Jean-Jacques Birgé

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jeudi 1 décembre 2016

Vertiges


J'ignore à quoi cela tient, mais lorsque je me suis réveillé au milieu de la nuit la chambre tournait sur elle-même. J'avais pourtant les yeux fermés. C'était l'obscurité qui chavirait. En les ouvrant c'était pire, rien n'était stable, tout filait sur les côtés. C'est passé en me levant, mais chaque fois que je m'allongeais les vertiges reprenaient de plus belle. Je suis descendu consulter Internet au rez-de-chaussée. Certains sites sont plus rassurants que d'autres. Comme je n'ai ni migraine ni acouphènes ni rien d'autre que la Terre qui chavire lorsque je me baisse je ne m'inquiète pas trop. L'ostéopathe pense que c'est une artère qui a été comprimée sous l'occiput, soit lors de mon opération dentaire avec greffe osseuse, soit lors de ma dernière séance de kiné Mézières. Il me manque tout de même une incisive supérieure au milieu du sourire. Je sens bien le déséquilibre afférent, que j'enfile ou pas la prothèse, une dent collée sur un palais en plastique accroché aux canines. Les vertiges ne sont pas permanents. Je croyais même en être débarrassé. C'est revenu, mais cette fois le sol tanguait comme si j'étais sur le pont d'un navire. Je m'en fiche, je n'ai jamais eu le mal de mer. Et puis cela ne m'empêche pas de lire, alors je me plonge dans La mort nomade, troisième volume d'Yruldegger de l'écrivain Ian Manook.

mercredi 16 novembre 2016

Moins incisif


Je déprime très rarement, mais parfois un réseau d'émotions me pousse à une tristesse qui m'envahit sans désir de la vaincre. Pour en arriver à cet état il faut que les attaques se portent sur plusieurs fronts, sans que j'en sois forcément la cible. Quantité d'évènements sont susceptibles de m'affecter, de la compassion individuelle jusqu'à l'état du monde. Les défenses immunitaires affaiblies, le risque est de tomber malade.
Moment mal choisi, car je dois subir une grosse opération dentaire en fin d'après-midi. Cette intervention qui s'étalera sur plusieurs mois n'est peut-être pas étrangère au blues qui m'envahit. La perte d'une incisive est certainement symbolique. Comment mordre sans ? Grrr ! Lorsque j'étais en neuvième, l'équivalent du CE2, trois garçons plus âgés m'avaient renversé accidentellement dans la cour de récréation. La dent cassée que le Docteur Lessault avait remplacée lorsque j'atteins 22 ans avait tenu une trentaine d'années, mais le dentiste suivant avait mal rebouché le conduit et une infection récurrente m'oblige à ajouter un nouvel implant au centre de ma mâchoire supérieure. L'opération est compliquée. La perspective de la greffe osseuse ne m'enchante guère, mais je n'ai pas le choix et je vais devoir porter un appareil en attendant la cicatrisation. J'ai la chance de posséder de magnifiques exostoses où la chirurgienne va pouvoir puiser la matière première.
Cela n'explique pas tout. Demain j'aurai probablement déjà évacué ma peine. Pessimiste gai, je brûle d'un soleil intérieur qu'il faut tout de même ranimer de temps en temps. J'ai ajouté cette phrase pour n'inquiéter personne, surtout après avoir choisi ce Saint Jérôme du Caravagge photographié Galerie Borghese pour illustrer mon article, icône d'ailleurs très positive...

jeudi 10 novembre 2016

Envol


Prendre de la hauteur. Changer d'angle. Renverser les apparences. Nous en avons bien besoin lorsque le monde marche sur la tête. Je me souviens de mon baptême de l'air, j'étais enfant, toute la famille était montée dans un petit coucou, à l'époque les voyages en avion étaient rares. Plus tard j'ai fait la même chose en parapente, mais cette fois je suis parti en duo avec un pilote.


Départ à skis ! La pente semblait si raide qu'elle était presque abrupte. Extrêmement impressionnant. Après avoir décollé, tout file, ça plane, la peur se dissipe, c'est merveilleux, la neige ne fond pas plus que mes ailes, Icare est vengé... En écoutant le son de ce que j'ai filmé, j'ai beau répéter que tout va bien, je ne trouve pas le ton de ma voix très rassuré. L'atterrissage se fera les pieds en l'air, sans douleur. Je n'ai jamais essayé le parachute ni le saut à l'élastique, mais j'ai ingurgité et fumé des trucs bizarres qui m'ont envoyé dans les airs. J'aime les voyages parce qu'ils pulvérisent souvent mes idées préconçues, des idées reçues. Certains n'étaient pas toujours agréables, loin s'en faut, surtout dans les zones de guerre, mais j'ai toujours appris du déplacement. Il ne faut jamais craindre ce que l'on ignore. Ces temps-ci nous ne serons certainement pas au bout de nos surprises !

