Jean-Jacques Birgé

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jeudi 12 décembre 2019

Time Elleipsis de Frederick Galiay


Le travail de Frederick Galiay tient d'une sublimation du bouddhisme par la puissance du son. Lauréat du programme de résidence "Hors les murs" initié par l'Institut Français, le bassiste, fan d'électronique autant que d'électricité, s'est immergé pendant plusieurs mois, et après vingt ans de voyage dans la région, dans les cérémonies millénaires du Bouddhisme Theravāda et divers rituels animistes au Myanmar, au Laos, en Thaïlande et au Cambodge. Il y a composé une suite pour six instrumentistes qui marie sa quête asiatique avec le free jazz et le drone. La Bouddhisme n'est de toute manière pas ce que les Occidentaux en imaginent. J'en veux pour preuve, par exemple, l'intolérance meurtrière à l'égard des musulmans Rohingyas au Myanmar ou le financement du Dalaï Lama par la CIA. Le Theravāda, proche du bouddhisme primitif, échappe peut-être au dévoiement habituel de toutes les religions qui continuent à faire des ravages sur la planète. J'imagine néanmoins que pour s'approcher des intentions de Frederick Galiay il faut diffuser Time Elleipsis - Chamæleo Vulgaris à fort volume. La saturation est son premier pays. Les percussions massives de Sébastien Brun et Franck Vaillant ponctuent les continuum joués par Antoine Viard au saxophone baryton électrifié, Jean-Sébastien Mariage à la guitare électrique, Julien Boudart au synthétiseur analogique et Galiay à la basse électrique. Vers la fin l'orchestre explose comme un faux ensemble avant de trouver une sérénité espérée depuis le début de cet étonnant cérémonial.

→ Frederick Galiay, Time Elleipsis - Chamæleo Vulgaris, CD Ayler Records, 13€ (existe aussi en version numérique), à paraître le 9 février 2020

vendredi 8 décembre 2017

Peemaï rafraîchit le molam lao aux couleurs du jazz


Inspirés par la musique de leurs ancêtres lao, les frères David et Alfred Vilayleck, respectivement guitariste et bassiste, ont enregistré un disque rappelant l'influence de la musique pop occidentale en Asie. Le décalage entre les continents produit des effets délicieux lorsque l'on écoute par exemple du rock thaï ou du rap lao. En s'adjoignant le saxophoniste Hugues Mayot, également au clavier, ils intègrent des soli coltraniens et le batteur Franck Vaillant encadre l'ensemble d'un rock progressif où les petites cymbales aiguës donnent une sonorité locale. En tournée au Laos et au Cambodge le groupe Peemaï (bonne année en lao) invitent à Ventiane les chanteurs Sisengchan Thipphavong et Vongdeuan Soundala et des musiciens qui donnent tout leur suc à l'album. Les percussions à clavier (khongvang, lanade) de Vilasay Laisoulivong et à vent (hautbois pi phouthaiy, orgue à bouche khên) de Odai Sengdavong, ainsi que leurs violons à deux cordes (sor) nous font voyager, transportés par les bruitages ajoutés, mobylette, foule ou sons de nature. Le molam, dont les Vilayleck s'inspirent est une sorte de blues rural longtemps méprisé, mais revenu récemment à la mode. En le peignant aux couleurs du jazz et du rock, Peemaï entérine sa ré-actualité.

Peemaï, cd Shreds Records, dist. L'autre distribution, 12,99€, et sur Qobuz, 7,99€

mercredi 13 mai 2015

Kink Gong, collectage et remixage


Laurent Jeanneau est un baroudeur épris de musique et de son. Il arpente le sud-est asiatique à l'affût des minorités ethniques qu'il enregistre tels quels, field recordings (j'ai chroniqué ici l'excellent ouvrage d'Alexandre Galland sur le sujet) qu'il retraite parfois en composant des paysages sonores. Sous le nom de Kink Gong il a ainsi enregistré près de 150 CD, DVD ou LP, publiés à compte d'auteur ou chez Sublime Frequencies pour les enregistrements de terrain, et chez Kwanyin (Pékin), Atavistic (Chicago USA), PPT Stembogen (Paris), Discrepant (London) pour ses compositions expérimentales.
Dans le documentaire Small Path Music de David Harris (également chroniqué ici) Laurent Jeanneau raconte comment ses goûts se sont forgés à l'adolescence, au début des années 80, à l'écoute de tout ce qu'il trouvait un peu bizarre, hors catégories cela va de soi (Un Drame Musical Instantané en faisait partie !). Sur son site, il répertorie ses productions, ses performances en public, ses conférences... Il vend même des guimbardes à des prix défiant toute concurrence. Son travail de collectage est inestimable, car on ignore combien de temps encore les minorités ethniques qu'il rencontre résisteront à la mondialisation. Partout des voix uniques et des savoirs insoupçonnables disparaissent sous le goudron des routes qui se construisent. Les mentalités changent. La télévision est un rouleau compresseur qui formate tout ce qu'elle atteint.
Je me souviens des difficultés que j'avais rencontrées au Vietnam en filmant les Hmong et surtout les Yao au début des années 90. Leurs territoires avaient été interdits jusqu'à seulement deux ans auparavant. Nous étions gênés de venir en touristes, mais la séquence de l'arroseur arrosé peut se reproduire de mille manières. Personne n'avait encore jamais vu d'enfant blonde et notre fille Elsa ne supportait plus qu'à chaque village traversé des dizaines de femmes lui touchent les cheveux ! Dans la montagne j'avoue avoir parfois filmé en caméra cachée, mais je n'ai jamais utilisé ces images, me contentant de quelques extraits tournés à Sapa pour le scratch vidéo interactif Machiavel. Plus tard, au Laos, je me souviens de Louang Namtha où la plupart des habitants ne possédaient rien d'autre qu'une télévision. Parfois deux, qui marchaient en même temps. Mais aucun autre meuble... Je me souviens aussi d'un vieux musicien, jouant d'un violon de fortune au bord d'un chemin au Népal, dont la musique m'est restée depuis dans l'oreille... Il faut toujours prendre le temps. Quand nous voyageons notre vitesse ne correspond jamais à celle des pays traversés.
Lorsque Laurent Jeanneau revient en France il collabore avec Julien Clauss, participe aux Siestes électroniques ou à l'Atelier de Création radiophonique... En tapant "Kink Gong" dans un moteur de recherche vous découvrirez quantité de documents audio ou vidéo passionnants et d'expériences enjouées. Leur côté roots s'inscrit à l'opposé de la world music et du nettoyage (ethnique) qui gomme les scories de l'authenticité.

jeudi 12 février 2015

Fréquences sublimes


Filmés "roots" comme par des amateurs appliqués et passionnés, évitant souvent les commentaires pour laisser parler les images et les sons, ces field recordings ont plus de charme que bien des documentaires peaufinés et formatés. Axés sur la musique traditionnelle des pays visités, ces récits de voyage s'attardent sur le contre-champ de la vie quotidienne, révélant le paysage sonore et social contemporain où surnage la tradition. The Stirring of Thousand Bells de Matt Dunning oppose ainsi le gamelan javanais à la fête populaire du Festival Sekaten, un cours de danse dans le Palais Mangkunegaran se superpose à la vie nocturne de Solo.


Small Path Music est un voyage de Laurent Jeanneau filmé par David Harris sur les plateaux du Sud-Est asiatique à la frontière entre la Chine et le Laos. De rituels shamaniques en chansons d'amour le collecteur de sons commente sa démarche et ses rencontres. Le road movie s'axe sur les musiques rarement entendues des minorités ethniques qui risquent de disparaître rapidement.


Le film de Hisham Mayet, Vodoun Gods on the Slave Coast, dévoile diverses cérémonies vaudous du Bénin (ex Dahomey). On y découvre le culte Sakpata, dieu de la terre, de la variole et de la guérison, les Egoun-gouns, revenants du Royaume des Morts pour conseiller les vivants ou la police secrète des Zangbeto se déplaçant la nuit déguisés en meules de foin...
Ces trois DVD appartiennent au label de Seatle, Sublime Frequencies, dirigé par Alan Bishop des Sun City Girls, qui a déjà publié une centaine d’enregistrements en cd, vinyles et dvd en provenance d’Asie du sud-est, du Moyen Orient, du Maghreb et de l’Afrique. Une partie (dont ces DVD) est distribuée en France par Orkhêstra. Ils n'en révèlent pas seulement les musiques traditionnelles ou actuelles, mais aussi la vie quotidienne, "les curiosités, les petits riens « en voie de disparition », ceux-là même que les reportages s’échinent à gommer si scrupuleusement".


