Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 27 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle - Presse (22)


Le Monde - Sélection albums du 27 juin 2020 sous la plume de Patrick Labesse
PERSPECTIVES DU XXIIe SIÈCLE de Jean-Jacques BIRGÉ
(MEG-AIMP/Word and Sound)
Un album accaparant, de ceux qu'on ne peut écouter ni en faisant autre chose ni par tranches. Parce qu'à travers ce voyage fait de combinaisons de sons, de musiques, de voix, de langues et d'images, Jean-Jacques Birgé (composition, phonographie, claviers, instruments à vent, percussions) conte une histoire. Une multitude de protagonistes en déroulent le fil avec lui. Ses amis musiciens (dont le violoniste Jean-François Vrod, les souffleurs Nicolas Chedmail et Antonin Trí Hoang), mais également des flûtistes du Niger, des percussionnistes de Thaïlande et du Cameroun, des voix de Géorgie, du Pays basque, des Asturies, de Grèce ou de Bretagne… des porteurs de savoir anonymes. Birgé est allé les chercher dans les Archives internationales de musique populaire (AIMP) du Musée d'ethnographie de Genève (MEG). Il est réanime et met en scène avec doigté des pans de la mémoire du monde. Bravo au MEG qui ne laisse pas dormir ses archives et les ouvre régulièrement à des compositeurs contemporains.

Entretien avec Michel Masserey le 8 juin 2020 sur la Radio Télévision Suisse (RTS) dans le cadre de l'émission Vertigo



Entretien avec Benoît Perrier le 25 juin 2020 sur la Radio Télévision Suisse (RTS) dans le cadre de l'émission L’écho des pavanes
Extraits : MEG 2152, Aksak Tripalium, Ensemble Ratatam avec Elsa Birgé, Nicolas Chedmail, Sylvain Lemêtre, Jean-François Vrod, Antonin-Tri Hoang



mercredi 24 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (21) : vidéo "Éternelle"


Il était une fois... Comme toutes les bonnes histoires ou les contes pour enfants, j'aurais pu donner ce titre à la première pièce du disque intitulée Éternelle. Car c'est ainsi que tout a commencé... En 2152 dix-huit des survivants ayant élu campement sur les ruines du Musée d'Ethnologie de Genève témoignèrent chacun, chacune dans sa langue maternelle. On n’a rien vu venir. La catastrophe était pourtant annoncée. Il y a longtemps qu’on aurait pu s’y attendre. Cela n’a pas commencé comme ça. La fonte a provoqué de terribles inondations. La chaleur était devenue insoutenable. Comme une grande torpeur. Chacun réagit à sa manière. Les grandes paroles sont passées inaperçues. Le ciel trop étoilé, comme la voûte d'un planétarium. Ceux qui n’avaient rien ont pensé à ceux qui avaient tout... Homeira Abrishami, Blick Bassy, Rafael Carlucci, Vilma Parado Dejoras, Dana Diminescu, Linda Edsjö, Jalal Gajo, Alba Gomez Ramirez, Nikoleta Kerinska, Madeleine Leclair, Birgitte Lyregaard, Gary May, Manolis Mourtzakis, Anna Prangenberg, Monika Stachowski, Valentina Vallerga, Sun Sun Yip prêtèrent leur voix tandis que je jouais d'une flûte en plexiglas que Bernard Vitet m'avait construite à la fin des années 1970. Les siècles s'empilant, il faut être précis pour retomber sur ses pattes. Avec sa sonorité japonaise c'est certainement ma flûte préférée. On entend également quelques percussions découvertes dans les sous-sols du MEG, cymbales de Thaïlande et d’Assam en Inde, bols sonores du Japon et de Chine...
Pour cette sixième vidéo accompagnant la sortie de mon nouveau CD, Perspectives du XXIIe siècle, l'artiste Nicolas Clauss a choisi de montrer un paysage. Ce travelling caniculaire est probablement celui du temps qui file plutôt qu'un hypothétique voyage à une époque où plus rien ne roule à cette vitesse. Comme pour son précédent Larmes de crocodile, ces souvenirs bégaient, adoptant un va-et-vient me rappelant le film Back and Forth de Michael Snow de 1969. Elles fondent au soleil, plus proche que jamais.


