Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 30 juillet 2009

Chiffres de l'élevage


Aujourd'hui je suis allé voir Antoine à la campagne pour mettre nos lapins en boîte. Ils ne manquent pas d'humour. Nous avons commandé trois fly-cases chez Bargraph qui nous a mitonné ça aux petits oignons. Rembourrage en mousse et petites équerres trouées pour fixer des cadenas, histoire d'éviter les évasions pendant les transports. Nous voilà parés, bardés, pour ne pas nous retrouver avec une bande d'éclopés comme du temps où ils étaient trimbalés par des chariots éléventreurs. L'ensemble pesant 141,5 kg dont on soustraira trois fois 18,5 kg, le poids d'une malle à vide, en comptant les tranfos, les routeurs, le hub, le notebook et les 120 bestioles dont 20 remplaçants, le lapin arrive à 720 g pièce de moyenne. Par contre, même au prix de lancement d'un Nabaztag v.1, ça met le lapin à 173 euros le kilo, ce qui est franchement prohibitif pour une viande habituellement bon marché. En répartissant le clapier dans trois caisses on évite de titiller ma hernie discale, la largeur de chacune permettant de les enfourner dans une petite camionnette style Kangoo et leur armature leur ouvrant la soute des longs courriers. Voyez-vous où nous voulons en venir ?

Plus sérieusement, façon de parler, ce soir jeudi à 20h45 sur Arte est diffusé ''La face cachée de la lune'' du Québecois Robert Lepage, un de mes films préférés de ces dernières années, une merveille !

samedi 18 juillet 2009

Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam


En photographiant un rescapé de l'incendie qui a ravagé l'appartement de Jonathan à New York, un titre me vient immédiatement à l'esprit. Il faisait partie de Sic Tui (Sept Improvisations Courtes sur Thèmes fixes pour Un Instrument), enregistré entre le 24 décembre 1974 et le 13 octobre 1975. Quand ta case brûle, rien ne sert de battre le tam-tam, pour flûte seule, date donc du 1er mars 1975. Les autres pièces, pour orgue à bouche, piano, percussion, sons électroniques, saxophone alto et synthétiseur s'intitulaient respectivement À l'usage des jeunes générations / Jusqu'à penser devoir t'effacer (critique) / Par l'insurrection armée, s'il le faut ; par le terrorisme si c'est nécessaire / Jusqu'à l'effacement (autocritique) / Merde, dit-il, je viens de marcher sur le visage de Dieu ! / De le traquer avec des gobelets, de le traquer avec soin. Une huitième pièce, Hic Tui, devait réunir l'ensemble des instruments, mais je crois ne l'avoir jamais enregistrée.
J'ai toujours adoré trouver des titres, pour mon propre usage ou pour les camarades, et le blog m'offre le plaisir de m'y adonner quotidiennement. Selon les jours, il illustre ou apporte un contrepoint à l'image ou au texte qu'il introduit. Ces trois éléments forment une dialectique dont je ne peux d'ailleurs me passer pour aucun de mes actes, recherchant systématiquement l'antithèse ou le complément avant de tirer le moindre début de conclusion.
Un court-circuit aurait donc mis le feu à ce qui tenait lieu d'appartement à Jonathan dans l'East Village, deux petites pièces où s'amoncellent les livres sur le cinéma et les notes de recherche. Le soir, par un astucieux système de poulies, notre ami faisait descendre son lit au-dessus de son bureau, à quelques centimètres de l'écran de l'ordinateur. Les pompiers ont tout jeté par la fenêtre. Jonathan dût réordonner chaque page après les avoir fait sécher, car on oublie que l'extinction par noyade est souvent plus ravageuse que l'incendie lui-même, du moins s'il est circonscrit. Une société spécialisée a même pu récupérer le contenu de son disque dur après un vol plané de six étages. L'ami américain a trouvé refuge chez des amis de Brooklyn et cet été, comme chaque année, nous l'hébergeons et profitons de son passage à Paris, où il continue son étude sur l'exception culturelle française dans le cinéma comparée aux Etats-Unis, pour filer à l'anglaise, quelques jours de vacances au bord de l'eau, tout feu tout flammes.

