Jean-Jacques Birgé

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dimanche 5 novembre 2017

Un gâteau explosif d'Ella & Pitr


Un drôle de dimanche. Une drôle de pleine lune. Un drôle d'anniversaire. Un drôle...

mercredi 1 novembre 2017

J'ai la dent


Avant que je quitte son cabinet, la dentiste m'a demandé de sourire pour ses archives. Autant que le cliché rejoigne aussi les miennes ! J'avais particulièrement morflé aux deux derniers rendez-vous, car les piqûres anesthésiantes dans le palais sont compliquées à faire. À l'essayage j'avais senti deux larmes couler le long de mes joues. A priori tout cela est de l'histoire ancienne. Après la greffe osseuse et la pose de l'implant pour remplacer mon incisive le parcours du combattant m'aura occupé un an. Ce n 'est pas pour rien que mon label de disques se nomme GRRR depuis 1975. Mon sourire est donc franc et massif, aujourd'hui je suis plutôt euro même si cela m'a coûté de l'or, la mutuelle de la Sacem ne remboursant pas grand chose de la douloureuse comme presque toutes ses consœurs. Il ne me restait plus qu'à saisir la poignée derrière moi et file, vole et nous venge. Je passe un peu de lidocaïne sur les chairs tuméfiées (ce n'est pas exactement comme la poudre qu'on sert au Lido) et j'ai un parfait alibi pour slurper une glace Bertillon !

mercredi 18 octobre 2017

Le point


Il était tôt. Je fais le point. Sans voir grand chose. Mes nouvelles lunettes. Pour lire. Regarde l'objectif. C'est écrit. Lumix. Je découvrirai le cadre plus tard. Du bleu, du vert. La mer, le ciel. Et d'autres cadres. Il est trop tôt pour faire le point. J'ai terminé. Pas encore commencé. Vers où me tourner ? Je pense souvent au sublime film de Michael Powell. I Know Where I'm Going. Ici je sais. Là-bas mystère. Ou bien encore. Les grandes lignes ça va. Mais dans le détail ? Il est un peu tard. Pas trop. La vie d'un homme. Tout est possible. On a le choix. Toujours. Entre deux. C'est ce que j'ai aimé dans le dernier film de Kaurismäki. Toivon tuolla puolen. L'autre côté de l'espoir. Pas le bien ni le mal. Mais bien ou mal. C'est fragile. La cadre dicte sa loi. Je lirai Bureau de tabac de Pessoa au Cirque Électrique le 25. Pour l'anniversaire de la révolution de 1917. L'année où naquit mon père. Je pense souvent à mon papa. Raconter sa vie d'aventurier me conforte. Et le 2 novembre j'enregistre un Tapage Nocturne avec Samuel Ber et Antonin que j'ai intitulé L'isthme des ismes. Les réponses sont sans importance. Seules les questions me guident. Ensuite ? La perspective de l'été 2019 m'offre un avenir. C'est du moins un vecteur qui me permet de rêver. Mais entre temps ? Je jongle avec mes conjugaisons. De tous temps. Cela m'a plutôt réussi. Je fais le point. Que je sois net. Piqué. Le flou autour me convient. C'est objectif.

jeudi 12 octobre 2017

Bilan de santé


Je ne suis pas président de la république et vous pouvez le regrettez au vu du produit de marketing que "nous" avons élu, mais mon service de communication me conseille de publier un bilan de santé, au moins une fois tous les cinq ans. D'autant que le changement de saison provoque en chacun de nous des interrogations légitimes. Donc un mois et demi depuis cette photographie, l'air parisien est passé à la température du torrent de montagne où nous nous baignions héroïquement cet été. Huit degrés centigrades, cela nous fait des matins frais. Huit degrés à midi et je ressortais de l'eau aussi vite que j'y avais plongé. Aussitôt j'y retournais, mais après dix brasses je préférais me sécher, debout sur les rochers. Dehors, ah ça non, on n'avait pas froid. Et plus haut, au dessus de la mer de nuages, il était même impossible de rester bronzer sur la terrasse tant le soleil cognait. Le thermomètre risquait-il de faire gicler l'alcool rouge par le sommet du tube ? À l'ombre je profitais de ma liseuse, en lunettes de soleil et visière panoramique. C'est comme si j'évoquais un autre temps, un autre pays, un ailleurs qui n'existe que dans mes rêves.
Il suffirait pourtant que je prenne un avion pour jouir d'un chaud et froid plus exotique que le sauna au fond du jardin. Douche glacée après la suée matinale. Mon corps semble s'en contenter. Mes taux de sucre et cholestérol ont chuté incroyablement depuis un an sans que j'ai changé mon régime alimentaire, me goinfrant toujours autant de mets délicats. Sur le conseil de mon ostéopathe j'ai seulement supprimé la demi-tablette de chocolat du soir, éradiquant comme prévu les cruralgies récurrentes. La chaleur sèche serait donc ma bienfaitrice, garante de ma bonne santé. D'après une autre praticienne, homéopathe passionnée de microbiote, mes marqueurs génétiques seraient de bonne augure, même si je n'y comprends rien. Index HOMA, index Quicki, GPX, SOD, Homocystéine, Zinc, Iode, lactoglobuline, etc. C'est du chinois. Justement, l'idée est de prévenir au lieu de guérir, comme dans la médecine chinoise. Alors tout s'explique. Une histoire d'immunité. L'Assurance Maladie, qui a pris la relève de la Sécurité Sociale, rembourse les millions que coûte par exemple un cancer, mais pas les analyses qui permettraient de l'éviter ! J'avale donc des noix du Brésil, riches en sélénium, et quelques gouttes de vitamine D3. Si je fais attention en traversant la rue j'ai encore de beaux jours devant moi. Donc à demain...

