Jean-Jacques Birgé

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mercredi 25 août 2010

Bredouille


D'habitude la pêche nous sort du lit à 4 heures du matin pour être en mer quand le jour se lève. Cette fois, nous avons voulu profiter du soleil couchant. Ce sont les deux moments où le poisson est susceptible de mordre. Trop tôt dans la saison, mer agitée par les scooters des mers et la foule des vacanciers, manque de chance, peu importe la raison, nous sommes revenus bredouille, non sans avoir pesté contre les propriétaires de hors-bord inconscients qui rasent le pointu au risque de couper les lignes que nous traînons. Pour Françoise et moi, de toute manière, l'important n'est pas la prise, cerise sur le gâteau de la ballade, mais la baignade en pleine mer qui nous ravit. Plonger du bateau lorsque nous sommes au large produit une sorte de vertige planant, une sensation unique d'appartenir à la planète bleue. La profondeur sous nos pieds rend le masque inutile. Nous surplombons l'obscurité. Remonté sur le pont, je fais quelques clichés qui raviveront mes souvenirs lorsque nous aurons réintégré notre métropole surpeuplée.

dimanche 22 août 2010

Il n'y a pas que les ânes qui chient de l'or


L'arrière grand-père de Françoise, celui qui joue le rôle du gamin dans L'arroseur arrosé des frères Lumière, Léon Trotobas, faisait paître ses deux chèvres le long de la voie ferrée départementale jusqu'à un terrain abandonné au Grand Séchoir, le Sécadou en provençal. Les riverains lui faisant tracas de son squat animalier, Léon, décidé de ne pas se laisser faire, l'acheta pour une bouchée de pain et planta des piquets pour ses chèvres. Jean-Claude me dessine le huit qui permettait à une chèvre de tourner autour du piquet. Avec le temps, La Ciotat s'étendit et le demi hectare se retrouva en pleine ville ! À l'occasion du mariage de sa fille et du futur maire communiste de la ville à l'époque des chantiers navals, Georges Romand, Léon construisit la petite maison carrée. Beaucoup plus tard, les parents de Françoise y plantèrent leur mobil home jusqu'à faire construire une seconde maison dix ans plus tard. Le jardin extraordinaire traversé par des ribambelles de canards doit donc son existence à un coup de colère d'un électricien des frères Lumière à qui les bourgeois refusaient d'y voir brouter ses chèvres.

samedi 21 août 2010

Gourmandise


Qu'est-ce qui ne faut pas faire par gourmandise ! Je fais le singe en grimpant plus haut que la grande échelle pour cueillir les figues que Jean-Claude doit réduire en confiture avec les pommes du fond du jardin. Depuis mes abus en début de semaine qui s'étaient soldés par une nuit difficile, j'y vais doucement.
Par contre, je suis passé aux gojis que je lave et fais tremper avant de les savourer le matin à jeun. Achetés à Chinatown à Belleville les petites baies rouges coûtent dix fois moins cher que chez les bios. C'est le dernier fruit à la mode. Les Chinois leur prêtent des qualités exceptionnelles. Wikipédia résume : "Le goji permettrait de renforcer les défenses immunitaires (propriétés anti-inflammatoires), de faire baisser la tension artérielle, le taux de cholestérol et de sucres dans le sang, d'améliorer l'assimilation du calcium, et de soulager le foie. Le goji est présenté comme pouvant être utile dans les cas de fatigue, de faiblesse immunitaire, d'hypertension, d'infection urinaire, d'excès de cholestérol, de prévention des troubles oculaires. Certains chercheurs chinois supposent que cette baie fait partie des aliments qui pourraient retarder le vieillissement cellulaire."
J'ai piqué une sacrée suée au faîte de l'arbre. Les grosses figues noires regorgent de sucre. Ça explose dans la bouche de l'indigo à l'ultraviolet. "En médecine chinoise, la figue est utilisée pour éliminer les toxines et traiter les furoncles. En herboristerie, elle est utilisée en préparation pour soigner les rhumes et dégager les voies respiratoires." Ce qui est bien avec les Chinois, c'est quoi que l'on avale il recèle toujours quelque chose de bon pour la santé. Ça vous déculpabiliserait de vous empiffrer.

vendredi 20 août 2010

Match de canards


Si les canards mangent les grenouilles, se repaissent-ils des souris ? Françoise qui a mis en eau le nouveau bassin construit par son père m'appelle pour assister à un match de rugby entre les six canetons étroitement surveillés par leur mère. Un souriceau tombé entre leurs becs sert de ballon à la bande de palmipèdes excités comme des puces. Ils n'arrêtent pas de se nager après en essayant de se chiper leur proie. Diabolo surveille la mêlée en arbitre de touche sans avoir droit d'y aller de son museau. Je l'ai enregistré en début d'après-midi avec un os entre les dents. Sa plainte phénoménale rappelait le cri d'un lion qui vient de se Quincy Jones dans la porte de sa cage. Loulou, le vieux labrador paralysé de l'arrière-train, s'en fichait éperdument, se réveillant de temps en temps pour lancer un aboiement aussi terrible que celui du jouet qui nous terrorisait lorsque nous étions enfants Passage du Panorama. Entre les grincements de ténor du Jack Russell, les sub-basses du Labrador, les coups de klaxons de la cane, les piaillements de sa marmaille, les stridulations des cigales, les gémissements des tourterelles, les jacassements des pies et le concert des petits oiseaux, il n'y a que les abeilles que l'on n'entend pas, cantonnées derrière les figuiers, trop absorbées à travailler.

