Jean-Jacques Birgé

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lundi 20 juin 2016

Journal napolitain : 10/Les bonnes adresses de notre escapade


Je récapitule enfin les bonnes adresses de notre escapade napolitaine, amalfitaine et éolienne, en soulignant autant que possible les liens Internet de ces officines.


À Naples la meilleure surprise culinaire vient de la pizza frite de La Masardona où les amateurs font la queue après avoir donné leur nom, mais ce n'est hélas ouvert que le midi à part le samedi soir. Sinon dans le quartier antique A' Lucianella est une cuisine familiale sincère. Dans le quartier de la gare, les sfogliatelle chaudes de L'Antico Forno delle Sfogliatelle Calde de Fratelli Attanasio sont parfaites. J'ai trouvé des chemises à fleurs formidables à 25€ chez un vrai chemisier, Prestieri, via Toledo, et un costume bleu roi (pas d'affolement j'ai également pris un pantalon rouge révolution) avec une coupe italienne d'une rare élégance chez Emporio Uomo, via Casanova.


À Vico Equense l'Université de la Pizza, connue sous le nom de Gigino, la sert au mètre. C'est bon et un peu bizarre, car la salle ressemble à un immense réfectoire. Aussi avons-nous préféré le Terra Mia situé à côté de notre hôtel, l'Aequa. Ses risottos à l'encre de seiche ou aux agrumes et crevettes resteront inoubliables. Quant au glacier, la Cremeria Gabriele, il est absolument incontournable, un des meilleurs d'Italie et nous en avons testé quelques uns !


À Sorrento ne ratez pas le Musée de la Marqueterie, le lieu est aussi intéressant que ce qui y est présenté. Côté gastronomie, oubliez cette ville sinistrée par le tourisme.


À Ischia le seul restaurant qui nous a vraiment emballés est Un Attimo di Vino dont le patron sicilien, ancien chef étoilé qui a préféré la vie douce des îles, propose un menu à sa fantaisie, concocté avec amour. Sinon Françoise s'est fait faire de magnifiques sandales sur mesures par la cordonnière Mariarosaria Ferrara...


À Lipari nous nous sommes carrément abonnés au restaurant Kasbah Restaurant & Pizza à la cuisine inventive et succulente, voire moins cher que toutes les trattorias arnaque-touristes. Nous y sommes allés soir après soir. Quantité d'échoppes vendent des câpres (capressi e cucunci, selon la taille), trois pâtisseries proposent d'excellents canolis, des nacatulis aux amandes et des bouchées aux pistaches (les pistaches viennent toutes de Bronte en Sicile). Quant à notre excursion à Acquacalda, la trattoria Aurora ne sert que de la cuisine familiale et cela fait un bien fou. On leur a même acheté des petits gâteaux qui sont partis comme des petits pains à la première visite parisienne de nos amis.


À Vulcano ne vous contentez pas de grimper en haut du volcan, faites-en aussi le tour. Sinon les bains de boue sont une expérience intéressante. Pas forcément besoin de douche, si vous préférez vous rincer dans la mer.


À Stromboli le Villagio Stromboli possède une charmante plage sous ses fenêtres et nous nous endormons au son du flux et du reflux avant de gravir de nuit le volcan avec un des guides de Magmatrek.
N'ayant pu faire aucune comparaison je ne livre pas d'autre adresse d'hôtels, même si les nôtres étaient souvent très bien.


Pour la traversée en paquebot nous avions une cabine de 1ère classe avec douche, wc et hublot. Si vous avez les moyens ce n'est pas très cher et c'est tout de même plus confortable qu'autre chose. Et pour l'avion nous avons trouvé des billets très bon marché sur Air France sans les restrictions des low costs qui finissent par coûter cher en suppléments !

mercredi 15 juin 2016

Journal éolien : 9/Stromboli


Après une dernière journée à arpenter l'île de Lipari, particulièrement belle sur son flanc occidental, nous réembarquons pour une dernière escale avant le retour à Napoli, Stromboli dont le volcan occupe la quasi totalité de l'île, jusqu'à son sous-sol puisqu'il s'enfonce à 2000 mètres sous la surface.


