Jean-Jacques Birgé

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mercredi 11 septembre 2019

Tant bien que mâle


J'aurais pu écrire un énième article fustigeant le machisme toujours prégnant, des gars qui s'étalent, abusent de leur position de force ou de leurs prérogatives sociales, mais la question ne concerne pas que l'espèce humaine. J'ai mis hors d'état de nuire le matou qui a fait sauter les plombs de toute la maison en marquant son territoire sur une prise de courant de la cuisine. Le voyou qui terrorisait Django et Oulala, que des opérations ont rendus stériles, manœuvre qui devrait inspirer quelques mâles sexuellement incontinents, ne pourra plus empuantir le cellier ni le rez-de-chaussée. Loin de moi l'idée d'en rajouter en lui faisant du mal. Mes chéris ont la délicatesse de faire leurs besoins dans les jardins avoisinants. J'ai donc installé deux chatières électroniques ne laissant passer que les chats autorisés. Il leur suffit de présenter leur puce d'identité devant la trappe pour qu'elle s'ouvre automatiquement. Tout le monde peut sortir, mais ils sont seuls à pouvoir entrer.
N'étant pas du tout bricoleur, l'installation tint à la fois de l'exploit et du miracle. À la cave le trou existant était trop grand. au rez-de-chaussée il était trop petit. J'ai dû combler l'espace qui aurait pu laisser passer des petites souris, encore qu'en général elles pénètrent chez moi dans la gueule de Django, et attaquer au burin l'épais mur du salon. J'ai bêtement commandé pour rien une extension de tunnel, préférant conserver la chatière extérieure, question d'isolation thermique et de minimisation des travaux terrassiers, et insérer en force la nouvelle à l'intérieur. Évidemment celle-ci n'est pas d'équerre, mais ceux ou celles qui me connaissent peuvent imaginer le sentiment de victoire qui m'anime lorsque je réussis à bricoler un truc qui tient tant bien que mâle. Après avoir retaillé le morceau de gazon synthétique qui sert de tapis-brosse aux bottes de sept lieues des félins entre les deux portillons, j'ai testé les équipements avec les intéressés qui ont commencé par faire la gueule, mais se sont vite habitués à montrer patte blanche. La moindre contrariété peut modifier leur comportement !


Ainsi, si un chat se met à pisser quelque part, ce qu'il ne faisait jamais "au paravent", il faut toujours se demander ce qui a changé. Cela m'est arrivé avec Scotch qui faisait ses besoins dans la douche depuis que l'on avait fermé la porte d'une des chambres. Il avait suffi de la rouvrir pour qu'il cesse cette pratique détestable. Je cherche actuellement une idée pour que mes zozos arrêtent de me prendre pour le portier, en miaulant pour que je les fasse entrer ou sortir à tout bout de "chant", et choisissent d'utiliser plus souvent les équipements qui m'ont coûté les yeux de la tête et la sueur de mon front.

lundi 27 août 2018

Tout homme détient dans ses mains son destin


"Lorsque je réalise que rien ne peut m'affecter sans mon consentement profond, je conquiers mon pouvoir."
Tandis que je fais part à mes amis de ma détermination de vivre sans regret ni reproche, Marie-Laure me rappelle cette citation de sa thérapeute qui remet à leur place les responsabilités de chacun, en particulier face à la souffrance. Étant moi-même particulièrement volontariste, je me demande si c'est indispensable pour réapprendre à vivre. J'aimerais tant convaincre mes camarades qui se croient inconsolables à prendre de la distance avec leur passé. Ils et elles savent pourtant que l'on ne vit qu'une fois. Plus on avance dans l'existence, plus la détermination devient cruciale.
Or comme la plupart des garçons je suis douillet, je déteste avoir mal, que ce soit moral ou physique. Pendant des années je me suis donc penché sur la douleur. J'avais vingt ans lorsque Jean-André Fieschi me fit lire Bras cassé de Henri Michaux un soir où un panaris au pouce me lançait au delà du supportable. Décrivant la douleur le poète l'apprivoise, et je réussis à m'endormir. J'ai donc appris à lui donner des noms, des adjectifs, des verbes, savoir si ça tape ou si ça pince, si c'est sourd ou aigu, etc. Sur les montagnes russes chacun ressent les mêmes sensations, ceux qui foncent dans le mouvement s'amusent, ceux qui lui résistent vomissent en sortant. Un jour qu'un voyou me ficha une violente claque sans raison, mon oreille siffla pendant plus d'une heure, mais j'en restai là. Si j'avais ruminé ma colère, la douleur aurait pu durer bien au delà de ces soixante minutes. Un jour, une semaine, un mois, trois ans, toute une vie peut-être, allez savoir ! Je serais alors resté l'unique facteur de cette souffrance. J'apprends donc à la circonscrire, je l'apprivoise tant qu'elle est fraîche. Cette pratique ne demande qu'une petite concentration en amont pour court-circuiter les rémanences qui nous pourrissent la vie. Un autre jour, un ostéopathe de Metz me donne les bases de l'EMDR que je pratique de temps en temps avec succès en l'adaptant à une sorte d'auto-hypnose pour effacer la mémoire du corps. J'ai eu l'idée d'utiliser le balancier d'un métronome pour n'ennuyer personne. L'EMDR fonctionne très bien pour les chocs traumatiques et les problèmes récurrents.
En 1977, dans le premier disque d'Un Drame Musical Instantané, Trop d'adrénaline nuit, Bernard Vitet et moi clôturons ensemble la première face en prononçant chacun une phrase. Tandis que Bernard cite Mallarmé (Un coup de dés jamais n'abolira le hasard), je scande le texte de Jean Vigo (Tout homme détient dans ses mains son destin). Les deux phrases ne se contredisent pas, elles se complètent. D'autre part, il ne sert à rien de maudire le passé ou de le ressasser. Malgré tous nos efforts nous sommes incapables de revenir en arrière. Le vase brisé ne retrouve pas sa forme comme dans un film de Jean Cocteau où il rembobine le temps avec une grâce de danseur. Face à l'absurde je ne peux qu'accepter les faits, sans jouer le rôle de la victime. Par contre il m'incombe de décider de leur impact sur moi, sur mon corps, sur mon moral. "Lorsque je réalise que rien ne peut m'affecter sans mon consentement profond, je conquiers mon pouvoir."

jeudi 14 juin 2018

Patienter sans effort


Zébulon de structure, workaholic monté sur ressorts, je ne suis pas d'un naturel contemplatif. J'en ai pourtant besoin comme tout le monde. Nous allons donc bientôt migrer vers les hauteurs où ni Internet ni le téléphone ne peuvent nous atteindre. Le blog prendra aussi des vacances pour ne reprendre sa parution quotidienne qu'au début du mois de septembre. Le panorama des cimes où n'est perceptible aucune présence humaine aura enfin raison de mon hyperactivité et plonger dans la lecture deviendra un de mes sports favoris. Le reste de l'année je dois faire des pieds et des mains pour m'arrêter. Paradoxalement, convoquer mes pieds et mes mains n'est pas de bonne augure pour respirer en toute zénitude ! Ainsi, pour m'empêcher de bouger j'ai recours à ma paire d'oreilles qu'habituellement je ne sais pas faire remuer comme certains s'y entendent...
Que ce soit pendant ma séance matinale de suée saunatérienne ou dans les embouteillages, je me suis rendu compte que la voix des conteurs me transformait en patient beaucoup mieux que n'importe quelle programmation musicale. Suivre les voix de Louis Aragon, Blaise Cendrars, Louis-Ferdinand Céline, Marcel Duchamp, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Alain Resnais, Eric Rohmer, etc. me fait oublier le temps qui passe. Les créations radiophoniques fonctionnent aussi bien, ainsi je suis resté scotché devant L'attentat en direct et Régression de Claude Ollier ou les pièces de Cocteau... Écouter André Malraux parler d'art ou de la Révolution Chinoise, Saint-Exupéry raconter Terre des Hommes à Jean Renoir qui à son tour nous fait voyager de New York à Hollywood, participer au tournage du Testament d'Orphée, revivre le mouvement de la Nouvelle Vague, se délecter de la poésie circonlocutoire de Jacques Lacan, se souvenir de l'intelligence prémonitoire d'Edgard Varèse ou jouir des Couleurs du Temps avec Olivier Messiaen me ravit à tel point que je rallonge ma séance de sauna au delà du raisonnable et que je regrette d'être déjà arrivé après avoir fait du sur place sur le périphérique !

→ Collection INA-Radio France (chaque fois double CD)

lundi 23 avril 2018

Happy!, plus dingue tu meurs !


Happy! est la série la plus déjantée que j'ai jamais eu l'occasion de regarder, comme si les scénaristes de Fargo et Legion réunis avaient fait une overdose de LSD. Je ne sais même pas si j'aime ou pas, mais je suis resté scotché par les élucubrations hallucinées des auteurs de cette série de huit épisodes condamnés à la surenchère. On peut d'ailleurs se demander comment la seconde saison pourra rivaliser avec cette explosion délirante qui dynamite tous les poncifs du film d'action, avec, à la clef des champs et colle buissonnière, combat de ninjas, poursuites en voiture et ressorts du soap opera. C'est un peu comme si l'on avait confié la mise en scène de Roger Rabbit à Tarentino.


La violence exacerbée en devient comique et les scènes oniriques renvoient à la cruauté des contes pour enfants. Le passage de l'enfance au monde adulte est traité ici avec la brutalité des révélations qu'il implique souvent et la poésie qui la transcende. Grant Morrison et Darick Robertson ont adapté à l'écran le comic book dont ils sont les auteurs. Leur imagination débridée leur permet d'accumuler les références en s'en démarquant allègrement. L'intégration des animations 3D rappelle les films géniaux de Joe Dante et Mr Blue ou Smoothy sont les rejetons de Reservoir Dogs. Le personnage de Nick Sax, ancien flic converti en tueur à gages, interprété par Christopher Meloni endosse quant à lui le masochisme autodestructif de Bruce Willis dans ses films catastrophe, mais, comme dans les dessins animés, les héros ne meurent pas ou ressuscitent. Par contre, face à lui, c'est l'hécatombe. Libéré par son délire sans bornes, le scénario offre une lecture psychanalytique qui ravira les spectateurs préférant la distance à la vitesse.
En France, la série sera disponible sur Netflix à compter du 26 avril 2018.

jeudi 22 décembre 2016

Rares sorties parisiennes


J'ai pris la première photo à la va-vite alors que le feu passait au vert juste devant le cabinet de mon ostéopathe. J'étais d'autant plus maladroit qu'un lumbago me permettait à peine d'attraper mon appareil en conduisant. En agrandissant la photo j'ai retrouvé ce qui m'avait accroché l'œil : la plaque minéralogique de la voiture de devant dont le conducteur roulait comme un saguoin ! Serait-ce une voiture volée, car il est difficilement imaginable de tomber par hasard sur un tel numéro ? Mais ce ne serait pas très malin, car il est évident qu'il met la puce à l'oreille. J'ai lu qu'entre 300 000 et 2,5 millions de Français conduisent sans permis, ce qui explique tout de même beaucoup de choses. En tout cas le chauffard, caché derrière ses vitres en verre fumé, souhaitait brouiller sa piste...


En sortant du métro Châtelet je suis confronté à une scène de film rappelant furieusement Hitchcock. Dans un vacarme assourdissant des dizaines de mouettes s'agglutinaient autour de la fontaine du Palmier. À l'instant de prendre la photo un message s'est affiché sur l'écran de mon Lumix, la carte SD était protégée contre l'écriture. En fait le verrou que je n'utilise jamais avait fini par casser, et pas moyen de le réparer en y collant un bout de scotch. J'ai donc utilisé encore une fois mon iPhone et je suis allé acheter une nouvelle carte sur le Quai Saint-Michel pour remplacer la vieille qui avait près de dix ans. Le vieux monsieur charmant qui gelait dans son magasin ouvert à plein vent m'expliqua les techniques des bandes de jeunes pickpockets dans le quartier, que ce soit en faisant signer une pétition bidon ou en prenant ses jambes à son cou jusqu'à la bouche de métro. Je sortais à peine de chez la chirurgienne-dentiste qui venait de vérifier que la greffe osseuse avait bien pris. Elle confirma également que j'avais deux aphtes sur le bout de la langue, au-dessus et dessous, ce qui est extrêmement pénible pour un tchatcheur gourmand. Je pourrais me taire, pensent certains, et taper sur mon clavier ferait l'affaire si mon lumbago n'était pas persistant. On est bien peu de chose !

vendredi 25 novembre 2016

Marc-Antoine Mathieu fait Sens en montrant la voie


Je ne vais pas être long parce que je dois y retourner dare-dare. Coincé pour la seconde fois à la fin du chapitre deux du labyrinthe qui en compte trois, mon iPad commence à me sortir par les trous de nez. Marc-Antoine Mathieu a adapté sa dernière bande dessinée, un roman graphique sans paroles, pour en faire une application interactive sur tablettes iOS ou Android. Qui plus est, S.E.N.S. VR peut être jouée en 3D avec les casques de réalité virtuelle Samsung Gear VR et Oculus Rift, ainsi que sur les casques type Cardboard sur iOS et Android, mais impossible pour moi de tester le relief en l'absence de ces matériels ! Je me contente de tourner, tourner sur mon fauteuil de bureau pour jouir des 360° du vertigineux décor jusqu'à faire apparaître le petit rond qui m'indique la marche à suivre, en accord avec le personnage énigmatique de cette œuvre philosophique dont le sens titille surtout l'émotion : un personnage est à la recherche de la bonne page pour terminer l’histoire tandis que nous devons assumer les conséquences de la disparition du point de fuite...


Fan des bandes dessinées de Marc-Antoine Mathieu depuis le début, j'avais été scotché par 3". Sa version papier, S.E.N.S., qui ne portait qu'une flèche pour tout titre, m'avait malgré tout laissé sur ma faim. Son adaptation produite par Arte et réalisée par les game-designers Charles Ayats et Armand Lemarchand de RedCorner me met la tête à l'envers. Le son donne astucieusement de précieuses indications. Dans cet univers qui se plie et se déplie, nous glissons dans les fentes, tombons de haut ou nous accrochons au papier virtuel de l'écran. Le premier tableau est gratuit, histoire de harponner l'utilisateur. Les deux suivants sont accessibles moyennant la somme modeste de 2,99€. Avec ses lignes épurées noir et blanc et ses ombres portées, S.E.N.S VR marquera certainement l'histoire des œuvres interactives !

P.S.: bonne nouvelle, j'ai terminé, je peux passer à autre chose, mais mon ombre, qu'indique-t-elle ?

mardi 13 septembre 2016

Ouh la la !


Voyant certains vieux se figer dans le temps, j'avais demandé à ma fille de me prévenir si elle me sentait glisser vers le gâtisme. Il faut dire que ma propre mère tourne en boucle depuis quelques années. Elle ne s'intéresse plus à grand chose, regarde les jeux télévisés et les infos, ne lis plus de livres et m'appelle tous les jours à la même heure en me posant les trois mêmes questions : "Quoi de neuf ? Tu as du travail ? As-tu des nouvelles de ta fille ?". Comment aurons-nous évolué dans vingt ans ? De quoi s'interroger, voire s'inquiéter de l'avenir !
Elsa lance donc une alerte qu'il me faut bien entendre et assimiler. Deux points la préoccupent particulièrement, le fait que je me plaigne systématiquement et notre surinvestissement pour notre jeune chatte Oulala. J'ai maladroitement pris l'habitude de répondre sincèrement à la question "comment ça va ?" sans pour autant entrer dans des détails scatologiques. Ma vie ayant globalement été jusqu'ici une partie de plaisir, j'en ai probablement honte vis à vis des camarades qui galèrent et je crois de bon ton de placer quelques bémols à ma partition en mode majeur. C'est stupide à plus d'un titre. Connaître mes petits bobos n'intéressent pas grand monde, personne n'a envie de savoir, c'est barbant, et les plus flippés ne sont pas dupes du grand écart avec ce qu'ils ont à subir. J'ai donc décidé de faire des efforts pour voir la vie en rose, de l'exprimer publiquement, sauf les jours les plus fastes qui s'écriront soit en rouge et noir, soit en se fondant dans l'arc-en-ciel. Je pourrais aussi apprendre la discrétion, mais je crains que ce ne soit incompatible avec le fait de tenir un journal extime, ceci en lien direct avec mon caractère public qui s'épanouit dans le partage et la transmission.
Deuxième point (dans ma gueule !), notre investissement disproportionné pour Oulala s'explique certainement par l'absence d'enfants à la maison. Je pense sincèrement que c'est un passage relatif aux récentes de Scotch et Ulysse et à la jeunesse de la demoiselle. Ça y est, je glisse illico vers un anthropomorphisme qui fait rigoler les amis ou qui s'inquiètent pour notre sénilité précoce. Il va donc falloir que je m'oblige à lâcher du mou et à laisser la chatte vivre sa vie sans que nous nous croyons obligés d'être sur le qui-vive à chacune de ses disparitions.
Rien de trop grave, les autres voyants d'alerte semblant éteints, pour l'instant. Nous continuons à nous exploser dans nos créations et nous apprenons à prendre le temps de vivre, ce qui, d'une certaine manière, est aussi un travail. Nous sommes aussi très entourés, partageant des moments merveilleux avec les amis. J'ai chaque jour l'impression de mieux profiter de la vie et de réduire les moments désagréables au strict minimum. Il paraît que cela ne suffit pas. Mais est-ce jamais suffisant ? Quant aux bonnes intentions, ce n'est pas gagné. L'analyse n'est qu'un premier pas qui ne préjuge en rien de la résolution des faits.

lundi 25 juillet 2016

Un dernier ? Pour la route !


Nous prenons nos quartiers d'été, halte à Lyon avant La Ciotat, concert le 1er août à Arles avec Amandine Casadamont pour REWIND, le 30e anniversaire de Phonurgia Nova, halte à Montpellier avant de grimper dans les hauteurs pyrénéennes où ne passent ni téléphone ni Internet, écarts gastronomiques de l'autre côté de la frontière, le reste on ne sait pas... Cela va dépendre du climat là-haut et du travail qui se précipitera ou pas à la rentrée. Oulala a bu un dernier coup avec son copain Pipo puisqu'elle est du voyage. C'est son premier tour de France ! Les quelques fois où elle est montée en voiture la petite chatte était très calme, ce qui est tout à fait dans son caractère. J'imagine qu'elle fera comme jadis Scotch et Ulysse, elle ira se caler dans un coin et se réveillera à l'arrivée. C'est un peu ce que nous faisons puisqu'avec Françoise nous nous relayons au volant. Jonathan, bon pied bon œil, garde la maison ! Pour l'instant je continue à bloguer, mais la pause estivale se rapproche. Aucune publication, ou vraiment très rare, pendant tout le mois d'août.

vendredi 18 décembre 2015

Le fantôme de John


Mathilde Morières a mis en ligne une première mouture du film sur son père, le musicien Jean Morières, compositeur, improvisateur et inventeur de la flûte zavrila, disparu brusquement en janvier 2014. Elle a découpé ce très bel hommage en trois parties : Épreuve #1-Rien n'est vraiment perdu, Épreuve #2-Depuis que je voyage en musique..., Épreuve #3-La mort tout le monde s'en fout, le vide qu'elle laisse, ça... Il commence avec le concert auquel neuf d'entre de ses amis participèrent un an plus tard avec le pianiste Florestan Boutin. Dans les parties suivantes Mathilde s'inspirera de la musique jouée ce jour-là pour s'enfoncer dans les archives qu'elle a filmées les années précédentes lorsque Jean était là. Le fantôme de John joue des strates du temps qui communiquent par des portes que l'on peut croire imaginaires, quatrième dimension où la musique prend la clef des chants. Cette première partie respire le silence : un solo de Jean à la flûte zavrila, l'enregistrement à Radio France d'Un bon snob nu avec sa compagne chanteuse Pascale Labbé qui rejoint ensuite le clarinettiste Sylvain Kassap avant que ne résonne la harpe de porte que j'ai accrochée sur celle des toilettes...


Agnès Binet et Jean à la zavrila entament la seconde partie, mais il est ensuite remplacé par le saxophoniste François Cotinaud à la clarinette, le guitariste Jérôme Lefèbvre et la même accordéoniste tandis que nous partons en ballade, tant dans le montage qui s'accélère que dans les paysages géographiques et musicaux qui se succèdent. La fantaisie de Jean se révèle alors autant que ses préoccupations philosophiques et poétiques. Mathilde nous interroge tous les deux à Bagnolet sur l'époque de notre adolescence, avec Scotch entre nous deux qui se laisse caresser voluptueusement. Antoine et Fani, frère et sœur de Mathilde, se joignent à la délicate sarabande...


Jean accorde ma harpe de porte avant que nous répondions à Mathilde sur la créativité et la liberté. Jean aimait inventer des aphorismes et déconner sérieusement. À mon tour j'adapte l'une de nos interminables discussions pour clavier sampleur. La mort rôde sans que nous y prenions garde. Les bestioles le sentent. Eddy Bitoire, le double moqueur de Jean, ne fait que de brèves apparitions, pas assez à mon goût, tant ses provocations caricaturales étaient spirituelles et drôles. En clôture du concert au Conservatoire de Clichy-la-Garenne nous soutenons tous ensemble Pascale qui craque de la cruelle absence de Jean. Mais Mathilde le fait revivre par ses images et par la musique, une lande éternelle où nous allons de temps en temps voir là-bas si nous y sommes ou comment nous y serions, accostant alternativement aux rives du deuil et des naissances.

mercredi 29 juillet 2015

Angoisse de la répétition


J'ai toujours regretté les cas où je n'ai pas suivi mon instinct, mais il en est où je peste de ne pas trouver de solution satisfaisante à la question. Est-ce une appréhension, un pressentiment ou une angoisse ? J'ai essayé d'en parler à Françoise, mais je ne suis pas certain qu'elle ait compris le malaise qui me saisit lorsque je pense à ces vacances. Entre son opération à l'œil, qui nous empêchait jusqu'ici d'imaginer prendre l'avion ou aller à la montagne, et le travail qui devait m'occuper en juillet, et de toute évidence reporté à septembre, nous n'avions rien prévu. Voyager à l'étranger avec le chaton est une galère, et le laisser si jeune ne nous enchante guère. De toute manière nous évitons les destinations touristiques en période de vacances scolaires, de mousson et de moustiques. Ceux-ci m'adorent et ils ont infesté le sud. Retourner à Luchon semblait donc la solution la plus raisonnable, histoire de prendre l'air.
Or j'angoisse de reproduire une fois de plus les gestes des années passées. Nous embarquions le vieux Scotch dans la Kangoo pour un tour de France de deux mois passant par Saint-Étienne, La Ciotat, Marseille, Montpellier, Luchon, voire le Limousin. Cette fois nous descendrions directement dans les Pyrénées en nous arrêtant en chemin chez des copains, mais la perspective de revivre un tant soit peu l'an passé, au demeurant parfaitement agréable, m'étouffe. Savoir que nous mangerons de la truite mercredi et samedi midi en revenant du marché du fond de la vallée, de relever les mails depuis la Maison du Tourisme ces jours-là, de connaître mon emploi du temps là-haut quasiment heure après heure, dictées par le soleil, partagé entre la lecture, la contemplation, la projection de films et de rares randonnées, que mon entorse à peine remise n'encourage pas, me crispe les boyaux. J'ai fondamentalement besoin d'imaginer l'impensable. Je connais déjà le contenu des échanges avec le voisinage, les menus, les coups de froid dus à l'altitude, les flambées pour se réchauffer, et tutti quanti. De plus, j'ai un étrange pressentiment en ce qui concerne la route, et descendre en train est devenu une corvée depuis que la SNCF a scandaleusement supprimé la gare.
Françoise avait suggéré que nous restions à la maison pour profiter du jardin qui chaque été accueille les amis à qui nous la prêtons, mais l'air de la montagne n'est pas exportable. Devrais-je me forcer contre le pressentiment qui m'étreint ou remettre à l'automne quelque escapade dans des îles lointaines ? La répétition est un sentiment que je déteste, dans mon travail comme lors de mes loisirs. La diversité de mes œuvres et mon goût immodéré pour l'improvisation en atteste. Mais cet enjeu sportif n'est réussi qu'au prix d'une sévère organisation. N'échappant donc pas plus aux habitudes que quiconque, je les multiplie pour constituer une palette la plus variée possible, espérant toujours qu'une proposition alléchante vienne chambouler mon bel équilibre. Il ne nous reste plus que quelques jours pour décider du mois d'août, sachant que quelle que soit la décision je marquerai une pause salutaire en ce qui concerne ce blog. Car si j'ai tant de difficultés à trouver la solution à mes interrogations, elles découlent obligatoirement du manque de recul qu'une année sans vacances me laisse incapable de maîtriser.

jeudi 9 avril 2015

La nuit Scat était gris, mais le jour aussi, était gris


En épluchant les annonces de chatons à donner je suis tombé sur une fratrie de chartreux gris souris à croquer. Pas question d'acheter un animal évidemment. Nous souhaitons adopter un petit de deux ou trois mois élevé sous la mère, espérant éviter ainsi les conséquences des traumatismes des pauvres bestioles abandonnées. C'est aussi une question de coup de foudre car l'aventure commune peut durer vingt ans (si je tiens le coup jusque là !). Il est donc indispensable de voir les chatons avant de nous décider. Nous connaissions ainsi les pédigrées de chats de gouttières de Lupin, Scat, Snow et Scotch pour avoir rencontré leurs mamans.
Les donateurs hypothétiques des chartreux répondirent par une série de questions: "Êtes vous éleveur ? Où vous situez vous ? Êtes-vous sûr que votre temps et votre revenu vous permettent de bien prendre soin de nos chatons ? Surtout ne pas les vendre." Suivies de conditions : "Me permettre de visiter les chatons disons deux fois par an, me donner les nouvelles des chatons avec les photos aussi, leur donner tout l'amour dont ils auront besoin, prendre bien soin d'eux, il faudra que les bébés restent avec vous toute leur vie." Enfin la description des caractères de chacun donnait envie d'adopter aussitôt les deux. Je répondis comme il se doit à chaque question avant de m'apercevoir que les chatons ne vivaient pas à Paris comme stipulé sur l'annonce, mais à Londres ! Il fallait donc aller les chercher ou payer les frais de transport de 200 € par chaton par une agence spécialisée dans la livraison animalière. J'avoue avoir fait machine arrière alors que nous aurions pu passer le week-end en Angleterre (pour moins de 400€!) et ramener la marmaille avec nous dans l'EuroStar, mais les formalités douanières se sont un peu durcies depuis peu...
La photo des chartreux m'a évidemment fait penser à Scat, mort à quatre ans, empoisonné par un voisin maladroit ou mal intentionné. Guy Le Querrec l'a immortalisé sur un fameux cliché paru dans son recueil Jazz, un petit format italien de 400 pages où notre héros m'épaulait au Theremin pendant que Bernard Vitet jouait du cornet dans le jardin de Clamart (Federico Motta Editore, 2001). Sa photo est également parue quatre ans plus tard dans Le Chronatoscaphe, album exceptionnel commémorant le 25e anniversaire du label nato (3 CD, illustré par une douzaine de dessinateurs de BD et une soixantaine de photos de Le Querrec, avec des textes d'une vingtaine de journalistes) ; j'en avais écrit et composé les 53 intermèdes sonores avec la participation des comédiens Nathalie Richard et Laurent Poitrenaux à la demande de son producteur Jean Rochard, grand serviteur de la gente féline...

