Jean-Jacques Birgé

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lundi 1 février 2016

La boule à zéro


À la veille de mon concert avec Bumcello, Françoise m'a proposé de me couper les cheveux. Idée aussi sotte que grenue, car je me suis retrouvé avec la tête pleine de trous, certes amoureux, mais d'une esthétique qui frisait la maladie ou la collaboration à la Libération ! Je suis donc allé demander du secours à mon ami Sun Sun qui possède une tondeuse. Le sculpteur n'eut d'autre choix que de se baser sur les plus petits brins pour égaliser ma coiffure grisonnante. Sous cette météo froide et humide je n'ai d'autre solution qu'enfiler un galure. Heureusement j'en ai quelques uns très fantaisie, comme celui avec de longues oreilles d'âne ou de zèbre que je coiffai pour le concert de la semaine dernière...

Photo © Gérard Touren

mercredi 20 janvier 2016

Spirale


Rien à raconter parce que je ne peux rien écouter, rien voir, rien lire, rien dire, même pas regarder les mouches voler. D'abord à cette époque il n'y a pas de mouches, ensuite je reste dans le noir les yeux fermés. La fièvre ne baisse pas. J'ai réussi à avaler une tranche de jambon blanc. J'ai annulé mes rendez-vous. Ulysse est probablement trop jeune pour comprendre qu'il devrait venir me câliner en s'allongeant sur la couette. Pris d'une quinte de toux toutes les demi-heures il m'est impossible de dormir. Je ne m'ennuie même pas. Si je n'avais le soupçon que les végétaux sont aussi vivants que les animaux je dirais que je suis un légume. Les végétariens manquent d'imagination, ils ignorent le cri de la carotte qu'on arrache de la terre. Je suis un légume pris dans une spirale bouillante avec au-dessus un couvercle qui maintient la pression.

Le troisième jour je remonte doucement à la surface. Le mal s'est déplacé vers le ventre, le dos et la gorge. Grosse fatigue. Je vois le bout du tunnel. Il n'y a pas de lézards, mais un vilain virus qui mord ma barbaque et en a déjà avalé quatre kilos. J'espère inverser la spirale comme on retourne un gant ou une chaussette. On peut remplacer l'un par l'autre, mais pas le contraire. Lorsque je ne marinerai plus dans la chaleur de la maladie j'enfilerai ma nouvelle doudoune à damier multicolore pour affronter le froid. Pour l'instant je m'éteins dans le noir...

Illustration de Jean Bruller dit Vercors

mardi 19 janvier 2016

Grippal ?


Je suis rarement malade, mais alors là c'est le pompon. J'ai une enclume à la place du crâne, mal aux oreilles, de la fièvre, la toux me casse le dos, je ne tiens pas sur mes jambes et la position couchée me fait tousser. Je vois les lettres que je tape danser devant mes yeux fatigués, je n'ai plus de souffle et mon nez coule. Comme si toutes mes défenses immunitaires lâchaient en même temps ! J'espère que mon état va s'améliorer, parce qu'à cette heure c'est à peine supportable. J'identifie très bien les raisons du moment et les causes, mais cela me fait une belle jambe.
J'adorerais utiliser une ou plusieurs enclumes dans ma musique, mais pas aujourd'hui. La première utilisation remonterait à l'opéra d'Auber, Le maçon, en 1825, suivi par Hector Berlioz dans Benvenuto Cellini en 1838. Giuseppe Verdi en a deux dans Le trouvère en 1853, Richard Wagner monte à dix-huit pour L'or du Rhin en 1869, mais une seule dans Siegfried en 1876. C'est évidemment toujours justifié par les situations dramatiques. Carl Orff, Benjamin Britten, Gustav Holst, Aaron Copland et tant d'autres s'en empareront au risque de se coltiner un lumbago ! La première fois que j'en ai entendu une c'était dans Ionisation d'Edgard Varèse dans la version Robert Craft.
La mienne est nulle, elle ne fait aucun bruit, et pourtant ça cogne.

mercredi 6 janvier 2016

Zone de travail


Les journées d'hiver sont bien courtes. Cette première semaine de l'année commence mollement. Les administrations marchent au ralenti. Leurs sites Internet sont en maintenance. Raison de plus pour investir très tôt le studio, avant que le téléphone ait commencé à sonner et d'avoir l'esprit pollué par quoi que ce soit ; tout frais, j'attaque un grand projet personnel entamé il y a une dizaine d'années et les mots de la première chanson me viennent aisément. Les rimes coulent de source. L'après-déjeuner suggère des travaux plus mécaniques comme copier des reportages sonores que j'ai enregistrés sur cassette il y a trente ans ; la corbeille de la Bourse est facilement datable puisqu'elle a été remplacée par des traders devant leurs écrans d'ordinateur en 1987. J'utilise des bandes encore plus anciennes comme la roulette du Casino de Deauville que les élèves croupiers avaient fait tourner pour nous et un soir de 14 juillet qui, associé aux cris du Palais Brongniart, sonne comme une charge de CRS. J'avais déjà calé les voix de mon père et de ma petite sœur rescapées des années 50. Au fur et à mesure de la journée j'avance doucement sur les pièces suivantes, mais quand tombe la nuit je bifurque vers des travaux manuels pour lesquels je n'ai a priori aucune appétence.