Les rues de Stromboli sont si étroites que seules de minuscules voitures électriques ou des triporteurs peuvent les emprunter en rasant les murs de chaque côté. Pas question de laisser traîner une phalange à l'extérieur du véhicule ! De toute manière nous marchons, car l'île est toute petite, du moins en surface. Si les maisons de Lipari étaient de toutes les couleurs, un peu comme à Burrano près de Venise, celles d'ici sont toutes blanches. Partout les arrondis et arabesques rappellent l'influence maure.
Nous avons rendez-vous à 16h30 pour gravir le volcan et assister au spectacle nocturne de la lave en fusion. De temps en temps un toupet d'épaisse fumée noire semble s'échapper du sommet qui nous attend. Façon de parler car la bouche d'enfer crache son sang depuis des millénaires sans que les hommes n'y puissent rien.


Depuis la nuit du 31 décembre 2002 au 1er janvier 2003 où une éruption déclencha l'évacuation de l'île, la présence d'un guide est obligatoire. Avant, l'on pouvait monter comme on voulait, et même dormir là-haut. Des imprudents y laissèrent parfois la vie. J'ai vécu cette approche du danger sur l'Etna dans les années 60 et il faudrait que je retrouve les photos où nous sommes au bord du cratère tandis que des bombes incandescentes jaillissent derrière nous. Coïncidence troublante, la date de cette explosion correspond à la nuit électrique où Françoise et moi nous sommes mis ensemble, rencontre fabuleuse que j'ai plusieurs fois racontée, en particulier dans l'émission de France Culture, Sur les docks, consacrée à ma compagne cinéaste.


Notre équipement comprend des chaussures de marche, un T-shirt de rechange quand on sera arrivés en haut, un pull et un coupe-vent car il y fait frais, un foulard pour affronter la poussière, une lampe frontale pour redescendre, de quoi boire et manger. Magmatrek fournit casque et masque, et nous avons loué deux paires de bâtons qui soulagent les cuisses en montée et les genoux en descente. Nous voilà partis !


L'escalade se révèle ardue comme nous nous y attendions. La pente est très raide et le guide a de longues jambes. Je suis les pas de celle ou celui qui me précède sans beaucoup lever le nez ou regarder les maisons qui rapetissent à vue d'œil au bord de l'eau. Passé les hautes herbes que nous traversons comme une jungle, le paysage devient lunaire. Toutes les trente minutes les pauses en durent à peine cinq. Il faut éviter de faire glisser des pierres qui pourraient blesser d'autres grimpeurs en aval. Nous sommes une vingtaine à souffler à la queue-leu-leu.


918 mètres plus haut nous nous posons devant le soleil qui se couche tandis que nous tournons le dos à la pleine lune devenue rouge orangé. En dessous de nous, trois cratères crachent le feu. Spectacle époustouflant que je ne suis pas certain d'apprécier pleinement tant nous sommes à la fois crevés et émus. La fumée noire obscurcit le ciel étoilé tandis que des bombes rouge sang jaillissent des gigantesques bouches incendiaires. Mon sandwich prosciutto-mozzarella a du mal à passer tandis que je filme et photographie sans vraiment faire attention. Tous les randonneurs sont alignés sur l'arête du sommet l'œil rivé à l'objectif. Le trouble est évident. L'histoire et la géographie puisent leur source dans ce phénomène, mais la poésie et la métaphysique s'en mêlent.


Dans la nuit devenue noire nos lampes frontales éclairent nos chaussures s'enfonçant dans la cendre jusqu'aux chevilles comme si nous descendions debout un toboggan. Les trois quarts d'heure de cette dégringolade de poudreuse gris foncé sont hallucinants. Puis nous enfilons un masque pour nous protéger de la poussière que nous soulevons. Les randonneurs aguerris ne subissent évidemment pas notre douleur. Éreintés, nous regagnons l'hôtel où la douche est une bénédiction après le baptème du feu. Je fais mes exercices pour remettre mon dos d'aplomb, mais mon genou gauche exigera une petite remise en forme.


La renommée de l'île doit beaucoup au film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio, avec Ingrid Bergman. Nous nous embrassons devant la maison qui abrita leurs amours. Les pêcheurs ne massacrent plus les thons comme alors, d'autant qu'il n'y a plus de gros poissons. Thons et espadons ont beau être des spécialités du pays, il n'y a plus que des importations surgelées. Un grand bateau vient deux fois par semaine de Naples livrer l'eau inexistante sur l'île. Les épiciers en profitent pour tripler les prix par rapport à n'importe où ailleurs.