Les enregistrements de rue sont évidemment passionnants, mais ce sont les programmes radio qui me font le plus rêver. Certains sont des plunderphonics, zapping de séquences plus ou moins longues comme j'en réalise depuis les années 70, suite de mon enfance où je cherchais les bruits du monde sur les ondes courtes du gros Telefunken de mon grand-père. Radio Java, Radio Morocco (on y est transporté mieux qu'avec n'importe quel disque), Radio Palestine (cosmopolite à fond), Radio India, Radio Phnom Penh, Radio Sumatra, Radio Pyongyang (sous-titré Commie Funk and Agit Pop from the Hermit Kingdom !), Radio Thailand, Radio Algeria, Radio Myanmar, Radio Niger, Radio Vietnam... Au catalogue on trouve aussi des albums trépidents du Syrien Omar Souleymane ou du Turc Erkin Koray, des groupes Inerane, Doueh, Bombino et des kitcheries délicieuses de la compilation birmane Princess Nicotine, la merveilleuse Bollywood Steel Guitar, le Choubi Choubi irakien, le guitariste égyptien Omar Khorshid, le Pop Yeh Yeh malais, 1970's Algerian Proto-Rai Underground et tant d'autres. Il existe d'ailleurs un DVD mp3 réunissant les 51 premières références dont beaucoup sont aujourd'hui introuvables car le label sort souvent en tirage limité. "Vivantes mais également vibrantes, humoristiques, souvent low-tech (parce qu’à l’exacte fréquence des pays traversés), plus proches de l’art audio que des projections « Connaissance du Monde » telles sont les productions Sublime Frequencies".

samedi 19 mars 2011

Retour au bercail (27)


Voilà. C'est fini. Les vacances sont terminées. Ce 27ème chapitre clôt cette série. J'aurais pu publier au jour le jour depuis les cafés et les hôtels où le wi-fi est partout gratuit en Asie, comme je le fais souvent lorsque je voyage, mais il aurait fallu que j'emporte mon ordinateur ou que je me connecte depuis des postes fixes, et surtout que je me mette systématiquement en chasse de cette liaison magique. Or si je suis parti, c'est justement pour fuir ce fil à la patte, cette perfusion quotidienne qui ponctue mes jours et m'esquinte la vue. J'avais besoin de vacances, surtout après le sprint de juillet ; pas moyen de récupérer depuis ; j'avais composé, interprété, enregistré, et ce avec des musiciens, monté sur les images et mixé la musique de 23 courts métrages en moins d'un mois, ce qui me laissait trois heures de sommeil par nuit. J'ai beau être un petit dormeur et faire des doubles ou triples journées de travail, par goût puisque j'ai la chance de faire de ma passion un métier, j'avais besoin de prendre l'air, de casser mes habitudes, de changer d'angle. Voyager dans des pays dont je ne parle pas la langue a toujours produit l'effet désiré. Cela ne m'a pas empêché de prendre des photos comme n'importe quel touriste et des notes sur le petit carnet que j'avais déjà gribouillé en janvier 2008 lorsque nous avions traversé le nord de la Thaïlande et le Laos.
Nous nous sommes reposés la première semaine sur une île thaïlandaise dont je n'ai jamais cité le nom par respect pour tous ses habitués qui m'ont demandé de le taire par crainte d'afflux massif dans les années à venir. Ils rêvent. Des Suédois et des Allemands y construisent déjà un village quadrillé et un grand complexe hôtelier. Il faudra certainement encore fouiner pour trouver de nouveaux paradis que nous contribuons nous-mêmes à polluer par notre rêve d'évasion. Les quinze jours au Cambodge se sont déroulés en trois phases : visite d'Angkor (trois jours suffisent), balade campagnarde sur le lac et au milieu les rizières en descendant jusqu'à Phnom Penh, puis retour au réel dans le monde des ONG et de la prostitution. Bangkok joua enfin le rôle de sas avant de retrouver l'Europe.
Un mois plus tard, je constate l'efficacité des vacances à mes moments de distraction.
J'ai une dent, une chaudière et un évier tout neufs. L'affiche d'Ella et Pitr, lacérée par une foldingue, ne sera pas restée collée plus d'une heure sur notre mur. Sacha et moi avons réalisé notre premier travail de commande en tandem pour Chanel. Le trio que nous avons formé avec Birgitte Lyregaard entame sa seconde période de laboratoire dès lundi prochain. On peut regarder mon duo avec Vincent Segal filmé par Peter Gabor en attendant la suite. Ma fille Elsa a changé de voix sans changer de voie. Françoise va sortir deux DVD au lieu d'un. Pour l'année du lapin nous espérions bien nous envoler vers le soleil levant, mais l'avenir est incertain. Vers où que nos yeux se tournent... Enfin, publier ce récit de voyage avec quarante-cinq jours de décalage m'aura donné un second mois de vacances ! Pour le reste de l'actualité, se reporter aux médias habituels, papier ou virtuel comme Mediapart où ce blog est publié chaque jour en miroir.

mercredi 9 mars 2011

A beaucoup marchés (21)


A marché, à beaucoup marchés, entre le vieux psaar Chah et le psaar Tuol Tom Pong dit marché russe, arpentons allées étroites, où échoppes sont entassées... Les étalages de viande, poisson, fruits et légumes, sont souvent à même le sol boueux d'un rouge brunâtre ou pendus à des crochets dans des halles obscures, parfois éclairées de rares ampoules nues à économie d'énergie, blafardes... Les femmes y travaillent, couturières, bijoutières, vendeuses de tout et de rien, on leur apporte à manger et à boire, des enfants et des vieilles portent des plateaux en équilibre sur leur tête... Les vêtements sont le plus souvent hyper kitschs, tout au Cambodge est ampoulé, tarabiscoté, d'un tape à l'œil à deux balles, y compris les merveilles d'Angkor ! Le plus frustrant vient du fait que les commerçants vendent presque tous la même chose. Très peu d'originalité, beaucoup de copies et de copies de copies. La qualité varie parfois, jamais l'inspiration. Nous trouvons pourtant notre bonheur de touristes en marchandant quelques soieries et souvenirs sympas qui respireront l'exotisme de l'Asie lorsque nous serons rentrés au bercail.


Phnom Penh, malgré sa circulation hirsute et sa pauvreté omniprésente, est une ville agréable où tout paraît possible en regard de notre vieux pays sclérosé et plan-plan. Ce n'est évidemment qu'une illusion, car les Cambodgiens sont dans une mouise catastrophique. Les nantis locaux ont vendu leur pays à la Chine, dilapidé les ressources naturelles, mal assimilé ce que l'avenir réserve pour avoir laissé reconduire la corruption qui leur avait pourtant coûté si cher dans le passé. Le tourisme risque de devenir l'unique ressource du pays, détruisant la nature et les possibilités d'autres développements, en particulier avec l'afflux croissant de touristes asiatiques qui commencent à voyager. Le Cambodge est la première destination des Sud-Coréens qui n'ont pas encore les moyens d'aller trop loin. Si le Laos a conservé son atmosphère d'antan, farniente poussé au rang des beaux-arts et douceur de vivre, les Vietnamiens sont autrement plus entreprenants. Le peuple cambodgien véhicule une névrose collective d'une incroyable violence, retenue jusqu'à l'explosion, autodestruction que l'absence de système éducatif cohérent ne peut combattre.


Mais qui sait de l'avenir, lorsqu'on regarde les pays arabes faire tomber leurs dictatures comme des dominos, lorsqu'on a vu les pays de l'Est s'ouvrir vitesse V après la chute du Mur, lorsque l'on se demande si la misère grandissante aux États Unis ou l'arrogance de nos propres dirigeants ne pourraient générer quelque révolution, lorsque tout est possible, imprévisible, parce que les inégalités sont telles qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que cela explose partout sur la planète ?

lundi 7 février 2011

Saisonniers et petits retraités astucieux (5)


Certains saisonniers et retraités ont découvert le bon plan pour rendre leur vie plus agréable. Plutôt que de se morfondre sous la neige canadienne ou se geler sur les marchés ardèchois, ils émigrent en Asie quelques mois par an. Ils se rendent ainsi chaque année sur l'île de leurs rêves ou voyagent de pays en pays. Qu'ils rayonnent en Thaïlande ou découvrent Laos, Cambodge, Vietnam, ils passent de merveilleuses vacances moins cher que s'ils étaient restés chez eux. Internet les alerte des vols en promotion et les voilà partis pour une vingtaine d'euros en Malaisie, au Sri Lanka ou en Inde.
Un couple de Québécois sylviculteurs coupent leurs téléphone, électricité, assurance automobile, etc., ne conservant que leur loyer. Ils s'offrent un tiers de l'année au soleil, les doigts de pied en éventail et le sourire aux lèvres. De temps en temps des copains viennent les rejoindre pour partager la magie de ces paradis asiatiques. Ils s'extraient souvent des brutalités du monde médiatisé pour se retrouver entre eux et vivre des aventures uniques, alternant repos et découverte. D'autres, plus politisés, dévorent les livres d'histoire de la région et continuent à rêver d'un monde meilleur.