Jean-Jacques BIRGÉ
ÉTERNELLE
Film réalisé par Nicolas CLAUSS

Jean-Jacques Birgé : flûte, percussion, phonographie

Homeira Abrishami, Blick Bassy, Rafael Carlucci, Vilma Parado Dejoras, Dana Diminescu, Linda Edsjö, Jalal Gajo, Alba Gomez Ramirez, Nikoleta Kerinska, Madeleine Leclair, Birgitte Lyregaard, Gary May, Manolis Mourtzakis, Anna Prangenberg, Monika Stachowski, Valentina Vallerga, Sun Sun Yip : voix

Idiophones trouvés sur les ruines du MEG :
cymbales de Thaïlande ching, châp lek et châp yai ; cymbales jota d’Assam, Inde ; bol sonore kin du Japon ; bol sonore de Chine

#1 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle
Dossier du MEG en français et anglais
L'album en écoute sur SoundCloud !

samedi 20 juin 2020

In English for once


The MEG publishes an English portfolio on my new CD "PERSPECTIVES FOR THE 22nd CENTURY" with full SoundCloud, films, portraits, etc.
Commissioned by the Ethnographic Museum of Geneva (MEG), Jean-Jacques Birgé composed a work based on the MEG's International Archives of Folk Music (IAFM). Perspectives for the 22nd Century includes 31 pieces recorded between 1930 and 1952 and compiled by Constantin Brăiloiu (1893-1958), founder of the IAFM and an authoritative reference in the field of traditional music.
Perspectives for the 22nd Century is written on the basis of an anticipation scenario where the survivors of the disaster of 2152 live on the ruins of the MEG and decide to rebuild themselves from the archives discovered on site. The composition mixes acoustic instruments, some of which belong to the MEG collections, virtual instruments, ambiences and sound archives.
A disturbing echo of current events, Perspectives for the 22nd Century is a sound fiction following the journey of humans who must reinvent themselves. In these times of questioning about the future of the planet and of humanity, Jean-Jacques Birgé wanted to dedicate this work to C.F. Ramuz and Vercors.
This CD is the fifth title to appear in the series of recordings published by the MEG and devoted to contemporary creations composed on the basis of its sound archives.
You can also order the CD on https://www.ville-ge.ch/meg/en/publications_cd.php

Photo © Madeleine Leclair

vendredi 19 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (19) : enfin !


Perspectives du XXIIe siècle tombe à pic au moment où le monde semble avoir basculé dans l'absurde. C'était à prévoir. Le système s'épuise. Ce n'est ni la première, ni la dernière manifestation du dérèglement dont nous sommes les auteurs. Comment retourner les évènements en notre faveur ? Transformer une dystopie en utopie ? Avons-nous d'autre choix ?
Aujourd'hui 19 juin, c'est le 19e article que je consacre à mon nouvel album, passant allègrement du projet initial au discours de la méthode, de l'enregistrement du disque à la réalisation des clips vidéo. Ce n'est pas terminé. Je vais continuer à vous bassiner avec ce drôle d'objet puisque s'ouvre maintenant la période "promo", d'autant que d'autres clips sont en cours de réalisation et qu'il y aura des prolongations, entre autres sous la forme d'un film à l'automne.
Malgré une centaine de disques à mon actif, c'est seulement le deuxième album physique "solo" après celui de mon Centenaire, il y a exactement deux ans. Après Birgé Gorgé Shiroc en 1975 (Défense de) et surtout Un Drame Musical Instantané qui aura duré 32 ans jusqu'en 2008, après n'avoir publié presque exclusivement que des albums virtuels sur drame.org depuis le début du nouveau siècle, j'avais décidé de recommencer à fabriquer des disques. En dehors des rééditions sur vinyle ou CD, et sur différents labels, étaient sortis sur le label GRRR mon duo avec Michel Houellebecq (Établissement d'un ciel d'alternance, 2007), le trio El Strøm (Long Time No Sea, 2017) et mon Centenaire (2018). On ne peut pas dire que j'inonde le marché, si ce n'est avec le laboratoire d'improvisation, mais cette collaboration avec une vingtaine d'improvisateurs/trices zélé/e/s est sans "commercial potential" puisque offerte gratuitement en écoute et téléchargement. J'ai néanmoins l'intention de produire un double album rassemblant une pièce phare de chaque rencontre.
J'évoque un disque "solo", mais de même qu'une quinzaine de musiciens/ciennes participaient à mon Centenaire, je suis cette fois épaulé par quatre musiciens exceptionnels, le corniste Nicolas Chedmail, le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang, le violoniste Jean-François Vrod et le percussionniste Sylvain Lemêtre. Ma fille Elsa fait une petite apparition et dix-huit survivants de 2152 interviennent, chacun/e dans sa langue maternelle.
Survivants de de 2152 ? Si vous n'avez pas suivi cette drôle d'aventure, il s'agit d'une évocation musicale dans l'esprit des poèmes symphoniques chers à Hector Berlioz ou des Hörspiel pour lesquels les Français n'ont pas de terme comparable. Je résume : les survivants de la catastrophe qui ont élu campement sur les ruines du Musée d'Ethnologie de Genève (le MEG est accessoirement le producteur du CD !) y découvrent les archives sonores des AIMP (Archives Internationales de Musique Populaire) et en particulier le Fonds Constantin Brăiloiu et choisissent de s'en inspirer pour se reconstruire. Je vous renvoie au texte initial pour les détails. J'ai donc continué mon projet d'anticipation entamé sur les dernières pièces de mon Centenaire !