mercredi 12 juillet 2017

Le monde à l'envers


Dans l'ordre de la nature, dans la nature des choses, dans les choses de la maison, les chats vous débarrassent des souris d'une manière ou d'une autre. La présence féline les fait choisir des havres moins dangereux. Django a pris l'habitude de rapporter ses proies glanées dans le quartier et les occire sur la moquette blanc crème du premier étage. Le rituel ne varie pas. Il les planque derrière les enceintes du home cinéma et chaque matin de cinq à six il jongle jusqu'à ce que le pauvre petite bête ne bouge plus. Hier après-midi j'ai senti une présence dans notre chambre à coucher en retirant de l'armoire une de mes nouvelles chemises hawaïennes, comme une queue qui se faufilait à mes pieds. C'était certainement une souris que le matou avait rapportée et qui lui avait échappé. Françoise est allée le chercher et il n'en fit ni une ni deux. Le soir c'était au tour de Oulala de passer la chatière sa proie entre les dents. Elle entendait probablement donner une leçon de chasse à sa fille (photo avec leurre !) qui malencontreusement laissa s'enfuir la bestiole sous les plans de travail de la cuisine. Nous avons donc des chats qui au lieu de nous éviter d'avoir des souris à la maison, contrairement aux voisins, nous en rapportent quotidiennement. Or nous n'avons nullement l'intention d'en faire l'élevage, même pour amuser nos chatons qui sont déjà gâtés en jouets de toutes sortes. J'avoue ne plus savoir quoi faire devant ce dysfonctionnement de l'écosystème.

mardi 11 juillet 2017

Do Mi Si La Do Ré


Depuis que nous habitons un pavillon de banlieue en lisière de Paris, c'est la fête des voisins tous les jours. Toute mon enfance j'avais vécu en appartement et je ne connaissais aucun des habitants de l'immeuble, sauf pour se plaindre de la musique que je faisais hurler dans ma chambre d'adolescent. Au mieux nous nous saluions dans l'ascenseur sans vraiment nous regarder.
À 24 ans je louai un bout de maison sur la Place de la Butte aux Cailles, au 7 rue de l'Espérance, qui était en surface corrigée et que Charlotte Latigrat et Martin Even quittaient. La loi de 1948 obligeait les propriétaires à baisser considérablement les loyers de logements non conformes aux exigences de confort d'alors. La salle de bain et les toilettes donnaient directement sur la cuisine et la chambre du premier étage n'était accessible que par une échelle de meunier. Je payai ainsi une bouchée de pain pour un duplex avec deux chambres et même un garage. Une trappe s'ouvrait sur une grande cave transformée en salon qui me servit de studio d'enregistrement pendant huit ans. Angèle et Maurice, mes voisins octogénaires eurent la gentillesse de se séparer de leur coucou suisse accroché sur le mur mitoyen de l'endroit où je dormais. Ces titis parisiens, vieux communistes vivant avec une retraite misérable, avaient le cœur sur la main et je pense chaque fois à eux lorsque je passe devant le cimetière de Gentilly. Je me souviens d'une engueulade avec notre propriétaire commune où Angèle lui lâcha "Vous en avez plus à chier que moi à manger !".
Lorsque je rencontrai la future mère de ma fille je déménageai boulevard de Ménilmontant dans un loft immense qui faisait figure pour moi de palais des mille et une nuits. Les premières années de cohabitation avec les autres habitants de l'immeuble furent idylliques. La nuit nous n'avions personne au-dessus ni en dessous de nous. Nous avions tous des enfants à peu près du même âge et nous n'avons jamais eu besoin de baby-sitter. Nous rendant des services mutuels, soit nous n'avions pas d'enfant, soit nous en avions trois ou quatre. Au départ il y avait une dizaine de petites filles et un seul garçon ! Nous avons fait des fêtes d'immeuble extraordinaires dans la cour jusqu'à ce qu'une agence de photos travaillant pour la pub s'installe là et casse l'ambiance. Tous les vendredis deux cents convives dansaient au dessus de nos têtes dans un rituel répétitif insupportable. La baignoire débordait de bouteilles de Champagne et jamais la gauche caviar ne porta jamais si bien son nom. Ces quadras mal élevés ne nettoyaient jamais l'escalier après avoir vomi leurs excès alcooliques et leurs retrouvailles hebdomadaires puaient le machisme des copains de régiment. J'étais heureux de quitter ce lieu qui perdit progressivement son âme.
Je vécus en sursis deux ans dans un pavillon de Clamart qui représentent pour moi la seule erreur fondamentale de ma vie, l'éloignement de tout transport en commun n'étant pas la raison de cette faille, mais une erreur de casting dont je me remis heureusement en acquérant ma maison de Bagnolet. Après quelques tâtonnements je retrouvai mon équilibre grâce à ma rencontre avec Françoise et la proximité retrouvée avec ma fille alors encore adolescente. Aussitôt arrivé ici, je me fis quantité d'amis dans le voisinage.
Je me demande si tout le monde partage la même expérience, mais il me semble que vivre dans la promiscuité d'un immeuble pousse ses habitants à garder leurs distances alors que l'isolement relatif des pavillons crée des liens de solidarité avec les autres riverains. Notre quartier est particulièrement agréable, car il reste irrigué de commerces et il existe un tissu mélangé où les entreprises sont encore présentes. La proximité de Paris, accessible à pied et sans que le Périphérique soit perceptible, donne l'impression d'un vingt-et-unième arrondissement où de nombreuses familles se sont installées récemment, préférant une grande surface, voire un jardin, à l'immersion concentrationnaire parisienne. Nous avons ainsi quantité de nouveaux amis depuis notre emménagement ici il y a une quinzaine d'années, sans compter les rapports indispensables de bon voisinage. Rien qu'en face, par exemple, cinq des huit lofts sont occupés par des personnes qui sont devenus des proches, et dans le quartier le nombre des connaissances est incalculable. La Dhuys est une sorte de village où la solidarité est quotidienne. On l'a vue lors de l'expulsion des Baras par les CRS la semaine dernière. C'est probablement lié à nos activités locales, politiques, citoyennes ou simplement riveraines.
Dimanche soir, Juliette Dupuy nous a envoyé cette superbe photographie de notre maison depuis ses fenêtres sur lesquelles une gouttière tordue déversait des trombes d'eau. Le lendemain matin je suis d'ailleurs allé déboucher l'évacuation du jardin pour éviter l'inondation du garage et j'ai vérifié que les surélévements de la cave faisaient leur office. J'en ai aussi profité pour enregistrer les coups de tonnerre dont les premières déflagrations nous avaient réveillés. Les chats étaient déjà rentrés se blottir au sec, non sans avoir laissé traîner une souris assassinée devant la porte de notre chambre. Vider le quartier de ces petits rongeurs est leur contribution à la solidarité évoquée plus haut.