P.S. : lire "Arnaque aux chatons"

mercredi 18 mars 2015

Les souris dansent


Scotch est parti. Grande tristesse. Son cancer du nez s'était propagé. Responsabilité : croquettes or not croquettes ? Que de questions laissées en suspens. Le croquemort connait-il vraiment la nature des produits fourgués par les lobbys alimentaires ? On ne sait plus à quel saint se vouer. Veto and not véto ? Donner à manger la même nourriture qu'à leurs serviteurs humains est-il préférable que ce que les vétérinaires conseillent comme repas équilibrés ? Scotch avait treize ans et demi. Sa truffe a poussé comme s'il nous avait menti sur sa santé, continuant sa vie de chat collant, sans rien dire. Pas un mot, à peine un miaulement. C'était le plus gentil des chats, jamais une bêtise, une crème ! Il jouait encore comme un chaton, mais ne pouvait plus respirer. La maison a perdu son âme, mon violon ne sonne plus. La mort des proches nous renvoie à notre éphémérité. On raconte aussi que les chats ont sept vies, mais peut-être est-ce nous qui avons sept chats dans notre vie ?

mercredi 4 mars 2015

"C'est Beyrouth !?"


Les analogies fleurissent sur les gravats de la cuisine. La comparer à Beyrouth est exagéré, d'abord parce que c'est censé durer seulement quelques jours, ensuite c'est ignorer les éclats d'obus qui vérolaient les façades comme un gruyère rassis. De plus, il pleuvait lorsque je suis arrivé dans la capitale libanaise et la boue qui colle aux semelles est très différente de la poussière sèche du ponçage. Depuis quinze ans j'avais réussi à repousser les tranchées et les coups de masse. C'était sans compter l'opiniâtreté de Françoise qui me travaille au corps depuis une décennie pour que nous aménagions différemment la cuisine. Tout a commencé par un passage au blanc du premier étage. J'espérais que ce traitement appliqué au rez-de-chaussée suffirait à calmer ma compagne. Que nenni ! Les toilettes martiennes où vivaient des Lilliputiens vert pomme sont transférées dans les archives pour bénéficier d'une fenêtre donnant sur l'allée des sorcières et le bar a sauté, agrandissant considérablement le séjour. Notre espace de création culinaire prend ses aises tout en accrochant la lumière. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le plan de bataille du mobilier cuisine reste à établir. En attendant, nous nous sommes repliés vers les étages et le garage où nous avons installé un four micro-ondes. J'envoie ces notes depuis le camp retranché du studio de musique où Scotch a pris ses quartiers.

mercredi 31 décembre 2014

Scotch comme une image


Je ne peux pas faire abstraction du quotidien et refaire le monde chaque matin comme si je regardais la Terre vue de la Lune.
Le vétérinaire a rarement vu un chat aussi sage. Scotch lui rendait visite pour une inquiétante protubérance de la truffe déjà dépigmentée depuis quelques mois. Il l'a mis au régime, lui a prescrit des antibios et une pommade en espérant que son nez dégonfle. Si cela ne marche pas, c'est beaucoup plus ennuyeux. On verra bien. Rien ne sert de s'alarmer trop tôt. Après non plus. Que peut-on faire ? Scotch ne bouge pas pendant la piqûre. Il a attendu tranquillement le résultat de l'analyse, debout sur la table bleue. Elle n'est hélas pas concluante. En attendant il faut tout de même lui faire avaler chaque jour un épais comprimé gros comme une pièce de cinq centimes et lui frotter le museau avec la pommade. L'été prochain il faudra le protéger avec de la crème solaire. Ce n'est pas une blague.
Le froid est tombé. Le prix du fuel aussi. Moins 35 pour cent. L'État en a profité aussitôt pour augmenter les taxes sur le pétrole. En réalité le prix du baril est descendu au delà de la moitié, mais les requins ont préféré accroître leurs profits. Nous avons rempli la cuve, acheté du gros sel en prévision du gel, sorti les couvre-oreilles. Il paraît que c'est la concurrence du gaz de schiste qui est à l'origine de la baisse. Les Américains bousillent leur sol et pour une fois nous profitons de leur connerie.
Pas de trêve de Noël. J'enregistre les sons et la musique des dernières applications pour iPad des Éditions Volumiques. Ambiance de steppe et musique interplanétaire. J'attaque bientôt Le Monde de Yoho, une aventure de pirates qui me pousse à regarder successivement Cutthroat Island de Renny Harlin, Anne of the Indies de Jacques Tourneur, Blackbeard the Pirate de Raoul Walsh. Wikipédia en relate quantité d'autres.
Entre temps je mixe le concert du Triton avec Médéric Collignon et Julien Desprez, poursuis mon enquête sur le quotidien des jeunes musiciens pour un grand mensuel, approfondis l'étude sur le design sonore du métro du Grand Paris, assiste Françoise pour le montage de son dernier petit film sur une musique enregistrée avec Alexandra Grimal, etc. Le quotidien habituel. Le soir on fait de gros câlins à Scotch pour le remettre de ses émotions...
Bonne fin d'année !

lundi 3 novembre 2014

Un vieux chat indigne


Clin d'œil à René Allio pour son merveilleux film de 1965 où Sylvie jouait le rôle d'une "vieille dame indigne" qui réalisait ses rêves à la mort de son mari, mon titre évoque la récente fugue de notre chat âgé de plus de 13 ans. Tout est question d'habitudes. Scotch, casanier de naissance, dort toute la journée et ne sort que très peu dans la rue. Craignant la circulation il file plutôt la nuit, mais de là à en passer deux dehors il y a des limites. Je me suis évidemment inquiété. La disparition sans que l'on sache ce qui est arrivé à une personne aimée ou à un animal est une épreuve terrible qui fait marcher le ciboulot en roue libre. Le retour n'en est pas moins énigmatique. Les chats ont coutume de garder pour eux le secret de leurs escapades. J'ai beau l'interroger pour savoir ce qu'il a fait, comment il s'est sustenté, où il a dormi, Scotch ne pipe pas un mot, se contentant de miauler et ronronner, le regard perdu sur la ligne bleue de Bagnolet. Il n'empêche que j'étais rassuré qu'il me réveille à 5h45 du matin pour m'annoncer la bonne nouvelle de son retour. Crapule !
Mes autres chats étaient des voyageurs indépendants qui m'avaient habitué à leurs sorties prolongées. Lupin partait très loin, mais il m'entendait l'appeler à des distances incroyables. J'adorais le voir remonter à toutes pattes la rue de la Butte aux Cailles comme dans un documentaire animalier signé Walt Disney. Scat était systématiquement absent le samedi soir. Il partait en week-end le vendredi soir et ne revenait jamais avant le lundi matin. Nous n'avons jamais su si c'était l'absence ou la présence (mais de qui ?) qui justifiait ses villégiatures. J'avais tenté de le suivre, mais il m'avait semé en traversant des grilles humainement infranchissables. Tout cela ne nous empêchait pas de nous angoisser. Lupin est un jour revenu en sang après s'être fait écrasé par une automobile ; il avait réussi à grimper jusqu'à ma chambre par l'échelle de meunier escarpée et s'était posé exténué sur l'oreiller ; sauvé par les urgences de nuit, il conserva toute sa vie un nez de boxeur, s'éteignant à l`âge de 18 ans suite à des problèmes rénaux. La fin de Scat fut beaucoup plus douloureuse ; il revint mourir à la maison après avoir avalé quelque poison, anti-limaces ou je ne sais quoi ; il n'avait que 4 ans. Avec les animaux domestiques, domestiqués comme les chiens, domestiqueurs pour les chats, cela finit toujours par une crise de larmes. Notre rôle est de repousser au plus tard la triste nouvelle. Ce genre de question ne se pose pas avec les tortues terrestres censées vivre un peu plus longtemps que nous, mais à quel rythme ? L'hibernation du chat se passe en général au coin du feu, ce qui va devenir illégal en région parisienne, les cheminées à foyer ouvert étant devenues interdites pour cause de pollution. Cela laisse Scotch de marbre qui semble se satisfaire de toutes les situations.

lundi 27 octobre 2014

Jack Bruce nous laisse sans voix


71 ans après son premier cri, la voix blanche et rocailleuse de Jack Bruce s'est éteinte samedi dernier.
À l'automne 1968, de retour des USA, j’achète Wheels of Fire, double album argenté des Cream, moitié studio, moitié live. L'enregistrement au Fillmore nous scotche au plafond avec Crossroads de Robert Johnson, Spoonful de Willie Dixon, Traintime de Jack Bruce et Toad de Ginger Baker. Eric Clapton est le guitariste, Bruce le bassiste et chanteur, Baker le batteur. La pochette s'ouvre sur des couleurs psychédéliques, rose, orange et vert qui nous en mettent plein les yeux. C'est leur troisième disque, mais chacun s'était déjà distingué avec de former ce premier power trio de l'histoire du rock. C'est surtout la première fois que j'entends des musiciens de rock improviser des morceaux de près de vingt minutes faisant éclater le format chanson, porte ouverte à nos inventions les plus débridées. Mais le groupe se dissout aussitôt. Je retrouverai Ginger Baker's Air Force au Lyceum, bœuferai avec Clapton chez Gomelski et ne rencontrerai jamais Jack Bruce. C'est pourtant le seul d'entre eux dont la trajectoire me fascinera jusqu'au bout.
L'Écossais avait déjà joué avec Alexis Korner, Charlie Watts, Mick Jagger, Graham Bond, Dick Heckstall-Smith, Manfred Mann, Steve Winwood, John McLaughlin et John Mayall. Tandis que nous animons un rallye dans le seizième arrondissement Francis Gorgé m'apprend Sunshine of Your Love dans la cuisine. Je joue comme un pied au sax alto le thème de Clapton, Bruce et Pete Brown, mais j'adore.


Après les Cream, Bruce sortira une quinzaine d'albums sous son nom en commençant par Songs For A Tailor. Après avoir marqué le blues de son empreinte blanche, il participe à Turn It Over, second album du Tony Williams Lifetime avec McLaughlin et Larry Young, célébrant ainsi l'avènement de la jazz-fusion. Bassiste électrique à la formation classique influencé par Charlie Mingus, c'est comme chanteur que le jazz l'adopte avec la sortie en 1971 du chef d'œuvre de Carla Bley, Escalator Over The Hill. Il apparaît chez Lou Reed (Berlin) ou Frank Zappa (Apostrophe), fait un flop avec Simon Phillips et Tony Hymas, et se noie dans la drogue. Il fera un bout de chemin avec Kip Hanrahan, Vernon Reid, Cindy Blackman et quantité d'autres, mais c'est Michael Mantler qui lui offrira ses plus beaux rôles, loin des musiques pop mainstream.
Le compositeur lui fait chanter les paroles de Samuel Beckett. Ce sera No Answer en 1974 en trio aux côtés de Carla Bley et Don Cherry, Many Have No Speech en 1988 avec Marianne Faithfull, Robert Wyatt et un orchestre symphonique, puis Folly Seeing All This en 1993 avec entre autres le Balanescu Quartet, Rick Fenn, Wolfgang Puschnig. Quatre ans plus tard, il est le soliste de l'opéra The School of Understanding avec Don Preston, Karen Mantler, John Greaves, Robert Wyatt, etc. Son timbre de ténor éraillé hyper-expressif collant parfaitement aux sublimes mélodies monotones de Michael Mantler transcende les genres.
En mars 2014 sa famille et ses amis participent à l'enregistrement de son dernier album, Silver Rails, mais quelques mois plus tard le cancer du foie qu'il traîne depuis plus de dix ans le terrasse. Il nous laisse sans voix.

lundi 18 août 2014

Entorse


Donc chaise longue...

lundi 28 juillet 2014

Au fil des pages


Les vraies vacances, c'est quand je prends le temps de lire des romans. Le reste de l'année je consulte des magazines, des modes d'emploi, des échanges sur les réseaux sociaux, le journal, les mails, des ouvrages théoriques... Si je me plonge dans un roman j'ai besoin d'une continuité dans la lecture, sinon j'oublie ce que j'ai lu et je dois reprendre chaque fois le même chapitre. Cela n'avance pas. Pendant les vacances je dévore un bouquin de 600 pages en deux jours. À Paris seuls les films m'offrent de rompre avec le travail. J'en regarde souvent un après le dîner, avant de recommencer à m'activer. L'été le temps s'arrête, ou bien j'en vis un autre, comme un monde parallèle où la fiction littéraire m'emporte loin des préoccupations quotidiennes. Le chat adore ça. Je ne bouge plus. Il vient s'allonger contre moi. Scotch adore les vacances parce que nous sommes beaucoup plus disponibles. Il nous suit partout, portant bien son nom. Très tôt le matin, après avoir publié mon blog, j'attaque le petit-déjeuner, nous allons nous baigner avant que la foule ait envahi la plage, d'ailleurs nous n'allons presque jamais à la plage, préférant le petit ponton désert près de la villa des tours, et puis j'attrape mon bouquin...

jeudi 3 juillet 2014

Petit déj stéphanois vu de nuit


Le soir, Ella et Loïc préparent le petit déjeuner des enfants. Toute la famille s'est attelée à dessiner sur la table de la cuisine. Passé minuit il y a peu de lumière, mais demain matin il fera jour lorsqu'Äki et Piel trouveront demie banane, grains de raisins, petit gâteau et verre de lait disposés tel offrandes au peuple de la cuisine.


Et puis c'est l'anniversaire de Scotch aujourd'hui. Nous reprenons la route. Il ira se blottir dans le coffre et nous n'entendrons plus parler de lui avant l'arrivée à l'étape. Du côté des arènes...

lundi 19 mai 2014

Réunion de famille


Maman a 85 ans aujourd'hui, cela ne me rajeunit pas. À part Philippe qui a épousé ma sœur il n'y a que des filles sur la photo. Toute sa vie ma mère s'est plainte de n'avoir que trente cousines et pas de garçon dans la famille. Elle nous enquiquine régulièrement avec ce sujet. Ma petite sœur a fait deux filles et moi une. Aucune n'a encore d'enfant. Ils étaient tellement certains que je serais une fille que mes parents n'avaient pas prévu de prénom de garçon. C'est ainsi que je me suis trouvé affublé d'un prénom composé, préfixe de mon père, suffixe d'un vague cousin qui m'avait devancé. Heureusement il y eut des pièces rapportées, mais j'ai pris l'habitude de vivre au milieu de gynécées. La compagnie des hommes ne m'a jamais autant plu que celle des femmes. Question de dignité. D'époque aussi. Le féminisme avait un parfum révolutionnaire, un attrait pour la nouveauté, une justice attendue. À partir de la génération précédente les femmes de la famille furent actives. J'aime voir Estelle, Chloé et Elsa réunies, fous rires des cousines face à l'étrangeté des anciennes. Mes deux tantes dînent une fois par semaine chez ma mère qui a beaucoup de mal à tenir sur ses jambes. L'aînée, Arlette, artiste plasticienne toujours en activité, marche avec une canne. La cadette, Catherine, est la seule à conduire. Avec Maman on évite les sujets qui fâchent ; elle est restée coincée sur une idée du socialisme qui tient plus des prérogatives de la bourgeoisie que de la tolérance qu'elle nous a enseignée.


Ma sœur Agnès fuit toute discussion profonde en ne racontant que des anecdotes sans aucune conséquence. Ma tante Catherine ne tient pas en place et oublie aussitôt les réponses à ses questions. Arlette ne dit pas un mot, mais elle s'amuse de l'absurdité des situations, me suggérant avec humour de prendre ma mère en photo, cigare au bec, avec Scotch qui s'est glissé derrière elle sur le canapé. Geneviève, c'est ma maman, déteste les animaux, en particulier l'espèce à laquelle elle appartient. Sa misanthropie est pesante, mais chacun, chacune compose avec. Françoise adore les vieilles dames, peut-être parce que leur histoire est une énigme de l'ordre de celles qui alimentent ses films. Les réunions de famille sont des creusets psychanalytiques qui en disent long sur les névroses de chacun/e.

lundi 3 mars 2014

Chacun cherche son chat


Joli début de semaine à fêter le retour de Gezi disparue pendant six jours et six nuits ! J'avais la garde d'une jeune chatte de six mois pendant la semaine où ses maîtres (ou ses domestiques, selon la conscience que l'on a des félins qui vivent avec nous) étaient en vacances en Turquie. Armagan et Christophe étaient souvent venus à la maison avec Gezi, du nom du parc où se réunissait la résistance stambouliote, histoire qu'elle fasse connaissance avec le vieux Scotch. Une amitié était née entre les deux bestioles. Scotch plaquait de temps en temps au sol l'excitée lorsqu'il en avait marre de jouer au judo, prise facile avec son poids huit fois celui de la demoiselle. Et la câline de ronronner dans mes bras jusqu'à ce qu'un matin, ayant découvert deux jours plus tôt le passage secret qui mène à la rue, elle disparut. Panique à bord ! Je cherchai dans tout le quartier, appelai la vétérinaire, la Maison du Chat, sonnai chez les voisins, arpentai les rues... Sans succès. Ma première nuit fut blanche comme je sursautais au moindre bruit. J'étais malade d'annoncer à mes amis la nouvelle. Ils la prirent plutôt bien, connaissant mon tendre dévouement et comprenant que, vu l'époque de l'année, la jeune chatte avait probablement eu ses premières chaleurs et était partie courir le guilledou. On avait beau nous raconter que tel chat était revenu au bout de dix jours, un mois, trois mois, six mois (sic), nous cherchions Gezi partout comme des fous. Armagan et Christophe collaient des dizaines d'affiches, Françoise rentrée de La Ciotat appelait partout elle aussi l'animal, les voisins s'y mettaient, mais nous faisions chou blanc. Momo trouva même un gros lapin bélier sur le chemin ! Il faut tout de même préciser que Gezi est particulièrement tendre et jolie, et surtout très jeune. J'aurais fermé le soupirail si Armagan m'avait appelé d'Istanbul après qu'on lui ait lu dans le marc de café un problème avec son chat. Heureusement la sixième nuit des petits miaulements aigus me réveillèrent. Gezi, excitée comme une puce, se frottait le long du lit. Scotch lui renifla le derrière pendant que nous réveillions nos amis qui malgré l'heure tardive (ou très matinale) rappliquèrent dare-dare en pyjamas. Tout est bien qui commence bien, mais ces six jours n'avaient pas été des plus joyeux. Comme pour Scat qui disparaissait tous les week-ends on ne saura jamais où Gezi est passée pendant sa fugue. Seul peut-être Scotch en a les clefs, mais il ne cafte pas. Ce qu'on peut être bête parfois !

vendredi 21 février 2014

Ceinture à Paris


La nuit tombe sur la banlieue qui n'en a plus pour longtemps à s'appeler la banlieue. Le périphérique recouvert, il n'y a plus aucune trace des fortifications. La Métropole n'a plus d'octroi à franchir pour avaler ses nouveaux arrondissements qui conserveront leurs noms communaux, mais quantité de lois se décideront au Centre. Paris nous serra la ceinture. La Métropole est une métaphore de l'Europe. D'un côté des économies substantielles pour les dépenses à cheval sur plusieurs villes, de l'autre une mainmise totale de la riche capitale sur divers secteurs comme l'urbanisme. 90 élus pour Paris, 2 pour Bagnolet, tout est à l'encan. On ne sait pas grand chose, mais c'est pour 2016, autant dire demain...
La nuit tombe au large de La Ciotat où j'aurais pu flotter sans ce maudit lumbago qui me cloître à la maison. Heureusement Scotch et Gezi m'accompagnent de leurs cabrioles lorsqu'ils daignent ouvrir un œil. Le vieux matou retrouve une nouvelle jeunesse devant les facéties de la minette que je garde en l'absence des amis qui se sont envolés pour Istanbul. Technique éprouvée, en fréquenter qui ne sont pas de son âge. Cela fonctionne dans tous les sens. En attendant de me redresser, mon planning est vide. Je peux tout faire. Sauf que c'est rien du tout.

lundi 6 janvier 2014

Scotch prend des cours de cuisine

...
Françoise critiquant mes achats en ligne de croquettes bio et s'entêtant à rapporter du poisson frais à Scotch chaque dimanche au retour du marché des Lilas je lui ai offert Je cuisine pour mon chat à l'occasion du réveillon de Noël. Scotch s'en est aussitôt emparé, sautant les chapitres sur ses besoins alimentaires, son régime de sénior, les maladies causées par une mauvaise hygiène alimentaire, les substances dangereuses et filant directement à la page 84 où sont détaillés les makis verts, les sardines croustillantes, le mini-soufflé de la mer, la soupe chinoise de nouilles au canard, le parmentier de foie de morue à la purée de patates douces, la tarte à la banane, la poêlée de Saint-Jacques à la crème de courgettes et le tartare d'huître, crabe et pommes ! Scotch a beau être en pleine forme il a tout de même 11 ans et demi et je doute que cette gastronomie tardive refasse grimper aux arbres ce gros matou de 9 kilos. C'est vrai qu'il a toujours été grand pour son âge, mais il passe le plus clair de son temps à roupiller, préférant qu'on lui ouvre la porte plutôt que devoir escalader le soupirail pour sortir dans le jardin. Les recettes semblent plutôt avoir été conçues par un trio de fines gastronomes souhaitant partager leur pitance avec leurs animaux de compagnie. En tout cas, elles mettent l'eau à la bouche. Justement laissez toujours de l'eau fraîche à votre chat, car l'alcool est proscrit, comme d'ailleurs le chocolat (poison accumulatif), le café, l'oignon cru, les raisins, l'avocat, l'éthylène glycol... Le livre paru chez Anagramme est illustré de jolies frimousses et évidemment des plats que vous aurez eu la patience de préparer et de ne pas dévorer entièrement avant que le maître des lieux n'ait eu le temps de dire ouf ou miaou !

jeudi 28 novembre 2013

Guilo Guilo


Guilo Guilo, ça chatouille les papilles. Ma maman nous avait invités pour mon anniversaire dans ce restaurant japonais de cuisine inventive situé près des Abbesses, hautement conseillé par mon camarade Sacha Gattino. Le menu unique change chaque mois. Le chef Eijchi Edakuni a beau n'être à Paris que les mois pairs, nous sommes restés scotchés par les parfums subtils de cette soirée inoubliable. Lorsqu'il officie dans ses enseignes kyotoïte ou hawaïenne, son second prend le relais avec maestria. Tandis que je travaillais au Japon j'avais pu constater l'extraordinaire variété de mets les plus exquis. Les sushis et les yakitoris sont l'équivalent de nos sandwichs ou des tapas. Le menu de Guilo Guilo est à 45 euros, comptez 8 euros de supplément pour ses célèbres sushis au foie gras et évitez l'alcool si vous n'en avez pas les moyens car là ça fait très mal...
Il existe d'autres excellentes adresses nippones à Paris comme Kiku ou Kinutoraya 2... Mais lorsque l'on est fan de cette cuisine légère et renversante le plus économique est d'apprendre à la faire ! Il y a deux ans Chloé m'avait offert le livre de Harumi Kurihara paru chez Flammarion, pour une parfaite cuisine familiale. Après avoir noté les ingrédients indispensables, faire ses courses chez K-Mart, rue Sainte-Anne, moins cher que nombreuses épiceries du quartier de l'Opéra.