Je me suis ainsi approprié 31 archives de musiques dites traditionnelles enregistrées entre 1930 et 1950 auxquelles j'ai ajouté ma propre vision du futur. Il ne s'agit ni de remix, ni d'orchestration, ni même de recréation, mais d'une œuvre nouvelle obéissant à sa propre logique. J'ai transformé ces musiques, je l'espère, sans les trahir, orientant mon travail sur leur fonctionnalité plutôt que leur origine géographique ou historique, exactement comme Brăiloiu le concevait.
J'ai ensuite demandé à des artistes vidéo de procéder de même, soit de faire du neuf avec du vieux en choisissant chacun/e une ou plusieurs des 16 pièces du disque comme bande-son. Le résultat est au delà de mes espérances. Sonia Cruchon a réalisé Aksak Tripalium et Berceuse ionique, Nicolas Clauss Larmes de crocodile et Éternelle, Eric Vernhes De vallées en vallées, John Sanborn Ensemble Ratatam et d'autres suivront comme Les champs les plus beaux par Valéry Faidherbe ou L'Indésir par Sonia Cruchon.
Cette folle aventure n'aurait pas été possible sans la complicité de Madeleine Leclair, conservatrice du Département d'ethnomusicologie du MEG, responsable des Archives internationales de musique populaire (AIMP) et éditrice du label MEG-AIMP. Avec deux mois de retard, parenthèse partagée par tout le monde, et évitant l'embouteillage de la rentrée de septembre, ce tournant important de mon travail sort enfin !

→ Jean-Jacques Birgé, Perspectives du XXIIe siècle, cd MEG-AIMP, livret de 44 pages, dist. Word and Sound

Photo © Madeleine Leclair

jeudi 18 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (18) : vidéo "Aksak Tripalium"



Tandis que nous nous approchons de la date fatidique de sortie de mon nouvel album, Sonia Cruchon livre une seconde vidéo que la musique du CD lui a inspirée. C'est aussi la cinquième après sa Berceuse ionique, De vallées en vallées d'Eric Vernhes, Larmes de crocodile de Nicolas Clauss et Ensemble Ratatam de John Sanborn. Le titre Aksak Tripalium est composé de aksak (du turc « boiteux ») désignant un rythme irrégulier, par exemple à 5, 7, 9, 11, 13 ou 15 temps, et de tripalium, travail en latin, qui était un instrument de torture ! La réalisatrice s'appuie surtout sur la notion de travail des différents morceaux que j'ai choisis dans le Fonds Constantin Brăiloiu déposé aux Archives Internationales de Musique Populaire (AIMP) du Musée d'Ethnographie de Genève (MEG). Dans un premier temps les gestes des travailleurs viennent se superposer à une planche d'objets dessinée par le roi des Bamouns (ouest du Cameroun) Ibrahim Njoya, archive supposée retrouvée par les survivants de 2152 sur les ruines du MEG. Suivent les fruits de ce labeur par la poussée de plantes aussi magiques que les illustrations de Ernst Haeckel. Une forte sensualité s'en dégage lorsque la vie reprend après la catastrophe... Nicolas Chedmail à la trompette, aux cor et saxhorn, et Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse renforcent la fanfare que j'avais improvisée au clavier, tandis que le percussionniste Sylvain Lemêtre vient prêter main forte à ces évocations entraînantes que je suis allé chercher aux îles Hébrides, en Géorgie et en Macédoine avant de m'y lancer corps et âme...



