Jean-Jacques Birgé

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vendredi 5 avril 2013

Ça y est, je suis passé à la planche à clous


Comme si ma collection de tapis de réflexologie pour les pieds ou le massage chinois Tuina Anmo de Madame Ji ne suffisaient pas, je suis passé à la planche à clous, ou plus exactement à sa forme moderne et occidentale, le tapis Shakti dont il existe de nombreuses imitations que je n'ai hélas pas testées. Première impression, ce n'est pas pour les douillets. Le moment où l'on s'allonge dessus ou, pire, celui où l'on se relève n'est pas piqué des vers. On me les tirera donc facilement du nez, j'avoue, j'avoue tout. Après quelques minutes une sensation de chaleur vous envahit et on pourrait même s'endormir dessus, nulle contre-indication. La séance fut redoutablement efficace. Impression de détente et soulagement immédiat des douleurs dorsales. Il me semble plus approprié en fin de journée qu'en matinée. Livré dans un sac en coton, le petit tapis peut s'emporter partout avec soi en voyage. Le site de Shakti est plein d'informations en anglais, mais le mode d'emploi basique est en français. La technique est vieille de 7000 ans et l'exercice ravira les adeptes du yoga de plus en plus nombreux. Lancé en 2007, il a obtenu un succès phénoménal en Suède il y a quelques années tel que plus de 10% de ses habitants en possèdent. Il se pourrait bien que la France en plein stress et déconfiture s'y mette bientôt.

mercredi 3 avril 2013

Soulager son iPad / iPhone


J'avais beau effacer des applications récupérées gratuitement grâce à i-nfo.fr, la mémoire de stockage de mon iPad était curieusement toujours saturée. En cherchant sur le Net j'ai trouvé PhoneClean qui, depuis le Mac, supprime les fichiers inutiles de la tablette, temporaires non effacés, caches, cookies, scripts, etc. J'ai gagné ainsi plus d'un giga de mémoire, mais cela ne suffisait pas. J'ai cherché alors ce qui prenait tant de place dans Réglages/Général/Utilisation. Mes applis de musique sont parfois gourmandes, mais comme je m'en doutais ce sont mes abonnements aux journaux, comme par exemple Libération dont les numéros s'accumulent sans que l'on puisse les effacer au fur et à mesure, qui occupaient quantité de gigas. Pas d'autre moyen que d'effacer l'application fautive et de la réinstaller. Comme j'avais gagné ainsi une dizaine de gigas j'ai fait subir le même régime à tous les iPhone et iPad de la maisonnée. J'aimerais trouver une solution aussi simple pour perdre à mon tour quelques kilos !

jeudi 28 février 2013

Construire un arc musical


Parmi les petits sujets tournés en 1993 pour mon film Idir & Johnny Clegg a capella je n'avais jamais regardé celui où Clegg fabrique des arcs musicaux avec les bambous de son jardin. Je l'ai conservé ici dans la continuité comme s'il s'agissait d'un didacticiel. Il n'y aurait qu'à suivre chacune des étapes. Une petite démonstration de lutherie roots.


Collectionneur de tout ce qui peut produire du son et virtuose de la guimbarde, je n'osai pourtant pas demander à Clegg de m'offrir l'un de ces arcs ou de m'en construire un tant cela lui avait donné du mal. Mais je possédais au moins le mode d'emploi. Vingt ans plus tard, les bambous de mon jardin ont largement atteint la maturité requise. Eux, moi pas.

mardi 12 février 2013

Cadeau empoisonné


Ma fille et mes nièces m'ont offert un cadeau empoisonné. Les shii-takés sont pourtant des champignons comestibles. Mais il faut vaporiser le kit de culture bio plusieurs fois par jour pour un résultat jusqu'ici bien maigre. Chaque fois que je passe devant, pschit pschit sur les cinq faces ! Les deux spécimen qui sont sortis sont néanmoins superbes. À cette allure je suis loin de me recycler dans le champignonnisme. Voilà un mois que je bichonne l'énorme cube, le stressant comme il est spécifié sur la notice : chocs thermiques et humides, voire de grandes claques sur une des faces ! Son mycélium étant très fragile, une secousse suffit à couper ses microfilaments et ainsi à rebouturer le champignon. Je prends en photo le magnifique spécimen qui a poussé d'un coup et grandit de jour en jour avant qu'il n'envahisse la cuisine. Nous le partageons en deux pour nous en délecter avec une pincée de sel et un filet d'huile de périlla.

mardi 25 décembre 2012

Le pâté magique (reprise)