Rentrés à Paris, nous nous rendons compte que Vulcano, le film de Dieterle avec Anna Magnani réalisé en même temps que celui de Rosselini, est beaucoup plus intéressant. Rivalité des deux femmes, la délaissée qui avait apporté le scénario et remporté avec elle, la nouvelle délaissant Hollywood pour l'admiration puis l'amour pour le réalisateur italien, même scénario donc, même scènes, l'histoire des deux films est étonnante... Celui de Dieterle est moins mystique et plus proche des habitants de l'île...


Comme en Bretagne le temps change très vite. Pour notre escalade nous avons eu la chance de bénéficier d'un ciel d'azur avec peu de vent. La veille là-haut il faisait un froid de canard et le vent aurait décorné les bœufs si ces espèces étaient présentes sur l'île, mais nous n'avons vu que des oiseaux, des lézards, une couleuvre et quantité de chats et chiens alanguis. Les félins ont souvent une robe en écaille de tortue. Le lendemain matin nous nous baignons sur la petite plage de sable fin et noir qui brille au soleil, entourée de blocs de lave. J'ignore si ce sont des pierres ponces et de l'obsidienne, mais je ramasse trois petits cailloux qui y ressemblent. Le soir le ciel est devenu gris, il fait frais, nous faisons nos valises pour une dernière traversée jusqu'à Naples au bord de la Laurana.

mardi 14 juin 2016

Journal éolien : 8/Vulcano


La traversée de Lipari à Vulcano ne dure pas dix minutes. Il en faut beaucoup plus pour gravir la pente qui mène au grand cratère. Si nous savions ce que nous aurons à endurer au Stromboli, nous trouverions cette promenade a piece of cake. Mais le panorama vaut le jus qui s'est immiscé entre ma chemise et mon sac à dos.


La cime rafraîchit rapidement ma colonne vertébrale en séchant. De là-haut nous pouvons admirer les sept îles éoliennes, Lipari d'où nous sommes partis tôt ce matin et Salinas, Stromboli tout au fond à droite et Panarea, Filicudi et Alicudi, et même les côtes siciliennes qui se découpent en ombres chinoises dans le brouillard.


Continuant sur l'arête surplombant les pentes interne et externe du Vulcano nous en faisons le tour en grimpant toujours plus haut.


La redescente au milieu des fumeroles de soufre est impressionnante et fort odorante.


Françoise se brûle un orteil qui dépasse de sa sandale en courant sur la terre jaune citron. Petit a-parte, les citrons sont énormes, sans atteindre la taille des cédrats...


Paradoxalement il est recommandé de ne pas respirer les émanations gazeuses alors qu'en bas les bains de boue sont hautement conseillés si l'on souffre de problèmes respiratoires ! C'est aussi bon pour la peau, le dos, etc., pratiquement bon pour tout, sauf pour les yeux qu'il est absolument nécessaire de ne pas irriter en nous plongeant dans l'acquacalda, fangothérapie naturelle où les bulles éclatent à la surface du liquide beigeâtre dans lequel nous marinons avant d'aller nous rincer dans la mer. Je me brûle à mon tour la plante des pieds, car l'eau sort de certains trous immergés à 100°.


Entre la grimpette où les genêts embaument et la baignade aux odeurs d'œuf pourri nous passons une journée inoubliable que nous "immortalisons" en prenant quantité de photos tant le paysage est à couper le souffle. Il nous en reste heureusement, soit parce que nous avons appris à repirer avec notre kiné Mézières parisien, soit grâce aux bienfaits de la nature, qu'elle soit végétale ou minérale.

lundi 13 juin 2016

Journal éolien : 7/Lipari


Créateur de Voyages a encore bien fait les choses en choisissant comme chaque fois une chambre proche du centre et de l'arrivée, que ce soit en train ou en bateau. Nul besoin de prendre un taxi ou de traîner longtemps nos valises sur les chaussées caillouteuses. Le Bed & Breakfast nous a installés dans une chambre double spacieuse donnant sur un charmant patio où nous prenons nos petits-déjeuners sous un citronnier. C'est aussi là que je brouillonne ces lignes bien qu'il me semble en perdre l'habitude au fur et à mesure que nos vacances s'étirent.