Jean-Jacques BIRGÉ
AKSAK TRIPALIUM
Film réalisé par Sonia CRUCHON

#7 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118
Archives Internationales de Musique Populaire
Musée d'Ethnographie de Genève
Sortie le 19 juin 2020

Jean-Jacques Birgé : clavier, cuivres
Nicolas Chedmail : trompette, cor, saxhorn
Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinette basse
Sylvain Lemêtre : percussion

Sources musicales :
Gaëls (Hébrides : île de Barra). Chant de travail (tissage du tweed) : "Di Sathuirne ghabhmi mulad" (Samedi j’étais triste). Voix de femmes, 1948
Géorgiens. Danse chantée. Chœur d’hommes. Géorgie occidentale
Serbes de Macédoine (région de Skoplje). Danse des terrassiers. Chœurs d’hommes et deux flûtes (supilki), 1951
Géorgiens. Chant de travail aux champs. Solo et chœur d’hommes. Géorgie orientale

Sources photographiques :
Planche des objets - Dessin d’Ibrahim Njoya
Cameroun, Grassfields, Foumban, Royaume bamun. Vers 1930
Papier à dessin, encre de Chine et crayons de couleur. 75 x 54,5 cm
Don du pasteur missionnaire Jean Russillon en 1966

Formes artistiques de la nature - Ernst Haeckel

Sources cinématographiques :
Archives Prelinger, Shutterstock

#1 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

mardi 16 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (17) : vidéo "Ensemble Ratatam"


John Sanborn est une star de la vidéo. Je craignais qu'il soit débordé après God in 3 persons, le dernier spectacle qu'il a mis en scène à New York avec The Residents. En septembre de l'année dernière, j'avais composé et créé en direct NONSELVES, une heure d'improvisation préparée pour une performance sur les chapeaux de roues à partir de sa création commandée par le Musée du Jeu de Paume. Nous en étions sortis excités comme des puces. Lorsque je l'ai contacté à Berkeley, il a aussitôt choisi d'intervenir sur Ensemble Ratatam, le bouquet final de ma saga d'anticipation, Perspectives du XXIIe siècle (en anglais, Perspectives for 22d Century). L'idée de fermer le ban lui a certainement plu. Comme je l'avais demandé au saxophoniste Antonin-Tri Hoang, au violoniste Jean-François Vrod et au percussionniste Sylvain Lemêtre, je désirais que cette coda soit festive, avec un bémol à la clef, fausse sortie et clap de fin laissant présager que les ennuis allaient recommencer. J'avais choisi le titre de cette seizième pièce à partir d'un calembour inspiré par les deux bourrées berrichonnes. Dans la partie ivoirienne, Antonin, avec son envolée lyrique plus folle que nature, fait bouger mes zygomatiques comme lorsque j'écoute Music Matador par Eric Dolphy. Et John Sanborn a tout compris, s'appuyant sur tout ce que s'était passé ou se passerait, pour faire sans blanc, et en couleurs, soit une analyse grinçante de la manipulation dont nous sommes tous et toutes victimes depuis le début. Le temps s'écoule et s'écroule, les masques ne tomberont donc pas de sitôt, mais la ruche nous sauvera si nous la protégeons et les corps dessineront des fleurs hypnotiques. Si les colombes sont claires les questions restent entières... Sur les ondes d'un autre monde, combien de fois devrai-je le répéter ? Autant qu'à m'en saouler de lumière !


Jean-Jacques BIRGÉ
ENSEMBLE RATATAM
Film réalisé par JOHN SANBORN

Jean-Jacques Birgé : synthétiseur, harmoniseur
Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinette basse
Jean-François Vrod : violon
Sylvain Lemêtre : percussion

Sources :
Africains (Côte d’Ivoire). Chant de divertissement. Chœur d’hommes et harpe fourchue dyulu, bouteille frappée, 1952
Français (Berry). Bourrées (vielle), 1948

#16 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle
et toutes les vidéos sur Vimeo réalisées par Sonia Cruchon, Eric Vernhes, Nicolas Clauss, John Sanborn, Valéry Faidherbe...

vendredi 12 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (16) : interview RTS


À peine le communiqué de presse envoyé, voici une petite interview enregistrée par Michel Masserey sur la RTS (Radio Télévision Suisse) à propos de la sortie imminente de mon nouvel album produit par le MEG (Musée Ethnographique de Genève)...