En cette période de fêtes diminuée de ce que les nantis appellent la crise pour camoufler leur goinfrerie au détriment du plus grand nombre, le foie gras n'est pas à la portée de toutes les bourses. Aussi redonnerai-je la recette de mon célèbre pâté, recette que je tiens de ma camarade Brigitte Dornès, et qui me vaut chaque fois tant de félicitations, nombreux convives le comparant à la gâterie évoquée plus haut. Toute proportion gardée, voilà donc facile, bon marché et du plus bel effet gustatif :
1. Faire cuire 500g de foies de volaille dans du vin blanc (il m'est arrivé de les remplacer par du foie de lapin et c'était drôlement bon, j'avais ajouté aussi une cuillerée à soupe de miel, miel que j'avais moi-même mis en pot à La Ciotat où le papa de Françoise possède quelques ruches).
2. Dans un mixeur, broyer les foies égouttés avec 400g de beurre salé, un peu de poivre, un petit verre de cognac, et le tour est joué ! A partir de là, on peut imaginer toutes les variations, en remplaçant le cognac, en ajoutant des herbes, etc.
3. Mettre le résultat au frigidaire, attendre 24 heures, ce méli-mélo peut se conserver facilement une ou deux semaines, mais il est très rare qu'un de ces pâtés vive aussi longtemps... Attention, c'est riche ! Mais tellement bon, vous n'en reviendrez pas et perdrez votre appétit d'oiseau, ne pouvant faire autrement que d'y revenir. Succès assuré. Cela fait 30 ans que je récolte les compliments de mes invités et qu'on me demande la recette. C'est si facile que c'en n'est pas croyable.
Bon appétit et joyeuses fêtes !

mardi 11 décembre 2012

Escalade de drogues légales


Il arrive parfois que les transitions arrivent à propos. Au moment où le Di-Antalvic, analgésique miracle, est retiré du marché, ce qui représente une catastrophe pour quantité de personnes souffrant du dos ou de diverses douleurs, le massage chinois que je suis héroïquement depuis quelques années prend le relais, et ce sans les effets secondaires redoutés. Si la séance est souvent douloureuse cette pratique a l'immense mérite d'avoir supprimé totalement les lumbagos que je traînais depuis plus de 25 ans. Qui ne m'a jamais vu en baïonnette avec les jambes décalées du tronc ne peut imaginer la souffrance à l'origine de cette position antalgique. Or je n'ai vécu aucune crise depuis trois ans alors qu'elles étaient quasi mensuelles et particulièrement redoutables. Pendant des années j'ai évité de prendre le moindre médicament allopathique, m'en remettant d'abord aux bons soins de kinésithérapeutes, puis de zélés ostéopathes, sans parler de la magie exercée par le magnétiseur ou un rebouteux au fin fond de campagnes quasi médiévales. Leurs pratiques m'ont souvent tiré d'affaire, mais je replongeais irrémédiablement, accompagnant ma chute d'un grand cri japonais. J'avais donc trouvé deux méthodes pour m'éviter de devenir nonagénaire en l'espace de quelques secondes. Au moindre soupçon, heureusement devenu rare, je prenais deux gélules de Di-Antalvic pour ne pas envenimer la situation. Je tuais ainsi dans l'œuf torticolis, sciatalgies et lombalgies. Le massage chinois, supplice inadapté pour certains, était l'autre botte secrète. Il tira d'affaire nombre de mes camarades musiciens, médecins, dentistes, etc.

Mais voilà que le Di-Antalvic et autres Propofan, mélanges d'antalgique et d'opiacé qui avaient su séduire 8 millions de Français, sont interdits depuis octobre 2011, le surdosage pouvant entraîner la mort. C'est le propre de quantité de médicaments entreposés dans votre pharmacie, sauf que le Di-Antalvic coûtait très cher à la Sécurité Sociale, car il était délivré sur ordonnance et remboursé. À moins que le brevet de la petite molécule DXP, arrivé à expiration depuis déjà pas mal de temps, n'était plus aussi rentable avec l'apparition des médicaments génériques ! Chaque nouvelle molécule mise sur le marché assure minimum 20 ans d'exclusivité à son laboratoire. Dis Tonton, pourquoi tu tousses ? La dextropropoxyphène est donc remplacée par le bon vieux paracétamol prescrit seul (c'est l'aspirine qui fait des trous dans l'estomac et ne soulage pas du tout certaines douleurs), par la codéine (inefficace pour 13% des gens qui ne le métabolisent pas) ou par le tramadol (la voilà, la petite dernière). Depuis que les analgésiques existent, ils ont toujours été dangereux en cas de surdose, accidentelle ou suicidaire. L'industrie pharmaceutique se targue chaque fois de retirer tel ou tel du marché à cause des risques prétendument découverts récemment. Les migraineux se souviennent du magique Optalidon ! Les nouveaux seront incriminés dans quelques années, comme les précédents. C'est avant tout une histoire de gros sous contée par de cyniques profiteurs.

Alors qu'en est-il des médicaments de remplacement ? C'est là qu'on se marre. Ils sont plus puissants que le Di-Antalvic qui occasionnait très peu d'effets secondaires. D'après ma pharmacienne l'Ixprim, composé de tramadol et de paracétamol et ne réclamant aucune ordonnance, produit des vertiges et des nausées, tandis que le paracétamol codéine donne des nausées et constipe ! Comme elle me dit que je peux combiner les deux, j'en déduis que je pourrais profiter à la fois de vertiges, nausées et constipations pour désirer être soulagé des conséquences de ma hernie discale et de mes deux disques écrasés... Sympa ! Pas d'autre solution que de tester.

