Jean-Jacques Birgé

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lundi 20 mars 2017

David Hockney à la Tate Britain


J'ai toujours aimé l'eau et plonger est un plaisir sans mélange. Olivier Degorce me surprend devant A Bigger Splash pendant notre visite de l'exposition David Hockney à la Tate Britain de Londres. Les billets sont à prendre à l'avance si l'on ne veut pas attendre 4 heures pour cause d'affluence.


Face aux monographies, et celle-ci représente 60 ans de travail du peintre anglais, nous sommes surpris par certaines époques que nous ignorions comme ces Love Painting phalliques de ses débuts en 1960 où le jeune Hockney voulait prouver qu'il était capable de différents styles.


À mon tour je retourne l'appareil vers Olivier, songeur. L'exposition croise la chronologie et certaines thématiques. Ainsi la première salle, Play Within A Play, présente des œuvres de 1963 à 2014 où le réel et les illusions se jouent les uns des autres, facéties sur les perspectives et la transparence, comme le Rubber Ring Floating in a Swimming Pool de 1971 ou Kerby (After Hogarth) Useful Knowledge de 1975. Devant la (re)composition impossible du récent 4 Blue Stools j'ai l'impression que les dames jouent à Où est Charlie ?


Dépassé les Demonstrations of Versality, Paintings With People In, Sunbather, Towards Naturalism, Close Looking, la septième salle s'appelle A Bigger Photography. En 1980 la visite de Hockney à l'expo Picasso du MOMA de New York l'aurait poussé à recomposer ses tableaux à partir d'une quantité de Polaroïd, les fragments multipliant les points de vue d'une même scène, que ce soit des portraits ou des paysages.


Ses Experiences of Space post-cubistes ne me convainquent pas du tout ! Chercher à plaire, ou à toujours plaire, comporte parfois des chausse-trappes qui peuvent attirer un temps les créateurs...


The Wolds et surtout The Four Seasons, quatre murs cinématographiques nous encerclant, montrent l'attirance de Hockney pour de nouveaux outils comme ceux de la vidéo. Assemblage de prises de vue reconstituant le même espace filmé en voiture à quatre stades de la nature sur la route de Woldgate près de Bridlington dans le Yorkshire, l'installation nous transporte à la fois sur place et dans une vision personnelle de l'artiste comme si nous pénétrions dans son cerveau contemplatif. Après les paysages du Yorkshire et de Hollywood, le travail sur iPads termine le tour. Comme dans le film Le mystère Picasso de Clouzot, David Hockney nous montre le processus créatif à l'œuvre pour nombre portraits et natures mortes. De grands écrans reproduisent les mouvements du peintre en agrandissements géants de ses tablettes numériques. Le verre des écrans rappellent évidemment la surface de l'eau, la transparence des vitres et la lumière qui se dégage de l'ensemble de son œuvre.


Comme Olivier est un fan de Turner, nous finissons de nous brûler les yeux devant les incroyables huiles où l'abstraction pointe son nez sous couvert de brume et de fumée, de soleil ou d'obscurité. La Tate mérite qu'on y revienne bientôt, mais ça c'est une autre histoire.

David Hockney, Tate Britain, Londres, jusqu'au 29 mai 2017 - et au Centre Pompidou du 21 juin au 23 octobre 2017 !

mercredi 15 mars 2017

Jardins au Grand Palais


Ciel bleu. Fraîcheur printanière. Matin idéal pour marcher jusqu'au Grand Palais où l'exposition Jardins fleurit, enfermée dans son incontournable muséographie. À quoi tient le paradoxe ? Les tableaux accrochés sont des fenêtres ouvertes sur un extérieur rêvé par les artistes. Les jardins sont eux-mêmes des espaces clos. En cultivant le sien, chacun se projette dans un espace plus ou moins maîtrisé. La scénographie tient plus du jardin à la française, coupe réglée, que du faux laisser aller des Anglais. Ce n'est pas étonnant puisque les commissaires se sont essentiellement penchés sur l'hexagone. Le terrain est si vaste, si varié d'un continent à l'autre. Gilles Clément fait figure de révolutionnaire dans ce paysage sous contrôle.


Une Allégorie du printemps de Brueghel le Jeune et Edward aux mains d'argent de Tim Burton posent sous une collection d'arrosoirs et de sécateurs. L'exposition me renvoie à mon propre espace de verdure. Comment mon jardin japonais initial est devenu une jungle. Retaillé en petit parc de confort avec sauna, musique et luminothérapie, il s'est adapté à mon corps au travers des âges. Les jardins sont des métaphores.


La scénographe Laurence Fontaine s'est inspirée du film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais (The Draughtsman's Contract). Les œuvres semblent désertées, sans autre présence humaine que celle des visiteurs. Passé le Seuil et l'Humus, l'Arboretum aligne ses herbiers. Paul Klee a sélectionné ses Cinq planches comme on trie le bon grain de l'ivraie. Face à la nature, même domestiquée, l'ancien et le nouveau n'ont pas d'âge. Les peintures murales de Pompéi, les dessins de Dürer, les huiles de Watteau ou Fragonard ne sont pas plus datés que les impressionnistes, Picasso ou Patrick Neu. La taille varie selon les budgets. La famille de Médicis ou le Roi Soleil voient grand. J'ai toujours adoré le Parc de Saint-Cloud pour sa diversité, même si je préférais les Jardins Albert Kahn sur l'autre rive, décors miniatures incitant au voyage. Or ici la fiction fait défaut, malgré la présence d'extraits de L'année dernière à Marienbad de Resnais, Shining de Kubrick, Le parrain de Coppola, Eaux d'artifice de Kenneth Anger... On aimerait s'allonger sur l'herbe et regarder le ciel, ou sur un tapis imaginer le paradis...


Les bancs manquent toujours dans les galeries des musées, probablement pour que les visiteurs ne s'attardent pas trop. C'est dommage quand c'est justement le temps qu'on y passe qui nous permet de nous imprégner des œuvres, a fortiori si l'on veut feindre d'y croire. Parce que l'on cherche le parfum des fleurs, la moisissure du sous-bois, la brise qui raccourcit les distances. Le son est timide, imperceptible. Qu'importe, Bonnard, Berthe Morisot, Ernest Quost, Monet, Caillebotte, Klimt, Nolde forment une ronde, comme les saisons...


Après l'Allée, les Bosquets, le Belvédère, la Promenade, on tombe forcément sur Dubuffet, les genoux écorchés. La matière est indissociable du jardin. Il aurait surtout fallu du soleil, du vent, des oiseaux et des abeilles. Le son, bien entendu. Le labyrinthe de Le Nôtre suffirait-il pour nous perdre si les commanditaires étaient un peu plus courageux ? Ils craignent encore et toujours l'école buissonnière.


Ne boudons pas notre plaisir ! J'étais toujours un peu frustré, engoncé dans mon costume du dimanche avec nœud papillon, quand mes grands parents m'emmenaient au Pré Catelan. Faire mon propre jardin m'aura réconcilié avec ce domptage de la nature. Regarder, au fur et à mesure du temps passé, la sauvagerie des espèces s'appropriant la lumière. C'est bien ici l'alliée des peintres, sculpteurs, graveurs, photographes, paysagistes. La nuit tout se replie sur soi-même, s'éteignant jusqu'au matin.

Jardins, Grand Palais, jusqu'au 24 juillet 2017, entrée 9€-13€