Jean-Jacques Birgé

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mardi 23 février 2010

José Berzosa en bonus de Thème Je


Dimanche Pauline Fort filme José Berzosa commentant Thème Je, le quatrième film de Françoise Romand qui sortira cette année en DVD, après Mix-Up ou Méli Mélo, Appelez-moi Madame et Ciné-Romand (dist. Lowave). En plus de Rencontres, tourné à l'Idhec en 1977 et retrouvé récemment dans les archives de Harvard à Boston, Françoise a décidé d'ajouter cet entretien amusant où son ancien maître espagnol critique les scènes qui le choque dans l'autofiction qu'elle a réalisée de 1999 à 2004. Elle remonte le volume d'un coup de téléphone occulté dans le mixage initial. On revoit le plan litigieux... Ce n'est pas la seule séquence qui dérange dans Thème Je. Le film fait beaucoup rire en projection publique, il met parfois mal à l'aise en comité restreint. Passé ses énormes qualités cinématographiques, sa réputation de "film maudit" justifie largement sa publication en DVD. C'est à mon avis le meilleur de Françoise depuis ses deux premiers, celui qui éclaire l'ensemble de son œuvre.
À table, j'interroge José sur Luis Buñuel qu'il a connu à Paris et Mexico. Comme Frédéric Rossif lui avait demandé de tourner un sujet sur Buñuel, Don Luis accepte à condition que José joue le rôle du premier diacre de Priscillien dans La Voie Lactée et de ne jamais apercevoir sa caméra. Lorsqu'il entend le mot "Moteur !", notre ami reste pétrifié de devoir réciter son long monologue en latin ! Le premier assistant, Pierre Lary, l'emmènera boire un café pour le détendre pendant qu'une centaine de personnes attendent dans la forêt éclairée en nuit américaine... Qu'il raconte son tournage au Vatican avec Françoise ou qu'il commente avec élégance les couleurs que j'arbore, José, qui pour venir nous voir a enfilé des lacets oranges à ses souliers, ne manque jamais d'un humour pince-sans-rire que l'autre Espagnol n'aurait pas désapprouvé. J'ai toujours beaucoup ri à La voie lactée, surtout après avoir lu dans L'avant-Scène Cinéma les explications de Buñuel sur les hérésies. Ça tombe bien, Thème Je est un film hérétique dans l'histoire du cinéma.

P.S. : photo réalisée sans trucage.

mercredi 10 février 2010

Bande-annonce de Ciné-Romand


Après le happening à Barbès en 2007 (1 2) et à La Bellevilloise en 2009 (3 4 5 6), après la publication du DVD dans son magnifique étui conçu par Étienne Mineur, après le site réalisé par Caroline Capelle et Sébastien Pons, c'est au tour d'une nouvelle bande-annonce de Ciné-Romand d'être mise en ligne à l'occasion du lancement du film aux États-Unis par Microcinema. Françoise Romand avait déjà réalisé un trailer plus explicatif. Celui-ci, énigmatique, ouvre une piste féministe. J'en ai composé la musique. À l'image on reconnaîtra Serge Dupire, Florence Thomassin, Marc Lavoine, Anne Jacquemin et Feodor Atkine.

lundi 11 janvier 2010

Le comble du cinéma


Voilà presque un an que je n'ai pas édité de playlist de films, exceptés ceux pour lesquels j'ai écrit un article comme les quatre longs métrages de Paolo Sorrentino, l'essai interactif Imagine sur le site d'HBO, The Pervert's Guide to Cinema de Žižek, les films d'animation Bachir d'Ari Folman, Coraline d'Henry Selick et Paprika de Satoshi Kon, le provoquant Princess d'Anders Morgenthaler, le kitchissime Avatar, plusieurs DVD de films expérimentaux plus ceux de Martin Arnold et une soirée de projection de Jacques Perconte à La Société de Curiosités, les élucubrations musicales télévisées de Spike Jones, les galipettes de Cécile Babiole, les Rouletabille de L'Herbier, La fabrique des sentiments de Moutoux, L'âge des ténèbres de Denys Arcand, Home d'Ursula Meier, Cortex de Boukhrief, La mélodie du malheur de Miike, Forbidden Zone de Richard Elfman, Convoi de femmes de Wellman, le dernier Aldrich All the Marbles, les cinq saisons de The Wire, le coffret Salut les Copains, le Ciné-Romand de Françoise et mon propre Nuit du Phoque... Ce qui nous mène jusqu'à ma précédente playlist !

Dans le plus grand désordre j'aborderai donc des films vus en 2009 et dont je n'ai encore soufflé mot :

  • À sa sortie, j'avais bêtement boudé Le bal des actrices, second film de Maïwenn Le Besco après son coup de maître(sse) Pardonnez-moi, or son nouveau faux documentaire nous en-chante littéralement, tournage kaléidoscopique où l'on remarque l'excellence des actrices (Karin Viard, Marina Foïs, Muriel Robin, Jeanne Balibar, Charlotte Rampling, Julie Depardieu, Christine Boisson et bien d'autres) comme celle de Joe Starr, comédien d'une justesse absolue (dvd Warner).
  • Capturing the Friedmans est un documentaire d'une force redoutable d'Andrew Jarecki, digne héritier d'Errol Morris, qui dresse le portrait d'une famille américaine entraînée dans le tourbillon de révélations fracassantes par le truchement de home movies, de témoignages bouleversants, de manipulations policières aussi tordues et d'une enquête psychanalytique pleine de finesse et d'intelligence (dvd mk2).
  • Invictus de Clint Eastwood est aussi pouf pouf et ennuyeux que les derniers Michael Mann (Public Ennemies), Spike Jonze (Max et les Maximonstres), ou pire, les derniers Tarentino, si gros navets que je ne tenterai même plus de regarder les suivants. Mais je ne vais pas m'étendre sur toutes les grosses daubes américaines que je me suis farcies avant d'apprécier District 9 de Neill Blomkamp (dvd Seven), Two Lovers de James Gray (dvd Wild Side Video) ou la très émouvante comédie dramatique Rachel Getting Married de Jonathan Demme où l'utilisation de la musique est toujours in situ (à noter la présence de Cyro Baptista !)... Nous avons également aimé Irina Palm de Sam Garbarski avec Marianne Faithful en géniale grand-mère courage (dvd Gie Sphe-Tf1) et Adoration, le dernier d'Atom Egoyan, pourtant massacré par la critique, dans lequel Arsinée Khanjian n'a jamais été aussi bonne (dvd Gie Sphe-Tf1). Je craignais le pire avec The Informers de Gregor Jordan d'après Bret Easton Ellis, mais l'étude de ce monde de jeunes adultes riches et dépravés est passionnante. Bonne surprise encore avec le polar Frozen River de Courtney Hunt (dvd France Télévisons) ou Sherrybaby, beau film de Laurie Collyer avec la formidable Maggie Gyllenhaal (dvd Metrodome)...


  • De mon florilège de comédies de Lubitsch, je n'ai encore vu que le chef d'œuvre d'humour Bluebeard's Eighth Wife, l'agréable Cluny Brown et le poussif Heaven Can Wait. J'ai plongé dans l'immense filmographie d'Alexander Kluge jusqu'à m'y noyer, sorte de Godard allemand peu connu en France (dvd importés par Choses Vues). Parmi les marathons, la série animée japonaise Kaiba de Yuasa Masaaki, l'auteur de Mind Game, recèle des trésors d'imagination et Shawn le mouton des studios Aardman permet de se détendre après un truc bien plombant (dvd Gie Sphe-Tf1) ! Nous ne viendrons pas non plus au bout de l'œuvre de Shuji Terayama, puzzle psychédélique complètement déjanté. Nous avons regardé un paquet de films réalisés par Kathryn Bigelow : si The Weight of Water nous a un peu barbés, Near Dark et The Hurt Locker ne valent tout de même pas Blue Steel ou son remarquable Strange Days. Même chose avec Happiness de Tod Solondz avec lequel ses autres films ne peuvent rivaliser (dvd Entertainment in Video). Par contre, je sens que le coffret de 18 Fassbinder me durera longtemps tant j'ai manqué ses films à l'époque de leur sortie...
  • Le très réussi Le convoyeur de Nicolas Boukhrief m'a donné envie de voir tous les films réalisés par Albert Dupontel qui y tient le rôle principal (dvd Studio Canal). J'ai bizarrement préféré Le créateur à Bernie... Côté rigolade, Louise-Michel de Gustave de Kervern et Benoît Delépine et Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy nous ont fait passer de très agréables moments (Gie Sphe-Tf1). Nous n'avons pas compris l'ire déclenchée contre Musée haut musée bas de Jean-Michel Ribes, comédie burlesque plutôt hirsute (dvd Warner). Dans un autre genre, les films des Yes Men sont revigorants, même si leur potentiel politique reste très superficiel (dvd Palisades Tartan).
  • Marie m'a prêté le remarquable A Bigger Splash de Jack Hazan sur la vie du peintre David Hockney que je n'avais jamais vu (dvd Compagnie des Phares et Balises). Tout comme The Manchourian Candidate de John Frankenheimer conseillé par Rosenbaum, hilarant pamphlet bancal anti-communiste (dvd MGM) ou Hitler connais pas, extraordinaire enquête documentaire de Bertrand Blier de 1963 que Nicolas m'a fait découvrir...