Si le paracétamol codéine n'a servi à rien, j'ai par contre réussi à être complètement défoncé avec l'Ixprim. Deux gélules ont suffi à me rendre ivre, hilare et béat. Le genre de truc totalement déconseillé si l'on doit sortir de chez soi, qui plus est, conduire. Je n'y pense même pas. Mais si un jour j'ai vraiment mal et que j'ai envie de m'envoyer en l'air j'ai une boîte pleine de cette drogue légale qui ne réclame aucun surdosage pour voir des éléphants roses. Quand je pense que la loi interdit le cannabis et laisse en liberté les dealers patentés je me pose des questions sur les lobbys qui les y autorisent.

Toutes ces considérations doivent être prises avec des pincettes, car je ne suis pas médecin, mais un simple usager. Cette phrase me rappelle une des Claudettes revenue d'une nuit avec Jimi Hendrix avec un T-shirt où était écrit "I've been experienced !". J'ai parfois de drôles d'idées, mais cet article a été écrit sans l'aide d'aucun expédient.

lundi 26 novembre 2012

Pâte d'amande


Si j'ai du mal à déguster les exquises pâtes d'amande que Marie-Laure et Sun Sun m'ont rapportées de Venise ce n'est pas que je ne les apprécie pas, bien au contraire ! Comment trancher dans le vif de ce tendre animal sucré ? Nous avons dévoré l'aubergine et la grenade, mais là j'hésite. Peut-être de les avoir photographiées m'autoriserai-je à faire la peau au poulpe et au poisson dodus ?
J'ai moins de scrupules lorsque je prépare moi-même cette gourmandise. Elle ne ressemble pas à la pâte d'amande vendus dans les magasins. Tout aussi succulente, la recette est pourtant simple. Dans un mixeur je broie 500 grammes d'amandes décortiquées, autant de sucre glace et un blanc d'œuf. On peut aussi ajouter quelques gouttes d'extrait d'amande amère. Ça prend tout seul et ça se mange pareil.
J'avais déjà donné la recette des croquants aux amandes. Cette déclinaison est un jeu d'enfant. Régression assurée. Il n'y a qu'à regarder mes yeux de merlan frit devant les deux importations vénitiennes.

vendredi 23 novembre 2012

Pollution de la pub virale


Je souhaiterais que l'on m'explique. Absurdité des spammeurs qui tentent de polluer ce blog en envoyant 250 commentaires par jour alors que je ne les publie jamais puisque je filtre, ce qui a le mérite parfois de décourager les trolls.

Sur Mediapart, ou ce blog est publié en miroir, c'est le contraire. Nous semblons à l'abri des spammeurs, mais les trolls, conscients ou pas de leur pollution virale, noient le Club sous leurs digressions egomaniaques sans se soucier des articles de la rédaction qui sont tout de même l'intérêt majeur de Mediapart. J'ai parfois l'impression de deux mondes étrangers l'un à l'autre, encore que la mise en avant explicite des blogs montre l'intérêt de la rédaction pour ces paroles individuelles.

Hier les publicités concernaient exclusivement du viagra et un truc intitulé cialis, la semaine dernière c'était des fausses marques de montres et de sacs. C'est complètement idiot. D'abord leur pub virale me sort par les trous de nez si jamais j'avais été tenté par leurs produits frelatés, ensuite personne d'autre que moi n'y a accès puisque, en cochant d'une petite croix, j'efface fastidieusement à la main leur pollution, nocturne ou diurne selon la longitude des analphabètes qui s'y collent. Car même si ce sont des robots il y a toujours des humains derrière ce tir de barrage informatique. Les uns ou les autres semblent savoir contourner le captcha, question à remplir pour pouvoir commenter mes articles, mais ils sont incapables de déchiffrer l'avertissement "Aucune PUBLICITÉ ne sera publiée", traduit en anglais "ADVERTISING won't be published - SPAMMERS, STOP SENDING". Quelqu'un pourrait-il m'expliquer clairement comment ces machines contournent techniquement le captcha ? Ou sont-ce vraiment des débiles ?

Le soir, vers 20 heures, j'ai droit comme tout le monde au démarchage téléphonique. Je n'ai pas le courage de raccrocher au nez des pauvres hères robotisés dont c'est le travail, au loin, au delà de l'horizon, mais je les coupe aussitôt en précisant que je ne réponds à aucune sollicitation par téléphone. S'ils insistent je dis que c'est comme l'écriteau sur ma boîte aux lettres indiquant "aucune pub". Vous pouvez aussi vous inscrire sur pacitel.fr qui filtre légalement 80% des démarcheurs téléphoniques. Mais pour les spams virtuels je n'ai pas encore trouvé de parade efficace, ni sur les mails ni sur les commentaires.

vendredi 2 novembre 2012

Les oracles de Sonia


Sonia avait déjà réalisé son oracle en scroll, mais descendre l'ascenseur en spirales était probablement trop vertigineux pour ses lectrices ou lecteurs. Histoire de les aider à mettre un pied dans le réel, elle a cherché de nouvelles portes vers l'imaginaire. Le nouvel oracle, qui cette fois ne propose que des médias "maison" n'empruntant rien à la Toile, s'appelle Oraclum. Vicieux, je lui ai posé une question en abîme, me concentrant sur sa signification en général : oracle ? Les réponses étant iconographiques, fixes ou mobiles, Oraclum a simplement réfléchi :


Si la réponse à votre question ne vous satisfait pas vous pouvez toujours recourir à Scrollum nostrum qui est toujours en ligne...

