au hasard. Le cygne me fait penser à Oulala et ses deux gamines. Le petit mâle baptisé Harry a rejoint son nouveau domicile. Une de ses sœurs, La Niña, s'en va mardi. Sur l'image, la surface restante est une brûlure. En fin de journée, il faisait froid, mais les nuages s'étaient dispersés.

vendredi 23 juin 2017

Illusions caniculaires


Il faisait si chaud que je confondais les effets d'optique intentionnels avec des hallucinations. Un balayage de gauche à droite offre une lecture de l'image que le jardin renvoie. Si la maison se construit derrière chez nous en fond de parcelle nous aurons d'autant plus besoin de miroirs pour renvoyer la lumière. Dans la rue nous récupérons les portes d'armoires à glace abandonnées. Le charme, qui se porte comme tel, camoufle le début du mur cassé offrant une vue sur la mer inattendue. Le revêtement jaune du studio se réfléchit dans la porte vitrée du sauna. La semaine dernière nous avons coupé tous les bambous morts, ajourant ainsi notre petite bambouseraie dont les tiges poussent chaque année plus épaisses. Repartons dans l'autre sens. Il faudrait bien tous les satisfaire. Aucun serpent charmé ne sortira de la jarre, mais Oulala et l'un de ses petits passent comme si de rien n'était. En attendant leur départ pour de nouvelles demeures nous avons appelé les chatons du nom de leurs futurs serviteurs. Marie-Christine, aventurière et casse-cou, est beaucoup plus chétive que les deux autres. Sonia, câline et couineuse, ressemble comme deux gouttes d'eau à Pascal, le plus costaud, souvent fourré dans les jupes de sa mère ! Ils sont aussi choux les uns que les autres, Django faisant office de père ou de grand frère. Il n'y a rien de tel que le son des petites pattes des bestioles jouant à chat sur les planches pour nous ravir. Zig zag. Et je n'ai rien dit des canards. Les troncs auxquels ils grimpent sont ceux d'un vrai palmier et du bouleau pleureur. Le caillebotis nous permet de nous doucher avec le tuyau d'arrosage sans gâcher d'eau. Le reste est hors-champ. On ne peut qu'imaginer la terrasse construite à partir du remblais des parties pleine terre creusées dans le ciment. La maison dont nous jouons des courants d'air, le studio dont la double paroi conserve la fraîcheur et le garage sur lequel les minous grillent au soleil sont hors-champ. L'illusion consiste à les évoquer sans les montrer. Tout en retardant les articles de la semaine prochaine, ne publiant plus le week-end depuis déjà sept ans, m'étant aperçu que les lecteurs étaient plus rares en fin de semaine et que cela me permettait de souffler... J'attaquerai probablement avec le prochain disque de Vinicio Capossela et les deux nouvelles expositions de la Maison Rouge.

mardi 16 mai 2017

Le voile de glace


Deuxième étape après la greffe osseuse il y a six mois jour pour jour, la pose du pivot de l'implant. À part les deux premières piqûres un peu désagréables dans la lèvre supérieure, l'opération est tranquille. Le réveil est sensible, mais rien de terrible. La glace calme la douleur. Je mange froid et liquide. Je ne mets mon appareil que pour sourire, un palais rose avec une fausse dent tenu par deux crochets. Parler sans est très fatigant. La fuite d'air large comme une incisive épuise rapidement. Mais j'arrive à jouer de tous mes instruments, même mes guimbardes. Pourtant au dernier concert avec Sophie Bernado et Linda Edsjö je suis resté essentiellement au clavier. Ce n'est pas très spectaculaire, mais l'image doit-elle primer sur la musique ? Paradoxalement elle aide souvent à comprendre ce qui se passe, tant dans la tête des interprètes que pour les structures de l'œuvre. Je recopie les rushes que Françoise a tournés au Triton vendredi soir et le multipistes audio qu'il me faudra mixer pour retrouver l'équilibre exact avec les voix, le basson et la percussion. C'est seulement alors que je pourrai évaluer ce que nous avons produit. En attendant ce ne sont que spéculations, même si le public semble avoir beaucoup apprécié nos Défauts de pronciation, sujet induit directement par mes aventures chirurgicales chez le dentiste et extrapolées aux accents du nord et du sud de mes deux comparses, Linda étant suédoise et Sophie gersoise... Lorsque je n'arrive pas à penser à autre chose, je fais fondre Berthillon sur ma gencive, puisque la glace est recommandée !