J'en oublie des quantités tant j'en ai vus l'an passé, sans compter les saisons 3 et 4 de Heroes, la saison 1 de Fringe, les saisons 2 de True Blood et Damages, etc. Ajoutons les merveilleuses perles contenues dans les coffrets DVD de Cinq colonnes à la une et Dim Dam Dom...
Me vautrer devant un film sur grand écran est l'une des rares occupations qui me déconnectent de mon hyper-activité...

dimanche 20 septembre 2009

Cine-Romand.com


Ciné-Romand a rajeuni. À partir d'éléments graphiques de Claire et Étienne Mineur, de photos d'Aldo Sperber, de la musique de Bernard Vitet, Didier Petit et moi-même, d'extraits de films, Caroline Capelle et Sébastien Pons ont réalisé le nouveau site de Françoise Romand autour de son dernier film à paraître en DVD le 15 octobre. Pour les impatients, Ciné-Romand est envoyé en avant-première aux internautes qui le commandent dès aujourd'hui.
Organisé en 4 parcours qui rappellent le happening filmé dans les appartements autour de La Bellevilloise, le nouveau site offre deux savoureux bonus inédits au DVD, extraits des films Appelez-moi Madame et Vice Vertu et Vice Versa. Un roll-over sur les pastilles rondes permet d'entendre des dialogues enregistrés parmi les spectateurs et sur chaque page la musique s'évanouit lorsque l'on regarde un extrait des films de Françoise Romand. Lowave distribue les trois déjà édités en DVD, soit Mix-Up ou Méli-Mélo (deux bébés sont échangés à la naissance), Appelez-moi Madame (un militant communiste devient transsexuel à 55 ans avec l'aide de son épouse) et Ciné-Romand (en remontant le temps du blog : 1 2 3 4 5 6 7). Le prochain à paraître début 2010 sera le sulfureux Thème Je (une auto-fiction filmée pendant quatre ans).
À ce propos, signalons sur le DVD le court-métrage Réflexions désobligeantes où je me prête avec disgrâce à un duo grinçant dans la cuisine, rappelant avec humour les indiscrétions facétieuses de la réalisatrice, son projet iKitchen (des webcams dans des cuisines du monde entier) et son thème de prédilection, l'identité, souvent poussé à l'extrême, traversant tous ses films et que Ciné-Romand présente avec encore plus d'évidence.

jeudi 3 septembre 2009

Le DVD "Ciné-Romand" en avant-première


Si vous souhaitez recevoir Ciné-Romand, le nouveau DVD de Françoise Romand dès aujourd'hui (sortie officielle en octobre), envoyez un chèque de 20 euros (port inclus) à l'ordre de Alibi Productions, 60 rue René Alazard, 93170 Bagnolet. Pensez à joindre votre email pour recevoir des informations sur la suite de ses aventures.

Au dos de la superbe pochette réalisée par Claire et Étienne Mineur (on notera l'air de famille avec celle de Appelez-moi Madame, pour que l'ensemble fasse collection ; on attend pour bientôt le suivant, Thème Je), on peut lire le petit texte dont vous pouvez deviner l'auteur :

Ciné-Romand est une mise en abîme des précédents films de Françoise Romand. Des spectateurs sont invités à les découvrir lors d'un happening mélangeant fiction et réalité dans le cadre d'un théâtre domestique. Les voyeurs ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Romand s'inspire de L'arroseur arrosé, reprenant le rôle de son arrière grand-père ciotaden, le gamin facétieux qui pliait le tuyau. Après avoir filmé le public et les habitants des appartements où s'improvisent des scènes documentaires, Françoise Romand les intégre fictionnellement parmi les extraits de ses films, revisités au montage. Spectateurs, hôtes, anges-guides, acteurs et techniciens, tous deviennent des personnages de cette fiction-documentaire dans le miroir d'Alice réfléchissant une fantaisie espiègle où les rôles s'inversent et se complètent.

"Françoise Romand a ce regard qui mélange de manière indéfinissable ironie, indiscrétion et vraie passion pour les gens. La réalisatrice s'est toujours intéressée aux destinées peu ordinaires." Catherine Humblot, Le Monde

Ciné-Romand a été présenté au Centre Pompidou par les Cahiers du Cinéma dans le cadre du Festival d'Automne.
N.B. : depuis, la version du DVD a été retravaillée et entièrement remontée.

Bonus : Réflexions désobligeantes (court-métrage avec Françoise et moi, plus Antoine en invité surprise, 2009) et Mix-Up ou Méli-Mélo (bande-annonce originale, 1985)
Photographies : Aldo Sperber / Picturetank - Authoring : Igor Juget
Musiques : Jean-Jacques Birgé, Bernard Vitet, Nicolas Frize, Bruno Coulais
Français, English subtitles - 99 minutes - DVD5 / NTSC / Zone: All / Couleurs / 4:3

jeudi 20 août 2009

La ruche


Comment se passerait-on des dictionnaires ?! Nous avions terminé les sous-titres et ce matin-là Jonathan et moi étions aux prises avec l'Harrap's en quatre volumes pour trouver un titre juste à Rencontres, le premier film de Françoise Romand qui figurera en bonus sur le quatrième DVD. Nous optons pour Intersections qui se comprend en français, plus précis même que le titre original de 1977. Un quatrième DVD ? C'est l'usine ! Si Ciné-Romand est parti au pressage, nous enchaînons directement avec un quatrième opus, Thème Je (The Camera I), film maudit tant il dérange ou effraie. Les deux essais se complètent admirablement. Là où Ciné-Romand est une fantaisie joyeuse tournée vers l'avenir à partir d'éléments du passé, Thème Je est un drame époustouflant s'étalant sur quatre ans, une aventure dont Françoise a heureusement tourné la page, faisant son miel des spéculations de l'avenir. Il n'en est pas moins drôle et plein d'esprit. Nous nous sommes en effet aperçus que le film mettait parfois mal à l'aise les spectateurs qui le découvraient en séance privée, mais dès qu'il est projeté en public, la salle rit souvent à gorge déployée, se délectant des facéties de la réalisatrice. À mes yeux, c'est son meilleur film depuis Mix-Up ou Méli-Mélo et Appelez-moi Madame. Il pulvérise le genre de l'auto-fiction, comme ses premiers films inventaient un genre nouveau dans le documentaire. Dans Thème Je, Françoise a retourné la caméra sur elle-même, sans aucune compassion. C'est parfois brutal, mais la sincérité est absolue, même dans les scènes les plus improbables, toujours mises en scène, le propre du cinéma. C'est peut-être une manière pour elle de s'autoriser toutes les extravagances envers celles et ceux qu'elle filmera désormais. Un long-métrage de "fiction" et deux "documentaires" sont au stade de l'écriture. J'inscris des guillemets tant ces dénominations sont sujettes à caution dans l'œuvre de Françoise. Les prochaines étapes consisteront donc à la promotion de Ciné-Romand qui sortira à la rentrée et au tournage des bonus de Thème Je, en français et en anglais. Ciné-Romand devrait permettre de mieux appréhender le travail de Françoise, re-création ou récréation à travers un parcours étonnant, happening contemporain s'appuyant sur une filmographie dont la logique explose aux yeux et aux oreilles.

lundi 3 août 2009

Sous-titres


Jonathan Buchsbaum aide Françoise à vérifier les sous-titres anglais de Ciné-Romand. Ce sont les derniers mètres. La situation est tendue. Je les rejoins pour traduire les citations de Brecht et rendre intelligibles les extraits de ses films sortis de leur contexte. Faut-il être fidèle au texte original ou le rendre compréhensible au public anglophone ? Nous préférons adapter les dialogues, réécrire le film. Les sous-titres font partie intégrante de la création.
Dans un passage de mon propre film, La nuit du phoque, j'avais été jusqu'à insérer un texte contemporain de la réédition en DVD plutôt que traduire le texte de 1974, pour retrouver l'effet de l'original. J'avais souhaité étendre ainsi le décalage entre l'image et le son en produisant une distanciation dans le temps (plus de 30 ans !), évidemment uniquement accessible aux anglophones qui auraient des notions de français ! On connaît le célèbre exemple de Pierre Dac réalisant les sous-titres de Hellzapoppin et faisant du texte : "Ça se corse (chef-lieu Ajaccio) !" Pour Idir et Johnny Clegg a capella j'avais tenu à aller jusqu'au bout du processus de création en gérant le rythme des sous-titres avec la monteuse, Corinne Godeau. Comme c'est un film forcément musical les versions où l'un ou l'autre sont sous-titrés finissant pas constituer deux films différents.