vendredi 14 octobre 2016

Oulala a un nouveau copain


Xavier et Corinne sont venus dîner accompagnés du nouveau pote d'Oulala qu'ils ont laissé en partant. Pendant les premières semaines de sa vie nos amis l'ont appelé Jean-Jacques pour le différencier de ses trois frères et sœur ! Pour l'instant nous l'avons baptisé Django... Il est tout gris et tout doux avec deux yeux noirs et jaune, et l'air un peu ahuri. Mais ce peut être trompeur, car découvrir sa nouvelle maison est une épreuve à passer, surtout lorsque l'on est reçu par une jeune harpie qui dévoile un visage qu'on ne lui connaissait pas. Jusqu'ici, Oulala n'avait eu à faire qu'à des chats plus âgés qu'elle. Confronté à un petit minet elle l'a coursé sous les divans et dans le jardin en lui crachant quelques invectives qui ne semblaient pas être de bienvenue. Même impressionné, le petit ne s'est pas démonté, grondant et grimpant. Conclusion : comme tout le monde a plutôt une bonne nature, cela va se tasser probablement rapidement, mais tous les quatre nous avons eu une nuit très courte.


Comme nous n'avons plus l'âge de nous rouler par terre toute la journée, Oulala s'ennuyait. De temps en temps elle rendait visite à Pipo qui habite en face et qui lui retournait la politesse. Nous avons donc pensé que deux chats ne nous causeraient pas beaucoup plus de travail qu'un seul. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser au film de Tex Avery de 1946 où Lonesome Lenny n'arrête pas de se lamenter en marmonnant "Gee, I wish I had a friend...", sous-titré "J'aimerais bien avoir un copain...".

mercredi 12 octobre 2016

Direct le platane


Souvent je prends des photos sans savoir à quoi elles serviront, mais j'ai toujours les illustrations du blog à l'esprit. Dans le passé, cela fait tout de même douze ans que je publie un article par jour, lorsque j'étais sec je regardais les images que j'avais mises de côté pour voir si l'une d'elles m'inspirait. Ces dernières années j'ai écrit de plus en plus de chroniques, disques, DVD, bouquins, comptes-rendus d'expositions... Lorsque je voyage il y a une évidence, mais, sédentaire, je risque de tourner en rond, du moins sur l'écran de mon ordinateur.
Il y a trente ans j'aurais écrit "sur le papier", mais les temps ont changé. J'ai rempli des cahiers entiers, de pensées intimes, d'ébauches de projets, de croquis, de choses à faire, près de quatre-vingt. C'est comme ma base de données. J'ai commencé par recopier les notes de pochette des disques que j'empruntais à des copains et que j'enregistrais sur bande magnétique, puis sur cassette. Pareil pour les émissions de radio que je cochais sur Télérama. J'ai fait des fiches par artiste, renvoyant aux numéros de bande. Et puis un jour il a fallu tout recopier sur FileMaker Pro, comme le carnet d'adresses. Aujourd'hui j'ai abandonné cette nomenclature, me fiant dangereusement au champ de recherche de Spotlight. Le problème, c'est que c'est réparti sur plusieurs disques durs externes de 3 To. Les anciens fichiers sauvegardés sur CDR, puis DVDR, sont indexés sur Tri-Back-Up, mais les plus récents ?
De toute manière j'ai emmagasiné beaucoup trop de choses. Il faut que je me débarrasse de quantité de livres que je ne relirai jamais et de disques que je n'écouterai plus, jeter les centaines de VHS qui encombrent mes étagères, donner mes collections de revues (Actuel, L'Art Vivant, Photo, Zoom, 40 ans de Cahiers du Cinéma...) si je n'arrive pas à les vendre. Je garde les livres d'images, la poésie, les auteurs qui m'ont façonné. Les vinyles ont déjà été expurgés, mais je conserve le classique et le contemporain, le rock et le jazz qui me bottent encore, la chanson française et la voix des auteurs, les disques de mon enfance et les trucs les plus bizarres. Cela constitue encore un sacré métrage et son poids lourd. Je vendrais bien ma collection de timbres, mais je ne sais pas à qui m'adresser sans me faire arnaquer. Il faut aussi grimper au grenier et faire de la place. Il y a là de vieux vêtements, des cartons vides, mais aussi toutes les archives d'Un Drame Musical Instantané, des kilos de partitions et de coupures de presse. Cela demande beaucoup de courage.
Je regarde le vieux platane de La Ciotat dont les feuilles d'automne envahissent la terrasse et le gravier. C'est peut-être avec cela que l'on faisait du papier ? Je regarde le vieux platane et je me dis que les arbres sont une des rares choses qu'il faudrait préserver. Le reste n'est que vanité.

mercredi 5 octobre 2016

Cultiver son jardin


Lundi et mardi, après un puis deux articles sur des disques qui viennent de sortir, je n'avais pas envie que l'on me prenne par erreur pour un journaliste. D'autant que les semaines passées j'avais chroniqué ceux d'André Minvielle, Michèle Buirette, Daniel Erdmann, Ursus Minor, l'ONJ, plus l'exposition Hergé au Grand Palais et celle sur le rêve à Marseille, sans compter les DVD, etc. Mon actualité de compositeur étant plus calme depuis la rentrée de septembre, je ne m'activais pas moins en studio où je prépare plusieurs albums...
C'est donc au jardin que je me retrouvai face à moi-même, moment de détente que j'alterne avec la position allongée sur le dos, comme me le conseille mon kiné Mézières. Le matin et/ou le soir je profite du sauna que nous venons d'y installer et qui m'oblige à rester tranquille pendant une bonne vingtaine de minutes !


