Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 octobre 2018

Quand c’est cassé c’est cassé


Il ne reste plus qu'à recevoir la confirmation du notaire pour valider notre divorce. C'est mon deuxième. Je me suis chaque fois marié pour des raisons techniques et qui ne m'incombaient pas directement. L'amour n'a rien à y faire, même si j'étais follement amoureux des deux femmes en question. Le mariage n'est que l'assentiment de la société, administratif et dans le regard des autres, la famille, les amis, les collègues, cela dépend des milieux. Plus le mariage est simple, plus le divorce le sera. S'il a lieu, ce n'est heureusement pas obligatoire, qu'on me comprenne. J'envisage pourtant toujours la rupture au début de chaque association, qu'elle soit amoureuse ou professionnelle. Si cela craque, tout est réglé sans trop de chamailleries. Je crains que les jeunes gens qui dépensent des fortunes pour leur mariage n'aient pas fini de payer leur emprunt avant de se séparer ! Mes deux divorces se sont donc passés à l'amiable, formule simplifiée comme on l'appelle aujourd'hui, 960 euros le menu pour deux personnes, service compris. Ce n'est pas donné, mais ce n'est pas une catastrophe. Si c'en est une, ce n'est pas là qu'elle se situe. J'ai vécu treize ans avec la mère de ma fille, plus de quinze avec Françoise, longtemps parfois avec d'autres, avant et entre temps.
Après quelques semaines plutôt déstabilisantes, j'ai tranquillement accepté mon sort et envisagé une vie nouvelle. Pour me consoler, ma fille m'a dit que j'allais rajeunir et perdre quelques mauvaises habitudes. J'ai en effet changé de régime, perdu les six kilos qui me transformaient en homme enceint, marché tous les matins à jeun, je suis sorti autant que possible. J'ai d'abord regardé les filles comme un ivrogne qui suit des yeux la bouteille qui passe dans un restaurant. J'ai testé sans succès les sites de rencontres pendant un mois avant de m'en désinscrire, mais je pourrais écrire une thèse sur le sujet. J'y reviendrai ici certainement, cela en dit long sur l'évolution de la société.
Il vaut mieux retrouver son calme. Django et Oulala n'ont jamais été aussi câlins. Les amis sont adorables. C'est une question de rythme. Au jeu des chaises musicales chaque chose retrouve sa place. Le romantisme fleur bleue oblige à ne pas s'installer dans un confort célibataire que le conflit bienveillant du couple bouscule heureusement. Celles et ceux qui tiennent à nous émettent des critiques fondamentalement positives. Le collectif est tellement plus marrant que le solo, exercice bien pâlichon en regard des modes associatifs. On privilégiera la dialectique. Le fatalisme, n'empêchant nullement mes facultés de résistance et de révolte permanentes (qui n'ont rien à voir avec ma situation sentimentale à laquelle je ne fais aucune allusion pour une fois dans ce billet), m'a dicté une petite samba le jour où j'ai cassé un objet auquel je tenais. Il n'y a que dans les films de Cocteau que l'on peut remonter le temps...

Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé…

Y a pas moyen
D’rembobiner
Pour recoller
Les sentiments

Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé…

Y a plus qu'à vivre
Au jour le jour
Car c'est l’amour
Qui nous rend ivre

Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé
Quand c’est cassé c’est cassé…

Vous entendez les maracas ?

lundi 1 octobre 2018

On fait couler l'eau et il la boit


On connaît la blague de comment faire aboyer son chat. Pas de lait, non, c'est mauvais pour sa santé. On fait couler l'eau et il la boit. C'est la dernière coqueluche de mon manipulateur félin. Il ne veut plus boire qu'au robinet ou ailleurs pourvu qu'elle soit courante. Il ferme les yeux et me donne de grands coups de tête pour exprimer son contentement. L'autre lubie de Django est de ne plus traverser les chatières, mais de réclamer que je lui ouvre la porte, en entrée comme en sortie. Il miaule comme les habitants des immeubles qui dans le passé avaient l'habitude de crier "Cordon !" au concierge. Mais si c'est pour rapporter un pigeon attrapé au vol, le crucifier ou le décapiter sur la moquette blanche, alors là il le fait en douce et je n'ai plus qu'à ramasser les plumes qui ont volé partout. C'est gore ! Quant à Oulala, elle passe son temps à se plaindre sans que je sache pourquoi. Elle a beau articuler, je ne comprends pas de quoi il s'agit, à moins que ce soit simplement pour un petit massage, gratouillis autour des oreilles et tapes sur le derrière. Côté alimentation, ils sont passés aux croquettes sans céréales livrées à domicile par porteur spécial, Ultra Premium Direct ou Husse. Nous voilà débarrassés des transporteurs qui ne tiennent jamais leurs engagements. Je ne sais pas encore quelle marque ils préfèrent, alors j'alterne. En disposant à discrétion, ils dépassent les doses prescrites, mais ne grossissent pas, donc on continue. Probablement pour cause de retour du froid ou suite à mon statut récent de célibataire, ils sont nettement plus câlins et casaniers qu'avant les vacances. Alors que nous partageons le même habitat, les chats semblent vivre dans un autre espace-temps que le nôtre. Depuis cet univers parallèle ils ont astucieusement aménagé quelques couloirs avec le nôtre. J'imagine que c'est ce changement d'angle qui m'attire dans cette promiscuité consentie.