Le menu du 5 novembre était composé de :
1. Huitre grillée avec algues et sauce sésame
2. Bento avec tofu de crabe aux œufs de lump et wasabi, vermicelles au miso, marron, omelette au saumon grillé, aubergine marinée, tempura aux pistaches, etc.
3. Tempura de morue aux cèpes
4. Sushis de thon gras sauce lie de saké et radis daikon
5. Tofu glacé à la truffe
6. Shabu shabu avec sashimi de daurade sauce Ponzu, bouillon arrêtes de daurade, champignons shitaké, chou chinois, tofu
7. Bol de riz poisson liche poivre caramélisé avec salsifis caramélisés, sésame, algues et légumes racines de lotus
8. Sushi de foie gras
9. Panacotta au marron avec glace au café
Elsa qui a pris les photos n'a évidemment pas noté tous les détails, mais à quoi bon puisque tout réside dans des effluves intraduisibles ? Cela valait franchement le coup d'avoir 61 ans.

mardi 29 octobre 2013

N'en jetez plus !


Mon dos se redresse doucement. Les yeux de Françoise retrouvent une nouvelle jeunesse. Scotch miaule sans que l'on sache pourquoi, mais tout va bien. Le temps me manque juste pour raconter tout ce qui se passe autour. USA 1968, mon second roman augmenté, est sur les rails : Mathias code, Mika dessine, Sonia vidéote et nous testons, testons, débuguons, corrigeons, retestons, etc. Idem avec Baiser d'encre, le nouveau long métrage de Françoise dont j'assure la production exécutive en plus de la partition sonore. Aujourd'hui Antoine et moi installons les lapins de Nabaz'mob à l'ENSAD pour les représentations de la soirée privée de demain où une centaine de philosophes réunis à l'ENS seront confrontés à notre clapier. Pendant ce temps, les films, les disques, les livres s'accumulent sur les étagères et j'oscille entre remplir et vider le frigidaire. Oui je sais, on dit réfrigérateur, mais ça rime moins bien et plus personne ne possède cette marque. À la Cité des Sciences l'exposition sur le jeu vidéo dont Sacha et moi avons signé le design sonore est commencée, alors je travaille sur un projet de programmation de spectacles avec des plasticiens interactifs et de jeunes affranchis pour l'année qui s'annonce. C'est sans compter les concerts, enregistrements, publications qui se bousculent... Quand je pense que je me plaignais de ne pas savoir où j'allais... Mais, comme dit Pierre Oscar, je n'ai rien vu à Fukushima...

mercredi 9 octobre 2013

Miaulique


Sacha Gattino, avec qui je termine le design sonore de l'exposition Le Gameplay s'exhibe qui ouvrira ses portes le 22 octobre à La Cité des Sciences et de l'Industrie et dont le site perso révèle quantité d'informations et de liens précieux sur le son et les instruments de musique inhabituels, me suggère de commander Miaulique, un livre sur les musiques de chats accompagné d'un précieux CD.
Je possédais déjà Le mystère des chats peintres publié chez Taschen, acquis sur les conseils d'un autre ami de la gente féline, Jean-Pierre Mabille. J'imagine qu'ils avaient respectivement partagé leurs studieuses lectures avec Cache-cache et Poussière comme je le fais moi-même avec Scotch à qui je lis régulièrement l'Histoire féline de Cocteau sans que cela lui fasse ni chaud, ni froid. Ne serait-il pas concerné par les titres de noblesse ? Chez déjà chat !
Miaulique, le livre rédigé par Jean-Claude Lebensztejn (Le Passage) est illustré de fabuleuses peintures et estampes où se reconnaissent, entre autres, Téniers, Jan Brueghel, Watteau, Grandville, Halsman, et autant d'orchestres où figurent des chats. S'intéressant à la musique féline en littérature comme dans les arts, l'auteur cite Mme d'Aulnoy et les frères Grimm, Hoffmann, Champfleury et Paradis de Moncrif ! La comparaison du miaulement avec la dissonance est injuste (à moins que l'injustice s'exerce envers la dissonance !) et les malheurs qu'on leur a fait subir dans les foires et sur les terrains vagues sont évidemment atroces et débiles. C'est joué avec le Diable. Je sais, Nicolas, nous avons fait tourner des chats par la queue comme des rhombes une nuit de grand vent, mais ce n'était qu'en rêve ! Le passage à l'acte est une ligne jaune que l'on ne franchit pas, même sur des pattes de velours. J'ai souvent enregistré ou mimé des chats dans mes créations et pour Crasse-Tignasse je chantais "Miaou Miaou Mi, Miaou Miaou Miac" sur les cendres de Pauline et les allumettes.
Si vous trouverez quelques partitions, j'ai un petit faible pour le CD accompagnant cette "fantaisie chromatique". D'Adriano Banchieri (1608) à Paul Whiteman (1928) le Concert miaulique est un ravissement. Un duo de Leonardo da Vinci, le duo des chats de Rossini qui n'est pas de lui mais de l'Anglais Robert Lucas de Pearsall dit G. Berthold, l'autre duo miaulé de Ravel dans L'enfant et les sortilèges, une Berceuse de Stravinsky, Felix The Cat de Whiteman avec Bix Beiderbecke et Franky Trumbauer, un Capriccio de Farina, Kitten on the Keys de Zez Confrey... Un très joli cadeau pour quiconque pense qu'une maison sans chat est comme un violon sans âme !

mardi 9 juillet 2013

Sa voix me manque


J'adorais son timbre de baryton Martin. Une voix chaude et veloutée, attentive et répondante. Même après avoir travaillé ensemble toute la journée, nous pouvions passer plus de trois heures le soir au téléphone à réfléchir à ce que nous avions enregistré ou à refaire le monde. L'un et l'autre étaient indissociables. Nous appelions nos échanges "philosophie de bistro". Les forfaits téléphoniques n'existaient pas, les portables non plus. Au bout du fil Bernard Vitet pouvait corriger mes textes à leur simple écoute. Lui qui n'écrivait jamais enregistrait tout dans sa tête et sa précision critique est restée jusqu'au bout redoutable. Son jeu de trompette ressemblait à sa manière "pausée" de parler, son grave du bugle, de préférence devant un SM58 pour éviter toute brillance. Il ne s'interdisait pas pour autant les éclats, pour défendre un animal, pour nous surprendre par un éclair zébré et métallique, pour rire. Chaque mot que je frappe me rappelle une situation. Nous en avons tant vécues depuis ce jour de 1976 où, à l'autre bout de la scène sur laquelle nous avions joint Opération Rhino pour soutenir la clinique antipsychiatrique de La Borde, il jouait de la percussion avec des bouteilles de bière vides jusqu'à les faire exploser. Les autres musiciens s'écartaient anxieusement du verre brisé qui l'entourait, comme un cercle de feu qui le protégeait d'un désespoir amoureux. Il avait été séduit par les sons inouïs de mon ARP 2600. Pendant trois jours nous avons parlé, parlé. Nous ne nous sommes plus quittés. Trente-six ans d'amitié.


Sa voix était du miel (ci-dessus la maquette inédite d'une chanson composée ensemble écoutable avec FireFox ; iPadistes, utilisez l'appli Puffin pour lire du Flash!). Son sens du paradoxe l'incitait à penser que le miel traversait le verre puisque les pots étaient toujours poisseux. Sa voix traversait toutes les matières, mais aucune n'était poisseuse. Nous avons accumulé les succès, succès de fabrique, succès de camaraderie, succès d'estime aussi comme il appelait cela en opposition au succès populaire. Lorsque Francis Gorgé a quitté Un Drame Musical Instantané en 1992, nous avons imaginé prendre une année sabbatique pour faire seulement ce qui nous plaisait, et de ce jour nous n'avons jamais tant travaillé, parce que tous deux avions choisi alors de faire des chansons. Après des années à improviser, à composer pour des orchestres, du nôtre au symphonique, à monter des spectacles gigantesques, nous avions besoin de retrouver nos voix, celles de notre enfance, espérant naïvement renouveler la chanson française. Nous avons tant rêvé ensemble.

Francis a mis en ligne L'invitation au voyage par Charles Panzera pour célébrer sa cruelle disparition. On ne pouvait trouver mieux. Cette mélodie de Duparc sur le texte de Baudelaire l'accompagna toute sa vie. Il l'a chantée la première fois avec Francis à la guitare pour accompagner La chute de la Maison Usher de Jean Epstein en 1980. Nous l'avons enregistrée plus tard dans le cadre du grand orchestre du Drame. Il en fit une nouvelle version avec Hélène Sage au piano. Son texte dessine la triste actualité dont il est le héros. Dominique Meens a écrit un beau texte à la suite de celui de Francis. Comme Jean Rochard sur son Glob, Francis Marmande dans Le Monde, et les dizaines de témoignages reçus par mail, téléphone, FaceBook, etc.

La photo est l'une des dernières où il allait encore bien, peut-être sa dernière sortie vraiment libre. Scotch se laisse câliner par notre ami, l'ami des bêtes. Nous avions organisé un dîner avec Benoît Delbecq. Bernard avait enfourché sa Harley, mais elle lui était devenue lourde. Les trois années qui suivirent furent pénibles, entrecoupées de séjour fréquents à l'hôpital pour des problèmes respiratoires qui ne l'empêchaient pas de continuer à cloper. Nous avons appris que deux jours avant de rendre son dernier souffle il fumait un pétard en cachette dans le jardin de l'hosto, comme un gamin. Nous reconnaissions l'état de sa santé au timbre de sa voix. Dans les mauvais moments elle devenait blanche, aphone. Un vrai thermomètre. Lorsqu'il retrouvait son grave nous savions qu'il était tiré d'affaire. Momentanément. C'est elle que j'entends dans mon sommeil, qui me réveille au milieu de la nuit et qui me pousse à écrire ce matin tandis que le jour se lève.
Je vais remonter à Paris. Ses obsèques auront probablement lieu vendredi après-midi au Père Lachaise... Je ne manquerai pas de donner ici les précisions dès que la cérémonie sera fixée.

(bas), tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

lundi 18 février 2013

Apprivoisé


Il faut parfois du temps pour se laisser apprivoiser par un chat. À la maison, Scotch m'enjambe tous les matins, sans aucune reconnaissance du ventre puisqu'il va s'allonger sur celui de Françoise après m'avoir marché dessus alors que c'est moi qui lui donne le plus souvent à manger. À Saint Clément de Rivière il nous aura fallu de nombreuses années avant que NaNob vienne me faire un gros câlin en ronronnant. Il est vrai qu'à remuer tout le temps je ne dois pas être très rassurant. Je me demande aussi si le fait que Scotch est un mâle et NaNob une femelle ne participe pas à ces jeux croisés. J'y mets pourtant du mien, persuadé de parler quelques rudiments de langage félin. Bernard m'avait appris à insulter dans leur langue et Lupin m'avait sauté ce jour-là à la figure, phénomène qui ne s'est jamais reproduit car j'évite désormais de regarder un chat dans les yeux en faisant mine de gratter le sol comme si j'enterrais mes crottes. Le reste est essentiellement question de ton, même si nos amis comprennent parfaitement certains phonèmes ou quelque enchaînement de syllabes, surtout s'il s'agit de leur nom. Sinon j'essaie de transposer comme je le fais lorsque je feins de parler une langue étrangère dont j'ignore presque tout. Mon intérêt pour les autres cultures que la mienne m'aident considérablement dans mes tentatives de dialogue. J'étais si content que NaNob vienne partager ma sieste que j'ai attrapé l'iPad et immortalisé ce délicieux moment. Le lendemain la chatte a passé sa journée sur Françoise, contrariant ma théorie.

vendredi 28 décembre 2012

Premier chat, premier feu


Il était une fois... Mais une seule fois. Le premier chat. Le premier feu. Le même jour. À la même minute. Antonin, quatre mois. Il découvre l'animal tout doux et les flammes. Ça va chercher loin. Le feu protègeait des fauves. Même si Antonin est très en avance pour son âge (il joue régulièrement avec la Machine à rêves inventée par son père, le grand Nicolas), Adelaide, sa maman, ne l'a pas laissé s'approcher de la cheminée ! Quant à Scotch, nous lui avons demandé d'éviter de se coucher dans le petit lit improvisé, nous avons également posé une grille devant l'âtre. Les trains descendent vers le sud. Ce soir, c'est nous qui devrions dormir chez eux... Le soleil nous réchauffera et la douceur sera celle des amis.

lundi 17 décembre 2012

Schizophrénie quantique de l'impro solo


Chaque fois que je me risque au solo le souvenir du collectif vante les joies du partage. Nous étions pourtant deux, samedi soir lors de I.R.L. Performances, à dialoguer de concert en images et musique. J'avais pour l'occasion enfilé mon percoat. C'est ainsi que j'appelle le long manteau d'hiver dont les dessins me rappellent les compressions vidéographiques de mon camarade Jacques Perconte. Devant le grand écran où sont martyrisés jusqu'à la magnificence ses plans d'océan et de plantes oscillant dans le vent, le public n'y voit que du feu, mais je lutte contre les éléments. Tandis que je joue de la flûte dans un micro perché à un mètre cinquante du sol je dois inscrire le numéro d'un programme en risquant de me faire mal au do. La quinte de tout penche vers la surcharge lorsqu'il me faut changer d'instrument virtuel sur l'ordinateur qui trône devant mon clavier alors que l'obscurité m'empêche de lire les paramètres d'un petit instrument électronique que je pousse du coude. Hips, il y a un hic dans mon dispositif. Les instruments acoustiques permettent de glisser facilement de l'un à l'autre à la faveur d'une pause, d'un silence, d'un soupir ou d'une respiration. Les coups de tête sont impossibles avec l'électronique dont il faut saisir les paramètres avant d'en jouir. Lorsque nous improvisons à plusieurs musiciens, j'ai le temps de réfléchir, d'attendre, de préparer la suite. La gymnastique qu'implique le solo est d'une autre nature, schizophrénie quantique qui m'oblige à prévoir au moins une minute à l'avance quel sera mon prochain coup pour ne pas me retrouver échec et mat, et ce tandis que je me voue corps et âme à l'instant. S'il n'était que deux temps... Mais je me suis surpris à rajouter une couche de passé à ce présent et ce futur. Car il m'arrive parfois de regretter un mouvement et de me demander comment le rattraper. Me voilà triple à la même seconde, jeu de miroirs temporels qui m'éloigne du solo chaque fois que je le tente, la performance circassienne ou sportive m'attirant moins que l'écoute qu'implique l'orchestre. La présence d'autres musiciens me laisse le temps de voir, à défaut de regarder, l'écran que Jacques éclabousse des incroyables couleurs que ses boucles structurent sur un rythme contemplatif que ma tension instrumentale, lorsque je suis seul, cherche sans cesse à saisir pour me laisser porter par le flux. Scotch, descendant direct du chat de Schrödinger, reste perplexe.

jeudi 30 août 2012

Chou blanc


Il y des jours où il vaut mieux rester couché, me suis-je dit pour avoir consulté la météo. Jean-Claude a réveillé Françoise à 4h25 ce matin pour être au port à 5h, car il faut être en mer lorsque le soleil se lève, moment précis où le poisson mord. Lever du soleil ou coucher sont les heures stratégiques. Pour une fois j'ai décliné l'invitation et me suis rendormi avec le chat Scotch à mes pieds. La pluie s'est aussitôt mise à tomber pour ne plus s'arrêter. Sur la Méditerranée les éclairs zébraient le ciel. J'aurais pu faire de jolies photos. Françoise et son papa sont rentrés à 9h trempés jusqu'aux os, avec un malheureux sévereau dans le seau. Habituellement, lorsqu'ils rentrent tard, c'est que la pêche est miraculeuse. Les pauvres se sont acharnés sans succès sur les traînes. Pourtant les bancs sont là, je les ai vus avec mon masque, mais la réussite d'une pêche est un mystère. Nous profiterons de cette journée "pourrie" pour faire une virée à Marseille, par la route cette fois ! Il fera beau demain.

samedi 25 août 2012

Prolongation




Difficile de rentrer. Nous ajournons. Malgré la brume qui parfois ne se lève pas, quand on n'y voit pas à trois mètres. Malgré l'absence de réseau, mais nous descendons le mercredi et le samedi matin dans la vallée pour nous connecter et faire les courses au marché. Nous bouquinons à l'ombre ou nous nous baignons dans les torrents glacés. Les chevaux, semi-sauvages, viennent boire à l'abreuvoir où se rouler dans la boue de la verse. Scotch roupille toute la journée. Nous regardons les étoiles ; il y en a plus que du noir dans le ciel sans lune; certaines lacèrent la toile le temps d'un vœu pour la nouvelle année, fidèle au calendrier scolaire. J'ai recommencé à travailler, doucement, j'y songe parfois la nuit, mais les pensées sont plus souvent métaphysiques que fonctionnelles lorsque nous regardons les montagnes avec le peu qu'il reste de neiges éternelles.

vendredi 3 août 2012

Retraite


Ne bloguant généralement plus les week-ends et prenant mes quartiers d'été sur le flanc sud d'une haute montagne où ne règnent ni wi-fi ni 3G il est probable que ce blog ne réapparaîtra régulièrement qu'en septembre. Il n'est pourtant pas impossible qu'une virée dans la vallée ou une grimpette au pic nous autorisent quelque connexion pendant cette période de retraite. Scotch est ravi. Il a laissé aux amis le soin de s'occuper de son chez lui en notre absence. Il nous accompagne donc pendant notre périple, lové sur son fauteuil, admirant les étoiles et les soucoupes volantes qui éclairent nos nuits, se dorant au soleil en évitant soigneusement de nous accompagner lorsqu'il s'agit de baignade. Bonnes vacances à celles et ceux qui en prennent, bon courage pour les autres et à bientôt !

jeudi 26 juillet 2012

L'entente cordiale


Avec qui voulez-vous lutter ? À ma gauche, Scotch, mâle dominant, fourrure grise, 10 ans, 8 kg et des poussières, placide mais ferme. À ma droite, Diabolo, Jack Russell terrier tout fou, masque brun, 3 ans, pratiquement la même taille mais pas plus de 5kg, aboyeur selon l'humeur. Comme ils regardent fixement l'appareil j'imagine un match d'hypnose animalier dont je suis finalement la victime dans un énième remake de L'arroseur arrosé. À leur signal j'appuie sur le bouton. D'année en année leurs relations sont devenues pacifiques, mais ils n'en sont pas encore à se faire des mamours.
Scat était un chat élevé par un chien, lui-même élevé par une chatte. Il fallait voir Horus s'interposer quand la chatte venait embêter le chaton. Guy Le Querrec avait publié une magnifique photo où Scat descendait de mon épaule sur le Theremin avec Bernard à la trompette.
De mon côté, preuve que je suis en vacances, je dévore un premier bouquin, un thriller de politique-fiction de Philippe Nicholson intitulé Serenitas (Carnets Nord / Ed. Montparnasse). Le problème avec les polars c'est que l'auteur vous mène souvent en bateau, inventant mille fausses pistes avant de valider l'ultime. Comme partout il n'y a que le style qui puisse avoir raison du genre. Ici, comprenant trop tôt que nous avons affaire au complot, nous identifions rapidement les intentions des personnages. L'intérêt réside dans la vision d'un avenir proche qui n'a rien de réjouissant.
Titrer un article Les théories du complot comme s'y laisse aller tous les médias, Mediapart compris, est fâcheusement tendancieux. Comme s'il fallait être pour ou contre, avec un soupçon prononcé envers les paranoïaques. En voir nulle part est aussi idiot qu'en voir partout. Les religions sont pourtant d'excellents exemples séculaires de leur réalité. Le complot est une forme récurrente ancestrale. La question "à qui profite le crime ?" est une méthode éprouvée pour déjouer la communication gérée par les états. Le faux-coupable est toujours bien dessiné. L'hallali peut commencer.
Et les bêtes dans tout cela ? Elles s'en fichent et terminent la journée ensoleillée par un pastis et quelques olives au son des cigales. À moins que tout cela ne soit qu'une honteuse manipulation et que j'ai osé faire un montage avec deux photographies ? Ou pas !

mercredi 4 juillet 2012

Faux pas


J'ai réussi mon coup. J'hésitais entre la photo d'une horde de touristes ou une plongée dans la piscine de l'hôtel. Après avoir visité quelques expositions centre ville j'ai choisi la baignade solo. Il n'y avait pas un chat ni au bord ni dans l'eau. On raconte qu'ils n'aiment pas l'eau, mais c'est une généralité que l'expérience dément. En me rhabillant j'ai heurté mon trop célèbre petit orteil gauche contre le parapet et, tout à coup, le séjour arlésien a changé de visage, le mien aussi. Boîter, souffrir et sourire figé. Mon orteil ressemblait à un bonzaï, je l'ai redressé dans le sens de la marche, façon L'arme fatale. Quand je pense que j'ai gambadé toute la matinée ! C'est du passé. Dix granules d'arnica montana, un profond mépris pour la douleur qui monte, qui monte, passer chez le pharmacien pour acheter une bande qui solidarise les deux orteils, et le tour est joué. La solidarité entre orteils, il n'y a que ça de vrai. C'est comme pour les personnes. En cas de coup dur, ça vous remonte le moral. Dommage que je n'ai pas mon métronome pour pratiquer l'EMDR, la dernière fois la guérison avait été spectaculaire. Cela ne veut pas dire "mort de rire" pour autant, mais "eye movement desensitization and reprocessing", une sorte d'auto-hypnose qui reprogramme la mémoire du corps ! Alors on a fait avec les moyens du bord. En se concentrant sur la musique et les photos.
Avant qu'Ève Risser ne joue à saute-moutons avec les vingt photographes de l'Agence Magnum et que je la rejoigne à cloche-pied pour les Postcards from America, j'ai beaucoup apprécié la première des quatre leçons de photographie consacrée au portrait par Christian Milovanoff et intitulée On dit que les jeunes filles de Syracuse. Passionnant et fondamentalement humain. À suivre les soirs prochains... Au Musée Galliera, grâce à l'exposition Mannequin - le corps de la mode j'ai vérifié mon attirance pour le travail tant photographique que cinématographique de William Klein... Demain j'irai à bicyclette voir ce qui se trame aux anciens dépôts SNCF.

P.S. : mise en ligne de la leçon de Christian Milovanoff par Arte Creative !

lundi 18 juin 2012

Attention chat méchant ?


