Jean-Jacques Birgé

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jeudi 18 décembre 2014

Numéro 3000


Et si je m'octroyais une pause (toute relative !), histoire de fêter le 3000ème billet de mon blog sur drame.org. Avec les machines connectées on se souvient plus facilement des anniversaires, même si c'est le lendemain. C'était donc hier et également le 1083ème depuis que le blog est en miroir sur Mediapart. En marge de la musique et de toutes mes activités artistiques, l'écriture quotidienne est une discipline prenante, d'autant que je dois composer avec ma famille et mes amis, mes loisirs, le sommeil, les tâches ménagères et le temps nécessaire à prendre connaissance des sujets que j'effleure. Ajoutez à cela les articles que j'écris pour diverses revues, y compris un mensuel célèbre (mon préféré !) auquel je vais collaborer à partir de février, je ne sais plus m'arrêter. Il faudrait pourtant que je parte en vacances, loin d'Internet, dans un pays où l'on ne parle pas ma langue, exotique de préférence. J'accepterais avec joie une mission sur la planète Mars. À bon entendeur, salut !

mercredi 12 novembre 2014

Peine d'oreillers


Pas de jour férié. Pas de dimanche non plus lorsque le travail se confond avec la passion. Après le concert d'hier soir où j'ai perdu un kilo sans m'en rendre compte et que je risque de reprendre de la même manière, j'ai testé les appareils qui m'avaient fait des misères. Tout était en ordre. Mystère. Je suis allé essayé mes prochaines lunettes, des Clic que je garderai presque tout le temps autour du cou. Le magasin longeant le marché de Romainville, j'ai acheté deux bars sauvages et un beau poulpe. C'est la première fois que j'en cuisine un. Après le massage tui na, le mien, pas celui du poulpe, j'étais définitivement lessivé, mais il fallait que j'envoie encore le mailing pour le concert de samedi prochain à l'Atelier du Plateau. Et ainsi de suite. Le 11 novembre m'apparaît aujourd'hui comme une journée honteuse. Comment peut-on fêter la victoire contre l'Allemagne près d'un siècle après, une guerre économique fondamentalement immorale qui permit de se débarrasser de la paysannerie en Europe, et en France en particulier, et de "mater les ambitions séditieuses de la classe ouvrière" (comme Hélène Collon me suggère de l'ajouter) ? Le Traité de Versailles fut de plus à l'origine de la montée de Hitler. Il n'y a même plus de survivant de 1918. Quand on pense à tous les pauvres gars qui sont allés au casse-pipe pour contenter les capitalistes d'alors... Ne pourrait-on pas remplacer cette commémoration par une autre, autrement plus juste ? Tout cela m'achève. Je devrais dormir, mais mon sommeil est découpé en tranches de saucisson et je ne sauve que ma peau. J'ai pensé aux oreillers de la plasticienne Safâa Erruas exposés à l'Institut du Monde Arabe pour Le Maroc contemporain, mais ils racontent quantité d'autres histoires, plus mouvementées que la mienne... Avant de monter nous coucher je m'aperçois que la chaudière s'est encore arrêtée, mais cette fois je suis incapable de la relancer. Plus d'autre choix que de me glisser sous la couette en espérant que le chauffagiste me réveillera aux aurores !

mercredi 5 novembre 2014

62


Ces dernières années j'ai pris l'habitude de fêter les anniversaires de mes amis en leur rappelant que chaque année est une victoire. Car avec le temps les disparitions s'accélèrent, plus fréquentes que les apparitions. Après dix ans de blog quotidien, la rubrique nécrologique s'est allongée. Mais en attendant son tour, qu'il est doux de vieillir ! On n'est pas obligé de refaire les mêmes bêtises, on peut en choisir d'inédites. Évidemment il faut avoir bien vécu pour ne rien regretter. Donc jeunes gens, n'attendez pas demain pour vous épanouir ! Il faut apprendre à jouir de chaque jour qui passe. Même si la santé, sujet d'inquiétude des anciens, est toujours aussi fragile. Les vieux s'en plaignent souvent pour avoir oublié les douleurs passées. Ils associent machinalement la maladie ou les handicaps physiques à leur âge, comme si les accidents n'avaient jamais entravé leur route. Ce ne sont simplement pas les mêmes. Les emmerdements ont la faculté de se réinventer. Leur liste est infinie. La vie est pourtant une fabuleuse course d'obstacles. Il faut en sauter un pour affronter le suivant. Il y a déjà vingt ans j'avais remarqué que les bonnes et les mauvaises nouvelles alternent en suivant un cycle, heureusement irrégulier. Irrégulier, parce que si l'on ne peut intervenir sur leur fréquence on peut toujours en influencer l'amplitude. Soixante-deux anniversaires, ça commence à faire un bail. Les plus vieux souriront, les plus jeunes s'inclineront. Sur la photo photo j'ai 3½ ans. C'est loin, mais il ne me semble pas avoir beaucoup changé. Les anniversaires sont une des rares fêtes auxquelles je tiens. Si je crains les grandes commémorations universelles, j'apprécie ce jour dont chacun est le héros. Comme face à la mort tous et toutes sont égaux. Ce n'est pas le quart d'heure de célébrité cité par Andy Warhol, mais 24 heures de la vie d'un homme, ou d'une femme, un peu spéciales. Avec une pensée émue pour les mamans qui ont fait tout le boulot.