Car je ne tiens pas en place. Hyperactif, incapable de procrastination, je fais ce qui est à faire à l'instant où j'y pense ou si l'on me sollicite. Cela commence très tôt le matin alors que j'éteins bien tard le soir. L'automne m'occupe aussi à balayer les feuilles qui se ramassent à la pelle. Le charme perd ses fleurs, et persifleur, je dirais que le vent est tel qu'il en tombe autant derrière moi que j'en balaie devant. Elles ressemblent à de minuscules feuilles d'érable à trois folioles. Je lis que ce sont en réalité des fruits, akènes ligneux de 3 à 6 mm de long, attachés à une bractée en forme de feuille trilobée qui forme une aile favorisant leur dispersion... Je déverse tout cela dans le compost que Françoise a installé intelligemment et qu'alimentent gentiment deux ou trois voisins.


Je fuyais le journalisme et me voici botaniste (ou composteur de musique, comme le suggère ma cousine Susy), m'éreintant stupidement alors que Fiona m'a délivré une séance géniale de shiatsu le matin-même. En ce qui concerne mes articles, je tiens à préciser encore une fois qu'il s'agit pour moi d'un acte militant face à la faillite de la profession. J'adore découvrir de nouveaux talents, défendre des artistes méconnus victimes de l'injustice du système, donner un coup de pouce aux plus jeunes, en résumé transmettre avec la même énergie et la même foi ce que les aînés qui ne sont plus là ont eu la générosité de me léguer. Pensée récurrente à mon papa qui vit au dessus de mon épaule comme un Jiminy le criquet, à Frank Zappa qui m'a mis le pied à l'étrier, à Jean-André Fieschi qui m'a tant appris et donné le moyen de continuer à apprendre, à Bernard Vitet qui fut mon camarade et mon complice pendant plus de trente ans... Les autres se reconnaîtront dans la longue liste cachée sous les crédits de drame.org !


Je me réfugie donc dans la petite baraque au fond du jardin pour suer un bon coup avant douche glacée. La pseudo chromothérapie me suggère de choisir le rouge lorsque je souhaite doper mon métabolisme et le bleu pour me reposer. Voilà ainsi plusieurs nuits où je dors d'une traite pour avoir branché les infrarouges après le film, un peu avant d'aller me coucher... J'ignore si le sauna me fatigue ou me dynamise, ou peut-être les deux, mais je me sens incroyablement mieux depuis quelque temps, malgré les mauvaises nouvelles que l'actualité ne cesse d'apporter et qu'il est indispensable de combattre, même en pure perte.

mardi 13 septembre 2016

Ouh la la !


Voyant certains vieux se figer dans le temps, j'avais demandé à ma fille de me prévenir si elle me sentait glisser vers le gâtisme. Il faut dire que ma propre mère tourne en boucle depuis quelques années. Elle ne s'intéresse plus à grand chose, regarde les jeux télévisés et les infos, ne lis plus de livres et m'appelle tous les jours à la même heure en me posant les trois mêmes questions : "Quoi de neuf ? Tu as du travail ? As-tu des nouvelles de ta fille ?". Comment aurons-nous évolué dans vingt ans ? De quoi s'interroger, voire s'inquiéter de l'avenir !
Elsa lance donc une alerte qu'il me faut bien entendre et assimiler. Deux points la préoccupent particulièrement, le fait que je me plaigne systématiquement et notre surinvestissement pour notre jeune chatte Oulala. J'ai maladroitement pris l'habitude de répondre sincèrement à la question "comment ça va ?" sans pour autant entrer dans des détails scatologiques. Ma vie ayant globalement été jusqu'ici une partie de plaisir, j'en ai probablement honte vis à vis des camarades qui galèrent et je crois de bon ton de placer quelques bémols à ma partition en mode majeur. C'est stupide à plus d'un titre. Connaître mes petits bobos n'intéressent pas grand monde, personne n'a envie de savoir, c'est barbant, et les plus flippés ne sont pas dupes du grand écart avec ce qu'ils ont à subir. J'ai donc décidé de faire des efforts pour voir la vie en rose, de l'exprimer publiquement, sauf les jours les plus fastes qui s'écriront soit en rouge et noir, soit en se fondant dans l'arc-en-ciel. Je pourrais aussi apprendre la discrétion, mais je crains que ce ne soit incompatible avec le fait de tenir un journal extime, ceci en lien direct avec mon caractère public qui s'épanouit dans le partage et la transmission.
Deuxième point (dans ma gueule !), notre investissement disproportionné pour Oulala s'explique certainement par l'absence d'enfants à la maison. Je pense sincèrement que c'est un passage relatif aux récentes de Scotch et Ulysse et à la jeunesse de la demoiselle. Ça y est, je glisse illico vers un anthropomorphisme qui fait rigoler les amis ou qui s'inquiètent pour notre sénilité précoce. Il va donc falloir que je m'oblige à lâcher du mou et à laisser la chatte vivre sa vie sans que nous nous croyons obligés d'être sur le qui-vive à chacune de ses disparitions.
Rien de trop grave, les autres voyants d'alerte semblant éteints, pour l'instant. Nous continuons à nous exploser dans nos créations et nous apprenons à prendre le temps de vivre, ce qui, d'une certaine manière, est aussi un travail. Nous sommes aussi très entourés, partageant des moments merveilleux avec les amis. J'ai chaque jour l'impression de mieux profiter de la vie et de réduire les moments désagréables au strict minimum. Il paraît que cela ne suffit pas. Mais est-ce jamais suffisant ? Quant aux bonnes intentions, ce n'est pas gagné. L'analyse n'est qu'un premier pas qui ne préjuge en rien de la résolution des faits.