Faux-semblant, en réalité Scotch baille devant les résultats des élections législatives, une mascarade qui relègue la démocratie à un écran de fumée camouflant la crise économique et la catastrophe écologique qui se profile. Il paraît que la BNF organisera une exposition Guy Debord au printemps 2013. La société du spectacle endort pourtant le chat tout autant. Question de style. Il n'est pas si bête. Aucune chanson, aucun tweet n'a de grâce à ses yeux, pas même ceux des oiseaux du jardin qui ont pourtant de drôles de noms. Toute cette agitation n'a aucun sens. Incapable de prendre les mesures qui s'imposent ou peu désireux de s'en prendre aux intérêts de la classe qu'il défend en sous-main, le parti social-traître depuis Blum sera balayé par la réalité. L'austérité a bon dos, la dette aux salopards ne fait que croître, les communautarismes se durcissent, le lait déborde à Fukushima... Les pauvres payent la casse, pas ceux qui la provoquent. La réaction pourrait être terrible. La médiocrité fait le lit du fachisme. N'attendez pas des vieux qu'ils vous sortent de là, c'est aux jeunes de comprendre qu'ils ont l'avenir entre leurs mains. La plupart préfèrent danser sur un volcan. On s'abrutit de jeux du cirque, de volume sonore, de machines célibataires, d'inutiles objets, de bondieuseries, de bonheur simulé, d'informations bidons, d'illusion du changement... Le chat s'en fiche. Il a le clos et le couvert, dîner et massage, il sera mort avant que ça pète. Il ne pense pas aux vacances. Il n'est pas responsable. Sorti faire un tour, le chat baille aux corneilles perchées sur le cèdre torturé du voisin. Au moindre rayon de soleil il calcule l'angle où s'allonger. Il suit sa course en roulant d'un flanc sur l'autre. Il aime la nature, sans trop s'aventurer. Son bilan carbone est excellent. Il nous renvoie l'image de notre vanité.

lundi 21 mai 2012

Ma Crackle Box à moi


Scotch se demande vraiment qu'est-ce que c'est que cet engin bizarre qui produit des cris de souris et des craquements de parquet quand je le prends entre mes doigts. La Crackle Box (Kraakdoos) est un instrument électronique rudimentaire inventé par Michel Waisvisz et Geert Hamelberg (STEIM) à la fin des années 60, mais ce modèle unique est un merveilleux cadeau d'Éric Vernhes qui l'a construit spécialement pour moi ! Il me rappelle l'amplificateur de téléphone dont je jouais lorsque j'ai commencé la musique. En approchant le micro-ventouse du haut-parleur on pouvait générer des mélodies distordues par effet Larsen. Je l'utilisai pour la première fois en public lors de l'inauguration de l'exposition Andy Warhol de 1971 à l'ARC, à Paris. Le même soir le Grand Magic Circus, à peine rentré de New York, faisait sa parade dehors, sur le parvis du musée d'art moderne. L'autre accessoire que je détournais pour produire des effets très spéciaux était le bouton "son sur son" de mon magnétophone Sony TC355 qui permettait les réinjections et saturait l'enregistrement. Mais je ne pouvais pas le transporter tandis que l'ampli de téléphone tenait dans ma musette et fonctionnait sur piles. Lorsqu'il avait dix ans, Éric fit la même trouvaille, amplifiant même les sons de toute sa maison en collant la ventouse sur de gros aimants et l'appliquant sur le mur. Le principe de la crackle box provient d'un circuit imprimé instable, le uA709, aujourd'hui très recherché. En y adjoignant des condensateurs, des transistors, une Led et une pile 9V, on obtient un instrument aléatoire et capricieux produisant des sons qu'en général on préfère éviter. Le principe repose sur la conductibilité du corps humain, je risque donc de ne pas pouvoir reproduire les mêmes effets si j'attrape la grippe, si je bois trop ou si la température ambiante me fait suer. J'aimerais l'utiliser samedi prochain pour le spectacle avec le violoncelliste Vincent Segal et les danseuses Claudia Triozzi et Sabine Maisonneuve que nous improviserons dans le cadre du Festival Dodécadanse au Triton, Les Lilas !


Ma Crackle Box possède un volume minuscule qui m'obligera à la présenter devant un microphone pour en faire profiter les spectateurs à moins qu'ils fassent silence et tendent l'oreille... Sur Internet on trouve le schéma de l'objet et maintes contributions musicales de fondus de glitch et de circuit bending comme Mouse on Mars ou Coil. Comme je m'extasie devant mon petit cadeau, Éric Vernhes nous e:ntraîne dans son laboratoire où sont installées ses extraordinaires sculptures sonores réagissant à notre présence, s'adressant à nous via des GPS détournés, composant des images inouïes et des sonorités jamais vues, à tel point que l'on peut se demander ce que fichent les galeristes de ne pas fondre sur l'artiste pour lui organiser quelque exposition ou rétrospective grandiose. Héritier de Nicolas Schöffer, Éric Vernhes sculpte, peint, soude, scie, filme, échafaude, programme, détourne pour créer des objets qui nous renvoient un regard critique sur le monde qui nous entoure et que nous croyons façonner.

vendredi 26 août 2011

Reprise


Bip bip bip bip bip bip bip bip... Dans mon sommeil j'imaginais être rentré à Paris. Un camion reculait dans la rue, mais sa marche arrière n'en finissait pas. Après le silence absolu des matins cévenols seule une très grosse averse avait su nous réveiller au milieu de la nuit pour que nous courions fermer portes et fenêtres. Le camion continuait de reculer. Trop longtemps : je me suis redressé. Au second étage, un réveil répétait inlassablement son message aux amies à qui nous avions prêté la maison, parties avant notre retour. Sans lunettes j'ai tâtonné pour arrêter le cours du temps. Nous étions revenus, seul l'avenir devait focaliser notre attention. La maison racontait pourtant les six semaines passées en notre absence.
Ade et Nicolas avaient déposé la boule blanche du Prisonnier au pied du futon, sauf que celle-ci sourit lumineusement lorsque nous changeons ses couleurs à la télécommande. Au salon, aux pieds de Ganesh, le tabouret orange de Sonia et Elisabeth pouvait être une petite table indienne où nous poserions nos verres, nos jambes ou nos fesses. Dans l'âtre une installation très sicilienne figurait un collage sur bûche à décrypter comme le rébus de nos amitiés partagées. De l'autre côté de la rue, Marie-Laure et Sun Sun nous invitent à dîner, coupure délicieuse au milieu du grand déballage des affaires à ranger, break salutaire avant l'ouverture du courrier qui révèle ses sinistres factures.
La traversée des Cévennes avait été un enchantement. Au marché de Florac nous avions trouvé le livre haut en couleurs de Mika dévoilé par Romuald à l'Espinassounel des bergers (j'y reviendrai bientôt). L'autoroute au sud comme au nord de Clermont-Ferrand est assez vert pour se faire oublier. Nous évitons ainsi le stress de celui du Sud, un ruban de l'horreur. Scotch n'a jamais été aussi sage. Ces vacances lui ont été aussi salutaires qu'à nous-mêmes.
La pluie a laissé une fraîcheur à laquelle nous n'étions plus habitués. Le marteau d'un ouvrier résonne au lointain, soulignant ce qu'il est coutume d'appeler la rentrée.

mardi 23 août 2011

Cadres et tuyaux percés


Il fait une chaleur d'enfer alors que l'endroit rappelle plutôt le paradis. Depuis deux jours la pression n'était plus suffisante pour que l'eau arrive jusqu'au mas. Sur deux mille mètres à partir de la source nous avons longé le tuyau pour chercher les fuites causées par les rongeurs. Jean-Pierre, qui passa tout un été à dessiner le meilleur tracé pour un dénivelé de seulement dix mètres, nous guide le long des pentes escarpées. Les tapis d'épines de pin glissent comme une piste de ski et les piquants des cupules séchées des châtaigniers traversent nos tennis inadaptées à la balade. Presque arrivée, Françoise se tord une cheville avant un vol plané qui la laisse hilare sur le carreau. Le lendemain elle ne peut plus faire un pas. La pommade, l'arnica et le bandage la remettront bientôt sur pied, mais l'eau n'arrive toujours pas bien que Jean-Pierre ait colmaté le tuyau à chaque série de morsures ravageuses. Son système est astucieux : tuyau perché à la source pour évacuer les bulles d'air, réservoir placé au-dessus du mas pour donner de la pression, etc. Mais là il manque quelques mètres pour que l'eau le remplisse, notre ami en perd son latin et la vaisselle s'accumule. Nous ne sommes tout de même pas à sec, je ne parle ni du rouge ni du rosé, mais du robinet qui coule suffisamment pour que nous puissions remplir des bidons. Hélas plus assez pour alimenter la plomberie de toute la maisonnée.


Pendant qu'il planche sur son problème de robinets les filles font des cadres. Michèle nettoie ceux des abeilles à la flamme. Françoise passe des heures à attendre que Scotch veuille bien descendre la longue échelle en métal depuis la mezzanine où il a élu domicile. Ces dernières années les ruches ont été décimées. Frelons tueurs, teigne, pesticide, ondes ? Jean-Pierre est retourné à la source et a fini par trouver un défaut dans l'amorçage en amont. L'eau est revenue à la joie de tous. Habiter cet havre de paix exige que l'on soit des as du bricolage. Comme j'en suis très loin nous allons bientôt rejoindre nos pénates au confort parisien et réfléchir aux choix que nous propose l'avenir. Mais ça c'est une autre histoire…

mardi 16 août 2011

D'un zodiaque à l'autre


Du dragon au scorpion il n'y a qu'un pas. Comme l'autoroute qui mène de Marseille à Nîmes. Ou du tape-cul nautique à la campagne languedocienne. Scotch avait su s'arranger des deux nouveaux chiens, des trois chevaux, des deux chattes dont l'une est la mère de Snow et l'autre la sœur de Scat, deux de mes ex-compagnons, mais Françoise ne trouva pas du tout à son goût le scorpion campant dans l'entrée à la nuit tombée. L'écrabouiller me crevait le cœur, comme un suicide collectif de ma propre espèce. La présence du bébé de Mathilde et des mammifères domestiques (canins) et domesticants (félins) me forçait à obtempérer. Le second euscorpius flavicaudis qui perchait au-dessus de notre lit dut subir le même sort à mon corps défendant. C'est la première fois que je vois cet animal quasi mythique (cf. ci-dessous la scène du bal masqué d'Arkadin d'Orson Welles) en France bien qu'il y en ait pas mal dans le sud.


Pendant des années j'ai conservé dans un tiroir le sérum emporté dans le désert marocain, périmé depuis belles lurettes. Comme un rempart à ma folie ou à mes mauvais penchants. But I can't help it: it's my character! On raconte tant de bêtises sur les tenants de ce signe que je me méfiais de moi-même, même si je me suis toujours bien entendu avec les natifs de novembre... Je possédais également un impressionnant spécimen inclus dans un cendrier de verre. Un jour à Marrakech un homme jouait avec l'un d'eux dans sa main. Il l'endormit dans sa paume, la rouvrit, le scorpion ne moufetait pas. Il souffla sur la bête qui se redressa d'un bond. Cette volte-face m'inspira plus d'une fois.

jeudi 11 août 2011

Scotch se la coule douce


Nous nous inquiétions de voyager avec Scotch qui devra changer plusieurs fois de maison pendant l'été. Aussitôt avons-nous fait trois cents mètres en voiture que nous savons devoir faire une halte à la poubelle la plus proche pour nettoyer son plat. C'est plus commode qu'en train où son angoisse du départ produit les mêmes effets. Ensuite il se love sur un fauteuil ou se blottit dans l'endroit le plus exigu du coffre rendu accessible par l'amas de bagages que nous trimbalons d'étape en étape, au gré des saisons virtuelles.
Nous appréhendions surtout la promiscuité avec les animaux de nos amis. En montagne, Scotch avait fini par ne plus se préoccuper des vaches, taureaux, chevaux, etc., se concentrant sur sa collection de queues de lézards ou dégustant quelques campagnols à la nuit tombée. Sa seule véritable émotion lui fut infligée par le courant d'une clôture électrique qui le fit détaler comme un lapin jusqu'au dessous du lit du premier étage. La cavalcade valait le spectacle.
Après avoir trouvé un compromis avec Nanob, la chatte d'Olivia et Thierry, il imposa son statut de "mâle dominant" (dixit la vétérinaire de Bagnolet) à Diabolo, le chien foufou de Jean-Claude. Bien que son nom lui vienne de son côté collant, Scotch sait faire la différence entre un Jack Daniel et un Jack Russell ! À La Ciotat il attrapa plus d'aoutats que de ratons, nous obligeant à traiter notre félin parisien contre les minuscules insectes piquants. Les petits rats malins continuent à sortir tranquillement chaque soir vers 21h10 pour se délecter des graines du tilleul qui jouxte la maison.


Mon T-shirt l'atteste, j'ai choisi mon camp, coiffé du chapeau des pêcheurs cambodgiens, parfaitement adapté à nos parties de pêche qui, cette fois, n'eut rien de miraculeuse. Les rusquiers lancés par Serge depuis son zodiac n'accrochèrent que quelques blades et un bogue, de quoi tout de même faire un bon dîner.

mercredi 3 août 2011

Dans les nuages


Nous avons passé la seconde semaine dans les nuages. On n'y voyait pas à dix mètres. Sur une île l'horizon laisse espérer l'apparition d'un navire, le ciel celle d'un engin volant. Ici, rien. Seulement le bruit de l'eau, pluie incessante au premier plan, torrents de montagne qui gonflent plus bas et quelques cris d'oiseaux que je suis incapable de reconnaître. Le brouillard nous confina dans l'ancienne grange, enveloppés d'un coton humide qui suintait de partout à la fois. Des idées en germeraient peut-être. Nous passions le temps dans la lecture ou les films, Françoise dans Balzac, de mon côté Seul le silence de R.J.Ellory et les trois saisons d'In Treatment (En analyse). Le soir, la brume était si épaisse que l'on pouvait y projeter nos ombres chinoises en ouvrant les fenêtres ! La température oscillait de 4° à 12°.
Encore heureux qu'on va vers l'été, me suis-je dit en référence aux œuvres complètes de Christiane Rochefort embarquées dans mon volumineux bagage et en pensant au sud vers lequel nous allions nous diriger à la fin du mois. J'avais bouclé une valise pour l'hiver montagnard et une autre pour les chaleurs estivales qui nous accompagneraient de Montpellier à Nîmes en passant par La Ciotat, itinéraire en dents de scie sans autre logique ambulatoire que le plaisir de partager quelques journées avec nos amis.

[Scotch en montagne]
Jamais Scotch n'aura autant profité de nous. Notre farniente de prisonniers météorologiques lui sied à merveille. Un soir, en face, nous avons aperçu les neiges éternelles. Il en est même tombé là-haut, vers les trois mille mètres. Cet été nous n'avons pas vu Christian, le berger de l'autre côté de la vallée, perché avec mille huit cents moutons. Les vaches qui nous ont joué leur concert de cloches depuis notre arrivée ont fini par quitter le flanc sud pour rejoindre l'autre versant où les infrastructures de sports d'hiver ressemblent à une ville fantôme. Et puis ce fut notre tour. Nous avons quitté ce splendide isolement pour l'autoroute des vacances avec ses bouchons et sur les nationales des accidents de motards...

mercredi 13 juillet 2011

Coupés du monde


Avant que le soleil se couche nous sommes allés admirer l'affiche que Ella et Pitr ont collé la veille aux Lilas. Françoise et moi ressemblons au petit couple à cheval sur le front de l'oiseau bleu. Nous quittons Paris d'abord pour les Pyrénées où toute connexion à la Toile est impossible. Il faudrait monter au sommet ou descendre dans la vallée, mais nous avons besoin de vacances. Ensuite nous nous laisserons glisser le long du cou de l'animal en suivant la vague. L'été succédera à l'hiver. Adelaide et Nicolas gardent la maison avant d'emménager à Marseille. Scotch nous accompagne. Je reprendrai probablement le fil du blog d'ici la fin du mois lorsque nous serons dans le sud. D'ici là nous arpenterons les pentes à pic et nous nous prélasserons au coin du feu avec un bon bouquin.
Le mien sortira le 20 août avec la fournée de la rentrée de publie.net. Le 15 septembre ce sera au tour des deux nouveaux DVD de Françoise, Gais Gay Games et Thème Je. Suivra la diffusion de La planète dans tous ses états de Hubert Védrine réalisé pour Arte par Pierre Oscar Lévy dont j'ai signé la musique avec Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang, tandis que la nouvelle tournée des lapins débutera en Estonie !
Beaucoup de projets pour la rentrée, aussi avons-nous besoin de régénérer nos forces, en commençant par le farniente...

jeudi 9 décembre 2010

Changement de programme


Les images nourriront nos rêves, mais le son étouffé de la ville est hélas impossible à rendre. Mat en deux coups. Aldo voulait mettre en scène une photo de Françoise et moi sous la neige devant le trompe-l'œil, mais les arbres ont plié sous le poids et caché la fresque. Échec. Scotch s'est décidé à sortir après avoir évalué le parcours le moins humide pour finir sous la table du jardin transformé en tonnelle. Retour vite fait au bercail devant la cheminée. Rock.
Je me suis éreinté à pelleter et balayer le trottoir pour éviter les vols planés, surtout le bateau pavé devant le garage qui est en pente douce. Les arbres ont construit un couloir sur la rue. Les rares passants n'en croient pas leurs yeux. On se calfeutre en attendant le prochain spectacle, quand les bambous relèveront la tête.


Il y a onze ans je me suis décidé à quitter Paris intra muros pour des raisons d'espace, d'insonorisation et parce que regarder pousser les plantes était devenu vital. J'y suis allé à reculons, mais je ne regrette pas mon choix, d'autant que la capitale s'est toujours agrandie en phagocytant systématiquement sa couronne. Et chaque fois que je descends vers Paris depuis la colline des Lilas je partage l'émerveillement des touristes. Surtout si je traverse un pont à pied... À la maison les jours de climats extrêmes sont les plus envoûtants. Qu'il vente ou qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il grêle, qu'on y bronze ou qu'on s'y casse le dos, le petit jardin donne aux éléments une vraie consistance qui disparaît aussitôt que l'on pénètre dans la ville chauffée par ses machines...
Ce matin, j'apprends que mon océan de glace a débordé sur les côtés. Une copine a mis 5h30 pour rentrer hier soir d'Argenteuil. Je reviens d'aider son compagnon à garer sa voiture près du trottoir, après pelletage. La boulangère a vendu des kilos de croissants à toutes celles et ceux qui sont restés dormir au bureau. J'ai secoué les arbres pour qu'ils redressent la tête et hop, rebalayage. Pour la journée, changement de programme, "on ne part plus" (Louis Jouvet à Arletty dans Hôtel du Nord)...
Raymonde. Quoi ?
Edmond. Tiens, voilà les billets...Tu iras te faire rembourser, on ne part plus.

dimanche 5 décembre 2010

Comète 347, le petit chat est mort


" Le chat est mort ". C'est ainsi que Michael annonce l'incendie qui a ravagé la Comète 347 vendredi après-midi. Dans L'école des femmes Arnolphe répondait à Agnès : " C'est dommage; mais quoi ! Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi..." Justement pas. Le squat qui accueillait maint spectacle inventif respirait le partage et la solidarité, un îlot d'utopie en plein Paris. " La cause est inconnue ", mais la bataille pour le relogement de l'équipe dont l'expulsion était imminente sentait le roussi. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée sombre pour les incendies qui arrivent à pic aux endroits où les promoteurs rêvent d'édifier du neuf. On invoque la vétusté des lieux ou le mégot mal éteint qui embrase la forêt. N'empêche que les terrains y deviennent bizarrement constructibles. Au 45 rue du faubourg du Temple, il n'y a pas eu mort d'homme, oui mais le chat. C'est trop triste. Vingt ans de travail et d'archives sont partis en fumée avec le matériel. Pendant la guerre, l'ancienne usine avait fabriqué des boutons pour les uniformes nazis, puis elle s'était transformée en dépotoir de produits chimiques à l'abandon. Les animateurs de la Comète 347 avaient eux-mêmes décontaminé les lieux il y a quatre ans. Frank Vigroux m'y avait invité pour des soirées D'autres Cordes, j'y avais joué plus tard les Somnambules avec Nicolas Clauss. La fosse escarpée avec la scène en contrebas était un point de vue original. En haut, le mobilier dépareillé au milieu de sculptures éphémères donnait une tonalité chaude au capharnaüm. L'ambiance de l'atelier devait beaucoup à ses animateurs, des Robinson Crusoé du XXIe siècle qui avaient choisi de faire se rencontrer tous les arts sur leur île. Pendant que j'écris, Scotch regarde le feu dans l'âtre. Il y a toutes sortes de flammes. Aujourd'hui les chats sont en deuil.

Photo : Marie P., juillet 2009

mercredi 11 août 2010

Bagnolet, dernière station avant l'autoroute


Commandé lundi midi chez Etal'Pro, le tuyau lumineux est arrivé hier matin, juste à temps pour que je puisse l'essayer avant mon départ pour le sud. Passé l'effet diurne aux couleurs années 60, les douze mètres de trous de l'Isorel ont multiplié les leds jusqu'au fond du jardin comme l'avait imaginé Annie. Il a suffi d'ajouter la guirlande rouge qui longe le mur du fond et un puissant halogène de chantier sur le palmier et les bambous géants pour donner son air exotique à mon neuf cube.
À gauche, un clavier de pots de fleurs surplombe le bureau des invités où est installé mon vieux G5. J'ignore si Sonia et Elisabeth, qui tiendront compagnie à Scotch en notre absence, l'occuperont ou si elles préfèreront investir le studio dont on aperçoit à droite le fauteuil de massage. Nous y avons effectué quelques essais de volume sonore avec tambour et voix la semaine dernière ; en effet, rien ne passe. La lumière de la nuit n'est pas suffisante pour distinguer la porte et la table en marquèterie de ma tante Arlette, ni les centaines d'heures d'archives réfléchies par le grand miroir.
Dans l'après-midi j'ai croisé Anaïs à qui j'ai demandé si elle partait en vacances. Comme elle me répond qu'elle est revenue depuis un moment, je comprends soudain que nous sommes déjà presque à la mi-août. Je ne me suis aperçu de rien. Mais mon titre est trompeur. "C'est bien plus romantique !" Je rejoins Françoise à La Ciotat en TGV. Trois heures jusqu'à Marseille ne justifient pas que je prenne la route. En me mettant au vert, j'espère bien changer de sujet.

lundi 9 août 2010

Le soleil invariable


Annie n'a probablement pas l'habitude d'avoir des clients avec des goûts si colorés. Elle a repeint le mur du studio, toujours à l'ombre, comme si un rayon de soleil l'éclairait toute la journée. J'avais d'abord écrit que le mur était à l'est, mais c'était le contraire, il était comme moi depuis quelque temps, à l'ouest. La nuit, une guirlande lumineuse cachée sous le bandeau traverse les trous de l'Isorel orange posé par Caroline. Les petits miroirs réfléchissent et les baguettes en bambou rappellent ceux du jardin. Ce n'est pas du luxe, le mur était dépouillé par les intempéries, le toit de goudron noir protègera le auvent. Peindre le bac en orange ainsi que la tranche de la terrasse constituera un rappel agréable. Le plus surprenant est la continuité de couleurs avec le reste du rez-de-chaussée. Si l'on se place dos à la bibliothèque et que l'on effectue un panoramique depuis la cuisine jaune et orange en passant par les toilettes vert pomme jusqu'au fond du jardin, l'effet est saisissant. Il n'y a aucune rupture entre l'intérieur et l'extérieur, si ce n'est la porte vitrée et la chatière qui sert encore à Scotch malgré ses huit kilos et demi !

jeudi 20 mai 2010

Lapins aux si rodés rables


Avec les éclairages concoctés par nos amis québecois, l'opéra Nabaz'mob a des allures wagnériennes. N'y reconnaissez-vous pas Siegfied dans les Nibelungen de Fritz Lang ? Si le premier mouvement jouit de plus de lumière ("Mehr Licht !", souffle Goethe sur son lit de mort) et ressemble à une féérie de Noël, le second prend une coloration inquiétante et dramatique avec les leds rouges des cent lapins sur fond de bois de bouleaux. Le troisième est carrément kitsch, mix au matos d'un nouveau baroque où les faisceaux éclairent la meute décollant comme dans un film de science-fiction ou, pour rester chez Lang, clin d'œil à Metropolis. Du sage club du troisième âge il ne partit au début qu'un seul flash photo de désobéissance, tandis que les 360 gamins de la représentation scolaire d'hier après-midi rivalisèrent de questions drôles et pertinentes à l'issue du spectacle. Leurs accompagnateurs ne savaient plus comment les arrêter pour qu'ils remontent dans leurs autocars.


À l'extérieur du théâtre les lapins sont partout. Dans la vitrine de chaque magasin est scotchée l'affiche de la 26ème édition du FIMAV. Dans les rues flottent des banderoles et des oriflammes tandis que des pancartes invitent à la fête sur tous les grands axes de Victoriaville. Michel Levasseur nous offre à chacun un beau T-shirt, devinez avec quoi dessus ? Pas d'erreur, nos bestioles se reproduisent comme des folles.
Après avoir installé Mascarade qui ce soir tiendra lieu de première partie à Nabaz'mob, nous dînons de viande fumée de bison et wapiti accompagnée de chips maison croquantes et de frites en spirale saupoudrées de sel et vinaigre. Cet intéressant condiment est, paraît-il, uniquement achetable à la boutique vidéo Super Choix ! Pour le dessert je commande une glace au yoghourt frite, nappée de confiture de bleuets appelés chez nous myrtilles. En rentrant à l'hôtel, nous croisons un nombre hallucinant de voitures de sport décapotables et autres bolides de luxe qui contrastent avec l'odeur de purin que le vent porte de temps en temps. Certaines automobiles sont équipées d'un déflecteur à mouches, bande de plastique noire se fixant sur le capot avant. Notre clapier complète ce sacré bestiaire !

mardi 27 avril 2010

Clichés de Bucarest


Quatrième et dernier billet sur Bucarest. Rentré tard à la maison, je commence par nourrir Scotch qui a les crocs. Je lui montre le buste d'un cousin aux canines cachées sous ses bacchantes, Vlad Ţepeş, qui inspira Bram Stocker pour son Dracula. La statue trône dans une fouille près du quartier de Lipscani. Nous tentons désespérément de faire des courses pour rapporter un truc sympa de Roumanie. En nous baladant, nous nous interrogeons sur l'utilité des colonnades couronnant les immeubles néo-classiques le long des grands boulevards.