Photo © Florence Mourey

mercredi 24 octobre 2012

La retraite au flan bof


Billet destiné aux futurs sexagénaires, avec bonus pour les plus jeunes dans le dernier paragraphe.
Pôle-emploi m'écrit que mes allocations chômage vont être interrompues parce que j'ai ou vais avoir prochainement 60 ans et 9 mois. Histoire de faire baisser les statistiques affolantes ? N'étant pas encore sexagénaire et la retraite ne pouvant se prendre si tôt, je contacte la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) qui s'étonne de la teneur de la lettre. Les antennes dont je dépends dans mon département étant débordées une dame très gentille me prend un rendez-vous à Paris. Une autre dame très gentille m'y explique qu'elle ne peut rien pour moi et qu'il faut que j'aille dare-dare lundi à 8h30 à l'autre bout de la Seine-Saint-Denis. Les sites Internet de la CNAV n'ont pas rectifié les horaires d'ouverture qui ne sont plus que le matin. Heureusement que je n'ai pas pu y aller, car une autre dame très gentille, responsable du site d'Aubervilliers, me prévient que c'est fermé le lundi ! Je propose de leur envoyer mon dossier plutôt que me déplacer et faire la queue des heures. "Bonne idée !" J'écris donc en précisant l'urgence. La CNAV me répond rapidement avec un dossier à remplir et mon relevé de carrière. Je le renvoie aussitôt à Pôle-Emploi où une quatrième dame très gentille m'explique enfin à quelle sauce je pourrais être mangé, clôturant très provisoirement le parcours du combattant dont j'ai sauté quelques étapes pour ne pas être trop fastidieux.
N'ayant pas accumulé suffisamment de trimestres travaillés je continuerai à être pris en charge par Pôle-Emploi (je suis intermittent du spectacle) jusqu'à ce que j'atteigne le score exigé, basculant alors dans le régime retraite. Cela ne pourra pas excéder 65 ans, mais j'aurai personnellement atteint ce point de non-retour à 62 ans. Pour l'instant, à ma prochaine date anniversaire, si je n'ai pas le nombre de cachets requis (43 en 10 mois et demi) je pourrais bénéficier d'une allocation de solidarité. Et dans quelques mois, quand l'heure légale minimum de la retraite aura sonné, je pourrai continuer à toucher mes allocations chômage, même si je n'ai pas de cachets, à condition d'avoir travaillé l'équivalent de cinq ans sur les dix dernières années. Quant au montant de ma retraite il sera calculé en fonction de mes salaires depuis le début de ma vie professionnelle sans compter les indemnités chômage. Cela ne fera pas lourd. Par contre les périodes chômées comptent pour le nombre de trimestres. J'essaie de fournir ici quelques explications, mais le bilan reste très ésotérique.
En tout cas, si vous vous rapprochez de la carte vermeil n'attendez pas le dernier moment. Anticipez en contactant la CNAV et demandez votre relevé de carrière. Cela me rappelle l'excellent conseil de Louis Daquin, alors directeur des études de l'Idhec, qui me convoqua lorsque j'avais vingt ans pour me dire de conserver précieusement toutes mes feuilles de salaire ! Il avait parfaitement raison. Je ne le répéterai jamais assez...

mercredi 17 octobre 2012

Mes grelots


Un clip vidéo très tendre réalisé par Sonia Cruchon sur une musique de El Strøm, "en hommage à celles qui nous apprennent à marcher".
Avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard, le polyinstrumentiste Sacha Gattino (harmonicas, métalophone, clavier/échantillonneur) et moi-même (trompette à anche, synthétiseur, grelots, guimbardes, harmonica). Les images sont de Jean Cruchon, Florence Mourey et Sonia qui signe également le montage.


C'est fou le nombre de petits êtres qui sont nés autour de nous cet été. On pense aux mamans qui font tout le boulot, même si les "nouveaux pères", comme on nous appelait il y a trente ans, s'y collent autant qu'ils peuvent. Lorsque vient le temps de marcher, le pire est passé, entendez les deux premiers mois que nous oublions très vite et qui nous ont tous et toutes pris de court ! Le pire est évidemment aussi le meilleur. Je me souviens avoir vraiment pris mon pied à partir de six mois quand la mère de ma fille s'épanouissait depuis longtemps. À un an c'était parti, le moment de la marche évoqué par Sonia dans son très joli film. Les ennuis commencent avec la puberté. Nous avons craqué entre seize et dix-neuf, et puis tout est redevenu gérable, mais nous ne pouvions plus faire grand chose qu'être là. Et là on n'en finit jamais. Et à leur tour ils continuent à apprendre à marcher, mais seuls, et cela prend toute une vie, la leur cette fois.