Nous commençons par le surprenant Musée Archéologique situé dans l'ancienne citadelle espagnole. Des poteries, bijoux, ustensiles de cuisine, tombes de plusieurs millénaires avant J-C sont exposés, les couches du temps formant mille-feuilles et les fouilles reconstituées fictionnellement nous faisant remonter le temps sans que nous en ayons été avertis. C'est un des plus beaux musées de ce genre dans le monde. Je me laisse séduire alors que les vieilles pierres travaillées m'attirent en général moins que celles que je foule dans la nature.


Heureuse coïncidence, je suis en train de lire Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari que je dévore. Hélas seule la première moitié est passionante, replaçant l'espèce humaine dans son évolution animale et sociale et ses conséquences psychologiques, alors que la suite est d'un réactionnaire achevé. Dès qu'il aborde le phénomène politique, le professeur d'histoire israélien soutient qu'il n'y a plus de guerres par les temps qui courent, place Hitler et Staline sur le même pied, occulte évidemment les exactions de son pays, fait abstraction des centaines de millions d'affamés sur notre planète, vante les mérites de la pilule soporifique pour les pauvres plutôt que la révolte, etc. Lisez-le, mais arrêtez aussitôt que ses propos commencent à vous énerver. Tout le monde n'est pas Shlomo Sand !


Un bus nous conduira plus tard au bord de la plage d'Acquacalda où la cuisine domestique de l'Aurora nous reposera des attrape-touristes qui pullulent et que nous avons appris à éviter. À Lipari nous dînons d'ailleurs au Khasba, un restaurant transparent où les cuisines sont à vue et dont le menu est inventif et délicieux. Nous avons ainsi choisi d'en explorer toute la carte soir après soir tant il tranche avec le tout venant du trop attendu. Je saupoudre le blog de quelques bonnes adresses pour les lecteurs tentés par une villégiature sur les îles éoliennes, clou de notre voyage, mais j'en ferai en épilogue une petite liste.


Nous avons aussi retrouvé le soleil en nous rapprochant de la Sicile dont les sept îles font partie. Les pâtisseries, souvent aux amandes, y sont succulentes et nous rapportons capresi et cucunci, câpres petits et gros à utiliser de mille façons, de l'encre de seiche, du pesto de pistache et des petits gâteaux...
Mais le souvenir inoubliable de ces trois semaines sera certainement volcanique...

mercredi 8 juin 2016

Journal éolien : 6/La Laurana


Nous filons sur l'eau jusqu'à Naples pour embarquer pour les îles éoliennes. Dans le port immense, sur indications totalement erronées, nous errons à la recherche de l'agence où échanger notre voucher contre les billets. Heureusement le chauffeur du shuttle bus nous guide et une heure plus tard nous montons à bord de la Laurana. Notre cabine a un hublot, deux lits superposés et un cabinet de toilette avec douche. Cela me change des voyages en paquebot où je dormais sur le pont. Le départ est émouvant, voire étrange au milieu des gigantesques immeubles de croisière qui nous entourent. Des mouettes s'amusent le long des flancs du navire, luttant alternativement contre le vent et repartant à fendre l'air comme des flèches, dans un ballet aérien. Après avoir dépassé Capri nous nous enfonçons dans la nuit.


Françoise s'est entichée du mobilier et de la décoration du paquebot, très 60 malgré sa construction en 1992.


À l'aube le Stromboli a poussé comme un champignon sur l'horizon, mais son cratère est dans le brouillard. Nous l'ignorons encore, mais c'est la fumée qui émane du volcan. Des dauphins sautent comme des petits fous devant la proue. À Panarea, l'île des snobs où l'on ne va que pour se montrer, un énorme camion décharge une vingtaine de palettes de pelouse ! N'est-ce pas le comble de l'absurde pour ce village de cailloux ?

mardi 7 juin 2016

Journal napolitain : 5/Ischia


Une heure après avoir quitté le quai Beverello nous dévorons un plat de pâtes al dente sur le port d'Ischia. Nouvelle arnaque taxi pour rejoindre l'hôtel où nous héritons d'une chambre splendide, la large baie vitrée et l'immense terrasse offrant une vue imprenable, sauf en panoramique, sur le Golfe de Naples, le Vésuve, l'île de Procida, le Castello Aragonese et notre île verdoyante. Deux piscines thermales et un hammam finissent par nous achever, d'autant que nous sommes devenus accros à l'hydromassage !