Les ouvriers nous faisant poireauter depuis des mois, je passe au bricolage sauvage. Ayant réussi à faire tenir le nouveau radiateur électrique du studio en équilibre sur les anciens supports, je recolle le miroir des toilettes et fabrique un système de fortune pour avoir une lampe agréable derrière soi lorsque l'on souhaite y avoir de saines lectures comme la revue Schnock ou le Manuel de survie. Pendant qu'Armagan et Christophe nous racontent leur séjour en Géorgie je fixe des petits miroirs sur la porte du réfrigérateur avec du ruban adhésif double face très costaud, histoire de pouvoir jeter un coup d'œil à sa silhouette avant d'entamer le repas. Mais est-ce bien raisonnable, alors que je ne le suis pas ?

lundi 28 décembre 2015

Second stade du miroir


Ulysse découvre la tête qu'il a, affublé de la collerette qui l'empêche de se gratter l'œil. Il a pris un coup de griffe, à moins que ce ne soit une brindille. Toujours aussi téméraire, il grimpe à toute vitesse en haut des arbres, sur les branches les plus fines, mais l'églantier est plein d'épines et le yucca fabrique des piques acérées. Comme si cela ne suffisait pas, question congénitale ou résultat d'une infection, il manque de larmes. Notre jeune chat ne pleure pas, même lorsqu'il se fait mal. Conclusion, nous devons lui mettre des gouttes pour humecter sa cornée. Depuis hier il rigole pourtant un peu moins. Il marche à reculons, rase les murs et fait des bonds comme s'il avançait sur des braises. Interdit de sortie il tourne en rond ou s'affale les pattes pendantes au bord du lit, lui dont les fugues quotidiennes sont légendaires dans le quartier, je devrais dire les visites tant il a annexé nombreuses demeures de notre rue, y compris le squat des Baras chassés de Lybie par l'intervention armée de la France et toujours sous la menace d'une expulsion. Hier matin j'ai heureusement été réveillé par ses cabrioles : il avait réussi, mauvaise idée, à retirer partiellement son corset de plastique, se coinçant douloureusement la mâchoire. Il est pourtant indispensable de l'empêcher de se gratter l'œil. Nous lui faisons maintes caresses et gratouillis, le brossons et le câlinons en comptant les jours qui le séparent de la libération. En attendant il se regarde dans la glace, offusqué par ce que l'ophtalmologue l'oblige à porter. Mais ce qu'il voit dépasse l'artifice et le laisse perplexe.

mercredi 25 novembre 2015

Une journée comme les autres ne ressemble à rien d'autre


Je rentre tard, longue journée, envie d'aller me coucher, mais je dois encore écrire le billet de mercredi, gymnastique intellectuelle que mes deux index copient comme des automates, mais avant, avant consulter les 298 mails que les filtres ont laissé passer, mettre des petits drapeaux à ceux auxquels je répondrai, mais demain, demain je ne sais pas, alors je passe en revue cette journée presque banale... Donner à manger à Ouist en l'absence d'Elsa, et ses médicaments, pas facile de lui faire avaler ses pilules, je le coince entre mes jambes, dos à moi, je relève sa tête en lui ouvrant les mâchoires, j'enfonce le gros cachet au fond de sa gorge et je tiens sa bouche fermée, souvent il recrache, je recommence, parfois j'agite la boîte de croquettes pour le faire déglutir, il arrive qu'il me griffe d'impatience, mais c'est rare... Séance de kiné Mézières à Saint-Michel, tous les Vélib sont en panne au Châtelet, la traversée des ponts est glaciale, j'apprends à respirer, à me poser sur mes jambes plutôt que sur mon dos... Les horaires du RER donnés par Internet n'ont rien à voir avec le réel, ceux des panneaux d'affichage non plus, les prévus sont retardés, j'en prends un qui n'était pas annoncé, était-il en avance, il arrive en retard, juste le temps pour ma correspondance à Juvisy, je marche sous la pluie givrante dans Evry... Après le déjeuner je joue avec les installations lumineuses de Flavien Théry et Fred Murie en résidence à la Fabrique de Culture de Siana. Les étudiants de Télécom École de Management doivent plancher sur le thème "Détourner la ville d’aujourd’hui pour créer la ville de demain", je coache trois groupes de dix élèves, chacun une heure, en essayant d'ajouter un peu de fantaisie à leurs projets et je développe mon sempiternel discours de la méthode pour leur donner les moyens de leurs rêves, tout en les y amenant doucement en se libérant des contingences techniques et budgétaires, l'après-midi rassemble ainsi une douzaine d'autres artistes chargés de "faire émerger les idées"... Retour par le RER que j'emprunte en touriste et j'arrive donc avec une heure de retard à la remise des Pépites d'or liées au Salon du Livre de Jeunesse. Le lauréat est publié par un énorme éditeur américain qui ne s'est évidemment pas déplacé alors que plusieurs petits éditeurs français mériteraient d'être sérieusement soutenus, toute considération artistique mise à part. Cela me rappelle notre nomination aux Victoires de la Musique où nous étions en compétition avec Henri Dès et Walt Disney. Disney avait remporté la Victoire. Malgré des budgets sans commune mesure les autres projets me semblaient tout aussi intéressants. Nous passons pour autant une excellente soirée en bonne compagnie, mais je dois repasser voir Ouist pour lui redonner ses médicaments et j'aimerais bien aller me coucher, d'autant que je suis captivé par un polar de Ian Manook que je croyais mongole tant ses détails sonnent authentiques, j'y reviendrai, mais il me reste encore à trouver une idée pour mon blog avant d'éteindre...

