Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 30 juin 2020

Pause estivale


Retour régulier du blog le 21 juillet.

dimanche 7 juin 2020

Océan


No comment

samedi 6 juin 2020

Derrière l'horizon [archive]


Article du 29 août 2006

L'horizon est un hors champ sans cadre, sans limites. Il respire les récits de Conrad et les aventures du capitaine Troy. Tout y semble possible, îles désertes, civilisations perdues, trésors cachés. On s'attend à ce qu'en surgissent une Armada, des naufragés victimes de passeurs assassins, le Nautilus, Moby Dick, l'Atlantide ou de simples navigateurs solitaires. Le soleil y fait surface chaque matin pour s'y plonger chaque soir. Alors seul un miroir étoilé scintille au-dessus des flots, encore plus loin, mais on n'entend rien d'autre que le bruit des vagues. Un vol d'oiseaux migrateurs ne ferait que poser de nouvelles questions. Pris en photo, l'horizon reste le plus mystérieux des castelets. La courbure enfin visible donne le vertige. L'eau donne son volume à la sphère. La ligne sans cesse repoussée reflète les profondeurs, mais la distance est immuable. Dis, Papa, c'est encore loin ? Tais-toi et nage !
En haute montagne ou dans le désert, il m'est arrivé de recevoir notre planète en pleine figure, sa nature certes, mais jamais cette appréhension globale...

vendredi 5 juin 2020

Le Corbusier [archives]


Articles des 25, 26 août et 11 septembre 2006

INVITATION AU SUICIDE

Le Corbusier rêvait d’un autre monde. En visitant la cité radieuse à Marseille, je suis sidéré par sa rigueur et son imagination. Tout est si cartésien qu’en regardant le plongeoir construit sur le toit, au neuvième étage, on a du mal à imaginer autre chose qu’une invitation au suicide. On dit qu’il rêva la cité radieuse si emblématique que l’on aurait envie de choisir son immeuble pour en finir avec la vie. Et Le Corbusier de construire ce promontoire au-dessus du vide, à côté du gymnase, de la pataugeoire pour les enfants, de la salle de spectacles et de l’écran en plein air. Tous les deux ans, un désespéré ne manque d’ailleurs pas de sauter. Depuis deux ans, la fréquence s'est accrue, deux par trimestre.
Le suicide est une affaire intime, comme la morale ou la psychanalyse. Drôle de comparaison, m’objecterez-vous. La folie, la rébellion, la délinquance, l’expression artistique sont des réponses si peu satisfaisantes face aux difficultés de vivre là. Il y est question de son rapport au social, et l’on peut respecter le choix de chacun, même si ce n’est pas une partie de rigolade pour celles et ceux qui lui survivent. Parfois un peu de patience aurait peut-être eu raison des idées noires. L’humour tout aussi noir du génial « fada » serait-il une leçon de savoir vivre ?
Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier voire Corbu, s’est mystérieusement noyé le 27 août 1965 à Cap Martin. Il est enterré à côté de sa femme, dans la tombe qu'il avait dessinée, au cimetière de Roquebrune.

LE MODULOR


Autour de la cité radieuse, commencée en 1945 et livrée en 1952, s’étalent un jardin, un tennis, des jeux pour les enfants, un parking. À l'entrée de ce monument historique de 337 appartements tous habités par une clientèle de plus en plus bobo (il n'existe même plus d'appartement témoin), et abritant hôtel, restaurant, bibliothèque, école maternelle, supérette, boulangerie, boutiques, cabinets d’architectes, piste de jogging, sauna, ciné-club, etc., les gardiens sont obligés d’être présents 24 heures sur 24.


Les couloirs, qu’on appelle la rue, me font penser à ceux des hôtels de Las Vegas. Les portes dessinent des tâches de couleurs dans l’obscurité. Le Corbusier imaginait que les habitants pourraient les laisser ouvertes, et qu’en bon voisinage, les passants auraient envie d’entrer, attirés par la lumière.


Sauf quelques rares doubles, tous les appartements font 3,66 mètres de large, c’est le module. Conçus tout en longueur, sans aucune place perdue, la plupart bénéficient de la double exposition. Il y a des studios, des apparts avec trois chambres, et quelques plus grands. Séparés les uns des autres par de l’air et reposant sur des plots de plomb, ils sont insonorisés.


Adelaide est fascinée par la place prévue pour accrocher les casseroles. Rosette adore le passe-plat et les boîtes sur le palier qui servaient à la livraison des plats ou de la glace (Corbu n'avait pas imaginé la place qu'allait prendre le réfrigérateur !). Françoise rappelle le travail de Charlotte Perriand qui a conçu le mobilier.


Tous les éléments architecturaux et le mobilier sont calculés sur une sorte de nombre d’or à partir de la taille des Français des années 50, le modulor. Les plafonds peuvent sembler un peu bas, maintenant que les jeunes ont grandi.


Après nous avoir fait visiter son duplex, Emmanuel a la gentillesse de nous guider jusqu’au toit. Vue à 360° sur Marseille. Le Corbusier a pensé au moindre détail pour que la vie communautaire soit favorisée.

DÉCOUPE


L'escalier attire d'abord mon regard. Quatre à quatre. Toujours. Jusqu'au tournis. Escher. On pose sur les marches ce que l'on a besoin d'emporter avec ses jambes pour ne pas grimper les mains vides. La finesse de la rambarde est inattendue. Métal contre ciment. Donc certainement pas un bateau. Du solide. Je recule pour voir la fenêtre. Regarder au travers. Traverser. Le voyeur. Poli. Dépoli au niveau du bas ventre. Zoom sur le paysage. Déjà un souvenir. La côte. Horizontale vue d'une verticale. Le soir ?