mardi 25 avril 2017

Une toux du Turner


Elle m'arrache la cage thoracique comme si mes côtes explosaient. Elle me donne des coups de butoir dans les reins à me plier en deux, mauvais sens du pliage, comme si ma nuque allait frôler mes fesses. Elle creuse mes omoplates jusqu'à ce qu'elles se touchent. La suroxygénation manque de me faire m'évanouir alors que j'emprunte un passage clouté. Je récupère mon souffle en arrivant sur le trottoir d'en face. J'ai traversé la Manche. Il y a longtemps qu'il n'y a plus de clous argentés, juste la trace de la guillotine en face du jardin de la Roquette et des barbelés jusqu'au tunnel. Respirer doucement. Le moment le plus terrifiant est au bord du sommeil, lorsque je vais me coucher. Souvent je me relève pour une heure, le temps d'une Ventoline, d'une cuillérée de miel, d'un pschit nasal, d'une propolette, d'un sirop pour l'atout, que sais-je ? J'ai repensé à cette femme endormie devant les Turner. En stéréo, Sunrise with sea monsters et A wreck, with fishing boats. Soignait-elle elle-même un mal de Tate ? Le vent du large me donnerait-il un répit ? Les vagues diffusant leur sérum physiologique gifleraient mon visage à grands seaux. Des monstres dans les embruns. Une épave. J'inventerais n'importe quoi pour que ma toux cesse. Matous ? Petits matous ? Serait-ce l'inquiétude de ces trois nouvelles naissances ? J'ai tout essayé, de la pharmacopée chinoise aux pilules bleues, du shiatsu à la méthode Coué, ma terre de Golem tremble magnitude 7. C'est comme tout, bien sûr, on sait que ça passe, un jour, mais quand ? Je suis sur les genoux et Elsa qui me reprochait de trop me plaindre, me voilà bien !

mercredi 19 avril 2017

Trois billes de clown


Impossible de les distinguer les uns des autres pour l'instant. Les trois chatons d'Oulala, un jour sur la photo, n'ont pas une semaine. La loterie de l'hérédité est surprenante. Ils sont tous tigrés, comme les trois autres qu'elle a perdus, alors qu'elle ressemble à une Balinese (crème à poils mi-longs) et que ses principaux amants étaient un beau noir et Raymond, un Chartreux qui passe la voir deux fois par jour, mais que nous ne laissons plus l'approcher. Après la césarienne qui l'a sauvée alors que les six chatons lui appuyaient sur le foie et les reins, Oulala était évidemment groggy. Nous nous préoccupons maintenant qu'elle mange suffisamment pour se remplumer et qu'elle ait assez de lait pour les trois téteurs. Nous tentons aussi de la parquer dans un endroit accessible pour surveiller la marmaille. Deux fois déjà, elle avait embarqué deux des petits, probablement les femelles, dans une cachette retorse, en en laissant un, seul dans sa caisse que nous avons placée dans notre chambre. Mais la maman a fait glisser au chaud tout le monde sous le radiateur. C'est mieux que sous le divan du studio de musique qu'il a fallu que je bascule pour les dénicher. Je n'aurais jamais eu l'idée d'aller voir là si elle n'avait pas choisi cet endroit pour se planquer les quarante huit premières heures de son arrivée ici lorsqu'elle était petite. Il paraît que les chattes changent parfois de berceau pour tromper l'ennemi. Mais notre petit Django ne s'approche pas, comme s'il avait peur des bébés.


Par contre, nous retrouvons systématiquement Raymond dans les étages (il ressemble comme deux gouttes d'eau à Django, sauf qu'il a deux grosses couilles noires et un collier bleu). Le coquin connaît toutes les entrées félines de la maison, les chatières n'ont plus de secret pour lui. Il trahit heureusement sa présence par un miaulement inimitable, très différent de ceux de Django, Oulala et des couinements du trio de billes de clown qui scandent "miaolenchon".
Voilà, une histoire féline, une pause dans le débat politique qui polarise toutes les conversations, avec raison. Soit nous glissons dans un déclin bien entamé, soit nous retrouvons les jours heureux, mais il y aura du boulot quel que soit le verdict.

