Jean-Jacques Birgé

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dimanche 30 décembre 2007

Gaga des chats (3)


Scotch s'angoisse de notre départ. On n'a pas besoin de lui expliquer, il nous regarde faire les valises et comprend qu'il va lui falloir changer un peu ses habitudes. Scotch a le don d'anticiper le moindre de nos mouvements. Lorsque nous montons au premier ou au second étage, il nous y a déjà précédés ! Cela nous fait dire qu'il a le don d'ubiquité. Où que l'on aille, il est là. Pas cette fois. Nous lui expliquons qu'il sera en de bonnes mains. Caresses et repas sont garantis en notre absence. C'est un chat énorme. Il est grand et pèse huit kilos malgré un régime équilibré et conforme à son poids. Ce n'est pas un sportif, mais il sort la nuit lorsque nous sommes endormis. J'évite de lui donner son petit-déjeuner lorsque je me réveille pour éviter qu'il associe mon lever à son remplissage d'estomac. Il m'attraperait les pieds sous la couette pour me signaler que c'est l'heure. Nous faisons comme si de rien pour ne pas l'inquiéter, mais il sait bien que nous allons commettre une infidélité en allant folâtrer avec des singes, des ours et des éléphants. Il va nous manquer, mais les chats n'aiment pas les voyages. Chacun son trip !

mardi 25 décembre 2007

Sans pain ? Bah, mon cochon !


Les us et coutumes changent avec le temps. Depuis de nombreuses années, comme j'ai pris une dizaine de kilos (je fus fluet), j'évite de manger du pain, du moins du blanc, privilégiant le complet lorsque je cède à la tentation et au besoin d'accompagner du fromage ou une charcuterie, par exemple. À la lecture de ce choix, on sera tenté de rigoler côté diététique, mais ce n'est pas la peine d'en rajouter. Lorsque j'étais enfant, il m'arrivait de me plaindre d'avoir encore faim, d'avoir toujours faim. Mon père me reprochait alors de ne pas pousser avec du pain, d'où le récurrent "sans pain ? Bah, mon cochon !" Nos parents ayant d'une part connu la guerre et les privations qui l'accompagnent, la situation économique de la famille n'étant d'autre part alors pas très fameuse, le pain était une solution bon marché pour caler nos estomacs. La phrase m'est revenue à l'instant de m'endormir après un copieux réveillon que j'avais eu la prudence d'anticiper en avalant un citrate de béthaïne et en évitant ensuite d'approcher la main de la corbeille à pain posée juste devant moi.

dimanche 23 décembre 2007

Julien Gracq (1910-2007)


Mon prof d'histoire-géo est mort. Je me souviens de sa manière de compter les points avec son pouce en l'air. Je l'ai eu deux ans au Lycée Claude Bernard. Louis Poirier avait continué à enseigner malgré ses succès littéraires. Il était très timide, intègre et précis. Il avait refusé le prix Goncourt en 1951 pour Le rivage des Syrtes, l'histoire d'un suicide collectif sur fond de pays imaginaires.
(photo AFP/Franck Perry)

samedi 22 décembre 2007

Complicité parentale


La complicité avec notre fille ne s'exerce pas de la même façon pour chacun. Elsa partage la musique avec sa mère, son goût pour les chansons et les belles mélodies. Elle m'appelle plus facilement en cas de coup dur. Nous nous sommes toujours parlé avec franchise. Après son bac, lorsqu'elle eut 18 ans, je l'emmenai en balade sur la Seine, lui expliquai que j'avais fait ce que je devais et lui demandai ce que je pouvais ; "rien, papa, surtout rien du tout !". Désir d'autonomie, le vrai travail. Évidemment, dans le détail comme dans le fond, chacun de notre côté, nous sommes très proches d'elle, tentant de rester à son écoute.
Je suis allé dîner avec elle chez Koba, son restaurant préféré, rue de la Michaudière. Le cadre ressemble presque à une cantine, mais je ne connais aucun japonais à Paris où les sushis soient si délicieux et généreux. Les seiches crues aux œufs de poisson colorés en vert par le wasabi étaient sublimes, les poulpes aux algues vinaigrées inattendues. Nous nous goinfrons à en crever. Rien de raisonnable. Les apparences sont trompeuses. Pas les sentiments.

mercredi 5 décembre 2007

Rose, 80 ans


Françoise a passé un temps fou à trouver la bonne compression du petit film qu'elle a réalisé pour l'anniversaire de sa maman. Faute d'être tous là, elle avait demandé aux amis et amies passés à La Ciotat depuis vingt ans d'envoyer à Rosette un petit mail pour fêter ses 80 ans. Pour adapter en film cette littérature épistolaire, Françoise a choisi iChat. Dessinant quatre plans se partageant le cadre, le dispositif met en scène tous les protagonistes, y compris YouTube qui imprime sa marque en bas dans le coin. Elle s'y entend pour tourner les moments de vie en fête inattendue. Les réponses se sont précipitées à l'image de l'accueil ciotadin que ses parents ont prodigué à tous les amis de passage. Rosette ne se laisse pas distancer par les nouvelles technologies, nageant dans le bain virtuel comme dans la Méditerranée qui rafraîchit le bas de la colline juste en dessous de chez elle.