Jean-Jacques Birgé

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lundi 10 juin 2013

Pavot


On dirait un petit four à la violette avec cœur en pâte d'amande et corolle en paillettes de chocolat amer sur pétales de mangue. La fleur de pavot fait délirer si l'on en abuse. Il suffit de s'approcher des choses ou de s'en éloigner pour qu'elles prennent un autre sens. Certains tentent de théoriser l'unification de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. Plus ou moins l'infini (±∞) me fascinait déjà au lycée, et plus tôt je retournais mes jouets pour les transformer en quelque chose que je ne possédais pas, mais qui me faisait rêver. Adolescent, je restais des heures le nez en l'air avec les pieds sur le bureau de ma chambre. Le monde défilait comme dans l'Atlas Mondial dont les pages palissaient à force d'en scruter les détails. Une abeille s'est approchée, elle s'est mise à table. Tandis que je la contemplais elle m'a susurré une autre histoire, un récit de voyage qui renvoyait Googlemaps à sa poésie de comptable. Ça sent les vacances, les nuits étoilées où aucun lampadaire ne vient gâcher l'écran d'épingles en 3D temps réel. Sur son chemin l'hyménoptère voit des milliers de détails qui m'échappent. J'imagine le pollen, des odeurs qui flottent, des phéromones dont on pourrait assimiler les ondes à des couleurs ou à des sons. Je quitte mon apnée pour m'ouvrir au monde qui s'offre à ceux et celles qui y veillent. Il était temps que la chaleur me fasse sortir de mon trou, que je me redresse et quitte le corset qui me permettait de tenir debout. Nous avançons, prêts à nous battre s'il le faut pour conquérir ce qu'on nous vole, mais c'est la douceur que nous visons, le festin partagé, le monde dont nous ne sommes chacun et chacune qu'un atome. Que c'est beau une fleur !

lundi 13 mai 2013

Lumbago blues


Une douloureuse hernie discale schielienne s'est glissée au milieu de la colonne vertébrale picturale filmée et régulièrement mise en ligne depuis quelques temps sur ce blog et sur la galerie des Médiap'artistes. N'ayant pas eu de lumbago depuis plus de trois ans grâce au massage tuin anmo de Madame Ji je me croyais à l'abri. C'était sans compter de coquins mouvements du bassin, les quatre kilos de l'hiver et le jardinage de printemps. Assis sur le divan, j'ai plongé stupidement vers mes lacets sans plier les genoux, et clac, merci Kodak ! L'impressionnante photo montre mon dos en baïonnette : le tronc n'est plus en face des jambes. Si je marche mon corps me semble suspendu en l'air avec mes guiboles comme des rubans de papier flottant au-dessus du sol. J'ai arrêté les anti-inflammatoires qui cette fois ne m'ont fait aucun effet, j'ai vu les praticiens les plus zélés, j'ai tenté l'EMDR en m'auto-hynotisant, je suis resté allongé des jours entiers à regarder des films dans le noir, mais après dix jours tourdepisiens je ne sens aucune amélioration et cela commence à bien faire. Je n'ai pas encore épuisé toutes les ressources des magiciens du corps et je ne m'avoue pas vaincu quant au travail intérieur que je continue à produire sereinement. Si pour l'avoir déjà vécu je ne savais pas qu'un jour je gambaderai comme un chevreuil je serais drôlement inquiet...

jeudi 21 février 2013

Ceux de chez nous


Avec son nouveau look Bernard Vitet ressemble à Ceux de chez nous. Je pense à Monet, à Degas, à Rodin, à Saint-Saëns, tous illustres barbus filmés par Sacha Guitry en 1915. Dommage que Bernard ne porte pas sa trompette à ses lèvres, mais une simple canette faite d'un autre métal ! Ses mains décharnées et son regard perçant rappellent surtout Pierre-Auguste Renoir...