mardi 4 novembre 2014

Dans les cordes


Il pleut des cordes. Pizzicati des graines à l'intérieur d'un long cylindre en bois hérissé de chicanes tournées vers l'interieur façon vierge de fer. Cette analogie m'est soufflée par le souvenir d'une projection au Napoléon, avenue de la Grande Armée, lorsque j'avais 15 ans. C'était la première fois que mon père m'emmenait voir un film d'épouvante malgré l'interdiction aux mineurs. J'étais fasciné par la salle qui lançait des quolibets, faisait des bruits obscènes et riait à gorge déployée, et tout de même terrorisé par La chambre des tortures (The Pit and the Pendulum) de Roger Corman quand le sarcophage avec les pointes tournées vers l'intérieur se refermait sur la belle jeune fille. Nous y sommes souvent retournés le samedi à minuit. Accompagner mon père me faisait plus plaisir que les films eux-mêmes, même si j'étais parfois gêné lorsqu'il tenait à me présenter à Jeanne Moreau ou d'autres personnalités du monde du spectacle qu'il avait quitté depuis des années... Mon bâton de pluie n'en finit pas de pétiller. Comme si j'étais immergé dans la Salle des Reflets Infinis (emplie de l’Éclat de la Vie) de Yayoi Kusama. Un ring. Dehors ce sont des hallebardes. Coupez. Opération indispensable pour remplacer le tuyau dont la soudure à l'étain a lâché au plafond dans une maison à côté. Inondation. À cette collection de tubes j'ajouterais les chansons mixées hier pour et avec Elsa et Linda qui seront bientôt en ligne, promettent-elles.

lundi 3 novembre 2014

Un vieux chat indigne


Clin d'œil à René Allio pour son merveilleux film de 1965 où Sylvie jouait le rôle d'une "vieille dame indigne" qui réalisait ses rêves à la mort de son mari, mon titre évoque la récente fugue de notre chat âgé de plus de 13 ans. Tout est question d'habitudes. Scotch, casanier de naissance, dort toute la journée et ne sort que très peu dans la rue. Craignant la circulation il file plutôt la nuit, mais de là à en passer deux dehors il y a des limites. Je me suis évidemment inquiété. La disparition sans que l'on sache ce qui est arrivé à une personne aimée ou à un animal est une épreuve terrible qui fait marcher le ciboulot en roue libre. Le retour n'en est pas moins énigmatique. Les chats ont coutume de garder pour eux le secret de leurs escapades. J'ai beau l'interroger pour savoir ce qu'il a fait, comment il s'est sustenté, où il a dormi, Scotch ne pipe pas un mot, se contentant de miauler et ronronner, le regard perdu sur la ligne bleue de Bagnolet. Il n'empêche que j'étais rassuré qu'il me réveille à 5h45 du matin pour m'annoncer la bonne nouvelle de son retour. Crapule !
Mes autres chats étaient des voyageurs indépendants qui m'avaient habitué à leurs sorties prolongées. Lupin partait très loin, mais il m'entendait l'appeler à des distances incroyables. J'adorais le voir remonter à toutes pattes la rue de la Butte aux Cailles comme dans un documentaire animalier signé Walt Disney. Scat était systématiquement absent le samedi soir. Il partait en week-end le vendredi soir et ne revenait jamais avant le lundi matin. Nous n'avons jamais su si c'était l'absence ou la présence (mais de qui ?) qui justifiait ses villégiatures. J'avais tenté de le suivre, mais il m'avait semé en traversant des grilles humainement infranchissables. Tout cela ne nous empêchait pas de nous angoisser. Lupin est un jour revenu en sang après s'être fait écrasé par une automobile ; il avait réussi à grimper jusqu'à ma chambre par l'échelle de meunier escarpée et s'était posé exténué sur l'oreiller ; sauvé par les urgences de nuit, il conserva toute sa vie un nez de boxeur, s'éteignant à l`âge de 18 ans suite à des problèmes rénaux. La fin de Scat fut beaucoup plus douloureuse ; il revint mourir à la maison après avoir avalé quelque poison, anti-limaces ou je ne sais quoi ; il n'avait que 4 ans. Avec les animaux domestiques, domestiqués comme les chiens, domestiqueurs pour les chats, cela finit toujours par une crise de larmes. Notre rôle est de repousser au plus tard la triste nouvelle. Ce genre de question ne se pose pas avec les tortues terrestres censées vivre un peu plus longtemps que nous, mais à quel rythme ? L'hibernation du chat se passe en général au coin du feu, ce qui va devenir illégal en région parisienne, les cheminées à foyer ouvert étant devenues interdites pour cause de pollution. Cela laisse Scotch de marbre qui semble se satisfaire de toutes les situations.

mercredi 1 octobre 2014

En retard, en retard...


