Jean-Jacques Birgé

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jeudi 24 novembre 2011

Banzaï !


Connaissant mon goût pour la cuisine asiatique, ma fille m'a offert pour mon anniversaire le livre de Harumi Kurihara de la collection "dans votre cuisine" (Flammarion). C'est la Bible de sa cousine Chloé qui a déjà expérimenté plusieurs des recettes sans n'en rater aucune tant la publicité "la cuisine familiale japonaise pour tous" s'avère exacte. Comme il me manquait du katsuobushi (pétales de bonite séchée), du katakuriko (fécule de pomme de terre) et de l'algue kombu, je suis allé faire mes courses à l'Opéra. Le reste des ingrédients essentiels sont le riz rond japonais, des sauces de soja japonaises, le mirin (liquide sucré légèrement alcoolisé), le bouillon dashi, les graines de sésame grillées, le vinaigre de riz, des nouilles soba et udon, du tofu (fromage de soja), du miso (pâte de de soja fermenté), des algues nori, du wasabi (raifort vert), du shichimi togarashi (sept condiments en poudre), de l'ail et du gingembre frais, du sucre en poudre, mais tout cela figurait déjà à ma panoplie. Je n'ai plus qu'à suivre les indications très simples du livre de recettes. Il paraît que c'est sublimement bon. Je fais confiance à ma fille et ma nièce.
En parcourant les rayons de l'épicerie coréenne Ace, rue sainte Anne, ou du japonais Kioko, rue des Petits Champs, je me rends compte que l'on ne trouve plus les produits habituels. La plupart des importations japonaises ont été remplacées par des coréennes, américaines ou européennes. La catastrophe de Fukushima a porté un rude coup à l'industrie alimentaire. Et l'on ne nous raconte pas le dixième de la réalité de l'île. Aujourd'hui on sait que le cœur du réacteur n°1 a fondu trois heures après le séisme, et percé la cuve deux heures après, le n°2 aurait commencé à fondre 77 heures après le séisme en perçant la cuve trois heures après, le n°3 aurait fondu 40 heures après le séisme, percé sa cuve 79 heures après et, début de ce mois de novembre, le plus haut niveau de radioactivité y a été enregistré ! Il est difficile de connaître la vérité. Des messages électroniques échangés au sein du gouvernement britannique et rendus publics début juillet montraient sa volonté délibérée de minimiser l'impact de Fukushima dans l'opinion, avec l'aide d'EDF Energy, d'AREVA et de Westinghouse alors qu'un accord portant sur la construction de huit nouvelles centrales nucléaires se préparait à être signé. Les Tokyoïtes ont appris à consommer moins d'électricité et ne boivent plus l'eau du robinet. Combien de temps faudra-t-il pour que l'on apprenne les conséquences dramatiques sur la planète ?
J'évite de donner trop de détails pour ne pas vous couper l'appétit. Ce serait dommage. Le best seller de Harumi Kurihara met l'eau à la bouche et les recettes semblent en effet faciles à réaliser. Leurs noms ne paient pas de mine, car c'est la cuisine de tous les jours. Mais les ingrédients laissent augurer des révélations gustatives et un aspect diététique qui ne me fera pas de mal ! Je vais donc m'y coller, moi qui préfère lire ce genre de bouquin comme des romans gastronomiques pour me laisser ensuite aller à l'invention face à mes fourneaux.

P.S. : hier soir nous avons constaté la fermeture du restaurant Koba qui semblait définitive. Nous serions bien allés au Kunitoraya 2, mais comme indiqué par Sacha, seul le menu de midi est abordable. Nous avons donc dégusté un nattō chez Foujita, rue Saint Roch...

jeudi 10 novembre 2011

Sur la voix de la guérison ?


Lao Tseu l'a dit : il faut trouver la voix ! Hésitant à me laisser couper la tête pour connaître la vérité sur l'éclipse totale qui m'a rendu aphone, et préférant éviter les corticoïdes, j'ai opté pour la pharmacopée chinoise des Fils du Dragon, tisane Ganma Ocha et sirop de plantes naturelles Nin Jiom Pei Pa Koa puisque ni l'homéopathie, ni le Maxilase, ni le grog, ni le citron ne faisaient effet. Pas de remède miracle, mais une bonne dose de patience après cinq jours d'extinction vocale. J'avais seulement parlé toute une soirée chez des amis alors que je sortais d'un mal de gorge. Des qualités de l'Allemagne avec Patrick Beurard-Valdoye, des sortilèges de l'adolescence avec une mère désespérée, des cornichons sur la raclette... L'inflammation du larynx empêche mes cordes vocales de vibrer, du moins l'une d'entre elles. On aura tout entendu, je ne dis plus un mot pour ne pas les irriter, ni elles ni personne. Pas de provocation ! Si c'est absolument nécessaire je chuchote, mais les lieux publics occultent mes émissions. Je me terre.

Comme le lotus bleu ne me réussissait pas tant que ça, je googlise mon cas, mail et tchat sont un bon moyen de communiquer sans fatiguer mes cordes vocales, je tape, tape, tape jour et nuit. Un site suggère de faire bouillir sept minutes un bâton de cannelle et... On aurait presque envie d'y croire ! Une tasse, deux tasses, trois, je les bois, fais sonner doucement les basses, si mollement que pour l'instant c'est motus et bouche cousue. Respirer par le nez pour éviter les courants d'air, et surtout pas d'effort inutile. C'est comme un torticolis, on l'envenime à vouloir tester ses limites. Ne rien faire. Je suis toujours persuadé que si je tente la sieste le téléphone va sonner et me réveiller dans les cinq minutes. Bingo ! Le seul de l'après-midi alors que je venais de réussir à m'endormir. Je ne sais pourtant jamais si cela fait longtemps ou pas. Mais c'est pour la bonne cause, façon de parler, ce n'est pas son jour, je suis tout seul et Je fais semblant d'être un autre dans son silence. Bonne nouvelle, une facture va nous être réglée ! Plus moyen de me rendormir. Pour m'achever ou me requinquer je concocte un cocktail avec tout ce que l'on m'a conseillé depuis quelques jours. Pas d'imprudence. Je finis les pots puisque je ne suis pas sourd. Muet, je siffle, pratique le langage des signes et en tout cas m'isole. Trop bien ficelée cette affaire. Lorsque je fais mon Houdini en libérant quelques mots on me fait des compliments sur ma voix, chose qui ne m'arrive jamais en temps normal. Ne pas céder à la tentation. Surtout celle du Taoïsme qui sonne sophisme à mes oreilles. Accepter le sort sans perdre le nord. Direction Tourcoing, Lille, Ostende...

Problème inextricable, j'ai l'habitude de me relire à haute voix pour faire rouler les mots tel un tambour. Ce soir, mes phrases restent collées à la page comme des images pieuses.