Jean-Jacques Birgé

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lundi 12 décembre 2011

Tergiversation


Paris est un sujet inépuisable. Comme Olivier Koechlin avait réuni autour d'un mafé l'équipe des Soirées des Rencontres d'Arles de la Photographie, nous avons constaté que j'étais le seul à y être né. La centralisation attire toujours les jeunes qui rêvent d'un ailleurs, que ce soit au moment des études ou juste après lorsqu'il faut rentrer dans la vie active. Passage obligé pour tout ce qui touche aux arts, aux nouveaux médias et à toutes sortes de professions dont je n'ai pas idée. Je fanfaronne chaque fois en lançant que je suis né impasse des Martyrs, en fait cité Malesherbes dans le 9e, ma mère boulevard de Strasbourg, ma grand-mère rue du Faubourg Saint-Denis. Comme je ne connais pas Berlin, seul New York m'a semblé aussi attirante. Récemment j'ai imaginé déménager à Marseille, cosmopolite, animée, ensoleillée, avec les vagues qui me manquent ici malgré la vue sur la mer au fond du jardin ! Cela m'est venu cet été lorsque j'ai découvert qu'il y avait maintenant des magasins asiatiques en plus des arabes ou des kabyles ! Il y a encore tous les potes partis s'y installer, mais Françoise n'est pas trop tentée de retourner là où elle a passé ses dix-neuf premières années. J'hésite aussi pour la nature, je me verrais bien dans un coin plein de bestioles, oiseaux ou mammifères. En tout cas je dois prévoir une grande maison qui puisse attirer les copains. Pas question de s'isoler. Ni de bouger avant de savoir de quels subsides je vivrai à la retraite, insuffisante pour me reposer. Je suis probablement condamné à faire ce que j'aime jusqu'à la fin de mes jours. Sous quelle forme, je l'ignore. Musique, cinéma, littérature. Je bavarde en culpabilisant de n'avoir encore écrit un mot de mon nouveau roman. Tergiversation en attendant de trouver le rythme. Comment continuer à écrire ici quotidiennement et m'attaquer au grand "œuvre" ? Son sujet se prête à la diffusion en épisodes, mais le style ne peut s'imposer sans avoir commencé à en rédiger plusieurs. Cette fois j'ai rassemblé toutes les images, une par épisode, le témoignage de ma petite sœur puisque je pars d'une histoire vécue, et j'ai trouvé comment m'en échapper en jouant sur ce qui l'a précédée et ce qu'elle a généré. Peut-être devrais-je faire une pause d'un mois, comme lorsque nous partons en vacances dans un pays exotique ? Le blog, le roman, plus tous les textes théoriques, chansons, préfaces, articles que je rédige régulièrement dans le cadre de mon boulot, cela fait beaucoup en plus de la musique et de tout le reste de mes activités. Le temps de rêver est comme celui du sommeil, incompressible. Je flâne beaucoup dans mes moments de ce que j'appelle ironiquement loisirs et je dors peu. Lorsque je manque d'inspiration je regarde par la fenêtre, focalise un peu plus loin, une ouverture sur mon front comme une petite trappe d'où sort une loupe ou une longue vue. De temps à autre je photographie quelque chose qui pourrait générer un billet sur mon blog. Touriste dans ma ville, je reste toujours à l'affût d'une carte postale. Changer d'angle. Monter sur un tabouret. Se mettre à quatre pattes. Regarder derrière soi. Se projeter en avant. Tous les moyens sont bons pour trouver un passage secret vers demain.

Photo sans trucage !

mercredi 7 décembre 2011

État des lieux


La Médecine du Travail m'avait envoyé faire mon premier EPS (Examen Périodique de Santé) chez IPC, rue La Pérouse dans le seizième arrondissement. En sortant du métro Kléber je passe devant l'Hôtel Majesticmon père jouait les espions pendant la guerre. Le blockhaus du haut commandement militaire allemand s'élevait où Vinci, n°1 du BTP mondial, rénove l'immense bâtiment de 30 000 m² pour le compte de la société d'investissement publique Qatari Diar associée à HongKong and Shangaï Hotels, Ltd, soit la Chine et les Émirats réunis, annonçant le futur palace The Peninsula. Vendu par l'État français 460 millions d'euros, il se joindra aux Royal Monceau (Raffles), Shangri-La, Mandarin Oriental, des hôtels de très grand luxe qui donnent la mesure de la crise ! Sur l'une des affiches qui masquent les travaux un chasseur noir mime de héler un taxi, mais la casquette et son bras levé font maladroitement penser au salut nazi.

Quelques numéros plus loin, bien que vêtu d'un ensemble orange et violet pour tromper l'ennemi, je suis repéré par un type qui m'indique le second étage avant que j'ai le temps d'ouvrir la bouche. Je remplis un nouveau questionnaire. Prise de sang, urine, dentiste, tension artérielle, électrocardiogramme, mesures, souffle, etc. Les deux heures et demie consistent surtout en un temps d'attente mortel lorsque l'on a rendez-vous à jeun en début d'après-midi ! L'avantage de la démarche est la concentration de tous les examens et l'obtention immédiate de la plupart des résultats en fin de parcours. Bonne nouvelle pour un musicien, j'entends parfaitement. Encore plus agréable, mon cholestérol a baissé, ce qui est moral après les privations que je me suis infligées depuis trois ans. Mon cœur bat bien en rythme pour ma compagne et mes amis. Donc tout va bien, du moins à l'intérieur ! Pour fêter cela et comme je la saute depuis ce matin, je m'offrirai un Opéra chez Thomann et terminerai saucisson et fromage qui campaient dans le réfrigérateur depuis des semaines.

Contrastant avec en face, c'est gratuit pour tout le monde. Un acquis des luttes sociales. Les ors du quartier collent mal avec la simplicité des travailleurs. Édifices écrasants, fébrilité d'un examen de santé, désert.