mardi 19 juillet 2016

L'enregistreur à fil


Je n'ai jamais entendu ce que mon père avait enregistré à la fin des années 40 sur un magnétophone à fil. Sans l'appareil il est évidemment impossible d'écouter ce qu'il y a sur la bobine de fil magnétique retrouvée à sa mort. Tout s'est probablement effacé avec le temps, mais je la garde précieusement et la regarde encore souvent, là où elle est posée, devant mes livres de musique. Les fils avaient été vite remplacés par des bandes qui à leur tour disparaitront à l'ère du numérique. Lorsque le fil cassait on faisait un nœud. J'en ai trouvé quelques uns en déroulant le fil de ma mémoire. Prennent alors forme les sons de mon enfance, bien que ceux-ci l'aient anticipée. La voix de papa et ses pleurs de rire, le bruit des automobiles de l'époque, le bulldog factice du passage des Panoramas qui terrorisait ma petite sœur, les jeux d'arcade à monnayeur des grands boulevards, en particulier un ours sur lequel il fallait tirer avec une carabine et qui s'animait en grondant. Sur les flancs de la pesante bobine de métal est inscrit en relief " Gilby Wire S.A. - Topphet M ", mais la machine que je découvre derrière les grilles de l'exposition sur la Beat Generation au Centre Pompidou est une Webster-Chicago "portable" de 1945. C'était donc à cela que ressemblait l'appareil susceptible de m'extraire du labyrinthe familial ou de faire revivre les disparus. Il ne me reste qu'une drôle de bobine. La mienne, béate, forte d'imaginer ce que l'aimant eut pu révéler.

→ Exposition Beat Generation, Centre Pompidou, jusqu'au 3 octobre 2016

mercredi 22 juin 2016

Trait d'union


Après le gag spamé d'hier je place une vraie photo de moi pour illustrer l'article du jour.
Y avais-je déjà pensé ou bien a-t-il fallu soixante ans pour que je comprenne mon trait d'union ?
Ma mère qui avait deux sœurs et une vingtaine de cousines était persuadée qu'elle accoucherait fatalement d'une fille. Elle avait donc choisi le prénom de Claire et aucun pour le petit garçon qui s'est présenté. Jacques leur paraissait acceptable, mais au dernier moment mes parents se sont souvenus qu'il y en avait déjà un en Lorraine du côté de mon père. Pris de court, ils ont accolé Jean, prénom de mon père, et le Jacques envisagé. Les prénoms composés ne sont plus à la mode, mais cela se faisait beaucoup dans les années 50. À douze ans, envoyé aux USA pour apprendre l'anglais, je découvre que pour les anglo-saxons Jack est le diminutif de John. Plutôt que devenir bègue ou schizophrène j'ai appris à danser d'un pied sur l'autre et mon trait d'union s'est transformé en articulation. N'ayant aucune culture religieuse, Sainte-Thèse et Anti-Thèse se sont incarnées dans une dialectique capable de produire un Discours de la Méthode qui me soit propre. Je le suis resté dans mes œuvres, même les plus hirsutes. De même ma quête fusionnelle ou mes aptitudes à partager avec d'autres le bonheur de faire marquent explicitement un trait d'union.
Quant à Gaston, mon second prénom que je dois à mon grand-père "mort pour la France" et que la douche à gaz m'empêcha de connaître, je le cachai soigneusement, car à l'époque il symbolisait les garçons de café. Aujourd'hui Jean-Jacques est d'un autre temps, anachronisme que j'assume de mieux en mieux avec l'âge, et Gaston serait du meilleur goût !