mardi 4 juillet 2017

L'objet perdu


Il était 7h39 ce matin lorsque j'ai retrouvé ma dent. J'avais très mal dormi, enchaînant les cauchemars où elle tenait le premier rôle. Je l'avais cassée en quatre morceaux en marchant dessus, je l'avais retrouvée dans un trou ovale parfait, je l'avais encore perdue... La sublime litanie des objets perdus de Bang on a Can tournait en boucle dans ma tête. Je l'avais utilisée lors de circonstances plus dramatiques au Théâtre Antique d'Arles où nous avions projetées les images des inondations de décembre 2003 réalisées par les habitants. "I lost my tooth...".


Avant d'aller me coucher j'avais scruté le jardin avec une lampe torche, fouillé la poubelle, repellé toute la maison jusqu'à la cave où j'étais descendu chercher du vin, accusé les chats, retourné mes poches, regardé sous les divans, une fois, deux fois, trois fois, rien, un mystère ! J'étais persuadé avoir retiré mon appareil pour manger et l'avoir mis dans la poche gauche de mon pantalon. Je suis condamné à cette gymnastique depuis l'automne où j'ai subi une intervention chirurgicale pour poser un implant remplaçant mon incisive supérieure cassée dans mon enfance et mal traitée par un dentiste qui n'avait plus envie d'exercer. La greffe osseuse prend six mois, la pose du pivot en exige encore six, ce qui m'entraîne jusqu'à septembre où ma dentiste sera revenue de Saint-Pierre et Miquelon et moi des Pyrénées. En attendant je porte un petit bouche-trou pour faire bonne figure en société et pour bavarder. La fuite d'air est épuisante lorsque je parle, mais je dois retirer l'appareil pour manger. Donc ce matin j'ai pris le temps de balayer les feuilles mortes, de regarder si les chats n'avaient pas emporté ma dent dans les buissons et j'ai encore fait un tour de la maison, cherchant même dans le réfrigérateur et les tiroirs de la cuisine si jamais mon inconscient m'avait conduit à un geste absurde. Palpant les vêtements que je portais la veille pour la sixième fois, je n'ai rien trouvé, mais en glissant un doigt dans la doublure de la veste que j'avais renfilée avec l'air frais de la nuit je suis tombé sur l'objet perdu, un petit palais rose avec deux crochets. Depuis le début j'étais persuadé que ma dent était dans ma poche, ou du moins dans l'une de mon costume qui en accumule une quantité cachée, mais j'étais chaque fois passé à côté. J'avais beau ressassé ma théorie qui veut que l'objet perdu soit toujours à l'endroit où il devrait être et qu'il est donc en fait le plus souvent non égaré, mais simplement pas vu, ma fébrilité face à la béance vertigineuse occasionnée m'empêchait de le trouver.
Le premier film de fiction que je réalisai à l'Idhec lors de ma première année d'études s'intitulait L'objet perdu !

