Jean-Jacques Birgé

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mercredi 31 janvier 2007

Sans sommeil


Pourquoi est-ce que je ne dors pas ? J'ai pourtant réglé son compte à ma peur de la mort à Sarajevo pendant le Siège. Je me réveille avec une soif de vie intarissable, la pépie ! J'ai le sourire aux lèvres dès la station debout. Le monde nous appartient. Dès que j'ouvre l'œil je suis opérationnel. Il me faut une petite minute d'adaptation, le temps de claquer dans mes doigts, je suis sur le pont. Mais j'ai du mal à me rendormir si le jour s'est levé. Je fus la nuit au point de lui donner le titre de mon premier film : en 1974, dans La nuit du phoque, j'étais la nuit, Bernard Mollerat faisait le phoque. Je suis devenu le jour. La nuit je ne travaille plus, du moins je feins de le croire. Le soir, je regarde un film sur grand écran, ça me déconnecte, trop d'énergie de la journée passée, il faut une prise en mains forte pour m'arracher à la veille. Il m'arrive de plus en plus de m'endormir devant le film, pas vraiment, quelques instants, un sommeil qui n'a rien de réparateur, une frustration. Plus tard, j'attendrai d'être fatigué pour aller me coucher, je m'éteins facilement. S'il m'arrive d'avoir des insomnies, je marche trois minutes, les yeux à moitié fermés, sur mon tapis à pointes, réflexologie, je me recouche et m'endors illico. Je ne suis plus pour autant capable de passer des nuits blanches. Il paraît aussi que la nuit j'ai des soubresauts, des impatiences dit-on.
J'avais vingt-cinq ans, je dormais un peu plus de quatre heures par nuit et j'étais crevé. Ma mère me donne à lire un dossier sur le sommeil dans le Nouvel Observateur. Nombreux exemples atypiques de dormeurs me montrent que mon sommeil est nettement supérieur à de nombreux personnages célèbres. Je ne suis plus du tout fatigué. Je continue à dormir quatre heures et quart. En vacances, je dors plus longtemps, mais je n'ai jamais retrouvé le sommeil de mon enfance lorsque, le dimanche, je faisais la grasse matinée, ou celui de mon adolescence, où je me couchais tard et me levais vers midi. Tout a changé à la naissance de ma fille. Voilà donc plus de vingt ans que je ne dors presque plus. Il m'est parfois arrivé d'avoir un petit coup de barre vers dix-sept heures si je descends en dessous de quatre heures de sommeil, mais c'est heureusement rare. Je suis incapable de faire la sieste, du moins à Paris. L'été, à La Ciotat, j'ai réussi à m'endormir après le déjeuner, mais je déteste la sensation au réveil, ça me crève, je me sens pâteux. J'aime fermer les yeux pour écouter la musique du temps qui passe.
Si je vis vieux, ma vie aura été intense. Dans le cas contraire, j'aurai simplement condensé mon activité dans un temps plus limité. À quarante ans, j'ai pensé que j'en avais assez fait, que je pourrais m'arrêter. J'ai continué. Plus qu'une vie bien remplie, j'ai l'impression d'en avoir eu plusieurs. Alors je me demande si j'ai vraiment réglé son compte à la mort. Pourquoi est-ce que je ne dors pas ?

mardi 23 janvier 2007

Taire


Comment voulez-vous que je me livre à quelque confession intime ou à de sincères provocations alors que je suis fils et père ? Mes limites sont fixées par le désir de ne point blesser ni choquer celles que j'aime. Il est de coutume de ne publier ses mémoires qu'après la mort de ses ascendants, mieux, d'attendre qu'elles deviennent posthumes à soi-même. Mais à les taire complètement, les secrets de famille disparaîtraient dans la tombe. Ne vous méprenez pas, je n'ai hélas rien d'extraordinaire à révéler. Du moins je le crois. Ce sont seulement certaines questions qui me plaisent à sous-entendre parfois en conférence devant un public nombreux, mais que j'exprime à demi-mot, voire au quart ou, plus hypocritement, en généralisant l'affaire pour noyer le pois(s)on. Il y a bien des sujets que j'évite d'aborder en public et que seuls quelques uns sont autorisés à partager. Tout est pensable en deçà du passage à l'acte. Encore faut-il que mes ami(e)s aient l'esprit ouvert. Non, vraiment, rien d'extraordinaire, mais la question honnêtement posée est d'importance. Que ma fille me pardonne, j'en dis toujours trop pour elle dans mes billets persos. Ils peuvent pourtant s'avérer les moins complaisants, et passionnent, paraît-il, d'autres lecteurs et lectrices, plus friands de faits que d'avis. Aujourd'hui je n'aurai rien écrit.

lundi 15 janvier 2007

Gaga des chats (2 : Asthma)


J'ai commencé à avoir de l'asthme à 40 ans. Paris m'en donne plus que ses hauteurs périphériques, et plus je m'en éloigne moins je suffoque. J'ai laissé derrière moi vingt ans d'herpès pour ce nouveau fléau. À l'homéopathe qui m'en a presque débarrassé, j'ai demandé ce que j'aurai après. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de l'éradiquer complètement ou est-il préférable d'avoir une petite soupape de sécurité, une somatisation nécessaire ? Pour les minets, mon homéo affirme qu'on finit par s'immuniser au bout de six mois, à leur contact. En attendant, la ventoline est très efficace, et je peux la remplacer par Santa Herba, un produit plus soft...
Il y a tout de même un truc étrange. Nous vivons avec le tigré persan Scotch sans que je souffre d'asthme, mais lorsque je garde le siamois Snow, un des deux chats de ma fille, je suis de nouveau sujet à cette difficulté de respirer. Est-ce que son poil est différent ou, sans rentrer dans les détails, est-ce quelque séquelle névrotique qui refait surface en sa présence ? Je n'ai pas ce problème avec le noir Ouist ni les autres matous que je fréquente habituellement ou ceux qui ont partagé ma vie passée. Mais à cette époque je n'étais pas encore sujet à l'asthme. Ce sont tous des chats de gouttière castrés, croisements savants de tradition populaire, mais leur pelage rappelle tel ou tel type... Scotch a un caractère égal, peu expressif, facile à vivre. Snow est une teigne extrêmement affectueuse. Ouist est complètement barjo et probablement le plus malin des trois. Plus il y a de chats plus on rit, mais c'est moins facile à caser quand on part en voyage. En tous cas, pas question de s'en passer, sans eux la maison perd son âme.
Snow vient de retourner chez la maman d'Elsa qui, de son côté, essaie d'habituer Ouist à son petit appartement. On va bien voir si je me remets à respirer normalement...