Comme chaque fois que je viens le voir, là dans une clinique de convalescence, j'apporte mon iPad pour lui faire écouter de la musique, réminiscences du passé ou propositions à venir. Hier j'étais venu avec des images, L'homme à la caméra mis en ligne le matin-même, J'accuse...! avec Richard Bohringer, Sarajevo Suite où l'on peut le voir et l'entendre entre autres en trio avec Claude Piéplu et le contrebassiste Henri Texier. Ces documents feront bientôt l'objet de nouveaux articles, mais j'aimai lui en livrer la primeur. Si, alité, dans l'univers hospitalier, il oublie parfois les extraordinaires moments qu'il a vécus, son esprit est intact. J'ai pensé que son sourire rassurerait les camarades qui s'inquiètent hélas à juste titre sur sa santé. C'est à sa voix que l'on sait comment il va. Grave, tout va bien.

lundi 18 février 2013

Apprivoisé


Il faut parfois du temps pour se laisser apprivoiser par un chat. À la maison, Scotch m'enjambe tous les matins, sans aucune reconnaissance du ventre puisqu'il va s'allonger sur celui de Françoise après m'avoir marché dessus alors que c'est moi qui lui donne le plus souvent à manger. À Saint Clément de Rivière il nous aura fallu de nombreuses années avant que NaNob vienne me faire un gros câlin en ronronnant. Il est vrai qu'à remuer tout le temps je ne dois pas être très rassurant. Je me demande aussi si le fait que Scotch est un mâle et NaNob une femelle ne participe pas à ces jeux croisés. J'y mets pourtant du mien, persuadé de parler quelques rudiments de langage félin. Bernard m'avait appris à insulter dans leur langue et Lupin m'avait sauté ce jour-là à la figure, phénomène qui ne s'est jamais reproduit car j'évite désormais de regarder un chat dans les yeux en faisant mine de gratter le sol comme si j'enterrais mes crottes. Le reste est essentiellement question de ton, même si nos amis comprennent parfaitement certains phonèmes ou quelque enchaînement de syllabes, surtout s'il s'agit de leur nom. Sinon j'essaie de transposer comme je le fais lorsque je feins de parler une langue étrangère dont j'ignore presque tout. Mon intérêt pour les autres cultures que la mienne m'aident considérablement dans mes tentatives de dialogue. J'étais si content que NaNob vienne partager ma sieste que j'ai attrapé l'iPad et immortalisé ce délicieux moment. Le lendemain la chatte a passé sa journée sur Françoise, contrariant ma théorie.

mercredi 2 janvier 2013

Déjà un quart de siècle


Papa est mort il y a 25 ans. Le 2 janvier 1988. Il avait 70 ans. Ces chiffres sont flous. Ils possèdent l'élasticité du cœur. Le sien lâcha en fin d'après-midi. Pour moi c'est à la fois hier et dans une autre vie. Difficile de se souvenir entre la réalité et l'histoire qu'on s'est inventée. À chaque moment important de ma vie j'ai senti sa présence au-dessus de mon épaule, légèrement en arrière, comme un spot éclairant mon coude et mon bras droit, un Jiminy le criquet muet mais qui n'en penserait pas moins. Je fais ce qu'il faut pour ne pas le contrarier. Il a l'air amusé, attendri ou ému selon les circonstances. C'est une image que j'ai construite inconsciemment. La photo que m'a envoyée ma sœur date probablement de son anniversaire de 65 ans. Je venais de me faire couper les cheveux que j'avais laissés pousser depuis 1968 et j'avais rasé ma barbe. C'est bizarre, j'étais réapparu frisé. Mon père me manque. Je voudrais pouvoir échanger avec lui sur l'avenir du monde à la lumière de celui qu'il a traversé. Le jour de sa naissance, le 23 octobre 1917, le comité central bolchevik vota qu'une « une insurrection armée était inévitable et que l'époque était mûre ». J'aimerais tant lui présenter celles et ceux que j'aime aujourd'hui.