mercredi 5 avril 2017

Totale grippe


J'ai perdu mes pétales. La grippe me terrasse. Facile de comprendre que les vieux puissent y succomber. Heureusement que l'on sait qu'à mon âge cela passe. La fatigue est si plombante que je préfère ne pas bouger plutôt qu'attraper ma tasse citron-miel qui est à portée de main. Pas moyen de lire, a fortiori d'écrire. Je profite d'une petite rémission pour taper ces mots. Mes symptômes ressemblent à un sandwich tunisien, un nuage de rhume, une toux à déchirer la cage thoracique, la gorge au papier de verre, 39°C, saupoudrer de frissons, courbatures, aphtes, et même quelques hallucinations ! Je sais que cela va vraiment mal lorsque je n'ai pas faim.
Dimanche après-midi je suis passé voir ma mère à l'hôpital avant son transfert en maison de repos. J'étais déjà patraque. Ce n'est pas tant l'antichambre de la mort qui me rebute en milieu hospitalier que l'uniformité dépersonnalisée des lieux qui me terrifie. En 1979, après que l'Idhec ait déménagé à Bry-sur-Marne dans les locaux de l'INA, j'avais suggéré que l'on repeigne les couloirs, mais la direction m'avait aussitôt convoqué pour m'expliquer que nous n'étions que locataires ! Les bureaux, guichets, les portes aux couleurs maussades, me font le même effet. Qu'y a-t-il de plus déprimant qu'une banque ? Un hôpital, peut-être. J'ai besoin de m'approprier les lieux où je travaille, raison pour laquelle j'ai choisi de bosser chez moi. Le studio de musique est une pièce comme une autre et ses fenêtres donnent sur un jardin quasi tropical avec bambous et palmier. Les chats font vivre les lieux même en notre absence.
Maman s'est cassée la figure en allant chercher du papier hygiénique, dont elle n'avait pas besoin, sans son déambulateur. Ces dernières semaines elle s'est retrouvée plusieurs fois par terre sans pouvoir se relever. Rester seule chez elle semble de plus en plus compliqué. Elle perd aussi la mémoire, après avoir fait de multiples mini-AVC. Pour la tester, un médecin lui a posé quantité de questions où, paraît-il, elle a eu "tout bon", mais quand ma sœur lui a demandé lesquelles, elle a répondu qu'elle ne se souvenait plus, et elle a ri. Maman paie surtout le déficit des années antérieures. Elle n'a jamais aimé marcher. Mon père la déposait devant le restaurant avant d'aller se garer. Elle n'a plus jamais voulu évoquer le passé. Pas du genre à radoter, non, mais comme l'avenir est bouché et le présent en boucle, chaque jour ressemble au précédent sans qu'elle puisse y laisser de traces. Le temps zéro. Chez elle ou à l'hosto, elle "s'emmerde", laissant la télévision allumée toute la journée, de préférence les informations. S'il n'y a pas un tremblement de terre quelque part, elle dit qu'il ne se passe rien. Sinon elle irait bien. L'endroit où elle est maintenant est censé la remettre sur pieds, mais sa paresse légendaire risque de la rendre réfractaire à toute amélioration. Il y a ma mère d'avant, et celle d'après. Avant, elle m'a permis de devenir ce que je suis, très attentive pendant mon enfance et mon adolescence. Après la mort de mon père il y a trente ans, elle n'a fait que décliner, sa misanthropie agressive se transformant en égocentrisme amorphe. J'ai cherché vainement le secret de famille qui handicape les trois sœurs dont ma mère est la seconde. Dans "leur" famille, le passé semble tabou.

mardi 28 février 2017

La grande échelle pour Oulala


Ulysse avait disparu un samedi soir et nous l'avions retrouvé mort le lendemain matin. Aussi lorsque Oulala n'est pas rentrée dimanche, nous nous sommes forcément inquiétés, un peu traumatisés par la fin de son frère, de la portée précédente. Les chats sortent la nuit, mais que le matin soit venu, les voilà réclamer leur pitance. Or Oulala disparut samedi soir sans laisser d'adresse. Le petit Django la cherchait en vain. Je faisais le tour du quartier, mais le chantier labyrinthique un peu plus bas, fermé le dimanche, recèle quantité de fosses dont un matou ne pourrait ressortir s'il s'y aventurait. Avouons que Françoise et moi avons mal dormi et qu'il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés pour aller voir les ouvriers dès potron-minet. J'ai sifflé dans le jardin comme j'en ai l'habitude pour rappeler les chatons au bercail. J'entends bien miauler, mais où ? Le son vient d'en haut ! Levant la tête je découvre la chatte au bord du toit des voisins, à plus de dix mètres du sol. La seule manière d'y accéder pour elle fut de grimper le long du lierre sur toute la hauteur du bâtiment depuis le chantier mitoyen. On ne dira pas un exploit surhumain, mais surfélin ! J'attends que l'heure soit plus décente pour sonner chez nos voisins, qui, manque de chance, sont exceptionnellement absents ce lundi. Il ne reste qu'une solution, aller la chercher nous-mêmes. Le grand escabeau nous permet d'accéder au toit incurvé du garage en métal, puis je pose notre plus grande échelle dessus le long du mur, mais il est impossible de la stabiliser à cause de la courbe. Je coince un pied de chaque côté d'un des renforts, l'épaule tenant en force l'échelle qui repose que sur un point pendant que Françoise joue les acrobates car elle est nettement plus légère que moi. Oulala râle lorsqu'elle l'attrape par le cou, pendant que Django galope dans tous les sens sur le garage. Il eusse fallu un troisième larron pour photographier ce numéro d'équilibristes improbable. En croisant Raymond, l'amant le plus assidu d'Oulala, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Django sauf qu'il a les yeux verts au lieu de jaunes et qu'il est entier, je comprends que le soupirant entrevu hier au travers des grilles du chantier a entraîné sa copine qui s'est laissée prendre.