Ce régime de bananes n'a rien à voir avec celui des expatriés, qu'ils soient retraités à demeure ou actifs professionnellement. En Thaïlande il existe un visa spécial pour les seniors qui souhaitent y prendre leur retraite, mais y vivre en permanence pose maint problème d'intégration. Il devient nécessaire d'apprendre la langue, faute de quoi ils sont condamnés à ne se fréquenter qu'entre eux et nombreux craquent et reviennent en France au bout de quelques mois ou années. Les ressources culturelles de Chang Mai ne sont pas non plus celles de Bangkok. Au Cambodge, les expatriés que nous rencontrerons sont essentiellement des intervenants ONG, et là on croise toutes sortes d'individus, depuis les exploiteurs du charity business, sangsues que l'on peut tout de même évaluer à 60% de cette blanche occupation, jusqu'aux idéalistes militants qui espèrent heureusement soulager le fardeau de la population et militent activement pour former plutôt qu'assister...

dimanche 19 décembre 2010

Journée blanche


Ne rien faire. J'y pense sérieusement, mais cela me fatigue plus que mon hyperactivité légendaire. À mon retour fin janvier j'envisage de ne plus bloguer le week-end et de m'en tenir à cinq billets par semaine au lieu des 7 sur 7 entretenus sans faille depuis cinq ans. La fréquentation baisse un peu le samedi et le dimanche et mes lecteurs/trices pourront toujours se rattraper des jours où elles/eux-mêmes n'étaient pas fidèles au poste. Et puis le nombre de 2000 articles sera bientôt atteint, de quoi remplir deux volumes de la Pléiade avec l'avantage de pouvoir les lire en ligne. Pas un gramme de papier à se trimbaler ! Autant de photos fixes ou d'images qui bougent, même un peu plus... Je me demande à quoi cela ressemble sur un iPad. Je n'ai pas cédé à son achat parce que l'abonnement Internet fait considérablement monter le prix de la tablette. J'y viendrai probablement lorsque j'aurai œuvré sur ce nouveau support. En attendant je compte les jours qui restent avant de ne plus me connecter. Un mois sans écran ! Comme en janvier 2008 lorsque nous étions en Thaïlande et au Laos je prendrai des notes et des photos que je ne mettrai en ligne qu'au retour, quand je serai un homme neuf. Cette fois j'emporte un magnétophone parce que j'avais manqué deux symphonies batraciennes dignes des plus grands compositeurs.
Ma journée blanche a commencé à 6h30, j'ai fait des courses dans le quartier et à Belleville, acheté des croquettes diététiques pour le monstre qui stagne à 8,5kg, passé voir Elsa, il y avait un monde fou garé n'importe comment. À la poste, comme vingt personnes faisaient la queue au guichet devant moi, j'ai opté pour un affranchissement automatique. C'est si mal fichu qu'une préposée court dans tous les sens pour aider les pauvres quidams qui n'y comprennent rien. La machine s'est trompée. Pas moyen de me faire rembourser. Il a fallu que le caissier revende mon étiquette adhésive à une cliente pour me contenter. Encore heureux qu'on ne me rende pas la monnaie en timbres ou en bonbons comme en Italie. J'aurais été plus vite en attendant mon tour. Trente minutes pour un simple colis ! Tant que les machines auront des hoquets les salariés justifieront leur emploi. C'est rassurant. Sauf que personne n'est au courant des procédures et que tout le monde se contredit, à la manière de la hotline de Canal+ qui m'aura dit n'importe quoi jusqu'au quatrième coup de fil, payant, évidemment. Et encore, rien ne prouve que ce soit exact. Voilà huit jours que j'attends. Mais si, à leur tour, les humains continuent de se comporter ainsi ils risquent d'être remplacés par des machines. La fiabilité est une qualité rare. Je n'en suis pas exempt. J'avais décidé de ne rien faire. Une fois de plus. Et paf !

samedi 30 octobre 2010

Projets de vacances


Ce ne sera pas la Birmanie dont les élections du 7 novembre risquent de provoquer des troubles incompatibles avec l'organisation d'un voyage plutôt roots. Je passe à Belleville acheter du nerf de bœuf, de la salade de pattes de poulet, des tripes laquées, du crabe cru et d'autres trucs bizarres pour me consoler. Sur le trottoir des Chinoises vendent des petits paquets de riz enrobés d'une feuille de bananier, tantôt sucrés, tantôt salés. C'est délicieux... Ce ne sera pas l'Australie dont le nord sera en pleine saison des pluies et le centre en pleine sécheresse. Et puis c'est loin et cher. Je fais inlassablement tourner le rhombe à deux tons, envoyé par Lark in the Morning, dont le son rappelle celui du didgeridoo. Il remplace celui que j'avais éclaté contre un mur pendant l'enregistrement d'Il ne fait jamais nuit de Zao Wou-Ki et que j'ai essayé de recoller ce matin malgré que l'arc soit toujours sous tension. C'est idiot, mais je suis un piètre bricoleur... Je cherche un coin reposant et dépaysant pour le mois de janvier. Après le Myanmar et l'Australie, je me suis renseigné sur le Costa Rica, mais j'ai l'impression que je m'y prends tard ; la période touristique correspondant aux vacances des Étatsuniens, tout est déjà complet et oblige à une organisation contraignante. Ses paysages naturels peuplés de bêtes sauvages me font pourtant rêver. L'idée est de partir en janvier dans un pays coupé de tout. Pas de téléphone. Arrêt du blog comme je l'avais fait il y a trois ans en partant avec Françoise au Laos. Ce n'est pas gagné. Le sud de la Thaïlande et le Cambodge nous plairait à tous les deux. On y mange bien, nous ne connaissons ni les plages thaïlandaises, ni Angkor et nous n'aurions pas besoin de tout planifier. En attendant je reviens à la réalité parisienne sans mer bleue, sans soleil, la chaudière est en panne et Françoise est revenue bredouille de la gare hier soir alors qu'elle aurait dû se réveiller ce matin à Luchon. La grève continue à la SNCF et l'information n'est pas relayée pour minimiser les mouvements de protestation.

lundi 3 mai 2010

C'est par où la sortie ?


7 jours sur 7, le blog. Pas seulement. Le boulot, on ne va pas se plaindre. La vie, c'est bon. Faire à manger, autant que ce soit bon. Se laver, une pause. Se raser, la barbe. S'habiller, tard. Répondre au courrier, inflationniste. Administration, inévitable. Téléphone, en cascade. Les déplacements, minimum. Nourrir le chat, pas trop tôt. Etc. J'appelle maman, je ne l'ai pas vue depuis des semaines, j'appelle Bernard, c'est devenu difficile, j'appelle du bain, je souffle un peu, je sors avant qu'il ne soit froid, et je tape, tape, tape, tape. Impossible de tout raconter, en tout cas pas ici. Je ne veux choquer personne. Tours et détours. Mes jours et mes nuits sont bien remplis. Des écrans partout. Je cherche une porte de sortie. Sans compter sur mes doigts, le planning affiche complet jusqu'à la fin de l'année. La décision de m'abstraire un mois devient vitale. Janvier, la Birmanie ? Il y a trois ans nous étions partis au Laos. Sans tout ça. Juste Françoise. D'ici là, voir les amis. S'organiser pour ne pas travailler. Comment s'y prendre sans tomber malade. Il faut inventer une nouvelle gymnastique. Dormir très peu est une bonne combine, mais les journées n'ont que vingt-quatre heures. C'est ce qu'on dit. Les visites, sympa. Le soir, je m'endors devant le film. Absurde. À l'aube, je m'allonge pour lire. Détente. Apprendre. S'exercer. Éprouver. Répondre. Sourire. Autant que possible. Pleurer. Pas trop. Rire. Jamais assez. Aimer. Beaucoup. Travailler. Travailler du ciboulot. Inventer. Rêver. Et voilà, ça recommence. Pas moyen de se reposer.

vendredi 21 août 2009

Online débloque


Un jour sans billet, c'était hier la première fois en quatre ans. L'hébergeur Online, qui dépend de Free, n'a pas su réparer son serveur en temps et en heure. J'avais pourtant mis en ligne mon article sur La ruche à quatre heures du matin, juste avant de partir à la pêche (photo sans trucage) ! Mais la panne est intervenue quelques minutes plus tard.
"Suite a un problème de corruption de système de fichier (reiserFS), la plateforme pf1 est temporairement indisponible depuis ce matin (...) Nous allons débuter en fin de matinée le déplacement des données vers un nouveau serveur, par ordre des sites les plus visités. Nous estimons un retour à la normale pour la majorité du trafic dans la soirée."
Ce ne fut évidemment pas le cas. Certains sites que je gère sont repartis alors qu'ils ont "Nettement" moins de visites que le Blog qui n'était toujours pas revenu ce matin... Je n'ai arrêté d'émettre que deux fois depuis qu'il y a quatre ans j'ai décidé de produire un billet 7 jours sur 7. La première fois, nous étions en montagne et je n'ai pas réussi à me dépêtrer d'une ligne téléphonique hertzienne. Arrêt de neuf jours. La seconde fois, j'avais choisi de faire une pause hygiénique d'un mois, le temps de notre voyage au Laos. Ayant pris des notes et des photos, j'avais ensuite relaté l'aventure... Online a été plusieurs fois en panne, mais j'ai toujours réussi à émettre. Cette fois encore, ces quelques mots remplissent malgré tout leur fonction !
La défection d'Online interroge ma conscience professionnelle et la légèreté du secteur gravitant autour des nouvelles technologies. Ai-je jamais déclaré forfait, annulé un concert ou une séance, été incapable d'honorer mes engagements ? Il est devenu au contraire monnaie courante d'acheter des logiciels inaboutis et de faire payer aux utilisateurs les mises à jour indispensables, sans parler des bugs natifs de nos ordinateurs. Devons-nous accepter une fois pour toutes que nos machines soient commercialisées inachevées ? Après tout, ce n'est ni une automobile ni un avion de ligne : aucune vie humaine n'est mise en danger par leurs bégaiements ! N'existe-t-il aucune réponse technologique assurant la fiabilité des systèmes que nous employons ? Ou est-ce encore la loi du profit maximum au détriment de la qualité du service proposé ?

mardi 31 mars 2009

Ce n'est pas du chinois, mais pour moi c'est tout comme


Ouh la la, quelle catastrophe ! J'ai perdu la journée à m'escrimer sur un mode d'emploi qui s'efface au fur et à mesure qu'on le suit. J'ai eu beau invoquer forum, chat, camarades, lorsque la technique résiste elle nous fait devenir chèvre. Douze heures d'affilée j'ai retourné le problème dans tous les sens, j'ai recommencé, à l'endroit, à l'envers, j'ai secoué, soufflé, tordu, plié, je suis revenu à mon point de départ. En y laissant des plumes. Quand je vous disais que le mieux est l'ennemi du bien ! Évidemment c'était une question informatique, il n'y a rien de plus crispant et de plus contrariant qu'une machine qui ne fait aucun effort pour vous simplifier la tâche. J'aurais été mieux inspiré d'aller me promener, mais j'avais tellement envie que ça marche. Et bien non, ça me marche pas et j'ai l'impression d'avoir subi une lobotomie. Plus bon à rien que je suis. Autant aller s'écrouler devant des images qui bougent toutes seules, histoire d'oublier qu'on est bien peu de chose en face des 0 et des 1. Ni entier ni divisible. Une absence.

