Jean-Jacques Birgé

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mercredi 11 août 2010

Bagnolet, dernière station avant l'autoroute


Commandé lundi midi chez Etal'Pro, le tuyau lumineux est arrivé hier matin, juste à temps pour que je puisse l'essayer avant mon départ pour le sud. Passé l'effet diurne aux couleurs années 60, les douze mètres de trous de l'Isorel ont multiplié les leds jusqu'au fond du jardin comme l'avait imaginé Annie. Il a suffi d'ajouter la guirlande rouge qui longe le mur du fond et un puissant halogène de chantier sur le palmier et les bambous géants pour donner son air exotique à mon neuf cube.
À gauche, un clavier de pots de fleurs surplombe le bureau des invités où est installé mon vieux G5. J'ignore si Sonia et Elisabeth, qui tiendront compagnie à Scotch en notre absence, l'occuperont ou si elles préfèreront investir le studio dont on aperçoit à droite le fauteuil de massage. Nous y avons effectué quelques essais de volume sonore avec tambour et voix la semaine dernière ; en effet, rien ne passe. La lumière de la nuit n'est pas suffisante pour distinguer la porte et la table en marquèterie de ma tante Arlette, ni les centaines d'heures d'archives réfléchies par le grand miroir.
Dans l'après-midi j'ai croisé Anaïs à qui j'ai demandé si elle partait en vacances. Comme elle me répond qu'elle est revenue depuis un moment, je comprends soudain que nous sommes déjà presque à la mi-août. Je ne me suis aperçu de rien. Mais mon titre est trompeur. "C'est bien plus romantique !" Je rejoins Françoise à La Ciotat en TGV. Trois heures jusqu'à Marseille ne justifient pas que je prenne la route. En me mettant au vert, j'espère bien changer de sujet.

lundi 9 août 2010

Le soleil invariable


Annie n'a probablement pas l'habitude d'avoir des clients avec des goûts si colorés. Elle a repeint le mur du studio, toujours à l'ombre, comme si un rayon de soleil l'éclairait toute la journée. J'avais d'abord écrit que le mur était à l'est, mais c'était le contraire, il était comme moi depuis quelque temps, à l'ouest. La nuit, une guirlande lumineuse cachée sous le bandeau traverse les trous de l'Isorel orange posé par Caroline. Les petits miroirs réfléchissent et les baguettes en bambou rappellent ceux du jardin. Ce n'est pas du luxe, le mur était dépouillé par les intempéries, le toit de goudron noir protègera le auvent. Peindre le bac en orange ainsi que la tranche de la terrasse constituera un rappel agréable. Le plus surprenant est la continuité de couleurs avec le reste du rez-de-chaussée. Si l'on se place dos à la bibliothèque et que l'on effectue un panoramique depuis la cuisine jaune et orange en passant par les toilettes vert pomme jusqu'au fond du jardin, l'effet est saisissant. Il n'y a aucune rupture entre l'intérieur et l'extérieur, si ce n'est la porte vitrée et la chatière qui sert encore à Scotch malgré ses huit kilos et demi !

samedi 7 août 2010

Rosette a pris la clef des champs


C'était il y a moins d'un an à La Ciotat. Était inaugurée une sculpture à la mémoire des camarades des chantiers navals tombés pour la Résistance. Rosette et Jean-Claude, fidèles au poste, riaient tout de même avec nous de la cérémonie, nos shorts contrastant avec ses pompes, et du lourd monument qui ne risquerait pas de s'envoler. Rosette a toujours aimé rigoler. Pour la caractériser, j'emploierais les mots rigolade et résistance. Dans le film de sa fille Françoise, elle revendique d'avoir eu une bonne vie et d'avoir été beaucoup aimée. C'est vrai. Elle savait se battre, mais le cancer qui l'a emportée n'a pas traîné. Nous aurions dû comprendre les signes avant-coureurs, mais elle n'aimait pas se plaindre. On pensait Rosette invincible, mais la mort n'est pas une étrangère. On vit avec. Le seul ennemi est le renoncement des vivants, leur démission devant l'adversité. Rosette a su nous donner des leçons de vie, le goût du combat, de la légèreté et du plaisir partagé.

vendredi 6 août 2010

L'Arlésien


Pressurisé entre les payeurs indélicats, la disponibilité hypothétique du matériel pour terminer le chantier, mes maladresses à appréhender la console d'administration du futur drame.org et un moustique qui me pique à l'endroit tendre entre les doigts, je choisis de tirer le Joker. Peine perdue, pas moyen de me souvenir où j'ai rangé les jeux de notre enfance et Google, mauvaise pioche, me dirige presque exclusivement vers Jack Nicholson et Heath Ledger... Heureusement que Françoise m'a amoureusement fait jouer le rôle du Joker arlésien dans Thème Je ! Capture écran de la scène où Aldo tire le bonneteau et le tour est joué. Manière de vivre. On fait semblant pour ne pas dire qu'on est triste. Un autre tour. Un mauvais tour. Rosette s'éteint doucement. Quelle tristesse ! Bientôt on ne pensera qu'à son sourire. Mais là ça fait mal au ventre.