vendredi 27 juillet 2012

Révélateur


Il aura fallu trois jours pour révéler le Polaroïd Impossible envoyé par Gila à la requête de Hélène C. Les photos de groupe sont des arrêts du temps où plusieurs personnages sont épinglés d'un seul clic sans que, en général, ils aient eu le temps de s'y préparer. Tels les instantanés nous attrapant dans le mouvement celles-ci nous prennent par surprise tant notre préoccupation est, avant tout, d'être là, ensemble. Céline, Valéry, Gila et moi nous tenons par les épaules tandis qu'Olivier, insaisissable, est déjà reparti au rendez-vous avec François Hébel. Il y a toujours quelqu'un pour demander de sourire, le sempiternel "Cheese !" dont il existe maintes déclinaisons à travers le monde comme ouistiti, kimchi, patata, appelsin, omelett, whisky, le rictus variant selon les cultures.

vendredi 29 juin 2012

L'iPad à l'eau


À l'heure des vacances, le sable et la mer n'empêcheront pas les accros à la pêche de se connecter sans accroc, car l'iPad à l'eau rime avec pédalo. Tandis que le Capitaine augmente les smicards d'un Carambar par jour, l'équivalent de deux baguettes de pain par semaine pour les moins déprimés qui résisteraient au sucre en optant pour une denrée de base, les geeks fondus de la pomme ou fendus de la poire jouiront de leur tablette sans craindre de la perdre. J'en ai résilié mon abonnement papier à mon quotidien matinal, mais n'allez pas croire que j'ai définitivement opté pour le jet d'eau. Pourtant le style tiers-monde est autrement plus sain, plus propre et moins polluant. Je m'égare en pensant à Rossini et son prélude hygiénique du matin. Est-ce à force de regarder le ciel et ses avaries, mais les chauds-froids parisiens nous font délirer sec. Depuis que j'ai reçu un sac en plastique hermétique à 17,99 euros et trois rabats je peux enfin prendre mon bain en suivant l'actualité humide. De quoi sombrer certes et se noyer sous les vagues infos délivrées par les organes aux ordres du pouvoir, celui de l'argent précisément. Plouf. La bouée de sauvetage Mediapart me repêche in extremis...

Et Gioachino Rossini, ô sublime inventeur du tournedos à qui il donna son nom, du Duo des chats et de cent cinquante Péchés de vieillesse, rassemblés en quatorze volumes et probablement composés pour faire plaisir à sa femme alors que la musique lui sortait par les trous de nez, soit Album italien, Album français, Morceaux réservés, Quatre hors d'œuvre et Quatre mendiants (Les radis, Les anchois, Les cornichons, Le beurre, Les figues sèches “Me voilà – bonjour madame”, Les amandes “Minuit sonne – bonsoir madame”, Les raisins “À ma petite perruche”, Les noisettes “À ma chère Nini”), Album pour les enfants adolescents (Valse lugubre, Impromptu anodin, L’innocence italienne / La candeur française, Prélude convulsif, Ouf! Les petits pois, Un sauté, Hachis romantique...), Album pour les enfants dégourdis (Mon prélude hygiénique du matin, Prélude baroque, Memento homo, Assez de memento: dansons, Valse torturée, Une caresse à ma femme, Un petit train de plaisir comico-imitatif, Fausse couche de Polka Mazurka, Étude asthmatique, Un enterrement de carnaval...), Album de chaumière (Gymnastique d’écartement, Prélude inoffensif, Valse boiteuse...), Album de château (Spécimen de l’Ancien Régime, Prélude pétulant-rococo, Prélude prétentieux, Spécimen de mon temps, Valse anti-dansante, Prélude semi-pastorale, Prélude soi-disant dramatique, Spécimen de l’avenir...), Album pour piano, violon, violoncelle, harmonium et cor (Échantillon de blague mélodique sur les noires de la main droite...), Miscellanée pour piano (Prélude blagueur...), Miscellanée de musique vocale (La chanson du Bébé “Maman, le gros Bébé t’appelle” pour mezzosoprano, Amour sans espoir - Tirana a l’Espagnole rossinizée “Faut-il gémir d’amour sans retour” pour soprano, À ma belle mère “Requiem Eternam” pour contralto...), Quelques riens pour album, Musique anodine et Autres péchés de vieillesse, autant de titres rappelant drôlement ceux, plus tard, d'Erik Satie ou Luc Ferrari...

jeudi 28 juin 2012

Et la lumière fut


La lampe des anciens vidéoprojecteurs coûte presque aussi cher qu'un appareil tout neuf aux normes actuelles. J'ai hésité longuement. On attendra encore pour le Full HD, soit 1920×1080 pixels, et la connexion HDMI pour brancher un Blu-Ray. Pas moyen de me résigner à mettre à la poubelle nos Canon Xeed SX50 dont le système LCoS ne laisse apparaître aucun interstice entre les pixels. Nicolas Clauss les avait choisis pour notre installation interactive des Portes, car ils permettaient au spectateur d'être tout prêt de l'écran sans être gêné par la pixellisation. Probablement trop monumentale, l'œuvre n'a pas été rejouée depuis sa création au Festival Nemo en 2006. Elle dort dans un garage en pièces détachées.