Nous avons opté pour L'âge des ténèbres de Denys Arcand, troisième volet de la trilogie commencée avec Le déclin de l'empire américain, suivi, vingt ans après, par Les invasions barbares. Le film est passé complètement inaperçu à sa sortie l'année dernière. Arcand imagine un futur proche dont chaque élément visionnaire et crépusculaire est tiré d'un fait divers récent. Comme toujours chez le réalisateur québecois, la direction d'acteurs est formidable. La satire teintée d'humour noir nous renvoie à la peur d'un monde formaté, déshumanisé, absurde, le nôtre.

lundi 24 mars 2008

Vestiges


Françoise aurait rêvé emporter cette peinture sur bois installée dans la rue principale de Luang Nam Tha, devant l'immeuble administratif en construction, mais le peintre n'est pas de la région. L'enquête nous aurait menés à Ventiane où nous aurions dû passer des jours de guichets en bureaux pour connaître l'auteur anonyme de cette scène réaliste. Dans les bazars laotiens, elle cherche des artistes comme celui-ci, mais les tableaux proposés aux touristes sont autant de poulbots ringards et couchers de soleil sur rizières à peine dignes de figurer sur un calendrier des postes. Le business des souvenirs est d'ailleurs étrangement conventionnel ; les mêmes choses sont exposées partout ; il faut être sur le qui-vive pour sentir l'objet unique lorsqu'il passe à portée. Françoise aurait peut-être dû se lancer dans l'import-export ? Lorsque les autres filons auront été exploités, on découvrira probablement les œuvres qu'a produites le réalisme socialiste chinois. Les galeristes mettront la main sur ces artistes singuliers comme ils s'entichèrent du Congolais Chéri Samba aujourd'hui exposé dans les musées d'art moderne du monde entier. Cela nous changerait des vacuités adolescentes que répand régulièrement le Palais de Tokyo. Inculture et arrogance sont devenues les mamelles de la France. Vous pensez que je divague, que je passe du coq à l'âne ? En effet : le président qu'elle s'est choisi répond bien à cette image, même s'il aurait préféré un poster de Mount Rushmore ou la photo d'un beau voilier...

samedi 1 mars 2008

La musique tachiste de Michel Magne


En feuilletant le Jazz Magazine de janvier, arrivé lorsque nous étions au Laos, je découvre la réédition par Universal d’un disque du compositeur de musique de films Michel Magne, reprenant, entre autres, son disque de musique tachiste sous le titre générique Le Monde Expérimental de Michel Magne.
En 1959, j'avais sept ans lorsque mon père, alors journaliste à la radio, rapporta le 33 tours Musique Tachiste à la maison pour en faire la critique. J’ai ainsi conservé maints trésors discographiques des années 50 comme plusieurs aventures de Tintin (Les cigares du pharaon, Le lotus bleu, Objectif Lune, On a marché sur la lune), Blake et Mortimer (La Marque Jaune, Le Mystère de la Grande Pyramide), Buffalo Bill, Vingt mille lieues sous les mers (avec Jean Gabin), des disques d’épouvante qui me terrorisaient, bandes dessinées ou romans mis en ondes, ainsi que divers 45 tours bizarroïdes comme le Miss Téléphone composé de sons des télécoms de l’époque.


Dans l’attente de recevoir sa réédition, j’exhume le vinyle et découvre à quel point le disque de Michel Magne influença ma vie, tant par ses mélanges d'orchestres jazz, classique et bruitages joués en direct que par les images de Sempé qui illustraient chaque morceau. Je suis resté des heures à rêver devant Mémoire d'un trou (image ci-dessus), Méta-mécanique saccadée (image ci-dessous, mais ces deux pièces écrites en 1952 sont hélas absentes du cd comme les dessins pleine page du livret original), Self-service (plus bas), Carillon dans l'eau bouillante, Pointes de feu amorties au dolosal, Larmes en sol pleureur et Concertino triple (rire, prière, amour), écoutant la musique instrumentale en regardant les dessins. J’en usai le sillon jusqu’à devenir à mon tour compositeur de trucs innommables, oubliant ce disque fondateur au profit des élucubrations zappaïennes, solaires ou mécaniquement molles.


Si l’ensemble des œuvres ressemble à une musique électro-acoustique résolument inouïe, Magne précise qu’il n’y a aucun trucage magnétique, seulement ici le recours au re-recording après les déconvenues de la version live (début d’incendie avec arrivée des pompiers, distraction des interprètes devant la fille nue dans le piano, épuisement de la vaisselle avant la fin du morceau). Sur le 33 tours, se côtoient un solo de cymbalum englobant avec brèves interventions d'ondes Martenot, un contrepoint entre le cymbalum englobant exécutant un enchevêtrement rythmique s'accélérant jusqu'aux limites physiques des moyens de l'exécutant et une voix humaine poussant au paroxysme ses possibilités d'expression, des cloches en contact avec de l'eau en ébulition, le piano de Paul Castanier, la voix de Christiane Legrand, etc.


Tout a été remixé pour la réédition, voire remonté, en favorisant les éléments jazz au détriment du tachisme. C’est beau, c’est propre, brillant, mais je préfère, peut-être bêtement, la version originale du vinyle. Cela ne m'empêche pas d'en faire le disque phare de mes chroniques de disques pour le prochain Muziq (qui vient enfin de se doter d'un site propre !). Six pièces de 1968, jazz plutôt hirsute, avec Martial Solal au piano et les arrangements inventifs du très jeune Jean-Claude Vannier complètent Le Monde Expérimental de Michel Magne se terminant par deux inédits de 1970 et 1972, une délicate Musique sensorielle et l’amusant Mozart en Afrique. La série Écoutez le cinéma ! présente encore bien d’autres merveilles que je suis impatient de découvrir, des inédits de Gainsbourg aux musiques des films d’Alain Resnais…

vendredi 22 février 2008

Air Bangkok (15)




Nous arrivons au terme de notre voyage. Le Mékong et Paksé vus d'en haut. Il reste encore un billet à publier et ce sera de l'histoire ancienne. Nous avons voyagé dans l'espace, mais aussi dans le temps. Le Laos rappelle la Thaïlande d'il y a soixante ans. On m'a dit que cette chronique touristique en a ennuyé certains, enthousiasmé d'autres. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai entrecoupé les épisodes du récit de voyage par des billets plus conformes à ce blog, dans leur diversité de sujets et de tons... La loi des séries. J'avais pris des notes sur un petit carnet. Je les ai complétées au fur et à mesure, souvent en m'inspirant des images que j'avais choisies... J'ai attendu d'être rentré pour me mettre en baïonnette, le dos de traviole. Ce sont les séquelles de la descente de la Nam Ou sur le minuscule tabouret en bois. Les vingt six heures de car n'ont pas arrangé cela. Les heures d'avion non plus. En arrivant, je n'ai pas dormi. On ne peut pas rester debout à l'arrière de l'appareil tout le temps d'un vol. Depuis, je n'ai pas retrouvé le sommeil. Mon dos me réveille la nuit. Je ne sais pas quoi faire de mes bras. Les anti-inflammatoires auraient dû faire leur effet. Ça ne tient pas. Comment font les plus lourds que l'air sans étendre les bras ?

lundi 18 février 2008

Les 4000 îles (14)


À Don Khône, nous avons trouvé le calme et la chaleur du sud, havre de paix dans un cadre idyllique où passer quelques jours avant l'effervescence de Bangkok et le vol du retour. Nous avons élu résidence sur un radeau.


Le bungalow flotte sur un des nombreux bras du Mékong qui serpentent au milieu d'une myriade de petites îles vertes. L'eau de la douche est chauffée par des capteurs solaires, mais le groupe électrogène ne ronronne qu'entre 18h et 23h. Les Laotiens se lèvent tôt, avec le soleil, et prennent très tôt leurs repas. Nous dormons à l'abri de moustiquaires, mais à cette saison les insectes vampires sont rares. Nous ne nous sommes d'ailleurs pas faits vacciner.


Il y a un petit patio pour la sieste et un balcon ouvert sur la rivière. Je regarde le ballet des libellules noires et la nuit j'écoute le chant des gekkos. Il y en a dans toutes les maisons, dans chaque pièce. Ces drôles de petits lézards sortent le soir lorsque tombe la nuit et qu'on allume les lumières, attirant les insectes volants.


Le gérant de la Sala Sae Guesthouse a acheté un gibbon à favoris blancs, espèce pourtant protégée, au marché de Paksé. La cage est trop petite, toutes les cages sont toujours trop petites. On se croirait au Jardin des Plantes. C'est triste.


Il est agréable de marcher pieds nus sur les planchers de teck. Partout, nous laissons nos sandales sur le seuil. Ayant attrapé mal à la gorge entre les mauvaises clims et les tuk-tuks ouverts, nous nous soignons au miel sauvage où nagent encore quelques grains de pollen rouge. Farniente.


