Jean-Jacques Birgé

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dimanche 26 septembre 2010

Mochi Mochi


Les "Japanese Style Green Tea Mochi" rappellent les gâteaux mous à la noix de coco servis par les restaurants chinois ou vendus surgelés, mais ceux-ci sont au thé vert et leur mode de conservation ne nécessite pas de devoir les décongeler quand l'envie vient titiller les papilles. Est-ce leur goût sucré ou leur texture, molle et onctueuse, qui génère le désir ? Allez savoir où va se nicher la libido à l'heure du thé ! L'analogie avec une partie cachée du corps masculin est indubitable, générant l'enjouement hilare des amatrices.
Si le dos du paquet est encombré de chiffres sur les valeurs nutritives de ces gâteaux de riz gluant (basses en graisse et en calories !), je doute que les produits qui les composent soient bios, mais ce doux poison excite l'imagination et en comble certain(e)s d'extase gourmande. Quant à la recette (clin d'œil à Dominique !), je ne l'ai trouvée qu'en anglais. Comme souvent, la traduction imprimée sur la boîte semble avoir été réalisée grâce à l'automate de Google : "SVP Le magasin dans un jour (le préposé aura tapé day au lieu de dry) et un endroit frais. Et évitent de garder sous sunray direct. Subsistance à la température ambiante."
Pour vous éviter de cliquer sur le lien ci-dessous je recopie exceptionnellement une partie du texte de Wikipédia :
Du fait de sa grande viscosité, les étouffements sont fréquents. La consommation rapide et abondante de mochi provoque chaque année quelques dizaines de morts au Japon, notamment au Nouvel an avec le Kashiwa-mochi.
Au Japon l'expression « peau de mochi » désigne une peau douce et ferme mais rebondie. On pourrait l'assimiler à notre expression « peau de bébé », à la différence que « peau de mochi » s'applique uniquement aux femmes et possède une forte connotation sexuelle.
Les mochi sont également consommés à Taïwan, où ils sont appelés máshu (麻糬) selon les recettes japonaises. Cette tradition date de la colonisation japonaise de Taïwan."
Ces mochi, six par boîte, dont il existe d'autres parfums comme le sésame ou le haricot rouge, sont importés de Taïwan par mon magasin chinois préféré, l'un des moins chers et qui abrite un poissonnier, un boucher et un marchand de légumes, Les Quatre saisons, 12 rue de Belleville à Paris. C'est à leur traiteur que j'achète régulièrement la salade vinaigrée de pattes de poulet, les nerfs de bœuf, les gobis sucrés et toutes sortes d'abats qui font frémir mes invités, certains de plaisir, les autres de terreur !

dimanche 12 septembre 2010

Travers


Façon originale de commémorer pour moi le 11 septembre, date aussi intime qu'universelle, le sylviculteur a déversé cinq stères de bois devant le garage pour nous permettre d'atteindre sans embûche le dixième anniversaire d'un des plus gros montages médiatiques de l'Histoire. Pour cette délicate opération j'avais invité quelques amis à venir me donner un coup de main. En deux coups de cuillères à pot le bois fut empilé, sous le auvent du jardin de derrière, sur les margelles du mur orange et finalement entassé élégamment grâce au talent d'Elisabeth, Sonia, Sun Sun et Philippe. Il faisait un temps magnifique pour un début septembre. Une heure plus tard, je mettais le feu au barbecue où grilleraient les travers et la poitrine de porc qui avaient mariné toute la nuit.


Dans un mixeur, hacher menu une grosse racine de gingembre, deux têtes d'ail, de la citronnelle, des feuilles de menthe et de shiso (feuille de nankin rouge), ajouter du sucre en poudre, pas trop de nước mắm, un peu de piment, un citron vert et un verre d'alcool. Masser la viande et la laisser reposer la nuit au frigidaire après avoir recouvert le saladier d'un linge humide. J'ai servi avec du riz saupoudré de mishima yukari à base de shiso et des petites tomates de toutes les couleurs, noires, oranges, jaunes, rouges, roses, et même des vertes et des bien mûres. On ne s'en est pas privés, d'autant que nous fûmes rejoints à l'heure du café ou du thé par Marie-Laure, Marie et Francis. Il ne manquait que ma mie qui arriva bien tard pour s'être endormie à l'heure du train... Mais l'histoire finit bien, éternel recommencement. Que rêver de mieux ?

vendredi 10 septembre 2010

La stratégie du buffet


Une autre amie qui m'avait invité mercredi soir au 20ème anniversaire de Courrier International au Théâtre de l'Odéon me fit courir un risque insensé en me laissant seul quelques minutes près du buffet. C'est un vieux truc d'enfance, je n'aime pas les bulles mais j'adore goûter tous les petits fours de manière déraisonnable. J'avais sagement commencé à faire la queue pour le risotto jambon cru et les blinis au gravlax, mais les vieux réflexes ont pris le dessus et je me suis souvenu de la stratégie du buffet, consciencieusement élaborée à une époque où nous ne mangions rien d'autre que des pâtes, du riz ou de la purée mousseline, le tout assaisonné de sauce de soja. Il faut donc repérer où la cuisine a été installée et suivre le trajet emprunté par les serveurs jusqu'au buffet proprement dit. On fera parallèlement une petite étude psychologique du personnel pour identifier si certains joueraient les complices ou si une interception est envisageable sur leur chemin. Sinon il suffit de se planter à proximité de la table, sans s'y coller. On se sert, d'abord deux ou trois pièces à engouffrer successivement, et l'on s'éloigne pour laisser les autres convives en profiter, on passera même galamment une fourchette, et l'on effectue un petit tour avant de reprendre place au second rang. Il serait déplacé d'attendre les plats ; laisser repérer ce petit manège manquerait d'élégance ! Celles et ceux qui bloquent l'accès aux mets vous laisseront heureusement vous glisser. La stratégie consiste à évaluer la fréquence de présentation des plats, car les maîtres d'hôtel ont tous leurs manies, certains préférant tout apporter, d'autres distiller soigneusement les plateaux au fur et à mesure de la soirée, mais la fréquence est toujours régulière, ou du moins elle obéit à une logique. Lorsque nous étions nombreux, je suggérais à mes camarades de se mettre derrière moi en file indienne et je leur passais les canapés par dessus l'épaule sans avoir besoin de me retourner. J'ai le bras long !
Un jour à l'Opéra Garnier j'ai assisté à une démonstration de haute stratégie pour se faire servir au bar lorsqu'il y a foule. Un homme hèle le garçon un gros billet à la main : "Combien je vous dois ?". Le barman est irrésistiblement attiré par la grosse coupure qu'il ne peut pas laisser filer d'autant qu'elle est tendue de loin dans la mêlée. Ne se souvenant plus de ce qu'il a servi, et pour cause, il demande illico pour quoi. Le client annonce alors : "Deux whiskys". Surprise du garçon : "Mais nous n'en avons pas !". Réponse du petit malin : "Cela ne fait rien, donnez-moi deux Cocas !". Un autre breuvage absent de la carte fera aussi bien l'affaire...
Je suis rentré un peu honteux de m'être goinfré, pas tant pour la Holding LMPA (Courrier International, Le Monde, Télérama, etc.), mais pour mon régime qui a déjà subi cinq jours d'épreuves culinaires la semaine dernière dans le sud-ouest !