C'était couru d'avance. J'ai commencé en culottes courtes mon cartable à bout de bras. Arrivé vers 20-25, jamais raté le début d'un cours quitte à partir plus tôt pour passer à la boulangerie. Car en sac, Mistral gagnant, Pez ou quelque autre gâterie qui remplirent ma mâchoire de plombages. Combien de fois ai-je fait le tour d'un pâté de maisons pour ne pas arriver à un rendez-vous avant l'heure ? J'attends que l'aiguille ait dépassé l'instant fatal... Encore deux minutes et je sonne. Sauté dans le bus à Bastille après l'avoir manqué à Saint-Paul. Jusqu'à la voiture dès que j'ai dépassé le coin de la rue au Fort d'Issy le matin de ma réforme. Conduit pied au plancher tant que c'était autorisé. Grillé le joint de culasse sur l'autoroute. Repris mes jambes à mon cou. Sous le feu des snipers le premier jour. Me suis étalé devant des Sarajéviens hilares. Appris à marcher très tard. J'ai couru ainsi jusqu'à ce que l'asthme me rattrape. Fuite en avant pour éviter la faux du temps. Qu'on lui coupe la tête ! Les yeux fermés autour de la table de la salle à manger, quel âge avais-je ? Somnambule d'abord clinique puis poétique. Saute-moutons quantique de temps en temps. Le grand écart. J'ai longtemps été incapable de marcher normalement. Seul, je courais. De quoi avais-je peur ? Être le premier ? Ou le dernier à mourir ? Enfant, déjà conscience qu'il fallait préparer la fin. À vingt ans j'entrevoyais les perspectives. Le chemin serait rude. Apprendre la patience. Préparer le terrain. Je commence à en profiter. Entre temps, courir, penser longtemps, agir vite. Le matin encore, je saute du lit aussitôt les yeux ouverts et je cours travailler. Découvrant les formules magiques pour court-circuiter l'adversité, j'ai semé mes angoisses en chemin. Savoir les reconnaître à l'approche. Réflexes pavloviens. Identifications des démons, parades automatiques, équilibre précaire. Rien n'est jamais joué. Les dés suspendus en l'air. Coup de frein. Arrêt sur image. De l'autre côté du miroir le lapin et la tortue sont coude à coude. Échange de bons procédés. Respirer. L'éloge de la vitesse tient compte de la lenteur. Rétrograder. Cinquième, quatrième, troisième, seconde, première, point mort. Cela finit toujours ainsi. À chacun, chacune de trouver son allure de croisière en jouant des accélérations et des ralentis. J'aime les portes qui claquent, mais tout de même moins que les seuils sans porte. Passer au travers. Abattre les murs s'ils ne sont pas porteurs. Glisser. Filer. Grimper. Sauter. Plonger. Nager. S'allonger. Planer. Léviter. S'évanouir.

mardi 22 juillet 2014

Vol de chaises


Est-il normal que le portail de la maison soit resté ouvert toute la matinée ? C'est le sujet du message inquiet de Marie-Laure qui habite en face de chez nous. En notre absence personne n'a l'usage du garage et Jonathan me confirmera qu'il n'est jamais passé par là pour sortir les poubelles. Aucun signe d'effraction ni sur le garage ni sur la porte d'entrée. Sun Sun attache les deux battants avec de la ficelle en attendant le retour de notre ami américain. L'énigme persistera jusqu'au retour du soleil lui permettant de prendre enfin son petit déjeuner dehors. Il constate alors seulement que les quatre chaises et le fauteuil en bois exotique ravagés par le temps ont disparu. Les voleurs, certainement en camion et de nuit, ont enjambé le portail, enlevé la barre et poussé simplement la porte. La présence de Jonathan les aura dissuadés d'aller plus loin, sans compter caméra, alarme et tout l'attirail paranoïaque. Ils se sont donc rabattus sur cinq sièges pourris, rapine de la misère qui montre bien l'état de la pauvreté dans notre pays.

Photogramme Norman McLaren A Chairy Tale

mardi 24 juin 2014

Patatras


Le bruit venait de nulle part. Dans la rue des gamins faisaient éclater leurs pétards. C'eut pu être l'incivilité de quelque riverain passé ajouter ses gravats sur le dépôt sauvage qui encombre la rue. Ou simplement j'avais rêvé. Les musiciens entendent parfois des choses qui échappent au reste de la population. Mais le lendemain, comme nous nous mettons à table dans le jardin je découvre la cause du son. Un son grave accompagné de feuillages comme lorsqu'on jette un billot de bois en forêt. Les pavés de verre du voisin se sont détachés de son mur, s'écroulant chez nous. On peut constater le travail de sagouin des ouvriers qui les ont placés là il y a quinze ans : les cales de bois ont pourri avec le temps et le bloc a glissé, écrabouillant les plantations qui heureusement l'ont retenu. Ma voisine s'en fiche, affirmant que c'est chez nous que cela se passe. Dans sa façade le trou est béant, mais il y a deux rangées de pavés. Pas grave, l'assurance débroussaillera cette histoire de bloc qui pèse une tonne. Plus inquiétant, les autres pavés situés plus haut sur leur façade me font penser à la première minute d'un épisode de Six Feet Under (à propos d'Alan Ball, HBO a démarré la saison 7 de True Blood). Alors crime parfait ou accident débile ?