lundi 3 juillet 2017

Mauvais signe


J'ai beau développer une énergie débordante, il y a des jours comme cela. Une ombre a obscurci le ciel dominical. Ne sachant plus comment faire revenir le soleil, je fonce tête baissée vers une simplicité qui complique tout. Ici je parle à demi-mots, ailleurs je décortique par le menu. Faire en sorte que ces moments désagréables restent chose rare. Je pioche au hasard. Le cygne me fait penser à Oulala et ses deux gamines. Le petit mâle baptisé Harry a rejoint son nouveau domicile. Une de ses sœurs, La Niña, s'en va mardi. Sur l'image, la surface restante est une brûlure. En fin de journée, il faisait froid, mais les nuages s'étaient dispersés.

vendredi 23 juin 2017

Illusions caniculaires


Il faisait si chaud que je confondais les effets d'optique intentionnels avec des hallucinations. Un balayage de gauche à droite offre une lecture de l'image que le jardin renvoie. Si la maison se construit derrière chez nous en fond de parcelle nous aurons d'autant plus besoin de miroirs pour renvoyer la lumière. Dans la rue nous récupérons les portes d'armoires à glace abandonnées. Le charme, qui se porte comme tel, camoufle le début du mur cassé offrant une vue sur la mer inattendue. Le revêtement jaune du studio se réfléchit dans la porte vitrée du sauna. La semaine dernière nous avons coupé tous les bambous morts, ajourant ainsi notre petite bambouseraie dont les tiges poussent chaque année plus épaisses. Repartons dans l'autre sens. Il faudrait bien tous les satisfaire. Aucun serpent charmé ne sortira de la jarre, mais Oulala et l'un de ses petits passent comme si de rien n'était. En attendant leur départ pour de nouvelles demeures nous avons appelé les chatons du nom de leurs futurs serviteurs. Marie-Christine, aventurière et casse-cou, est beaucoup plus chétive que les deux autres. Sonia, câline et couineuse, ressemble comme deux gouttes d'eau à Pascal, le plus costaud, souvent fourré dans les jupes de sa mère ! Ils sont aussi choux les uns que les autres, Django faisant office de père ou de grand frère. Il n'y a rien de tel que le son des petites pattes des bestioles jouant à chat sur les planches pour nous ravir. Zig zag. Et je n'ai rien dit des canards. Les troncs auxquels ils grimpent sont ceux d'un vrai palmier et du bouleau pleureur. Le caillebotis nous permet de nous doucher avec le tuyau d'arrosage sans gâcher d'eau. Le reste est hors-champ. On ne peut qu'imaginer la terrasse construite à partir du remblais des parties pleine terre creusées dans le ciment. La maison dont nous jouons des courants d'air, le studio dont la double paroi conserve la fraîcheur et le garage sur lequel les minous grillent au soleil sont hors-champ. L'illusion consiste à les évoquer sans les montrer. Tout en retardant les articles de la semaine prochaine, ne publiant plus le week-end depuis déjà sept ans, m'étant aperçu que les lecteurs étaient plus rares en fin de semaine et que cela me permettait de souffler... J'attaquerai probablement avec le prochain disque de Vinicio Capossela et les deux nouvelles expositions de la Maison Rouge.

mardi 16 mai 2017

Le voile de glace


Deuxième étape après la greffe osseuse il y a six mois jour pour jour, la pose du pivot de l'implant. À part les deux premières piqûres un peu désagréables dans la lèvre supérieure, l'opération est tranquille. Le réveil est sensible, mais rien de terrible. La glace calme la douleur. Je mange froid et liquide. Je ne mets mon appareil que pour sourire, un palais rose avec une fausse dent tenu par deux crochets. Parler sans est très fatigant. La fuite d'air large comme une incisive épuise rapidement. Mais j'arrive à jouer de tous mes instruments, même mes guimbardes. Pourtant au dernier concert avec Sophie Bernado et Linda Edsjö je suis resté essentiellement au clavier. Ce n'est pas très spectaculaire, mais l'image doit-elle primer sur la musique ? Paradoxalement elle aide souvent à comprendre ce qui se passe, tant dans la tête des interprètes que pour les structures de l'œuvre. Je recopie les rushes que Françoise a tournés au Triton vendredi soir et le multipistes audio qu'il me faudra mixer pour retrouver l'équilibre exact avec les voix, le basson et la percussion. C'est seulement alors que je pourrai évaluer ce que nous avons produit. En attendant ce ne sont que spéculations, même si le public semble avoir beaucoup apprécié nos Défauts de pronciation, sujet induit directement par mes aventures chirurgicales chez le dentiste et extrapolées aux accents du nord et du sud de mes deux comparses, Linda étant suédoise et Sophie gersoise... Lorsque je n'arrive pas à penser à autre chose, je fais fondre Berthillon sur ma gencive, puisque la glace est recommandée !

