Jean-Jacques Birgé

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vendredi 19 octobre 2018

La galère des Points Relais


D'habitude je peste contre les transporteurs qui ne livrent jamais comme ils s'y sont engagés. Cette fois j'avais 5 colis de 17 kilos à envoyer en Alsace par Mondial Relay, or la plupart des commerçants qui assurent ce service refusent de prendre des colis de plus de 10 kilos. J'en appelle 13 avant d'en trouver un qui accepte que je dépose mes 87 kilos le lendemain. Je n'avais pas choisi ce mode de livraison, mais l'acheteur de la collection de livres de science-fiction du Club du Livre d'Anticipation qui appartenait à mon père.
Il me reste encore à vendre les revues Fiction Magazine (1953-1987), Satellite (complète 1958-1963), Galaxie (1964-1977), Hitchcock Magazine, Mystère Magazine, des recueils chez Casterman, d'autres bouquins de science-fiction chez Gallimard, de la collection rouge chez Hachette, etc., sans compter les 47 volumes reliés géants du Génie Civil (1915-1937) qui appartenaient à mon grand-père, les 12 volumes reliés du Théâtre de Pierre Corneille (1827), les 8 volumes reliés de Courteline (1930), quantité d'Avant-Scène Théâtre, des livres de son Enfer, un Vian illustré par Boullet, un Valentine Penrose préfacé par Paul Éluard, je n'en finirai jamais ! D'autant que de mon côté je cendrais bien ma collection des Cahiers du Cinéma depuis 1974 (600 numéros) et les 46 premiers magazines de photos Zoom (1971-1977). J'en ai mis une partie sur LeBonCoin, mais n'hésitez pas à me contacter...

vendredi 5 octobre 2018

Le baromètre Ikéa


Le baromètre Ikéa ou la sérendipité appliquée aux objets marchands.
Je ne sais plus quelle mouche m'avait piqué d'acheter cette petite table de nuit chez Ikéa, une planche ronde fixée à un mât vissé sur un pied en métal. Peut-être avais-je trouvé la chose légère, voire pratique en appoint à l'happy hour. J'ai fini par la vernir de la couleur du sauna en cèdre rouge et je l'ai placée à côté de la porte pour y déposer ce que j'avais oublié de laisser à la maison, par exemple mes lunettes. Je me suis aperçu que ce n'était certainement pas du bois lorsqu'il plut beaucoup et que la planche piqua du nez. À la saison sèche elle est remontée jusqu'à viser les étoiles. Voilà, je pensais avoir acquis une petite table et j'ai un baromètre très original façon bois imitation cèdre rouge ! D'un autre côté, on peut se demander si le reste du mobilier Ikéa n'est pas aussi de la camelote... Pas la peine de vous moquer, tout le monde connaît la réponse.

lundi 2 juillet 2018

Les doigts chauves


Lorsque mon cactus a basculé j'ai eu l'idée saugrenue de le rattraper au vol. Il m'a fallu retirer les épines une à une avec une pince à épiler. Comme pour des orties, j'ai fini de retirer les glochides avec du ruban adhésif, puis je me suis bien lavé les mains que j'ai badigeonnées de calendula. Je ne sais pas si cela picote ou cela grattote, mais j'ai toujours trouvé que la coiffure en brosse ne m'allait pas du tout, même sur les doigts. Quand j'étais tout petit, ma mère m'avait passé sur les cheveux un cosmétique pour les redresser et cela faisait affreusement mal pendant qu'elle frictionnait mon crâne. En plus, cela ne marchait pas du tout. Je suis donc plutôt rassuré d'avoir de nouveau les doigts chauves.

lundi 4 juin 2018

Sans chaînes...


Sur FaceBook, Tiger Hubert Gong m'envoie très gentiment ce message : "I've been nominated to do this by Laurent Perrier - Day 6 of 10 days. 10 all time favourite albums. What really made an impact and is still on your rotation list, even if only now and then. Post the cover, no need to explain, and nominate a person each day to do the same. I nominate Jean-Jacques Birgé". Je suis embarrassé, car je ne cède jamais à la pression des chaînes alors que le jeu est plutôt sympathique et que j'aurais très bien pu faire la liste des 10 disques qui m'ont marqué et que je continue à écouter, mais dans d'autres circonstances.
D'abord, passant déjà trois heures par jour à rédiger mes articles de blog, toute sollicitation supplémentaire empiète douloureusement sur mon travail. Or je dois répondre ces jours-ci à un appel d'offre pour une exposition passionnante, et ce en tant que concepteur et compositeur. Il y a aussi les finitions graphiques de mon prochain album et quelques autres broutilles chronophages.
Ensuite, si je me forçais à répondre, je ne me vois pas du tout solliciter à mon tour mes camarades qui ont souvent d'autres chats à fouetter que participer à ces jeux obsessionnels. D'autre part, ces chaînes encombrent le Net et finissent par me taper sur le système. Enfin et surtout je ne tiens pas à surcharger mon mur qui affiche déjà mes articles quotidiens auxquels je souhaite accorder le plus de lumière.
Ne m'en veux donc pas, cher Tiger Hubert Gong, de décliner ton offre, qui par ailleurs me touche puisque tu es le premier à avoir pensé à moi pour répondre à cette gymnastique intellectuelle et émotionnelle.

vendredi 1 juin 2018

J'ai tué un tigre


Bagnolet, 1er juin. Depuis qu'on en entend parler, je l'ai tout de suite reconnu. Aedes Albopictus est plus petit qu’une pièce d‘un centime, il a un vol assez lent et il est facile à écraser en vol. Il ne faisait aucun bruit. Pas un rugissement. Pas eu le temps non plus de piquer, du moins pas moi qui suis de la chair à moustique premier choix. J'ai déployé l'échelle au-dessus de l'évier, attrapé le torchon et sans même prononcer un mot d'allemand j'ai frappé. Dans tous les pays du monde les tigres se dressent en langue allemande, vous ne saviez pas ? C'est pour cela que Schnuckenack et Manon qu'Anna vient chercher de Cologne n'ont plus qu'à bien se tenir. Ruhe, Tiger! Comme je n'en croyais tout de même pas mes yeux, je l'ai photographié. Il bougeait encore, mais je ne voulais pas l'écraser. Les moustiques sont les seules bestioles que je peux occire sans hésiter, mais je ne suis pas encore certain de n'avoir aucun remords. Ensuite quitte à vider les soucoupes dans le jardin, je les ai supprimées. Quel besoin d'entretenir des eaux stagnantes pour dorloter ces monstres sanguinaires ? Enfin, je l'ai déclaré sur le site Vigilance-moustiques. Non, le chikungunya ne passera pas par moi... En tout cas pas cette fois !

mercredi 30 mai 2018

Fichés par FaceBook, Google et ...