mardi 17 juin 2014

Tommy ne gambadera plus dans la montagne


L'accident fatal serait arrivé en décembre, mais nous ne l'avons appris que dimanche. Tommy vouait un culte à la montagne. Il y était heureux, loin des fureurs du monde qu'il avait arpenté plus jeune, de son Copenhague natal aux Alpes suisses en passant par les squats berlinois. Il gravissait les pentes abruptes comme si c'était du plat, arborant un communicatif sourire. Le meilleur des vachers, toujours sur le qui-vive avec ses chiens câlins qui lui obéissaient au doigt et à l'œil, il se méfiait des vaches qui peuvent parfois être méchantes, mais jamais autant que les hommes. Ce travail saisonnier lui permettait de vivre en montagne, le bonheur absolu. Il descendait dans la vallée voir sa compagne lorsqu'elle ne montait pas jusqu'à l'estive. Contrairement aux préjugés, Tommy (à droite sur la photo face à Michel, un ami, vacher comme lui) était un homme cultivé. Issu d'une famille extrêmement pauvre, il avait eu la chance d'être adopté par les parents d'un de ses copains de classe, une rencontre qui change un homme. Il avait appris à penser par lui-même, développant un bon sens rare par les temps qui courent. Il critiquait les subventions de l'Europe qui poussent à faire des dépenses inutiles et créent des effets pervers, suggérant de réaliser de ses mains les constructions des estives en harmonie avec la nature pour un moindre coût. Nous nous étions liés d'amitié, passant avec lui des moments merveilleux l'été dernier dans les Pyrénées. Indépendant, il ne se laissait pas faire, avait ses méthodes à lui, mais il n'osait pas clamer qu'il était du côté de l'ours. Combien de fois ensemble avons-nous refait le monde ! Lundi matin, me réveillant d'un cauchemar, son accent danois tinte à mes oreilles. Tommy était descendu dans la vallée. Sa vieille voiture aurait percuté un camion.

jeudi 12 juin 2014

Pile de marathons


Nous n'avons même pas pris le temps de prendre une photo que Sacha Gattino était déjà reparti pour Rennes. Les images pieuses attendront les Rencontres d'Arles début juillet. D'ici là beaucoup d'eau aura coulé sur le pont de mon bateau lavoir. D'ici fin juin je fais le jury aux Arts Décos à Paris, participe au marathon Michel Houellebecq avec Sylvain Bourmeau en direct de Toulouse sur France Culture, peaufine les montages sonores pour les projections au Théâtre Antique, rêve d'une façade sonore rue du Renard, peaufine l'oracle de Sonia Cruchon pour les Inéditeurs, planche sur le design sonore d'un projet pharaonique pour le Grand Paris, prépare les concerts de la rentrée, sors le soir et pense à mes valises pour laisser enfin tout cela derrière moi.
Il faut donc se frayer un chemin à la machette parmi les mails et les coups de fil, les visites et les intempéries. Le studio était envahi de fils. Sacha parti, j'ai dénoué l'écheveau et libéré les ports midi. On ferme, me suis-je dit après 15 heures non-stop. Casse-tête chinois d'envoyer les pistes audio et midi réalisées sur Mac et Cubase à Sacha qui triture le son sur PC et Frutty Loops ! In, out, Y, remonter les fils d'un bout à l'autre de la chaîne, je repense au désopilant morceau de Michel Musseau intitulé Patch sur son album Sapiens Sapiens (extrait). Heureusement le studio a de la ressource, plus de 40 ans de trucs et machins obsolètes qui vous sauvent la vie quand tout est formaté, virtualisé, updaté, abandonné, compliqué. J'ai quelques poussées de sueur, mais l'on finit par trouver une solution. La bidouille cra-cra n'a pas l'élégance de la concentration informatique, mais celle de la réussite artisanale !

lundi 9 juin 2014

Réveillé par la grêle


J'avais fini par m'endormir quand un peu après une heure du matin j'ai été réveillé par un coup de tonnerre aussitôt suivi par une avalanche de grêlons gros comme des mandarines. De l'autre côté de la rue s'affichaient les figures ahuries de tous les voisins derrière leurs fenêtres. Le son plus impressionnant venait du velux sur lesquels la percussion était ininterrompue. Je cours chercher mon magnétophone pour enregistrer tandis qu'Olivia prend des photos et que Françoise filme. Les gouttières débordent de tous les côtés. Les feuilles charriées par l'averse de grêle fondant sous la chaleur ayant bouché les évacuations du jardin l'eau a débordé dans le garage. Les pieds nus dans l'eau glacée je dois retirer les amas de feuilles de bambou qui obstruent les grilles. Pour une fois je sors le flash. Les boules de glace agglomérée ressemblent à des spoutniks avec leurs picots grumeleux. Le jardin est dévasté, les plants de tomates cassés, les fleurs ratatinées. La marquise de l'entrée en verre armé est étoilée en trois impacts.