Pas tout à fait. Nous avons fait plusieurs belles promenades à vélo au milieu des rizières et dans la forêt jusqu'aux chutes d'eau qui se révèlent ici et là... Pour rejoindre le village de pêcheurs de Ban Hang Khône, au fin fond de l'île de Don Khône, nous avons dû enjamber des ponts cassés en portant nos bicyclettes, marchant prudemment sur les traverses en métal oxydé de l'ancien chemin de fer colonial français et gravissant des pentes verticales terreuses.


Il reste encore une vieille locomotive du temps de la présence française, mais tout le monde a oublié. Le passé n'a pas d'importance, les asiatiques pensent l'avenir.


Comme nous partons tôt, nous ne rencontrons pratiquement personne sur les chemins. Juste quelques animaux apeurés entendus filer sous les feuilles mortes, elles-mêmes tombant des hautes branches comme des hélicoptères. Le long des berges cambodgiennes, nous sommes restés un moment sur un rocher au milieu de l'eau à regarder sauter les derniers dauphins d'eau douce, dits d'Irrawady, du nom du fleuve birman où l'on en trouve également.


Je prends des photos ringardes de coucher de soleil et le matin je me lève à 6h pour écouter la symphonie animale. Le soleil tape fort. Avec ma calvitie naissante je dois porter une casquette. Mon père l'avait au même endroit, mais il prétendait que c'était à force de lire assis dans le lit, la tête appuyée sur le mur ! Papa aurait aimé le Laos. Il aurait certainement plongé dans les eaux glauques comme les pêcheurs décrochant leurs filets et les femmes y lavant leur linge ou faisant leur toilette. Peu d'étrangers s'y risquent. Nous nous reposons enfin avant de remonter à Paksé pour nous envoler vers Bangkok où nous passerons nos deux derniers jours de vacances. Le mois est presque terminé.

samedi 16 février 2008

La télé et le portable (13)


Il y a une dizaine d'années, lors d'un voyage au Népal, nous avons été surpris par la misère de Katmandou alors que les paysans qui vivaient dans la montagne mangeaient à leur faim. Attirés par la fée électricité, deux millions de montagnards sont descendus dans la vallée sans y trouver hélas le travail espéré, ni le courant électrique alors pour la plupart.
Au Laos, si le village est alimenté, la télévision hurle du matin au soir. L'écran trône au milieu du rien d'autre, parfois deux postes se font face avec deux programmes identiques ou différents, séries américaines débiles ou chaînes chinoises aussi navrantes. Les programmes sont affligeants de médiocrité. Le gouvernement "socialiste", pas plus ici qu'ailleurs, ne semble avoir saisi l'importance du média, ou bien, comme dans les prétendues "démocraties", se satisfait-il de cet abrutissement de masse.
L'autre appendice de la modernité est le téléphone portable. Si le Laotien ne possède rien d'autre qu'une télé, il est aussi un cellulaire greffé dans la paume. La télé et le portable auront bientôt remplacé la faucille et le marteau sur le drapeau. Tous les pays finissent par se ressembler dans leur absurdité morbide.

jeudi 14 février 2008

Le chant de la nature (12)


Je regrette de ne pas avoir acheté un petit enregistreur de poche comme celui d'Olivier pour capter les sons des gibbons le matin dans la brume de la jungle, la coquaphonie d'Houeisai, la descente de la rivière, la symphonie nocturne de Nong Khiaw ou des îles du sud. On ne sait pas toujours si ce sont des insectes, des batraciens ou des oiseaux de nuit, mais je reconnais les sons qu'imitent les instruments que j'ai rapportés de mes précédents voyages. Je pourrais m'en délecter pendant des heures. La nature a inspiré la lutherie de tout le sud-est asiatique : crapaud-guiro, castagnettes, rhombes, crécelles...
J'adore la musique qui se joue au loin dans les villages. J'apprécie moins le sirop américanisé que nous imposent des heures durant les conducteurs de bus ou le saxophone gerbant diffusé dans certains bars de Bangkok. Le tempo est immuable, chanson après chanson, la variation semble affecter seulement les paroles qui nous échappent.

Un orchestre typique thaï nous accueille à l'entrée du Mango Tree, sorte de gamelan composé d'un clavier de lames, d'un instrument à cordes frottées, d'un hautbois et d'un tambour. Ici, c'est un ensemble du Laos.

Nulle part je n'entendrai de khen, l'orgue à bouche dont la musique fait irrésistiblement penser à Steve Reich. Je trouve quelques VCD délirants dont un karaoké sur la guerre Laos/Vietnam avec des images d'archives et un autre chanté par des enfants pour le Nouvel An du Rat. Les percussions en métal y explosent... J'achète quelques disques de musique traditionnelle et du rap lao, l'éclate !

Un joueur de hou-kin, le violon monocorde (en fait l'archet est coincé entre deux cordes), fait la manche devant un temple. On entend assez peu de musique pendant tout le voyage. Essentiellement résonne partout le son de la télévision qui ne s'arrête qu'au moment de dormir.

mercredi 13 février 2008

Mak Phèt (11)


Pour manger, nous avons appris à éviter les restaurants où la nourriture est quelque peu édulcorée pour plaire aux touristes. Nous ne déjeunons et dînons que sur des bancs de fortune, dans la rue, dans des échoppes essentiellement fréquentées par les locaux. Je me souviendrai toujours du petit déjeuner où nous avons élu cette soupe de tripes à la noix de coco relevée à souhait. Pour épicé, on dit mak phèt. J'en abuse avec légèreté. Le second jour à Luang Prabang, nous avons trouvé un hôtel dans un quartier charmant, semi-campagnard. Des petites venelles quadrillent des jardins fleuris. L'ambiance est gaie. Nous nous sommes écartés des endroits rupins, tout près du marché hmong où nous dégustons soupes de nouilles, petits rouleaux de toutes sortes, sucrés et salés, poissons et viandes grillés, herbes parfumées... Le café lao est absolument renversant. On verse dans le fond du verre du lait concentré sucré, puis le café noir, pâte épaisse succulente, l'eau bouillante, et le résultat ressemble à du chocolat épais, sauf que c'est du café, un des meilleurs au monde !
Nous buvons de l'eau minérale ou de l'eau filtrée mise en bouteilles, de la bière locale, la célèbre Beer Lao dont nous apercevrons les brasseries, ou des sodas américains. En Thaïlande comme au Laos, on mange avec une cuillère et une fourchette, sauf chez les Chinois où l'on se sert de baguettes. Jamais un couteau. Parfois les doigts.
La fréquentation des quartiers chinois de Paris nous permet de mieux appréhender la cuisine et les usages rencontrés en Thaïlande et au Laos. Nous retrouvons les phò vietnamiens, la cuisine du sud de la Chine, la noix de coco et les cacahuètes thaïs. Mais ici, ce sont des produits frais. Le lait de soja est pressé devant nous, les rouleaux confectionnés au fur et à mesure, les pâtes dénouées, les noix de coco cueillies et attaquées aussitôt à la machette pour en boire le jus et savourer la chair tendre. Souvent nous regardons ce que les Laotiens ajoutent à leur bol afin de les imiter. Au restaurant, les mets sont rarement chauds, car il est d'usage de les servir tous en même temps et d'attendre qu'ils soient tous sur la table avant d'attaquer le repas. Même chose avec le thé servi d'office, tiède la plupart du temps, ou les verres d'eau que nous ne touchons pas de peur d'attraper quelque maladie intestinale. Nous passerons au travers de la tourista, mais nous nous retrouverons chacun avec un mal de gorge carabiné qui se transformera en toux, un classique du pays, semble-t-il à l'écoute de la bande-son.

lundi 11 février 2008

Le revers d'un patrimoine de l'humanité (10)


Le label "Patrimone de l'humanité" par l'Unesco a un revers à sa médaille. L'ancienne capitale coloniale au confluent du Mékong et de la Nam Kane, magnifiquement conservée, devient un centre touristique où seuls les temples sont encore préservés des marchands. Il y en a partout. Des marchands, certes, et des temples, à tous les coins de rue. Leurs ors et leurs couleurs vives sont aussi kitsch qu'ils apportent calme et sérénité. Les jeunes bonzes jouent au football ou s'affèrent autour des points d'eau. Du haut du Mont Phosi, la vue est à tomber.


Le second soir, nous nous plions au rituel de la population à laquelle nous appartenons tout en la fuyant autant que nous pouvons : nous achetons des T-shirts de toutes les couleurs au motif de la faucille et du marteau, des pantalons thaïs (ceux de Changmai étaient de bien meilleure qualité), des bijoux de pacotille, cuillères en bambou, du thé, du café, des algues de la rivière séchées et parsemées de petites graines de sésame... Nous marchandons en riant avec les vendeuses hmong qui tentent toujours de vendre le double, mais ici les prix sont si ridicules en regard de notre train de vie habituel d'occidental que nous pouvons nous poser la question de la justesse de notre démarche : faut-il payer ce que l'on nous demande sans sourciller comme des Américains ou jouer le jeu des us et coutumes en négociant le prix de chaque chose ? Si la loi de l'offre et de la demande est la même partout, nous risquons de faire grimper les prix en les rendant prohibitifs pour des populations dont l'économie n'a rien de commun avec la nôtre.


Nous changerons trois fois d'hôtel. La première chambre située dans un hôtel chic du quartier huppé est chère et n'a pas de fenêtre. La seconde a le désagrément de côtoyer une machine bizarre que nous serons incapables d'identifier, mais qui n'aura de cesse de s'enclencher et de s'arrêter toute la nuit, clic, shhhhh, clic, shhhhhh. Nous trouvons enfin notre bonheur à la Nock Noy Guesthouse, grande chambre lumineuse avec parquet et vue dégagée sur le bleu du ciel. Hélas, nous devons repartir le lendemain matin aux aurores.