mercredi 11 novembre 2015

Swing de la viande bleue


Le couteau à pain sur miche de campagne est un classique de glissade matinale. Pas très malin à la veille d'un concert où tous mes doigts sont requis sur les noires et les blanches. La coupure est légère, mais la chair gonfle comme la pâte au four. Au pire ou au mieux, les notes sous l'index formeront légère syncope. Le swing de la viande bleue, demain soir jeudi 20h au Triton !

vendredi 6 novembre 2015

Le jour d'après


Voilà. C'est passé. Vous m'avez copieusement et gentiment arrosé de vœux par téléphone, SMS, mail, réseaux sociaux.
Internet fait sortir du splendide isolement. Je dis pis que pendre de FaceBook, et avec raison, mais l'appli permet de se sentir moins seul, surtout lorsque l'on développe des idées que l'on pensait partager avec pas grand monde. FaceBook est moche, pas pratique, flicarde, sélective, brimante, mais j'y ai connu nombre de personnes dont les propos sont proches des miens ou qui m'ont ouvert les yeux sur différentes questions, sans parler des très précieuses informations professionnelles que l'on y glane. Depuis que je vous lis je suis un peu moins parano ! Tout dépend du type de réseau que l'on s'est constitué. Sur mon "mur" j'indique essentiellement les liens vers mon blog et n'accepte que les "amis" que je connais. Sinon j'envoie en message privé : "Qui êtes-vous ? Bonjour, avant d'accepter une demande d'amis, je pose cette question à tous ceux et à toutes celles que je ne connais pas, quand ma mémoire fait défaut ou que les informations de FaceBook ne me permettent pas de l'apprendre." C'est montré du tact, n'est-ce pas ?
Sur Google+ un nombre invraisemblable de jeunes femmes inconnues revendiquent chaque jour de suivre mes activités, me laissant extrêmement perplexe quant à leurs intentions qui m'apparaissent obscures ! Sur Twitter dont la brièveté des messages est peu adaptée à mon "style" je ne colle également qu'un lien accompagné de deux ou trois hashtags. Au vu du temps que me prennent les liens à ajouter dans mes articles je me demande si je vais continuer, sauf si véritable nécessité, vous laissant le soin de googliser les noms ou mots que vous ignorez.
Encore merci pour tous vos messages chaleureux qui m'ont touché !

jeudi 5 novembre 2015

Aujourd'hui c'est vous qui m'écrivez


Je suis né le 5 novembre 1952 à Paris. La clinique était impasse Malesherbes qui donne dans la rue des Martyrs. Il m'a fallu des années pour m'échapper de ce concept ! Le neuvième arrondissement est au centre de la capitale, quartiers populaires. Ma mère est née boulevard de Strasbourg, ma grand-mère rue du Faubourg Saint-Denis. Ça c'est Paris !
Mon père était angevin, mais les deux côtés de la famille viennent de l'est de la France, probablement des Gaulois convertis au judaïsme, en tout cas pour le maternel. Ce détail me fait marrer quand je pense aux xénophobes et aux racistes arrivés bien plus tard, pour la très très grande majorité, dans ce pays qui ne s'appelait pas encore la France !
Ma mère, pessimiste comme pas deux, ayant deux sœurs et une vingtaine de cousines, était persuadée que je serais une fille. Ils avaient prévu de m'appeler Claire, mais pas pensé à un prénom de garçon. Jacques leur plaisait, mais il y en avait déjà un en Lorraine, ils me l'ont donc collé avec celui de mon père, et vlan, vlà Jean-Jacques qui se pointe ! Je me le traîne depuis 63 ans et avec le temps je me suis même fait à jj et jjb. Cela m'a longtemps horripilé, mais le jour où Robert Wyatt m'a appelé djay djay bi, je n'ai pas osé le contrarier, d'autant qu'avec sa voix l'allitération sonnait plutôt bien. Depuis, mes mails se terminent même par jjb. À une époque j'ai écrit aussi quantité d'articles et d'œuvres sous pseudonymes, mais le propre des pseudos est qu'ils restent anonymes.
Pour les amateurs d'astrologie je suis scorpion, dragon et, entre autres, marxiste. Bien forcé, j'ai pris le pli et renais régulièrement de mes cendres.
Un joyeux non-anniversaire à toutes et à tous !

P.S.: pour les cadeaux, les embrassades, les vœux in vivo, rendez-vous au Triton dans une semaine, jeudi 12 novembre à 20h, nous donnons un unique concert avec l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang ;-)

mardi 3 novembre 2015

Taper n'est pas jouer


La semaine dernière j'ai passé plus de temps à taper sur mon clavier d'ordinateur, dans le passé on disait à la machine, que sur mes touches noires et blanches. Certains jours, en me levant de bonne heure, je suis monté jusqu'à quatre articles : sur le thème de la refondation pour La Revue du Cube, sur ma collaboration avec Michel Houellebecq pour Les Cahiers de l'Herne, pour le Journal des Allumés du Jazz sur les rapports musique et Internet, dans cette colonne évidemment, pour le vinyle que publiera Le Souffle Continu réunissant des pièces en duo avec Francis Gorgé datant de 1974-1975, pour le site drame.org où j'ai ajouté ici et là de nouvelles pièces inédites retrouvées dans mes archives, etc.
Certains me prennent pour un journaliste, alors que cette activité périphérique est militante. Je me bats pour mes idées, pour défendre mon travail, pour aider les beaux projets des uns et des autres que les plumitifs professionnels négligent. Philippe Ochem a annulé la table ronde qui devait se tenir ce mois-ci à Jazzdor sur la presse et les blogs, dommage ! Mais comme disait Bourvil, "quand on est artiste, il faut faire tous les genres !" Mon rôle de producteur implique que je connaisse tous les postes, de la comptabilité à la direction artistique, de la vaisselle à la scène. Compositeur, je mets les mains dans le cambouis en interprétant mes propres œuvres.