Jonathan a réussi à attraper son train à la Gare Montparnasse et j'ai passé la journée de dimanche à faire de la correction les yeux rivés sur l'écran, l'Harrap's en quatre volumes et WordReference.com à l'appui. Françoise n'a jamais fini. Elle rajoute encore un dernier plan pour expliciter le commentaire d'un de ses invités quand il dit croire que la soirée est terminée, espérant enfin prendre un verre et qu'il constate que le frigo est ouvert : "Mais non, le film continue..." Alors à cet endroit du montage nous rajoutons le plan du téléviseur dans le congélateur qu'a photographié Aldo Sperber et qui lance le générique de fin.

jeudi 21 mai 2009

Carapaces


Nous terminions le mixage de Ciné-Romand que Françoise avait présenté en novembre dernier au Centre Pompidou dans une forme inachevée qu'on appelle un ours. À l'heure de la pause, Igor me montre un insecte dont nous ignorons le nom. En découvrant la photographie sur l'écran, nous apercevons ma silhouette qui se reflète sur les élytres. Je crois même y reconnaître les traits de mon visage...


Comme devant n'importe quel animal, je peux rester des heures à le regarder avancer, faire sa toilette, manger, disparaître... Il en est ainsi des paysages comme des visages et des corps. On ne se lasse pas de les admirer. La pause est salutaire. Le jardin pousse à vue d'œil. Je lève le nez pour voir trois soleils, celui qui se réfléchit dans les deux derniers murs récemment repeints en orange et Sun Sun qui me sourit depuis sa fenêtre. Nous habitons les uns pour les autres dans des maisons de poupées.

jeudi 7 mai 2009

La bande-annonce originale de Mix-Up


Hier j'évoquais les films de Luc Moullet, docu-fictions avec lesquels les films de Françoise Romand entretiennent quelque cousinage, par leur fantaisie et leur inclassabilité. Parfois leurs auteurs apparaîssent facétieusement à l'écran. S'ils partagent humour et auto-critique, la comparaison s'arrête là.
La bande-annonce de Mix-Up ou Méli-Mélo (1985), le premier film de Françoise Romand, figurera en bonus de son dernier film et DVD Ciné-Romand, le temps de finaliser tout cela. Le montage est enfin terminé. Il ne reste plus à Françoise qu'à fignoler les sous-titres anglais, à mes zigues d'en peaufiner le mixage, à Igor Juget d'en concocter l'authoring et à Étienne Mineur d'en créer la pochette, et le tour sera joué ! On ignore encore la date de sortie définitive du petit dernier, probablement la rentrée de septembre. Ciné-Romand (2009) avait été montré par les Cahiers du Cinéma au Centre Pompidou pour le Festival d'Automne dans une version intermédiaire, très différente de celle qui sortira. On sait seulement qu'un quatrième DVD le suivra avec Thème Je (2004), film sulfureux qui aurait risqué d'être compris de travers sans connaître le reste de l'œuvre de la cinéaste, actuellement au travail sur deux nouveaux projets de longs métrages. C'est rageant de ne pouvoir rien en révéler, ni des uns ni des autres. Juste l'eau à la bouche avec ce petit "trailer" inédit, retrouvé récemment par Françoise !
Et puis, si vous préférez voir les films en salle, Appelez-moi Madame (1986) sera projeté à Paris au Nouveau Latina, cinéma racheté par l'éditeur Carlotta, samedi 16 mai à 19h30, en présence de la réalisatrice. Unique projection. Le lendemain dimanche 17 mai au Point Éphémère, lors du Salon du DVD et des éditeurs indépendants de cinéma, elle signera le DVD Appelez-moi Madame à 15h sur le stand de Doriane et Mix-Up ou Méli-Mélo à 16h sur celui de Lowave.

mercredi 25 mars 2009

Flash back et remix


Votre solidarité m'encourage à me détendre. Je peux m'allonger lire, à en oublier d'écrire. Je me rejoue la scène de la plage de galets en bas de l'échelle. C'est plus haut que ça en a l'air. C'est surtout très grand avec une colonie de goélands seuls face à l'horizon. C'est loin. C'est déjà loin. Mais à seulement deux heures de Paris.
En réalité, Françoise me demande de regarder l'état du montage de Ciné-Romand. Igor et elle ont tout bouleversé. La version projetée au Centre Pompidou n'en montrait que les prémices. Elle a choisi d'autres plans, incorporé les spectateurs à la fiction, utilisé la distance critique des webcams en cherchant les correspondances entre les différents films.
Je profite aussi de ce jour chômé pour "lire" un copieux et passionnant billet sur Poptronics accompagné de séquences exclusives filmées par Chris Marker et intitulé C’est les luttes virales, groupons-nous et demain.... Annick Rivoire y recense les actions inventives des grévistes et résistants au sarkozisme destructeur. C'est bourré d'images et de liens précieux.

dimanche 16 novembre 2008

Le grand verre


Hier après-midi la projection du film de Françoise à Beaubourg remporta un vif succès. On dit vif pour exprimer le vivant. Le remix est vivifiant. On dit aussi vif pour mis à nu. Son féminin est vive comme un hourra couronnant ces dernières semaines. La mariée regardée par ses célibataires, même. Le Centre Pompidou affichait travaux pour le raout de la Sinistre de la Culture devant accueillir ses homologues étrangers dans le trou à -1. Lorsque tous les spectateurs eurent quitté la salle de cinéma, mon envie de pisser s'épanouit légitimement. D'habitude on ne fait la queue qu'aux femmes, mais bizarrement elle s'allongeait chez les hommes. Les urinoirs étaient tous condamnés ! Une fuite ? Nous montons au sixième étage où je constate le même phénomène. Convoquant Marcel Duchamp et Christo, les techniciens de surface ont enveloppé l'objet dans du plastique entouré de bandelettes adhésives. Court-circuitant le train-train du musée, la sécurité aurait-elle sérieusement eu vent d'anarchistes piégeant l'œuvre avec des fers à béton pour en faire un Tinguely ? Une fuite. Cela ne tient pas debout. Quelle histoire pour une fontaine ! Je suis renversé. Ce sont bien des multiples : tous les urinoirs du Centre sont emballés... Comme les spectateurs dans la salle comble, devant la fluidité du montage de Ciné-Romand. L'amalgame prend tout son sens. On rit, on pleure, on est touchés, et je me laisse enfin aller à ces élucubrations, libations sensasses de décompression n'ayant rien à cirer des pompes et circonstances.

samedi 15 novembre 2008

Ciné-Romand (4) - avant-première


C'est aujourd'hui-même à 14h au Centre Pompidou (salle cinéma 2, niveau -1), pour le quatrième jour de Cinéma numérique 2 organisé par les Cahiers du Cinéma (voir critique des Cahiers) dans le cadre du Festival d'automne (entrée 4 ou 6 euros, durée 1h26).
La photographie de Ciné-Romand qui illustre ce billet est toujours d'Aldo Sperber dont la nouvelle exposition à La Maison des Photographes (121 rue Vieille du Temple à Paris 3ème jusqu'au 30 novembre) présente de grandes images pleines d'humour et de couleurs pimpantes.
Quant à Françoise Romand, notons qu'elle a réalisé le film en trois semaines, temps qui la séparait du happening qui l'a inspiré. Elle en a fait un film à part entière, recomposant sa filmographie à la lumière d'aujourd'hui en une fantaisie prismatique qui fait ressortir l'unité de son travail. Ciné-Romand est le complément idéal de Thème Je (DVD à paraître en 2009). Il déplace le phénomène d'identification, qui vise habituellement les acteurs, vers les spectateurs. La mise en abîme va jusqu'à la projection du film en salle. Ne ratez pas cette occasion exceptionnelle, en présence de l'artiste !

samedi 8 novembre 2008

Ciné-Romand (3) - le film


J'ai réécrit hier le texte qui suit pour annoncer l'avant-première du film de Françoise, dans une semaine exactement, samedi 15 novembre à 14h au Centre Pompidou (salle cinéma 2, niveau -1), pour Cinéma en numérique organisé par les Cahiers du Cinéma (voir critique) dans le cadre du Festival d'automne (entrée 4 ou 6 euros, durée 1h35). La photo d'Aldo Sperber y figure, parmi d'autres. Igor et moi en terminons le mixage. Nous sommes tous excités comme des puces. Entre le tournage en direct du happening et la projection du film à Beaubourg, il se sera écoulé seulement trois semaines ! C'est un marathon.