mercredi 4 août 2010

Un jour comme un autre


Encore une journée détournée de mes bonnes intentions ! Je me lève tôt en me promettant que je vais me reposer, m'allonger pour lire et farniente. J'ai travaillé jusqu'à 3 heures 30 du matin sur le nouveau site du Drame que Jacques concocte avant de partir pour la Corse.
Après la lecture rituelle des deux quotidiens qui tombent dans la boîte aux lettres aux alentours de 6h30, je fais quelques courses comme un jour férié après être passé voir ma tante Arlette Martin pour récupérer un exemplaire du livre qui lui est consacré et dont j'ai rédigé la préface. Ses initiales AM laissent imaginer qu'il s'agit aussi de celles de l'Artiste Muraliste.
Halte à Chinatown où je trouve toutes sortes de petites aubergines, certaines grosses comme des petits pois, d'autres blanches ou jaune canari. Même sans connaître les légumes extraordinaires exposés sur les rayons de Belleville on imagine très bien comment les cuire, haricots thaï, épinards bizarres ou le nerf de bœuf dont la tendresse n'apparaît qu'à la cuisson. Pour le crabe cru en saumure, gluant, c'est si bon à sucer.
Autour du métro, je suis surpris par la nouvelle faune qui a envahi les trottoirs cet été, ostentatoires femmes mûres bras ballants renvoyant un portrait terrible de la misère et de l'exploitation. La communauté chinoise est en train de se transformer, c'en est l'un des signes.
Emporté par mon élan, je commence à scanner les pochettes de la trentaine de mes disques dans une meilleure résolution qu'en 1997 lorsque Étienne Mineur chez Hyptique avaient réalisé la première version du site drame.org. Les 33 tours, trop grands, réclamant qu'on les photographie je m'énerve contre les erreurs de parallaxe quand FRA me demande de fabriquer de jolies boucles pour Carmen de Bizet, leur prochain DVD pour lequel Etienne Auger dessine l'interface. Évidemment c'est urgent, à faire toute affaire cessante !
Comme je suis un garçon raisonnable, je commence à faire des projets de vacance pour demain, mais Sonia m'apprend que Pierre Oscar a été obligé de reprendre complètement le Véronèse réalisé en mars et, catastrophe pour mon planning doigts de pieds en éventail, le nouveau film passe de 4'47 à 9'36. Cela signifie que je dois entièrement reprendre la partition sonore dont la scénarisation épouse avec minutie les mouvements de la caméra. Pour m'avancer sur le montage et le mixage, je ralentis le quatuor à cordes que j'avais composé en faisant passer la noire de 120 à 110 et en humanisant l'interprétation virtuelle par des artifices aléatoires ou contrôlés. Un peu des deux, comme sel et poivre, huile vinaigre, aigre-doux... La différence avec "dans le temps", c'est que j'arrive à faire tout en douceur. N'empêche ! C'est comment qu'on freine ?

Illustration de Massimo Mattioli extraite du livret du CD Qui vive ?

mardi 3 août 2010

Goutte de pluie attrapée au lasso


Bon moment, mauvais temps. À l'instant où j'appuie sur le bouton, Annie passe dans le champ. La tête en bas les pieds en l'air. Accroche-toi au pinceau, l'auvent lève l'échelle. Il était temps. L'averse arrose le jardin à grosses gouttes, tissée serrée, rideau. Derrière la fenêtre je regarde le nouveau mur jaune, le vert d'eau du bandeau, j'imagine la frise orange. La machine à laver s'est arrêtée. Annie profite de nos goûts colorés pour faire éclater la palette. La bille de verre du carillon retournée propulse la maison à des kilomètres vers le sud. Repeindre le mur du studio, c'est ravaler la façade, comme aller chez le coiffeur ou s'acheter un nouveau vêtement. Soudain je repeindrais bien tout, frénétiquement, des quatre faces de notre home jusqu'aux temples grecs qui ne connurent la couleur de la pierre qu'avec l'usure du temps. Dommage que je déteste tout ce qui salit, déjà que je ne suis pas fan du bricolage ! J'ai presque toujours laissé les filles choisir les couleurs vives qui m'inspireront. Cela a fini par déteindre sur moi. Je suis sorti du noir.

lundi 2 août 2010

Charnière


Le boulanger de la place du Vel d'Hiv est parti en vacances. Charlie, le boucher, n'avait plus assez de clients pour rester ouvert. Le quartier est comme sinistré. Il ne reste que l'épicier, Ismaël. Pour le reste il faut enfourcher sa bicyclette. La rue est calme. Françoise filme les Gay Games à Cologne. J'ai presque terminé mon travail. Une dernière réunion sur les tableaux me retient à Paris et je n'ai plus qu'un petit film à sonoriser pour 2025. Le reste pourra se faire à distance : un texte à écrire sur les croisements entre les cultures, les disciplines, les espaces, etc. que m'a demandé Catherine Peillon pour le futur DVD des 38èmes Rugissants, mon activité quotidienne dans cette colonne, préparer les prochaines migrations de lapins, mais surtout reconstruire ma force de travail en me la coulant douce.
À la rentrée, je devrai attaquer la composition de mon nouvel album dont je souhaite avoir enregistré les bases avant Noël pour me concentrer ensuite sur les solistes pris en charge par Radio France. L'autre grand projet est ma collaboration à une nouvelle et excitante aventure avec le scénographe Raymond Sarti qui s'étalera sur deux ans. Je crois que nous n'avons rien fait ensemble depuis Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco il y a huit ans. L'année se présente sous le signe du voyage, dans le temps, passé et futur, avec mon disque, et dans l'espace grâce au concours remporté par notre équipe, avec Saint-Nazaire comme port d'attache et l'océan en perspective, du moins virtuelle.