Finalement, Bucarest est un peu triste. Les quelques souvenirs sont calibrés pour les touristes et les magasins authentiques ont fait place aux grandes chaînes de distribution et aux marques internationales. Prêt-à-porter, alimentation, électro-ménager, jouets, joaillerie, etc., sont formatés comme presque partout sur la planète. Les rares machins typiques sont plus que ringards. Le nombre d'échoppes de mariage est stupéfiant. J'aurais bien aimé rapporter quelques disques de musique tzigane à Elsa, mais nous avons l'impression qu'ils sont parqués dans quelque quartier où nous n'aurons pas le temps d'aller. Serait-ce un monde parallèle ?


Antoine n'aime pas beaucoup les photos. Il ne les garde ni ne les regarde. Solidaire de mes lubies, il m'épinglera tout de même devant le palais du Parlement sous le soleil de printemps. On reconnaîtra mes no-shoes qui laissent penser que je suis à bascule, mais les MBT me donnent seulement l'allure de Jacques Tati lorsque j'avance. À l'arrière-plan l'édifice est trop démesuré pour figurer entièrement sur le cliché. Voilà, nous avons atterri. Les lapins sont en route pour Paris d'où ils s'envoleront pour le Québec. Je suis à peine arrivé que le travail se presse au portillon...

samedi 20 mars 2010

Scotch 1 - JJB 0


Mes lecteurs connaissent mes points faibles. À part le dos, mon petit orteil gauche est mon talon d'Achille. Un coup de vent rasant, et paf, cela suffirait à le froisser. Je lisais tranquillement dans mon lit allongé sur le dos lorsque le chat a sauté comme une puce mais de ton son poids sur mes pieds tournés vers le plafond. Huit kilos et demi se sont abattus sur mes arpions fragiles. J'ai senti le craquement. Arrêt de jeu. Massage à l'arnica, granules et Di-Antalvic tant qu'il en reste. J'ai aussitôt pensé à l'EMDR, technique intéressante de désensibilisation et retraitement de l'information par mouvement des yeux ! Comme je suis embarrassé de demander à Françoise de jouer les hypnotiseuses en faisant osciller un stylo devant mes yeux, je me suis fait offrir un métronome. Pour un musicien, quoi de plus naturel ? Sauf que celui-ci est mécanique, on n'en fait plus beaucoup, et que je ne m'en sers que pour m'autohypnotiser. Ainsi personne n'attrape de crampe. Et mes yeux de suivre l'oscillation du balancier en me concentrant sur la douleur et le choc initial. Auto-suggestion ? Effet placebo ? Technique de libération émotionnelle (EFT) ? La douleur s'estompe miraculeusement et je peux m'endormir. Le lendemain matin, je réitère l'opération métronome, et mes yeux d'aller de droite à gauche et de gauche à droite. J'arrive à poser le pied par terre ! J'ai cru comprendre qu'il s'agit de reprogrammer des réflexes anciens générés par la douleur. Ainsi lorsque je me coince le dos, il se met en position de baïonnette à tel point que les jambes ne sont plus en face du tronc. Impressionnant ! Or il s'agit d'une position antalgique, mon corps se souvenant qu'ainsi je compense la coincette. Hélas cette position génère toute une suite de rééquilibrages catastrophiques, comme une colonne de cubes empilés sur une base tordue. La reprogrammation est censée effacer cette mémoire du corps, me permettant de réagir plus efficacement sur le traumatisme. Vous me suivez ? Après des années de pratique (le choc, suivi de sa prise en main !) j'ai réduit la convalescence de trois semaines à quelques jours, essentiellement en me relaxant au lieu de m'énerver contre la douleur. L'expérimentation de l'EMDR est donc une nouvelle plongée passionnante dans les possibilités du cerveau à la contrôler, qu'elle soit physique ou psychique. Miracle ! Je réussis à enfiler chaussette et chaussure, à pédaler, et en fin de journée je gambade comme si de rien n'était. Cela ne m'est jamais arrivé en 37 ans de casse-pied. Je n'ai même plus d'inquiétude pour le concert de demain où je dois jouer debout et déambulant. Je n'aurai pas vécu de bouts et d'ambulances.

jeudi 4 mars 2010

Les comédies de la liste Rosenbaum


En suivant scrupuleusement la liste des comédies transgressives américaines indiquée par Jonathan Rosenbaum dans The Unquiet American, nous découvrons évidemment des joyaux que nous ignorions. Le dernier en date fut The Three Caballeros, un dessin animé de long métrage, réalisé par Norman Ferguson en 1944, un des meilleurs de chez Walt Disney, qui mélange prises de vue réelles, avec chanteurs et danseurs sud-américains, et les personnages de Donald Duck, Joe Carioca et Panchito Pistoles. Ce film expérimental est un cocktail explosif de kitsch et de psychédélisme débridé. On frise Tex Avery pour les gags absurdes et la scène éthylique imaginée par Salvador Dali dans Dumbo pour les traitements graphiques.
Les films de Lubitsch ne sont pas tous aussi drôles ou pétillants d'intelligence les uns que les autres : nous avons été emballés par Angel, un petit bijou avec Marlene Dietrich et Melvyn Douglas, et par La huitième femme de Barbe-Bleue avec Gary Cooper et Claudette Colbert. Les dialogues y sont étincelants, les situations jubilatoires, c'est du grand art. Trouble in Paradise (Haute pègre) et Cluny Brown (La folle ingénue) ne sont pas du même niveau, mais sont très plaisants ; par contre, nous avons été déçus par Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre). Ce sont toutes des comédies de mœurs où les femmes s'affranchissent de la condescendance masculine, où les allusions sexuelles sont légion et où les conventions bourgeoises volent en éclats. Je n'évoque ici que les films projetés ces dernières semaines, il nous reste quantité de Lubitsch muets à découvrir, périodes allemande et américaine, et je ne parle pas des merveilles que nous connaissons par cœur comme The Shop Around the Corner, Ninotschka, To be or not to be, voire Design For Living (Sérénade à trois) et That Uncertain Feeling (Illusions perdues)...
Nous ne connaissions Preston Sturges que de nom, mais The Palm Beach Story (Madame et ses flirts) est un chef d'œuvre lubitschien avec Claudette Colbert et Joel McCrea et Christmas in July (Le gros lot) une jolie fable sociale. Tous ces films sont des screwball comedies mettant la plupart du temps en scène des couples qui s'aiment et se cherchent des noises. Dans le genre, Adam's Rib (Madame porte la culotte) de George Cukor est probablement le meilleur de tous ceux interprétés par le tandem Katherine Hepburn - Spencer Tracy. Parmi les descendants du maître Lubisch dont il a été l'élève, Billy Wilder est un des plus représentatifs. Si mon préféré reste One Two Three, nous passons un agréable moment devant Avanti! et, plus encore, The Fortune Cookie (La grande combine) avec Jack Lemon et un Walter Matthau au meilleur de sa forme.
Will Success Spoil Rock Hunter? (La blonde explosive) de Frank Tashlin, avec Jayne Mansfield, Tony Randall et Groucho Marx, ne vaut pas certains de ses films avec Jerry Lewis, mais il annonce l'univers de la pub de Mad Men et écorne avec humour l'univers de la communication comme le fait dramatiquement Wilder dans le remarquable Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères), démonstration implacable de la manipulation de l'opinion à des fins mercantiles, cinquante ans avant notre ère.
The Fountain of Youth est une curiosité télévisuelle où Orson Welles mélange prises de vue fixes et mobiles en mettant à profit ses talents de conteur. Il nous reste à voir pas mal de films de la liste ou ceux cités dans les articles publiés par Rosenbaum dans son livre-catalogue et dont j'ai scrupuleusement noté les titres. Mon billet ne fait que les survoler, livrant des pistes aux amateurs de comédies, genre que les filles réclament souvent en projection et que j'ai eu longtemps du mal à fournir ! J'ai gardé celles d'Albert Brooks et d'Elaine May pour la fin. Rosenbaum prétend que Brooks est dix fois plus drôle que Woody Allen, mais trop original pour avoir du succès. Real Life est un pastiche de télé-réalité de 1971 tordant et prémonitoire, intelligent et corrosif, tandis que, moins réussi, Lost in America attaque le mythe américain de la liberté en un double petit bourgeois d'Easy Rider ! De même, Elaine May réalise un pendant au Lauréat de Mike Nichols avec The Heartbreak Kid, une comédie noire avec le génial Charles Grodin, et Ishtar, une comédie ratée avec Warren Beatty Dustin Hoffman, Isabelle Adjani et Grodin, qui a le mérite d'aborder l'ingérence de la CIA à l'étranger au travers d'une loufoquerie où les deux principaux protagonistes incarnent un couple de chanteurs ringards envoyés à Marrakech pour un contrat miteux.
Entendre Françoise pliée de rire deux soirs de suite mérite d'être souligné ! La comédie de science-fiction Innerspace (L'aventure intérieure) de Joe Dante nous a donné envie de voir ses autres films dont le succès n'a jamais égalé celui des Gremlins. Comme pour nombre de films choisis par Rosenbaum, cela s'explique par leur côté politiquement incorrect et leur originalité. Nous sommes montés d'un cran dans le délire avec la politique-fiction The Second Civil War où l'État d'Idaho, fermant ses frontières à des enfants réfugiés pakistanais après un conflit nucléaire avec l'Inde, déclenche une Seconde guerre de sécession, attisée par les médias télévisuels. Si cette satire hilarante et incisive renvoie furieusement aux présidents des États-Unis passés et à venir, ainsi qu'aux différentes guerres qu'ils n'ont cessé de mener, elle met en scène avec un humour dévastateur le spectacle qu'organise quotidiennement les médias qui nous gouvernent.
Pour ne pas rester scotchés uniquement sur les films américains, fussent-ils critiques, et désertant la liste Rosenbaum, nous avons regardé Le temps qu'il reste (DVD France Télévisions Distribution) du Palestinien Elia Suleiman, nettement moins drôle que les précédents ''Chronique d'une disparition'' et surtout ''Intervention divine''. Le film a beau être juste et personnel, il reste un gout de déjà vu qui sied peut-être aux gags répétitifs de Suleiman, mais déçoit au regard des inventions auxquelles il nous avait habitué. Évidemment satirique avec l'occupation israélienne, il a le mérite de savoir se moquer aussi bien de son peuple...
Sur les écrans, le blockbuster Precious est un film sympa et moins consensuel que les clichés dramatiques d'un Ken Loach. Lee Daniels sait filmer avec légèreté une situation tragique, même si les séquences glamour sont un peu lourdes. Il y a tout de même de jolies trouvailles comme lorsque Precious se voit en blonde dans le miroir ou qu'elle s'identifie physiquement avec les héros du petit écran. Arriver à réaliser une comédie dramatique sur le viol, l'inceste, l'obésité n'est pas une mince affaire. Dans ce pamphlet social, le casting essentiellement féminin et noir ainsi que les rebondissements du scénario donnent une bouffée d'air frais au cinéma américain contemporain.

mercredi 6 janvier 2010

Ronronnement


Passons du bourdonnement au ronronnement. Suite à mon billet de lundi, j'ai reçu plusieurs témoignages d'amis des chats, surtout lorsque "leurs" félins ont des comportements proches de ceux de Scotch. Pourtant, aucun minet n'est pareil, même s'ils ont de nombreux points communs. D'ailleurs, pourquoi serait-ce différent pour toutes les espèces qui peuplent la planète ? Abeilles, moutons, perroquets ou poissons rouges, il suffit de s'en approcher, de les fréquenter suffisamment longtemps pour commencer à entrevoir leurs différences et leurs similitudes. Les questions affluent alors et les énigmes s'accumulent, souvent moins banales que celles de leurs lointains cousins dont nous faisons partie. Chez les chats, le ronronnement n'a rien à voir avec leur caractère et Daniel Bricard me signale un passionnant article d'Effervesciences sur le sujet, surtout, précise-t-il, si l'on est musicien ! À l'issue de l'édifiante lecture, j'ai trouvé croquignolet la mise en vente d'un CD de "Rouky musicien" par l'auteur-vétérinaire, censé vous permettre de vous relaxer et de vous aider à vous endormir. Il est recommandé de le diffuser doucement, plutôt avec des écouteurs ! Je me vois mal passer ma nuit avec un casque sur la tête, mais les fils qui pendent amuseront peut-être le chat qui se chargera de m'en débarrasser...
En reproduisant la carte postale offerte récemment à l'une de mes nièces pour une invitation chez Koba, le restaurant de sushis le plus généreux de Paris, à s'en faire claquer la sous-ventrière, je dois résister à l'envie de vous lire les quatre pages D'une histoire féline que Jean Cocteau relate dans son Journal d'un inconnu. Le mystère des chats n'a jamais été aussi bien exprimé que par le poète. J'ai souvent cité son exergue qui donna le titre à une œuvre pour grand orchestre du Drame de 1982, Ne pas être admiré. Être cru. Les premières lignes, très orsonwellesiennes, expliquent pourquoi ici je ne puis : " L'histoire féline racontée par Keats n'a jamais été transcrite que je sache. Elle voyage de bouche en bouche, et se déforme en route. Il en existe plusieurs versions, mais son atmosphère reste une. Atmosphère si subtile que je me demande si ce n'est pas la raison pour laquelle cette histoire s'accommode mieux de la parole et de ses pauses, que de la plume qui se hâte. "

lundi 4 janvier 2010

Boum au matin


Ce matin nous avons été réveillés par une explosion, courte, sèche. Le front polaire qui nous fait greloter interdisant les orages, j'ai pensé au gaz. C'est déjà moins brutal que le jour où une bombe m'a fait sauter en l'air à cinq heures du matin. J'avais pensé que ça y était : à force de jouer avec le feu, ils avaient réussi ! C'était il y a trente ans, j'habitais rue de l'Espérance à côté d'un café dont la vitrine venait d'être pulvérisée par quelque règlement de comptes, mais nos parents nous ayant élevés en nous répétant qu'ils n'auraient peut-être pas dû faire d'enfants à l'ère de la bombe atomique, j'ai attendu un instant la lumière blanche et la brûlure de la fatalité. Le nucléaire ne provoque plus les mêmes peurs. Nous avons jusqu'ici survécu. Les explosions sont devenues banales. On ne lira probablement rien dans la presse et le chat continuera à dormir à mes pieds sur la couette.
Je me demande pourquoi il choisit cette place, réduisant mon espace de sommeil en m'obligeant à des positions obliques ou en chien de fusil. Le coin du lit est le plus proche du radiateur, mais nous l'éteignons la nuit et entrouvrons la fenêtre, ce qui explique pourquoi nous avons entendu clairement la déflagration. Ayant laborieusement œuvré avant la naissance de l'aube - l'aube précède l'aurore - je retrouve systématiquement Scotch allongé de tout son long sur le ventre de Françoise. Il ne vient jamais sur le mien qui a pourtant perdu son bombement excessif pas plus qu'il ne se couche aux pieds de ma compagne dont la taille moindre offre un espace libre plus propice à l'extension du matou géant. Les croquettes diététiques semblent moins probantes que mon chrono-régime. J'ai perdu quatre kilos en deux mois, mais la panthère des neiges fait toujours ses huit et demi. Entre ses deux positions, il m'accompagne sagement pendant la rédaction de mon Blog, mais dès la dernière bouchée avalée, il remontera rejoindre Françoise, me laissant seul choisir le cliché qui illustrera ce billet. Passé sa mise en ligne, je me console en enfourchant mon vélo jusqu'à la boulangerie où m'attend un moelleux palmier qui me fait saliver tout le long du chemin...

mardi 29 décembre 2009

Le marathon continue


Pas croyable ! Je ne pensais pas reproduire les ennuis que nous avions eus la semaine dernière pour rejoindre Londres et en revenir. Cette fois, il s'agissait de rentrer à Paris pour installer Nabaz'mob dans un autre Cube Store pour les représentations de mercredi soir. Rosette, experte du site Gare en mouvement, avait beau insister qu'il n'y avait pas de train à l'horaire de nos billets, nous n'y croyions pas. Arrivés à la gare de La Ciotat, nous apprenons que notre TER est en grève et que le suivant ne pourra arriver à temps pour que nous puissions attraper le dernier TGV à Marseille. La SNCF évite soigneusement d'informer les voyageurs sur cette grève perlée. C'est le meilleur moyen pour la minimiser. Comme mardi dernier, nous retournons à la case départ, troquant l'entrée du train en gare de La Ciotat pour le jardin du Palais Lumière où une naïade surplombe cactus et palmiers. Nous espérons que notre tentative matinale aura plus de succès et que nous pourrons regagner nos pénates pour que je sois à même d'e prêter main forte à Antoine, heureusement dèjà sur place ! Si Marie-Laure ne tenait pas compagnie à Scotch, je m'inquièterais pour le gros chat, lâchement abandonné depuis vendredi...

vendredi 18 décembre 2009

Aglagla


Au travers des feuilles du yucca, je surprends le merle venu picorer les fruits d'églantier glacés par la neige. Manger des mets réfrigérés même en hiver est un plaisir sans mélange. Rien de plus délicieux que la tire d'érable ou les glaces de chez Berthillon ! Calfeutré à la maison, je manque de l'un et l'autre. Mon chrono-régime m'interdisant les desserts, je ne mange de sucre qu'au goûter et j'en oublie glaces et sorbets qui ont déserté le congélateur. Nous ferons un saut à l'Île-Saint-Louis l'année prochaine. C'est bientôt. Plus tôt que l'escapade québequoise où je pourrai faire provision de véritable sirop d'érable. Antoine et moi ouvrirons le 26ème Festival de Victoriaville, le FIMAV, avec notre opéra Nabaz'mob le 20 mai 2010. Les lapins vont se retrouver dans tous les magazines musicaux internationaux et, sur l'affiche officielle, ils envahissent Victo, la classe ! N'empêche qu'il faudrait aller acheter des boules de graisse avec des graines pour les oiseaux avant mon départ pour Londres. Tout pour les lapins, rien pour les zoziaux, ce n'est pas juste ! Même Scotch s'est mis au régime croquettes diététiques en prévision des fêtes... Il ne se doute pas que la fête va durer toute la vie !
À l'instant où je termine mon billet, Sacha m'appelle au téléphone, préférant se calfeutrer chez lui plutôt que de braver le froid. Il est justement en train d'écouter un disque de Terje Isungset, un musicien qui joue sur des instruments de glace, percussions, mais aussi harpes et trompes !

mercredi 2 décembre 2009

Yucca y a plus qu'à


Il est encore temps de tailler les arbres, mais la grisaille ne m'incite pas à opérer sous la pluie. Je dois carrément couper les deux derniers conifères au fond du jardin qui sont devenus tout jaunes, comme brûlés. Depuis que je les ai plantés la nature de cette terre ne leur a jamais réussi. Il faudrait que je les remplace par quelque chose de touffu qui accepte de pousser à l'ombre des bambous. Eux se portent à merveille. Comme les yuccas qui prolifèrent côté rue, exposés au sud devant la fenêtre de la cuisine. Trois immenses grappes de fleurs blanches ont fini par éclore. Il arrive maintenant qu'il y ait plusieurs floraisons par an. Même la glycine en est aussi à sa troisième, une hallucination ! Il y a quelques jours les merles sont revenus. Je craignais que le cèdre saccagé par mon voisin les ait fait fuir. Resteront-ils ? Au même moment ceux de Bernard ont réapparu chez lui aussi. À cette saison Scotch hiberne. Il fait la moue depuis que je l'ai mis au régime croquettes diététiques. Lorsque nous nous pesons ensemble, on dirait qu'il faut changer les piles de la balance, mais pas du tout, nous avons réellement maigri. Je retourne au studio pour composer la musique de la spirale du temps qui file, charge à Nicolas de la "pitcher" ou d'empiler les strates en programmant les mouvements interactifs de 2025. Je lui livre une sorte de Lego pour qu'il puisse faire son choix en fonction de l'évolution du module puisque je tire le premier. De plus il va falloir nous attaquer au clip de la CNIL. Il était temps que je rentre, il commence à faire frisquet. Quand je pense que je n'ai toujours pas remplacé le chauffage de la voiture depuis quatre ans, j'en ai des frissons...

lundi 16 novembre 2009

Suspension d'émission ?


Scotch reste à la maison en bonne compagnie tandis que nous partons prendre l'air. J'ignore encore si je pourrai continuer à émettre depuis la montagne. Dans le passé, je n'avais pas réussi à me connecter, mais je vais tenter un nouvel essai avec ma clé USB 3G+ et la puce de mon iPhone. Lesponne est à 1500 mètres d'altitude devant un panorama à 270° sans aucune présence humaine visible. Située sur le flanc sud, la grange où nous rejoignons Jean-Claude et Maurice a l'avantage d'être au soleil, sans aucune infrastructure touristique contrairement à l'autre versant où est situé Superbagnères. Le téléphone fixe est hertzien et les cellulaires passent difficilement. Il faut se pencher à la terrasse le bras en l'air pour parler ! Si je ne réussis pas la connexion je reprendrai ce blog lundi prochain 23 novembre.

lundi 20 juillet 2009

Objectif dunes


Départ matinal. Scotch et Jonathan agitent leur mouchoir. Ce n'est pas l'embarcation que nous emprunterons pour rejoindre le Cap Ferret depuis Arcachon, mais tout cela a un parfum de vacances dont nous avons bien besoin. D'habitude je pose mes clefs, mes lunettes ou n'importe quoi en des endroits très intelligents dont j'ai évidemment du mal à me souvenir ensuite. Ces derniers temps, les cachettes se sont avérées absurdes, symptômes de ma fatigue, plus intellectuelle que physique. Nous partons une semaine sans savoir si je pourrai continuer à poster mes billets depuis l'océan. Serge dit qu'il doit y avoir un troquet avec du wi-fi à un kilomètre. On verra bien.

dimanche 15 mars 2009

L'axe z


Les abscisses et les ordonnées m'ont longtemps fait rêver, avant que je ne connaisse l'axe z de la 3D. Zoom ou travelling, c'est la distance du photographe à son modèle. Ne me cantonnant pas aux claviers, j'apprécie les instruments de musique qui me font faire des gestes amples dans l'espace, Theremin, AirFX, Beam, KaosPad, percussions, rhombes... Mais c'est l'angle et la distance au centre qui m'intéressent.
Ici l'à-plat d'Aperture a transformé Scotch en culbuto. Cela m'étonnerait qu'il accepte ce rôle très longtemps. Je l'épingle illico pour ne pas le perdre. Je fais une petite boule avec le papier du chocolat en aluminium. Ensuite il se débrouille tout seul pendant que je suis occupé à jouer avec des lettres.
Je ne classe aucune de mes photos, espérant que la chronologie suffira à me faire retrouver ce dont j'aurai besoin. Mes tirages papier sont dans un fouillis inextricable. La plupart des négatifs ont été séparés des tirages. Plus moyen de s'y retrouver. Ce sont les seuls séquelles absurdes d'une séparation douloureuse. Lorsque je veux illustrer un billet, je compte sur le hasard. Revoici le troisième axe ! Mais encore faut-il savoir l'orienter. Je courbe les abscisses, fléchis les ordonnées. Rien n'est droit. Tous les chemins serpentent. J'entends des oreilles siffler autour de moi. À quatre pattes je m'arrête pour trier quelques vieux papiers. Certains sont jaunis, effacés par le temps, d'autres brillent un peu trop, ils me font honte. On reconnaît encore bien les jeunes gens et les jeunes filles qui sortent du carton. Mais le temps, porté par une sorte de quatrième axe, réorganise les photons, tantôt avec tact, tantôt avec la plus grande brutalité. Je réfléchis à l'avenir de ces traces. Dois-je les disperser, les léguer, les figer dans leur légende ? L'accumulation révèle la distance parcourue. Les conditions atmosphériques ne peuvent fixer aucun instant privilégié. Raviver les souvenirs ? À la vue de certains, mon esprit s'embue.
Aujourd'hui, Scotch fera comme tout le monde. Il réécoutera Bashung et encore Bashung. Tout s'explique.

vendredi 23 janvier 2009

Du poil de la bête


Imaginez comme il peut être pénible d'être réveillé par les régurgitations du chat vomissant sur la moquette. J'avais vraiment la tête dans le pâté. D'habitude Scotch a la délicatesse de s'exécuter en choisissant une surface lavable. Comme je lui courrais après pour le mettre dehors, il a terminé dans l'escalier. Une manière de se purger ? À peine ai-je rangé l'eau chaude et le Sopalin, c'est sympa comme billet pour le petit-déjeuner ! La bêêête avait arrêté ce genre de sport depuis que nous la brossions avec une brosse magique, complément indispensable de la brosse électrostatique pour les coussins où elle se vautre. Ses longues et fines dents en métal ressemblent à des griffes rétractables. Scotch adore ça. Il tend le cou en avant comme si c'était pour lui caresser le menton, mais pas du tout ! Enfin, cela se négocie. Quand les poils sont pris dans la brosse, comme arrachés à la fourrure féline, il suffit d'appuyer sur le bouton rouge pour que les dents de la brosse s'escamotent. Attrapons alors délicatement la touffe tressée. On pourrait la garder pour s'en faire des moufles comme les Russes avec ceux de leur chien. À Moscou, on vend même des pull-overs tricotés ainsi, mais il faut du temps ou un animal énorme. Les Moscovites peuvent alors garder sur le dos un souvenir chaud et chaleureux de leur animal après qu'il soit passé à trépas. Comme cela pousse vite, ils ne sont pas non plus obligés d'attendre quinze ans. La touffe grise que je jette à la poubelle ressemble plutôt à petit mouchoir carré en fourrure tissée, quel métier !

lundi 10 novembre 2008

À cloche-pied façon bonzaï


Non mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? J'étais déjà complètement tordu avec une contraction musculaire qui ne cède pas malgré l'ostéo et la pharmacopée grand style, il a fallu que je me recogne le petit orteil en jouant avec Scotch autour du lit. Ça brûle dans le bas, ça presse dans le dos, j'ai le cerveau qui commence à fumer, et pas n'importe quoi, vraiment il ne manquait plus que ça ! Comme je suis raide comme un passe-lacet, j'ai du mal à voir mes orteils, d'où l'accident fatal ! Cet enchaînement d'inculture physique explique ce billet creux qui me renvoie à ma plus simple expression, la cellule, cellule de décompression, et minimalisme du aïe.