dimanche 12 juin 2016

Newsletter de juin (extrait)

jeudi 5 mai 2016

In vino veritas


La cave est si sombre que j'ai du mal à lire les étiquettes. Avec une lampe frontale et mon iPhone qui supporte mieux l'absence de lumière que le Lumix je suis descendu faire mon Arman sans la casse. Deux fois par an je remplis les places vides avec du rouge et du blanc. En vieillissant le vin se bonifie, mais je le supporte de moins en moins bien. Après deux ou trois verres j'ai un point là, à droite sous le sternum. Nous n'achetons pourtant plus que des vins bio ou naturels. Petits buveurs, nous n'en consommons qu'avec les amis, ici ou ailleurs. C'est bon pour le cœur. C'est doux au palais. Comme je garde les meilleures pour de grandes occasions il arrive que ce soit trop tard et Françoise qui a un nez d'enfer renvoie les bouteilles en prétextant qu'elles sont bouchonnées ou madérisées. Cela me fend le cœur. J'aime bien le vin à table, mais je crois que j'ai toujours préféré les alcools forts. C'est comme le piment, un truc de défoncé. La cave est au sous-sol, le bar est en haut. Mon père qui avait été barman au Ritz, un de ses cent métiers, m'avait appris à composer des cocktails américains, mais plus personne n'y semble attaché. Les traditions se perdent. J'ai pourtant la panoplie complète. Je secoue le shaker pas plus de deux fois par an. La vodka et l'aquavit sont au congélo, mais ce sont les rhums qui descendent le plus vite. Sans compter le vin d'orange et la gentiane de Jean-Claude. Ma préférée, c'est sa liqueur de nèfles. 40 noyaux, 40 sucres, 40 jours à macérer dans un litre à 40°. La poussière recouvre la plupart des flacons. Le vin s'envole chaque fois que l'on va dîner chez des amis. Depuis des années je fais aveuglément confiance à Pierre pour choisir les vignobles. Je n'ai plus qu'à jouer des poids et des haltères pour regarnir les places vides et étancher ma soif... Et puis j'aime l'eau, l'eau fraîche, glacée. En vérité j'aime tout. Tout ce qui se boit, tout ce qui se mange, tout ce qui sent bon, qui sonne bien, tout ce qui est joli à voir et à toucher. Aimer. C'est bon.

lundi 2 mai 2016

Les souffrances des jeunes vertèbres


Les copains me disaient que j'en avais plein le dos et me conseillaient de changer de vie. J'avais tout de même fait des radios en 1983 et quelques années plus tard je suis entré dans un tube qui ressemblait à un cercueil relooké 2001, l'odyssée de l'espace. Les machines ont beaucoup changé depuis, et l'aspect claustrophobe de l'IRM a presque disparu. On est allongé sur une table de kiné qui glisse sous un court tunnel ouvert aux deux extrémités. Un casque diffusant une musique sans style protège du bruit des bobines qui vibrent et produisent un rythme binaire de techno lourdingue. Une poire glissée dans la main vous permet d'éventuellement avertir le préposé du moindre désagrément. La séquence m'a semblé durer une dizaine de minutes.
Lorsque j'avais 20 ans je transportais seul mes enceintes amplifiées Yamaha de 1,80m de haut pesant 60 kg chaque lorsque je partais en concert. L'épreuve résidait à les enfiler dans la voiture par le haillon. À cet âge les tours de rein passent en deux ou trois jours. Lorsque j'eus 31 ans , terminant une séance d'enregistrement dans mon sous-sol avec Un Drame Musical Instantané vers 3 heures du matin et désirant débrancher mon synthétiseur PPG j'attrapai les câbles en torsion et me retrouvai à genoux avec un grand cri japonais. À cette époque on allait se faire décoincer chez un kinésithérapeute. Le bon Docteur Thébaut Place de la Concorde expérimentait toutes sortes de techniques comme la magnétothérapie. Plus tard je passai à l'ostéopathie crânienne, puis au massage chinois Tui Na An Mo, voire l'EMDR, et aujourd'hui lorsque je me coince j'oscille entre crac et la rééducation par la méthode Mézières. Récemment j'enchaînai un lumbago suivi de cruralgies dansant d'une jambe sur l'autre. Cette bascule instantanée des douleurs de l'aine droite et gauche justifia que je repasse une IRM, histoire de numéroter mes abattis.
Alors que les images d'il y a 25 ans montraient une hernie discale L5-S1 et trois disques écrabouillés, celle de la semaine dernière révèle que la hernie est rentrée (merci au Docteur Mussi qui me fit faire des exercices autodisciplinés pendant toutes ces années), mais que l'ensemble des disques lombaires sont pincés et en hyposignal sur la séquence sagittale T2 témoin d'une discopathie dégénérative étagée, signifiant que toute ma production discographique lombaire est raplapla. Mon kiné actuel m'annonce que lumbago, sciatiques et cruralgies sont des problèmes de jeunes et que cela passe en vieillissant, la bonne nouvelle ! Quant aux séances Mézières elles m'apprennent à respirer et à retrouver une posture qui devrait m'éviter tous les déboires dont je suis victime depuis 32 ans. J'aurais bien cité le nom de tous les praticiens qui m'ont aidé à vivre pendant tout ce temps-là, sans compter les prescriptions d'analgésiques et d'anti-inflammatoires, mais cela fait beaucoup de monde et je ne suis pas certain qu'ils aient l'envie ou les moyens de récupérer plus de patients qu'ils n'en ont déjà !
Si vous avez réussi à lire ce billet médical et paramédical jusqu'ici, je conseillerai simplement aux plus jeunes, qui se croient donc invincibles, de ne pas soulever de poids en torsion, de plier les genoux, de porter une gaine comme font les motards, d'éviter le métier de contorsionniste, de faire du sport mais sans jamais forcer et de vivre vieux pour apprécier le bien fondé de ces avertissements.

