Jean-Jacques Birgé

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mardi 27 juin 2017

Salopards en casquette


Hier Louis-Julien Nicolaou écrivait que "hormis chez quelques rappeurs, j'ai jamais pu blairer les gens à casquette. Homme ou femme, c'est pareil. La casquette, c'est niet." C'est le genre de communication qui s'échange sur les réseaux sociaux, comme on se confie à ses amis. Si les avis divergent, cela change des insultes apolitiques qui fleurirent pendant les élections. On en reparlera dans six mois lorsque la réalité aura remplacé le storytelling des médias aux ordres... Ainsi, les unes et les autres réagissent et commentent. Marc Chonier poste une photo de lui avec couvre-chef et bébé sur le ventre, arguant d'abord qu'il y a casquette et casquette, et qu'elles sont très utiles aux chauves.
Sa casquette est du type européen, fondamentalement différente des américaines qu'évoque Nicolaou. Dans la première partie du XXe siècle, celle de Marc était la marque distinctive des ouvriers, que les bourgeois appelaient d'ailleurs "les salopards en casquette". Les patrons se distinguaient de la plèbe en portant melons ou hauts-de-forme. Il y a aussi celle des marins, et les circonstances pourraient pousser tout un chacun à ressembler avec joie au Capitaine Haddock. La casquette que ne peut pas supporter le journaliste des Inrocks est la casquette américaine, créée à l'origine pour le base-ball. Elle souligne l'influence des USA et ne donne pas à ses porteurs un air très intelligent, surtout lorsque la visière est à l'envers comme celle des coureurs cyclistes désirant protéger leur nuque du soleil. Cette impression peut sembler arbitraire, mais ce galurin rime hélas avec McDo et d'autres poisons du soft power...
Il existe quantité de couvre-chefs. Ayant porté moi-même la casquette avec rabat derrière la tête pour les traversées du désert, j'ai finalement et définitivement opté pour le chapeau des pêcheurs cambodgiens du Tonlé Sap. J'en possède de différentes couleurs. La visière est généreuse en largeur comme en longueur, quasi panoramique, et le rabat permet aussi d'éviter les coups de soleil qui vous prennent à revers. Ce tissu peut être relevé par deux petites ficelles qui pendent de chaque côté, ou couvrir le visage grâce à des boutons pression pour laisser apparaître seulement les yeux lorsque le vent de sable vous empêche de respirer. Agrémentée d'une paire de lunettes, c'est la version tropicale de la cagoule intégrale que je choisis par grand froid en passant loin des banques pour éviter tous risques inutiles !

dimanche 20 février 2011

Sur le Tonlé Sap (12)


Le mini-bus qui nous emmène à l'embarcadère pour traverser le lac Tonlé Sap faillit nous oublier, mais nous l'attrapons de justesse après l'avoir fait appeler par la réception de l'hôtel. Non contente d'avoir touché sa commission, mais cela c'est de ma faute, celle-ci nous a raconté n'importe quoi : en fait de quatre heures de navigation nous resterons à bord dix heures, l'eau étant trop basse pour avancer. Le conducteur du bateau et son jeune assistant doivent faire des pieds et des mains pour nous sortir de la boue, sciant les herbes qui se sont enroulées autour de l'hélice déjà bien entaillée pour avoir râpé le fond des canaux. Le voyage est superbe. Nous traversons des villages flottants qui bougent en fonction de la crue du lac alimentant tout le Cambodge.


Du pont du bateau ou du toit où un soleil de métal envoie des gifles brûlantes nous apercevons des enfants en uniforme à l'heure de la récréation. L'église aussi flotte au gré des saisons. Certains pilotis rappellent Kompong Phluk visité la veille.


Les pêcheurs, le plus souvent des femmes, utilisent un astucieux système de balancier pour jeter et remonter les filets.


Je voudrais un chapeau comme celui qu'elles portent pour les protéger du soleil avec un foulard attaché à l'arrière qui peut couvrir les épaules ou cacher la figure si on le ramène sur la bouche. La visière est très large. Deux petits lacets pendent de chaque côté. C'est parfait aussi pour éviter de respirer la poussière de la piste. La mode est aux carreaux, des petits, des grands, peu importe la couleur. J'en choisirai un bleu et un orange, mais je ne sais pas qui osera, à part moi, porter ce couvre-chef si j'en rapporte des marchés le long de la rivière.


La plupart des touristes photographient les enfants. Cela me gêne-t-il ou préfère-je capturer la nature avec mon objectif ? Une saleté a pénétré entre les lentilles. On voit parfois une tâche sur certains de mes clichés.


Comme je demande au capitaine si ce bel insecte pique, il me répond que son oncle et deux autres personnes de sa famille en sont morts. Je suis content d'avoir posé la question après avoir fait la photo.


Nous faisons halte sur un resto flottant où nous gouttons de succulents petits poissons grillés et sucrés, servis comme tout ici avec du riz blanc. Aux jumelles je scrute le ciel où volent pélicans, cormorans, divers échassiers, hirondelles et de jolis oiseaux bleu et vert. Je fais une petite sieste sur le toit de zinc de l'embarcation et nous arrivons en début de soirée à Battambang, deuxième ville du pays, dont j'ai appris depuis à prononcer correctement le nom grâce aux films visionnés à notre retour.

samedi 19 février 2011

Mangrove (11)


Parfois le réel est si prenant que la distance s'efface. Ce jour-là je n'ai pris aucune note. Les photos me ravivent la mémoire. Kampong Phluk est un village sur pilotis auquel on accède par bateau. À la saison sèche, le lac Tonlé Sap est quatre fois moins étendu qu'en période de mousson. Le cours du fleuve qui mène à Phnom Penh s'inverse alors, coulant dans un sens ou dans l'autre selon la saison.


Les échasses en bambou qui portent les baraques en planches ou en feuilles prennent tout leur sens. L'eau peut monter jusqu'en haut. N'étant jamais venu si tôt dans l'année, le chauffeur de tuk-tuk qui nous amène à l'embarcadère n'a pas l'habitude de faire une si longue route.


Les porcheries sont souvent accrochées au-dessus des viviers. Leurs déjections nourrissent les poissons qui y sont enfermés. On mangera les cochons comme les poissons.


Nous nous enfonçons plus loin dans la mangrove. Une petite fille de cinq ans aide sa mère qui conduit la pirogue en poussant avec un bâton pour nous désembourber.


Nous nous laissons porter dans le silence seulement dérangé par les clapotis. Nous ne verrons aucun reptile. Au fil de l'eau la gamine chante un air khmer...