Je dois ainsi préparer le concert du 12 novembre au Triton où je reprends le spectacle Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang qui n'y ont encore jamais participé. Comme nous faisons tirer au public les thèmes de nos improvisations au hasard, je ne peux que fourbir mes armes en choisissant les instruments que j'emporterai ce soir-là. J'ai "posté" la newsletter pour l'annoncer. J'ai également envoyé au Triton le texte de présentation du concert de janvier prochain où je jouerai avec Bumcello ! Il ne reste que des petits détails à régler pour les projets en cours, au Louvre, à la Maison de l'île de la Réunion, à la Cité des Sciences et de l'Industrie, ainsi que sur tablette et plateau de jeu...
Je remets sans cesse au lendemain le gros projet personnel que j'ai entamé il y a cinq ans et qui devrait me donner beaucoup de travail dans l'année à venir. J'ai numérisé une vingtaine de films dont j'ai composé la musique dans les années 70-90, les supports VHS ayant commencé à se dégrader. Grande surprise de découvrir des partitions sonores que ma mémoire avait totalement effacées. Les premières sont souvent enregistrées au synthétiseur ARP 2600, les dernières avec un échantillonneur, mais j'utilise quantité d'instruments acoustiques si besoin, intégrant parfois des bruitages, m'associant aussi avec d'autres musiciens comme l'accordéoniste Michèle Buirette ou mes deux acolytes d'Un Drame Musical Instantané. Les incroyables Archives de la Planète montées par Jocelyne Leclercq pour la Cinémathèque Albert Kahn y tiennent une place importante, mais il y a aussi les clips de lancement de la Vidéothèque de Paris, celui du Congrès de Marseille de la Sacem, l'habillage qu'Étienne Mineur avait conçu pour Europrix à la télévision autrichienne, des films institutionnels qui imaginent un futur que nous avons dépassé depuis, des films d'entreprise qui en disent long sur la démagogie patronale, un documentaire sulfureux de Michèle Larue, etc.
Lorsque j'exécutais ce genre d'exercice à voix haute, je faisais rire ma regrettée camarade Brigitte Dornès qui disait que je révisais. En laissant ces traces, plus de 3200 articles rien qu'ici, j'édifie un gigantesque aide-mémoire qui vient rejoindre mes quatre-vingt cahiers intimes (pré-blog), mes archives et celles du Drame, mes bibliothèque, discothèque, bandothèque, vidéothèque, etcéthèque. J'ai très tôt compris l'importance que revêtirait de les organiser au delà de leur simple conservation. Les systèmes sophistiqués de recherche informatique m'ont rendu négligent. J'ai laissé tomber mes fiches en carton, mais je ne remplis plus ma base de données, sauf lorsqu'un nouveau projet l'exige. Le temps du partage suit celui de l'acquis. La possibilité que j'enchaîne encore quantité de créations me fait redouter une accumulation qui semble exponentielle malgré la miniaturisation des supports de sauvegarde. Plus la maison est grande plus on l'encombre, or elle arrive à saturation. Les perspectives existentielles que cette pensée engendre me fiche un peu la trouille.

Illustration : Arman, Infinity of Typewriters and Infinity of Monkeys and Infinity of Time = Hamlet (1962)
Extrait : Jerry Lewis, The Typewriter in Who's Minding The Store? (Un chef de rayon explosif), musique de Leroy Anderson (1950), film de Frank Tashlin (1963)

jeudi 22 octobre 2015

Née dans une famille de musiciens...