Ciné-Romand (le film)

De Mix-Up à Thème Je, Françoise Romand réinvente le documentaire en lui injectant la fantaisie de la fiction. Dans tous ces films, bouleversants d'humanité et de compassion pour ses personnages, elle n'est pas dupe du pouvoir de la caméra et ne cesse de répéter que "tout ça, c'est du cinéma !" Son humour critique et la complicité qu'elle installe avec celles et ceux qu'elle filme, tant dans ses fictions que dans ses documentaires, lui permettent de réaliser une œuvre dont la recherche de l'identité est la clef.
Dans un premier temps, Ciné-Romand fut un happening en appartements autour de ses films. Avec la complicité des voisins d'un quartier et une armée de guides qu'elle nomme des anges, Françoise Romand invente une installation ludique, qui gomme définitivement la frontière imaginaire entre fiction et réalité... La consigne est simple : les hôtes, chez qui sont projetés les films de la réalisatrice, continuent à vivre comme si de rien n'était tandis que les spectateurs les visitent dans la plus grande discrétion. À partir de son travail de réalisatrice, l’artiste génère une création à la croisée du théâtre documentaire et du cinématographe. L'installation est saisissante. Françoise Romand la filme, rajoutant une strate à la mise en abîme dont la projection en salle n'est peut-être pas le dernier avatar.
En filmant les spectateurs des appartements où se jouent naturellement des scènes domestiques, Françoise Romand rejoue une nouvelle fois L'arroseur arrosé, l'une des premières fictions de l'histoire du cinéma, reprenant le rôle de son propre arrière grand-père ciotaden, le gamin espiègle qui pliait le tuyau. En effet, chez les habitants le dispositif se renverse. En s'y invitant subrepticement, les visiteurs, voyeurs par essence, semblent happés par les films qu'ils feignent de regarder. Leurs hôtes, exposés sans filet, voyant défiler une ribambelle de gens qu'ils ignorent, les analysent à leur tour. Par cet effet de miroir répondant au souhait de Jean Cocteau, c'est-à-dire réfléchissant, Françoise Romand transforme l'essai en film, dès lors que ses personnages effacent tout ce qui permettrait d'identifier réel ou fiction ! Chaque personne y joue son propre rôle ou, du moins, une facette souvent enfouie de sa personnalité. Le rideau virtuel qui séparait les deux espaces, d'un côté la vie, de l'autre le spectacle, est fragile voire volatile. Combien d'Alice franchirent ce soir-là le miroir ? Et dans un sens, et dans l'autre ?
Acteurs et spectateurs ont joué dans la même pièce, comme à l'époque du Living Theatre dans les années 60. La question n'est plus de savoir si le public participe, mais qui est le public ? L'évidence devrait nous sauter aux yeux. La différence n'existe pas, il n'y en a jamais eu, il n'y en a pas, il n'y en aura pas tant que les œuvres éclaireront nos propres émotions, nous rassurant ou nous bousculant, nous renvoyant toujours au phénomène d'identification et à sa critique, merci Monsieur Brecht. Quel que soit l'angle, c'est l'impossible qui passe dans le réel ! Documentaire et fiction, non, ni documentaire ni fiction !
En mêlant des extraits de ses films au spectacle du happening, Françoise Romand tisse une toile où la place de chacun n'est plus assignée. On traverse Ciné-Romand comme des somnambules dans une maison de poupées, découvrant la dimension buñuelienne de nos vies, lorsque l'appartenance sociale et la famille façonnent nos gestes et nos pensées, sans que l'on ne sache jamais pourquoi, pourquoi on va au cinéma...

jeudi 6 novembre 2008

Mind Game, vertigineuse plongée dans le cinéma d'animation


Dans Mind Game du réalisateur Masaaki Yuasa d'après le manga de Robin Nishi, la logique du rêve est aussi difficile à suivre que le scénario de Ghost in the Shell. L'animation explose le cadre et déborde d'imagination. Le film, produit en 2004 par le Studio 4°C, responsable du très beau Amer béton, est une œuvre originale qui rappelle aussi bien Windsor McKay (Little Nemo) que Moebius. Les hallucinations héritent aussi bien de la scène conçue par Salvador Dali pour Dumbo l'éléphant que les références au manga dessinent un époustouflant portrait du Japon contemporain. Cet entre-choc de styles aussi différents dans une même scène dérègle tous nos sens, nous faisant valdinguer dans un trop-plein d'émotions plastiques qui disloque la narration au travers d'un prisme déformant. Le flash rend l'expérience si troublante que lorsque la lumière se rallume dans la salle elle nous replonge aussi sec dans l'obscurité du quotidien. Mind Game est un film sur le vertige, expérience ultime de la mort et retour à la vie, une jeu d'esprit où la peur prend ses racines dans la petite enfance et le courage dans ce qui nous reste d'imagination.

Merci à Karine de m'avoir fait découvrir ce diamant noir.

P.S. : cela n'a absolument rien à voir, mais Jacques Oger m'annonce la mort de Jimmy Carl Black, "the Indian of the group" des premiers Mothers of Invention. Les fans historiques de Frank Zappa comprendront ma tristesse.
Puisque je suis dans les brèves, les Cahiers du Cinéma de novembre ont publié deux articles sur Françoise, l'un pour Appelez-moi Madame (DVD à paraître le 18 novembre), l'autre pour Ciné-Romand (avant-première du film à Beaubourg le 15 novembre à 14h dans le cadre du Festival d'automne, à ne pas manquer, que vous ayez participé au happening ou que vous l'ayez raté !).

jeudi 30 octobre 2008

Ciné-Romand (2) - une traversée du miroir


En filmant les spectateurs des appartements où se jouent naturellement des scènes domestiques, Françoise Romand rejoue une nouvelle fois L'arroseur arrosé, l'une des premières fictions de l'histoire du cinéma, reprenant le rôle de son propre arrière grand-père ciotaden, le gamin espiègle qui pliait le tuyau. Dans un précédent hommage aux Frères Lumière, séquence de son film Thème Je tourné de 2001 à 2004 (DVD à paraître l'an prochain), la réalisatrice fit jouer le rôle du jardinier à Aldo Sperber, l'auteur des quatre photographies reproduites ici ! Le dispositif "visiteurs voyeurs par essence / accueillants inconscients par jeu" se transforme en "visiteurs fascinés filmés / accueillants analystes". Par cet effet de miroir répondant au souhait de Jean Cocteau, c'est-à-dire réfléchissant, Françoise Romand transforme l'essai en film, dès lors que ses personnages effacent tout ce qui permettrait d'identifier réel ou fiction ! Chaque personne y joue son propre rôle ou, du moins, une facette souvent enfouie de sa personnalité. Comme le rideau virtuel qui séparait les deux espaces, d'un côté la vie, de l'autre le spectacle, la frontière est fragile voire volatile. Combien d'Alice franchirent ce soir-là le miroir ? Et dans un sens, et dans l'autre ?


Quand tout le matériel fut rangé, en fin de soirée, les habitants du quartier sont descendus de chez eux pour témoigner. Ils apportent encore une nouvelle lumière à l'ensemble. Les langues se délient et les masques tombent. Acteurs et spectateurs ont joué dans la même pièce, comme à l'époque du Living Theatre dans les années 60. La question n'est plus de savoir si le public participe, mais qui est le public ? L'évidence devrait nous sauter aux yeux. Il n'y en a jamais eu, il n'y en a pas, il n'y en aura pas tant que les œuvres nous renverront à nos propres émotions, nous rassurant ou nous bousculant, nous renvoyant toujours au phénomène d'identification et à sa critique, merci Bertolt Brecht. Dans le bonus de son DVD Appelez-moi Madame, Françoise Romand me fait citer le génial dramaturge et philosophe. Pas de hasard. Par où qu'on regarde cette drôle de soirée, c'est l'impossible qui passe dans le réel ! Ça se bouscule et puis ça trouve sa place. Documentaire et fiction, mieux, ni documentaire ni fiction ! La contagion s'étendra-t-elle aux spectateurs du film ? C'est à prévoir.


Sur tous les écrans de Ciné-Romand, tournaient en boucles les films de Françoise.


Comme les photographies du précédent billet, ces quatre-là sont aussi d'Aldo Sperber. Ailleurs, l'ange Karine relate son expérience sur son blog.

mercredi 29 octobre 2008

Ciné-Romand (1) - la soirée


Tout le temps qu'a duré le happening Ciné-Romand, je suis resté coincé (pas que du dos) à La Bellevilloise et n'ai pu visiter aucun des onze appartements où les Anges emmenaient les visiteurs. J'ai entendu les témoignages des uns et des autres qui revenaient, repartaient, racontaient, s'émouvaient des situations inhabituelles que les idées folles de Françoise Romand avaient provoquées. Il y eut des rires et des larmes, des renversements de rôles, certains traversant le miroir et transgressant les règles comme il se doit, mais aucun accident ne fut à déplorer si ce n'est deux visiteuses ne supportant pas de briser le tabou de l'intimité et l'un des hôtes se rendant compte un peu tard que ce n'était pas vraiment sa tasse de thé. Partout ailleurs, et pour tous, l'expérience semble avoir été marquante si l'on en juge des messages touchants que Françoise reçoit depuis lors. Comme je suis resté à La Bellevilloise pour m'assurer du bon fonctionnement des cinq salles, je découvre ici le reste grâce aux superbes images d'Aldo Sperber (seule la première ci-dessus est de moi) comme j'aurai la surprise du film que Françoise monte avec Igor Juget.