Nous vivons au milieu du gâchis. À l'époque de la VHS nous allions faire réparer les lecteurs vidéo Porte de Versailles dans la boutique d'un petit monsieur qui faisait cela pour pas très cher. Maintenant, dès qu'un lecteur CD est en panne on en rachète un. On nous vend des imprimantes à 1 euro, on peut les foutre en l'air quand les cartouches sont vides. Et les composants électroniques de polluer la planète à qui mieux mieux. Les vieux téléphones portables, les ordinateurs et leurs écrans sont envoyés en Inde ou je ne sais où pour aller intoxiquer d'autres populations que celles qui les ont consommés. On ne sait plus recycler. On accumule. On enterre. On creuse sa tombe. J'ai trouvé sur le Net un vendeur de lampes moins cher que les autres, Lampevideoprojecteur, situé à Montreuil. Que la lumière soit...

lundi 25 juin 2012

François Bon pratique


François Bon est écrivain, éditeur, conférencier, blogueur, twitteur, voyageur. Son principal outil est composé d'un clavier et d'un écran. Ses mains et ses yeux. Il joue aussi de la basse électrique, gardant une oreille pour ses potes musiciens, et sa parole se propage là où passe le TGV. François Bon occupe généreusement le terrain du partage en semant à tout vent ses rêves et ses colères, ses expériences et ses analyses, sans négliger la quantité tant il est déjà affublé de qualités.

On a beau être sous perfusion Internet, il est difficile d'en pratiquer tous les sports. La musique, le cinéma, mon blog quotidien et un besoin inassouvi de nature m'accaparent trop pour que je puisse participer sereinement au marathon qu'impose les nouveaux réseaux. Certains de mes proches se gondoleront en lisant ces lignes, pensant que c’est l’hôpital qui se moque de la charité. D'abord je ne me moque pas, j'admire. Ensuite je me soigne en résistant autant que possible chaque fois que je passe à proximité d'un des nombreux écrans qui m'entourent, enfin j'apprécie le bienveillant altruisme de celles et ceux qui transmettent ce dont ils ont hérité.


Dans la série couteau suisse et manuel de survie, François Bon vient de publier deux longs articles sur son passionnant blog du Tiers Livre. Le premier s'intitule Twitter et comment s’en servir, soit "lire écrire veiller sur twitter – mode d’emploi en 26 notes et remarques, et réflexions personnelles sur quelques usages (et usagers) remarquables", le second liseuse, tablette : acheter quoi pourquoi ?, n'abordant "aucun conseil, chacun libre – juste les ingrédients du choix". Ces deux contributions remarquablement étayées raviront toutes celles et tous ceux qui se posent l'une ou l'autre question.

Les autres, ou les mêmes, se délecteront d'un site riche de fictions et expérimentations, de brèves de web et petites infos, d'une description du plateau de Saclay, de lecture numérique (publie.net, François Bon a fondé la première coopérative d'auteurs pour l'édition et la diffusion numériques de littérature contemporaine), de livres, d'art, de photos ou de musiques. On pourra le suivre jusque tard le soir @fbon sur Twitter (j'y suis moi-même sous @jjbirge, mais peu prolixe) ou l'accueillir à la gare si vous êtes matinal.

Illustrations : Tiers Livre / Monsù Desiderio (Musée des Beaux-Arts d’Orléans) choisi par FB (ce ne sont pas les initiales d'un réseau social, mais celles de l'écrivain).

jeudi 10 mai 2012

Coupez !


Voilà des lustres que je suis à couteaux tirés avec les lames de la cuisine. Lorsque Sacha m'a parlé de son aiguiseur de couteaux professionnel je me suis dit que je n'y couperais pas. Le fusil en métal d'Ikéa a fini par ressembler au crâne de Yul Brynner et je me débrouille comme un manche avec la pierre en oxyde d'aluminium achetée à ChinaTown. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie leur usage demande un réel apprentissage car il s'agit de repousser l'acier. La pierre, indispensable pour les lames japonaises trop dures pour le fusil, s'humidifie grandement et ne doit jamais être lavée.
Dépendre du rémouleur qui passe et repasse dans la rue tous les deux ou trois ans ne me convient pas non plus, d'autant que si je compte le nombre d'émoussés cela coûterait drôlement cher.
Mon camarade fin cuisinier, comme on dit fine lame, m'assure donc qu'avec l'affûteur universel l'affaire est tranchée et que l'objet n'est pas prêt de s'user. Pas non plus de machin électrique inutile. L'expérience se réalise sous le robinet pour que les meules en céramique ne s'échauffent pas, mais il suffirait de mettre de l'eau dans l'affûteur. Je suis donc allé acheter ce merveilleux outil japonais chez Mora, rue Montmartre, et je suis rentré à la maison pour retrouver le fil du rasoir. C'est tout simplement épatant, car faire la cuisine avec des couteaux mal aiguisés est un jeu de massacre qui ne coupera que l'appétit. Lorsque les lames auront retrouvé leur tranchant on évitera évidemment d'y mettre les doigts. Je retrouve le plaisir de l'émincé. C'est bon pour aujourd'hui, coupez !

vendredi 4 mai 2012

Médicament miracle


Il y a six ans j'avais évoqué ici un film russe de Gennadi Kazansky intitulé Grand-père miracle projeté dans mon école communale à la fin des années 50. Le vieux magicien y est aussi merveilleux que maladroit ; resté trop longtemps enfermé dans une bouteille, il ignore tout de la vie moderne et multiplie les impairs. Il y a toujours un décalage entre les miracles et le temps où nous croyons vivre. Le mystère et la science se courent après. Le futur n'est jamais à la hauteur du passé s'il s'agit de rêver, car les perspectives y sont dramatiquement ramassées.