Le CD Perspectives du XXIIe siècle sort le 19 juin, mais déjà les vidéos de Berceuse ionique réalisée par Sonia Cruchon, De vallées en vallées par Eric Vernhes et Larmes de crocodile par Nicolas Clauss sont en ligne. D'autres de John Sanborn, Valéry Faidherbe, etc. suivront...

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

lundi 8 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (15) : vidéo "Larmes de crocodile"


J'ai choisi de publier les vidéos des différents réalisateurs qui ont adopté mes Perspectives du XXIIe siècle dans l'ordre d'arrivée plutôt que dans celui du disque. Si vous me suivez, vous expérimenterez la surprise que j'ai rencontrée depuis le mois de mai à chaque nouvelle livraison. Elle se propagera probablement jusqu'en septembre. Plus tard, avec Sonia Cruchon qui initia ce projet pharaonique, nous rassemblerons toutes les séquences pour en faire un film à l'image de mon petit opéra contant l'histoire des survivants de 2152 qui décidèrent de se reconstruire à partir des archives sonores découvertes sur les ruines du musée où ils avaient élu campement. Si le Fonds Constantin Brăiloiu fut largement mis à contribution pour le CD, le nouveau récit s'appuiera cette fois sur les vidéos, qui prennent de saines latitudes par rapport au cahier des charges initial !
Pour avoir longtemps collaboré avec Nicolas Clauss au début du XXIe siècle, je suis enchanté qu'il ait accepté de mettre en images Larmes de crocodile. À partir d'une séquence très courte, trois ou quatre secondes mises en boucles bègues, il plonge dans la civilisation pré-Covid, juste avant la bascule qui sonnera la fin de l'ère Bernays. Soixante dix ans après Brăiloiu et cent quarante avant la catastrophe, soit au tiers de la distance temporelle, les New Yorkais qu'il scrute avec sa machine de Stutter ne semblaient pas imaginer ce qui leur pendait au nez. On peut identifier d'ailleurs des signes déterminants : la prière (les replis communautaires), Fedex (le désastreux bilan carbone), M&M et Starbucks (la malbouffe), l'eau (enjeu fatal), NYPD (la violence de ce monde sécuritaire)... Mais ces images de foule soulignent surtout la détresse de chacun et chacune dans les villes surpeuplées. Comme les autres réalisateurs, Clauss s'est laissé porter par la musique. Le violoniste Jean-François Vrod et le clarinettiste Antonin-Tri Hoang slaloment entre les esquimaux Caribous et les pygmées Babinga Bangombé.


Jean-Jacques BIRGÉ
LARMES DE CROCODILE
Film réalisé par NICOLAS CLAUSS

Jean-Jacques Birgé : piano, harmoniseur
Jean-François Vrod : violon
Antonin-Tri Hoang : clarinette basse

Sources :
Esquimaux Caribous (Baie d’Hudson). Chant magique pour la chasse au phoque, 1938
Africains (République du Congo, région de Ouesso). Yéli, chant magique pour la chasse à l’éléphant. Solo et chœurs de femmes. Pygmées Babinga Bangombé. Campement proche du village de Gandicolo, 1946

#9 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

mercredi 3 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (14) : communiqué de presse


Publication du CD Perspectives du XXIIe siècle

Composition : Jean-Jacques Birgé (2020), d’après les archives sonores du MEG

Musiciens :Jean-Jacques Birgé (claviers, field recording, flûte, percussion, etc.), Jean-François Vrod (violon), Antonin-Tri Hoang (clarinette basse, sax alto), Nicolas Chedmail (cor), Sylvain Lemêtre (percussion), Elsa Birgé (chant) et 18 personnes intervenant dans leur langue maternelle

Enregistré et mixé en 2020 par Jean-Jacques Birgé au Studio GRRR (Bagnolet, France)