A contrario l'éternel menu se répétant de restaurant en trattoria attrape-touristes commence à me sortir par les trous de nez. J'aime pourtant bien les pâtes, les fruits de mer et leurs fritures, le risotto, les salades fraîches et les pizzas, on en sort difficilement. J'espérais plus de fantaisie de la cuisine italienne, du moins ce que j'en connaissais des régions du nord. J'ai même levé le pied sur les gelati qui pour l'instant n'arrivent pas à la cheville de Berthillon. Cocorico ! Le restaurant sur pilotis Alberto au bout de la plage avait un peu relevé le niveau, mais L'Un Attimo di Vino tout au bout du quai marquera l'une des meilleures séquences gastronomiques de notre voyage. Son chef sicilien nous concocte un menu sublime, carpaccio de thon et de crevettes, pâtes au poisson et daurade royale en fine croûte de patate ! Nous décidons néanmoins de ne plus faire qu'un repas sur deux au restaurant, mais nous serons incapables de nous y tenir.


Sur l'île on n'entend parler qu'italien et... allemand. Presqu'aucun Français, encore moins d'autres nationalités. Tant et si bien que l'allemand est devenue la seconde langue des commerçants. Est-ce la raison pour laquelle il est impossible de se fier aux commentaires de TripAdvisor qui concernent la vue, mais tombent à côté de la cuisine ? Les conseils du Petit Futé que j'ai téléchargé avant le départ sont plus avisés, mais il vaut souvent mieux demander conseil aux autochtones comme à Mariarosaria Ferrara, la cordonnière chez qui Françoise s'est fait faire deux paires de sandales sur mesures. Sinon j'utilise l'application UdonPro qui me permet de regarder les cartes hors ligne en ayant même mémorisé les endroits qui m'intéressent.

lundi 6 juin 2016

Journal napolitain : 4/Sorrento


Pour sa faune, Sorrento est un mix entre Deauville et Montmartre. La ville proche de l'île de Capri est perchée en haut de falaises qui plongent dans la mer. Après la saucée de ce matin nous comprenons pourquoi la côte amalfitaine est si verte avec les agrumes constellant les jardins de points jaunes et oranges, les palmiers visant le ciel et le jasmin débordant jusqu'à l'écœurement. Nous descendons déjeuner à 33 mètres en contrebas par un ascenseur creusé dans la roche. Le restaurant, la plage et l'immense ponton sont déserts. D'une part nous mangeons plus tôt que les Italiens dont les commerces ouvrent après la sieste de 17h à 23h, d'autre part cette période de l'année est tranquille, les touristes étant majoritairement des retraités.
En marchant, en marchant toujours, plus loin, nous découvrons les escaliers qui ici et là traversent la roche volcanique jusqu'aux plages, toutes privées. Nous sommes censés embarquer vers le port demain.


Comme j'ai l'esprit de l'escalier j'en oublie d'évoquer notre visite au Musée de la Marqueterie, le MUTA, logé dans un palais du XVIIIe siècle dont les voûtes sont décorées de fresques et les plafonds de papier peint à la main. Il a été rénové avec le talent extraordinaire qu'ont les Italiens en matière de design. La quantité d'œuvres, meubles, tableaux, objets d'art où les essences de bois dessinent des scènes figuratives que je trouve souvent ringardes et des abstractions géométriques qui me séduisent autrement plus est inimaginable. Des vitrines de verre et métal brut servent d'écrins contrastant merveilleusement avec les marqueteries. Ce n'est pas un hasard si Alessandro Fiorentino est architecte.