Elsa est partie à Rome pour un mois. Elle y interprète Micaëla dans l'opéra Carmen de Bizet adapté par l'Orchestra di Piazza Vittorio jusqu'au 9 novembre au Teatro Olimpico.
"Née dans une famille de musiciens...". Lorsque j'ai lu les premiers mots de sa biographie je suis resté songeur. De quelle famille parle-t-elle ? J'ai d'abord pensé à mes parents. Papa adorait l'opéra, Karajan et le jazz de la Nouvelle-Orléans ; Maman n'est sensible qu'aux marches militaires ; je ne vois personne dans la famille à part ma grand-mère maternelle qui était soprano dramatique et avait chanté sous la baguette de Paul Paray, une qualité des jeunes filles de bonne famille au début du XXe siècle. Papa et Grand-Maman auraient adoré écouter Elsa. Du côté de mon père, ma cousine Susy joue du steel drum, de la flûte, du ukulele, etc., son fils David du piano et je crois que son frère Christopher était basson dans l'Armée de l'Air. Dans la généalogie de la maman d'Elsa c'est pareil. Mais voilà, Michèle est accordéoniste et elle compose de très belles mélodies. Quant à moi, je vis dans un monde sonore où tout ce qui passe par le conduit auditif constitue une partition universelle qui ne se taira qu'à ma mort. Qu'il s'agisse de la musique proprement dite ou de tous les bruits du monde je les vois comme je les entends, privilégiant leur organisation et leur sens aux lois du solfège et de l'harmonie.
Mon statut de père me saute alors à la figure. Et celui de sa maman évidemment. Elsa avait eu la sagesse de commencer sa vie d'artiste en devenant trapéziste, histoire de prendre son envol sans notre appui. La contorsion en haut du chapiteau lui a esquinté le dos et elle est revenue à la musique où elle s'épanouit de manière épatante. Elle dit que c'est sa maison. Je suis bêtement ému, sans penser que j'y sois d'ailleurs pour grand chose. Nous écoutions de tout, mais je n'ai pas souhaité lui léguer mes maladroites manières d'autodidacte. Elle a choisi les belles mélodies, celles qui fichent le frisson. Lorsque je l'ai vue sur la scène des arènes de Fourvière dans le rôle de Micaëla, j'ai aussitôt pensé aux films de Jacques Demy qui avaient bercé son enfance. Comme elle chante en voix naturelle on entend très bien l'influence de Georges Bizet sur Michel Legrand. Son goût pour les musiques du monde qui s'épanouit avec Odeia reste mystérieux, mais dans le spectacle Comment ça va sur la Terre ? ou dans Chroniques de résistance composé par Tony Hymas avec François Corneloup et le trio Journal Intime on retrouve son goût pour la chanson française, et là j'ai repensé à Papa, pour d'autres raisons qui n'avaient plus rien de musicales...

jeudi 15 octobre 2015

Speedy moi-même


Le temps file sans que je prenne le temps d'écrire. Après les souvenirs du voyage sud-américain d'Edward Perraud, c'était hier soir au tour de Médéric Collignon de vernir son expo de vues de sa fenêtre au Triton, Les Lilas. Le prochain accrochage d'un musicien-photographe sera celui de Louis Sclavis. Bonne idée de Anna Sanchez Genard de leur avoir proposé chaque mois de montrer leurs fantaisies iconographiques ! J'enchaînai avec l'inauguration du café-restaurant L'entr'acte à Bagnolet, près du Cin'Hoche, que Caroline Rossignol a décoré sur le thème du cinématographe, en particulier un beau bar à tiroirs et des lustres en film celluloïd perforé...
Tout avait commencé tôt le matin avec une émission en direct à Radio Aligre qui avait réuni toute l'équipe des Inéditeurs pour évoquer le poème graphique Boum ! dont j'ai composé la partition sonore. Courses à Belleville avant le déjeuner, à Paris Store pour les légumes exotiques et les herbes fraîches, de grandes bouteilles de Tsing Tao et les délicieux rouleaux de la Pâtisserie Têt composés de riz gluant, poitrine de porc et fleur de banane, puis chez Super Tofu (demandez leur tofu nao salé ou leurs brioches de riz, mais tout y est bon comme là-bas et incroyablement pas cher).
L'après-midi je bouclai avec Francis Gorgé la proposition de morceaux pour le vinyle que doit publier Le Souffle Continu de notre duo pré-Défense de, à savoir des pièces de 1974 et 1975 d'une énergie invraisemblable. Francis avait sa guitare Gibson SG Standard des origines et moi mon ARP 2600, le plus beau synthé analogique que je connaisse. J'écoutai aussi un autre futur vinyle, cette fois le master des remix d'Un Drame Musical Instantané par Jorge Velez, Tuff Sherm, Eltron John et Thurston Moore, que sortira DDD/La Source au début de l'an prochain. Comme ce n'était pas suffisant je fis les dernières corrections de l'application pour tablette La Famille Fantôme avec les Éditions Volumiques pendant que Sacha Gattino se concentrait sur l'exposition Darwin dont nous réalisons ensemble le design sonore pour La Cité des Sciences et de l'Industrie qui a rouvert ses portes depuis l'incendie de cet été (les dates de Darwin ont été de ce fait repoussées). Ma fille Elsa est également passée me voir avant son départ pour Rome où elle reprend son rôle de Micaela dans le Carmen de Bizet adapté par l'Orchestra di piazza Vittorio.
Une journée bien remplie qui ne m'a pas laissé un instant pour écrire...

