Jean-Jacques Birgé

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vendredi 23 septembre 2011

SAS SOS


C'était le matin. J'avais encore le sourire. Nous étions un peu inquiets de l'heure de retard à l'aéroport Charles De Gaulle, craignant de rater notre correspondance à Stockholm. Arrivés là, personne au guichet d'embarquement pour rejoindre Tallinn. Sur le panneau d'affichage, écrit sur fond rouge "Prochaine information dans 30 minutes", mais le même message est répété toutes les demi-heures ! Jusqu'à ce que le vol de la compagnie estonienne disparaisse purement et simplement des écrans. Ça tournait mal…


D'odieuses tortues nous font poireauter debout pendant une heure et demie, tapant d'un doigt d'une seule main, prenant le temps d'un café, disparaissant régulièrement, ne donnant aucune information sur un éventuel autre vol alors que celui de la compagnie estonienne a été annulé sans aucune précision. Pas un mot d'excuse (redoutable sécheresse des hôtesses SAS, la compagnie d'aviation scandinave qui nous a déjà menés en bateau par le passé), pas la moindre compensation (quand je demande de bénéficier du même coupon repas que nos prédécesseurs dans la queue, la vieille pie me répond dix fois de suite "vous voulez rater votre avion ?" au lieu de me le tendre). Deux Chinois s'étonnent que les incapables n'aient pas déjà été déportées dans le Grand Nord. SAS nous fait tourner en bourrique. Dans le Boeing qui nous emmène à Oslo le plateau déverse sa crème sur ma veste, ma chemise et cet ordinateur où je passe mes nerfs. Pour une fois, nous sommes à l'avant de l'appareil, mais la sortie se fait exceptionnellement par l'arrière. Antoine tente d'enfiler son pull en gardant son sac en bandoulière, nous avalons des crevettes mayo avec un lance-pierre, mais le vol Oslo-Tallinn retarde à son tour. Dans ces moments il est appréciable d'être deux, et d'en rire. Nous aurons mis plus de douze heures pour rejoindre Tallinn qui est maximum à trois heures de Paris. Il faut toujours compter large lorsque l'on voyage pour le travail.

(Coucher de soleil sur Oslo)
Arrivés enfin au Kumu Art Museum nous installons nos lapins jusque très tard dans la nuit, alors que nous devons aujourd'hui enchaîner radio, télé et spectacle. Nabaz'mob joue également demain soir pour la clôture de Gateways organisé à l'initiative du Goethe Institut.

mardi 6 septembre 2011

Repérages à Beauvais


Les draps qui les recouvrent transforment les œuvres en fantômes. Des murs semblent suinter des fresques inachevées. Se promener dans les salles fermées du Musée Départemental de l'Oise a la magie des coulisses, comme si le lieu était constitué de chausse-trappes, de portes dérobées, de couloirs secrets. Le mystère hante ces lieux fermés depuis douze ans au public et bientôt en rénovation.


Hier matin nous avons donc fait un saut à Beauvais pour repérer la salle Thomas Couture où sera représenté notre opéra Nabaz'mob du 5 au 23 octobre prochains. Chaque lieu impose une scénographie différente. Ici le public limité à dix-neuf visiteurs à la fois, pour raison de sécurité, assistera à la représentation du haut d'une petite estrade tandis que le clapier s'étalera à ses pieds dans l'obscurité. L'acoustique de la salle autorise la diffusion acoustique, soit cent petits haut-parleurs, un dans chaque estomac lagomorphe.
Après le déjeuner, nous visitons la cathédrale gothique dont la mégalomanie lui fut fatale tout au long de son histoire. Première de son espèce au Xe siècle, la Basse-œuvre fut détruite après d'innombrables incendies. Elle est remplacée par l'actuelle au XIIIème, la Haute-Œuvre, qui s'écroulera plus d'une fois. Après la nef, la flèche "la plus haute de toute la Chrétienté", cent-cinquante-trois mètres, y passera avec le clocher. Aujourd'hui encore, à l'intérieur, les chutes de pierre ont obligé partout l'installation d'étais en bois pour que le ciel ne tombe pas sur la tête des fidèles. Le résultat de cette démesure est franchement tarte et risible.


Nous préférons admirer les magnifiques sirènes musiciennes situées sous l'une des tours de l'entrée du Musée, découvertes dans les années soixante alors que le XIXe siècle les avait enfouies derrière la chaudière ! Il en reste quatre, sur les huit probables, qui jouent de la cornemuse (une pipasso ?), d'un flageolet et d'un tambourin, de la viole (viola da braccio) et d'un instrument à cordes étrangement appelé trompe marine. En admirant ici les fresques, ailleurs les bas-reliefs comme dans l'Égypte ancienne, j'adore imaginer la musique que l'on pouvait jouer alors, puisqu'aucune trace ne nous est parvenue. Des os de mammouth retrouvés en Russie m'avaient laissé perplexe sur la musique qui avait pu en germer. C'est pareil avec les instruments contemporains les plus bizarres dont je fais couramment l'acquisition et qui me laissent libre d'inventer tout ce qui me passe par la tête !