Il faut dire que, si ce n'est l'aide bienveillante de Seb le régisseur de la soirée, l'accueil du lieu a été en dessous de tout, nombreux engagements de leur part n'étant pas respectés et les techniciens se la jouant machos rouleurs de mécaniques pour cacher leur incompétence et le manque d'investissement flagrant des prétendus partenaires. Une honte ! On pourra me reprocher de signaler ce manquement, mais je pense chaque fois à ceux qui passeront derrière nous et à qui l'on se contenterait de dire : "Ah bon, vous ne saviez pas ?!". Françoise réussit son pari invraisemblable, grâce à la sympathie de la vingtaine d'Anges et de tous les camarades venus lui prêter main forte. Pauline, secondée par Julia, dirigeait de main de maître les guides et groupes en partance pour chacun des quatre circuits possibles. La gentillesse et l'investissement des familles accueillant la meute des voyeurs bien intentionnés en bouleversèrent plus d'un(e)... Je rappelle que les consignes aux familles étaient de ne prêter aucune attention aux personnes pénétrant dans leurs appartements, ces visiteurs étant censés rester discrets, s'asseyant pour regarder l'un des films de Françoise, fictions ou documentaires, courts ou longs métrages, projetés ici sur le mur, ailleurs sur un écran d'ordinateur ou une télévision. Découvrir l'ensemble de son œuvre, du moins une grande partie, remet en perspective chacun de ses films dans son parcours singulier d'auteur.


Étienne Carton de Grammont, Igor et Françoise ont filmé des heures de rushes devant être montées d'ici quinze jours pour que le nouveau film soit projeté au Centre Pompidou par Les Cahiers du Cinéma dans le cadre du Festival d'Automne "Cinéma numérique", probablement le samedi 15 novembre dans l'après-midi.




Je ne livre ici qu'une toute petite sélection des photos d'Aldo Sperber (et dans de pâles reproductions au regard des originaux de quelques 50 millions de pixels !) qu'il mettra très bientôt en ligne sur son site ou sur Picturetank et dont Françoise fera une séquence dans le film d'1h40 qui réfléchira son parcours. À suivre...

dimanche 26 octobre 2008

Happening unique ce soir à La Bellevilloise et alentour


Je recopie servilement le dossier de presse auquel j'ai participé en donnant un coup de main à Françoise pour cette soirée exceptionnelle puisque irreproductible. J'espère pouvoir y assurer mon rôle de joker bien que je me sois cassé le dos vendredi matin et que je ressemble vaguement à la Tour de Pise. Les analgésiques et les anti-inflammatoires me faisant planer, c'est une Tour de Pise en lévitation qui devrait vous accueiller demain...
Entre fiction et réalité…
À l’occasion de la sortie DVD du film Appelez-moi Madame, Alibi productions vous invite au Ciné-Romand de Françoise Romand : un happening en appartements autour de ses films, à La Bellevilloise et avec la complicité des voisins du quartier. Une installation ludique, entre fiction et réalité... À partir de son travail de réalisatrice, l’artiste génère une création à la croisée du théâtre documentaire et du cinématographe. L’ensemble réfléchit la fantaisie et la profondeur de son œuvre avec humour et générosité.
Françoise Romand
Après ses études à l'IDHEC (devenu la FEMIS), Françoise Romand réalise son premier film en 1985 Mix-Up ou Méli-Mélo découvert au Moma à New York et acclamé par la critique américaine. En 1986, Appelez-Moi Madame confirme son style à la frontière du documentaire et de la fiction et la conduira à enseigner le cinéma à Harvard. Son dernier film, Thème Je (2004) est une fiction expérimentale autobiographique (à paraître l'année prochaine).
En 2007, elle explose les frontières entre cinéma, spectacle vivant et Internet avec son premier Ciné-Romand. Aujourd'hui, en association avec La Bellevilloise, elle propose de renouveler l’expérience pour une soirée exceptionnelle…
Plus d’infos sur les sites www.romand.fr et www.cine-romand.com
Des photographies d'Aldo Sperber, mes propres impressions et photos sur ce blog lors du premier Ciné-Romand (1 2 3), la bande annonce sur YouTube...

N.B.: avis aux étourdis (dont je fais partie), nous venons de passer à l'heure d'hiver, donc retardez vos montres d'une heure ! On bégaie...

samedi 25 octobre 2008

Catastrophe


À vouloir trop en faire, je scie la branche sur laquelle je m'assieds pour rédiger mes articles quotidiens (et non quotidiennement). Cette différence me joue des tours. Comme il m'arrive de ne pas avoir le temps d'écrire, j'anticipe parfois en préparant un billet que je poste plus tard. À l'instant de publier je corrige souvent quelques effets de style ou je rajoute un lien hypertexte qui donnera les détails dont je ne souhaite pas m'encombrer. Ce matin je pensais publier une petite histoire lorsque je découvre qu'elle figure déjà depuis presque une semaine sur mon blog ! Évidemment ce jour-là il y en avait deux, mais je ne m'en suis pas aperçu. J'ai probablement décocher la case fatale sans faire attention. Pas moyen de revenir en arrière sinon en meublant l'espace vacant de mon imagination par ces lignes à dormir debout, je veux dire par ces lignes écrites assis, mais dormant debout, tant ma nuit fut courte. Est-ce important de savoir si c'est bien celle qui précède ou une autre ? Je m'en fiche comme de mes premières chaussettes, car mon côté obsessionnel ne va pas jusqu'à collectionner tout ce qui me vêt, encore que... Je garde à la cave mes vieilles frusques pour nettoyer les carreaux et cirer les godasses. Et puis toutes mes nuits sont courtes, vous le saviez. Comment, sinon, aurais-je le temps de vous retrouver chaque matin, de faire le reste de mon travail, les courses, d'entretenir la maisonnée, de voir les amis et tutti frutti ?
Demain dimanche est le Jour J pour Françoise. Nous vérifions le matériel : 5 vidéoprojecteurs, 2 plasmas géants, une dizaine de moniteurs télé, 18 casques, une quinzaine de systèmes son et de lecteurs DVD, tous les câbles et adaptateurs qui vont avec, les affichettes, les films... Pour visiter les dix appartements autour de La Bellevilloise, une vingtaine de guides prêtent main forte à Françoise qui les appelle des Anges. Pauline Fort l'assiste depuis des semaines. Avec Igor Juget et Étienne Carton de Grammont nous filmerons l'événement qu'elle devra monter avec Igor d'ici le 15 novembre pour que le film intitulé logiquement Ciné-Romand soit projeté au Centre Pompidou dans la programmation des Cahiers du Cinéma sur le cinéma numérique dans le cadre du Festival d'Automne. Un marathon chasse l'autre. Le film de 1h40 inclura des extraits de son œuvre dans l'esprit de la soirée de demain.
Le petit film qui ouvre cet article est la bande-annonce que Jean-Luc Godard a réalisé pour le Festival de Vienne en Autriche.
D'amour.

jeudi 23 octobre 2008

Appelez-moi Madame (4)


Françoise Romand a mis en ligne la bande annonce de son film Appelez-Moi Madame dont le DVD paraîtra officiellement le 17 novembre, distribué par Doriane (mais que l'on peut recevoir en primeur dès maintenant, pour 20€ port compris, en écrivant à alibiprod@free.fr) et qu'elle fêtera lors de son Ciné-Romand à La Bellevilloise dimanche prochain 26 octobre de 18h à 23h.
Le sujet ? Dans un petit village normand, un militant communiste, marié et père d'un adolescent, devient transsexuel à 55 ans, aidé par sa femme.
À sa sortie en 1987, le célèbre critique du New-York Times, Vincent Canby, écrivait "Miss Romand fait des documentaires uniques. Elle s'attache aux faits mais il y a certaines réalités que peu de romanciers ou écrivains supposés sérieux traiteraient si ce n'est sous des pseudonymes... Dans Appelez-moi Madame, la cinéaste nous fait partager sa curiosité, son étonnement et son regard..." Pour cette édition dont Étienne Mineur a conçu la pochette, Françoise a réalisé deux entretiens, l'un en français, l'autre en anglais, compléments de programme qui tranchent radicalement avec les bonus habituels !

Documentaires ou fictions, tous les films de Françoise Romand interrogent l'identité de ses personnages. Dans Mix-up ou Méli-mélo des bébés sont échangés à la naissance, dans Appelez-moi Madame un militant communiste devient transsexuel à 55 ans, dans Les miettes du purgatoire deux jumeaux vivent en symbiose avec leurs parents très âgés, dans Passé Composé un homme à la recherche douloureuse de son passé rencontre une femme amnésique qui fuit le sien, dans Vice Vertu et Vice Versa deux voisines de palier s'échangent leurs vies, l'une prostituée de luxe l'autre intellectuelle au chômage, jusqu'à Thème Je où la cinéaste retourne sur elle la caméra en fouillant les histoires de famille et les réinventant, se permettant avec elle-même ce qu'elle n'aurait jamais osé avec qui que soit d'autre.
Documentaires ou fictions, la cinéaste mord le trait et met en scène les hommes et les femmes de la vie réelle comme s'ils étaient des personnages de roman. Pour elle, la vérité n'a jamais existé au cinéma. Les regards face caméra renvoient au miroir du spectateur. Avec tendresse et compassion, Françoise Romand recompose le passé en faisant jouer aux protagonistes leurs propres rôles. Espiègle et complice, elle ouvre la porte à toutes leurs fantaisies.
Dès le début d'Appelez-moi Madame le ton est donné. Ovida Delect fait un signe de connivence à la caméra et raconte ses fantasmes que la cinéaste concrétisera en images. La musique de Nicolas Frize accompagne la mariée qui court au ralenti sur la plage. En 1986 dans un petit village normand, devenir transsexuel à 55 ans avec l'aide de sa femme n'est pas une mince affaire pour ce communiste et poète, ancien résistant resté muet sous la torture. L'amour d'Huguette pour son mari devenu femme transcende tous les poncifs et son douloureux sacrifice réfléchit le statut de toutes les femmes. Avoir été directrice de l'école maternelle fait passer la pilule auprès des villageois. Dans un micro-trottoir rythmé par le hachoir du boucher, la réalisatrice se débarrasse rapidement des remarques grivoises que le curé couronne. Les deux mamies tournent le dos à ces commérages. Les films de Françoise Romand évitent les commentaires, ils parlent d'eux-mêmes, réfléchissant les vies ordinaires de personnages extraordinaires sous l'œil fantasque de la mise en scène. Le drame se joue toujours dans la comédie. La distance n'est pas celle de l'auteur à son sujet, mais du sujet au filmage, rapprochant le spectateur au plus près de l'émotion en le faisant entrer incidemment dans les arcanes du cinéma.