mercredi 23 septembre 2015

Les risques du métier


Onze ans de blog quotidien. Je crains de ressasser, de m'égocentrer, de reproduire une pâle copie du réel dans le monde virtuel. Tourner en rond. Alors je chronique. La musique, les films, des expos, des spectacles, mes lectures... Mais se faisant, l'intimité réservée du journal extime se dilue dans une actualité à laquelle j'avais espéré échapper. Où est la sortie ? Lorsque j'évoque mes proches, ma famille, mes amis, les gens avec qui je travaille, je dois faire attention de ne rien dévoiler qui m'ait été confié, le cercle se referme comme un droit à l'image, croche-pattes encourageant la fiction au détriment du document. L'audience s'étant élargie, je suis moins libre de mes confidences, une seconde peau a poussé sur la première sans que je puisse l'empêcher. C'est devenu solide. La fragilité s'est dissoute dans les reflets du miroir où se réfléchissent les évènements extérieurs. Je ne me regarde plus. L'acupunctrice chinoise me le reproche. La peau est moins élastique. Les rides me font moins peur que le gras. On n'y voit pas seulement l'avenir, le passé refait surface. Mon père. Mon grand-père que je n'ai pas connu. Des fantômes encore plus anciens. J'avais décidé de mettre chaque jour des éléments personnels dans l'universel et réciproquement, mais je ne m'y suis pas toujours tenu. Me serais-je oublié ? Rires. C'est pourtant mon impression. J'évoque celles et ceux que les professionnels de la profession négligent. Travail d'investigation chronophage, mais tellement enrichissant. J'ai récemment décidé de m'atteler à un travail que j'avais laissé de côté, un truc perso qui rayonne, manière de joindre les deux bouts. La dialectique m'est vitale. Bouger. J'irai voir ailleurs si j'y suis. Période charnière. Il faut bien se perdre pour se retrouver. Trois mille deux cents articles. En onze ans le Net a tellement changé. L'encyclopédie est devenue une pieuvre étouffante qui a réponse à tout. Nécessité de s'extérioriser ! À moins que cette dérive journalistique me soit imposée par le secret de ce qui est en cours et que je ne puis dévoiler avant terme ? J'ai toujours prétendu que les articles parlent avant tout de leurs auteurs, plutôt que ce dont ils traitent. Aurais-je donc peur de me perdre ? Ou bien vous savez lire entre les lignes et je me fais juste peur parce que le doute est le meilleur des carburants ? J'ai beau varier les angles, je tourne en rond. Faut-il tout détruire pour pouvoir reconstruire ?

vendredi 31 juillet 2015

Fermer les volets


Mois d'août oblige, je fais une pause sur le blog, histoire de changer de rythme. J'ignore encore si nous restons à Paris ou si nous allons voir ailleurs si j'y suis, mais un peu de répit me permettra peut-être de développer d'autres écritures. C'est aussi une manière de m'imposer de limiter la perfusion Internet qui me tient en laisse. Trente ans d'informatique (Atari, puis le premier PowerBook en 1991), vingt ans depuis mon engagement sérieux sur le réseau (marqué par le CD-Rom Au cirque avec Seurat), douze à bloguer quotidiennement, cela forge des habitudes que je ne contrôle pas malgré les apparences. D'un autre côté, quarante-cinq ans de musique, quarante depuis mon premier film, autant d'intermittence du spectacle remplacée par le régime de la retraite (incroyable mais vrai), et une grande fille, m'incitent à penser autrement. J'espère forcer la main de ma prochaine révolution, mais je ne sais pas encore par où attraper cette poêle brûlante. De toute évidence, même si les propositions de travail continuent de se bousculer, j'ai fondamentalement besoin de voir du pays et de faire de nouvelles rencontres. Lorsque je sais je gère, lorsque je ne sais pas je crée. Cette alternative trace le fil sur lequel j'avance depuis toujours, dépensant d'une main ce que je gagne de l'autre, mais toujours avec la nécessité de me rendre utile. Vacances ou pas, cela n'y change rien (la photo représente une tête de bergère, féminin de Birgé - partis garder nos moutons en montagne ou chasser ceux cachés sous les meubles, il s'agit toujours de faire le ménage). Vas-y JJ, respire, l'apnée n'est pas une qualité. Bon mois d'août à toutes et tous !

vendredi 24 juillet 2015

Déviation


Les services de presse m'ont transformé malgré moi en journaliste. Recevant quantité de disques, de DVD et Blu-Ray, de livres aussi, je me sens obligé de tout écouter, tout regarder, tout lire. Si j'ajoute les visites d'expositions et les concerts, le blog se transforme en chroniques, même si je tente de toujours glisser du personnel dans l'universel. Écrire moins de billets hors-sujet, poèmes, chansons, vagabondages, intimité, etc. a rendu la réciproque plus rare. Par facilité probablement, je me formate tout seul, me fondant dans le moule que les circonstances ont façonné. Pourtant je continue à privilégier les sujets peu abordés par les professionnels, choisissant d'évoquer des artistes ou des œuvres négligés par la presse. Le blog est devenu une activité militante au détriment de la création. Peut-être est-ce un équilibre nécessaire face au reste de mon travail qui, lui, est resté fondamentalement artistique, même dans ses aspects appliqués comme le design sonore ? Ici je cherche à adopter un angle inédit pour réfléchir notre monde, ailleurs j'en fabrique de nouveaux. L'écriture dactylographique occupe néanmoins un temps considérable par rapport à ma pratique instrumentale et j'ai l'impression de réfléchir en face de mon écran plus souvent que devant le spectacle du monde. C'est heureusement une illusion critique, car je continue de rêver dans le vide comme lorsque j'étais enfant. De plus, je n'ai jamais autant de plaisir qu'en réagissant à brûle-pourpoint aux questions qui se pressent au portillon. Dans une conversation, voire un monologue tendu où défilent mes pensées jusqu'à vider complètement la bobine, les idées fusent à une vitesse inégalée comme lors d'une improvisation musicale. Le brainstorming à plusieurs est un des exercices les plus excitants que je connaisse. Partager ses réflexions donne naissance à des idées que je n'aurais jamais eues sans cette émulation bienveillante. Écrire quotidiennement sur cette page y ressemble, les mots se substituant au jeu. Je cherche à m'adresser personnellement à chaque lecteur et lectrice anonymes comme lors de mes conférences, dans un vague état second, mais sans perdre le fil. C'est le propre de l'improvisation, mélange de vertige et de contrôle, où les accidents de parcours construisent le propos au delà de la maîtrise. Lorsque les phrases s'enchaînent et s'emballent sans moi, je sens qu'enfin j'y suis.