J'arrache les trois affichettes que j'avais collées devant chez nous et sur la palissade des travaux. La journée s'annonce plus sereine que la veille. Je profite insidieusement du succès des billets félins pour vous suggérer de regarder le discours sur l'écologie de Jean-Luc Mélenchon, une remarquable leçon de choses comme on appelait cela au cours d'histoire naturelle. Ceux qui refusent le cynisme ambiant sont déjà convaincus, les autres pourraient changer d'avis sur celui auquel les médias dressent un costard injuste qui ne lui sied pas du tout. Si vous préférez la bande dessinée, le programme est décliné avec humour par Melaka, Reno Pixellu et Olivier Tonneau.

mardi 7 février 2017

Vagues de chats


Oulala et Django sont nos chats météo. Voyez-les rejouer la tempête qui s'est abattue sur la côte atlantique. Juste sous eux, sans qu'ils le sachent, à moins qu'ils ne feignent de l'ignorer, la petite Bagheera, que nous gardons en l'absence de nos voisins, dort au fond de la cale, sous le tatamis qui nous tient lieu de sommier. La couette est l'écume de ce faux désordre. Écaille de tortue dans l'obscurité, je ne l'aperçois qu'à plat ventre avec une lampe sortie de ma poche. Noir sur noir, je ne vois que ses deux billes rondes de mini panthère. Pas moyen de l'attraper sans déplacer tous les meubles. Il aura suffi que nous sortions un soir pour la retrouver siégeant sur l'un des fauteuils orange face au loulou gris du 93 (un poil chartreux, 7 mois) et à la châtelaine de Cognac (un poil balinais, 11 mois).


Quant à la miss de Chinon (un poil persan, 5 mois), elle a passé son lundi et repassé la moquette noire dans son trou à chrat. Mon traducteur Google n'a pas encore implémenté les miaous que j'essaie de décoder tant bien que mal. On y passe du temps et le temps passe. Nous ne désespérons pas de les prendre en photo tous les trois ensemble d'ici la fin de la semaine.

jeudi 2 février 2017

Dehors, dedans


Le soleil se lève. Illusion des reflets. La porte fenêtre est plus loin de l'objectif que la fenêtre à laquelle Françoise tourne le dos. À bien y regarder on pourrait n'y voir que du feu. Juste à côté d'elle, je suis déjà au travail, vêtu de mon peignoir de bain. De toute manière à cette saison il faut plus de trente minutes pour que le sauna monte à la bonne température. Dehors, dedans, les chats font les fous, alignant les aller et retours en traversant le mur du jardin comme des passe-muraille. L'antilope porte un crocodile sur son dos. Le Tanzanien Hashim Mruta Bushier (1942-1998), membre fondateur de l'école Tingatinga devenue en 1990 la Tingatinga Arts Co-operative (TACS), l'a peinte au début des années 70. Anny, qui a offert le tableau à sa sœur, en avait acheté plusieurs dans une brocante qui a brûlé le lendemain. Ils auraient fini dans les flammes. Dans la pénombre tout est un peu flou. Le fond est du même orange que les fauteuils autour de la table en verre, du même orange que la cuisine, du même orange que le mur d'enceinte, du même orange que les flammes. La couleur se déplace, dehors, dedans.

mardi 31 janvier 2017

Rorschach glacé


Batman ? Incontinence ? Feuille morte ? Si c'est celui qui pisse le plus loin, rira bien qui rira le dernier. Donc un garçon. Pris dans la toile. La journée, c'est sûr. Probablement gris. Du gris. Le ciel. De la bière. Rentrer à pied. C'était peu profond. Soudain. On me regarde. Heureusement on ne me voit pas. Du moins je le crois. Ou je feins de le croire. Je ne sais plus. Dépassé. Encore envie. Je suis pris. Contrechamp. Une autre histoire. Ailleurs.