J'ai commencé par FaceBook en allant dans mes Paramètres. La ligne du dessus indique clairement : "Pour télécharger vos informations, accédez à Vos informations Facebook." Cinq options sont proposées : Affichez vos informations par catégorie / Téléchargez une copie de vos informations à des fins de sauvegarde ou de transfert vers un autre service / Historique personnel (Consultez et gérez vos informations et certains paramètres) / Découvrez comment gérer vos informations / Supprimez définitivement votre compte Facebook et vos informations. En choisissant la deuxième option, "vous pouvez télécharger toutes les informations d’un coup, ou bien vous pouvez sélectionner uniquement les types d’informations et les plages de dates que vous voulez. Vous pouvez choisir de les recevoir dans un format HTML facile à visualiser, ou dans un format JSON, qui pourrait autoriser un autre service pour une importation plus simple." Vous êtes ensuite averti par mail lorsque le fichier rassemblant tout ce que vous avez fait sur FaceBook est compilé pour que vous puissiez le télécharger. Il a fallu 210 Mo pour retrouver tous les commentaires que j'ai laissés ici et là, mes conversations dont certaines fort désagréables, les messages de Messenger, les photos, les films, les évènements créés ou suivis, la liste des suiveurs, les amis, les groupes, les likes et autres réactions, mon profil, mes recherches, les horaires et les lieux de connexion, etc. Et si je peux les récupérer FaceBook les a et peut évidemment s'en servir un de ces jours, par exemple de mèche avec le gouvernement qui sourit à Mark Zuckerberg, son fondateur qui a aujourd'hui 34 ans.

Je n'étais pourtant pas au bout de mes surprises. J'ai ensuite tapé takeout.google.com et ce fut au tour de Google de me suggérer de m'armer de patience pendant que leur robot préparait le fichier que je pourrai télécharger. Sauf que cette fois, sa taille était de 47,25 Go ! J'ai la petite liste de ce qui est sauvegardé dans la base de données de Google : "Service de configuration de l'appareil Android, Blogger, Favoris, Agenda, Google Chrome, Classroom, Cloud Print, Contacts, Drive, Fit, G Suite Marketplace, Communautés d'aide Google, Google My Business, Google Pay, Google Photos, Google Play Livres, Console Google Play, Services Google Play Jeux, Google Play Films et séries, Google Play Musique, Google Play Store, Cercles Google+, Google+ Communautés, Flux Google+, Groupes, Mains libres, Hangouts, Hangouts en direct, Application Google Home, Outils de saisie, Google Keep, Historique des positions, Messagerie, Cartes Signature de l’Éditeur ou d’un représentant de l’Éditeur dûment autorisé, Maps (vos adresses), Mon activité, My Maps, Google Actualités, Posts sur Google, Profil, Enregistré, Contributions à la recherche, Street View, Liste de tâches Google et YouTube." Etc.


Vous commencez à comprendre le fichage en ligne. Pas besoin d'être pucé comme dans les romans d'anticipation ou les pronostics d'avenir proche ! Il ne manque que la webcam enregistrant tout ce qui passe à sa portée. C'est pourtant parfaitement faisable. Cela explique l'inquiétude de la CNIL et l'afflux spameur relatant le RGPD (Réglement Génral de Protection des Données), bien que cela ne change pas grand chose dans les faits. Il y a peu, avec Sonia, Sophie et Mika, nous avons réalisé pour Daesign et DPMS, un groupe de formation, des vidéos à l'esprit décalé permettant de former les intéressés au sujet dans les entreprises. Le plus dingue, c'est que je n'arrive pas à télécharger mes données, cela plante régulièrement, et donc Google est le seul à tout savoir de mes activités à la minute près ! Alors lorsqu'on lit le petit article de Frédéric Lordon sur la main de la Zad, les fourgons d'Arago et l'arc d'extrême-droite vers lequel notre gouvernement nous entraîne, on comprend que le danger est au pas de votre porte...

