Jean-Jacques Birgé

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mercredi 18 septembre 2013

Messages échoués sur une plage


Hier soir j'ai ramassé sur FaceBook d'anciens messages qui ne m'étaient jamais parvenus. Elsa m'a suggéré de cliquer sur Autre sous l'icône de l'onglet Messages et des dizaines sont apparus, simplement cachés parce qu'émanant d'utilisateurs non répertoriés comme Amis. Pour revenir à la liste habituelle j'ai cliqué à nouveau sur Boîte...


Le premier provenait d'une amie de Bernard Vitet qui avait appris sa mort et me demandait une adresse, le second de la jeune femme qui avait ramassé mon porte-feuilles dans l'escalier du métro et l'avait remis au guichetier. Je m'étais aperçu de ma maladresse dans le wagon, avais galopé jusqu'à l'entrée, cassé mes lunettes dans la précipitation, convaincu le guichetier de me rendre l'objet perdu, redescendu quatre à quatre l'escalier et rejoint Françoise qui m'attendait dans le train encore à quai. Quelle suée, et quelle joie ! Étonnante impression d'avoir découvert des bouteilles rejetées par la marée après des semaines à flotter sur la Toile. Elsa me raconte que je ne suis pas le seul à ignorer cette ressource. Peut-être devrais-je explorer les bords du cadre avant que le train ne soit déjà parti ou la mer retirée ?

jeudi 5 septembre 2013

Bouvard et Pécuchet à moi tout seul


Le mortier n'a rien à voir avec celui que mon grand-père évoquait régulièrement dès qu'on le branchait sur la guerre de 14. Dommage, car à force qu'il en rabâche la balistique raffinée peut-être aurais-je été plus apte à calculer la trajectoire d'un obus qu'à combler des trous dans mon jardin ? D'un autre côté, lors des trois jours du service militaire j'ai refusé de cocher les cases du questionnaire liées au bombardement et je me suis fait réformer. Rien à regretter. Quarante ans plus tard, je me faisais une montagne des creux au milieu du dallage qui mène à notre porte d'entrée quand un copain me suggéra d'acheter du mortier, mélange tout prêt de ciment, sable et je ne sais quoi à mouiller pour en faire une pâte applicable à la truelle. Le problème avec ce genre d'activité vient du fait que je ne suis pas bricoleur pour deux ronds. J'ai donc consciencieusement rassemblé le matériel sans être certain de m'y prendre ensuite correctement, y compris dans le maniement de la taloche. Il semble que la fonction de cet ustensile soit de lisser après que j'ai bouché les excavations provoquées par l'éclatement des dalles sensibles aux variations de température. Après pesage sur la balance de la cuisine des différents ingrédients, soit l'eau et la poudre, me voici à quatre pattes dès l'aube à gratter les mousses avec une brosse en métal. Je fais monter l'enduit en mayonnaise et j'éradique les pièges à talons aiguilles en y mettant souvent les doigts bien que le mode d'emploi stipule que c'est totalement déconseillé. J'ignore les méfaits du produit, mais j'ai l'impression que mes doigts sont devenus aussi lisses que les fesses d'un nourrisson, ce qui correspond bien à mon niveau dans l'échelle des compétences maçonniques.
Prudent, j'ai gardé pour demain la confection de la marche qui s'est désintégrée sous le seuil en métal, sachant que je devrais avoir recours à une planche pour presser l'enduit et l'empêcher de se répandre en glissant. Nouvelle épreuve en perspective. J'ai 24 heures pour constater la qualité de mon travail expérimental qui me rappelle fortement ma lecture de Bouvard et Pécuchet.
(...) Le lendemain, si le résultat me semble satisfaisant hormis l'esthétisme, je ne peux évidemment plus bouger. Je remplace l'Ixprim par un cocktail reine-des-prés/cassis/harpagophytum censé soulager mes douleurs lombaires sans risquer/profiter d'effets secondaires plus ou moins fantasmés. Le ciel gris menaçant, je repousse à plus tard mes génuflexions cimenteuses et m'immerge dans un bain bouillant, algué et moussant qui me fait oublier les tâches ménagères.
La seconde épreuve me conforte dans mon incompétence et m'encourage à réitérer. J'aurais dû démonter le seuil et fabriquer un coffre pour la marche. De toute manière je n'ai pas assez de mortier. Pourtant ça tient. Je suis partagé entre la satisfaction de m'y être collé et mon inappétence qui m'empêche de mener à bien une affaire pas si compliquée. Après avoir nettoyé les ustensiles je retrouve mon assurance et vogue vers de nouvelles aventures.