Demain les carrosseries de certaines voitures auront les séquelles de cette petite vérole. Sous les courants ascendants les cumulonimbus ont vomi leurs cailloux dans l'air humide de juin pendant une quinzaine de minutes. Si je ne pensais aux agriculteurs je trouverais le spectacle merveilleux. Je retourne me coucher en espérant que l'excitation ne m'empêchera pas de reprendre le film de mes rêves à l'endroit où je l'avais laissé.

mercredi 21 mai 2014

Trois petits chats, chats, chats...


Il y a des jours où l'on ne peut rien raconter parce que l'on ne peut rien dire. Projets en cours dont l'annonce est prématurée, la confiance interdit la confidence, la pluie donne envie de se lover sous la couette, la chaleur rejette le drap, l'impatience rompt le silence, et puis rien, un rien envahissant vous empêche d'écrire.
Il aura suffi d'un petit prout pour que la vie s'éveille. C'est ainsi que le travail a commencé. Soixante-dix jours après sa fugue, Gezi a accouché de trois jolis chatons. Le premier ressemble à Prince, un Félix réglisse menthe qui trônait sur le mur du jardin. Les deux autres seront tigrés comme le loubard insistant qui poussait de toutes ses forces sur la porte pour entrer chez la belle. L'accouchement réveille les questions de l'instinct. La poche que la mère ingère, le cordon coupé et les petits aussitôt en quête des tétons gorgés de colostrum. Gezi est incroyablement calme. Elle exige pourtant la présence d'Armagan qui joue les sage-femmes et Françoise filme aussi. Elle s'enquit de qui arrive et repart nourrir sa progéniture qui alterne manger et dormir. Tout comme nos vieux chats flemmards. On dirait trois petites souris, mais ce sont trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats, chats, chats... Qui s'en iront déjà dans deux ou trois mois quand ils auront trouvé leurs nouveaux foyers d'accueil. Sur la photo ils n'ont que vingt-quatre heures. À raison de quinze grammes par jour ils vont se transformer à vue d'œil. Ils auront certainement la grâce et la finesse de leur maman, espiègles bestioles qui sauront rapidement apprivoiser leurs nouveaux serviteurs...

lundi 19 mai 2014

Réunion de famille


Maman a 85 ans aujourd'hui, cela ne me rajeunit pas. À part Philippe qui a épousé ma sœur il n'y a que des filles sur la photo. Toute sa vie ma mère s'est plainte de n'avoir que trente cousines et pas de garçon dans la famille. Elle nous enquiquine régulièrement avec ce sujet. Ma petite sœur a fait deux filles et moi une. Aucune n'a encore d'enfant. Ils étaient tellement certains que je serais une fille que mes parents n'avaient pas prévu de prénom de garçon. C'est ainsi que je me suis trouvé affublé d'un prénom composé, préfixe de mon père, suffixe d'un vague cousin qui m'avait devancé. Heureusement il y eut des pièces rapportées, mais j'ai pris l'habitude de vivre au milieu de gynécées. La compagnie des hommes ne m'a jamais autant plu que celle des femmes. Question de dignité. D'époque aussi. Le féminisme avait un parfum révolutionnaire, un attrait pour la nouveauté, une justice attendue. À partir de la génération précédente les femmes de la famille furent actives. J'aime voir Estelle, Chloé et Elsa réunies, fous rires des cousines face à l'étrangeté des anciennes. Mes deux tantes dînent une fois par semaine chez ma mère qui a beaucoup de mal à tenir sur ses jambes. L'aînée, Arlette, artiste plasticienne toujours en activité, marche avec une canne. La cadette, Catherine, est la seule à conduire. Avec Maman on évite les sujets qui fâchent ; elle est restée coincée sur une idée du socialisme qui tient plus des prérogatives de la bourgeoisie que de la tolérance qu'elle nous a enseignée.


Ma sœur Agnès fuit toute discussion profonde en ne racontant que des anecdotes sans aucune conséquence. Ma tante Catherine ne tient pas en place et oublie aussitôt les réponses à ses questions. Arlette ne dit pas un mot, mais elle s'amuse de l'absurdité des situations, me suggérant avec humour de prendre ma mère en photo, cigare au bec, avec Scotch qui s'est glissé derrière elle sur le canapé. Geneviève, c'est ma maman, déteste les animaux, en particulier l'espèce à laquelle elle appartient. Sa misanthropie est pesante, mais chacun, chacune compose avec. Françoise adore les vieilles dames, peut-être parce que leur histoire est une énigme de l'ordre de celles qui alimentent ses films. Les réunions de famille sont des creusets psychanalytiques qui en disent long sur les névroses de chacun/e.