jeudi 28 avril 2016

Toï ète Moï


En allant changer la bouteille de butane chez Ismaël, adorable épicier des Lilas/Bagnolet qui rend service à tout le quartier, je tombe sur un cageot d'oranges espagnoles Toi et Moi. Mon cœur se serre, car elles sont plus ou moins à l'origine de ma naissance ! Mon père en frimeur patenté, on se demande de qui je tiens, pérorant devant ses futurs beaux-parents et voyant arriver le dessert, nous sommes en 1951, avait voulu étaler sa culture gastronomique et ses dons pour les langues étrangères. Toi et Moi était ainsi devenu Toï ète Moï ! Dans les années 90 cette anecdote m'avait inspiré une chanson que nous avions mise en musique avec Bernard Vitet pour l'album Carton. L'accordéoniste Michèle Buirette, qui incarne ici ma mère, lui donne la réplique :



TOÏ ET MOÏ
(prononcer Toï ète Moï)

J't'ai présenté à mes parents
Qui t'ont trouvé plutôt frimeur
Lorsqu'est arrivé le dessert
Et que tu t'es exclaffamé
Huum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
Imprimé sur la pelure
De ces oranges : TOI ET MOI
Une promesse de vie commune
Mais sous l'écorce, fruit défendu

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons chantée comme au Bolchoï

Pressant le fruit, coiffant la fleur
J'eus les pépins de la famille
Les faims de moi étaient ta mère
Pour le fromage je fis tintin
Hum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
La marmelade où tu m'as mise
A tout connaître nous n'hûmes rien
Et si ce soir je mets les bouts
C'est bien sur l'air de la sanguine

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons grillé comme au Monoï

lundi 11 avril 2016

3,1415926535897932384626433832795028841971693993...


J'ouvre les yeux. Il fait noir. La lettre Π se détache sur le plafond. Trois heures et quart du matin. Je ne dors pas. À moins que ce soit un rêve ? Si c'était le K, il aurait repris de plus belle puisque je les ouvre à nouveau à quatre heures vingt trois. Le réveil lumineux projette les chiffres au-dessus de ma tête. Danse des heures. Depuis quelques jours je dors sur le dos pour soulager mes vertèbres. Exercice Mézières. Inspirer en gonflant le ventre, souffler en le creusant et en faisant descendre les côtes, mouvement vers le haut à partir du plexus. Pendant que je m'étire, je révise. Que j'aime à faire apprendre ce nombre utile aux sages ! Immortel Archimède, artiste ingénieur, qui de ton jugement peut priser la valeur ? Pour moi, ton problème eut de pareils avantages. Jadis, mystérieux, un problème bloquait tout l'admirable procédé, l'œuvre grandiose que Pythagore découvrit aux anciens Grecs. 0 quadrature ! Vieux tourment du philosophe, insoluble rondeur, trop longtemps vous avez défié Pythagore et ses imitateurs. Comment intégrer l'espace plan circulaire ? Former un triangle auquel il équivaudra ? Nouvelle invention : Archimède inscrira dedans un hexagone, appréciera son aire, fonction du rayon. Pas trop ne s'y tiendra, dédoublera chaque élément antérieur ; toujours de l'orbe calculée approchera ; définira limite ; enfin, l'arc, le limiteur de cet inquiétant cercle, ennemi trop rebelle, professeur, enseignez son problème avec zèle... En comptant les lettres on peut retrouver les premières décimales de Π. Les ponctuations ne comptent pas et les mots de dix lettres valent zéro. J'ignore aujourd'hui à quoi cela pourrait bien me servir. Ma règle à calcul ne sort plus du tiroir. Elle m'est devenue ésotérique. Les chiffres au plafond tournent comme une auréole sous les pattes d'une araignée géante qui resoude mes synapses pendant mon sommeil. Hallucination ? Folie ! Les anti-inflammatoires et les analgésiques participent à la sarabande. J'aime les chiffres pour les faire basculer, leur tordre le cou. Ils sont la forme de mes élucubrations artistiques, là où les lettres, moins flexibles, expriment mes sentiments. Je les pèse et soupèse, les fais glisser d'un bord à l'autre, je les ajoute et les retranche, je les laisse parfois dessiner tout seuls. Le texte est une prose, ils sont la poésie.

