Jean-Jacques Birgé

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vendredi 18 avril 2008

De l'énergie jusqu'à la marée noire


Les retours sur les chapeaux de roues ne laissent pas beaucoup de temps au blogueur fou pour faire son travail. Les journées n'ont que 24 heures et mon sommeil est déjà réduit à sa plus simple expression. Je devrais y arriver. L'enthousiasme est mon principal carburant.
De bon matin, je porte le PPG à réparer à cause de ses touches bloquées et de ses amnésies : miracle, mon vieux clavier n'a pas perdu la mémoire depuis la dernière fois que je l'ai rechargé. Dierstein m'explique qu'il faut que je le laisse allumé une fois par semaine si je ne veux pas qu'elle s'efface. Même chose avec tous les appareils dont les programmations sont mémorisées grâce à une pile. C'est comme les magnétophones qu'il faut faire tourner régulièrement si l'on ne veut pas que la graisse se fige et que tout tombe en rade. Je ne le fais pas. Il le faudrait.
Je fonce ensuite chez Orange acheter la clé USB 3G+ avec un ?Pass Internet Everywhere sans engagement" (la promo s'arrête mercredi). Bizarres ces noms anglophones pour un produit local... J'ai une idée derrière la tête et je suis ravi de pouvoir enfin me connecter où que ce soit avec mon MacBook. Deuxième miracle, cela fonctionne comme je le souhaitais.
Rentré à Bagnolet, je reçois le comité éditorial du Journal des Allumés. Nous préparons deux numéros de front pour la rentrée automnale : un "normal" (comme si cela existait !) et un "spécial" (ce qui signifie qu'il donnera deux fois plus de boulot !). Nous pensons valoriser le fond de plus de 1000 références plutôt que de toujours mettre les nouveautés en avant. 100 cd à 10 euros chaque, ce serait bien. Gros travail éditorial en perspective.
Le soir, je retrouve Françoise et Franck au Studio Sphota où est présenté Marée Noire, le spectacle de Samuel Sighicelli, avec vidéo, musique électroacoustique en quadriphonie et textes lus par son frère David. Pipelines, plateformes offshore, le liquide noir va recouvrir l'océan. Il s'enflamme en saignant le c?ur des hommes. Contrechant du styrène, l'hymne cède la place à l'oraison funèbre. Hier soir, la folie de l'or noir était encore à un taux jamais atteint.
Tard le soir, je récupère mon vieux synthé. Aucun appareil n'a jamais égalé le PPG dans sa transparence et ses effets de perspective sonore. Nettoyé, il a rajeuni de trente ans. J'avais oublié la souplesse des touches tant les "bushings" étaient tassés comme les amortisseurs d'une vieille guimbarde. Cela me démange de m'en servir pour la musique du film que je dois enregistrer aujourd'hui pour le collège des Bernardins...

mercredi 16 avril 2008

Des canards au bord de la tasse


Quand j'étais petit, ma grand-mère me gardait le jeudi. À table, mon grand-père nous versait un peu de vin rouge dans l'eau fraîche et, en fin de repas, nous avions le droit de tremper un sucre dans sa tasse de café. On appelait cela un canard, probablement parce qu'on l'enfonce intégralement dans le liquide bouillant et qu'on l'en ressort immédiatement. J'aime toujours le petit goût du vin dans l'eau fraîche lorsque j'ai très soif. On pourrait le remplacer par une giclée d'un bon vinaigre, comme du temps des Croisades où le vin était intransportable... Les treize petits qui viennent de naître ne connaissent pas encore le goût du vin, ni celui du café. Leur maman les protège, car il est trop tôt pour boire la tasse. Lorsque les canetons seront en âge de nager, Jean-Claude les donnera à des copains. Récemment, l'un d'eux en a relâché trois dans le port de La Ciotat, près des cafés qui bordent la jetée à deux pas du bord de mer qu'on appelle justement la Tasse.

samedi 12 avril 2008

Faux départ, vrais retours


Se lancer demande parfois des efforts surhumains. C'est souvent à la veille d'un départ que tout se déclenche. Les téléphones se mettent à sonner. Des malhonnêtes procèdent à un virement et le retirent au bout de 48 heures sans prévenir. La banque n'a pas appelé. Un comble. J'ignorais que c'était légal ? J'ai toujours peur d'oublier quelque chose d'important en faisant ma valise. J'emporte mes nouveaux jouets (en plus du Tenori-on et du Kaossilator, j'emporte mon nouveau magnéto miniature, le MR-1 qui enregistre en 1 Bit sur disque dur, le fin du fin) dans l'idée que je pourrais peut-être m'en servir ce samedi soir à l'Ajmi pour le lancement du numéro 21 des Allumés. Cotinaud passe justement chercher un mini-disc pour interviewer Jeanneau pour le suivant.
Et puis, les copains que l'on n'a pas vus depuis des lustres débarquent, voire atterrissent. Après les bonnes nouvelles de Valérie en début de semaine, ce sont les analyses de Bernard qui nous rassurent, le voilà à nouveau "tout émoustillé" et la réédition de "Mehr Licht !" va piano, ma sano. Didier aussi, à pieds, a retrouvé le sourire. Francis, plus habitué à iChat, appelle étonnamment à ce moment. Raymond nous raconte son futur grand projet pour La Grande Halle de Villette, Adelaide et Nicolas planent allègrement avec les dents en évoquant "l'art contemporain". Journée éreintante, mais stimulante. Petit-déjeuner, déjeuner, dîner, petit déjeuner. Tout à l'heure, en Avignon, je retrouverai Jean reparti de Paris pour Nîmes le matin-même. J'ai l'impression de vivre dans une ruche où je cavale comme un petit groom. À l'heure de la pause, c'est le blog ou la sieste. Je ne sais pas me reposer.
Envol.

Je mets le réveil pour aller me coucher, sinon j'oublie d'aller dormir.

mardi 1 avril 2008

Tous les matins du monde


Un poil était planté dans le blanc de mon œil gauche comme d'autres l'ont dans la main. J'avais besoin d'en parler. Notre merle chantait à tue-tête bien que ce ne soit pas encore l'heure légale. Je me suis levé pour savoir si je voyais clair. Des échafaudages barraient la porte d'entrée. Ce n'était pas une sortie. Je suis descendu écrire pour savoir ce qui était de l'ordre du rêve et ce qui tenait de la réalité. Tout était vrai, clarinette, sauf l'histoire de l'œil que j'avais inventée, et l'échelle du peintre. Dans ce no man's land de la pensée, la conversation avec Agnès Varda et une autre fille portait sur ceux et celles qui dorment peu et se lèvent tôt tant ils sont heureux de vivre. À force de remuer je craignais d'empêcher ma compagne de se reposer. Je bouge beaucoup, alors je me cale au bord du futon le long d'un précipice de quelques centimètres et je tourne sur moi-même comme un poulet à la broche. Si je vais pisser, je jette toujours un œil à la fenêtre qui donne sur la rue. À ces heures-là, il n'y passe généralement personne. J'enfile un peignoir et des chaussons en laine des Pyrénées pour ne pas attraper la crève. Dans le noir, je me trompe de paire, elles sont trop petites, ce ne sont pas les miennes. En bas, le chat me fiche la paix. Lui sait bien que ce n'est pas l'heure. Pendant quelques secondes, l'écran est flou, j'en baisse la luminosité et j'éclaire la pièce. Le rideau se lève sur un soleil. Il pleuvra plus tard.