jeudi 15 mai 2014

Diabolique


Diabolique, le sablier égrène son sable fin et c'est déjà le soir. Il m'a manqué les minutes nécessaires à penser mon billet. Discipliné, je m'exécute en refusant que l'on me bande les yeux. La salve me cloue sur mon siège. De toute manière je ne sais pas taper sans perdre de vue le champ du clavier. Toute la journée j'ai pédalé, marché, raviné, changé de fauteuil autant de fois que je me suis levé, le travail filait comme sur des roulettes. J'ai travaillé sur les Rencontres d'Arles avec Olivier pour les Monuments aux Morts aux Prêcheurs, enregistré et traité l'intégralité de l'interface sonore de Dig Deep, l'oracle que Sonia a imaginé pour Les Inéditeurs, j'ai cherché des musiciens pour différents spectacles en les appelant d'un continent à l'autre, résolu des problèmes informatiques, soutenu des camarades dans l'embarras quand la lumière dorée du soir m'a appris qu'il était déjà l'heure de m'arrêter. Bonnes nouvelles. Gros appel d'offre gagné pour un projet passionnant avec une équipe en or. Concerts à la rentrée avec Médéric Collignon d'un côté, la reformation du Drame d'un autre, et probablement Rêves et cauchemars. Et la vacance qui se profile pour l'été, loin du bruit et de la fureur. La photo d'un tableau, Le Faune d'Édouard Reynart, prise à La Piscine de Roubaix a simplement guidé mon bras. J'avais commencé la journée en récitant trois fois à voix haute le poème de Mallarmé qui me servira de caution. Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Et l'oracle de me livrer des réponses que je ne comprenais qu'à moitié. La moitié de la moitié c'est encore un quart. Continuons avec un huitième, la moitié de ce quart. Et un seizième s'y ajoutait encore alors que la solution réside probablement dans les derniers octets qui resteront à charger. Je suis suspendu en vol, papillon épinglé sur le ciel apaisé en attendant la lune, pleine, prête à accoucher, mais de qui, de quoi ? L'énigme est diabolique. Je passe. Alors j'ai fait revenir du céleri chinois dans le wok avec de l'ail, des oignons blancs et des piments verts, mélangé le tofu soyeux, arrosé de nuoc-mâm, sauce de soja, vinaigre de riz et huile de sésame, avant d'aller nous vautrer devant un Sidney Lumet de notre rétrospective domestique.

lundi 5 mai 2014

Hypocondriaque


Lorsqu'un ami me demande si je vais bien j'ai la naïveté de croire que ce n'est pas une formule de politesse et lui réponds honnêtement sur l'état de ma santé avant de m'enquérir de la sienne. Il n'en faut pas plus pour que certains me collent sur le dos le costume d'un hypocondriaque, glissement sémiologique qui a le don de m'attrister, mais pas jusqu'à me rendre malade ! J'aurais tout aussi bien pu répondre sur l'état de mes selles pour respecter l'étymologie de la question, mais je risquerais d'être aussi vite traité de scatologue. À noter que les hypocondres sont justement deux régions de l'abdomen situées "sous le diaphragme", toujours l'étymologie ! Les quiproquos de ce genre ne manquent pas dans les relations sociales. On est rapidement catalogué suite à une phrase ou un geste maladroits. Le pire est que ces qualificatifs vous collent illico à la peau, leur émission réductrice étant facilement reprise par l'ensemble d'une communauté. Cela devient alors un travail de titan de s'en défaire. Je me souviens pourtant d'une histoire amusante concernant ma santé : j'ai pratiquement arrêté d'être malade le jour où l'ami médecin qui habitait dans mon immeuble a déménagé. Si j'emporte une trousse de médicaments lorsque je voyage dans des pays lointains où les conditions sanitaires sont quasi inexistantes, je n'utilise que ceux qui sont magiques, à l'efficacité absolue, et n'ai jusqu'ici jamais eu recours à la moindre hospitalisation. En général seuls le rhume des foins, l'asthme et les douleurs lombaires justifient que j'ai recours à la pharmacopée, préférant prévenir que guérir en ayant la vie la plus saine possible. Mon anxiété n'a donc rien de typiquement médical, car mon inquiétude s'exprime sur tous les terrains. J'aurais en effet plus de mal à nier être un inquiet. Frère aîné responsable depuis mon plus jeune âge, j'ai perpétué ce sens du devoir et détestant être pris au dépourvu je préfère anticiper, évitant souvent ainsi les emmerdements. Du moins les miens, pas forcément ceux des autres, bien qu'en personne responsable je me crois devoir soulager leurs maux si j'en ai le pouvoir. Et si j'ai mal, j'ai mal à l'homme, mais cette considération qui concerne l'humanité tout entière est strictement philosophique !

mardi 15 avril 2014

36 rue Vivienne


Je revenais de la Médecine du Travail rue Notre-Dame-des-Victoires. Apte. Déclaré apte. Apte à quoi ? Au travail. Quelle farce ! Je ne m'arrête jamais, j'y carbure. Même mon audiogramme est nickel chrome, comme si mes oreilles étaient toutes neuves. Encore une illusion. Comme le quartier. Centre lifté, débarrassé de son passé populaire. Les grands boulevards n'ont pourtant pas tant changé, si ce n'est les baraques installées coude à coude comme un jour de marché. On y vendait des pralines, on tirait sur des ours animés, ça faisait peur, les boniments des camelots se succédaient comme des pièces de musique... On contournait soigneusement les vespasiennes à cause de l'odeur acre et des mouillettes dégueulasses qui y trempaient... Durant mes premières cinq années j'habitais au 36 rue Vivienne. Sur chaque bout de trottoir s'inscrit un souvenir comme des empreintes de stars sur le Walk of Fame de mon enfance. La boutique à la vitrine entièrement fluo. Le cinéma d'en face. Passage du Panorama, un faux chien terrorisait ma sœur Agnès. À l'autre bout j'ai acheté ma première Dinky Toys, un camion porteur pour quatre voitures. Je recevais dix centimes en revenant du boulanger, "s'il-vous-plaît un pain moulé pas trop cuit !"