mardi 25 avril 2017

Une toux du Turner


Elle m'arrache la cage thoracique comme si mes côtes explosaient. Elle me donne des coups de butoir dans les reins à me plier en deux, mauvais sens du pliage, comme si ma nuque allait frôler mes fesses. Elle creuse mes omoplates jusqu'à ce qu'elles se touchent. La suroxygénation manque de me faire m'évanouir alors que j'emprunte un passage clouté. Je récupère mon souffle en arrivant sur le trottoir d'en face. J'ai traversé la Manche. Il y a longtemps qu'il n'y a plus de clous argentés, juste la trace de la guillotine en face du jardin de la Roquette et des barbelés jusqu'au tunnel. Respirer doucement. Le moment le plus terrifiant est au bord du sommeil, lorsque je vais me coucher. Souvent je me relève pour une heure, le temps d'une Ventoline, d'une cuillérée de miel, d'un pschit nasal, d'une propolette, d'un sirop pour l'atout, que sais-je ? J'ai repensé à cette femme endormie devant les Turner. En stéréo, Sunrise with sea monsters et A wreck, with fishing boats. Soignait-elle elle-même un mal de Tate ? Le vent du large me donnerait-il un répit ? Les vagues diffusant leur sérum physiologique gifleraient mon visage à grands seaux. Des monstres dans les embruns. Une épave. J'inventerais n'importe quoi pour que ma toux cesse. Matous ? Petits matous ? Serait-ce l'inquiétude de ces trois nouvelles naissances ? J'ai tout essayé, de la pharmacopée chinoise aux pilules bleues, du shiatsu à la méthode Coué, ma terre de Golem tremble magnitude 7. C'est comme tout, bien sûr, on sait que ça passe, un jour, mais quand ? Je suis sur les genoux et Elsa qui me reprochait de trop me plaindre, me voilà bien !

mercredi 19 avril 2017

Trois billes de clown


Impossible de les distinguer les uns des autres pour l'instant. Les trois chatons d'Oulala, un jour sur la photo, n'ont pas une semaine. La loterie de l'hérédité est surprenante. Ils sont tous tigrés, comme les trois autres qu'elle a perdus, alors qu'elle ressemble à une Balinese (crème à poils mi-longs) et que ses principaux amants étaient un beau noir et Raymond, un Chartreux qui passe la voir deux fois par jour, mais que nous ne laissons plus l'approcher. Après la césarienne qui l'a sauvée alors que les six chatons lui appuyaient sur le foie et les reins, Oulala était évidemment groggy. Nous nous préoccupons maintenant qu'elle mange suffisamment pour se remplumer et qu'elle ait assez de lait pour les trois téteurs. Nous tentons aussi de la parquer dans un endroit accessible pour surveiller la marmaille. Deux fois déjà, elle avait embarqué deux des petits, probablement les femelles, dans une cachette retorse, en en laissant un, seul dans sa caisse que nous avons placée dans notre chambre. Mais la maman a fait glisser au chaud tout le monde sous le radiateur. C'est mieux que sous le divan du studio de musique qu'il a fallu que je bascule pour les dénicher. Je n'aurais jamais eu l'idée d'aller voir là si elle n'avait pas choisi cet endroit pour se planquer les quarante huit premières heures de son arrivée ici lorsqu'elle était petite. Il paraît que les chattes changent parfois de berceau pour tromper l'ennemi. Mais notre petit Django ne s'approche pas, comme s'il avait peur des bébés.


Par contre, nous retrouvons systématiquement Raymond dans les étages (il ressemble comme deux gouttes d'eau à Django, sauf qu'il a deux grosses couilles noires et un collier bleu). Le coquin connaît toutes les entrées félines de la maison, les chatières n'ont plus de secret pour lui. Il trahit heureusement sa présence par un miaulement inimitable, très différent de ceux de Django, Oulala et des couinements du trio de billes de clown qui scandent "miaolenchon".
Voilà, une histoire féline, une pause dans le débat politique qui polarise toutes les conversations, avec raison. Soit nous glissons dans un déclin bien entamé, soit nous retrouvons les jours heureux, mais il y aura du boulot quel que soit le verdict.