mardi 5 avril 2016

Newsletter d'avril


Ma capture d'écran laisse de côté la majeure partie de mes activités, car la suite rappelle des nouvelles qui n'ont pas changé depuis la newsletter du mois dernier. Elle est par contre envoyée dans son intégralité à plus de 700 correspondants qui en ont fait la demande ou qui figurent dans mes tablettes depuis une quinzaine d'années. Comme j'utilise l'application flicarde MailChimp qui permet de joindre tout le monde d'un seul clic, je sais aussi que 37,4% seulement des courriels ont été consultés, ce qui paraît-il est un très bon résultat. Il faut savoir que ce logiciel permet de savoir qui, quand et comment le mail a été lu. J'avoue ne pas rentrer dans ces détails, mais je me souviens l'avoir utilisé il y a quelques années pour la sortie de mon second roman USA 1968 eux enfants et avoir constaté qu'absolument aucun journaliste n'avait ouvert le courrier personnalisé qui leur avait été adressé. Je m'abstiens donc de cette déconvenue en espérant que mon travail continue à intéresser du monde.
On notera donc l'association fructueuse avec la créatrice sonore Amandine Casadamont, projet que nous souhaitons jouer sur scène aussi souvent que possible, en particulier à l'étranger. L'album Harpon donne dores et déjà une bonne idée de nos possibilités improvisatrices ! L'autre évènement très attendu est la sortie du vinyle avant toute sur le label Le Souffle Continu, duo préhistorique signé Birgé-Gorgé puisqu'il se situe chronologiquement avant mon premier disque, l'album culte Défense de. Nous aurons bien entendu l'occasion d'y revenir... Sinon le blog fera une pause de trois semaines en mai, repos bien mérité, hors perfusion Internet.

mercredi 30 mars 2016

La mémoire en rappel


La mémoire est fragile, constamment reconstruite au fur et à mesure que les informations s'accumulent dans notre ciboulot, figée à force de se polariser sur un détail ou volatile jusqu'à l'oubli total. Produit du présent, elle forge l'avenir sans aucune certitude du passé. Demandez à plusieurs témoins de reconstituer le moindre évènement après quelques années et il perdra toute véracité au profit d'un puzzle complémentaire ou sujet à d'inexplicables contradictions.
Hier j'écrivais ne pas me souvenir quand et comment j'avais rencontré la créatrice sonore Amandine Casadamont avec qui je viens d'enregistrer un album inaugurant une collaboration des plus excitantes. Or Amandine m'avait rappelé le jour-même en quelle occasion nous nous étions croisés, mais je n'y avais pas fait attention. Hier Laure Milena, dont je me souvenais pourtant qu'elle en était l'initiatrice, me raconte qu'elle avait invité Amandine, avec qui elle travaillait à l'époque, à venir me voir jouer avec Antoine Schmitt, un projet de flux radio et image d'ordi en devenir, qui leur avait beaucoup plu à toutes les deux. Elle nous avait présentés après le spectacle, mais comme souvent en sortant de scène je n'en garde aucun souvenir. Je raconte cette petite histoire parce que Laure ne fut pas la seule à relever ma perte de mémoire... Le 17 avril 2010 Antoine et moi présentions en effet Mascarade à l'Espace Mercoeur à l'invitation des soirées IRL (In Real Life) en avant-première de la création qui ferait l'ouverture du FIMAV (Victoriaville, Québec) en première partie de notre opéra pour 100 lapins connectés, Nabaz'mob.


Les 3336 articles de mon blog, en marge de leur fonction quasi encyclopédique, représentent d'ailleurs un fantastique pense-bête que je consulte régulièrement puisqu'ils me tiennent lieu de journal quotidien depuis bientôt douze ans. De même les images qui les accompagnent dessinent une chronologie que le temps a tendance à dissiper dans sa subjective élasticité. Lundi Françoise, attirée par la musique qui se construisait dans le studio, fit quelques clichés de notre duo après avoir filmé l'enregistrement de deux de nos improvisations. Et chacun, chacune de sortir son appareil pour immortaliser la scène ! Amandine poste une photo sur FaceBook tandis que je cherche à capturer l'envers du décor où l'aiguille brille. Plus tard nous réaliserons ensemble la pochette de Harpon en étalant par terre les vinyles utilisés pendant la séance.
Dans le cas d'improvisations totales ce n'est que le lendemain que je découvre réellement ce que nous avons joué et mixé. J'aime ce faux magma rigoureusement agencé dans un état semi-comateux où nous contrôlons pourtant le moindre de nos gestes. Les scories y sont les garantes du vivant, complicité de l'imprévisible. Nous reconnaissons l'une et l'autre notre goût pour l'écriture cinématographique, dialectique des plans prenant tout leur sens au montage en direct, perspectives sonores jouant de la profondeur de champ, mais aussi profusion des détails offrant quantité d'interprétations selon les auditeurs, énigmes produites par les ellipses, abstractions que seule la musique suscite...

mercredi 16 mars 2016

Quand je ne fais rien...