D'ici là, nous découvrons le grand marché couvert à l'extérieur de la ville. Sa localisation sur le plan du Routard est totalement erronée et nous marchons une heure et demie de trop, mais, encore une fois, nos efforts sont récompensés. Nous sillonnons systématiquement toutes les allées, hébétés devant tant de choses que nous sommes bien en mal d'identifier, par les prix dérisoires, la beauté ou l'astuce de certains objets. Le secteur nourriture est évidemment mon préféré ! Nous ne rencontrons jamais aucun occidental dans ces marchés où les poissons nagent sur la tranche dans des cuvettes, la viande ne ressemble à aucune des nôtres à cause de la coupe sauvage, les fruits et légumes forment d'énormes tas sur des bâches à même le sol et les petits traiteurs proposent des sandwiches laos, des brochettes de porc et de poulet, des soupes toujours, same same, but different. Nous trouvons des paquets de thé lao joliment enveloppés et le thé vert "1" que nous avons découvert pendant notre séjour dans les arbres à Bokeo et que l'on sert avec les "poissons", les lèvres jouant leur rôle de passoire. Plus loin, les bijoutiers proposent l'or et l'argent, un or parfois très jaune, de la couleur des temples aveuglants de soleil.



Sur la route, nous sommes surpris qu'ils s'en construisent autant de neufs. Les drapeaux rouges cohabitent avec les insignes du bouddhisme. Nous percevons le mépris étouffé des Laos pour les tribus animistes qui vénèrent les phis, sortes de dinités fantômatiques qui hantent les rêves, mais que les autres Laotiens ne négligent pas pour autant. Dans la jungle de Bokeo, nous en avons invoqué un qui avait pris l'apparence d'un arbre aux racines noueuses, comme des cordes s'enfonçant dans la terre humide. Le résultat ne fut pas brillant, puisque s'en suivirent un accident et l'apparition effrayante des serpents verts, ce qui fit bien rire notre guide Songkeo. Lorsque les laotiens construisent une maison, ils commencent souvent par élever un petit temple sur le terrain. De même, la statue se dresse au milieu du chantier, avant que le bâtiment administratif ait vu poser sa première pierre.



Françoise achète des petites bananes pour le voyage de demain, vingt six heures plein sud, jusqu'aux "4000 îles".

jeudi 7 février 2008

Luang Nam Tha (7)


Nous faisons d'agréables rencontres, seulement d'autres voyageurs. La barrière de la langue nous empêche d'avoir des discussions profondes avec les autochtones. Mon laotien est aussi primitif que leur anglais. Nous évitons soigneusement les Français qui ont presque toujours l'âge de la retraite tandis que les autres (Australiens, Allemands, Hollandais, Américains...) sont en général beaucoup plus jeunes. Nombreux partent pour plusieurs mois dans le sud-est asiatique : Vietnam, Cambodge, Laos, Thaïlande, parfois la Birmanie ou la Chine, jusqu'à l'Inde ou l'Indonésie. Les manières de certains touristes ignorant les coutumes locales nous choquent ou nous révoltent. À Luang Nam Tha, nous croisons plusieurs fois un couple d'Allemands de notre âge, très sympathique, avec qui nous partageons nos choix culinaires et populaires.


Françoise m'entraîne souvent sur les marchés où nous nous refaisons une garde-robe pour trois francs six sous et j'arpente, avec envie et le désespoir de ne pouvoir tout goûter, les allées de nourriture où des femmes proposent la véritable cuisine laotienne ou originaire de la trentaine de tribus qui peuplent les montagnes. Je glane quelques idées pour mes futures soupes et j'essaie d'identifier les herbes que je retrouverai à Belleville ou dans le XIIIème.


Le second jour, nous louons des vélos pour découvrir la campagne, rizières et villages des différentes ethnies, rivières et petits ponts de bambou... Le soir, nous nous couchons vers 21 heures comme tout le monde...


Je prends à la fois peu de notes et de photos. Il faut choisir entre vivre au présent ou récolter des souvenirs. J'essaie de déconnecter d'avec mes "mauvaises" habitudes. Les instants magiques sont fugaces. Mon vieil appareil-photo est trop lent pour les saisir. Le délai d'une seconde ne me permet pas de faire des portraits, je me cantonne aux paysages et aux vues fixes ou figées.


Les maisons sont plus souvent construites sur pilotis pour éviter les animaux et plus certainement les inondations en période de mousson. La période que nous avons choisie est idéale : pratiquement aucun moustique, donc inutile de se faire vacciner, température agréable de la saison sèche, tourisme réduit puisque ce n'est pas une période de vacances scolaires.


Certains paysages me rappellent mon voyage au Vietnam il y a une dizaine d'années. On raconte que ce pays a beaucoup changé, que les touristes y sont considérés comme des portefeuilles sur pattes, tranchant avec l'amabilité des Laotiens.

lundi 4 février 2008

Snake Experience (4)


Tout a commencé de travers. Les Hmong qui devaient nous accompagner dans la forêt avaient changé la date de leur nouvel an sans prévenir et aucun guide n'était prêt à sacrifier trois jour de libations pour une poignée de touristes. S'ajoutait une réunion de chefs par-dessus le marché ! Personne ne voulait manquer ça, Hmong Politics... Les jeunes filles qui avaient enfilé leurs costumes de fête s'entraînaient à se lancer des balles en vue de leurs mariages proches. C'est ainsi que l'on se choisit un conjoint pour la vie. Le chef des guides était furieux. Aucun des guides ne cédant, nous avons entamé notre marche précédés d'un seul guide, Songkeo, qui, Lao, n'avait rien à faire du nouvel an hmong. Après trois heures à s'enfoncer dans la forêt vierge, les huit inscrits à la Waterfall Experience atteignirent la chute d'eau annoncée.


Nous avons bien besoin de ce bain glacé pour évacuer la fatigue et la sueur. Françoise et moi choisîmes de passer la nuit seuls en Maison 4 tandis que les six autres, deux Allemands, deux Hollandais et un couple de Californiens se partageaient la 6, dernière construite avec tout le confort moderne, soit une douche et des toilettes. Notre maison, située tout en haut d'un arbre à trente mètres au-dessus du sol, ne nous offrait pas ce luxe et je craignais devoir emprunter un des câbles qui surplombent le vide si une envie nocturne pressante se faisait sentir.


Les six maisons perchées chacune en haut d'un immense arbre sont toutes accessibles par des câbles sur lesquels nous glissons, équipés d'un harnais sur lequel est fixé une poulie. Rien de plus excitant que de fendre l'air pour regagner l'autre flanc des vallées que nous surplombons. Le plus long câble mesure 1 kilomètre à 150 mètres au-dessus du sol. Le plus effrayant est de se lancer dans le vide. Ensuite, cela glisse tout seul. Si l'on va trop vite, on appuie sur le frein en pneu qui entoure la poulie. Si l'on n'atteint pas la plate-forme opposée, les gants de laine que nous avons acheté à Houeisai nous permettent de la rejoindre à la force des bras, ce qui n'est pas toujours très agréable, mais chacun s'en sort plutôt bien, même Françoise qui est la plus légère et doit souvent terminer les derniers mètres suspendue au-dessus du vide, en jouant de ses biceps et de ses abdominaux.


Nous avons beau être équipés de lampes frontales le cas échéant, l'idée de nous lancer seuls, de nuit, sur un de ces câbles, avec une envie de chier incontournable, ne nous inspirait pas vraiment et nous eumes la chance de pouvoir attendre le matin humide, trempé de la rosée de la cascade au pied de l'arbre. La brume monte d'abord avec le jour pour se dissiper ensuite avec le soleil.


Notre guide nous avait apporté à dîner, mais le groupe nous rejoint avec trois heures de retard le matin suivant. Un accident est arrivé. Marin filmant sa glissade et voulant arrêter sa caméra est reparti en arrière tandis que Brian n'attend pas le signal et s'élance sur le fil. Le choc des corps est brutal. Le premier s'en sort avec maintes contusions et une canne, mais l'Américain ne peut plus bouger. Songkeo le hisse avec une corde jusqu'en Maison 6 où sa compagne le rejoint. Nous n'étions plus que six à reprendre la marche pour rejoindre la 5, puisque nous devons échanger nos habitats avec un autre groupe. Bien que nous ayons pris du retard et marchions à l'heure la plus chaude, SongKeo nous propose d'aller visiter la Maison 3 dont la vue ur les montagnes est exceptionnelle. Nouveaux câbles enchanteurs, rêves de tarzan, végétation grandiose, mais peu de faune. Avec mes jumelles, nous admirons quelques volatiles colorés, petits zoziaux vert et jaune, bleu électrique, rose fuschia ou grands oiseaux noirs à longue queue. Seul le silence habite vraiment la forêt où nous ne verrons jamais les gibbons qui donne leur nom à cette belle expérience, mais nous les entendrons le matin suivant avec beaucoup d'émotion. Il aura fallu dix ans à Jeff et son équipe pour mettre sur pieds le projet d'écotourisme, convertissant les braconniers en gardes forestiers. Le Gibbons Experience n'étant dans aucun guide, le bouche à oreille risque seulement de rendre plus long le temps d'attente des réservations.