vendredi 28 décembre 2012

Premier chat, premier feu


Il était une fois... Mais une seule fois. Le premier chat. Le premier feu. Le même jour. À la même minute. Antonin, quatre mois. Il découvre l'animal tout doux et les flammes. Ça va chercher loin. Le feu protègeait des fauves. Même si Antonin est très en avance pour son âge (il joue régulièrement avec la Machine à rêves inventée par son père, le grand Nicolas), Adelaide, sa maman, ne l'a pas laissé s'approcher de la cheminée ! Quant à Scotch, nous lui avons demandé d'éviter de se coucher dans le petit lit improvisé, nous avons également posé une grille devant l'âtre. Les trains descendent vers le sud. Ce soir, c'est nous qui devrions dormir chez eux... Le soleil nous réchauffera et la douceur sera celle des amis.

samedi 22 décembre 2012

Pere se prononçait Pèla


J'avais rencontré Pere Fages grâce à Brigitte Dornès qui me racontait leurs aventures de pirates du temps où Franco régnait sur l'Espagne, sa fuite en chemise de Barcelone, ma camarade au volant d'un camion rapatriant tous les meubles du Gros à Paris et le passage de la frontière où les douaniers découvrent sa bibliothèque marxiste. Mais le véritable conteur c'était lui. Il nous faisait rêver avec ses voyages au pays de l'Impératrice Yang Kwei Fei quand personne n'allait encore en Chine, les histoires de l'Alt Empordà ou n'importe quel sujet qui avait rapport à l'Histoire. La plus belle fiction copiait platement le réel. Il était toujours resté sceptique sur l'information et la manière dont elle nous est servie, réchauffée après avoir été vidée de son sens. Je me souviens du Noël 1989 où nous avions soulevé ensemble les incohérences de la mort du couple Ceaușescu. Après avoir été le bras droit de Santiago Carrillo qui lui rapportait de Cuba ses cigares préférés, des Cohibas, présents de Fidel, Pere continuait de penser par lui-même. Sans sombrer dans le nationalisme, il défendait sa Catalogne. Il n'est plus là pour me corriger si j'écris des bêtises. Il avait été le premier à distribuer les films de Renoir interdits sous le franquisme, de Fassbinder et tant d'autres. Il avait été ruiné par les incohérences et malversations de la cinématographie espagnole après l'échec du Christophe Colomb de Ridley Scott qu'il avait coproduit. Il avait dû vendre la maison d'Ordis où il avait fondé un festival mémorable. Les souvenirs sont si nombreux que je m'y perds, entre la pêche au lamparo et les excursions en montagne, mais il y a une chose que l'on ne peut pas oublier, c'est sa cuisine ! Pere était un maître en la matière. J'en salive en me rappelant son riz à la catalane, les petits oiseaux qu'il me prépara à manger sous une étoffe, ses fonds de sauce qui lui prenaient des journées entières à concocter. Les amis disaient qu'à n'importe quelle heure où ils se pointaient nous étions à table. On a bien ri. Nous nous sommes délectés. Nous buvions les meilleurs vins. Nous avons fait les quatre cents coups. Mais c'est fini. Notre ami s'est éteint mercredi. Saloperie de crabe ! Je pense à Bri, toujours aussi héroïque l'air de rien, à Pierrot devenu un homme grâce à lui, à toutes celles et ceux à qui il va manquer, et à celles et ceux qui l'ont précédé.