Illustration (celluloïd, laque et allumette) réalisée en 1969 pour H Lights.

mardi 23 septembre 2008

Les lys tâchent


En quittant sa villégiature parisienne, Pascale nous a offert un magnifique bouquet de lys qui a éclos après son départ. Les liliums donnent au salon des allures printanières qui tranchent avec l'automne frisquet qui nous fait allumer le feu dans l'âtre dès le matin. Revers de la médaille, le parfum exhalé est d'une telle puissance que je dois les écarter pour arriver à consommer le moindre aliment. Travailler à proximité m'est impossible sans suffoquer. Pire, en les déplaçant j'ai frotté les pistils sur ma chemise vert pomme, laissant une trace de poudre rouge sang sur mon épaule. Françoise, qui crut d'abord que je saignais du nez, a arrêté brusquement mon geste tandis que j'allais rincer les traces de pollen sous le robinet. Le lys est indélébile. C'est le bouquet ! La tristesse me guette de perdre la chemise très Sergent Pepper's trouvée à New York dans la même boutique SM que mon kilt, mais ma compagne me conseille de chercher sur le champ le remède sur Internet en googlisant "lys tâche". La recette était simple, il suffisait de coller délicatement un morceau de ruban adhésif sur le tissu et le pollen se détache comme par miracle. Scotch et scotch et scotch et rescotch... Eurêka ! Cette chemise portée au concert de samedi est sauvée. À ce propos, ce n'est pas pour nous jeter des fleurs, mais la soirée D'autres Cordes fut très réussie. Le spectacle a confirmé à Nicolas et moi-même le choix du duo...

P.S. : de plus, j'apprends que flyingpuppet.com, où Nicolas expose ses tableaux interactifs, souvent en collaboration avec ma pomme, est nommé aujourd'hui "site du jour" par Libération - Ecrans.fr...

P.P.S. : deux jours après Nicolas, c'est au tour d'Antoine de se retrouver site du jour sur Ecrans.fr avec TimeSlip... Bravo les gars !

jeudi 28 août 2008

La mort sur le bitume


Il est une heure du matin. Nous dormons d'un profond sommeil lorsque le téléphone sonne. À cette heure de la nuit, ce ne peut être qu'une erreur ou une mauvaise nouvelle. Caro m'annonce : "je suis désolée, mais je crois que ton chat s'est fait écraser". Je saute dans mon pantalon, mais, croisant Scotch sur le pas de la porte, je crie à Françoise que notre chat est sain et sauf. Louise est en larmes au milieu de la rue. Elle a vu et entendu le matou se faire écraser et la bagnole assassine griller le stop et foncer sans s'arrêter. Presqu'aussitôt, une voiture de police déboule et s'arrête net devant la poubelle que Louise a placé sur la chaussée pour que personne ne continue le massacre. Les quatre cow-boys voient seulement un type hagard et une jeune fille en pleurs au milieu de la rue. Je m'approche illico pour leur expliquer que la voisine a cru que notre chat s'était fait renverser, que le nôtre est entier, mais qu'il y a bien un cadavre devant eux. Ni une ni deux, la brigade rembarque et file sans demander son reste. C'est tout juste si la voiture pie ne passe pas sur le corps étendu. Les chats du quartier sortent soudain de l'ombre comme s'il fallait qu'on en parle. Je suis obligé d'aller ramasser la pauvre bête avec un grand sac en plastique. C'est la petite chatte grise des voisins de la maison jaune. Il va falloir que je leur annonce demain matin. La nuit recouvre les traces de sang sur le goudron. Pas moyen de dormir. Je mâche les mots que je devrai prononcer. La figure de la copine de Scotch me hante. Ils jouaient certainement ensemble à l'instant de l'accident. Je me souviens de la mort de Lupin et de Scat. Je pense à celle de ceux qui nous ont quittés. Je suis triste.

dimanche 3 août 2008

Régime vacances


Depuis quelques jours, Scotch était tout penaud. Il ne sortait presque plus, restait allongé sur le lit ou le carrelage du matin au soir et du soir au matin. La vétérinaire avait dû lui enfiler une colerette pour lui éviter de se lécher l'arrière-train. Notre chat s'est fait piquer par un insecte, abeille, guêpe ou puce, à un endroit très délicat. Cortisone, antibiotique, puis nettoyage à l'alcool à 70°, bétadine iodée et pommade, deux ou trois fois par jour. Il miaule doucement, mais se laisse faire. C'est pathétique. Il marche la tête basse, raclant le sol avec son costume en plastique, rasant les murs. Son accoutrement lui permet-il d'écouter les sons du monde avec plus d'acuité ? Il entend le moindre lézard, les ailes du papillon, une feuille qui tombe du platane, mais il reste plaqué au sol, engoncé dans son carcan. Quelle ne fut pas sa joie lorsque nous lui avons enfin ôtée !
Contrairement aux idées reçues, nous apprenons que l'on appelle puces du chat les puces des hommes et qu'elles peuvent se passer à tout le monde contrairement à celles du chien. Heureusement Scotch n'en a pas. Il ne manquerait plus que ça. Nous espérons lui enlever sa fraise Henri III avant le voyage en train pour lequel Rose nous a donné un panier solide, ses huit kilos ayant eu raison du précédent, pardon, 7kg800, il faut bien que les vacances servent à quelque chose. Par solidarité, j'ai arrêté le fromage, les laitages, les graisses cuites, la charcuterie. J'ai appris que j'avais un peu trop de cholestérol. Voilà ce que c'est d'abuser des bonnes choses ! J'attendais une bonne occasion pour perdre quelques kilos, mais je refuse d'enfiler des moufles pour ne pas me gratter la tête lorsque je réfléchis à mon nouveau régime... Cela ne fait pas rire le chat. Celui-là est gentil, mais il n'a jamais eu aucun humour.

mardi 22 juillet 2008

Animal domestiquant


Le réchauffement climatique, la pollution, la famine, la misère, l'exploitation de l'homme par l'homme, je n'en ai rien à battre. Il m'arrive d'être chagriné par ce qu'un vieil ami des bêtes appelle la mégalanthropie, cette mauvaise manière de penser l'homme en mammifère supérieur. J'ai, quant à moi, réussi à mettre au pas l'espèce humaine : gîte, couvert, massages, quand je veux, comme je veux... Mais chut ! C'est un secret. Je leur fais croire que c'est eux qui gouvernent !

samedi 12 juillet 2008

Plumes


Nous nous sommes endormis sur le qui-vive craignant que le chat ne fasse qu'une bouchée des petits canetons en train de naître sous notre fenêtre. Leur mère n'avait rien trouvé de mieux que de couver dans les buissons juste en dessous du perchoir de Scotch. Elle sort pour se nourrir, mais elle regagne subrepticement son nid après s'être assurée que personne ne la regarde. À minuit, nous entendons les coquilles craquer et les petits piailler.
Vers 4 heures du matin, j'entends de drôles de sifflements, comme des plaintes. Je me redresse brusquement dans le lit pour m'apercevoir que c'est ma compagne qui fait ces bruits de sirène homérique. Les canetons ne mouftent pas. En revenant des toilettes, j'aperçois comme une paire de chaussettes roulée en boule le long du couloir. Je m'approche. C'est une tourterelle, mais comme elle ne bouge pas d'un cil qu'elle n'a pas, je me demande si ce n'est pas un leurre en plastique du père de Françoise. Je retourne dans la chambre chercher une lampe de poche et j'éclaire son petit œil rond et noir. Un trou de sang coagulé marque son dos. L'oiseau reste inerte jusqu'à ce que je le saisisse pour le mettre dehors. Après un tour d'inspection dans la maison, je découvre le carnage dans la cuisine. Le lendemain matin, je peux suivre le trajet du chat aux plumes semées sur son passage, mais plus aucune trace de la tourterelle.
Avec ses copines, elles volent le grain des canards et en consomment 50 kilos chaque mois, un gouffre. Scotch, tapi à l'affût, sait faire la différence entre animaux domestiques et pilleurs célestes. La cane, de son côté, vient le narguer pour fixer les bornes avant qu'il ne se croit tout permis. Nous attendons que tous les petits soient nés. Il faudra en attraper un pour attirer la mère suivie de toute sa smala et les faire entrer dans la nurserie...

vendredi 27 juin 2008

Un pont sur la toile


Comme je viens de l'écrire sur tchatchhh à la fin de mon billet sur Rossini, j'ai réussi à me connecter au Net depuis le TGV qui nous emportait vers Marseille grâce à la clé USB 3G+ dans laquelle j'ai glissé la puce de mon iPhone. Pas besoin de wi-fi ni de quoi que ce soit d'autre. Mon MacBook peut fonctionner sur la Toile même en rase campagne, et pour pas un rond puisque mon abonnement Internet est illimité en ce qui concerne la navigation et les mails. Quand je l'ai achetée, la clé était en promo chez Orange à 30 euros. Un miracle ! Chaque "avancée" technologique m'épate. Nous marinons dans Jules Verne. Mes rêves d'enfant prennent corps. Comment voulez-vous grandir avec ça !
J'ai donc aussi délocalisé mon blog depuis le début de la semaine dernière et ce jusqu'à dimanche pour pouvoir converser avec Karine Lebrun sur le blog à deux dont elle a eu l'initiative. J'y ai parlé du son et de l'image, du voyeurisme, du Drame, du chanteur Franck Royon Le Mée, des droits d'auteur, du sampling, de la création musicale, de la difficulté d'être et du choix, de la Pompafleurs des Ptits Repères et j'ai digressé allègrement comme d'habitude ! Karine a évoqué Marcel Duchamp, Victor Marzouk, Daniel Spoerri, Benoît Le Guein, Joël Hubaut (Put Put à l'écoute), Makigami Koichi (aussi), Christian Marclay, Marcel Broodthaers (entretien radiophonique avec chat )... Et tous les deux d'étranges gastronomies...
De mon côté j'ai donné à entendre Radio Silence (du cd "Carton"), Pas de cadeau (un trio du Drame sur le vinyle "18 surprises pour Noël"), Le poil et la plume (du cd "L'hallali") et surtout le premier mouvement d'une radiophonie inédite de 1976 intitulée Elfes' Symphonie.
Il suffit de cliquer sur Tchatchhh et vous y êtes (si vous lisez ce billet dans quelques temps, il faudra simplement y choisir mon nom parmi les invités ou bien juin 2008). Comme ici, il n'y a plus qu'à remonter le temps. Les blogs se lisent bizarrement par bonds de bas en haut, mais heureusement de haut en bas, et de gauche à droite !
Je ne dors toujours pas. Il fait très chaud. J'ai le vertige et un peu mal au dos. Le chat Scotch m'en a encore fait voir de toutes les couleurs pendant le voyage, façon de parler, il stresse quand on le trimbale dans son panier et s'oublie, c'est comme ça qu'on dit lorsqu'il se rappelle à notre bon souvenir par un parfum qui me fait me précipiter pour ne pas incommoder le wagon. Je m'enferme dans les toilettes de l'IDzen pour tout nettoyer, la caisse et le matou.
Pour celles et ceux qui s'inquiètent de la santé de Françoise, elle doit être prudente, mais, sur la voie de la guérison, elle échappe pour l'instant à l'opération. Tout va bien. Elle revit. Le bougainvillier explose. Les potimarrons pullulent. Les abricots mûrissent. Les poissons se multiplient. Nous marchons sur l'eau.

mercredi 25 juin 2008

Dilatation


Nous quittons Paris demain pour La Ciotat, laissant la garde de la maison à Jonathan et aux amis, malgré les problèmes occulaires de Françoise qui devra peut-être se faire opérer là-bas. J'emporte tout ce qu'il faut pour travailler, même si j'espère me la couler douce. Cette fois, Scotch est du voyage. Je compte me refaire une santé et revenir un homme neuf. Je ne sais pas encore si je serai capable de continuer le blog tous les jours. Peut-être qu'un peu de vacances me feraient du bien de ce côté-là aussi. Voilà bientôt trois ans que je blogue 7 jours sur 7, j'ai donc dépassé les mille articles. Jusqu'à dimanche inclus, je suis aussi toujours sur tchatchhh. Mais je vous retrouve au bord de la mer. Tchao !

vendredi 28 mars 2008

Recompositions d'Aldo Sperber


J'ai d'abord connu Aldo Sperber peintre et sculpteur. Probablement avait-il eu d'autres vies encore avant cela ? J'adorais ses collages qu'il encadrait après leur avoir donné du volume. Dans le salon, Françoise accrocha une valise lumineuse creusée par un petit autel où trône un personnage kitsch en coquillages et posa un vase constitué de deux ampoules électriques évidées, soudées à une forme de poids et mesures et au manche d'une fourchette...
Je n'ai pas été convaincu d'emblée lorsqu'Aldo est passé à la photographie. Lorsque l'on change d'outils et de support, il faut souvent un peu de temps et beaucoup de travail à l'artiste pour retrouver ses billes éparpillées dans cette nouvelle cour de récréation. Et puis voilà, Sperber refonde son site Internet et classe ses œuvres en quatre catégories : extérieurs, intérieurs, monde des jouets, portraits. Toutes forment un ensemble de situations cocasses, d'illusions suggestives, de parties cachées où l'humour se joue souvent sous l'angle des dimensions.
Dans la partie Indoor, on reconnaîtra quatre images du Ciné-Romand et deux où le chat Scotch a prêté sa fourrure. Toy World renvoie les modèles à leur matière plastique, désincarnant les corps pour souligner leur conventionnalisme. Des appendices rhabillent les portraits. Toutes les images, souvent drôles, parfois très inquiétantes, réfléchissent le monde du rêve et de l'inconscient...

dimanche 30 décembre 2007

Gaga des chats (3)


Scotch s'angoisse de notre départ. On n'a pas besoin de lui expliquer, il nous regarde faire les valises et comprend qu'il va lui falloir changer un peu ses habitudes. Scotch a le don d'anticiper le moindre de nos mouvements. Lorsque nous montons au premier ou au second étage, il nous y a déjà précédés ! Cela nous fait dire qu'il a le don d'ubiquité. Où que l'on aille, il est là. Pas cette fois. Nous lui expliquons qu'il sera en de bonnes mains. Caresses et repas sont garantis en notre absence. C'est un chat énorme. Il est grand et pèse huit kilos malgré un régime équilibré et conforme à son poids. Ce n'est pas un sportif, mais il sort la nuit lorsque nous sommes endormis. J'évite de lui donner son petit-déjeuner lorsque je me réveille pour éviter qu'il associe mon lever à son remplissage d'estomac. Il m'attraperait les pieds sous la couette pour me signaler que c'est l'heure. Nous faisons comme si de rien pour ne pas l'inquiéter, mais il sait bien que nous allons commettre une infidélité en allant folâtrer avec des singes, des ours et des éléphants. Il va nous manquer, mais les chats n'aiment pas les voyages. Chacun son trip !

mardi 18 décembre 2007

Profession designer sonore


Après un rendez-vous dans le monde de la publicité avec un directeur artistique (on dit D.A.) astucieux qui m'a fait une démo excitante de "pub virale", j'ai enchaîné avec ma conférence rock 'n roll aux Arts et Métiers pour Paris 8.
Entre temps, j'avais avalé des calamars, des fèves, du riz et un lait de soja chez Shen, 39 rue au Maire, pour 6,80 euros. C'est un petit resto authentique qui ne paie pas de mine, très fréquenté par les Chinois et les étudiants fauchés. J'aime bien leur salade de pattes de poulet crues, leurs raviolis gyoza maison, leur anguille aussi... Dans le quartier, c'est ce que je préfère. Sinon, à l'autre bout de la rue Beaubourg, il y a le petit vietnamien de la rue de la verrerie, mais cela faisait trop loin.
Ghislaine Azémard me présente comme un hyperartiste, comme on dit hypermédia ou hypertexte. Cela sonne bien avec l'arborescence en étoile de mon discours, une façon d'improviser en digressant free style tout en me raccrochant en aller et retour à mon fil directeur. Mon travail est polymorphe. Pour une fois que je suis en chair et en os face aux étudiants, je parle plus que je ne montre. Cela frustre un peu les profs qui disent que je la joue blogueur, mais j'ai toujours agi ainsi. Mes auditeurs y trouvent leur compte. S'ils sont curieux ils peuvent découvrir mes œuvres interactives simplement en me googlisant. Pour une fois que je sors de ma tanière et que je ne suis plus un être virtuel, j'en profite pour parler du métier, de la passion, brisant les tabous politiques et sociaux, donnant des chiffres et m'abandonnant aux confessions. Je cite Cocteau, rappelant qu'une œuvre est une morale. Je leur montre tout de même Alphabet, La Pâte à Son (capture écran ci-dessus), FluxTune, Le Sniper, Nabaz'mob, mais l'absence d'Internet m'empêche de leur exposer mon travail avec Nicolas sur FlyingPuppet par exemple. De toute façon, j'oublie plein de choses importantes, parce qu'il faudrait plus de deux heures pour faire le tour de la question, même au pas de course comme hier dans l'amphi. Les prestations courtes obligent à embrasser le sujet de manière large, plus philosophique et pratique que démonstrative. Cette fois j'ai négligé la complémentarité du son face aux images et la charte sonore au profit de la production de sens et d'émotions et des conditions de travail.
C'est étrange comme il est impossible de se connecter dans les écoles et les universités. Sous prétexte de pare-feu anti-viral, on rend impossible les contacts avec le monde extérieur, c'est aussi débile que toutes ces bornes wifi cadenassées. À New York, les réseaux sont partout ouverts pour se brancher où que l'on se trouve, dans la rue, dans n'importe quel immeuble, etc. À propos de FluxTune, on me reparle d'Electroplankton. Je sors regonflé de cette performance publique. J'improvise de plus en plus pour ne pas me répéter et éviter l'ennui, commençant mes phrases sans savoir où elles me mènent, sur le modèle de mes instantanés musicaux. Le danger qui me guette à chaque syllabe me donne des ailes.
Comme je suis arnaché de deux micros cravate sans fil et que je file pisser avant mon intervention, je ne me laisse pas surprendre et commente le parcours qui me mène aux toilettes : porte qui grince, porte battante, cour de récréation masquant mon intimité, commentaires sur l'ambiance scolaire... Mais personne ne m'entend, parce que le jeu est improbable. C'est la pause.
Je passe chez Violet chercher mon chèque et jette un coup d'œil au prochain livre à enregistrer pour le nouveau service de lecture audio par Ztamp (une puce RFID collée sur la couverture du livre pour enfants). À Noël, les Nabaztag partent comme des ptits là pains.
Sur le quai du métro République, j'entends "Monsieur Birgé !". C'est Sonia qui me reconnaît de dos au milieu de la foule pressée grimpant dans la rame. Elle veut bien s'occuper de Scotch en notre absence. Ouf, je peux partir tranquille. On en reparlera bientôt, mais je vais faire une pause d'un mois où je ne publierai aucun billet. J'ai mis le temps à me décider...

samedi 8 septembre 2007

Aldo scotché


La couleur des photographies d'Aldo Sperber (liens vers PictureTank, films et Ciné-Romand) est souvent franche, comme les cases d'une bande dessinée dont la colorisation crue oriente la lisibilité du scénario. Instants posés sans référence cinématographique, les images arrêtées s'insèrent dans une action entre un avant et un après. Les modèles semblent poser pour un peintre. J'ai évidemment choisi cette image à cause de Scotch. Évaluant le danger, le chat joue de ses prunelles vertes tandis que la marionnette rouge sang est suspendue au hors champ d'une fenêtre que l'on devine. Françoise et moi avons prêté décor et accessoires contre chacun un galurin de la styliste Catherine Cardine, rue du Faubourg Saint-Honoré, dont Aldo photographie toues les collections. Sur le divan de la salle de cinéma, Sophie, journaliste de rock, tient les ciseaux du coupeur de pouces de Crasse-Tignasse.

samedi 1 septembre 2007

L'abandon


Saloperie de chat, ingrat, pourri, gâté !
Ayant confié Scotch à Antoine et Chloé, nous avons fait cent vingt bornes pour nous faire boycotter. J'ai eu beau hurler son nom sur tous les tons, siffler son air favori, imiter le caquètement de la poule, tous appels incontournables depuis cinq années de bons et loyaux services, je parle évidemment des nôtres, le chat étant le seul animal à avoir su domestiquer l'homme (gîte, couvert, massage, où il veut, quand il veut, comme il veut), rien n'y fit, le monstre est resté sourd à nos cris comme à nos prières. C'est à se demander si c'est la même bestiole, lui qui n'a jamais dépassé l'enclos de la maison de Luchon ou la terrasse de La Ciotat, et qui passe ses journées à encombrer tous les fauteuils, ne consentant à sortir qu'à la nuit tombée, et encore, si ça lui chante. Depuis notre départ, il aurait même passé deux nuits dehors, c'est le bouquet. Et si vous croyez qu'il nous fera profiter de ces aventures, que nib, motus et bouche cousue ! C'est vraiment un dégueulasse. Pas question que je colle sa photo sur ce billet... Juste un appât !
Pour nous consoler, avant de regagner penauds nos pénates dans le flot nauséeux des retours autoroutiers, nous avons fait un détour par la Ferme de Mauperthuis à Sancy-les-Meaux. Ce genre d'endroit où s'ébattent vaches, cochons, poulets, pintades, lapins et clébards vous donnerait des envies de meurtre gastronomique. Du vrai lait à cinquante bornes de Paris ! Nous craquons pour le fromage, la crème fraîche et le beurre, les pommes et leur jus, le poulet et ses œufs (là, y a un os !), le lapin et la bière de Brie, que sais-je ! Ça nous ferait presque oublier que France Téléconne nous prive de connexion phonique depuis ce matin et que c'est un miracle si Internet consent à fonctionner pour que je puisse épancher ma tristesse à n'avoir pas ramené l'âme de ces lieux.
Coup de théâtre téléphoné (sur portable puisque les autres sont toujours en panne) : le gros minet daigne apparaître en milieu de soirée, et cent vingt bornes de mieux... Là, c'est la fête, ronronnements câlins, effet bouillotte pour la nuit, youpi !

dimanche 19 août 2007

Troc


Pascale a eu pitié de mes oignons et nous a invités dans son havre de paix où nous la rejoindrons dans quelques jours. Au vu des prix pratiqués par la SNCF en période estivale lorsque l'on ne s'y prend pas trois mois à l'avance, nous avions décidé de rester là malgré mon impérieux besoin de changer d'air. Françoise a tenté le coup sur Trocdesprems et miracle, elle a dégotté deux billets pour Toulon à 20 euros ! Il ne restait plus qu'à trouver quelqu'un pour la maison et Scotch, et nous voilà repartis sur la route. Première escale, La Ciotat, sa plage, ses poissons, ma seconde famille.
À Paris, je n'arrivais plus à me reposer. Il fallait recharger les batteries en vue d'une rentrée qui s'annonce animée : les lapins toujours, Nabaztag lui-même et l'opéra avec Antoine qui réunit cent de ces petites bêtes (représentations les 19 et 20 septembre à Nantes pour Scopitone, le 6 octobre à Amiens pour la Nuit Blanche, le 20 à Amsterdam...), la suite des enregistrements avec Franck Vigroux, de nouvelles écoles où dispenser la bonne parole du son sur l'image (Autograph, Sainte Geneviève...), les finitions du film de Pierre-Oscar, un Pop'Lab pour Annick, le nouveau numéro des Allumés, etc. Idem pour Françoise qui prépare son nouveau Ciné-Romand et la rétrospective de ses films à l'Entrepôt, Peep-Chat avec le Théâtre Paris-Vilette, la sortie dvd de Appelez-moi Madame, etc.
Mais oublions tout ça et consacrons-nous aux joies de la villégiature ! Pour me mettre dans le bain, je picore tomates, raisins, figues, prunes et dévore à pleines dents les canards sauvages que les filles ont plumé pendant que je plantais un poivrier et un caprier. Jean-Claude part à la pêche à cinq heures du matin, mais je n'ai pas le courage de me lever pour l'accompagner...