Nous venions d'arriver en Maison 3 lorsque notre guide se mit à hurler "Snake ! Snake ! Snake !" Un immense serpent vert rampait à un mètre de nous sur une branche de l'arbre qui soutenait la plate-forme. Panique à bord, mais pas au point de manquer la photo, et les toursistes que nous sommes de demander à Songkeo d'attendre une seconde avant de tuer le dangereux reptile. Il l'assomme d'un coup de planche sur l'échine, mais le serpent remonte. L'autre guide pète les plombs et jette par dessus bord en direction de l'animal tout ce qu'il trouve, un banc, des tasses en métal, le peu de meubles présents qui vont s'écraser quelques dizaines de mètres plus bas. Je fais bouillir de l'eau que nous versons dans l'arbre creux, mais un second serpent de trois mètres surgit. Et un troisième animal, et de quatre, et de cinq ! C'est incroyable. Tous sont aussi longs les uns que les autres et particulièrement agressifs face aux assauts dont ils sont victimes. Comprenez que nous sommes suspendus au-dessus du sol avec tout cet équipage. Songkeo réussit à en tuer quatre, coupant le dernier à la machette. Le sang a beau être froid, il est bien rouge. Nous désertons la Maison 3 accompagnés de ses quatre pensionnaires dont une jeune fille qui tremble comme une feuille.


Nous nous serrons donc en Maison 5, puisque de huit nous étions passés à six pour devenir dix par la force des choses qui rampent et crachent comme des malades. La seconde nuit est plus calme, sans les petits rats qui avaient piétiné nos camarades la nuit précédente, présence expliquant probablement celle des reptiles, elle-même due à un mauvais rangement ou nettoyage des miettes des repas. Encore une fois, Françoise et moi, nettement plus âgés que la plupart, faisons chambre à part en squattant l'étage supérieur de ce nouveau nid avec vue à 360° sur la forêt qui nous entoure et se réveille. Nous prendrons le chemin du retour et attraperons de justesse le car qui nous amènera jusqu'à Luang Nam Tha. Il suffit de lui faire signe sur le bord de la route, il s'arrête, à condition qu'il y ait de la place à bord. Nous n'avons pas très envie de rester au bord de la route. Les ballots s'empilent dans la travée centrale. Voyages épiques où les Laos crachent et vomissent tant qu'ils peuvent, secoués par les routes chaotiques en épingles à cheveux, au son de rap lao tonitruant. Les voyageurs disent qu'en Chine ils n'emportent pas de petits sacs en plastique avec eux ! Françoise s'inquiète que le vent rabatte les miasmes vers les fenêtres...

jeudi 31 janvier 2008

Touristes en Thaïlande (2)


Lorsque l'on a goûté à Changmai on se demande si l'on aura envie de repasser par Bangkok. Même si nous n'échappons pas aux embouteillages et à la foule, nous sommes dans une ville de province. Les marchés y sont encore plus incroyables, débordant de légumes qui ne ressemblent souvent que vaguement aux nôtres, de fruits exotiques, de poissons qui frétillent dans des bassines en plastique, tant d'anguilles qu'on dirait la chevelure de la Gorgone, de calamars, de tortues, de plats amoureusement cuisinés comme à la maison, parfums enchanteurs qui nous donnent envie de tout goûter à s'en faire péter la sous-ventrière. Heureusement, nous faisons attention de ne pas en arriver à ces extrémités. Sauf pour le piment dont je me gave comme les enfants abusent des sucreries.
Le premier soir, je trouve même une gargote où l'on nous apporte un plat d'insectes frits, grandes sauterelles, grosses fourmis ailées et chenilles croustillantes. J'en rêvais. Je suis servi. Les grenouilles au curry ressemblent plutôt à des crapauds dont la chair est succulente. Françoise préfère de loin les plats où la noix de coco participe à la recette. Je dévore de petits raviolis aux cacahuètes et au lait de coco de couleur bleue, verte ou blanche.


Changmai semble plus touristique que Bangkok, essentiellement parce que les guesthouses se trouvent toutes dans le même quartier. Je convaincs Françoise de céder au charme de la campagne et aux paradoxes du tourisme organisé. Ce sera l'unique fois du voyage. Les ballades à dos d'éléphant ou en char à bœufs nous séduisent moins que la descente de la rivière en radeau de bambou ou la ferme des orchidées. Tout est paisible. Nous terminons nos journées dans les écoles et les salons de massage. Pourtant, que ce soit pour les pieds (1 heure à 3 euros) ou tout à l'huile (1h30 à 6 euros) dans un institut d'aveugles où le fou-rire est maître, il s'agit plus de massages de confort que de soins réparateurs. On y passe un moment de détente, mais on est loin des doigts magiques de Liu Yang.


Après avoir marché, marché et encore marché, nous nous habituons à la simplicité des tuk-tuks, ces petits scooters-taxis à 1 euro qui se faufilent partout. Après avoir passé trois jours à Bangkok et trois à Changmai, nous rallions Changrai, dans le Triangle d'Or où se cultive l'opium, pour rejoindre ensuite le Laos. Nous passons la soirée dans le night market où je trouve de nouveaux insectes grillés, énormes criquets et vers de bambou... Le jus de gingembre nous tord les boyaux et la fondue en marmite de terre nous les réchauffent.


Au milieu des stands de colifichets, bijoux fantaisie, vêtements, un luthier vend des saxophones en bois de rose qui sonnent magnifiquement. Il fabrique également de petites flûtes et des sax en PVC qui me rappellent ceux qu'avait l'habitude de confectionner Bernard.


Nous passons la frontière à bord d'une pirogue à moteur qui traverse le Mékong. Le Laos est notre choix initial, mais, quitte à passer par Bangkok, il était plaisant de s'y arrêter enfin. Nous y reviendrons certainement, pour jouir de la mer, de la plongée sous-marine et du farniente, ou pour y faire nos courses. On en reparlera, mais, pour l'instant, nous accostons à Houeisai d'où commencera la véritable aventure...

lundi 28 janvier 2008

Tonton est mort ce matin


Entre le moment où nous avons rassuré nos mamans que nous étions bien arrivés à l'aéroport Charles de Gaulle et le temps de temps de rentrer en taxi jusqu'à la maison, Giraï, l'oncle de Françoise, est mort dans son lit à 97 ans. J'aurais préféré faire ma rentrée par une bonne nouvelle ou commencer à narrer nos aventures épiques au Laos et en Thaïlande, mais Tonton nous ravit la vedette. Giraï nous a montré la voie d'une vieillesse heureuse, aussi grâce à sa sœur Rosette, la maman de Françoise et Anny, qui s'est occupée de lui jusqu'au bout, aménageant le cabanon dans le jardin en studio plutôt qu'en l'envoyant dans une maison de retraite. Tonton, ce sont des chansons, ses rêves de brevet au concours Lépine pour sa bicyclette, le récit du génocide arménien, un humour et une espièglerie qui l'accompagnèrent jusqu'au bout. On avait parfois l'impression qu'il était ailleurs, mais il entendait tout et savait nous le faire savoir avec drôlerie et à propos. Je souhaite à toutes celles et ceux que j'aime de finir comme lui.

lundi 31 décembre 2007

Pause


Ça y est. Nous sommes partis pour un long périple qui nous mènera en Thaïlande et au Laos. Il a fallu du temps pour nous décider. Prendre un mois de vacances n'est pas chose facile pour des artistes qui adorent leur travail et ne savent jamais comment s'arrêter. Nous avions vraiment besoin de faire un break pour remettre nos compteurs à zéro au retour. Rien de mieux alors que de s'envoler pour un pays dont nous ne parlons pas la langue et sans savoir ce que nous y ferons, où nous irons, ni ce que nous verrons et entendrons. L'Asie m'a toujours attiré, en particulier pour sa gastronomie et ses jungles.
Après que nous ayons trouvé une solution pour la maison et le chat, la décision la plus difficile à prendre fut pour moi d'interrompre le blog pendant notre périple. Nombre de mes lecteurs apprécient les récits de voyage et je savais que celui-ci serait riche en péripéties, comme le séjour que nous ferons à la cîme d'un arbre en y accédant par des tyroliennes, de longs câbles sur lesquels on se lance pour atteindre notre habitat. Peut-être là-haut aurons-nous la chance de croiser des gibbons ? Libération a parlé samedi de cette initiative de reconvertir les braconniers en protecteurs de la forêt.
Lorsque je me suis vu glisser un dvd dans le lecteur avec la main gauche, allumer l'ampli avec la droite et me demander si je ne pourrais pas en profiter pour appuyer sur le commutateur du vidéo-projecteur avec un orteil, j'ai compris qu'il me fallait sérieusement rompre mon rythme stakhanoviste. Pondre un billet 7 jours sur 7 depuis plus de deux ans est une gageure que j'espère pouvoir reprendre le 29 janvier, mais je ne suis aujourd'hui certain de rien du tout. Je n'ai pas envie de chercher le web-café de chaque coin paumé où nous comptons échouer. J'emporte de quoi écrire et un appareil-photo avec une carte mémoire suffisamment grande pour contenir quelques centaines d'images. Je ferai le tri au fur et à mesure. J'essaie de voyager léger, avec le minimum vital, mais il reste encore dix kilos. Je suis trop inquiet pour partir les mains dans les poches.
Nous passerons le réveillon dans l'avion qui nous mène à Bangkok, manière amusante de fêter notre rencontre. Françoise et moi sommes ensemble depuis cinq ans exactement aujourd'hui. Du moins ce soir, après que le commandant de bord aura annoncé les douze coups de minuit, et il faudra encore attendre une bonne heure, mais ça c'est une autre histoire.
Voilà. Si mes billets quotidiens vous manquent, surveillez le site Poptronics qui mettra enfin en ligne, d'ici une dizaine de jours, mon Pop'lab, sept pages bien denses comprenant mon texte, un entretien avec Annick Rivoire et Elisabeth Lebovici, des photos, des musiques en mp3 dont deux de mes premières œuvres totalement inédites datant de 1965 et 1968, etc. Vous pouvez aussi prendre votre courage à deux mains et fouiller dans le passé du blog. La recherche par mois est la plus exhaustive. Sinon, rendez-vous le 29 janvier et bonne année !