vendredi 25 mai 2018

Un métier de bras cassés


Il semble impossible de faire confiance au moindre transporteur. Du temps des tournées mondiales de notre opéra Nabaz'mob, nous avions plusieurs fois eu des sueurs froides avec UPS, TNT et Fedex. Un chauffeur qui ramenait nos lapins de Bucarest était passé par Amsterdam. Les coffee-shops avaient probablement ralenti la livraison ! La Poste au moins s'excuse chaque fois qu'un remplaçant se trompe de boîte ou prétend abusivement être passé. Cette fois, et ce n'est hélas pas la première, c'est au tour de GLS de raconter des chars. Le colis de nourriture pour les minous, parti de chez Zooplus le 15, est annoncé en livraison le 19, mais nous attendons en vain. Il faut patienter jusqu'au 23 pour que le transporteur nous fasse le même coup, mais il a le toupet de prétendre que nous n'étions pas là. Et le lendemain, rebelote avec l'annonce de 14h42 : "pas livré car pas présenté". Les journées sont courtes chez GLS ! Douze jours après la commande, le colis n'est toujours pas là alors que le site marchand assure un maximum de 4 jours. Notre énervement tient aussi aux réponses cavalières de l'expéditeur qui ne met jamais en doute les allégations du transporteur, on a vraiment l'impression que GLS appartient au même propriétaire que Zooplus. Quand on sait que le service de réclamation de GLS fait payer aux destinataires 0,80€ la minute d'attente interminable, on comprend l'arnaque (pour l'expéditeur ce coût est réduit à 0,18€, toujours en plus du prix de l'appel). Comme n'importe qui, après quelques minutes à ce tarif honteux et dissuasif, j'ai fini par raccrocher et j'ai tenté les mails, mais là vous vous retrouvez à la case départ. En dédommagement, Zooplus nous offre une réduction de 5% sur la prochaine commande. Cela nous fait une belle jambe et à nos chatons un beau poil ! Ce genre de mésaventure inonde probablement le courrier des lecteurs des magazines de protection des consommateurs. Mais cela ne sert pas à grand chose. Notre expérience montre qu'il n'y a pas un transporteur pour racheter l'autre. Façon de parler, car j'ignore la gymnastique financière de ces multinationales. En reprenant l'historique de nos livraisons, Chronopost est tout de même un peu plus fiable. Nous n'avons pas eu de mésaventure avec eux comme les deux fois où GLS avait balancé le colis de 15 kilos par dessus le mur du jardin, sans sonner, un jour de grosse pluie... Enfin, si les chauffeurs travaillent si mal, il est logique de s'interroger sur les conditions de travail qui leur sont imposées...

P.S.: Anne-Gaëlle me conseille d'acheter leurs croquettes dorénavant sur Zoomalia, un peu plus cher, mais moins énervant côté livraison.
Et Stéphane suggère les croquettes suédoises Husse, "de très bonne qualité (supérieure à bien des marques «véto») à tarifs très abordables. Et les livreurs sont des licenciés locaux, charmants qui plus est". Je pense que je vais essayer les croquettes suédoises la prochaine fois !

mercredi 31 janvier 2018

Des légumes, des légumes !


Depuis que nous avons adhéré à l'AMAP de notre quartier nous mangeons de fait beaucoup plus de légumes. Le petit panier à 12€ que nous allons chercher chaque lundi soir nous suffit pour la semaine. À soixante kilomètres de Paris le maraîcher cultive juste un hectare et demi, ce qui limite ses possibilités actuelles d'approvisionnement à trente parts de récolte (avec les demi-parts cela correspond à quarante inscrits), mais il se débrouille pour varier les livraisons même pendant les mois d'hiver. Lors de petites réunions j'ai appris quantité de choses sur son métier, l'organisation de sa vie quotidienne, les espèces anciennes qu'il privilégie aux légumes hybrides F1. C'est la même chose avec l'éleveur vosgien qui nous livre le bœuf et le veau, pratiquant la biodynamie. Tout d'un coup le rapport à la nourriture devient concret. Jusqu'ici cela se cantonnait à du commerce, sauf lorsque nous allions à la campagne. Les familles sensibilisées à ces circuits courts où sont privilégiées les fermes de proximité dans une logique d'agriculture durable sont hélas essentiellement issues de milieux plus ou moins aisés, comme les clients du marché. La plupart des habitants continuent de faire leurs courses dans les hypermarchés qui sont souvent plus chers avec des produits de moins bonne qualité.
Nous avons également adhéré à la distribution des œufs, du pain (La Conquête du Pain de Montreuil, mais je vais aussi à La Gambette à Pain dans le XXe), de l'huile d'olive (qui vient de Grèce), d'un peu de laiterie et nous prenons une volaille par mois. En dehors des magasins bio qui se multiplient aux alentours, nous n'achetons plus que des produits ménagers en moyenne surface, et régulièrement je vais à Belleville pour tous les produits asiatiques dont je ne pourrais me passer, car ma cuisine est fondamentalement transcontinentale ! Nous allons aussi chez Ismaël, l'adorable épicier kabyle, centre névralgique du quartier. Le dernier "petit" panier contenait 800g de pommes de terre, 600g de carottes, 400g d'oignons, 200g d'échalote, 2 poireaux, 300g de mesclun (chou chinois, pourpier, mâche), 400g de radis vert, 500g de blettes, du persil, un peu de fenouil et de radis rouges. Le maraîcher ne pouvant produire plus que ce que son terrain lui permet, les nouveaux adhérents doivent attendre des désistements ou de nouvelles AMAP doivent se créer. Ce soir-là Françoise participait à la distribution !

jeudi 23 novembre 2017

Spécialité Piments


À part quelques herbes rares et fameuses, Christine vend des piments à l'extérieur du Marché Central de Royan, œuvre architecturale des années 50 classée monument historique. Sur sa terre, à Saujon, elle en fait pousser venus des quatre coins du monde, mais j'ai oublié comment reconnaître leurs origines. Elle me prépare donc avec soin un assortiment des plus forts, les petits, dont je vérifierai les unités Scoville à l'usage. Il y en a de violets, rouges, oranges, jaunes, verts, un vrai feu d'artifice qui explose en bouche ! Les plus gros sont moins puissants, mais plus parfumés. Totalement accro au piment, j'en possède une trentaine de variétés différentes, frais ou séchés, en sauce ou en pâte. Lorsqu'on n'est pas habitué on peut penser que cela gâche les saveurs alors que le piment est un renforçateur de goût comme le sel par exemple. D'autres suggèrent que c'est un truc de défoncé !
À midi Magnolia nous fait goûter la succulente confiture de piments qu'a cuisinée sa maman laotienne. C'est à peu près la même recette que mon chutney de tomates vertes à quelques détails près. Elle broie les piments après les avoir fait sécher. Je suis très tenté par l'aventure tellement c'est bon ! On trouve plusieurs recettes sur le Net dont je m'inspirerai...

