Jean-Jacques Birgé

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dimanche 31 octobre 2010

Portraits pour très


Des images et des sons. Bernard Vitet est venu écouter et regarder. Contrechamp à la pause. Je lui projète Thème Je que nos chansons accompagnent depuis que Françoise les a intégrées à son nouveau montage. Personne ne pose. Jeux de miroirs et loupe au goût de mon camarade qui en 1977 m'avait photocopié les gravures de son exemplaire du Livre des Inventions. Nous écoutons la maquette de mon nouvel album, du moins les premières ébauches. Bernard, présent à la trompette sur le troisième morceau, doit chanter sur le sixième, dès que j'en aurai écrit les paroles. Il n'avait pas vu non plus les films de Pierre Oscar Lévy de la collection Révélations sur lesquels j'ai placé quelques musiques composées ensemble. Je lui montre la richesse du nouveau site drame.org que j'espère mettre en ligne dès que Jacques aura terminé, soit, pour commencer, trente heures de musique inédites...


Françoise à la loupe elle aussi, sous mes Caramels. Avec, suspendu, le tableau qui fait fantasmer nos invités et délie les langues. Pas sans rapport avec Les miettes du purgatoire. Bernard n'est pas le dernier pour imaginer des histoires abracadabrantes. La chaudière est réparée, le feu frisote dans l'âtre, mais nous avons gardé nos manteaux...


Bien que je connaisse le film de Françoise, j'ai beaucoup ri et j'ai pleuré deux fois. En fait j'ai retenu mes larmes pour ne pas influer sur l'interprétation de Bernard qui évoque plusieurs fois Buñuel pendant la projection. Comme José Berzosa, lui aussi s'attend à ce que ce long-métrage choque une partie du public. Il craint que l'on reproche à Françoise de ne pas jouer. De ne pas jouer la comédie. Parce qu'elle joue beaucoup. Mais au jeu de la vérité. Jusqu'à s'en jouer, fictionnalisant les scènes, qu'elles soient impromptues ou sciemment composées. S'enjouant, sans joug, cent joues en feu, en joue, feu ! Je délire tandis que je l'entends tout en haut monter Gais Gay Games pour le Festival LGBT de Saint-Étienne. Elle me demande chaque fois de lui trouver ses titres. J'adore ça. Comment faire sans jouer avec les mots ?
Je titre "Portraits pour très", complétant dans ma tête "amis". Les cigarettes de Bernard m'ont collé la migraine. Il a même réussi à brûler mon nouveau fauteuil dans le studio. Je n'ai rien dit. Il est comme il a toujours été. Il dit que ce n'est pas le temps qui passe, mais nous qui passons. J'ai rigolé en pensant qu'il avait réussi à marquer son territoire...


En regardant cette photo, Bernard dit qu'il s'y reconnaît. C'est donc ainsi qu'il se voit. Cette fois ce sont les lunettes que j'ai trouvées sur eBay. Pas facile de trouver d'anciennes Matsuda à un prix décent. Je lui en ai aussi offert une paire pour le soleil. Il faut que je continue à surveiller si d'autres pointent leur nez sur le site d'enchères. C'est un des rares "endroits" où l'on peut dégoter l'introuvable. Bernard était plutôt en forme. J'ai donc extirpé mon appareil de son étui et j'ai mitraillé. Pour une fois que j'y pense !

samedi 30 octobre 2010

Projets de vacances


Ce ne sera pas la Birmanie dont les élections du 7 novembre risquent de provoquer des troubles incompatibles avec l'organisation d'un voyage plutôt roots. Je passe à Belleville acheter du nerf de bœuf, de la salade de pattes de poulet, des tripes laquées, du crabe cru et d'autres trucs bizarres pour me consoler. Sur le trottoir des Chinoises vendent des petits paquets de riz enrobés d'une feuille de bananier, tantôt sucrés, tantôt salés. C'est délicieux... Ce ne sera pas l'Australie dont le nord sera en pleine saison des pluies et le centre en pleine sécheresse. Et puis c'est loin et cher. Je fais inlassablement tourner le rhombe à deux tons, envoyé par Lark in the Morning, dont le son rappelle celui du didgeridoo. Il remplace celui que j'avais éclaté contre un mur pendant l'enregistrement d'Il ne fait jamais nuit de Zao Wou-Ki et que j'ai essayé de recoller ce matin malgré que l'arc soit toujours sous tension. C'est idiot, mais je suis un piètre bricoleur... Je cherche un coin reposant et dépaysant pour le mois de janvier. Après le Myanmar et l'Australie, je me suis renseigné sur le Costa Rica, mais j'ai l'impression que je m'y prends tard ; la période touristique correspondant aux vacances des Étatsuniens, tout est déjà complet et oblige à une organisation contraignante. Ses paysages naturels peuplés de bêtes sauvages me font pourtant rêver. L'idée est de partir en janvier dans un pays coupé de tout. Pas de téléphone. Arrêt du blog comme je l'avais fait il y a trois ans en partant avec Françoise au Laos. Ce n'est pas gagné. Le sud de la Thaïlande et le Cambodge nous plairait à tous les deux. On y mange bien, nous ne connaissons ni les plages thaïlandaises, ni Angkor et nous n'aurions pas besoin de tout planifier. En attendant je reviens à la réalité parisienne sans mer bleue, sans soleil, la chaudière est en panne et Françoise est revenue bredouille de la gare hier soir alors qu'elle aurait dû se réveiller ce matin à Luchon. La grève continue à la SNCF et l'information n'est pas relayée pour minimiser les mouvements de protestation.