mardi 23 juin 2015

Trop loin, trop proche


Pas la moindre idée de vacances. Cela me semble très loin. Changer d'air est pourtant nécessaire à la réinitialisation de mon système interne. De son côté, Françoise part quelques jours à La Ciotat où seront projetés jeudi et samedi ses deux longs métrages de fiction, la comédie Vice Vertu et Vice Versa et le polar Passé Composé, première partie de sa rétrospective qui se tiendra dans le plus vieux cinéma du monde, le mythique Eden des Frères Lumière. Son opération à l'œil gauche lui interdit de prendre l'avion ou d'aller à la montagne pour l'instant. Nous déciderons donc plus tard si et où nous bougeons pendant l'été...
Je travaille d'arrache-pied sur plusieurs projets dont certains doivent être bouclés avant mon départ pour Arles où j'accompagne le Prix Découverte le 8 juillet. Sous le grand écran du Théâtre Antique je jonglerai avec les sons sur mon clavier, ajoutant la trompette à anche, l'harmonica et un peu de percussion à mon incroyable panoplie.
Entre temps je sonorise un jeu de donjons et dragons avec des pions sur iPad selon le modèle de Spellshot et je termine le design sonore du Monde de Yo-Ho des Éditions Volumiques. La même fine équipe est également susceptible de terminer le jeu de la Famille Fantôme pour lequel Sacha Gattino et moi avons livré la musique il y a trois ans ! Tous les deux ayant récemment gagné l'appel d'offre de l'exposition Darwin qui se tiendra à l'automne à la Cité des Sciences et de l'Industrie, nous démarrons la production de la dizaine d'attractions que nous devons sonorisées. Au jour le jour je choisis aussi des musiques pour certaines projections des Rencontres d'Arles, et cet été l'étude du métro du Grand Paris sera enfin bouclée.
Beaucoup de travail, et pourtant j'ignore totalement quoi fabriquer à la rentrée. Aucun projet personnel d'envergure n'est encore défini. C'est à cela que servent les vacances. Prendre le recul nécessaire pour sortir des habitudes qui vous plaquent le nez contre la vitre.

vendredi 19 juin 2015

Comme dans un rêve


Il fait nuit. Les lampadaires éclairent le parvis d'une lumière orange. Partis assister à un spectacle dont je suis censé avoir composé la musique nous traversons l'immense parking qui longe le bâtiment moderne qui abrite la scène nationale. Ma fille et moi grimpons les escaliers roulants qui rappellent ceux de l'Opéra de Saint-Étienne. La salle est pleine à craquer. Je rejoins donc la cabine du projectionniste où notre client est dans tous ses états. Il m'explique que la musique du spectacle que Sacha a enregistrée en mon absence est parfaite, mais qu'il y a un problème avec celle qui accompagne le livre, c'est un CD glissé sous un revers de la couverture. Je n'ai pu réellement travailler au projet, accaparé par la fin de celui pour Orange. Je descends dans la salle discuter avec Sacha qui a raisonnablement fait sa part. Notre client tente de m'expliquer ce qu'il veut, une musique printanière, légère, charmante. Je comprends qu'il cherche tout simplement quelque chose du genre des Quatre Saisons de Vivaldi, c'est une tarte à la crème mille fois utilisée. En prononçant ces mots j'entends soudain dans ma tête une musique inouïe qui s'en inspire. Tout y est, la structure et l'instrumentation, les mélodies et l'harmonie renversante qui leur sied. Rien n'a jamais été aussi précis au commencement d'un travail. Je me réveille et je me souviens de tout, même de la musique dans ses moindres détails. Seul bémol, mon client est virtuel et je ne vois aucune raison de l'enregistrer sans une commande réelle ! Tout est si présent que j'ai du mal à me persuader que je rêve. Tout se dissipe d'habitude au réveil. C'était il y a trois jours, mais je continue d'entendre cette musique dont le processus compositionnel ressemble fort à une partition que j'ai écrite il y a quelques années pour un théâtre de marionnettes conçu par Raymond pour La Cité des Sciences. Faut-il considérer ce rêve comme un signe et m'y coller ? Ou renvoyer ces élucubrations dans les limbes, en attendant une opportunité, maintenant que la méthode est validée par les fantômes de la nuit.
Au fur et à mesure que je décris cette aventure se dévoilent des éléments de la veille. Cette fois le sens caché m'importe peu. Du moins dans un premier temps. La méthode de composition évoquée me poursuit et je sens que je vais devoir m'y plonger pour m'en débarrasser ! D'autant que, depuis, je commence à entendre des voix...
Là-dessus Étienne m'annonce qu'il finalise les Petits Fantômes, Tiemo émerge des profondeurs d'un métro qui n'existe pas encore, Olivier et Gila convoquent l'Arlésienne et Claire m'entraîne dans un nouveau donjon... La même journée ! On dit que la nuit porte conseil. Alors, je me rendors.