mercredi 5 avril 2017

Totale grippe


J'ai perdu mes pétales. La grippe me terrasse. Facile de comprendre que les vieux puissent y succomber. Heureusement que l'on sait qu'à mon âge cela passe. La fatigue est si plombante que je préfère ne pas bouger plutôt qu'attraper ma tasse citron-miel qui est à portée de main. Pas moyen de lire, a fortiori d'écrire. Je profite d'une petite rémission pour taper ces mots. Mes symptômes ressemblent à un sandwich tunisien, un nuage de rhume, une toux à déchirer la cage thoracique, la gorge au papier de verre, 39°C, saupoudrer de frissons, courbatures, aphtes, et même quelques hallucinations ! Je sais que cela va vraiment mal lorsque je n'ai pas faim.
Dimanche après-midi je suis passé voir ma mère à l'hôpital avant son transfert en maison de repos. J'étais déjà patraque. Ce n'est pas tant l'antichambre de la mort qui me rebute en milieu hospitalier que l'uniformité dépersonnalisée des lieux qui me terrifie. En 1979, après que l'Idhec ait déménagé à Bry-sur-Marne dans les locaux de l'INA, j'avais suggéré que l'on repeigne les couloirs, mais la direction m'avait aussitôt convoqué pour m'expliquer que nous n'étions que locataires ! Les bureaux, guichets, les portes aux couleurs maussades, me font le même effet. Qu'y a-t-il de plus déprimant qu'une banque ? Un hôpital, peut-être. J'ai besoin de m'approprier les lieux où je travaille, raison pour laquelle j'ai choisi de bosser chez moi. Le studio de musique est une pièce comme une autre et ses fenêtres donnent sur un jardin quasi tropical avec bambous et palmier. Les chats font vivre les lieux même en notre absence.
Maman s'est cassée la figure en allant chercher du papier hygiénique, dont elle n'avait pas besoin, sans son déambulateur. Ces dernières semaines elle s'est retrouvée plusieurs fois par terre sans pouvoir se relever. Rester seule chez elle semble de plus en plus compliqué. Elle perd aussi la mémoire, après avoir fait de multiples mini-AVC. Pour la tester, un médecin lui a posé quantité de questions où, paraît-il, elle a eu "tout bon", mais quand ma sœur lui a demandé lesquelles, elle a répondu qu'elle ne se souvenait plus, et elle a ri. Maman paie surtout le déficit des années antérieures. Elle n'a jamais aimé marcher. Mon père la déposait devant le restaurant avant d'aller se garer. Elle n'a plus jamais voulu évoquer le passé. Pas du genre à radoter, non, mais comme l'avenir est bouché et le présent en boucle, chaque jour ressemble au précédent sans qu'elle puisse y laisser de traces. Le temps zéro. Chez elle ou à l'hosto, elle "s'emmerde", laissant la télévision allumée toute la journée, de préférence les informations. S'il n'y a pas un tremblement de terre quelque part, elle dit qu'il ne se passe rien. Sinon elle irait bien. L'endroit où elle est maintenant est censé la remettre sur pieds, mais sa paresse légendaire risque de la rendre réfractaire à toute amélioration. Il y a ma mère d'avant, et celle d'après. Avant, elle m'a permis de devenir ce que je suis, très attentive pendant mon enfance et mon adolescence. Après la mort de mon père il y a trente ans, elle n'a fait que décliner, sa misanthropie agressive se transformant en égocentrisme amorphe. J'ai cherché vainement le secret de famille qui handicape les trois sœurs dont ma mère est la seconde. Dans "leur" famille, le passé semble tabou.

mardi 28 février 2017

La grande échelle pour Oulala


Ulysse avait disparu un samedi soir et nous l'avions retrouvé mort le lendemain matin. Aussi lorsque Oulala n'est pas rentrée dimanche, nous nous sommes forcément inquiétés, un peu traumatisés par la fin de son frère, de la portée précédente. Les chats sortent la nuit, mais que le matin soit venu, les voilà réclamer leur pitance. Or Oulala disparut samedi soir sans laisser d'adresse. Le petit Django la cherchait en vain. Je faisais le tour du quartier, mais le chantier labyrinthique un peu plus bas, fermé le dimanche, recèle quantité de fosses dont un matou ne pourrait ressortir s'il s'y aventurait. Avouons que Françoise et moi avons mal dormi et qu'il faisait encore nuit quand nous nous sommes levés pour aller voir les ouvriers dès potron-minet. J'ai sifflé dans le jardin comme j'en ai l'habitude pour rappeler les chatons au bercail. J'entends bien miauler, mais où ? Le son vient d'en haut ! Levant la tête je découvre la chatte au bord du toit des voisins, à plus de dix mètres du sol. La seule manière d'y accéder pour elle fut de grimper le long du lierre sur toute la hauteur du bâtiment depuis le chantier mitoyen. On ne dira pas un exploit surhumain, mais surfélin ! J'attends que l'heure soit plus décente pour sonner chez nos voisins, qui, manque de chance, sont exceptionnellement absents ce lundi. Il ne reste qu'une solution, aller la chercher nous-mêmes. Le grand escabeau nous permet d'accéder au toit incurvé du garage en métal, puis je pose notre plus grande échelle dessus le long du mur, mais il est impossible de la stabiliser à cause de la courbe. Je coince un pied de chaque côté d'un des renforts, l'épaule tenant en force l'échelle qui repose que sur un point pendant que Françoise joue les acrobates car elle est nettement plus légère que moi. Oulala râle lorsqu'elle l'attrape par le cou, pendant que Django galope dans tous les sens sur le garage. Il eusse fallu un troisième larron pour photographier ce numéro d'équilibristes improbable. En croisant Raymond, l'amant le plus assidu d'Oulala, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Django sauf qu'il a les yeux verts au lieu de jaunes et qu'il est entier, je comprends que le soupirant entrevu hier au travers des grilles du chantier a entraîné sa copine qui s'est laissée prendre.