samedi 16 octobre 2010

Une dent contre


C'est rageant, mais le criminel peut continuer à sévir tranquille. J'ai oublié son nom et il y a prescription car l'affaire remonte à une trentaine d'années. En plein mois d'août, je tombe sur un os en mâchant un steak dans un restaurant de la rue de l'Espérance. L'éclat pointu explose une de mes prémolaires supérieures. Mon dentiste étant évidemment en vacances je cherche un praticien dans l'annuaire qui ne soit pas trop loin de chez moi. Le dandy antipathique au possible qui m'opère me répare cela en deux coups de cuillère à pot, soit deux rendez-vous vite fait mal fait, puisque je me retrouverai quelque temps plus tard avec un sérieux abcès. Mon dentiste, dont le bronzage aura disparu entre temps, m'explique que son confrère a mal obstrué le canal et s'occupe donc de régler la crise de Panama. Les années passent en caries et implants sans lien avec le délit jusqu'à ce que Sonia me rapporte de chez le boulanger d'à côté un de ses moelleux palmiers dont il a le secret. Saperlipopette, m'écriai-je, un caillou sous mon palmier, la boulangère, elle exagère, "et cependant la boulangère tous les sept ans change de peau, tous les sept ans, elle exagère" (nouvelle citation extraite du drame surréaliste de Guillaume Apollinaire, Les mamelles de Tirésias, mis en musique par Francis Poulenc) ! Mais non, c'est une dent. Je mets du temps à comprendre. Et une des miennes, par dessus le marché ! Me revoilà parti chez le père Noël, mon dentiste depuis dix ans, pour reboucher le trou incommodant. Tandis que je suis allongé sur son fauteuil, il m'annonce un peu gêné qu'il ne faut pas que je m'affole puisque cela a tenu depuis si longtemps, mais un dentiste a laissé un outil dans ma mâchoire. Regardez, me dit-il, en me montrant la radio instantanée sur son écran d'ordinateur, on voit très bien la lime cassée. Encore heureux que les portiques anti-métaux ne sonnent pas aux frontières ! Rien à faire, qu'elle y reste ! Il faut maintenant construire un inlay sur les décombres. Qui des deux précédents chirurgiens n'a pas eu le courage de me raconter son geste maladroit ? Était-ce le boucher du mois d'août ou le fils du peintre qui avait obstrué le canal infecté ? On ne le saura jamais. Je fabrique tellement d'os, mes exostoses mandibulaires mériteraient à elles seules une thèse scientifique voire un stand forain, que j'ai intégré le métal à ma mâchoire de carnassier. Ce n'est pas pour rien que mon label s'appelle GRRR !

lundi 11 octobre 2010

Format raisin


Se promenant dans le jardin, Anny écarte les branches d'un pin très mal en point. Armé de sa tronçonneuse de la mort, Sun Sun m'avait aidé à couper celui d'à côté qui avait déjà rendu l'âme. Cette terre conviendrait mal aux conifères. Il a suffi à Anny de lever la tête pour découvrir de grosses grappes de raisin qui avaient échappé à ma perspicacité. J'étais persuadé que l'ombre des grands arbres avaient eu raison de mon raisin comme il avait ratiboisé les framboisiers. Mais les ceps ont grimpé vers le ciel pour que le soleil les fasse dorer avant qu'on les cueille. Se délecter de ses propres fruits est un plaisir sans mélange, surtout lorsque la scène se passe à Bagnolet, pour ne pas dire à Zanzibar, "autant que la Seine passe à Paris".

mercredi 6 octobre 2010

À vos souhaits


La pharmacienne m'aurait vendu le fond complet de sa boutique pour que je guérisse. Elle me posait plein de questions, affinait l'ordonnance, un médicament pouvant être miraculeusement associé à chacun de mes mots. Car de maux je n'en ai qu'un seul, mais très handicapant, la crève ! Voilà une semaine que j'éternue comme un beau diable, du genre qui jaillit de sa boîte sur un ressort, entre 150 et 200km/h expliquent les spécialistes. Ils disent aussi que les paupières se ferment alors automatiquement pour éviter que les yeux sortent de leurs orbites à cause de la pression. Comme j'ai le dos en marmelade, les muscles de ma cage thoracique semblent exploser sous la déflagration. J'ai l'impression que je vais finir chez l'équarrisseur. Le rhume s'accompagne d'un halo vasouillard qui m'empêche de travailler, tout au plus puis-je "bricoler". Le pire se produit quand tombe la nuit et que mes deux narines se bouchent m'empêchant de respirer. Je peste contre l'homéopathie qui cette fois ne tient pas ses promesses, mais Françoise me suggérant d'inhaler de la Balsofumine je peux me rendormir. Penché sur le récipient d'eau chaude, élégant modèle tchécoslovaque des années 50, j'ai du mal à me concentrer et j'en renverse régulièrement pour avoir voulu bouquiner en même temps. Si je n'arrive à stopper l'attaque suffisamment tôt, le mal de gorge se transforme en éternuements qui à son tour devient toux spasmodique et j'en prends pour trois semaines supplémentaires à m'arracher les côtes. Ne pas pouvoir respirer est un calvaire. La défenestration suicidaire de Gilles Deleuze m'est toujours apparue comme un dernier excès de vitesse (il l'adorait) avec l'espoir d'y attraper une bouffée d'air frais. J'espère que mon asthme ne reviendra jamais, du moins dans sa version critique, car j'aime l'air autant que les autres éléments.