Avant de s'envoler pour Bahreïn où elle reprend l'opéra Carmen avec l'Orchestra di Piazza Vittorio, Elsa m'a aidé à mettre en forme ma newsletter. Cette actualité est longue comme le bras. Envoyée par mail, je l'ai reproduite ici parce qu'elle résume bien ma non-activité. Tout ce qui y est annoncé est terminé à mon niveau. Les expositions suivent leur cours, les disques à paraître sont entre les mains des producteurs, les applications pour tablettes bénéficieront de mises à jour... Il n'y a que le blog qui s'écrive au jour le jour, avec une pause vacances prévue au mois de mai où, Françoise et moi, nous nous envolerons pour Naples, Ischia et les îles éoliennes. Repos bien mérité.
Néanmoins, en attendant l'hypothétique coup de fil de Monsieur De Mesmaeker, je classe les archives et prépare l'album du trio El Strøm que nous avons décidé de publier chez GRRR avec Sacha Gattino et Birgitte Lyregaard. Un autre projet personnel me tient à cœur, mais j'ai du mal à m'y remettre sans perspective de débouchés sérieux. On verra cela au retour.
Vendredi prochain à 19h je fais aussi un petit set avec Antonin-Tri Hoang pour soutenir le collectif des Baras qui squattent le 72 rue René Alazard à Bagnolet. Venez ! Il y aura aussi Blick Bassy, Étienne et Léo Brunet, Jah Nool Farafina, Dié... Et les Baras, Africains chassés de Libye par notre guerre, auront préparé le mafé et le tiep !

N.B.: si vous souhaitez recevoir la newsletter (avec liens opérationnels !), écrivez à info(at)drame.org

jeudi 10 mars 2016

Pris dans ses filets


La grippe, mais laquelle, m'a repris dans ses filets. Moins de deux mois après avoir été terrassé par un méchant virus, un de ses cousins mal intentionnés vient de nouveau frapper à ma porte. Quelle drôle d'idée de lui avoir ouvert sans regarder dans le judas ? Ce ne sont pourtant qu'images tordues par la fatigue. Le seul trou où coller mon œil est d'un noir aspirant et le filet est un filtre flou m'empêchant de faire le point. Il aura bien fallu sortir dans le monde pour contracter la maladie. Le pire, c'est que je ne suis pas le seul à replonger une seconde fois, et ce sont presque les mêmes à être barbouillés et perclus de courbatures. Étrange. Peut-être ai-je trop forcé sur la corde et cette semaine post-partum était la porte ouverte à cette harassante glissade ?

jeudi 3 mars 2016

Drôle de mélange


Hier après-midi. Quelques minutes d'un drôle de mélange. De gros flocons blancs volaient dans tous les sens. Les feuilles du palmier et les bambous ont commencé à plier, mais le vent les secouait et le soleil les a fait fondre. Le silence s'est effacé sous les gouttes. J'ai imaginé des fruits exotiques, bananes et mangues fraîches, relevés au piment de la Réunion, nappés de copeaux de glace à la noix de coco et d'un sorbet au cacao amer. Ou bien un guacamole comme celui que je viens de préparer, oui c'est ça ; un gros avocat du Pérou mixé avec un oignon rouge, une tomate, quelques herbes, du citron, une bonne cuillérée de miel, un bouillon dashi, une pointe de gingembre, du poivre Sansho. La buée sur le miroir gommait ma silhouette un peu large. Une barque m'attendait derrière le mur de briques. J'ai plongé. Lorsque je me suis réveillé, le vent avait repris de plus belle, j'ai failli m'étaler sur le pont inondé, les clochettes suspendues un peu partout tintaient à qui mieux mieux, de l'âtre soufflait une corne de brume en rafales comme si cela venait d'en bas. Quelqu'un s'est demandé tout haut combien de fois il verrait encore la neige tomber...

mardi 1 mars 2016

Envolée


À force d'extase on finit par léviter. Prendre de la hauteur ne ferait pas de mal. S'évader du plateau de jeu. Même revigorante, la monomanie de ces derniers jours est une passion dévorante. S'allonger à plat dos et regarder le ciel. Ce que sont les nuages. Champ. Contrechamp. J'apprends à plaquer ma colonne au sol. La clef ? L'étirement. Du bout de l'orteil à la pointe du cheveu. Cela va loin. L'éther. Je suis aux anges. Hé ho je suis là, tu me vois pas, là, tout en haut ? La grande roue se fige. Deux petits points rouges. Vue sur la vie. C'est bon de croire qu'on n'a rien à faire et que l'on ne fera rien ! Doucement redescendre.


Vague illustration de ce que je racontais dans le premier paragraphe, Che cosa sono le nuvole? (Ce que sont les nuages ?) est un mes courts métrages préférés. Pier Paolo Pasolini a tourné ce sketch en 1967 pour Capriccio all'italiana avec Totò (Jago), Ninetto Davoli (Otello), Laura Betti (Desdemona), Franco Franchi (Cassio), le chanteur Domenico Modugno... Sans sous-titres il reste le spectacle de marionnettes. Shakespeare. Je ne me lasse non plus jamais de deux autres sketchs de Pasolini, La Ricotta tiré de Rogopag et La Terre vue de la Lune (sic) tiré des Sorcières... Rapports de causes à effets, je suis imprégné de Carambolages (voir précédents articles) !