jeudi 29 novembre 2012

Oui


Le mariage m'est toujours apparu comme la caution sociale d'une union entre deux personnes, sans évoquer la pression perverse qui verrouille la rébellion. L'amour n'a pas grand chose à y gagner. La confusion est courante et produit quantité de quiproquos, comme celle entre le sexe et l'amour. Les liens existent, mais les us et coutumes nous emprisonnent dans un fatras facilement inextricable pouvant se transformer en chaos. Le bonheur, ou plus exactement la randonnée vectorielle qui le cible, est une affaire très personnelle, souvent éphémère si l'on n'y prend quotidiennement garde, un leurre pour celles et ceux qui ont confondu les termes, une chance pour celles et ceux qui ont adopté le partage comme base de toutes les relations humaines. Mes sous-entendus sont évidemment lourds de sens, mais je ne vais pas rédiger ici une thèse sur le sujet.
Elsa avait trois ans lorsque sa mère et moi nous sommes mariés. La loi était différente et je n'avais jusque là aucune autorité parentale en cas d'accident, de sa maman ou de notre fille. Il eût fallu passer devant un juge, alors autant prendre rendez-vous avec le maire ! Plus le mariage est simple, moins le divorce est pénible. Dix ans plus tard, Michèle et moi nous sommes séparés à l'amiable avec la même avocate, et nous sommes restés amis.
Après quelques années de purgatoire, d'erreurs de casting, d'amours contrariés, j'ai rencontré l'amour de ma vie, entendre celui de la maturité. Nous fêterons bientôt notre dixième anniversaire et mes sentiments n'ont fait que se fortifier avec le temps. Nous nous sommes donc mariés hier, sans cérémonie puisque nous préférerons fêter notre amour aux contrats et autres testaments certifiés. Ma démarche n'est pas inspirée par le présent, mais par ce que l'avenir nous réserve, la garantie d'éternité pour celle ou celui qui survivra. Elle est aussi éminemment symbolique pour d'autres raisons plus intimes où les sentiments font cocktail avec la psyché. Une chose est certaine je suis extrêmement heureux de vivre avec Françoise et j'espère que notre mariage n'y changera rien, puisque j'essaie déjà chaque jour de m'améliorer un peu. Youpi !

P.S.: coïncidence (du sujet !), le soir, au Théâtre du Vieux-Colombier, nous assistons à la comédie de Corneille La place royale avec les acteurs de La Comédie Française remarquablement mis en scène par Anne-Laure Liégeois. Denis Podalydès et Elsa Lepoivre font passer les alexandrins avec une maestria époustouflante comme toute la troupe participe à rendre claires la complexité des sentiments et la perversité des enjeux.

mercredi 28 novembre 2012

Le grand saut


C'est pour aujourd'hui !

mercredi 14 novembre 2012

La pilule de l'oubli


Mon anniversaire de soixante ans m'a valu une pluie de cadeaux plus merveilleux les uns que les autres, mais la disparition de celui d'Élise m'a particulièrement énervé. Je l'ai cherché partout, sous les meubles, derrière les livres, dans la poubelle... Combien de fois ai-je vérifié qu'aucun coin de la maison ne m'avait échappé ? Sur le paquet en cellophane contenant une gélule noire était simplement stipulé "Effacez instantanément votre passé !". Un de mes amis l'aurait-il subrepticement dissoute dans mon verre ? Si c'est le cas jusqu'à quelle date l'effet se fait-il sentir ou plutôt ne se fait plus sentir ? J'en perds mon latin et la boule. Bonne nouvelle tout de même, le médicament miracle ne semble pas être une remise à zéro totale, sinon trouverais-je encore mes mots pour vous parler ? La chose appartient à la première série des Pilules et Remèdes, œuvre de Dana Wyse intitulée Jesus Had A Sister Productions 1996-2003 (Set complet) et sous-titrée Helping you to create your own reality since 1789... Voilà, un coup de Tippex et je ne retrouve plus rien. Le goberez-vous ? Dix ans après cette fantaisie, le propranolol est devenu chose sérieuse, susceptible, paraît-il, de soulager les chocs post-traumatiques.

lundi 5 novembre 2012

Sexagénaire


J'ai 60 ans aujourd'hui.
Faut le faire.

vendredi 12 octobre 2012

Prendre les voiles ?