jeudi 9 juillet 2009

Le spectre, hypothèse révolutionnaire


Notre vie semble réglée sur du papier à musique, mais les portées sont autrement plus complexes, sans compter le paquet de bémols à la clef. Cycle menstruel ou éternel recommencement de l'Histoire, persistance des comportements névrotiques ou saisons, mouvement des planètes ou rénovation du vivant, rien n'y échappe. Si tout ce qui vit sur la Terre suit des lois cycliques, la répétition n'en est pas moins improbable, car aucun des cycles ne possède la même fréquence. Considérons cette superposition d'ondes comme un sandwich tunisien, un mille feuilles où chaque couche a son propre rythme. Pour qu'existe une révolution complète il serait nécessaire qu'elles se retrouvent ensemble à un nœud de vibration commun à toutes, cas de figure plus qu'incertain dès lors que l'on embrasse un système relativement large. De même, la synchronisation de plusieurs creux ou bosses produit des crêtes induisant des phases de dépression ou d'excitation. La représentation de la vie peut ainsi ressembler à un spectre, comme celui de la lumière ou du son, dont les couches harmoniques dessinent le timbre.
La première image, celle du spectre sonore, a été réalisée en 1999 par Aphex Twin avec le célèbre logiciel Metasynth d'Eric Wenger. On peut entendre le résultat sur le single Windowlicker. Remarquons que Wenger est également l'auteur de l'application Bryce : lorsque ce ne sont pas les cycles, nous avons affaire aux fractales, ce qui, dans notre exposé, revient à peu près au même, et rebelote.


La seconde est mon test d'audition que je subis avec curiosité hier matin au Centre Médical de la Bourse. Bilan : largement supérieur à la moyenne de mon âge. Comme c'est dit élégamment ! Avec une perte de l'oreille gauche autour des 4 kHz. Et rebelote, vous disais-je.

mercredi 8 juillet 2009

Le paradoxe Berthillon


La Maison Berthillon ferme toujours au moment des vacances scolaires. Juillet et août n'échappent pas à la règle, chose assez surprenante pour un glacier. La queue des touristes venus déguster les célèbres sorbets et crèmes glacées s'allonge sur l'île Saint-Louis, ailleurs que devant la maison-mère, étonnamment close pour un tel lieu de plaisir. Comme les restaurants abonnés, les dépôts du quartier auront su prévoir leurs stocks. Le magasin est fermé, mais le laboratoire continue à tourner presque tout l'été sous la houlette du gendre du fondateur (si je ne m'emmêle pas les pinceaux dans la généalogie de la famille). Si commander un cornet réclame de la patience, il n'y a jamais cohue pour acheter les boîtes en ¼, ½, ¾ ou litre. Il ne reste donc plus que quelques jours (réouverture le 2 septembre) pour faire ses provisions avant la fatale pénurie.
Déjà enfant, les glaces me faisaient rêver. Nous allions en famille à L'igloo, rue de Sèvres. Je me souviens du verre d'eau rempli de glaçons que le couple de propriétaires servait avec. Lors d'un séjour à St-Johann-im-Tyrol où mes parents m'avaient envoyé pour apprendre l'allemand (!), je m'ennuyais tant qu'un samedi après-midi je m'enfournai 17 boules, testant systématiquement tous les parfums. Le choix draconien que je m'étais imposé provoquait probablement les séances de revenez-y. Mes amis se sont souvent étonnés de nous voir savourer ce mets glacé en toutes saisons. Aujourd'hui, c'est devenu commun, mais à l'époque les appartements n'abritaient pas tous un réfrigérateur et les congélateurs domestiques étaient encore rares. Je me souviens des premières crèmes glacées à emporter que l'on trouvait dans certains supermarchés tel Inno. Lors de mes promenades sur les grands boulevards, près de la rue Vivienne où je passais mes premières années, les glaces italiennes à la pression formaient monticule en petites torsades. À nos palais Motta succéda à Gervais, les esquimaux à l'entr'acte, Sip Babylone et tour du monde en cornets.
Il m'est impossible de revenir de chez Berthillon, dernière station avant l'autoroute qui nous ramène à la maison, sans rapporter un sorbet au cacao extrabitter, d'une densité à couper au couteau en se faisant les muscles. Ensuite j'oscille : chocolat au nougat, marron glacé (selon saison), praliné au pignons ou au citron et coriandre, noix de coco, pistache, réglisse, earl grey, lait d'amande, feuille de menthe, poire, fraise des bois (selon saison), framboise, mangue, sans oublier l'incontournable caramel au beurre salé ou au gingembre pour Françoise et le petit pot au fois gras pour Noël...