Pour peu que l'on soit un peu curieux ou fatigué d'être pris pour une bonne poire par l'industrie pharmaceutique et lobotomisé par les prétentions du progrès consumériste, il arrive que l'on redécouvre les remèdes de bonne femme de nos grand-mères comme le savoir ancestral des tribus d'Amérique et d'Afrique. Pas de querelle ici entre allopathie, homéopathie, acuponcture, médecine chinoise, soins par les plantes, chirurgie, etc. À chaque cas correspond une ou plusieurs réponses adéquates, mais il serait dommage de se priver du voyage lorsque les solutions proposées échouent ou que les effets secondaires sont trop pénibles. Je connais certains médecins, et non des moindres, qui prescrivent du coca-cola, mais je crains que cela doive rester secret !

Car en médecine il n'y a que les miracles qui méritent que les patients s'y attachent. Un médicament miracle, c'est un médicament qui marche à tous les coups sans qu'on n'en comprenne la raison ; c'est d'autant plus drôle quand certains médecins vous regardent avec des yeux ahuris lorsque vous leur annoncez que vous avez été guéris sans suivre le protocole imposé par l'Ordre ou, plus étonnamment, en vous fiant scrupuleusement à leur prescription. Si l'effet placébo est invoqué c'est alors tout l'exercice de la médecine qui en jouit, et tant mieux ! Le seul fait d'aller consulter un praticien et les malades sont déjà à moitié sauvés... Mon père jouait les sorciers en fabriquant des boulettes de mie de pain qui faisaient leur effet lorsque ce n'était pas bien grave. Sérieusement, nombreux médicaments de notre pharmacopée font partie de la panoplie du magicien. Mais si le médicament relève de la pharmacopée chinoise, alors la suspicion renvoie les mystères de l'Orient au Moyen-Âge. Comme si nous n'étions pas fait de la même chair, comme si la Chine millénaire n'avait révélé ses secrets depuis que les marins les ont rapportés sur leurs navires marchands...

Madame Ji, originaire de la province de Guangxi, me voyant me tordre sous les crampes intestinales, sort de son sac une petite fiole en articulant avec un immense sourire "médicament miracle", pour le ventre, le rhume, la nausée, la migraine, etc. Le Spasfon n'est pas mal non plus, mais il n'est pas aussi polyvalent. Je verse la potion noirâtre dans une cuillère en porcelaine. Madame Ji me prévient que le liquide a mauvais goût parce qu'elle imagine que je vais froncer le nez en l'avalant, mais en réalité c'est simplement bizarre. Une demi-heure plus tard tous les spasmes ont disparu. Mon ami Sun Sun me traduit les inscriptions en chinois simplifié de la boîte importée du Setchuan. Ce n'est pas facile, car l'approche médicale est très différente des Occidentaux. Il est question d'énergie, de saturation, de fluidité...

mardi 24 avril 2012

Merle moqueur


C'est bientôt le temps des cerises. Les merles se moquent du vent qui souffle comme de la poussée du Froid National. On raconte que les oiseaux n'apprécient pas les bambous, or les moineaux passent leurs journées à jouer à la balançoire sur leur faîte tandis que la merlette a construit son nid dans un faisceau serré de chaumes. Parfait, les feuilles sont étanches. On aperçoit la masse sombre, mais je ne peux m'approcher sans la déranger pendant qu'elle couve. À moins de deux mètres du sol, elle n'a rien à craindre du chat qui ne pourrait ni pénétrer dans le buisson serré ni escalader les tiges trop fines. Voilà des années que je me demande où les merles vont se nicher. Nous craignons seulement l'envol des petits, moment de très grande vulnérabilité. Sur la terrasse un rouge-queue passe derrière la merlette, histoire d'annoncer la couleur ou de finir les restes.