Coups de fil et administration m'empêchent de composer. Je suis vidé. Françoise prend des billets pour le sud, mais pas avant le nouvel an. Je sonne creux. Nicobuq me demande d'améliorer les sons de couvercle en métal pour Leonardo, pas de problème, la Machine à rêves prend forme. J'appelle le Palais pour enregistrer la salle des pas perdus. Nombre d'amis m'apprennent qu'ils n'auront plus un sou à la fin du mois. Je compte mes billes. Le Sénat autorise la ratification du projet de loi sur le traité budgétaire européen. Je me sens mal. Le gouvernement, prétendument de gauche, continuera évidemment de taxer le travail, mais pas le capital. Je me demande combien de temps ça va durer. Le patronat, les entreprises, les collectionneurs d'art ont gain de cause, pas le peuple. J'enrage. À défaut de faire la révolution là tout de suite, il faudrait pouvoir rêver. Je n'avais pas identifié la cane sur son nid lorsque j'ai photographié le bateau pirate.

jeudi 11 octobre 2012

Tendinites et mauvaises manières


Théâtre Mouffetard, 1978. Francis, Bernard et moi jouons dans la Compagnie Lubat. Ce soir-là je tiens le piano et réciproquement. C'est un contrat entre lui et moi. Il est droit, je suis un peu penché. Tandis que je frappe les touches, relevant la tête j'aperçois celles de trois autres musiciens de l'orchestre, Michel Portal, Bernard Lubat et Patrice Mestral, qui dépassent derrière le cadre, tous premiers Prix de conservatoire. Accoudés au-dessus du couvercle, ils regardent mes mains. Je flippe méchamment, pensant que je suis démasqué ; ils vont s'apercevoir de la supercherie, ma carrière va en prendre un coup. J'ai déjà évoqué ici le sentiment d'usurpation que ressentent souvent les autodidactes. Le concert se poursuit et, à son issue, le trio de virtuoses pour qui j'ai la plus haute estime vient me voir. Je n'en mène pas large. Michel, parlant pour les autres, me demande "où as-tu appris cette technique ?" Coup de théâtre. Je n'ose mentir et raconte que je n'en ai aucune, la preuve : j'en suis à ma troisième tendinite du bras gauche ! Cet épisode m'accordera évidemment ensuite un peu plus d'assurance...

J'ai arrêté le piano il y a longtemps, mais il m'arrive souvent de me servir d'un clavier pour imiter des instruments ou générer des sons électroniques. Depuis que j'ai fait l'acquisition du piano préparé de l'Ircam et de l'Array Mbira de SonicCouture j'ai probablement forcé la dose, et taper toute la journée à l'ordi n'arrange pas les choses. J'ai une douleur terrible au coude qui m'empêche de dormir. Où mettre le bras ? Hier notre masseuse chinoise a travaillé mon poignet du bout de mes doigts jusqu'à ma mâchoire. J'ai dégusté sec, espérant être remis d'aplomb d'ici le concert du 19 octobre au Pannonica de Nantes avec Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang.

Les bonnes manières étaient le titre d'une série animée de Daphna Blancherie et Natacha Nisic en papier découpé (cf. illustration) dont j'avais fait la musique et les bruitages en 1993. Ici les mauvaises se rapportent à la façon gauche dont j'aborde parfois la vie. Je fais des efforts pour me corriger, en me prenant moi-même en charge ou en me faisant aider. En vieillissant on va certes de plus en plus mal, mais l'on apprend aussi à mieux gérer ses douleurs et ses contrariétés. Si l'on s'y prend correctement, la gestion prime sur les emmerdements. Ainsi, aujourd'hui, je me sens de mieux en mieux. C'est du travail. Il n'est hélas pas rémunéré, les heures passées ne sont pas prises en compte pour la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) où j'ai rendez-vous demain... Il y a quelque chose d'absurde et de merveilleux. Je trouve ça drôle.