Tout est remonté lorsque j'ai vu le panneau de la rue Vivienne accroché à la façade de la BNP flambant neuve. Pas un, mais deux panneaux, l'un au-dessus de l'autre, deux styles, deux époques, le plus récent au look rétro, l'autre en métal ou plastique reproduisant la plaque émaillée originale disparue. Vendue à Drouot qui est deux pas ? Volée par des collectionneurs ? Remplacée pour raison d'État, entendre au profit d'un cousin qui aurait monté sa petite usine pour couvrir l'arrondissement ?


J'allais seul à l'école de l'autre côté de la Place de la Bourse. Il fallait la traverser. Aller. Retour. Je n'avais que cinq ans. Je prenais la main d'un monsieur pour traverser. Je la lui lâchais sur l'autre trottoir. Au-dessus de la porte de mon école maternelle flottait un drapeau bleu blanc rouge. Plus tard je renverrai le bleu au ciel et le blanc à l'absence, lui substituant le noir en ne conservant que le rouge. En 1958 les cars de CRS avaient envahi la Place devant le Palais Brongniart, mais c'était la guerre d'Algérie. Leur présence militaire affichait le racisme ambiant. Trente ans plus tard j'enregistrerai dans la corbeille pour sonoriser le film L'argent de Marcel L'Herbier avec Un drame musical instantané. Je l'ai retrouvé. Trois heures et quart en trio ! L'arnaque décrite par Zola se perpétue aujourd'hui. Ce n'est plus là que cela se passe, mais la Bourse reste l'art de voler aux petits porteurs. Je reprends la route vers l'Opéra, mais cette fois je trace vers Ace faire mes emplettes coréennes.

mardi 18 mars 2014

J'ai vu le squelette de mon crâne


Pourquoi la mort s'invite-t-elle dans mes rêves ces dernières nuits ? Depuis mon adolescence mon besoin de dormir est limité. Quatre ou cinq heures me suffisent généralement pour déployer ensuite une suractivité sans fatigue. Je m'endors comme un bébé et je me réveille excité par le jour qui s'annonce. Entre temps j'avais l'habitude de me reposer, or depuis quelque jours j'ai l'impression que mes nuits sont perturbées. Je me demande si je n'ai pas toujours assimilé inconsciemment le sommeil à la mort. Si le soir je ne crains pas de sombrer dans les bras de Morphée aurais-je peur de ne pas me réveiller le lendemain matin ? C'est idiot, car ce serait la manière la plus douce de m'en aller. L'idée ne me plaît pourtant pas tant que cela, ma curiosité me poussant à souhaiter ardemment la vieillesse. J'en prendrais bien encore pour quarante ans, avec tous les inconvénients qui accompagneraient ce voyage. On verra bien en route s'il est préférable d'abréger mes souffrances ou ma lassitude, mais j'en suis encore loin. On me dit que les petits dormeurs vivent souvent vieux. Ce serait double bénef ! Il n'empêche que je ne pense pas assez craindre la mort pour qu'elle m'empêche de dormir. Je n'irais pas non plus jusqu'à affirmer que je l'attends de pied ferme. Un temps pour tout. Mais pourquoi donc mes rêves la convoquent elle, sous des formes plutôt lointaines, touchant des êtres qui ne me sont pas particulièrement proches ? L'apprivoiser ? J'y travaille. Encore une raison de ne pas m'assoupir...
Il y a quelques jours j'ai subi une opération dentaire particulièrement intéressante. Deux heures sur le fauteuil pour des implants dont un réclame de relever mon sinus. Le praticien m'a prévenu de l'effet impressionnant lorsqu'il taperait avec une sorte de marteau sur mon maxillaire supérieur. Je suis servi. Chaque coup remonte dans mon arcade sourcilière pour se propager ensuite dans tout mon crâne. La résonance me permet de percevoir son squelette intégral comme dans une vanité. Ma connaissance des instruments de percussion offre à mon esprit le soin de vagabonder sur le sujet plutôt que de me polariser sur l'aspect médiéval de l'opération. Je dois préciser que j'ai toute confiance en mon jeune dentiste qui a déployé plus de précautions o(pé)ratoires que je n'en reçus jamais dans ce domaine : explications scientifiques précises, scanner hyper-net, champ opératoire désinfecté au-delà de ce qui peut sembler nécessaire, blouse et chaussures en papier, préparation médicamenteuse, recommandations de ses collègues, etc. Il n'empêche que les vertiges potentiels annoncés, l'impossibilité de mâcher des deux côtés pendant plusieurs semaines, et surtout la méconnaissance des troubles ostéopathiques que les coups de marteau n'auront pas manquer de générer sollicitent ma vigilance. D'où le rendez-vous indispensable avec un ostéopathe crânien qui vérifie que mes os sont bien en place après avoir joué des castagnettes.
Vanitas vanitatis, me voilà à chercher une photographie de crâne qui ressemble au mien tel que je l'ai perçu pendant le solo de percussion préhistorique de mon dentiste. Aucune ne faisant l'affaire, je me tourne vers les vanités que tant de peintres immortalisèrent (ici un Edward Collier de 1663). Devant leur accumulation je suis surpris d'y voir autant d'instruments de musique. Parmi les biens terrestres ils feraient partie des plaisirs avec pipes, vin, patates, fromage, jambon, et jeux quand d'autres objets évoquent le caractère transitoire de la vie humaine ou les symboles de la résurrection et de la vie éternelle. Mon crâne appartient évidemment à la seconde catégorie et je ne suis guère convaincu par les images de la troisième. Sonnez hautbois, résonnez musettes ! Il serait temps que ce qui se cache sous mon crâne me laisse roupiller pour continuer à jouir des plaisirs de la chair et de la musique aussitôt le réveil sonné. Ce n'est qu'une image, je n'ai jamais digéré celui que j'ai avalé, cause gastrique, cette fois plus probable, de mes agitations insomniaques...