L'organisation du palais est magnifique et astucieuse. Et quelle ne fut pas la surprise du conservateur de découvrir derrière un mur un escalier secret en hélice sur toute la hauteur de l'édifice, menant du toit au jardin arrière pour fuir en cas d'invasion turque ! La cascade de marches en pierre est d'une beauté renversante, le vertige du temps se confondant avec cet espace si haut et étroit. Nous pensons évidemment à ma tante, Arlette Martin, dont les abstractions boisées m'ont accompagné depuis toujours.
Nous avons eu du nez en décidant d'avancer le départ au matin de bonne heure. D'un côté le tourisme tous azimuts nous gave, les grands hôtels de la côte laissant la place aux boutiques et aux restaurants à l'arrière, de l'autre l'orage que j'ai enregistré cette nuit a accouché de hallebardes.


Le taxi nous arnaque, spécialité de la profession, mais nous prévient qu'aucun bateau ne quittera le port aujourd'hui et qu'il n'est d'autre solution que de repartir en train à Naples en espérant que de plus gros navires oseront traverser malgré la tempête. Les responsables de la compagnie Alilauro sont en dessous de tout, nous racontant des chars, refusant de rembourser les billets et suggérant de partir le lendemain sans aucune garantie. Les hydroglisseurs ne peuvent évidemment affronter de hautes vagues. Après la confirmation de notre agence de voyage (coucou Yann-Yvon !) nous prenons notre courage à deux mains, nos jambes à notre cou, et grâce à l'ascenseur creusé dans la roche nous filons à la gare au son des roulettes s'usant sur les pavés de lave. Plazza Garibaldi, ligne 1, descendre à Municipio, emprunter la passerelle qui bouge... Nous arrivons heureusement juste à l'instant où l'hydroglisseur de la compagnie Caremar quitte Naples pour Ischia !

jeudi 2 juin 2016

Journal napolitain : 3/Vico Equense


Vestige du passé, comme dans de nombreux pays les magasins qui vendent la même chose se retrouvent presque tous dans la même rue, les instruments de musique près du Conservatoire, les chapeaux près de la gare, les souvenirs via dei Tribunali, etc. Les quartiers sont pareillement tranchés, mais cette fois par classe sociale. L'opulence de Chiaia contraste avec la misère du Mercato, et que dire alors de la banlieue ? Peu de touristes dans le quartier espagnol, mais beaucoup se promènent le long de la via Partenope. Les Africains, probablement réfugiés en Italie depuis relativement récemment sont concentrés près de la gare, qu'ils aient pignon sur rue, montent et démontent leurs parasols, ou déplient leurs baluchons en surveillant les descentes de police, ils occupent les trottoirs qu'emprunte l'homo touristicus.


L'air du large nous fait du bien après avoir arpenté tant de parallèles et de perpendiculaires. Nous déjeunons en terrasse sur le Borgo Marinari, face au Castel dell'Ovo, avant d'aller déguster un énième café (ristretto), 90 centimes au comptoir, serré, fort et onctueux comme on n'en trouve jamais en France. Françoise rachète deux nouvelles cafetières chez un droguiste qui lui donne toutes les explications pour réussir un véritable café napolitain où le peu d'eau utilisée tombe goutte à goutte. Le soir je découvre les pâtes à la farine de flageolets A' Lucinella dont les moules à l'huile pimentée dites zuppe di cozze sont un régal. Nous n'avons encore visité aucun musée, préférant nous imprégner de la vie des rues, bousculés par les scooters et autres bolides, arrosés par les voix cassées des femmes qui hurlent pour se faire entendre, charmés par le mélange astucieux des genres et des époques.


Le lendemain nous reprenons le Circumvisiana pour Vico Equense où les vacances commencent vraiment, bain dans la grande piscine déserte de l'Aequa et une promenade en contrebas jusqu'au bord de la Méditerranée. La vue de la terrasse de notre chambre est incroyable, le Vésuve en face surplombant le Golfe, la montagne verte faisant dossier et les maisons rose orangé contrastant avec le bleu du ciel et la végétation. Il nous manque juste une heure ou deux entre chaque repas pour digérer les pizzas au mètre de Gigino et les fritures de mozarella ! Nous nous abonnons néanmoins au Terra Mia à l'exquis risotto, qu'il soit aux agrumes et crevettes ou à l'encre de seiche, aussi noir que l'ultra-noir honteusement breveté par Anish Kapoor.


Mais le pompon se décroche à la Cremeria Gabriele où les petits babas au rhum sont servis avec glace noisette et Chantilly, et où le Tartuffo est une variation où le chocolat noir et croquant enveloppe la crème glacée.