mardi 9 octobre 2012

La Tour Eiffel à l'horizontale


Ma mère s'est fichue par terre dans son appartement. Plus moyen de se relever. Les pompiers. L'hôpital. On lui fait plein d'examens de la tête au pieds. Rien de cassé. Pas trace de la moindre araignée dans le plafond. Bizarres, ces machines ! Maman respire la santé. N'empêche qu'elle ne peut pas mettre un pied devant l'autre. Elle n'a jamais aimé marcher et elle en paye aujourd'hui les conséquences. Son lit d'hôpital donne sur le Parc de Saint-Cloud et surtout la Tour Eiffel. Pouvait-elle rêver mieux ? Elle a la même vue de sa chambre et de sa cuisine à Boulogne-Billancourt. Depuis qu'elle ne vit plus intra-muros à Paris, elle dit qu'elle est une déracinée. Là nous sommes à Sèvres où est conservé le mètre étalon. Ma mère a considérablement rapetissé avec l'âge, mais pas à ce point. C'était il y a une semaine. Les infirmières ont dû être contentes de voir partir "la patiente impatiente" comme elle s'est elle-même surnommée. Ma sœur lui a acheté un déambulateur pliant à deux roues avec siège escamotable. Il faut pousser les meubles, virer le tapis, laisser certaines portes ouvertes. À son âge et avec son caractère il faut une catastrophe pour qu'elle imagine changer ses habitudes. Elle a beau être misanthrope, ma mère représente un spécimen exemplaire de l'espèce humaine.

lundi 1 octobre 2012

Est-ce vraiment raisonnable ?


Des copains de mon beau-frère lui ont offert une guitare en bonbons pour son soixantième anniversaire. Ce n'est pas raisonnable, surtout avant le repas. Il n'y a pas touché, du moins jusqu'à notre départ, ma sœur ayant passé la semaine à préparer un buffet planétaire aux spécialités plus savoureuses les unes que les autres. Nous avions déjeuné légèrement afin de garder l'appétit pour son somptueux dîner. J'ai particulièrement adoré les brochettes de crevette à la noix de coco et à la mangue. Ma nièce nous confie en secret que son père se lève toutes les nuits pour manger des bonbons. Ce n'est pas raisonnable, d'autant que les cordes en réglisse produisent de l'hypertension dont il est légèrement atteint. Ce n'est pas raisonnable, pas plus que ma mie qui abuse du punch et s'achève au vin rouge, au demeurant excellent. Sommeil. Les jeunes commentent, les uns s'amusent de cette adolescence qui n'en finit pas, les autres trouvent rassurant que l'on continue toujours à faire des bêtises. Certains ne deviennent jamais sages, d'autres ont perdu depuis longtemps la fantaisie qui donne du sel à la vie. Est-ce vraiment une question d'âge ? Il en va ainsi de la manière de nous affubler, de nos propos en société, des risques que nous prenons dans notre travail ou dans la vie, de nos rêves prétendument inaccessibles, de notre résistance à la barbarie, de notre responsabilité, de la folie... Nous marchons sur une corde raide, testant notre souplesse pour voir jusqu'où on peut aller trop loin.