Label : MEG-AIMP / Musée d’ethnographie de Genève
Genre : Musique contemporaine, musique expérimentale, archives sonores
Date de sortie : 19 juin 2020
MEG-AIMP118 (CD)
Digipack 44 pages en français et anglais
Textes et photographies par Jean-Jacques Birgé et Madeleine Leclair

Liste des pièces
Éternelle / L’Indésir / MEG 2152 / Renaissance / Les Jambes / Hibakusha / Aksak tripalium / Tirage au sort / Larmes de crocodile / Variationstrieb / Gwerz de l’âme juste / Au loup / Les champs les plus beaux / De vallées en vallées / Berceuse ionique / Ensemble ratatam (durée totale : 58’25)


Commande du Musée d’ethnographie de Genève (MEG), Jean-Jacques Birgé a composé une œuvre d’après les Archives internationales de musique populaire (AIMP) du MEG. Perspectives du XXIIe siècle intègre 31 pièces enregistrées entre 1930 et 1952 et réunies par Constantin Brăiloiu (1893-1958), fondateur des AIMP et référence majeure dans le domaine des musiques traditionnelles.
Perspectives du XXIIe siècle est écrite sur la base d’un scénario d’anticipation où les survivants de la catastrophe de 2152 vivent sur les ruines du MEG. Ils décident de se reconstruire à partir des archives découvertes sur place. L’œuvre mêle des instruments acoustiques dont certains appartiennent aux collections du MEG, des instruments virtuels, des ambiances et des archives sonores.
Écho troublant d’actualité, Perspectives du XXIIe siècle est une fiction sonore suivant le parcours d’humains qui doivent se réinventer. En ces temps d’interrogations sur l’avenir de la planète et de l’humanité, Jean-Jacques Birgé a souhaité dédicacer cette œuvre à C.F. Ramuz et Vercors.


Ce CD est le cinquième titre à paraître dans la série discographique publiée par le MEG et consacrée à des créations contemporaines composées sur la base de ses archives sonores. Points d’intérêt
- Œuvre contemporaine composée par Jean-Jacques Birgé, artiste français indépendant à la fois compositeur de musique, réalisateur de films, auteur multimédia, écrivain et designer sonore.
- Œuvre intégrant 31 morceaux enregistrés entre 1930 et 1952 en Europe, Asie et Afrique, issus des Archives internationales de musique populaire (AIMP) du MEG.
- Œuvre intégrant le son d’instruments de musique (cymbalettes et bols sonores) appartenant aux collections du MEG, et spécialement joués pour ce projet.
- Fiction sonore racontant une succession d’épisodes éprouvés par les survivants d’une catastrophe à venir en 2152, qui découvrent miraculeusement les archives sonores conservées au MEG.
- Suite de pièces musicales évoquant l’art radiophonique et s’inspirant de la tradition des poèmes symphoniques.
- Le cinquième CD à paraître dans la série « Créations contemporaines » publiée par le MEG (MEG-CDG par Sinner CD, Chambre sonore par Julien Perez, The Poetics of Time-Space par Jeremy Young, La fabrique des contes par Gabriel Scotti).

Edition : Musée d’ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair

Distribution (monde) : Word and Sound
Commandes

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

mardi 2 juin 2020

Perspectives du XXIIe siècle (13) : vidéo "De vallées en vallées"


De vallées en vallées est la deuxième vidéo du projet Perspectives du XXIIe siècle que j'ai reçue après Berceuse ionique de Sonia Cruchon. C'est évidemment une formidable surprise de découvrir comment Eric Vernhes l'a réalisée d'après le film muet de Segundo de Chomón, Le scarabée d'or. Cette idée lui est venue en écoutant la musique que j'ai composée, et elle colle magnifiquement à cette course folle sous les étoiles. Celle du Birgé guidait déjà les troupeaux vers les hauteurs ! Est-ce de circonstance virale, mais en regardant le magicien j'ai pensé à la phrase de Paracelse : "Je vous apporte la peste. Moi je ne crains rien. Je l'ai déjà."...
Replacer les musiciens dans l'espace, en particulier la nature qui aujourd'hui reprend ses droits après la sécheresse et les inondations qui ont suivi la catastrophe, fait apparaître l'exaltation qui s'est emparée d'eux. Emboîtant le pas à mes rythmes hypnotiques, le clarinettiste Antonin-Tri Hoang, le percussionniste Sylvain Lemêtre et Nicolas Chedmail, qui souffle simplement dans son embouchure, me rappellent la course folle des meules de foin des Saisons d'Artavazd Pelechian. La transposition est osée si l'on se réfère au troupeau perdu des Bulgares, aux appels au bétail des Peuls ou au chant de vacher asturien. Mais la magie autorise bien des choses !
Conseil : regardez le film en plein écran !