mardi 21 novembre 2017

Bifurcation

...
Tout avait bien commencé. Peut-être que Françoise avait trop mangé d'huîtres la veille et l'avant-veille, peut-être était-elle un peu fatiguée ou momentanément déshydratée, mais j'ai eu une sacrée frousse lorsqu'elle est tombée dans les pommes. Nous avions prévu de passer la journée sur l'île d'Oléron en commençant par un succulent déjeuner au restaurant De l'île aux papilles. Sauf qu'à peine avait-elle bu quelques gorgées de son thé rooibus et goûté l'amuse-gueule à la purée de potimarron et crème de châtaigne, sa tête partit en arrière à s'en briser le cou. Me levant précipitamment pour la redresser je vois ses yeux ouverts comme des soucoupes, fixes, aveugles à mes gestes et sa tête qui bascule à nouveau. Frayeur de ma vie, j'ai pensé un instant qu'elle était morte. Fulgurance du monde qui bascule. J'avais beau tapoter ses joues, l'appeler, ces quinze secondes de cauchemar me hanteront. Passé le sang froid dont j'ai toujours fait preuve dans pareille circonstance, l'émotion s'inscrit profondément et resurgit plus tard, intacte. Heureusement une infirmière qui déjeunait à la table à côté fait s'allonger Françoise les pieds en l'air dans un coin du restaurant pour qu'elle retrouve ses esprits, sa pâleur soudaine se dissipant. La gentille serveuse a déjà appelé les pompiers qui arrivent à trois, font les examens d'usage et téléphonent à leur tour au médecin qui, sans la voir et par mesure de précaution, décide d'envoyer ma chère et tendre au Centre Hospitalier de Rochefort. Les jeunes pompiers me suggèrent de prendre mon temps, de finir le déjeuner que je n'ai pas commencé, car il y a beaucoup d'attente aux urgences, en réalité tellement plus qu'ils ne le supposent. Pour tenter de me détendre je décide de me concentrer sur ma commande. Je m'enfile donc avec un brin de culpabilité et d'égoïsme des noix de Saint-Jacques, purée de panais, jus de viande, chips d’ail, suivies d'encornets, crème de chou-fleur, chou romanesco, chorizo, et je m'achève ou me reprends avec des pommes rôties, caramel gingembre, chantilly vanille, noix. C'est la phase la plus sympathique de l'aventure. De son côté, Françoise n'a vécu qu'une courte absence, une grande fatigue avant de se sentir mal puis de se réveiller étonnée. La suite est moins marrante, car elle révèle l'état désastreux dans lequel la course au profit a mis les hôpitaux...

...
À première vue il s'agit d'un malaise vagal qui n'est pas grave et pour lequel la médecine ne peut pas grand chose. Il y a foule ce dimanche en début d'après-midi aux urgences et les effectifs réduits obligent chacun à attendre des heures entre chaque opération. L'électrocardiogramme comme le reste des analyses ne révèle aucun dysfonctionnement. C'est probablement une déshydratation, mais on ne lui donne pas à boire et elle n'a rien mangé depuis la veille ! Je marche de long en large sur le parking plutôt que moisir à l'entrée à partager l'angoisse des familles dans l'expectative. Lorsque je convainc l'accueil de me laisser tenir compagnie à Françoise je reste debout dans le couloir ou une fesse sur son brancard. J'entends plâtre, suture, embolie, scanner... Trois heures plus tard, le médecin apparaît pour valider sa sortie, mais il décide qu'une prise de sang est plus prudente. Ajoutez deux heures avant qu'on lui fasse cette saignée qui l'affaiblit un peu plus alors qu'elle n'a rien mangé depuis la veille. On lui annonce que les résultats n'arriveront que dans deux nouvelles heures, sauf que le changement d'équipe de 19h remplace les préposés par d'autres qui ne sont pas encore au courant. Les informations suivent, mais selon de tels protocoles que le stress des patients n'est pas pris en compte, si ce n'est par les infirmières, épuisées par leurs conditions de travail. À 22h Françoise décide de s'en aller lorsqu'elle apprend que le nouveau médecin est parti en mission à l'extérieur sans avoir laissé de consignes. Une infirmière a la gentillesse de décrypter les résultats d'analyse tout à fait normaux et nous voilà enfin sur la route pour rejoindre Royan où nous arrivons avant minuit. Dans cette histoire le dévouement des infirmières, gentilles, drôles, prévenantes, fut exemplaire. Les médecins, probablement débordés, ne véhiculaient pas cette humanité. Lorsque nous interrogeons le personnel, elles nous expliquent qu'elles sont en sous-effectif, que leurs journées font douze heures, que les ressources d'accueil sont saturées, quantité de lits ayant été fermés, entendre qu'ils existent matériellement, mais qu'ils sont déclarés inexistants pour raison économique ! Dans les couloirs le brancardier slalome avec les lits à roulettes et les fauteuils roulants. On attend sans savoir ce qu'on attend. L'addition de la pénurie de personnel avec les lourdeurs administratives accouchent d'une situation surréaliste. Imaginez que les analyses sanguines sont envoyées par courrier au médecin traitant, la bureaucratie hospitalière ignorant Internet ! Huit heures aux urgences nous ont montré le délabrement du service public orchestré par le ministère de tutelle. Nous n'avions d'autre solution que d'en rire, les infirmières partageant avec humour et dévotion notre colère fondamentalement politique.