mardi 25 septembre 2012

Le secret derrière la porte


Dans l'expectative je regarde la lumière. Intérieure ou aveuglante comme celle du soleil. Un praticien me racontait qu'il ne savait pas quoi répondre à un adolescent qui allait perdre la vue pour avoir regardé le soleil en face pendant des années, comme ça, pour voir. On obtient parfois l'effet inverse. Personne ne lui a dit ? Cette clarté peut être sonore. Un coup de téléphone de bonne nouvelle. Pourquoi pas ? L'espoir fait vivre. J'ai longtemps habité rue de l'espérance, mais aujourd'hui mon adresse porte le nom d'un jeune résistant mort à 17 ans. Le soir tombe.
J'ai bien travaillé. Non-stop de 7h à 18h. Composé seize boucles sur le mode de la toile de fond, bien qu'ici le décor soit sonore. Ces ambiances diffusées doucement donneront une perspective à la seconde partie du projecteur de rêves de Léonard de Vinci, en arrière-plan du quatuor à cordes. On les devinera à peine jusqu'à ce qu'une image envahisse tout l'écran et qu'un instrument solo laisse apparaître cette découverte. Associées aléatoirement aux images de Nicolas Clauss, elles leur donneront un sens différent selon les combinaisons audiovisuelles. Cette couche sonore renforcera le sandwich d'images fixes et mobiles en théâtralisant le résultat global. J'avais inauguré cette méthode en 1997 avec la douzième et dernière scène du CD-Rom Carton où étaient associés dix images et dix sons que l'on pouvait combiner à loisir. Cette fois, j'ai choisi des ambiances dans l'ensemble plutôt classiques, a priori repérables, mais je les ai traitées de façon à laisser une place à l'interprétation de chacun. Noyé le poids des sons. Ils ont cette merveilleuse propriété de susciter l'évocation.

samedi 22 septembre 2012

Souvenir de Luc Barnier


Les morts se suivent, mais ne se ressemblent pas. C'est pourtant toujours la même histoire. Cet été naissent quantité de bébés tandis que les vieux tirent leur révérence. Luc Barnier n'avait que 58 ans, mais le crabe l'aura emporté malgré son ardent combat. Il y a deux ans je lui avais envoyé des photographies de famille retrouvées dans mes archives. À l'origine nous les avions agrafées dans les toilettes de l'appartement où nous vivions en communauté avec Michaëla Watteaux et Antoine Guerreiro, juste après avoir quitté nos parents respectifs ! Luc y est resté deux ans et demi, soit presque toute sa scolarité à l'Idhec. Il m'avait appelé pour me remercier pour les photos. Je me souviens, j'étais dans mon bain, il m'a résumé les trente ans où nous avions cessé de nous voir et m'annonça sa maladie. Nous étions restés brouillés après une sombre histoire de répondeur. Je l'avais juste croisé à un concert de John Zorn.

J'ai malgré cela toujours gardé une certaine tendresse pour ce jeune homme habillé tout de noir qui avait décoré sa chambre kitschissime avec des objets du culte comme on le voit dans une séquence de La nuit du phoque que j'avais tourné en 1974. Il avait rejoint notre équipe du light-show H Lights et participa dès lors à toutes ses créations. Ce sont les souvenirs de notre adolescence, les expériences tous azimuts, sex, drugs and rock 'n roll, mais aussi la lumière et le cinéma. La lumière avec le Light-Book que son père avait réalisé à son imprimerie Union, le cinéma puisqu'il devint l'un des monteurs français les plus prisés, travaillant avec Olivier Assayas, Benoît Jacquot, Anne Fontaine, Youssef Chahine, Amos Gitaï, Yousry Nasrallah, Gabriel Aghion, Valérie Lemercier ou Dany Boon... Il avait monté aussi bien Carlos que Bienvenue chez les Ch'tis ! Nous nous étions connus au Lycée Claude Bernard. Il me remplaça au light-show après mon premier concert en tant que musicien. Nous posions pour Thierry Dehesdin dont j'ai recadré deux photos pour ce billet afin d'alimenter les récits que nous projetions sur grand écran. C'est lui, le barbu aux cheveux longs, et celui que la mort amène à la grille dans une mise en scène grotesque comme nous en pratiquions en 1970 !