Dossier de presse

mercredi 17 septembre 2008

Appelez-moi Madame (3)


Françoise a cru devenir folle. Elle calait les sous-titres anglais de son film Appelez-moi Madame pour les envoyer à Igor qui terminait l'authoring du DVD, mais ce n'était jamais synchrone. Ils raccourcissaient, se décalaient de une seconde, puis de deux, de trois... On reprenait nos marques, incriminant la conversion en NTSC, format choisi pour que le public américain puisse voir le film. En France, tout le monde peut le lire, mais les Amerloques ne peuvent pas faire de même avec le PAL. Alors on réduit par le plus petit dénominateur commun, le PAL étant autrement meilleur que le NTSC utilisé également par les Japonais. Ils forment la zone 1. De toute manière, Appelez-moi Madame est multizones et non verrouillé. Il n'y a que les majors et les grosses boîtes pour coller des verrous qui ne servent à rien puisque n'importe quel pirate en herbe est capable de les faire sauter en un ou deux clics. Alors à quoi ça sert ?
Vu le succès des films de Françoise Romand outre-atlantique, le choix du NTSC s'explique très bien, d'autant que c'est la maison de production de la réalisatrice, alibi, qui édite. Nous avons fini par comprendre que les sous-titres étaient corrects, mais que le lecteur DVD sur lequel nous faisions les tests pataugeait dans la semoule, n'arrivant pas à lire correctement le film et à récupérer le fichier texte de ces fichus sous-titres, pourtant refaits amoureusement par Françoise pour corriger les approximations de la version de 1987.
Le master est donc parti à l'usine. Je récupère mon studio, mes machines et mon temps. Le design graphique d'Étienne Mineur est superbe, parfaitement adapté au projet. 22 ans plus tard... et Onboard, les deux compléments de programme ont été mitonnés aux petits oignons pour accompagner le plat de résistance. Je les ai cadrés, sonorisés, mis en musique et mixés. Françoise a enregistré un film en français, l'autre en anglais. Les deux entretiens sont "same same but different" ! Bel exercice de montage. Doriane distribuera le DVD qui sortira début novembre. D'ici là, Françoise aura créé son nouveau Ciné-Romand à La Bellevilloise (réservez impérativement le dimanche 26 octobre), j'aurai participé à la soirée D'autres Cordes à La Comète 347 avec Nicolas Clauss (c'est samedi, il y aura du monde), les 100 lapins de Nabaz'mob auront dégourdi leurs oreilles pour la Nuit Blanche à Paris le 4 octobre (Bercy-Village), le reste à l'avenant...

lundi 4 août 2008

Appelez-moi Madame 1


Françoise m'a demandé de filmer son interview pour accompagner le DVD de son second film, Appelez-moi Madame, qui sortira en novembre. Nous avons embarqué à bord du pointu de Jean-Claude pour tourner au large. En 1986, son film se passait en Normandie, au bord de la Manche et au Moulin d'Andée. Vingt-deux ans plus tard, elle choisit la Méditerranée, près de sa ville natale de La Ciotat. De retour à terre, elle s'aperçoit qu'elle aurait aimé apporter certaines précisions que les embruns lui ont fait oublier. Comme il n'est pas question de recommencer, je lui suggère d'ajouter ces détails en sous-titres ou en commentaires de son entretien, rajoutant une couche critique à ses souvenirs. Appelez-moi Madame est l'histoire d'un militant communiste, marié et père d’un adolescent, qui, dans un petit village normand, devient transsexuel à 55 ans, aidé par sa femme. Comme le précédent, Mix-Up ou Méli-Mélo (édité en DVD par Lowave), le second film de Françoise Romand eut un retentissement extraordinaire aux États-Unis et fut complètement ignoré en France. Les DVD apportent une seconde chance aux films. Le sien sortira en DVD (édité cette fois par alibi) peu après son nouveau Ciné-Romand (1 2 3) qui se tiendra à La Bellevilloise le dimanche 26 octobre prochain. On en reparle.

mercredi 25 avril 2007

Crash et Craque


Crash et Craque sont dans une galère. Crash tombe en rade. Qui est-ce qui reste dans le bateau ?
Hier, le disque dur de mon PowerBook a crashé, définitivement. C'est insensé, mais je n'avais pas fait de sauvegarde depuis un moment alors que mon ordinateur montrait des signes de faiblesse. La roue arc-en-ciel tournait sans cesse, m'empêchant de travailler ou de faire quoi que ce soit. J'ai perdu six mois de photos (les séjours à New York et Séoul, Nabaz'mob au Javits Center, la pause sans connexion dans la montagne, les deux Ciné-Romand, etc.), un mois d'administration (comptes, factures...), mon planning (argh ! là j'ai tout oublié), des milliers de mails et des tas de trucs que je n'imagine même pas, tant je me sens annihilé, ou, plus exactement, trépané. Un grand trou de mémoire que j'avais pourtant plus d'une fois envisagé. Je ne comprends pas mon imprudence. Heureusement, il me reste les archives du blog, jour après jour, tant que ça dure... Allez savoir... J'en ai profité pour commander un MacBook Pro, mais ça ne m'arrange pas vraiment. À toute chose malheur est bon : la garantie AppleCare de trois ans du portable arrivait à échéance dans deux jours ! On me remplacera certainement le disque dur, mais ça me fait une belle jambe ! C'est la seconde fois qu'un portable me lâche à quelques jours de la fin de garantie. C'est tout de même plus sympa que les machines à laver ou les aspirateurs qui tombent systématiquement en panne dans la semaine où ils ne sont plus assurés.
Si vous m'avez écrit récemment, si vous avez de nouvelles coordonnées, n'hésitez pas à me renvoyer tout cela, j'ai perdu énormément de mails et d'adresses... Si vous m'avez envoyé des photos ou si je vous en ai données, pensez à me renvoyer des copies. Face à cette petite catastrophe, je suis resté étonnamment calme, je ne sais pas si je dois m'inquiéter ou m'en réjouir. Je dis toujours que nous gardons trop de choses. Cette fois, c'est radical, même si tous ces 0 et ces 1 ne prenaient pas tant de place. Un incendie ou la visite de cambrioleurs sont plus ravageurs. Il faut que je m'y fasse. Je vais me replonger dans les comptes, comme si je n'avais que ça à faire, avec notre création du 3 mai, les lapins qui se bousculent au portillon et les séances pour le film réalisé par Pierre-Oscar Lévy à organiser. Ensuite il faudra réinstaller tous les logiciels sur le nouvel ordi, retrouver les codes, refaire surface... Alors un conseil, faites toujours plus de copies de sauvegarde que vous ne pensez en avoir besoin et si vous achetez un Mac portable, n'hésitez pas une seconde en souscrivant à l'extension de garantie, ça vaut largement l'investissement. Par contre, on peut s'interroger sur la solidité de ces petites merveilles !
Comme je remontais à bicyclette par République, j'en ai profité pour faire réparer mes lunettes orange. Avec la séance d'ostéo d'hier matin, j'ai pensé que je pourrais être un autre homme, un homme neuf, mais lorsque le soir est tombé, mon énergie a faibli et je suis devenu hagard.

mardi 20 mars 2007

Photos-Romand par Aldo Sperber (III)


Après la Patience raisonnée de samedi matin, l'impatience des entrées en scène. Éole et Philou esquissent le même pas de danse en attendant les premiers visiteurs. Admirez l'ensemble sans même avoir besoin de se regarder. Éole, qui a gardé son manteau et son faux-col, a un jeu de jambes qui fait des miracles (voir billet d'hier). Philou, qui s'occupe du vestiaire, est aussi danseur de claquettes. Il gardera ses gants blancs, même pour dîner sans fourchette. Il est le boy en pagne de Thème Je.
La porte est entr'ouverte pour surveiller l'ascenseur transportant les invités. Certains préfèrent gravir à pieds les six étages. Est-ce de la peur ou du courage ?