P.S.: un autre article paru en septembre 2013

mercredi 15 novembre 2017

Choucroute chinoise


Comme je voulais faire le ménage dans le réfrigérateur avant de descendre vers le sud, j'ai cherché à composer un plat pour le déjeuner avec ce qui me tombait sous la main et qu'en plus ce soit bon. J'ai commencé par faire bouillir des vermicelles de haricot mungo auxquels j'ai ajouté un reste de choucroute non assaisonnée, plus des champignons à l'huile, des carottes vinaigrées, quelques gousses d'ail et des navets japonais confits émincés. J'ai coupé en dés la fin du rôti de porc et grillé au four les poivrons de l'AMAP afin de les éplucher facilement. J'ai réchauffé le tout au micro-ondes et pour lier cette petite mixture, j'ai mélangé du vinaigre de riz, un bouillon shirodashi au konbu et une sauce de pâte de soja pimentée. Je me suis régalé, mais j'ai oublié de faire la photo. C'était joli, avec les carottes, l'orange vif et le vert des poivrons, les navets jaune moutarde. Alors j'ai pris la bouteille de sauce pimentée dont je me sers tout le temps ces jours-ci devant le carrelage de la cuisine, c'est la Soybean Paste Dipping Sauce de Healthy Boy Brand qu'on peut trouver à Belleville...

vendredi 22 septembre 2017

Quasi quasiment


En cuisine la sérenpidité naît souvent en accommodant les restes. C'est toujours lorsque nous sommes seuls que je fais mes expériences culinaires, alors que je propose plutôt des recettes éprouvées aux amis qui viennent dîner. Cette fois je cherchais une manière de cuire un quasi de veau, une viande sublime élevée dans les Vosges en biodynamie par Loïc Villemin. Après avoir fait dorer les tranches saupoudrées de cacao j'ai terminé la cuisson dans une cocotte avec un bouillon de soja au kombu, thym sauvage et piment Bhut Jolokia. Françoise retenue à l'INA par la nouvelle masterisation de Mix-Up n'a pu partager mon déjeuner que j'accompagnai de galettes de courgettes au curry. Elle insiste régulièrement pour que j'exécute ces improvisations pour nos convives, ce à quoi je me plie à l'imprévu, mais reste sage aux dates programmées. Cela explique pourquoi je préfère monter en scène sans partition, non sans préparation. L'improvisation me transforme en funambule, perdant et retrouvant sans cesse l'équilibre pour ne pas tomber du fil. Le terme somnambule aurait pu aussi bien convenir tant l'inspiration est d'ordre et désordre poétiques, les épices et les rimes procédant de la même énigme...

jeudi 21 septembre 2017

Bas les pattes !


Les amoureux des chats me comprendront. D'autres me trouvent excessivement inquiet lorsqu'une de nos petites bêtes ne rentre pas de la nuit, jusqu'à penser que nous sommes obnubilés comme de vieux gâteux. L'accident d'Ulysse nous a passablement traumatisés. Certains amis empêchent leur chat de sortir la nuit, mais qu'est-ce qu'une vie de chat sans balades nocturnes ? Même lorsqu'il était à la campagne, Bernard cloîtrait totalement les siens de peur qu'il leur arrive quoi que ce soit. Nous avons changé de vétérinaire parce que l'ancien nous taxait de laxisme inconscient alors que la nouvelle nous sourit en disant que c'est juste un vrai chat. C'est tout de même idiot d'entretenir une litière lorsqu'on a un jardin, et ceux des voisins !
À l'approche d'Oulala et de ses deux petits, Django gronda bizarrement le matin précédent. Il a filé par le toit du garage, et quand il est rentré le soir il boitait. J'ai bien vu qu'il tenait sa patte avant droite en l'air, mais il ne s'est pas laissé approcher, disparaissant pendant deux jours. Il a fini par revenir, mais le coude avait encore enflé. Coup de griffe ou morsure d'un loubard du quartier, Django était bon pour la piqûre et les antibios. Il a heureusement repris ses gros câlins. Dès que les médicaments ont commencé à résorber l'abcès, il a demandé à sortir. Nous avons résisté un temps, et puis nous lui avons ouvert pour qu'il aille faire ses besoins, et là Françoise s'est fait blouser. Elle surveillait qu'il ne grimpe pas aux arbustes, mais Django est passé derrière elle en sautant en amont, preuve qu'il ne va pas si mal. On peut voir cette crapule sur le toit du garage. Le tout est qu'il vienne matin et soir prendre ses médocs.
Coline puis Anne-Laure et Olivier sont venus voir les chatons qui les suivront d'ici six semaines dans leurs appartements avec terrasse. Les petits mangent de tout, sont propres et font valser la chatière pour aller gambader. Leur mère n'arrête pas de les gronder parce qu'ils n'obéissent pas à la patte et à l'œil. Elle joue avec eux, leur apprend à se battre, va les chercher lorsqu'ils se cachent dans le tas de bois. Django accepte cette promiscuité à l'heure des repas. Tête contre tête, les quatre bestioles dévorent croquettes, pâtées, poisson, etc.
Ils font tous leurs griffes sur le tronc en ficelle et s'amusent comme des fous avec le tunnel en lin, deux accessoires géniaux que j'ai commandés sur le site Internet qui nous livre les kilos de nourriture mensuelle. Quant à la litière, provisoire le temps que les chatons s'habituent au jardin, nous avons définitivement opté pour celle au silice, biodégradable et compostable, qui ne se change qu'une fois par mois, ne pue pas et ne colle pas aux pattes.