mardi 17 juillet 2007

Suivant les rayons de Lumière


Nous sommes arrivés hier soir à la gare de Marseille. J'ai pris cette image des ors du sud l'été dernier en allant chez Pierre et Florence. Lorsque je ne sais pas quoi raconter, je vais jeter un coup d'œil dans le dossier "images en attente" où j'ai réuni des photographies qui me plaisent sans savoir ce qu'elles raconteront un jour, quel contrepoint elles dessineront. Scotch est venu partager la lumière du sud tandis que Jonathan est resté à la maison où le jardin explose de petites tâches jaunes, roses, mauves et fuschias sur canapé vert. Je lui ai préparé des ventilateurs, on se sait jamais. Serge nous embarque en voiture jusqu'à La Ciotat où j'espère respirer quelques jours avant de rempiler en studio...

vendredi 13 juillet 2007

Comme un poisson dans l'eau


On dit que d'abord il va faire chaud, puis qu'un jour il fera beau. L'instabilité de la météo offre des surprises, volte-face soudaines et inattendues. Cela ne me déplaît pas. Rien n'est éternel, rien n'est immuable. Pourquoi se plaindre du temps ? Tous les climats ont leurs avantages et leurs inconvénients. Mais si "il n' y a plus de saisons" ?
Lorsqu'il pleut, je pense aux cultivateurs, je reste à la maison ou j'enfile ma cape imperméable pour chevaucher mon vélo pliant. S'il pleut trop, je ne bouge plus, ça me calme ! Le soleil donne le sourire, mais je suis plus souvent qu'on ne le croit dans la lune et il ne me voit pas. Qu'il m'attende, le temps que j'émerge de mon laboratoire... On sait bien que les beaux jours reviendront, pluie ou soleil. Pas de catastrophe. Je regarde souffler le vent tant qu'il plie les hauts bambous à l'horizontal, Scotch se fait dorer le poil au soleil, je n'ai pas besoin d'arroser, la neige rappelle l'enfance, le tonnerre ravit le musicien...
En 1999, la tempête a emporté la cheminée. Ses cent kilos sont tombés dans le chemin de terre, à quelques mètres de mon voisin qui s'était réveillé plus tôt que moi. Je débouche régulièrement l'évacuation du jardin et les gouttières pour ne pas reproduire d'inondation. J'entretiens la chaudière. J'ai des ventilateurs. Si j'en ai marre, je change d'atmosphère ou d'hémisphère. Nous grimpons dans la montagne lorsque la canicule terrasse les habitants de la vallée. Tant que j'aimerai le temps, il se laissera apprivoiser et je vivrai. Ici aussi j'applique la formule de Cocteau énoncée par Phono Un dans Les Mariés de la Tour Eiffel : "Puisque ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur..."

mercredi 13 juin 2007

En vrille


Il n'avait pas suffi que je me casse le dos jeudi dernier, hier soir j'ai tordu mon petit orteil en préparant le barbecue pour les sardines. Deux fois de suite, je pars en vrille. Un vice de fond ? Le point d'interrogation que je scotche avec du sparadrap m'arrive en pleine poire. Une vis déforme. Ma colonne vertébrale est en baïonnette et mon petit doigt ressemble aux petits gris que Françoise cueille dans le jardin pour les déguster à la suçarelle. On avait assez qu'ils saccagent nos plantations, on est passé à la contre-attaque. D'habitude, je heurte mon petit orteil quand vient l'été, mais cette fois j'étais en tongues et j'ai seulement effectué une rotation du pied gauche pour ramasser le bois mort dont j'avais besoin pour allumer le feu. C'est déprimant de recommencer chaque année le même tour. Prendre son mal en patience. Heureusement, j'étais déjà sous anti-inflammatoires à cause de mon sacrum. J'ai pris une dose d'arnica, j'essaye de faire comme si de rien. Tu parles ! Ça pique, ça brûle, je marche en crabe et me voilà épinglé à la maison sans pouvoir enfiler une chaussure. Je n'ai plus qu'à me concentrer sur les derniers fichiers de mon conejo et composer avec Bernard le carnaval brésilien accompagnant la danse des trente-deux jeunes filles. Danser, ce n'est pas demain la veille...

mardi 10 avril 2007

Respiration


Il semble que le crime paie. Aujourd'hui je passe mon tour. J'en fais trop. Les enregistrements du lapin Nabaztag en quatre langues constituent un marathon : allemande, italienne, américaine, espagnole ! C'est plus drôle à jouer qu'à traiter ensuite les milliers de fichiers. Avec Bernard nous avons aussi bien avancé sur le clip pour P.O.L. : trop tôt pour en parler, mais ça pourrait être bien. Et puis Scotch a encore raison : je devrais.
Il pense à lui.

lundi 9 avril 2007

Les vices platinés de Christian Marclay


Franck Vigroux m'envoie ce petit sujet sur Christian Marclay pour m'éviter d'aller à la Cité de la Musique où l'artiste suisse scratcheur est exposé jusqu'au 24 juin (Replay), essentiellement des vidéos si j'ai bien compris. Bien avant que ne se manifestent les hip-hopers, j'avais découvert Marclay grâce à mon producteur allemand Jürgen Königer de Recommended Records / No Man's Land qui produira le vinyle 25cm More Encores en 1987 : chaque morceau y est scratché d'une manière cohérente avec chaque artiste esquinté, Johann Strauss, Zorn, Chopin, Frith, Armstrong, Cage, la Callas, Hendrix, Birkin & Gainsbourg ou lui-même ! Plus tard, j'achèterai le coffret Footsteps où figure l'un des disques de son expo de 89 à la Shedhalle de Zurich. Sur ce 30cm sont enregistrés des pas tandis que les visiteurs marchaient sur les exemplaires disposés par terre. Avant de faire écouter aux amis mon exemplaire qui porte encore les scotchs double face collés à son revers, j'ai pris l'habitude d'en rajouter une couche en le piétinant rageusement. Au fil des années, l'écoute s'en est toujours trouvée bonifiée. Christian eut un soir la gentillesse de nous faire une démonstration de tous ses outils de concert. J'adorai les deux diamants sur le même disque, les pédales de disto et les décentrages...
Quelques années plus tard, je fus fasciné par le groove des DJ qui œuvraient dans la soul funk et nous trouvâmes alors le collaborateur idéal en la personne de Nem. À notre première rencontre, il apporta Miles et Ligeti, un bon signe en regard des inspirations des autres DJ que nous croisions... Il scratcha ensuite à mort sur les disques du Drame comme le font aujourd'hui Franck et quelques autres. Ils disent tous que le scratch est génial où que l'aiguille se pointe sur la surface du microsillon. Nous avons passé notre vie à faire du montage une technique de composition, tant en live qu'en studio, et en expirimentant sans cesse de nouvelles idées abracadabrantes. Signalons aussi le virtuose Kid Koala qui swingue comme personne sur sa platine (cd Carpal Tunnel Syndrome, cd Some of my best friends are djs).
Mais comme vous vous pouvez le constater sur ce petit film, Marclay est avant tout un artiste plasticien qui pervertit les instruments de musique et le matériel de reproduction, et ça ne tourne jamais vraiment rond.

vendredi 23 mars 2007

Énigme


Parfois Scotch ne me comprend pas. Pourquoi je bosse sans répit depuis tôt le matin jusqu'à ne prendre mon bain qu'au moment d'aller préparer le dîner pour filer regarder un navet sur Canal. Scotch y perd son latin, mais du moment qu'il mange à l'heure tout va bien. Deux repas par jour, un tiers de boîte chaque fois, mais j'évite de lui donner dès que je me lève, sinon il s'impatiente et nous réveille. Parfois Françoise lui achète du poisson frais tandis que je lui fais toujours goûter ce que je mange, mais il est habitué à ses boîtes. Il n'est pas facile de m'arrêter lorsque je rédige le premier jet d'un texte. L'article s'intitule pour l'instant "Dessins animés et films d'animation", c'est pour le n°19 des Allumés. Le sujet colle bien avec la nouvelle manière de faire illustrer le Journal par des dessinateurs. Mais l'ordinateur s'est mis à faire tourner sa roue arc-en-ciel chaque fois que je faisais un geste. Redémarrages, gravure d'un dvd de sécurité, une légère sueur froide, je ne suis pas certain d'avoir réparer quoi que ce soit, quelqu'un a une idée ? Scotch n'en revient pas. Tant de temps passé devant l'ordi... Il croit peut-être que c'est pour la chaleur qu'il dégage. Mais il voit aussi mes doigts qui s'animent frénétiquement. Ça ne colle pas.
J'appelle Bernard pour discuter de la musique du film dont nous devrions composer la musique. L'éternelle question de l'orchestre se pose, enregistrer dans un pays de l'Est ou habiller un clone des habits d'une petite formation ? Celle du studio lui succède : ici ou ailleurs ? Nous construisons peu à peu un plan possible. Les contraintes et les désirs définissent le cadre : verse-A-B-A, comme une chanson. Le film est court, un tract, une idée, mais énormément d'éléments. L'obscurité menaçante doit être suivie d'une gloire précédant la plénitude du pluralisme et de l'union. Des cordes certainement, mais orchestre ou quatuor ? Une valse, suggère Bernard. Ajouter la percussion et les solistes. Nous envisageons un accordéon, une guitare (manouche puis électrique) et une anche irlandaise style Uilleann Pipes, mais je ne suis pas sûr de comprendre de quel instrument parle Bernard, je crois que c'est ça mais sans le bourdon. Il parle d'un régulateur ! Les documents d'archives seront ajoutés dans le rythme, comme un montage radiophonique, des bribes zappées style Crimes parfaits ou Des haricots la fin. Comment conserver l'émotion en ciselant le sens ? Les poils sont censés se dresser sur les bras, mais ça parle à l'intellect, gageure intéressante. Scotch s'en fiche. Ses poils sont doux. Il voudrait bien comprendre qu'est ce que je fabrique au lieu de m'occuper de lui.
Après des journées si remplies, j'ai du mal à déconnecter. Regarder un film ou sortir. Scotch préfère le film. Mais nous ne connaissons rien de sa vie lorsque nous sommes absents et nous ne comprenons jamais à quoi il pense. Les autres chats sont souvent plus clairs dans leurs intentions. Mes inquiétudes, le plaisir de faire, mes rêves (j'aime faire bouillir mon cerveau), rien de bien mystérieux. L'énigme, c'est Scotch.

lundi 12 mars 2007

Ciné-Romand façon Gala (I)


Françoise Romand regarde Appelez-moi Madame (photo de tournage) entourée d'Agnès Varda (voir les pieds d'Agnès Varda !) et Agnès Cazenave (qui est à l'origine de Mix-Up, Dérapage contrôlé et ce film justement). La lumière de la Butte Montmartre filtre à gauche par la fenêtre. Huguette et Ovida Delect chantent Le temps des cerises.
Derrière les rideaux de l'entrée, on aperçoit Thème Je projeté sur le mur d'une autre chambre. Françoise s'adresse à la caméra dans le décor de son précédent appartement de Pigalle qu'elle a vendu pour produire le film.


Le dispositif de webcams wi-fi installé par Philippe Ramelet permet de surveiller ce qui se passe dans les autres appartements que l'on visite et de gérer le flux des visiteurs. Loca-Images et l'A.P.R.E. ont prêté le reste du matériel qui manquait. En bas de l'écran, on voit Annabelle faire le guide dans l'appartement de Patrice et Andrew où est projeté le polar Passé Composé (avec Feodor Atkine, Laurence Masliah et Anny Romand). On reconnaît nos hôtes sur le site Internet ikitcheneye montré dans leur cuisine, site qui préfigure le projet Peep-Chat que Françoise prépare pour le Théâtre Paris-Villette à la rentrée dans le cadre de x-réseau. Sur les murs sont accrochées des photos de nus au jardin prises par Stéphane Serafini pendant le tournage de Thème Je. Patrice, Andrew et leurs invitées ignorant totalement les visiteurs, ceux-ci ont l'étrange impression d'être passés de l'autre côté de l'écran. À l'étage du dessous, les nombreux convives du dîner d'Isabelle cèdent parfois à la tentation d'échanger quelques phrases de dialogue avec les nouveaux venus qui sont amenés par petits groupes par Annabelle, Olivier, Françoise, Aldo ou Anny... Je fais moi-même une des visites en racontant comment Françoise et moi nous sommes connus ici pour un autre jeu de piste qu'elle avait imaginé pour me séduire. Chez Valérie comme chez Isabelle, les postes de télé diffusent en boucles la comédie Vice Vertu et Vice Versa (avec Florence Thomassin, Anne Jacquemin, Marc Lavoine et Serge Dupire) qui raconte justement l'histoire de deux filles qui habitent sur le même palier...
Agnès Varda, experte en installations ludiques, joue les "garçons" d'ascenseur.


Anny Romand et Élise Griffon grapillent quelques en-cas dans la cuisine. Dans un autre bâtiment de la cour, Isabelle a également invité ses voisins à dîner. Françoise a réussi à transposer dans le réel sa manière de diriger "les comédiens" dans ses documentaires. La réalité et la fiction s'entremêlent. La réalisatrice recompose le passé. Tous les acteurs de la soirée se retrouveront vers 23h dans son appartement.


On aperçoit l'immeuble par la fenêtre de la cuisine où John, Mark Rappaport et Antonio Fischetti regardent Les miettes du purgatoire dans le congélateur.
José Berzosa et d'autres reviendront samedi prochain. Les acteurs seront tous différents, les appartements visités seront nouveaux. Seule l'installation dans celui de Françoise sera la même. On assiste à la projection de Mix-Up ou Méli-Mélo dans une troisième chambre. Dans la baignoire est plongé un moniteur avec Dérapage contrôlé. Dans les w-c est posé un second moniteur pour suivre les web-cams depuis son siège.


Jean-Pierre Mabille et Michèle Suraci signent le livre d'or dans l'entrée. Sandra Basch, Hélèna Villovitch et fils posent pour moi, mais avec prudence. Plus tôt dans la soirée, Sonja Wiemann a coincé les doigts de Bruno Amable dans la grille de l'ascenseur !


Je squatte la cuisine en fée du logis tandis que Bettina Clasen et Aldo Sperber (qui est à l'origine des Miettes) me tiennent le crachoir.
Annabelle Basurko, l'assistante à la réalisation de Françoise, et Alain Wagner, qui prendra les deux photos qui suivent, écoutent le récit des tribulations de chacun dans les escaliers, extrêmement variées selon les visites. Beaucoup de monde. Gros succès. Pas de blâme.


Fin de soirée : Bernard Vitet, Pascal Kané, Isabelle Vorle, Patrick Beurard-Valdoye, Agnès de Cayeux, Philippe, Olivier Berne, l'assistant à la production de Françoise, François de Morand... La dernière visite se termine à 23h avec Étienne Brunet qui arrive de la Cigale, mais la soirée se terminera beaucoup plus tard devant de sublimes pâtisseries orientales achetées en haut de la rue du Faubourg Poissonnière. Comme on ouvre les fenêtres sur la nuit, on voit la Tour Montparnasse, la Tour Eiffel, le Sacré-Cœur et le métro aérien à la station Barbès.

P.S.: rentrés à Bagnolet, nous apprenons que nous avons raté le feu d'artifice. Une canalisation de gaz a éclaté au coin de la rue. Une flamme de trois étages de haut jaillit dans un bruit assourdissant. Le feu s'éteint. Les pompiers évacuent les riverains. Une heure passe avant que les employés du gaz trouvent le robinet. Lorsque nous arrivons à la maison, tout est calme. Seul Scotch nous guette dehors et bondit prévenir Ouist et Snow qu'ils vont enfin pouvoir dîner.

vendredi 23 février 2007

Epimanondas et H Lights


Edgard (basse) et Pierre (batterie) avaient 17 ans, Francis (guitare) et moi (sur ce morceau, manipulations de bandes magnétiques et oscillateur) venions d'en avoir 18. Le préau du lycée était plein à craquer ; Depain, le proviseur, un type bien, était présent. Nous étions tout excités par ce premier concert. L'enregistrement est saturé, mais notre enthousiasme est perceptible. Le Silver Surfer traversait l'écran tendu derrière nous. Les bulles de couleur explosaient à la chaleur des lampes de nos projecteurs. Je crois que c'est Pierre qui avait appelé le groupe Epaminondas la Piquouse d'après un personnage de Vian, on avait laissé tomber le suffixe et une erreur de copie nous avait finalement transformés en Epimanondas. Edgard raconte que j'avais un avantage sur tous mes camarades : j'étais le seul à être allé aux États-Unis (en 65 et 68). J'en avais rapporté une cargaison de disques, Zappa et ses Mothers of Invention, les Siver Apples, Jefferson Airplane, Iron Butterfly, David Peel and the Lower East Side... Et la passion de la musique. J'avais vu le Grateful Dead, Kaleidoscope, It's a Beautiful Day au Fillmore West, je faisais pousser des graines sur mon balcon et des cheveux sur mes épaules... Cinq ans auparavant, j'avais commencé à faire des expériences de chimie sur des diapositives. L'image, réalisée en 1969, est parue en 73 dans le Light Book édité par l'Imprimerie Union que dirigeait le père de Luc, entré depuis dans H Lights et rebaptisé alors L'Œuf Hyaloïde... Le Light Book, cadeau de fin d'année du célèbre imprimeur de livres d'art, fut envoyé à l'ensemble des membres du Collège de Pataphysique, Picasso mourut deux jours après l'avoir reçu ! L'image originale (24x36mm) est un sandwich de liquides glissés entre les deux lamelles du cadre en plastique, de scotch collé sur le verre, le tout projeté entre deux polaroïds dont un tournait sur lui-même. La musique est extraite de First Voyage, tout un programme !

lundi 15 janvier 2007

Gaga des chats (2 : Asthma)


J'ai commencé à avoir de l'asthme à 40 ans. Paris m'en donne plus que ses hauteurs périphériques, et plus je m'en éloigne moins je suffoque. J'ai laissé derrière moi vingt ans d'herpès pour ce nouveau fléau. À l'homéopathe qui m'en a presque débarrassé, j'ai demandé ce que j'aurai après. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de l'éradiquer complètement ou est-il préférable d'avoir une petite soupape de sécurité, une somatisation nécessaire ? Pour les minets, mon homéo affirme qu'on finit par s'immuniser au bout de six mois, à leur contact. En attendant, la ventoline est très efficace, et je peux la remplacer par Santa Herba, un produit plus soft...
Il y a tout de même un truc étrange. Nous vivons avec le tigré persan Scotch sans que je souffre d'asthme, mais lorsque je garde le siamois Snow, un des deux chats de ma fille, je suis de nouveau sujet à cette difficulté de respirer. Est-ce que son poil est différent ou, sans rentrer dans les détails, est-ce quelque séquelle névrotique qui refait surface en sa présence ? Je n'ai pas ce problème avec le noir Ouist ni les autres matous que je fréquente habituellement ou ceux qui ont partagé ma vie passée. Mais à cette époque je n'étais pas encore sujet à l'asthme. Ce sont tous des chats de gouttière castrés, croisements savants de tradition populaire, mais leur pelage rappelle tel ou tel type... Scotch a un caractère égal, peu expressif, facile à vivre. Snow est une teigne extrêmement affectueuse. Ouist est complètement barjo et probablement le plus malin des trois. Plus il y a de chats plus on rit, mais c'est moins facile à caser quand on part en voyage. En tous cas, pas question de s'en passer, sans eux la maison perd son âme.
Snow vient de retourner chez la maman d'Elsa qui, de son côté, essaie d'habituer Ouist à son petit appartement. On va bien voir si je me remets à respirer normalement...

lundi 30 octobre 2006

Le site des disques nato enfin en ligne


Ce matin en me levant je n?avais pas la moindre idée de ce que j?allais raconter. Depuis une semaine, je me remets lentement et difficilement du décalage horaire avec Séoul, me levant souvent avant 5 heures du matin. Le passage à l?heure d?hiver n?arrange pas les choses, cassant mon horloge biologique qui n?avait vraiment pas besoin de cela. Alors je la remonte doucement, avec beaucoup de précaution, comme on remonte le temps dans une machine construite pour ça.
Celle de Jean Rochard, le seul vrai "producteur" que je connaisse, s?appelle le Chronatoscaphe. J?en fus l?un des principaux artisans l?an passé : vingt-cinq années d?histoire du label nato en 3 CD et 128 pages illustrées par une douzaine de dessinateurs de BD, le photographe Guy Le Querrec et commentées par JR sous le feu des questions de Stéphane Ollivier (qui, heureuse coïncidence, dînait là hier soir avec Tina, dix ans après notre rencontre pour Vacarme). Le Chronatoscaphe est un magnifique cadeau pour Noël qui approche, pour un anniversaire ou tout simplement pour se faire plaisir avec 5 heures de musique fantastique compilées par Olivier Gasnier et audio-scénarisées par votre serviteur, somnambule voyageur?
Ce matin donc, en faisant défiler les statistiques de drame.org, je découvre une nouvelle origine aux visites de mon site : les disques nato ! Je pointe sur le lien et comprends que c?est tout beau, tout frais, le site nato est officiellement ouvert (www.natomusic.fr) depuis jeudi, ce que nous avions l?habitude de considérer comme le jour des enfants avant qu?on le déplace à mercredi et, par ce fait, lui ôte sa poésie ludique : jeu-di ce n?est pas mer-credi. On n?a jamais rêvé de la semaine des quatre mercredis, par contre on utilisait « mercredi prochain » pour ne pas dire « merde », interdit dans la bouche des enfants? Si je voyage allègrement dans le temps, ce n?est pas pour me cantonner au passé et encore moins à la nostalgie : aujourd?hui est un autre jour et nato s?enfonce résolument dans l?avenir.
Le site nato est donc enfin accessible et superbe, on pouvait s?en douter. C?est riche, caustique et furieusement swing. À côté des informations utiles pour qui aime les musiques qui bougent et les productions inventives, on croisera des images à collectionner, des phrases à mâcher, des liens à défaire, pour s?évader, se réveiller ou se laisser aller. La boutique mène aux Allumés du Jazz, le blog est entamé, le Festival de Minnesota sur Seine version américaine et MySpace sont de la partie tandis que s?ouvre aujourd?hui l'opération Paris-Minneapolis avec le trio de Denis Colin avec Gwen Matthews (billet ici-même). Les concerts au New Morning du nouvel orchestre de Michel Portal (avec Tony Hymas, Erik Fratzke, François Moutin, Airto Moreira, JT Bates et Tony Malaby), Fat Kid Wednesdays et Ursus Minor ont hélas été annulés.
Penché sur mon épaule, Scotch le chat ajoute que si nato est un label félin, il devrait enchanter toutes celles et ceux qui aiment alterner griffes et caresses, la révolte et le plaisir...