vendredi 7 mars 2014

Freaks


Oyez, oyez, bonnes gens ! Que dis-je "oyez" du verbe ouïr lorsqu'il s'agit de voir ? De voir le monstre simiesque écartelé... Entrez dans le palais des miracles, exostoses les plus extraordinaires qu'admirèrent maints orthodontistes depuis que je les découvris moi-même un matin ! Les véritables couleurs étaient si gore que j'ai fait passer la tirette de Photoshop du rouge au cyan. Mais il est déjà trop tard. Combien de temps le rouge cyan de cette vision cauchemardesque vous hantera-t-il ? Combien de dents dans cette bouche sanguine de bavard invétéré compterez-vous ? Car j'ai les mêmes en bas. Approchez, approchez ! Comme deux rangées de dents supplémentaires cachant tout ce qu'on voudra à la frontière. Valise à double-fond. Passez muscade. La mue du vampire, insatiable sybarite avide de goûter toutes les saveurs d'un arc-en-bouche créé par la rencontre de la lumière et d'une inondation de salive. Quiconque d'autre dans la famille disparaîtrait face au miroir. Mais ici on voit tout. Mon père avait probablement les mêmes, car je suis le seul à savoir reproduire sa grimace de lapin féroce. Je fais de l'os, en, veux-tu en voilà, quand ma sœur en manque cruellement. Cela fait peur. J'en ris. C'est sans danger ! répétait Laurence Olivier.

vendredi 21 février 2014

Ceinture à Paris


La nuit tombe sur la banlieue qui n'en a plus pour longtemps à s'appeler la banlieue. Le périphérique recouvert, il n'y a plus aucune trace des fortifications. La Métropole n'a plus d'octroi à franchir pour avaler ses nouveaux arrondissements qui conserveront leurs noms communaux, mais quantité de lois se décideront au Centre. Paris nous serra la ceinture. La Métropole est une métaphore de l'Europe. D'un côté des économies substantielles pour les dépenses à cheval sur plusieurs villes, de l'autre une mainmise totale de la riche capitale sur divers secteurs comme l'urbanisme. 90 élus pour Paris, 2 pour Bagnolet, tout est à l'encan. On ne sait pas grand chose, mais c'est pour 2016, autant dire demain...
La nuit tombe au large de La Ciotat où j'aurais pu flotter sans ce maudit lumbago qui me cloître à la maison. Heureusement Scotch et Gezi m'accompagnent de leurs cabrioles lorsqu'ils daignent ouvrir un œil. Le vieux matou retrouve une nouvelle jeunesse devant les facéties de la minette que je garde en l'absence des amis qui se sont envolés pour Istanbul. Technique éprouvée, en fréquenter qui ne sont pas de son âge. Cela fonctionne dans tous les sens. En attendant de me redresser, mon planning est vide. Je peux tout faire. Sauf que c'est rien du tout.

vendredi 14 février 2014

Trop de lumière


J'ai posé ma patte sur mes yeux. J'attends une visite. Sans savoir qui c'est. Il fait jour. Il fera nuit. Trop de lumière pour la sieste. Si personne ne passe j'attendrai le dîner. J'adore rencontrer de nouvelles personnes. D'abord je regarde. Dans le passage. Au centre du cercle. Les filles me plaisent mieux que les gars. Je me case. Il ne faut pas que ça bouge. C'est pour moi. Exclusif. En attendant j'ai posé ma patte sur mes yeux. Le ciel s'est obscurci. Le vent fait voler les allitérations. Il joue avec les mots. Déroulant. Comme une pelote de laine. Il miaule. Je ronronne. Jean-Jacques lit S. en français. Chapitre après chapitre, il s'y prend en deux fois. D'abord le roman, puis les échanges manuscrits dans les marges. Mauvaise méthode. Il se retourne vers moi. Le bruit de ma langue. Pédicure, manucure. Je lui fiche la paix. Son dos le handicape. Il marche penché. J'essaie d'être discret. Toilette. Contorsions. Et je replonge dans mes rêves. J'attends la visite de Guézi. C'est pour dimanche.