vendredi 8 septembre 2017

Emplettes


Les passages à Paris de mon compère Sacha Gattino sont toujours une partie de plaisir et ce à plus d'un titre. Mon camarade est venu cette fois enregistrer en studio certaines musiques destinées à l'exposition sur les effets spéciaux au cinéma qui débutera le 15 octobre 2017 à la Cité des Sciences et de l'Industrie. À enchaîner les thèmes façon Game of Thrones, nous avions fini par avoir les yeux comme des soucoupes et les oreilles comme des choux-fleurs. Avec Sacha les pauses sont souvent gastronomiques, brioche de chez Pralus, glaces libanaises, déjeuner aux Pâtes Vivantes puisque yam'Tcha était fermé, mais les haltes furent également magasinières. J'achetai donc un épluche-légumes, un peleur de patates et une spatule chez Mora, deux magnifiques chemises chez Coton Doux et Sacha finit ses courses à La Quincaillerie et aux Thés de Chine boulevard Saint-Germain. Aucune de ses stations n'était préméditée. Il suffit d'emprunter telle rue pour que nous soyons happés par telle enseigne. Nous avons été sages, évitant sur notre trajet l'épicier Izraël, le magasin d'instruments de musiques anciens, Berthillon et quantité de petites échoppes dont l'un ou l'autre connaît le secret. En rentrant et les jours suivants, nous avions fabriqué les ailes d'un dragon, joué avec un mégaphone emprunté à Nicolas Chedmail et tiré le rideau. Il me restait, entre autres, à peaufiner un piano rag pour l'attraction Méliès et des musiques de cirque tandis que Sacha soignait la charte sonore des effets génériques et plongeait dans la science-fiction. Pour être prêts à temps, nous accumulons du matériau, un peu comme un Lego qu'il nous suffira d'adapter dès que nous recevrons les dispositifs interactifs. Via Yassine Slami, qui en est le concepteur, nous avons demandé aux développeurs des différentes attractions d'externaliser les sons pour que nous puissions les remplacer ou les régler jusqu'au dernier instant.

mardi 18 juillet 2017

AddictGear, une arnaque parmi tant d'autres sur le Net


Les arnaqueurs n'ont pas attendu Internet pour agir. J'ai raconté ici celle dont j'avais été victime lorsque j'avais 25 ans. De même que les techniques des faux-monnayeurs évoluent avec les nouvelles technologies, l'imagination des malfrats est sans limites. Nous recevons probablement plus de tentatives d'escroquerie par mail que de courriers qui nous sont réellement adressés. Sur les milliards de spams envoyés chaque jour, le nombre des gogos qui se font avoir au fishing reste élevé, à commencer par les personnes âgées. Sur le Net l'arnaque la plus classique est de ne jamais recevoir l'objet commandé. Certains sites marchands vous garantissent le remboursement, de même Paypal si vous ne vous y prenez pas trop tard. Il arrive aussi que l'achat soit simplement volé par un postier indélicat sur le trajet vers chez vous. Il est donc prudent de se renseigner sur le vendeur lorsqu'on lui achète quelque chose pour la première fois. Un magasin qui a pignon sur rue est susceptible de recevoir votre visite courroucée, mais comment faire le siège d'une boutique virtuelle ? Il y a pourtant des signes qui devraient nous mettre la puce à l'oreille...
Il y a trois mois j'ai donc acheté deux paires de chaussures sur le site AddictGear que je n'ai jamais reçues et le site ne répond à aucun des mails que je lui ai envoyés. Leur téléphone est évidemment saturé et leur adresse en Oklahoma équivaut à un gag lynchien. Si j'avais vérifié leur page FaceBook j'aurais été averti par d'autres victimes, même si leurs commentaires sont effacés au fur et à mesure par cette société malhonnête. Les préposés n'ont pas pris le temps de me répondre, mais celui de me bloquer de leur page FaceBook oui !
J'aurais dû me méfier de leur accroche publicitaire, aveuglé par les alléchantes pompes colorées dont je me voyais déjà affublé cet été. Trois médaillons coiffent leur sigle : Satisfaction garantie à 100%, Port gratuit, Commandes sécurisées. C'est trop pour être honnête ! Cela me rappelle l'argumentaire des escrocs qui vous assurent qu'il n'y a pas d'arnaque. En effet lors d'une tractation quelconque il ne viendrait pas à l'idée d'une personne honnête d'évoquer son éventualité ! Chaque fois que quelqu'un m'a assuré qu'il ne m'arnaquait pas, j'ai froncé le nez et ne me suis jamais trompé sur ce point. De toute manière, j'ai toujours à l'esprit l'idée lacanienne que l'inconscient ignore les contraires. Ce n'est pas l'affirmation ou la négation qui sont importantes, mais le sujet sur lequel elles portent. Dans "J'aime ça" ou "Je n'aime pas ça", seul "ça" compte. C'est ainsi qu'il faut aussi comprendre la citation de Cocteau "Ce que l'on te reproche, cultive-le, c'est toi." Pardonnez cet à peu-près néophyte, mais ce bon sens peut s'appliquer à toutes les appréciations quelles qu'elles soient, expliquant par là les revirements à 180° de nos répulsions et attractions.
Il n'empêche que je me suis fait avoir d'une centaine d'euros et c'est contrariant.

P.S.: heureusement je serais très probablement remboursé grâce à l'assurance de la carte de paiement...

mardi 27 juin 2017

Salopards en casquette


Hier Louis-Julien Nicolaou écrivait que "hormis chez quelques rappeurs, j'ai jamais pu blairer les gens à casquette. Homme ou femme, c'est pareil. La casquette, c'est niet." C'est le genre de communication qui s'échange sur les réseaux sociaux, comme on se confie à ses amis. Si les avis divergent, cela change des insultes apolitiques qui fleurirent pendant les élections. On en reparlera dans six mois lorsque la réalité aura remplacé le storytelling des médias aux ordres... Ainsi, les unes et les autres réagissent et commentent. Marc Chonier poste une photo de lui avec couvre-chef et bébé sur le ventre, arguant d'abord qu'il y a casquette et casquette, et qu'elles sont très utiles aux chauves.
Sa casquette est du type européen, fondamentalement différente des américaines qu'évoque Nicolaou. Dans la première partie du XXe siècle, celle de Marc était la marque distinctive des ouvriers, que les bourgeois appelaient d'ailleurs "les salopards en casquette". Les patrons se distinguaient de la plèbe en portant melons ou hauts-de-forme. Il y a aussi celle des marins, et les circonstances pourraient pousser tout un chacun à ressembler avec joie au Capitaine Haddock. La casquette que ne peut pas supporter le journaliste des Inrocks est la casquette américaine, créée à l'origine pour le base-ball. Elle souligne l'influence des USA et ne donne pas à ses porteurs un air très intelligent, surtout lorsque la visière est à l'envers comme celle des coureurs cyclistes désirant protéger leur nuque du soleil. Cette impression peut sembler arbitraire, mais ce galurin rime hélas avec McDo et d'autres poisons du soft power...
Il existe quantité de couvre-chefs. Ayant porté moi-même la casquette avec rabat derrière la tête pour les traversées du désert, j'ai finalement et définitivement opté pour le chapeau des pêcheurs cambodgiens du Tonlé Sap. J'en possède de différentes couleurs. La visière est généreuse en largeur comme en longueur, quasi panoramique, et le rabat permet aussi d'éviter les coups de soleil qui vous prennent à revers. Ce tissu peut être relevé par deux petites ficelles qui pendent de chaque côté, ou couvrir le visage grâce à des boutons pression pour laisser apparaître seulement les yeux lorsque le vent de sable vous empêche de respirer. Agrémentée d'une paire de lunettes, c'est la version tropicale de la cagoule intégrale que je choisis par grand froid en passant loin des banques pour éviter tous risques inutiles !