mardi 11 décembre 2007

Suspension


La photographie date d'il y a deux ans. Mon petit film Le Sniper faisait l'objet d'une installation dans une rue piétonne d'Utrecht pour l'exposition Soft Target. War as a Daily, First-Hand Reality. Il était également projeté dans la Galerie Bak sur un petit moniteur au bout d'une cursive dont le plancher était en verre. Certains visiteurs enclins au vertige étaient incapables de franchir le corridor transparent. J'aimais beaucoup cette impression de suspension, palais des glaces vertical aux parois de métal lumineuses accentuant le malaise propre au film, impression de danger imminent pouvant survenir de toutes parts. Chacun évitait soigneusement d'évoquer l'aspect grivois du dispositif dont seul l'architecte était l'auteur et j'avoue être descendu prendre discrètement mes photos.
Est-ce le même rêve de vol qui me pousse à passer quelques jours dans les arbres au Laos ? Quelques fondus y ont construit des maisons dans une réserve de gibbons auxquelles on accède par des tyroliennes, des poulies avec harnais glissant sur de longs câbles au-dessus de la forêt.
Je me suis raccroché à cette branche, totalement épuisé d'avoir pondu quelques vingt mille signes hier pour le prochain Journal des Allumés. J'essaye de me débarrasser de tout ce que je dois écrire avant mon départ. Comme j'avais terminé les articles du Muziq qui sortira en février (le n°12 sort demain), je me suis attelé au n°21 des Allumés. J'ai donc sorti cette image de mon chapeau. Il est temps que je m'en aille loin pour recharger mes batteries et réalimenter le fonds dans lequel je pioche lorsque je suis en mal d'inspiration. N'empêche qu'à Utrecht ils ont de bons fromages hollandais et des petits poissons délicieux à dévorer dans la rue. Ça irait bien avec les cornichons au sel et les aux vinaigrés qu'Elsa nous a rapportés de Moscou. On comprendra que j'ai faim. Mais ne suis-je pas toujours affamé ?

mardi 30 octobre 2007

Des biscuits pour l'hiver


Nous sommes passés à l'heure d'hiver. Il pleut. Le métro est au sec. C'est un lundi à courses. Je mise sur le tiercé : récupérer mes lunettes en réparation, acquérir Leopard pour mon petit Mac et éventuellement jeté un coup d'œil aux nouvelles parutions disques-films-livres. Il faut bien dépenser son salaire. L'argent qui dort est immoral, comme celui qui naît de l'argent. Il faut que cela circule. Gagner du fric n'a aucun intérêt, si ce n'est pour le dépenser. Je ne regrette pas la période où je ne payais pas d'impôts, où je n'avais pas de toit à recouvrir. Il faut créer des trous d'air dans le compte courant pour qu'il ait la place de se remplir. La dépression appelle le plein. Je mise tout sur les courants d'air.
Lunettes donc. J'aime celles qui ne se voient pas lorsque je regarde avec, mais j'en cherche toujours des bizarroïdes. Elles ont hélas souvent les montures fragiles : les branches se cassent, les verres se dévissent. J'en laisse une paire quand j'en récupère une autre. Celles que je me suis fait faire en catastrophe à Séoul pour quelques euros (soit plus d'une centaine de milliers de wons) me sauvent d'une presbytie bigrement handicapante. Je louche sur une Mikli rouge et noire avant de m'enfouir sous terre pour dévorer les derniers chapitres du Jour des fourmis.
Dans le trou, le vendeur de Leopard me dit d'attendre la version familiale pour cinq ordinateurs, mais le représentant d'Apple a la sincérité de me confier que c'est une question légale et non technique. Je repars avec le nouveau système qui prendra deux heures à installer. C'est rigolo, un peu plus pratique, mais je ne suis pas renversé par les nouvelles fonctions. On en reparlera, à l'usage. Francis m'envoie un instantané de notre conversation de la veille. Tentative de transmission de pensée ? Prise de têtes ?
Les élucubrations du Drame me manquent depuis trop longtemps. Du contenu ! La moisson de films et de disques s'avère plus excitante que la glorification de la boîte à outils. Je cherchais Ceux de chez nous de Sacha Guitry depuis des lustres. En 1914 et 1915, il a l'intelligence de filmer les hommes célèbres qui vont mourir, et il les filme au travail : Rodin sculpte devant sa caméra, Renoir peint les mains perclues de rhumatismes avec le pinceau coincé dans ses bandages, Saint-Saëns (de face) fait semblant de diriger un orchestre avec seulement Alfred Cortot au piano hors champ... Tandis qu'il les immortalise, Guitry raconte de sublimes anecdotes sur Monet, Edmond Rostand, Degas, Sarah Bernardt, Mirbeau, Anatole France ou son père. N'ayant pas encore regardé le reste du coffret (LMLR), compléments dont je n'ai souvent jamais entendu parler, je pense y revenir...
Continuant ma chasse aux archives, j'attrape le volume 6 de l'incontournable collection Retour de flamme que poursuit Lobster. Je me demande si mon acquisition de La chinoise est motivée par l'intérêt qu'y porte Jonathan ou si j'ai vraiment envie de revoir le film de Godard. Je penche plutôt pour le plaisir de revoir l'ami Séméniako dans ses jeunes années.
Le sac que je porte sur le dos est aussi lourd que mon billet serait long si je détaillais aujourd'hui chaque petite merveille dégotée là. Disons que je reviendrai sur tout (pas) une fois pour toutes, histoire de ne pas bâcler leur compte-rendu : Du praxinoscope au cellulo, un demi-siècle de cinéma d'animation en France (1892-1948) avec 14 films en bonus DVD, le précédent volume de David A. Carter 2 Bleu, un Routard sur le Laos (j'ai une idée derrière la tête qui pourrait m'écarter un moment de cet intarissable blog) et trois disques de musique contemporaine étonnants.


On y arrive. Music for the Gift (elision fields) réunit quatre pièces des débuts de Terry Riley (entre 1960 et 1965) où le compositeur traite les instruments avec des magnétophones par réinjections et délais. Celle qui donne son titre à l'album a pour soliste le trompettiste Chet Baker, avec à ses côtés Luis Fuentes, George Solano, Luigi Trussardi et John Graham ! Je reconnais des similitudes avec le travail électroacoustique de Bernard. La Monte Young participe à la plus ancienne, Concert for Two Pianos and Five Tape Recorders. C'est roots, passionnant ! J'enchaîne avec Audiodrome (stradivarius), quatre pièces pour ensemble du génial Fausto Romitelli interprétées par l'Orchestre Symphonique de la RAI dirigé par Peter Rundel découvert lorsqu'il était à la tête de l'Ensemble Modern. Compositeur disparu le 27 juin 2004 à l'âge de 41 ans, Romitelli ne laisse pas quantité d'œuvres, qui méritent toutes plus d'un détour, ici Dead City Radio. Audiodrome, EnTrance, Flowing down too slow et The Nameless City. L'album Professor Bad Trip reste pourtant mon préféré, suivi de l'opéra avec vidéo An Index of Metals.


J'ai gardé le meilleur pour la fin, depuis le temps que j'attends l'édition audio des Entretiens avec Edgard Varèse par Georges Charbonnier. Le livre édité en 1970 d'après les enregistrements de 1955 est une de mes bibles. Ses phrases m'ont marqué de manière indélébile, je les cite et les récite. Varèse avait tout rêvé, donc tout inventé. C'est d'une intelligence aussi prodigieuse que Le style et l'idée de Schönberg et les écrits de Glenn Gould ou John Cage. Mais c'est mon chouchou, mon grand-père dans l'histoire du récit puisque je dois ma "vocation" à Frank Zappa. Écoutez la voix du bourguignon, les flèches qu'il décoche, son amertume aussi de ne pas avoir été entendu, et le pire (ou le meilleur) est donné en bonus exceptionnel à la suite des deux heures d'entretien remarquables, le scandale de la création mondiale de Déserts au Théâtre des Champs Élysées le 2 décembre 1954 sous la direction d'Hermann Scherchen. La preuve est là, comme si on exhumait à son tour le scandale du Sacre, la première œuvre hybride pour bande magnétique et orchestre, huée, sifflée, acclamée aussi, la salle coupée en deux, bataille d'Hernani opposant la vieille vulgarité à une jeunesse renversée. On en pleurerait. Déserts est la première pièce que j'entendis de lui, elle révolutionna ma vie. Je n'eus de cesse de mélanger les sons instrumentaux avec les sons de synthèse et les manipulations électroacoustiques. Et puis il y a les Entretiens (INA). C'est terrible comme on peut se reconnaître dans la pensée d'Edgard Varèse et encore plus terrible de savoir qu'il est resté plus de vingt ans sans écrire et que toute son œuvre tient en 2 CD. Edgard Varèse est d'une intelligence prodigieuse, d'une humanité critique exemplaire. Son regard sur l'histoire de la musique est une leçon qui vaut des années de conservatoire. Le comble est qu'il est celui qui s'en est affranchi. Il a inventé la musique contemporaine. C'est un modèle, un modèle dramatique et visionnaire. Pour quiconque, quel que soit son art, espère être de son temps, passer à côté de Varèse est de l'ordre du renoncement.