jeudi 23 février 2012

L'arnaque de la date de péremption


Partager un repas avec des médecins peut apporter quelque lumière aux arnaques de consommation dont nous sommes victimes. Après le scandale des fauteuils roulants non recyclés et la destruction systématique des médicaments ayant dépassé une prétendue date qui les rendrait impropre à la consommation, soulevons le couvercle sur la date de péremption des aliments. Ou plutôt laissons-le fermé, car ouvert la durée sera la même que l'aliment ait dépassé ou non la date limite de consommation (DLC). S'il s'agit d'un fromage, la date est illimitée ; il durcira et tombera en poussière si l'on attend trop longtemps, c'est tout. Un yaourt peut être mangé des mois après la date de péremption. Si au goût il n'est plus bon, on le recrachera, mais le risque est nul. Idem avec les fruits et légumes.
Par contre, s'il y a des protéines, comme le poisson, la viande ou les œufs, il peut y avoir danger. Les œufs ont une coquille poreuse qui les fragilise, mais conservés dans un réfrigérateur le risque est moindre. La chaîne du froid ne doit pas être interrompue, ce qui peut arriver à n'importe quel aliment manipulé plusieurs fois dans un supermarché, en dehors de toute question de date. Seul ce taux de manipulation risque de laisser développer des bactéries qui auraient été incluses au moment de la fabrication.
Un lait UHT, stérilisé à haute température, pourrait être consommé des mois après la date de péremption. Il n'y a aucune raison de jeter un fromage dont la surface est devenue verte ; lorsque l'on voit le taux de moisissure d'un Roquefort cela faire rire. Quelle folie d'inscrire une date sur du riz, des lentilles ou n'importe légume sec ! Il suffirait de faire cuire le riz et l'on jettera simplement les charançons qui seront remontés à la surface. Un fruit ou un légume pourri n'est pas toxique, il n'est simplement pas bon. Un légume cuit dont on enlève la partie abîmée a un risque nul. Une confiture fermée peut se consommer des années. Si le pot a été mal fermé, elle fermente ou moisit, et son goût est désagréable. On reniflera une viande un peu daubée, dépassée de trois ou quatre jours ; si elle sent mauvais, on la passe sous l'eau avec un peu de vinaigre et le tour est joué. Tant que cela a été conservé au froid, tout va bien. Les gourmands feront tout de même attention avec les pâtisseries à la crème qui doivent être dégustées le jour-même, les coquillages qui doivent être vivants, etcétéra, mais cela n'a rien à voir avec les DLC !
La date de péremption n'est donc la plupart du temps qu'une protection légale et une manœuvre commerciale. En ces temps de crise, il va falloir changer nos habitudes au lieu de se laisser flouer par les services marketing de l'industrie alimentaire.

mardi 21 février 2012

La Sécu en fauteuils roulants

En période de crise, le gâchis est plus que jamais à dénoncer, d'autant qu'il est presque toujours absurde. Mais l'est-il vraiment ? On peut chaque fois s'interroger, car il profite ici aux entreprises qui fabriquent ou distribuent les objets de consommation prétendument périmés. Le médecin coordinateur d'un Établissement Hébergeant des Personnes Âgées Dépendantes (EPHAD), nom technique d'une maison de retraite, pointe cette fois 10 millions d'euros fichus en l'air par la Sécurité Sociale.

Enquête.

Il y a en France 460 000 lits d'EPHAD plus des foyers-logements, concernant au total environ 650 000 personnes. Entre 8 et 10% d'entre elles ont un fauteuil roulant, soit 65 000 par an. Le taux de renouvellement des personnes, c'est-à-dire malheureusement des décès, est de 30%. Il y a donc 20 000 fauteuils roulants chaque année dont on ignore la destination, avec de fortes chances qu'ils aillent à la benne à ordures, car ils ne sont pas recyclés. Les familles, qui n'en ont ni la place ni l'utilité, les conservent très rarement. Les EPHAD pourraient éventuellement les renvoyer à la Sécurité Sociale, sauf que les fauteuils ne leur appartiennent plus. Elle ne s'occupe donc pas de récupérer ce matériel dont elle a pourtant financé l'intégralité. Or un fauteuil mécanique lui est facturé entre 350 et 600 euros, sans parler des électriques qui montent à 1 500 ou 2 000 euros. Un petit calcul montre que 10 millions d'euros partent ainsi à la poubelle chaque année, soit l'équivalent des salaires de 5 à 6 000 personnes, aides de vie sociales qui pourraient s'occuper des patients. Tout le reste du mobilier est soumis à la même loi du gâchis comme les chaises percées Louis XIV que les médecins appellent fauteuils garde-robe, alors que l'on pourrait très bien les nettoyer et changer le seau en plastique qui est en dessous. Tout cela est pourtant jeté. Aucune association ne s'occupe officiellement du recyclage de ces engins et ils ne sont pas plus envoyés à l'étranger, dans des pays en voie de développement, que les médicaments, prétendument périmés, confiés aux pharmacies.
Aujourd'hui tout est systématiquement détruit, les médicaments comme les aliments dont la date de consommation serait arrivée à échéance. Les supermarchés, par exemple, aspergent les aliments avec de l'eau de Javel ou des produits équivalents pour éviter qu'ils soient récupérés. Un hôpital n'a pas le droit de donner un yaourt passé d'un jour à l'un de ses employés qui sont pourtant fort mal payés. L'arnaque de la date de péremption des aliments fera l'objet d'un autre article. Mais il faut savoir que les médicaments pourraient, pour la plupart, être utilisés bien après la date imprimée sur l'emballage. On évitera néanmoins ceux qui sont en phase aqueuse ou sous forme injectable, car il y a un risque de cristallisation dans l'ampoule. Pour les autres, le seul risque est qu'il ne soit plus aussi efficace. Alors n'en jetez plus !

Illustration : Le fauteuil d'Ulysse, Arman, 1965
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