Jean-Jacques Birgé

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samedi 8 août 2009

Flow de l'enfer


Il y a des jours comme ça. On ne sait pas où l'on va. On se lève. Prenant congé des rêves. Et puis tout bascule. Ridicule. J'allume d'un seul coup toutes les machines du studio. Ça fait pop dans le rafiot. Je voulais tester les sons enregistrés cette semaine avec le film d'aujourd'hui. Mais comme j'ajoute la réverbe rien ne se produit. La Rev5 ne s'allume plus, la panne. Je m'acharne dessus comme un âne. Il faut attendre la fin août pour la réparation. Là je reprends ma respiration. J'ai sorti une petite Lexicon, mais c'est bon, l'H3000 fera l'affaire. La réverbe situe tous les sons à leur place. De quoi aurais-je eu l'air sans espace ? Dans l'affolement, je pense à l'envers. Je deviens dément, glisse en enfer. Lorsque j'étais jeune homme, que le matériel rendait l'âme, j'évitais le pensum en rencontrant une dame. La dame est là, la dame est là, la dame est là. Quand tout va de travers, regarder bien le ciel, la lune ou les nuages, et s'attendre aux miracles. Du pire calvaire on peut tirer son miel. Il n'y a pas d'âge pour rejeter la débâcle. J'ai peint la cave en rouge, en rouge sanguinolent, mais c'est là que ça bouge, le bouge sent. Provisions de bouche à se mettre sous la dent. Grands crus à foison à en devenir cuit. Voyez donc le tableau comme un hublot. Le diable à l'œuvre. L'œuvre du diable.

dimanche 2 août 2009

Sieste


Je me suis endormi sur la terrasse au lieu de bloguer. Heureusement que Fidel s'est trompé il y a quelques années en posant les lattes du mauvais côté. Elle ressemble à une patinoire quand il pleut, mais au moins elle est lisse pour s'y allonger. La lecture pourtant ô combien passionnante de L'hypothèse communiste m'a plongé dans une léthargie post-Viet-Siam (excellent restaurant de Belleville dont le propriétaire est le même que Lao-Siam, merci Sacha) justifiant que je glisse doucement de ma chaise longue vers la natte et m'endorme les doigts de pieds en éventail. En me réveillant, oh pas très longtemps plus tard, j'ai attrapé mon appareil sans me relever et me suis replongé dans le dernier livre d'Alain Badiou.
De quoi Sarkozy est-il le nom ? était le quatrième volume des Circonstances et je note avec amusement que mon article d'alors portait déjà le titre du nouvel opus, soit L'hypothèse communiste. Ce cinquième volume évoque successivement les faillites de Mai 68, de la Révolution culturelle chinoise et de la Commune pour resituer ce qu'est l'Idée communiste. À mon petit niveau, je comprends enfin, par exemple, le terrible épisode des Gardes Rouges, très jeunes gens armés d'un pouvoir énorme dont ils abusèrent tant qu'ils durent être détruits par ceux-là même qui les avaient engendrés. La bureaucratie, les querelles de factions ne peuvent avoir raison de notre enthousiasme, une nécessité. Si pouvoir il y a, le devoir est le réel en ce qu'il exprime l'impossible. Badiou semble tirer partie de la fréquentation de Slavoj Žižek lorsqu'il effleure une pensée lacanienne et hégelienne de l'individu, notre part d'animalité en sorte. Il le replace dans une Histoire qui ne peut être que celle de l'État et lui redonne le pouvoir que "la gauche" lui a confisqué au travers de ce qu'il est coutume de nommer "la démocratie".
Passionnante lecture, mais le livre refermé, je retourne me reposer.

samedi 1 août 2009

La place des fêtes est belle en rouge


Toujours aussi élégant, chapeau de paille et tenue gris-vert assortie à ses montures de lunettes, avec, ultime provocation, Vladimir Ilitch Oulianov à la boutonnière, Bernard Vitet promène Hunky, un fox-terrier des îles du nord dont il a pris soin d'oublier le vrai nom à particules long comme le bras. On peut d'ailleurs se demander qui promène qui, tant Bernard sort peu, handicapé par une lombalgie qui ne le lâche pas. Les amis comme ceux qui ne le connaissent que pour avoir été conquis un soir au Club Saint-Germain du temps du be-bop, sur la scène du Festival de Châteauvallon avec Portal, lors de toutes les aventures du free-jazz et évidemment pendant les 32 ans d'Un Drame Musical Instantané (voir son impressionnant pédigrée sur Wikipédia), me demandent souvent comment va Bernard. La réponse est comme il peut. Faute qu'il ne puisse plus jouer de trompette depuis quatre ans, on pourra néanmoins l'entendre avec ravissement dans Ciné-Romand, le film que Françoise sortira en DVD à la rentrée et dont elle met au point les derniers sous-titres après qu'Étienne Mineur en ait terminé la jaquette et Igor Juget l'authoring. C'était la dernière prestation de Bernard à la trompette avant que ses dents ne le trahissent. Cela ne l'empêche pas de composer, mais je crains que l'on n'entende plus jamais son timbre si particulier, tendre et lyrique, grave et mat, autrement que sur les enregistrements. Heureusement sa discographie est riche et éclectique. Mais rien n'est jamais joué.
Il travaille à rééditer son album solo, Mehr Licht !, agrémenté d'inédits de choix, mais le sens de l'organisation n'étant pas son fort cela risque encore de mettre quelque temps... En évoquant hier Don Cherry, je me suis souvenu que c'était son orchestre qu'avait élu Don à son arrivée à Paris. Il y avait Gato Barbieri au ténor, Jean-François Jenny-Clarke à la basse et Aldo Romano à la batterie. En d'autres termes, mon pote s'était fait chiper l'affaire. Cela ne les empêchât pas de jouer ensemble avec François Tusques, à deux trompettes comme Bernard le fit également avec Chet Baker. Certains disent même que Chet changea de phrasé après cet intermède qui dura quelques mois. Dans d'autres circonstances il fit aussi équipe avec Roger Guérin, Itaru Oki, Jacques Coursil, même si c'est plus facile de jouer avec un ténor, comme si l'on avait une boîte d'octave (rires) !
Bernard me livre un contrepet de son cru en guise de titre, et non pas...