Jean-Jacques Birgé

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samedi 25 octobre 2008

Catastrophe


À vouloir trop en faire, je scie la branche sur laquelle je m'assieds pour rédiger mes articles quotidiens (et non quotidiennement). Cette différence me joue des tours. Comme il m'arrive de ne pas avoir le temps d'écrire, j'anticipe parfois en préparant un billet que je poste plus tard. À l'instant de publier je corrige souvent quelques effets de style ou je rajoute un lien hypertexte qui donnera les détails dont je ne souhaite pas m'encombrer. Ce matin je pensais publier une petite histoire lorsque je découvre qu'elle figure déjà depuis presque une semaine sur mon blog ! Évidemment ce jour-là il y en avait deux, mais je ne m'en suis pas aperçu. J'ai probablement décocher la case fatale sans faire attention. Pas moyen de revenir en arrière sinon en meublant l'espace vacant de mon imagination par ces lignes à dormir debout, je veux dire par ces lignes écrites assis, mais dormant debout, tant ma nuit fut courte. Est-ce important de savoir si c'est bien celle qui précède ou une autre ? Je m'en fiche comme de mes premières chaussettes, car mon côté obsessionnel ne va pas jusqu'à collectionner tout ce qui me vêt, encore que... Je garde à la cave mes vieilles frusques pour nettoyer les carreaux et cirer les godasses. Et puis toutes mes nuits sont courtes, vous le saviez. Comment, sinon, aurais-je le temps de vous retrouver chaque matin, de faire le reste de mon travail, les courses, d'entretenir la maisonnée, de voir les amis et tutti frutti ?
Demain dimanche est le Jour J pour Françoise. Nous vérifions le matériel : 5 vidéoprojecteurs, 2 plasmas géants, une dizaine de moniteurs télé, 18 casques, une quinzaine de systèmes son et de lecteurs DVD, tous les câbles et adaptateurs qui vont avec, les affichettes, les films... Pour visiter les dix appartements autour de La Bellevilloise, une vingtaine de guides prêtent main forte à Françoise qui les appelle des Anges. Pauline Fort l'assiste depuis des semaines. Avec Igor Juget et Étienne Carton de Grammont nous filmerons l'événement qu'elle devra monter avec Igor d'ici le 15 novembre pour que le film intitulé logiquement Ciné-Romand soit projeté au Centre Pompidou dans la programmation des Cahiers du Cinéma sur le cinéma numérique dans le cadre du Festival d'Automne. Un marathon chasse l'autre. Le film de 1h40 inclura des extraits de son œuvre dans l'esprit de la soirée de demain.
Le petit film qui ouvre cet article est la bande-annonce que Jean-Luc Godard a réalisé pour le Festival de Vienne en Autriche.
D'amour.

dimanche 19 octobre 2008

Le langage du ventre


Comment faire un cadeau en orientant le choix du destinataire, sans choisir à sa place ou lui remettre bêtement un chèque ? Offrir un présent est pourtant une manière de dialogue entre deux êtres. Le choix implique de s'intéresser aux goûts de l'autre, message intime qui montre à quel point nous sommes à l'écoute de ses désirs. La SmartBox marque un entre-deux, dirigeant la sélection vers un pôle sans prendre de décision franche. Une aventure, un massage perso, un séjour ou un repas pour deux, un atelier initiatique, 31 boîtes de 30 à 400 euros pour combler tant de rêves inexprimés envahissent les abords des caisses enregistreuses. Cela fonctionne sur le même schéma que les chèques-cadeaux, en cernant le sujet sans lui imposer quoi que ce soit ni s'en débarrasser en sortant simplement son porte-feuilles. La formule fait déjà un malheur. À Noël, ma maman m'offrit Saveurs du Monde et Dégustation. Françoise et moi avions choisi un restaurant colombien et un magasin de chocolats ! Nous avons déjà dîné, il nous reste la dégustation commentée et les ganaches...

vendredi 3 octobre 2008

Rêve de palmiers


Pas question de le croquer avant de l'avoir terminé, disait Auguste Renoir à sa cuisinière tandis que la famille affamée attendait qu'il ait fini de peindre le poisson pour passer à table. Photo ! Le palmier de la boulangerie de la Place du Vel d'Hiv aux Lilas est à se damner. Contrairement à la pâte feuilletée croquante qui s'effrite souvent, il est moelleux comme un oreiller qui aurait retrouvé ses formes au réveil. Il fond dans la bouche, mortel ! Je le retourne, comme un "cœur, pareil à une flamme renversée". C'est le calligramme gravé sur la tombe de Guillaume Apollinaire au Père Lachaise. J'aimerais que sur la mienne on distribue des palmiers qui font rêver d'ailleurs, paradis artificiels qui vous réconcilient avec la vie, promesses de lendemains qui chantent... Son parfum de sucre colle aux dents comme une douce vitamine. À 31 ans, je me souviens m'être dit qu'un jour j'aurai de quoi m'acheter un croissant lorsque j'en aurai envie. Il faut apprendre à être patient. Ah, le lyrisme boulanger !