P.S. : le lancement du site coïncide avec la sortie de deux nouveaux CD du label Hope Street, une déclinaison natesque (je m'y perds un peu entre nato, Hope Street, Chabada, Cinenato, Wan+Wan, les disques parus chez Universal, etc., mais tous sont sous l'égide de Jean Rochard sauf un, devinez lequel). Sortent donc officiellement aujourd'hui le nouvel Ursus Minor (déjà chroniqué ici) et le nouveau Fat Kid Wednesdays, tendre Singles du trio sax-basse-batterie, un velouté automnal après le délicieux Art of Cherry paru il y a deux ans. Tiens, ils sont jeunes, ce sont des mômes du mercredi !
Alors que je venais de poser Singles sur la platine, Jean Morières, de passage à Paris avant de s'envoler pour le Sénégal jouer du tambour avec Pascale Labbé et quelques autres improvisateurs de nos terroirs, sourit dès les premières mesures en marmonnant doucement : "Don Cherry !" La cerise sur le gâteau, un don. Si l'influence reste manifeste, l'héritage est productif et du meilleur effet sur toute vaine tentative d'en faire trop, comme courir après son ombre ou se dépasser. Ici on respire, on prend le temps de vivre et c'est bon.

lundi 25 septembre 2006

Home Page


Nous nous envolons aujourd'hui pour New York. Partir, revenir. Les deux mouvements me sont aussi agréables. Laisser la maison à des amis me rassure. Je vais devoir changer de poste de travail. Next stop, le Dylan Hotel à Manhattan. Sur la photo prise par Joan pendant que je rédigeais mon blog, on aperçoit Scotch en rond sur le fauteuil. Il préfère rester à la maison. La table est mise pour nos convives venus d'Edimbourg. Un courant d'air passe d'un jardin à l'autre, faisant tinter les u-rin accrochés un peu partout pour couvrir les sons de la ville. Je vais essayer d'en rapporter de Corée puisque j'enchaînerai New York et Séoul avec une halte de seulement vingt-quatre heures à Paris. D'ici là il y a le temps...

dimanche 10 septembre 2006

Le mur de la honte


Mon voisin est charmant. Cela ne l'empêche pas d'être bruyant. Il m'a réveillé ce dimanche matin pour me demander l'autorisation de planter des piquets dans notre mur mitoyen pour remplacer la haie de cyprès qu'il a supprimée par un grillage de 1,20m de haut. Son coupeur de bois était prêt à percer le toit de notre garage pour que ce soit dans l'alignement ! J'ai bien entendu refusé pour ne pas fragiliser le mur ni transformer le bac-acier du garage en caisse de résonance quand les ballons de foot viendront frapper. De plus, c'est le chemin de ronde de Scotch, un de ses postes d'observation favoris. J'ai donc suggéré à mon voisin qu'il plante de grands piquets dans son propre jardin pour soutenir son grillage. Nous aurions évidemment trouvé plus élégant qu'il laisse grandir sa haie touffue constituant un tampon isophonique et d'un vert plus souriant que le métal tressé.
Comme je demandais si je pouvais récupérer un des troncs d'arbre pour en faire un socle de sculpture pour Anna, le bûcheron a tenté de le négocier contre ses fichus piquets. Désolé, Anna !
Mon charmant voisin m'a expliqué qu'il avait arraché son superbe peuplier à cause des racines qui déformaient son allée dallée et mettaient en danger sa maison, et qu'il avait l'intention de remplacer la haie de conifères par des fruitiers. Des fruitiers si près du mur ? Et puis, ça ne pousse pas vite. Il évoque des citronniers, des amandiers... J'ai suggéré des grimpants pour éviter que sa grille rappelle trop un camp de concentration. Il pense faire pousser des petits arbres tout autour de son terrain pour cacher le vis-à-vis avec l'immeuble de lofts qui se construit en face...
On est parfois mal conseillé.

vendredi 18 août 2006

Gaga des chats (1)


Enfant, je n'ai élevé que des poissons rouges et une couvée de poussins. Les poussins n'ont pas tenu dix jours, les poissons rouges se sont suicidés les uns après les autres en sautant de l'aquarium. Mon père les ranimait en les massant et les requinquait avec des petits morceaux d'aspirine. À vingt ans, je me suis engueulé avec ma mère parce que j'étais venu avec Zappa, le chien des copains avec qui je partageais l'appartement. Il a dû tout comprendre, il a pissé le long de la porte d'entrée, ce qu'il ne faisait jamais. Comme elle me demandait de choisir entre elle ou lui, je suis parti furieux en claquant la dite porte. Sa phobie hygiénique m'empêcha d'avoir tout contact avec d'autres espèces sans que la question se pose vraiment. L'esclavage réciproque des chiens en ville ne me convainc jamais, mais la fréquentation des chats m'ouvrit à un monde que je ne soupçonnais pas. Je le dois à Lupin, un grand noir d'une intelligence prodigieuse et d'une poésie inhabituelle avec qui j'ai partagé dix huit ans de complicité.
Le chat occupe le même espace que nous, il se l'approprie totalement, mais d'une manière si différente qu'il me permet de m'interroger sur nos coutumes et nos manies. J'ai aussi un doute profond sur l'identité du maître. Le chat a réussi à domestiquer l'homme. Il possède le clos et le couvert, il est nourri, et, de plus, il a un masseur personnel à demeure, sans avoir besoin de contribuer d'aucune façon aux tâches ménagères.
Lorsque cette vie paradisiaque s'agrémente de gâteries outrancières, le chat devient un patapouf et perd son esprit malin. La vie d'appartement lui convient mieux qu'au chien, mais la plupart y deviennent tout de même neurasthéniques. L'idéal, comme pour tous les individus, est de lui laisser un espace de liberté. Il est certainement plus sain qu'il habite dans une maison avec chatière pour entrer et sortir à son gré. Le plat d'aisance est une solution de pis aller. Il est tellement plus naturel que votre chat aille faire ses besoins dans le jardin de vos voisins ! Ouist, l'un des chats d'Elsa, arrête instantanément de pisser partout dès qu'il peut sortir dehors. On dirait ces gamins impossibles dont les amis chez qui vous le laissez font ensuite tant de compliments.
Comme tout félinophile, je pourrais deviser des heures sur leur intelligence ou leur névrose. Tous les chats sont un peu dingues, mais de ce côté il n'ont rien à nous envier. Leur attachement à leur demeure plus qu'à leurs humains les rend casaniers et un poil maniaques, et chacun a sa névrose personnelle. Comme pour toute relation intime, il y a façon de l'accepter ou de la rendre viable... Et cela ne peut se faire qu'en douceur !
Nos chats marquent nos vies par la longévité de la leur. Vingt ans, c'est long, mais pas assez pour nous accompagner tout du long. Les adoptions se succèdent et jalonnent notre histoire. On peut vivre autrement, mais pour les amoureux de ces petites bêtes à fourrure une maison sans chat c'est une maison sans âme.
Lorsque Scotch voyage, il est sage comme une image. Son nom lui vient de son attachement à nos basques. Comme la déclaration en mairie n'est pas obligatoire dans les premiers jours du nouveau né, j'attends toujours de connaître son caractère pour lui trouver son nom. Il est né il y a quatre ans, un 3 juillet, comme Elsa. Il est revenu de sa colonie de vacances en Bretagne, spécialisée semble-t-il dans les sports de l'extrême, avec la cornée déchirée par un coup de griffe. Il se laisse faire lorsque nous faisons tomber dans son œil une goutte de collyre, quatre fois par jour. Comme il est terrorisé par Loulou, un vieux labrador à la retraite, il cherche un coin sûr pour se reposer. Nous avons fini par le trouver perché à l'intérieur d'une armoire à glace dans une pièce désaffectée...

mardi 11 juillet 2006

Le coin de l'obsessionnel (2)


Quelques trucs à ne pas n'oublier d'emporter.
Mon couteau suisse, accroché à ma ceinture, ne me quitte pratiquement jamais, sauf en vacances, et encore ! Je m'en sers absolument tous les jours, en particulier le tournevis de précision pour mes lunettes qui se desserrent tout le temps, le stylo, le cure-dents, un couteau... Magnétophone portable et appareil photos. PowerBook avec iSight, borne Airport Express, câbles Ethernet, Ethernet croisé (pour connecter directement un vieil ordi), modem interne (en cas d'absence de connexion), FireWire, audio, lampe USB, disques vierges et d'installation, quelques DVD... Je pense à faire des copies de sécurité de toutes les données récentes. Une lampe de poche. De quoi écrire, de quoi lire (on trouve des bouquins partout, mais j'emporte le Diplo, les Cahiers, SVM Mac). Un maillot de bain. Des lunettes de soleil, même si ce n'est que pour se protéger des néons d'aéroport. Mon passeport et la carte du CNC qui permet de rentrer gratoche dans les cinémas d'art et essai. J'ai toujours sur moi mon attestation Assedic itou pour les musées nationaux. Je prends parfois mes jumelles, enfin la suite dépend de la destination. Cette fois, nous laissons Scotch, il a tout compris, monstrueusement inquiet par toute cette débauche de détails préparatifs, mais Elsa va très bien s'occuper de lui.

lundi 10 juillet 2006

Le coin de l'obsessionnel (1)


Je suis démasqué, mais on ne se refait pas, n'est-ce pas ? Comment, sinon, peut-on avoir la discipline de rédiger un billet chaque matin ? Je reprends le mode d'emploi de la maison avant le passage des pouvoirs à Jonathan en notre absence. Chacun porte sa petite névrose. Il y en a de banales, lorsque la vie nous a épargné de trop forts traumatismes. Pour les plus douloureuses, le recours à quelque thérapie s'impose de lui-même. Ce n'est jamais simple de laisser sa maison derrière soi et j'appréhende de la retrouver, dans quel état, à l'issue de mes voyages. Pour ne pas radoter, de la même façon que je raconte ici ma vie une fois pour toutes, je me débarrasse des obligations domestiques par un fichier Word que je laisse au gardien du temple. Lorsque je vivais seul, j'avais coutume d'appeler Xanadou cet édifice acquis avec mes droits d'auteur, une fierté de nouveau riche. Je passais mes soirées devant le grand écran, un morceau de chocolat dans une main, un joint dans l'autre. Je ne suis plus seul, je vis heureux, mais je ne suis pas certain d'avoir changé tant que ça. Quel travail !

Le mode d'emploi de la maison débute avec une liste de numéros de téléphone à appeler en cas d'urgence : les nôtres, ceux de ma fille, ma mère, les voisins, les amis. Suivent ceux de la maison, une tripotée, dont celui qui permet de joindre tant la métropole que les États Unis gratuitement (Jonathan est new yorkais). Je copie-colle la suite, toute une littérature qui peut paraître débile et sans intérêt à qui ne vit pas là, mais qui en dit pourtant long sur les us et coutumes, non ?
POUBELLES : Recyclables (papier, plastique) MERCREDI Verte (passe à partir de 17h) - Le reste LUNDI et JEUDI Bleue - Verre sur la petite place du boulanger.
GAZ bouteille de rechange dans garage, clef sous cuisine avec bouteille en cours.
CHAT 1/3 boîte matin ET soir – et laisser toujours de l’eau. En cas d’absence, opter pour croquettes (sous plaques cuisson) : une poignée par repas. Scotch passe par la chatière pour aller derrière, et par le soupirail de la cave pour devant. En cas de "son" absence, condamner les deux accès pour empêcher d'autres matous de venir pisser dans la maison.
ARROSAGE * extérieur tous les 2 soirs s'il ne pleut pas, bien arroser les grands bacs (conifères, noyer bambous !), arroser devant en traversant le salon avec le tuyau !!! (surtout pots et bambous) * intérieur 1 fois par semaine (le week-end, par ex.) = 2° : chb bleue & salle de bain – Escalier –1° : SdB et salon – RdC : cuisine, bureau Françoise dont tout en haut attention pas déborder, et entre fenêtres studio.
JARDIN Devant : Romarin, Estragon, Sauge, Thym, Thym citron, Ciboulette, Laurier / Derrière : Menthe, Sariette, Verveine, Thym, Laurier, Fruits selon saison.
INTERNET en cas de problème débrancher/rebrancher la prise électrique FreeBox et borne Airport – Ne pas éteindre le G5 si on s’en sert tous les jours - Pour imprimer avec la R300 il faut que le G5 soit réveillé. Sinon, prendre l’Epson 740 qui est par terre dans le studio - Suivent les mots de passe Mac et PC ainsi que tout ce qui concerne les alarmes que je ne suis assez fou au point de les détailler ici.
ELECTRICITÉ Ne pas mettre le four à la position maxi. En cas de panne, les sécurités compteur sont au-dessus de la grande loupe et à l’entrée du studio.
FENÊTRES Bien les fermer en cas d’orage.
VIDÉO Penser à allumer/éteindre le caisson de basse en cas de 5.1 - Projecteur : régler sur S-Vidéo pour VHS et Satellite, ainsi que le format 1=Normal, 2 ou 3= deux formats 16/9, 5=sous-titres… Éteindre en 2 coups (le projecteur met 2mn pour arrêter de souffler) - Ampli : VCR1=satellite et graveur DVD, VCR2=VHS, DVD=conserver position "standard" sur bouton gauche doré, etc. - Visiopass : satellite. Pour regarder la TV : allumer le graveur DVD, le Visiopass, l'Ampli sur VCR1- Modes d’emploi vidéo sous proj - Bases de données « vidéothèque », « carnet d’adresses » sur G5 - Ne pas ranger un CD ou un DVD à une mauvaise place, en cas de doute mieux vaut l’empilement et je rangerai en rentrant.
HI-FI RdC CD=appuyer sur Tape 1 (lit aussi les dvd si on allume le moniteur !). Pour radio, rien d’appuyé. Pour DVD, comme CD, en allumant en plus la TV avec télécommande appuyer 3 fois sur AV pour avoir AV3 !
FEU Attention d’ouvrir la trappe avant de se servir de la cheminée. Charbon de bois dans le cagibis jardin.
CAVE Allumer la seconde cave avec le bouton gris du bas à l'entrée de la buanderie (celui du haut éteindrait la chaudière !)... Lessive à droite de la machine, on peut rajouter du Soupline dans le compartiment de droite pour que le linge soit plus doux, choisir le textile, la température (en général 40° sauf les tissus délicats 30°), appuyer sur le bouton de droite "Marche"... on peut sécher avec l'essoreuse à gauche : choisir dans cet ordre le textile (je mets souvent "mélangé"), puis "prêt à ranger", puis "Marche"... À la fin nettoyer le grand filtre qui est à l'intérieur à gauche (in-dis-pen-sable !)... Penser à mettre les deux machines sur "Arrêt" quand terminé !
QUARTIER Très bons boulanger et boucher sur la petite place, épicier dix mètres plus loin... Au bout de la rue, tabac-journaux... Marché sympa mercredi et dimanche matins (au métro, c'est la rue qui part à gauche à la patte d'oie), fromager à gauche et poissonnerie à droite en entrant... Bonne librairie en face... Le supermarché le plus proche est Champion (seul rayon poissonnerie de la ville)... Bons films en bas au ciné (v.o.), 5 minutes à pieds... VÉLOS dans garage...
C'est grave, docteur ?

mardi 4 juillet 2006

Elsa, 21 ans hier


J'ai toujours un peu peur de me faire engueuler par Elsa lorsque je parle d'elle, ici ou ailleurs. À cet âge, et ça ne date pas d'hier, on a besoin d'exister par soi-même, sans que les parents viennent en rajouter une couche, on n'est plus des bébés. La photo rappelle ses 21 ans passés. À gauche, la cousine, Chloé, la famille, elle compte d'autant plus qu'Elsa en a peu ; Chloé, à qui tout réussit sans effort, est toujours aussi naturelle. En dessous, Alice, l'amie de toujours, même immeuble, même nourrice, chamailleries et réconciliations. À droite, sa petite sœur, Clara, la tendresse du regard ; Elsa, fille unique, en a toujours rêvé, une sœur. Au-dessus, Galilée, c'est la grande sœur virtuelle, passionnée, et toujours l'immeuble (il y avait une dizaine de gamines à peu près du même âge pour un seul garçon, Victor, le frère d'Alice et Clara ; je ne parle pas des plus âgé/e/s ni d'Antonin qui était plus jeune, mais dont j'aborderai certainement un des jours les prouesses musicales et artistiques). Elsa, au centre de ses amies, fêtait dimanche soir son anniversaire au milieu de tous ses copains et on recommençait hier parce qu'elle est née le 3, le même jour que Scotch, le chat ; elle adore ses trois matous, les deux autres, Ouist et Snow, vivant avec sa mère chez qui la photo est prise. Manque Agathe, l'immeuble encore, le clown de la bande, elle a appelé de Berlin... La pose de chacune leur ressemble bien... Derrière, on aperçoit le piano, un Gabriel Gaveau, la musique... Elsa est attachée aux lieux de son enfance, Ménilmontant et L'île Tudy, mais elle est déjà sur la piste d'envol, logique pour une trapéziste, départ annoncé... Elle n'habite plus avec moi depuis bientôt deux ans, elle grandit vite, je suis un peu triste de penser que je ne la verrai probablement plus avant la rentrée...

mardi 16 mai 2006

Le chat, le musicien et le lapin


4 heures du matin. Je suis réveillé par un énorme vacarme au rez-de-chaussée. Redressé, je comprends en entendant le chat qu'il y a du grabuge à la cuisine. Je descends quatre à quatre pour me retrouver nez à truffe avec Scotch qui insulte le canapé. Je me baisse prudemment, lumbago oblige, pour constater qu'il n'y a rien dessous ! Le chat est hérissé, moi ahuri. Françoise me rejoint avec une lampe torche et aperçoit une petite chatte grise tapie derrière un pied. Elle est deux fois plus petite que Scotch. Bon, je ne vais pas la jouer brigade des sapeurs-pompiers, Françoise se saisit de Scotch qui se laisse faire et l'enferme en haut avec elle tandis que j'ouvre grand la porte d'entrée et avance le divan. La mignonne qui a préféré grimper jusqu'au second se laisse enfin attraper, complètement détendue... Nous comprenons qu'elle connaît très bien la maison et qu'elle a dû s'y infiltrer pendant notre escapade alsacienne, le chat étant parti en pension avec Elsa. Conclusion : ces deux-là se connaissent sinon cela aurait été autrement plus violent, et dorénavant nous bloquerons les issues félines en cas d'absence prolongée ! C'est la première chose que j'ai fait construire, ou plutôt creuser, lorsque j'ai pris possession de la maison, une double chatière dans le mur du salon, avec tapis en gazon synthétique entre les deux pour s'essuyer les pattes lorsqu'on revient du jardin. Côté rue, il faudra condamner le soupirail de la cave. Scotch a ses entrées des deux côtés. Évidemment le chat s'est rendormi, pas moi...

Parce que ce n'est pas tout ça, je dois continuer à composer la musique du film Le banquier, le maréchal et le missionnaire que j'ai enfin commencée dimanche après une courte période extrêmement désagréable de doute et d'incertitude. J'en paniquais, tant ce n'est pas mon habitude de caler devant la page blanche. Sentiment d'impuissance et d'incompétence détestable. Lorsque la matière résiste, c'est que le problème est mal posé. J'avais imaginé faire du faux-vrai, du "à la manière de". Le film est un montage d'archives sur la colonisation du Maghreb dans les années 20-30. Erreur, fatale erreur, sonoriser tout ça en jouant la carte de la reconstitution aurait donné un effet poussiéreux à l'ensemble. Et dans ce cas, il aurait mieux fallu de véritables documents plutôt que de tenter de reconstituer la musique d'époque avec des machines et les moyens du bord, très limités par mon inexpérience en la matière. Je prends le problème à bras le corps en utilisant la technique qui m'a toujours profité. Je me mets devant mon clavier et je joue, j'essaie des timbres avec le souvenir de la projection du film, surtout sans le regarder. Je m'amuse, m'apercevant que je n'ai oublié ni les gestes ni les sensations euphorisantes. Ça vient tout seul, je programme l'arpégiateur, je lui fais contrôler des tas de sons divers en fonction des notes que j'ai prise devant la table de montage. La musique se construit toute seule... Le lendemain, c'était hier, je ne peux m'empêcher d'écrire des séquences plus classiques, parce que ce sont celles qui m'angoissent le plus. Je reste victime de mes lacunes d'autodidacte, mais j'en profite en retournant mes faiblesses comme en aïkido. Je commence par des séquences de piano très debussystes et je termine avec tout l'orchestre. Je suis heureux, j'ai eu une bonne journée...

Le soir sur Arte, j'enregistre à 19h la première émission d'une série formidable, drôle et érudite, Les animaux ont une histoire. Le premier épisode, réalisé par Valéry Gaillard, était sur Lapin, extraordinaire ! Ça tombe vraiment bien au moment où je bosse avec Antoine sur Nabaz'mob. Antoine m'a demandé de ne plus parler de notre travail avant qu'on ait fini, alors motus et bouche cousue, surprise, venez le 27 mai (il faut s'inscrire, le spectacle qui est gratuit sera vite complet !) écouter 100 lapins en choeur... L'épisode de ce soir mardi est Ours, c'est de saison aussi, ça pourrait faire réfléchir quelques colonisateurs de nature pyrénéenne, le lapin ayant été superbement réhabilité hier soir ! Le commentaire est dit par Michael Lonsdale, absolument parfait. Cela me rappelle le ton qu'il avait lorsqu'il lisait pour moi le terrible Catalogue des cires anatomiques du Docteur Spitzner exposé à La Villette en 95 pour Il était une fois la Fête Foraine (disque Auvidis épuisé, dommage). C'est plein d'esprit et de toupet. Si ça reste du niveau du lapin (les réalisateurs/trices sont chaque fois différent/e/s pour aborder au cours de la semaine Hareng, Criquet, Castor), ne manquez surtout pas cette série qui n'a rien d'un documentaire animalier. C'est plutôt une encyclopédie cinématographique (remarquable bande-son, image en clair-obscur, etc.) qui ne ressemble qu'à elle-même. Il reste donc quelques auteurs à la télévision malgré les tentatives de les broyer sous le consensuel des prétendues attentes du public.

samedi 29 avril 2006

Studio GRRR (2) - le jardin


Samedi, jour de repos, si, si, ça m'arrive... Alors, si vous n'avez pas la fibre jardinière, passez votre chemin, vous vous ennuieriez, et revenez demain !
Ce matin, nous sommes allés acheter quelques fleurs printanières : des œillets d'Inde orange et bordeaux, des ancolies hybrides "de Coerulea" rouge et or, et des lupins rouges. Il n'y a plus de place pour grand chose. Au début, lorsque j'ai créé cet espace vert et coloré, après avoir cassé la chape de ciment de 40 centimètres d'épaisseur, j'ai réalisé un jardin zen, où tout était sobre et mignon. Il y avait même des rocailles, des cailloux de formes diverses, et Caroline m'avait prêté un énorme rocher en stuc, tellement réaliste qu'on s'y laissait prendre. Avec le temps, le jardin zen s'est transformé en jungle : les bambous font maintenant sept mètres de haut (ils poussent chaque année d'un mètre en une semaine ; on comprendra ainsi aisément la véracité du supplice du pal), le charme est grand et touffu (il nous cache des voisins, au demeurant charmants !), les plantes les plus agressives ont étouffé les humbles, les fraises ont été dévorées par les limaces (qu'on trucide écologiquement en leur laissant des coupelles remplies de bière ; côté escargots, nous les faisons jeûner avant de les savourer), les framboisiers se sont étiolés, mais la vigne donne de plus en plus de grappes, et on attend toujours que le kiwi hybride donne des fruits ; je suis furieux contre mon bouleau pleureur qui a toujours refusé de grandir et je protège le palmier des attaques des bambous. Le mur est envahi de lierre, de vigne vierge et de passiflore. Il y a tellement de trucs qu'il serait vain d'en dresser la liste. Chaque année est différente : il y eut celle des coquelicots apportés sans doute avec la terre, et puis celle du mauve, et une toute jaune... Nous ignorons encore à quoi ressemblera celle-ci. Elle a commencé rouge vif avec le cognassier du Japon. J'apprécie les couleurs complémentaires aux différents verts des feuillages.
Nous avons aussi rapporté de la menthe arabe pour le thé, du basilic et du persil, mais je crains toujours que ces deux-là ne déperissent trop vite, alors nous les avons cette fois plantés en pots. Les thyms (citron et ordinaire) s'étalent, le laurier est devenu un arbre, la ciboulette et la sariette sont reparties de plus belle, et la verveine citronelle s'épaissit chaque année. Françoise fait une telle consommation de tisane... Je me bats régulièrement contre une sorte de doriphores vert émeraude qui attaquent l'énorme buisson de romarin et la sauge. Craignant que les produits toxiques empoisonnent les "simples", j'ai jeté l'éponge du côté des rosiers trop souvent infestés de puçerons. Les seuls traitements que je tolère sont celui des coccinelles et le génocide à la bière évoqué plus haut.
Il y a donc deux jardins. Devant, c'est celui de la maison : églantier, lavater, tamaris, glycine, bambous noirs, conifère rampant, iris mauves, et plein d'autres espèces dont j'ignore le nom, mais je ne peux oublier le yucca qui obstrue la fenêtre de la cuisine, ni le lierre qui mange la façade, ni le muguet qui embaume à l'approche du 1er mai.
Derrière, c'est celui du studio. J'avais toujours rêvé que mon lieu de travail soit éclairé par la lumière du jour et donne sur de la verdure. J'ai pu installer quelques plantes d'intérieur entre les deux fenêtres, puisque le studio est une boîte dans la boîte. Lorsque je fatigue, je vais tailler, cueillir, humer ou simplement prendre le soleil. Lorsque personne ne me voit, il m'arrive de me vautrer dans certaines plantes dont le feuillage est très doux, d'y enfouir mon visage en l'embrassant littéralement (à bras le corps). L'hiver, il y a suffisamment de feuillages persistants (photunia, pins, palmier, toujours les bambous) pour que le paysage ne soit pas désertique. Je prends la photo maintenant, même si la lumière de cet après-midi est un peu grisâtre.
Les oiseaux m'accompagnent, même si la plupart gardent leur distance à cause de Scotch, toujours à l'affût des jeunes merles. Les adultes sont extrêmement bavards ces derniers temps, surtout le matin et le soir. Des moineaux ont fait leur nid dans le toit. Parfois je surprends des mésanges, des rouge-gorge, des verdiers... Les pies ne s'approchent plus depuis que Scotch en a attrapé une : elle avait le cou cassé, pendant en travers de la gueule du chat ; j'ai réussi à le coincer, à desserrer ses mâchoires, et comme par miracle la pie s'est envolée (air de Rossini), cette excellente comédienne faisait la morte !
Si cet aspect du studio vous semble anecdotique, préférez une visite plus professionnelle en vous reportant au billet du 18 avril dernier ou attendez la suite de ce feuilleton immobilier.