mardi 20 juin 2017

Bondage bovin


Sortant la tête de veau de la cocotte, j'ai immédiatement pensé à Araki. Nobuyoshi Araki est un photographe japonais connu, entre autres, pour ses mises en scène bondage avec des jeunes femmes nues attachées et suspendues par des cordes. Le sexe et la mort font partie de ses préoccupations majeures, en outre partagées, avec l'argent, par toute l'humanité. Il est certain que l'éleveur que nous avons rencontré à la Confédération Paysanne et qui a ficelé la bête n'arrive pas à la cheville des maîtres japonais, alors la tête !
Je me suis aussi souvenu du court métrage de Sonia Cruchon, À quoi rêvent les têtes de veau, mais je doute que l'on puisse tirer quoi que ce soit de l'inconscient de celle-ci !


De même que l'on ne peut pas aborder l'art du kinbaku avec n'importe qui sans le choquer, on ne peut proposer une tête de veau à dîner à ses invités sans leur avoir demandé auparavant s'ils aimaient cela. Le terme "aimer" n'est d'ailleurs pas plus approprié que pour la sexualité, et ces à-peu-près sont la source de maints déboires. En tout cas, les préjugés sont plus forts que la curiosité gastronomique.
Dans une marmite remplie d'eau bouillante salée nous l'avons d'abord fait cuire vingt minutes avec un oignon, du thym et du laurier, puis une heure et demie à feu doux avec des carottes. La sauce exquise consiste à mélanger de l'huile d'olive, du vinaigre, de la moutarde et un œuf dur broyé. J'avais perverti la chose en choisissant trois vinaigres, un de cidre à l'ail, un vinaigre noir chinois et un peu de Melfor alsacien, plus quelques cornichons turcs pimentés finement coupés. On est œcuménique ou on ne l'est pas ! Il existe des recettes plus sophistiquées, de même que ma sauce gribiche n'est pas tout à fait orthodoxe. Mais nous nous sommes régalés, comme jadis les révolutionnaires célébrant la mort de Louis XVI par cette ripaille chaque 21 janvier.

mardi 6 juin 2017

Le diable est dans les détails


Les douze coups de minuit étaient bien derrière nous. Il n'en avait probablement sonné qu'un petit. Pour la route ! J'ai glissé la clef dans la serrure. Elle tournait, tournait, tournait sur elle-même. Comment aurions-nous fait sans la porte du garage ? J'éclairai mes tentatives vouées à l'échec en tenant l'une de mes lampes torche à LED entre les dents. Dehors j'ai entouré de gaffeur noir la clef que je n'avais pas réussi à extraire du canon, pour lui éviter de briller sous le réverbère. J'ai attendu lundi pour contacter un voisin bricoleur possédant une disqueuse et un poste à souder.
Parti dans une des grandes surfaces spécialisées situées en banlieue-est avec le vieux modèle cassé, je me suis fait refiler une fermeture par cylindre inadaptée. Nietzsche prétendrait que le diable est dans les détails ! La taille était la bonne, le canon était bien centré, mais la gâche et le verrou étaient inversés ! J'ai donc emprunté quatre fois l'autoroute, harponné le vendeur du rayon quincaillerie, négocié la reprise du blister déchiré, pour que ça colle... C'est dingue, on ne pouvait pas voir que l'on s'était trompé sans lacérer le plastique, mais j'ai surtout l'impression qu'il y a toujours un détail devant lequel je passe à côté et qui me fait recommencer je ne sais combien de fois ce qui devrait être évident dès la première.
Le voisin s'en est superbement sorti. Même pas besoin de repasser une couche de peinture bleu marine. Voilà dix-sept ans que le penne n'était pas en face du trou ! Maintenant qu'il y est au bord, j'espère que les froussards vont arrêter de nous emmerder en tentant de nous faire voter Macron encore une fois. Pendant qu'on œuvrait, leurs militants sont d'ailleurs passés dans la rue avec leurs tracts bleu ciel. Ils ont hésité à me le tendre, sachant qu'il finirait à la poubelle, pas seulement celle de l'Histoire.
Dommage que mon interphone se soit remis à déconner. Il y a des portes destinées à être fermées, mais les nôtres sont branchées ouverture. Sauf qu'il faut de nouveau nous déplacer au lieu de faire cela à distance. Alors on crie "qui est-ce ?" par la fenêtre. Pour les Témoins de Jéhovah j'avoue qu'on ajoute autre chose sans avoir besoin de descendre ni traverser la cour. J'ai installé une sonnerie sans fil qui hurle cocorico à faire sursauter la marmaille féline. C'est trente fois moins cher que l'Urmet pourri qui fonctionne une fois sur dix. C'est seulement ennuyeux quand il pleut, mais on a commandé du soleil. En tout cas, à la maison, ça brille toute l'année et la température est diaboliquement idéale. Je le disais, tout est dans les détails...