Louisette, Léon, Isabelle et Gisèle jouent à la canasta sans faire attention à la télévision qui déverse son flux ininterrompu. Assis sur le canapé pour quelques minutes, les frères Goeury se font happer par la comédie de Françoise, Vice Vertu et Vice Versa. Ils en oublient les habitants qui eux-mêmes suivent les consignes de Françoise : ne faire aucun cas des visiteurs qui traverseront toute la soirée leur appartement. Chacun est absorbé par ses activités. Les deux groupes s'ignorent mutuellement. Leurs chemins se seront croisés sans qu'ils ne s'adressent jamais la parole. Annie Gentes suggère qu'il y a une passerelle entre les deux univers, et qu'à certain moment de son existence on aurait pu choisir l'inverse. La tentation de s'engouffrer alors dans l'autre vie devient prenante. Marcher sur le fil, est-ce une forme du border line ? Rien n'est jamais joué.
L'absence d'un des personnages en fait le centre de l'instant saisi par Aldo Sperber. Il n'est signalé que par un petit livre posé sur la table. Son évocation donne tout son pouvoir à l'hors-champ photographique.


Silence. Moment d'écoute. J'aurais dû enregistrer le son des souterrains. Le visiteur ne voit rien, mais il est entouré d'une profusion de signes graphiques dont certains représentent une énigme, un peu comme en musique.


Agnès de Cayeux oscille entre les deux écrans, elle envoie un SMS à un ami pour lui dire de rappliquer dare-dare. Derrière Nicolas Bigards, on entrevoit la Butte Montmartre éclairée par les lumières de la ville. Comme eux, lascivement allongé, Bernard Vitet assiste à la projection d'Appelez-moi Madame. Il est fortement question de le sortir en dvd comme Mix-Up ou Méli-Mélo l'an passé. Regarder les spectateurs depuis l'écran me fait revenir en arrière. Il y a plus de trente ans. Nous assistions à une séance en relief du Frankenstein de Paul Morrissey. Lorsque je me suis retourné sur mon fauteuil, toute la salle portait des lunettes de soleil...


Danièle Obadia regarde Mix-Up ou Méli-Mélo dans la chambre du fond. La pratique quotidienne du yoga lui confère un port altier. Aldo Sperber a pris cette photographie et la précédente le samedi 10 mars. Les autres sont du 17.


Dans la salle de bain, la baignoire ressemble à un cercueil où gît Yves dans la boîte à images des Miettes du purgatoire. Ceux et celles qui connaissent le film savent qu'il écoute religieusement de la musique concrète. C'est pourtant le seul survivant du film.


Plus tard dans la soirée, après une centaine de visites, Philou et moi avons l'air moins flamby. Mathilde lit le projet de Françoise, Peep-Chat. J'ai les yeux fermés, mais j'avance toujours.

lundi 19 mars 2007

Ciné-Romand façon Gala (II)


Gros succès pour le deuxième et dernier samedi du Ciné-Romand à Barbès.
Aldo Sperber prend une nouvelle série de superbes clichés (publiées sur ce blog dès demain mardi ; en attendant je m'y colle) tandis que Françoise Romand filme les réactions de ses invités à son installation qui s'étend cette fois dans plusieurs bâtiments de l'immeuble, avec visite du labyrinthe souterrain et remontée par le fragile monte-charge vers les chambres de bonne donnant sur le Sacré-Cœur et la Tour Eiffel... Derrière la porte de l'une d'entre elles se joue le polar Passé-Composé. En dessous, dans l'entrebâillement d'un rideau, on aperçoit Thème Je projeté sur un mur. Tout cela a été inventé et monté par Françoise pour présenter ses œuvres dans leur globalité en les insérant dans une installation théâtrale qui rappelle ses méthodes de travail et son regard original sur la vie. Pascale Labbé parle d'une mise en relief (de relier et de réel), Annie Gentes de glissement, Sarah Badet d'érotisme du voyeur, Agnès Delauche du "fantasme accompli d'être le passe-muraille", Blandine Stintzy d'un moment de fiction pour de vrai, nombreux disent être ravis d'avoir rencontré des "vivants"...


Lucille Hadzihalilovic, Françoise Romand, Atom Egoyan, Arsinee Khanjian, Anny Romand, Marie Debray, et devant, Philou et Karim Mahiout. Ma pomme (verte) en contrechamp. Devant l'afflux des visiteurs, les guides, beaucoup plus nombreux que la semaine dernière se chamaillent en rigolant pour être du prochain voyage. Patrice, Annabelle, Olivier, Adriana, Philou, Pascale, Romina, Chloë, Anny, Olivia se repassent discrètement les quatre doubles des clefs de la cave pour garder la surprise intacte.


Un vendredi soir noir de monde, Marie qui venait juste d'adopter Éole l'a emmené en voiture de Barbès à Bastille, et il s'est perdu. Les chances de le retrouver étaient quasi nulles. Le lendemain matin, devant sa porte, elle retrouve Éole qui est revenu tout seul sur ses quatre pattes ! Mathieu Potte-Bonneville et Franck Vigroux attendent l'ascenseur tandis que d'autres visiteurs arrivent. Franck oubliera son sac dans le grand salon, mais il n'aura aucune chance de le retrouver devant sa porte le lendemain matin. Nous le rassurons par mail dès que nous rentrons à Bagnolet.


Depuis 14h, Louisette et Léon jouent à la canasta avec Giselle et Raymonde. Ils tiendront jusqu'à la clôture, à 23h ! Sur l'écran, Anne Jacquemin et Florence Thomassin interprètent la comédie de Françoise, Vive Vertu et Vice Versa. Giulia et Michel reçoivent Caroline, Nathalie et Andrew. Les acteurs du réel jouent leurs rôles sans faire attention aux visiteurs qui traversent leurs appartements en faisant preuve d'une grande discrétion. Maxime, quatre ans, joue le jeu de ne pas dire bonjour aux visiteurs, mais il fera tout de même un petit signe à la jeune Alma. Caroline Rossignol et Yiyao Yang, croisant trois locataires qui montent un imposant canapé par l'escalier de service, demandent à leur guide si c'est prévu dans le scénario ! Idem pour la panne d'ascenseur dans l'obscurité de la cave où Patrice, qui guide Pierre Nicolas Combe du Cinéma L'Entrepôt et ses amis, leur fait croire que tout est prévu…


Jean-Denis Bonan et Anny trinquent dans la cuisine devant le pâté de foie, les tartes aux épinards et le mezzé libanais. Les webcams sans fil installées par Philippe Ramelet montrent Philou, Olivia Ekelund et des vues des autres appartements. Un moniteur trône face à la cuvette des cabinets, l'autre est dans le salon. Raymond Sarti (j'ai raté la photo) parle de l'étonnante inversion des rôles, les postes de télévision semblant refléter la réalité tandis que les scènes vécues donnent l'impression que nous sommes des personnages de fiction. Tous poussent Françoise à continuer dans cette direction, "c'est le genre d'installation rêvée pour les Nuits Blanches."



Devant la porte d'entrée, posent Agnès Delauche et Maÿlis Puyfaucher (la voix française de Nabaztag), puis Karine Lebrun et Sacha Gattino, tous deux très chics en Issey Miyaké dont Sacha continue à sonoriser les défilés. Suivent deux couples mère-fille, Pascale Labbé et Mathilde Morières, Anny Romand et Adriana Santini.



À gauche, Patrick Gufflet, directeur du Théâtre Paris-Villette où Françoise créera cet hiver ''Peep-Chat", spectacle mêlant théâtre et Internet, et les frères Goeury... En bas à gauche, les guides, Patrice Pujol et Chloë Ramet, et derrière, Adriana et Annabelle, attendent que les groupes remontent pour accompagner les nouveaux arrivants. Pendant qu'Aldo, assisté de Mina, règle son temps de pause, Cathy Chauvet lit les alexandrins que Dominique Martin vient d'écrire sur le livre d'or. Les témoignages ne sont pas tous décryptables. Certains sont en arabe, en chinois, en arménien ou en thaï ! Agnès Varda y a écrit "De passage parmi des gens et des écrans, j'ai eu le plaisir de grapiller des grains en grappes, des bouts de films, des pousse-à-revoir-en-entier..." Beaucoup, comme Marine Leys, écrivent que "ça donne le sourire", Philippe Demontaut qu'il rentrera désormais dans son appartement autrement, Chloé Abittan évoquent les deux côtés de l'écran...



Dans l'entrée, Antoine Schmitt, Chloé et leur fille Alma qui trouvera dans le décor de Françoise de quoi exercer ses talents de coureuse à pieds, font face à Camille Delamarre, Patrice et Mathilde. Annie Gentes compulsant le dossier de presse raconte qu'elle a l'habitude d'échanger son appartement pour les vacances. C'est rentrer dans l'intimité des gens en leur absence, avec un mode d'emploi. Elle trouve beaucoup de similitudes avec l'installation du Ciné-Romand. En bas à droite, Maguy Alziari, Don Siegel et Sophie Erkelbout...