J'arrache les trois affichettes que j'avais collées devant chez nous et sur la palissade des travaux. La journée s'annonce plus sereine que la veille. Je profite insidieusement du succès des billets félins pour vous suggérer de regarder le discours sur l'écologie de Jean-Luc Mélenchon, une remarquable leçon de choses comme on appelait cela au cours d'histoire naturelle. Ceux qui refusent le cynisme ambiant sont déjà convaincus, les autres pourraient changer d'avis sur celui auquel les médias dressent un costard injuste qui ne lui sied pas du tout. Si vous préférez la bande dessinée, le programme est décliné avec humour par Melaka, Reno Pixellu et Olivier Tonneau.

mardi 7 février 2017

Vagues de chats


Oulala et Django sont nos chats météo. Voyez-les rejouer la tempête qui s'est abattue sur la côte atlantique. Juste sous eux, sans qu'ils le sachent, à moins qu'ils ne feignent de l'ignorer, la petite Bagheera, que nous gardons en l'absence de nos voisins, dort au fond de la cale, sous le tatamis qui nous tient lieu de sommier. La couette est l'écume de ce faux désordre. Écaille de tortue dans l'obscurité, je ne l'aperçois qu'à plat ventre avec une lampe sortie de ma poche. Noir sur noir, je ne vois que ses deux billes rondes de mini panthère. Pas moyen de l'attraper sans déplacer tous les meubles. Il aura suffi que nous sortions un soir pour la retrouver siégeant sur l'un des fauteuils orange face au loulou gris du 93 (un poil chartreux, 7 mois) et à la châtelaine de Cognac (un poil balinais, 11 mois).


Quant à la miss de Chinon (un poil persan, 5 mois), elle a passé son lundi et repassé la moquette noire dans son trou à chrat. Mon traducteur Google n'a pas encore implémenté les miaous que j'essaie de décoder tant bien que mal. On y passe du temps et le temps passe. Nous ne désespérons pas de les prendre en photo tous les trois ensemble d'ici la fin de la semaine.

jeudi 2 février 2017

Dehors, dedans


Le soleil se lève. Illusion des reflets. La porte fenêtre est plus loin de l'objectif que la fenêtre à laquelle Françoise tourne le dos. À bien y regarder on pourrait n'y voir que du feu. Juste à côté d'elle, je suis déjà au travail, vêtu de mon peignoir de bain. De toute manière à cette saison il faut plus de trente minutes pour que le sauna monte à la bonne température. Dehors, dedans, les chats font les fous, alignant les aller et retours en traversant le mur du jardin comme des passe-muraille. L'antilope porte un crocodile sur son dos. Le Tanzanien Hashim Mruta Bushier (1942-1998), membre fondateur de l'école Tingatinga devenue en 1990 la Tingatinga Arts Co-operative (TACS), l'a peinte au début des années 70. Anny, qui a offert le tableau à sa sœur, en avait acheté plusieurs dans une brocante qui a brûlé le lendemain. Ils auraient fini dans les flammes. Dans la pénombre tout est un peu flou. Le fond est du même orange que les fauteuils autour de la table en verre, du même orange que la cuisine, du même orange que le mur d'enceinte, du même orange que les flammes. La couleur se déplace, dehors, dedans.

mardi 31 janvier 2017

Rorschach glacé


Batman ? Incontinence ? Feuille morte ? Si c'est celui qui pisse le plus loin, rira bien qui rira le dernier. Donc un garçon. Pris dans la toile. La journée, c'est sûr. Probablement gris. Du gris. Le ciel. De la bière. Rentrer à pied. C'était peu profond. Soudain. On me regarde. Heureusement on ne me voit pas. Du moins je le crois. Ou je feins de le croire. Je ne sais plus. Dépassé. Encore envie. Je suis pris. Contrechamp. Une autre histoire. Ailleurs.

vendredi 20 janvier 2017

Qui suis-je ?


Qui suis-je ? Ce n'est pas un portrait chinois, mais une interrogation légitime que chacun, chacune se pose de temps en temps en se regardant dans la glace. En vieillissant on reconnaît parfois l'un de ses parents. Certains soirs on croit voir le jeune homme ou la jeune femme que nous avions été ou que nous avions rêvé d'être. D'autres matins on voit, comme disait Cocteau, "la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre". On peut aussi s'y atteler chaque jour, comme je le fais dans cette colonne, sachant bien que j'aurais beau écrire sur tous ceux et celles dont les œuvres suscitent ma solidarité je ne fais que dessiner mon portrait en creux.