mercredi 17 juin 2015

Du secret de l'accord imparfait


Aujourd'hui pas question d'écrire. Des piles de livres me tendent les bras. Je m'approche. Il y a de tout. Romans, pièces de théâtre, poésie, encyclopédies, journaux, magazines, lettres, courriels, tracts débordent de mes boîtes aux lettres et de mes étagères. Le survol des commentaires de mes récents billets polémiques me consterne. Rapidement ils ne se réfèrent plus à mes interrogations et tournent à une empoignade d'egos qui n'a plus grand chose à voir avec ce que je tentais d'approcher. Chacun et chacune lancent des affirmations péremptoires ou comminatoires après avoir lu en diagonale des phrases tapées à la va-vite, sans se relire. Le dialogue de sourds n'accouche que d'insultes et de sous-entendus pernicieux. Les commentaires sont jetés à la figure sans prendre le temps de la réflexion qu'impose la rédaction d'un billet.
Osons une comparaison. Dans un couple tenter de changer l'autre est peine perdue. Le travail consiste au contraire à l'accepter. Dans le premier cas on demande à l'autre un travail impossible, l'épreuve faisant fi de la névrose de chacun ; dans le second c'est à soi de bosser puisque que c'est soi qui exprime ce désir, parfois une souffrance, toujours une incompatibilité... Du moins à première vue. Dans les joutes oratoires la mauvaise foi est de mise, mais seulement à condition qu'elle porte ses effets. Lors d'un conflit on peut choisir de mentir : admettre que l'on a tort en sachant paradoxalement que la raison est avec soi. On évite ainsi quelques jours de tristesse qui de toute façon aboutiront au même résultat. Jouissez donc des différents au lieu d'encenser la sympathie. On n'obtient jamais d'accord dans le conflit, mais dans son dépassement.
Mieux vaut aller se promener, laisser reposer la colère, oublier ses rancœurs. On sait très bien qui sont ses amis, où l'amour fleurit. Ne vous inquiétez pas pour nous, ce n'est pas de circonstance. Il fait beau. Tout le monde se repose à la maison. Le chat a fini par s'enrouler sur lui-même, les pattes lui servant de volets. Il règne un doux parfum de vacances. Je ne voulais rien écrire. La rue du liseur m'a inspiré ces mots d'apaisement. Je m'étends sur le divan. Pour lire. Et je respire. Et le meilleur.

P.S. : on me demande de quelles polémiques il s'agit... Un exemple récent !

vendredi 12 juin 2015

Décollement de la rétine


Commençons par les bonnes nouvelles ! Françoise se remet doucement, mais sûrement, de l'opération après son décollement de la rétine. C'est arrivé après des années d'embêtements suite à des négligences avec ses lentilles de contact, quantité de cicatrisations au laser et deux implants pour ses cataractes. Les céphalées auraient dû la pousser à aller plus tôt consulter, mais elle a attendu de ne plus voir que la moitié de l'image de l'œil gauche pour foncer aux urgences de la Fondation Rothschild, service public impeccable, équipe chirurgicale irréprochable du Dr Le Mer. Il avait même eu la curiosité d'aller voir son site romand.org. C'est au réveil que les choses se sont corsées...
Contrairement au reste de l'équipe, une caricature d'infirmière désagréable vire Françoise de son lit dès son réveil de l'anesthésie locale. Mais une douleur pharamineuse la pousse à nouveau vers les urgences deux jours plus tard, cette fois ambulance et brancard. Heureusement la dernière visite est rassurante, l'œil est stabilisé, même si une bulle de gaz a glissé sur la rétine. Interdiction de prendre l'avion ou d'aller en montagne. Sur son bracelet est écrit : "Risque de cécité, patient porteur de gaz ophtalmique, etc." Mais ce n'est pas tout...
Revenons en arrière. Au moment de se faire opérer, la carte vitale semble périmée et l'administration annonce qu'elle doit donc surseoir à l'opération. Françoise n'a jamais reçu d'avis de fin de prise en charge de la Sécurité Sociale. Une solution est trouvée avec un chèque de caution de 888,44 € que j'apporte à sa sortie. J'appelle la Sécu qui me confirme la non couverture depuis le 31 décembre dernier. J'inscris donc ma compagne sur ma carte illico, la prise en charge devant être rétroactive. Quelle angoisse pour les personnes qui ne sont plus prises en charge ! En gros, elles peuvent crever, même s'il existe la CMU, cela ne règle pas les questions d'urgence !


Avec tout cela Françoise rate le festival des Bobines Rebelles, en Limousin, dont son film Appelez-moi Madame a fait l'ouverture ce soir sous l'égide de Federico Rossin au Magasin Général de Tarnac !

vendredi 1 mai 2015

Défilé du 1er mai


Comme j'ouvre la fenêtre un vague à l'âme m'éclabousse de ses embruns de jour férié. Le silence de la rue est gris comme un trottoir glissant. Le yucca, la tamaris et la glycine se détachent sur le mur orange. Cette année le muguet ne porte pas de fleur. Pensant avoir terminé mon travail, j'écris. C'est un leurre. Il faudrait marcher. L'entorse du mois d'août n'est pas totalement guérie. La semaine prochaine déborderait de nouvelles épatantes, est-ce pour cette raison que j'attends ? Du passé faisons table rase. Le chat des voisins dort sur le fauteuil orange. J'oublie systématiquement les créations au fur et à mesure qu'elles s'achèvent. Je fais rimer chacune de mes phrases. Les rendre publiques les range du côté du rêve.