Yann-Yvon et Elsa jouaient la veille au Cabaret Sauvage avec Le vrai-faux mariage, filmé par Elsa Dahmani pour un album de La caravane passe. Le film sera composé de captations du spectacle et d'une partie fiction tournée à Plèchti même ! Dans le miroir, on m'aperçoit prenant la photo à côté d'Elsa, Didier Silhol et Philou. Isabelle et Didier nous aideront à charger tout le matériel dans l'Espace. Il est quatre heures quand nous allons nous coucher.
Françoise a réussi son pari. Elle a adapté l'imaginaire de ses films à la réalité et fait basculer les visiteurs dans une fiction 3D temps réel, j'ajouterais (comme on disait lorsque j'étais enfant) en chair et en os ! Si le titre n'avait été utilisé par un autre rêveur, cela pourrait s'appeler naturellement De l'autre côté du miroir sans que l'on sache quel est l'original et son reflet. En présentant la majorité de ses films et en les insérant dans un dispositif scénographique et participatif, Françoise montre que son œuvre ne peut se réduire à un seul support (le cinéma ou la télévision) et qu'elle s'adapte parfaitement à toutes les transpositions, éclairant ainsi sa démarche et affirmant ses choix.

jeudi 15 mars 2007

Atom à Bagnollywood


Au dernier passage d'Atom, nous avions regardé Citadel, son film tourné à Beyrouth en dv qu'il présentera début mai au Centre Pompidou. C'est l'histoire du retour de sa compagne Arsinee dans son pays natal après vingt-huit ans d'absence et de ce qui ne devait pas être vu. De retour avec elle, cette fois à Bagnolet, il choisit un film de Jacques Tati pour montrer notre salle de projection à leur fils Arshile. Comme Atom me demande quel film je projette lorsque je veux faire une démo, je choisis Kaipochee, une scène de Hum Dil De Chuke Sanam, film de Bollywood réalisé par Sanjay Leela Bhansali avec Salman Khan. Écran large, son 5.1 particulièrement enveloppant et rebondissant, musique jubilatoire d'Ismail Darbar... La chorégraphie exceptionnelle emballe Atom qui découvre ici le cinéma populaire hindi contemporain. Les dizaines de cerfs-volants qui se croisent dans le ciel répondent au formidable ballet se déroulant sur les terrasses d'un inimaginable palais de rêve. Chaque fois que je repasse cette séquence, je suis aussi excité que pour Les demoiselles de Rochefort...


À table, nous comparons les mœurs françaises et canadiennes, les fractures libanaises et les réflexes arméniens. Comme Atom nous raconte sa merveilleuse installation sur la mémoire avec la participation des collectionneurs de bandes et de magnétophones (nous avons emprunté le dvd à la Médiathèque), je lui montre la bobine de fil magnétique qui appartenait à mon père. C'est ce qui a précédé le ruban 6,35. Arsinee évoque les passages couverts parisiens. Arshile espère que Nabaztag est branchable à Toronto (il faut que je me renseigne demain auprès de Maÿlis... Après Agnès Varda, j'ai appris aujourd'hui que François Rabbath possédait un de nos lapins communicants !) et s'étonne que les réseaux wi-fi à Paris soient presque tous protégés par des mots de passe alors qu'en Amérique du Nord on trouve à se connecter un peu partout grâce aux bornes personnelles. C'est une autre mentalité. Françoise, qui a cuisiné une délicieuse joue de bœuf (!), a beau avoir réussi la création de son Ciné-Romand samedi dernier reste tendue devant la perspective de sa reprise samedi prochain. Si elle ne fait que quelques petites inversions de projections dans l'appartement principal, elle renouvelle complètement les participations du voisinage. La régie reste copieuse pour mettre en place le dispositif complet et la réception des invités exige de nombreux guides. De mon côté, je prépare la soirée exceptionnelle au Triton pour laquelle Jean-Pierre m'a demandé de jouer Monsieur Loyal...

lundi 12 mars 2007

Ciné-Romand façon Gala (I)


Françoise Romand regarde Appelez-moi Madame (photo de tournage) entourée d'Agnès Varda (voir les pieds d'Agnès Varda !) et Agnès Cazenave (qui est à l'origine de Mix-Up, Dérapage contrôlé et ce film justement). La lumière de la Butte Montmartre filtre à gauche par la fenêtre. Huguette et Ovida Delect chantent Le temps des cerises.
Derrière les rideaux de l'entrée, on aperçoit Thème Je projeté sur le mur d'une autre chambre. Françoise s'adresse à la caméra dans le décor de son précédent appartement de Pigalle qu'elle a vendu pour produire le film.


Le dispositif de webcams wi-fi installé par Philippe Ramelet permet de surveiller ce qui se passe dans les autres appartements que l'on visite et de gérer le flux des visiteurs. Loca-Images et l'A.P.R.E. ont prêté le reste du matériel qui manquait. En bas de l'écran, on voit Annabelle faire le guide dans l'appartement de Patrice et Andrew où est projeté le polar Passé Composé (avec Feodor Atkine, Laurence Masliah et Anny Romand). On reconnaît nos hôtes sur le site Internet ikitcheneye montré dans leur cuisine, site qui préfigure le projet Peep-Chat que Françoise prépare pour le Théâtre Paris-Villette à la rentrée dans le cadre de x-réseau. Sur les murs sont accrochées des photos de nus au jardin prises par Stéphane Serafini pendant le tournage de Thème Je. Patrice, Andrew et leurs invitées ignorant totalement les visiteurs, ceux-ci ont l'étrange impression d'être passés de l'autre côté de l'écran. À l'étage du dessous, les nombreux convives du dîner d'Isabelle cèdent parfois à la tentation d'échanger quelques phrases de dialogue avec les nouveaux venus qui sont amenés par petits groupes par Annabelle, Olivier, Françoise, Aldo ou Anny... Je fais moi-même une des visites en racontant comment Françoise et moi nous sommes connus ici pour un autre jeu de piste qu'elle avait imaginé pour me séduire. Chez Valérie comme chez Isabelle, les postes de télé diffusent en boucles la comédie Vice Vertu et Vice Versa (avec Florence Thomassin, Anne Jacquemin, Marc Lavoine et Serge Dupire) qui raconte justement l'histoire de deux filles qui habitent sur le même palier...
Agnès Varda, experte en installations ludiques, joue les "garçons" d'ascenseur.


Anny Romand et Élise Griffon grapillent quelques en-cas dans la cuisine. Dans un autre bâtiment de la cour, Isabelle a également invité ses voisins à dîner. Françoise a réussi à transposer dans le réel sa manière de diriger "les comédiens" dans ses documentaires. La réalité et la fiction s'entremêlent. La réalisatrice recompose le passé. Tous les acteurs de la soirée se retrouveront vers 23h dans son appartement.


On aperçoit l'immeuble par la fenêtre de la cuisine où John, Mark Rappaport et Antonio Fischetti regardent Les miettes du purgatoire dans le congélateur.
José Berzosa et d'autres reviendront samedi prochain. Les acteurs seront tous différents, les appartements visités seront nouveaux. Seule l'installation dans celui de Françoise sera la même. On assiste à la projection de Mix-Up ou Méli-Mélo dans une troisième chambre. Dans la baignoire est plongé un moniteur avec Dérapage contrôlé. Dans les w-c est posé un second moniteur pour suivre les web-cams depuis son siège.


Jean-Pierre Mabille et Michèle Suraci signent le livre d'or dans l'entrée. Sandra Basch, Hélèna Villovitch et fils posent pour moi, mais avec prudence. Plus tôt dans la soirée, Sonja Wiemann a coincé les doigts de Bruno Amable dans la grille de l'ascenseur !


Je squatte la cuisine en fée du logis tandis que Bettina Clasen et Aldo Sperber (qui est à l'origine des Miettes) me tiennent le crachoir.
Annabelle Basurko, l'assistante à la réalisation de Françoise, et Alain Wagner, qui prendra les deux photos qui suivent, écoutent le récit des tribulations de chacun dans les escaliers, extrêmement variées selon les visites. Beaucoup de monde. Gros succès. Pas de blâme.


Fin de soirée : Bernard Vitet, Pascal Kané, Isabelle Vorle, Patrick Beurard-Valdoye, Agnès de Cayeux, Philippe, Olivier Berne, l'assistant à la production de Françoise, François de Morand... La dernière visite se termine à 23h avec Étienne Brunet qui arrive de la Cigale, mais la soirée se terminera beaucoup plus tard devant de sublimes pâtisseries orientales achetées en haut de la rue du Faubourg Poissonnière. Comme on ouvre les fenêtres sur la nuit, on voit la Tour Montparnasse, la Tour Eiffel, le Sacré-Cœur et le métro aérien à la station Barbès.

P.S.: rentrés à Bagnolet, nous apprenons que nous avons raté le feu d'artifice. Une canalisation de gaz a éclaté au coin de la rue. Une flamme de trois étages de haut jaillit dans un bruit assourdissant. Le feu s'éteint. Les pompiers évacuent les riverains. Une heure passe avant que les employés du gaz trouvent le robinet. Lorsque nous arrivons à la maison, tout est calme. Seul Scotch nous guette dehors et bondit prévenir Ouist et Snow qu'ils vont enfin pouvoir dîner.