Il a rejoint les camarades de cette époque tous disparus trop tôt. Marc Lichtig, Philippe Labat, Éric Longuet, et surtout Bernard Mollerat avec qui je faisais équipe à l'Idhec et qui avait remplacé Antoine dans notre communauté du 88 rue du Château à Boulogne-Billancourt. Je revois Luc voûté sur les Leitz et battant des mains devant leurs objectifs pour animer les images, retrouvant ainsi la magie du pré-cinéma. J'entends son rire grave quand nous étions défoncés. Les souvenirs de Nibelle où ses parents possédaient une maison remontent soudain. Les répétitions de nos spectacles multimédia. C'est un peu de cette jeunesse qui meurt avec lui. Françoise m'avait plusieurs fois exhorté à l'appeler pour que l'on se voit. J'ai trop attendu.
Une vague de tristesse m'a emporté en fin de soirée...

mardi 18 septembre 2012

Disparition d'un ami


Départ imprévu. Le nôtre à la suite du tien. Deux poids, deux mesures. Horrible nouvelle. Tristesse de tes amis. Les disparitions sont plus douloureuses lorsque les circonstances sont obscures. Les gendarmes t'ont retrouvé dans le port. C'était ta bouffée d'air frais. Le large. Mais cette fois tu es allé trop loin. Probablement un malaise au bord du quai, on te savait fragile, tu auras glissé. Nous nous attendions au pire, mais pas ainsi. Il y a deux semaines nous pêchions ensemble au large de La Ciotat. Tu avais toujours le mot pour rire, même quand tu n'allais pas bien ; ta moindre taquinerie était bien intentionnée. Sur la dernière photo tu as cet air de garnement qui a fait un bon tour alors que Maurice semble contrarié. On a rarement connu aussi dévoués que vous deux. La mort soulage ceux qui s'en vont et blesse ceux qui restent. Nos larmes sont égoïstes. Serge, tu vas terriblement nous manquer.

lundi 17 septembre 2012

Quelle couche !


Je déteste peindre. Je n'aime aucune tâche qui salisse. La menuiserie, la plomberie, le bricolage ne sont pas ma tasse de thé, mais au moins je n'ai pas besoin de me passer ensuite à l'eau, à l'acétone ou au white spirit. Le temps que j'aille faire une course, un salopiot avait pissé son nom sur notre beau mur orange comme s'il revendiquait ce territoire. Ezi, je t'affiche aujourd'hui sur mon mur virtuel, mais à l'avenir choisis d'autres supports pour écrire ton nom car je n'ai pas envie de replonger le rouleau dans le pot de peinture ! J'en avais sur le bas de mon froc et ça gouttait sur les dalles... En plus, il faut faire vite, car la surenchère ne se fait pas attendre, les chiots se grimpant les uns sur les autres dès que l'un d'eux lâche son urine acrylique. Si au moins on nous collait une œuvre tels Ella et Pitr avec leur superbe papier peint que les voisines hystériques arrachèrent violemment il y a quelques mois, mais non, juste un nom alors que je n'affiche même pas le mien sous la sonnette ! Je vous laisse, déjà que j'en tiens une bonne, la seconde couche m'attend...

lundi 10 septembre 2012

Charbons ardents


Détestant les charrettes, je me suis juré de ne plus me mettre dans des galères, mais j'ai accepté de remplacer un ami sur un boulot dont l'ampleur et les délais se sont révélés inquiétants. Plus moyen même de me reposer, mon esprit continuant à chercher à régler les problèmes pendant mon court sommeil. Passé l'angoisse des premiers mètres, je réalise un dépouillement des sons à enregistrer, reportages, reconstitutions, sonothèque. Je barre les lignes au fur et à mesure, les nuages s'effacent petit à petit. Thibault m'accompagne pour les prises de son en ville. Je compose la musique du film pour me détendre, mais le client la trouve évidemment glauque, prenant en exemple des morceaux hyper-produits qui ont demandé des semaines à leurs auteurs ! Il faut tout reprendre. Le plus difficile sont les voix, précises, mais sans qu'on les comprenne. Il faut ensuite placer tout cela, le montage ne devant laisser aucun blanc, même si la musique recouvrira souvent les ambiances. Fabriquer les espaces avec des réverbérations variées, mixer. Pendant un moment je me demande si je pourrai prendre cinq minutes pour bloguer... Une fois parti, tout se met en place et je peux à nouveau admirer le ciel.
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