Note à celles et ceux qui ont un double de la porte du jardin : réclamez la nouvelle clef en imitant le cri du coq !

jeudi 1 juin 2017

Le technicien prend la main


Il y a des jours où l'on devrait être occupé à autre chose. Mais voilà, ce matin-là j'avais du temps à perdre. C'était censé m'en faire gagner à l'avenir. J'ai donc tenté de résoudre un des 1001 problèmes domestiques laissés de côté et pour lequel il faut parfois attendre dix ans avant de s'y pencher. Ou bien jamais. Peu adepte de la procrastination, j'aurais plutôt tendance à laisser tomber instantanément l'affaire en cours pour répondre à un appel à l'aide. Je ne suis pas non plus du genre à m'avouer vaincu, comme cette fichue clef du coffre-fort si bien cachée que nous sommes toujours à sa recherche trois ans plus tard. Ce n'est pas qu'il abrite nos économies, il y a juste ma modeste collection numismatique d'enfant, mais c'est rageant.
Alors voilà, contrarié de ne pas réussir à synchroniser le Calendrier sur mes MacBook Pro, iPad Pro et iPhone 6S, j'ai tenté de les synchroniser via iTunes plutôt que iCloud qui résistait à mes injonctions. Ayant fait chou blanc et revenu à iCloud, j'ai simplement bloqué mon Calendrier dont une fenêtre était ouverte avec le panneau "Déplacement des calendriers vers le serveur". J'eus beau forcer à quitter, redémarrer, après avoir décocher, recocher, les flèches n'atteignaient jamais leur cible.
J'ai donc composé le 0 805 54 00 03, numéro d'Apple Assistance qui m'a répondu aussitôt. Après m'avoir fait jeter quelques 100 000 fichiers (je n'exagère pas, mais les manipulations furent heureusement beaucoup moins nombreuses), mon ordinateur est redevenu tout neuf ou plutôt frais comme un gardon. Le service est gratuit (pas le coût de téléphone, mais ce n'est pas grand chose, vous pouvez aussi vous faire rappeler et là c'est vraiment gratuit), même à y passer des heures comme avec Françoise dont les problèmes semblent plus complexes que les miens. Le technicien a donc pris la main sur mon ordinateur, ou plus exactement, avec sa flèche rouge à lui, il m'indiquait les manipulations que je devais exécuter, condamnant à mort des fichiers devenus inutiles avec le temps. Après avoir brillamment résolu mon problème, il me conseilla de me connecter désormais à iCloud en cas de pépin similaire. Pour compléter ma formation, il me suggère de régulièrement réinitialiser le contrôleur de gestion du système (SMC) de mon Mac et réinitialiser sa mémoire NVRAM. Je ne résume rien, le plus sûr est que vous cliquiez sur ces deux liens. Il ajouta que pour mon tour Mac Pro il était par contre nécessaire de débrancher tous les câbles, pas seulement l'électricité, et ensuite d'appuyer 15 secondes sur le bouton d'allumage... J'allais oublier de souligner qu'il ne faut jamais jeter à la poubelle ou transformer de quelque manière que ce soit des sauvegardes de Time Machine sans provoquer une catastrophe menant au formatage de l'ordinateur, rien que ça !
En tout état de cause je n'ai pas perdu ma matinée, et pour fêter cela je suis parti avec Armagan faire des emplettes gastronomiques à l'Istambul Market de Noisy-le-Sec. Le petit bistro d'à côté y fait de délicieuses lahmajouns qui ne coûtent que 2,50€. Sur la route la file de voitures faisant la queue aux pompes à essence encore pourvues s'allongeait à vitesse V. Nous sommes rentrés tranquillement par Romainville et Les Lilas où les petits pavillons fleuris respiraient un air de vacances. Ayant presque tout dévoré avant de penser à illustrer mon article, il ne me restait que les çig kofte moulées à la main (on reconnaît la trace des phalanges sur la photo), où la viande crue est remplacée par de la semoule comme on le pratique à Istambul...

mardi 14 mars 2017

Manuel de survie


Didier est ressorti hilare d'un petit séjour hygiénique dans la boîte verte où se trouve un des lieux d'aisance de la maison. J'y laisse toujours de la lecture instructive comme ma collection de revues Schnock ou des fascicules publiés par la Préfecture de Police. Il était tombé sur le Manuel de survie de Joshua Piven et David Borgenicht que ma fille m'avait offert il y a longtemps pour je ne sais quel anniversaire. Elsa, connaissant les exploits sportifs de mon enfance et mon goût pour tout ce qui peut être pratique, ne pouvait pas tomber mieux.
Danseur, Didier fut particulièrement sensible à l'article Comment sauter dans un train en marche quand on se trouve sur le toit. Les auteurs conseillent de ne pas essayer de se tenir debout, de se mettre à plat ventre dans les virages ou à l'approche d'un tunnel, d'accompagner le balancement du train avec son corps, latéralement et en avant, et une fois l'échelle trouvée de descendre rapidement. Pour moi, c'était une évidence.
Il y a plus Sioux. Comment survivre à une morsure de serpent venimeux, se débarrasser d'un requin, échapper à un puma, un alligator ou des abeilles tueuses m'en apprennent long comme le bras. Comme gagner un combat à l'épée, encaisser un coup de poing, sauter d'un immeuble dans un container, faire une trachéotomie, détecter un colis piégé, faire atterrir un avion, survivre à un tremblement de terre ou à un naufrage, etc. Mais me souviendrai-je de ma lecture si mon parachute ne s'ouvre pas ou si je dois sauter dans une voiture en marche depuis une moto ? Pas question alors d'ouvrir le manuel que j'aurai précautionneusement glissé dans ma poche ! Il faut donc que j'apprenne par cœur comment démarrer une voiture sans clé de contact ou que faire si une dame accouche dans un taxi.
Il manque évidemment quantité de réponses aux questions qui risquent de se poser dans les mois à venir à l'issue du scrutin des élections présidentielles, raison pour laquelle je fais le maximum pour convaincre mes camarades de voter pour le candidat de la France Insoumise dès le premier tour.