lundi 16 août 2010

Les Marseillaises


Les Marseillaises cueillies sur l'arbre tiendraient leur nom de la planète Mars que je n'en serais pas étonné. C'est à tomber par Terre si l'on n'y prenait garde en grimpant sur l'échelle pour cueillir au sommet les plus mûres. Quand on commence il est difficile de s'arrêter de les dévorer tant elles sont délicieuses, fondant dans la bouche avec leurs petits grains qui viennent vous chatouiller le palais. Ma princesse, elle aussi marseillaise, s'en délecte sous les yeux de Diabolo qui a plutôt une furieuse envie de jouer à chien perché. Je n'ai jamais mangé de figues de Marseille, appelées aussi figues d'Athènes, couilles du pape, blanquettes, blanchettes, grises de Marseille ou liparis, ailleurs que dans le jardin de La Ciotat. Je n'en ai jamais vu sur aucun marché, probablement parce qu'elles se conservent mal. Leur parfum et leur sucre surpassent pourtant les meilleures des grosses figues violettes. Elles sont deux fois plus petites et ne passent du vert au jaune que lorsque le soleil les a confites. Il faut les cueillir vite, car après l'orage elles éclatent et les mouches viennent pondre leurs œufs dans leur cœur écarlate. Si l'on n'est pas regardant, cela apporte un supplément de protéine, mais cela n'y fait rien au goût ! Jean-Claude les transforme parfois en confiture, mais rien ne vaut de les cueillir soi-même et de les engouffrer aussi sec. Aucun fruit, même la meilleure framboise, n'égale à mes yeux cette merveille de la nature. Question de goût.

vendredi 13 août 2010

Dernières tomates


"Dernières tomates" n'est qu'une manière d'annoncer les dernières nouvelles, car ce sont pour moi les premiers fruits de l'année que je cueille sur l'arbuste. Je ne crois pas comme Saint Matthieu que "les derniers seront les premiers" (chapitre 20), préférant à la paraphrase biblique un "à travail égal salaire égal" (GRRR 1005). Tandis que j'arrose le potager quelques gouttes viennent à tomber. Si peu qu'elles nous semblent un mirage. Jean-Claude a creusé des rigoles qui facilitent le travail. L'eau coule de pied en pied et je n'asperge les miens qu'en passant aux potimarrons, faisant bien attention de ne pas mouiller les feuilles des tomates. Comme j'en coupe les gourmands qui affaiblissent les plants je me retrouve avec les mains vertes, réputation que je n'ai pas, bien que je sois habituellement en charge de la végétation de notre maison. Chaque son, chaque pas sur le gravier nous rappellent forcément l'absence de Rosette. Cette mémoire douloureuse s'adoucira avec le temps. En apprivoisant la perte, la tendresse permet de ne conserver que les leçons de vie. Au retour de la baignade, je me gave de figues marseillaises et de chasselas avant de régler les points en suspens des projets supposés terminés et ceux en devenir. Le farniente prend doucement. J'ai même réussi à faire une petite sieste. C'est la révolution. J'en suis rouge de confusion. Comme une tomate.

dimanche 8 août 2010

Mon ange


Louise rappelle que c'est la nuit des étoiles. On pourrait les admirer facilement cette nuit s'il n'y avait pas de nuages et si nous étions loin de toute agglomération. Les lumières de la ville nuisent aux lucioles qui brillent à des années lumière de notre pauvre petite planète bien mal en point.
La perspective du temps qui me sépare de ces cuivres étincelants me rassure tandis que les trous noirs qu'ils oblitèrent me renvoient dans les cordes. Mauvaise conseillère lorsqu'elle fait de nous des lâches, la peur peut se retourner comme un gant de caoutchouc et nous pousser à réaliser des projets pour lesquels nous nous jugions incompétents. Ce sont d'ailleurs toujours les plus réussis, venus de l'au-delà ou soufflés par l'inconnu que nous hébergeons. La mécanique quantique et la relativité einsteinienne se croisent au centre de notre univers, un point précis que je situerais un petit peu en-dessous du nombril. Le doute agit de la même façon. Il habite forcément tout créateur qui marche pour la première fois sur la Lune. Un coup de vent balaie le ciel, faisant apparaître notre bonne étoile, chacun la sienne. L'une d'elles porte mon nom. J'imagine qu'il y en a pour tout le monde. Il suffit de se projeter sur la Toile, du moins les points vitaux de notre organisme précaire, en équilibre instable, et de chercher celui que j'ai évoqué tout à l'heure, résultante des forces, tant musculaires que cérébrales, le centre de l'étoile que nous venons de dessiner en reliant tous les points. Peu importe s'il bouge. Rien n'est fixé une fois pour toutes. Attention de ne tracer que des vecteurs, jamais de lignes. Les flèches de Cupidon, avec leurs extrémités trempées dans les flammes des astres bouillants, sont la pointe des ailes qui permettent de s'envoler.

Bande-son : Les étoiles filantes.