" Au bout de quelques jours où le téléphone ne sonne pas je me demande pourquoi tant de musiciens que j'ai invités me renvoient rarement l'ascenseur. J'ai rêvé qu'ils ou elles m'invitent sur scène ou en studio. Mais savent-ils ce qu'ils pourraient me demander ? Peut-être mon instrumentation est-elle trop étrange ? A-t-on jamais vu un pupitre de guimbarde ? Les sons électroniques sont-ils trop abstraits pour être imaginés ? Les bruitages qui font sens effraient-ils celles et ceux qui préfèrent rester dans le flou ? Il existe si peu de camarades à pratiquer les machines que j'ai appris à apprivoiser. Mon ancienneté est-elle encore trop récente ou fais-je déjà figure de dinosaure ? Dois-je continuer à souffrir de cet avant-gardisme systématique qui me tient éveillé ? Un ami producteur me confia un jour qu'à la vue de ma réussite matérielle personne ne pensait que je ressente le besoin d'être sollicité. Est-ce le lot des meneurs de se voir laissés à leurs œuvres ? Être un agitateur ou un indépendant isolerait forcément ? Combien d'artistes au profil proche du mien se trouvent confrontés à la même alternative : il leur faut être à l'initiative des choses s'ils veulent continuer à exister.
Ce n'est pas parce que je m'intéresse aux autres et que je défends leur travail que j'endosse la veste du journaliste. J'ai toujours rappelé que les qualités qui permettent de continuer sont la persévérance et la solidarité. La persévérance se comprend d'elle-même. La solidarité est une démarche essentielle pour ne pas s'enfermer dans une tour d'ivoire ou une cabane au fond des bois ! Face aux mauvaises nouvelles qui ne peuvent manquer de se produire, les amis sont les seuls à vous empêcher de sombrer. Je leur dois tant. C'est aussi une valeur morale qui tient à mes jeunes années, lorsque l'imagination était au pouvoir et que les anciens ne craignaient pas de nous transmettre leur savoir. En partageant avec les plus jeunes j'apprends autant d'eux que je leur ouvre de portes. "

Ces propos avaient été probablement motivés par des projets annulés, faute de subsides. Je tournais en rond, pestant de ne pouvoir me rendre utile, pensée déplacée au vu de mon incessante suractivité ! Se sentir désiré aide à avancer. Mes articles quotidiens me donnent néanmoins la satisfaction d'avoir fait quelque chose, même les jours de vache maigre. Quelle impatience ! Aussitôt ces lignes ressassées le téléphone sonne et de nouvelles perspectives me sourient. J'ajoute que, parti transmettre (la bonne parole) à Strasbourg où les étudiantes sont pleines d'une énergie qu'elles me renvoient à leur tour, le doute se dissipe. Il n'empêche...

jeudi 1 décembre 2016

Vertiges


J'ignore à quoi cela tient, mais lorsque je me suis réveillé au milieu de la nuit la chambre tournait sur elle-même. J'avais pourtant les yeux fermés. C'était l'obscurité qui chavirait. En les ouvrant c'était pire, rien n'était stable, tout filait sur les côtés. C'est passé en me levant, mais chaque fois que je m'allongeais les vertiges reprenaient de plus belle. Je suis descendu consulter Internet au rez-de-chaussée. Certains sites sont plus rassurants que d'autres. Comme je n'ai ni migraine ni acouphènes ni rien d'autre que la Terre qui chavire lorsque je me baisse je ne m'inquiète pas trop. L'ostéopathe pense que c'est une artère qui a été comprimée sous l'occiput, soit lors de mon opération dentaire avec greffe osseuse, soit lors de ma dernière séance de kiné Mézières. Il me manque tout de même une incisive supérieure au milieu du sourire. Je sens bien le déséquilibre afférent, que j'enfile ou pas la prothèse, une dent collée sur un palais en plastique accroché aux canines. Les vertiges ne sont pas permanents. Je croyais même en être débarrassé. C'est revenu, mais cette fois le sol tanguait comme si j'étais sur le pont d'un navire. Je m'en fiche, je n'ai jamais eu le mal de mer. Et puis cela ne m'empêche pas de lire, alors je me plonge dans La mort nomade, troisième volume d'Yruldegger de l'écrivain Ian Manook.

mercredi 16 novembre 2016

Moins incisif


Je déprime très rarement, mais parfois un réseau d'émotions me pousse à une tristesse qui m'envahit sans désir de la vaincre. Pour en arriver à cet état il faut que les attaques se portent sur plusieurs fronts, sans que j'en sois forcément la cible. Quantité d'évènements sont susceptibles de m'affecter, de la compassion individuelle jusqu'à l'état du monde. Les défenses immunitaires affaiblies, le risque est de tomber malade.
Moment mal choisi, car je dois subir une grosse opération dentaire en fin d'après-midi. Cette intervention qui s'étalera sur plusieurs mois n'est peut-être pas étrangère au blues qui m'envahit. La perte d'une incisive est certainement symbolique. Comment mordre sans ? Grrr ! Lorsque j'étais en neuvième, l'équivalent du CE2, trois garçons plus âgés m'avaient renversé accidentellement dans la cour de récréation. La dent cassée que le Docteur Lessault avait remplacée lorsque j'atteins 22 ans avait tenu une trentaine d'années, mais le dentiste suivant avait mal rebouché le conduit et une infection récurrente m'oblige à ajouter un nouvel implant au centre de ma mâchoire supérieure. L'opération est compliquée. La perspective de la greffe osseuse ne m'enchante guère, mais je n'ai pas le choix et je vais devoir porter un appareil en attendant la cicatrisation. J'ai la chance de posséder de magnifiques exostoses où la chirurgienne va pouvoir puiser la matière première.
Cela n'explique pas tout. Demain j'aurai probablement déjà évacué ma peine. Pessimiste gai, je brûle d'un soleil intérieur qu'il faut tout de même ranimer de temps en temps. J'ai ajouté cette phrase pour n'inquiéter personne, surtout après avoir choisi ce Saint Jérôme du Caravagge photographié Galerie Borghese pour illustrer mon article, icône d'ailleurs très positive...
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