Jean-Jacques BIRGÉ
DE VALLÉES EN VALLÉES
Film réalisé par ERIC VERNHES

Jean-Jacques Birgé : clavier, phonographie
Antonin-Tri Hoang : clarinette basse
Nicolas Chedmail : souffle
Sylvain Lemêtre : percussion

Sources musicales :
Bulgares (Région de Sofia). Musique à programme : "Le troupeau perdu". Flûte à bec
Peuls (territoire du Niger). Appels au bétail, 1948-1949
Asturiens. Chant de vacher : vaqueirada. Voix d’homme, tambourin (pandeiro). Région de Luarca, 1952

Source cinématographique :
Le scarabée d’or de Segundo de Chomón
Réalisateurs : Ferdinand Zecca et Segundo de Chomón
Scénario et cinématographie : Segundo de Chomón
Société de production : Pathé Frères, 1907

#14 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Direction éditoriale : Madeleine Leclair
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

vendredi 29 mai 2020

Perspectives du XXIIe siècle (12) : vidéo de Berceuse ionique


C'est parti ! La première vidéo de mon nouvel album Perspectives du XXIIe siècle est en ligne. Pour lancer les opérations, Sonia Cruchon a choisi la Berceuse ionique en jouant avec les silhouettes des rescapés de la catastrophe. Des images du passé habitent ces ombres colorées. À chaque réalisateur j'ai demandé de s'inspirer des archives découvertes sur les ruines du Musée d'Ethnologie de Genève, qui m'a commandé l'œuvre et produit le CD, pour inventer leur avenir. Nous sommes en 2152. J'avais ainsi procédé avec la musique, m'appuyant sur 31 pièces enregistrées entre 1930 et 1952 du Fonds Constantin Brăiloiu conservé aux Archives internationales de musique populaire (AIMP) du MEG. Brăiloiu (1893-1958) est une référence majeure dans le domaine des musiques traditionnelles. Mon petit opéra où les voix viennent de très loin mêle des instruments acoustiques dont certains appartiennent aux collections du MEG, des instruments virtuels, des ambiances et ces archives sonores. Écho troublant d’actualité en ces temps d’interrogations sur l’avenir de la planète et de l’humanité, Perspectives du XXIIe siècle m'a été inspiré par la lecture d'un roman de C.F. Ramuz à qui j'ai dédié l'œuvre ainsi qu'à un autre écrivain, Vercors, pour ses Animaux dénaturés.
Les prochaines vidéos seront signées Eric Vernhes (De vallées en vallées), Nicolas Clauss (Larmes de crocodile, Éternelle), John Sanborn (Ensemble Ratatam), Valéry Faidherbe (Les champs les plus beaux), Sonia Cruchon (Aksak Tripalium, MEG 2152) et avec Nicolas Le Du (L'indésir). Je n'ai pas encore trouvé qui réalisera le Gwerz de l'âme juste et quelques autres petites pièces, l'ensemble probablement réuni en un grand film...


Jean-Jacques BIRGÉ
BERCEUSE IONIQUE
Film réalisé par Sonia CRUCHON

Jean-Jacques Birgé : lamellophone Array mbira, phonographie
Jean-François Vrod : violon
Sylvain Lemêtre : percussion

Source musicale :
Grecs (Asie mineure). Berceuse. Voix de femme. Ionie, 1930
Collection universelle de musique populaire
Archives Constantin Brăiloiu

Sources photographique :
Détail d'une des sections peintes sur le dos d'une chemise amérindienne
Photographie : MEG/Jonathan Watts. Chemise. Etats-Unis, plaines du sud. Comanche? Début du 19e siècle. Peau. H 65 cm l 150 cm. Don du naturaliste Moïse-Etienne dit Stefano Moricand au Musée académique en 1838

Source cinématographique :
Archives Prelinger, Shutterstock

#15 du CD "Perspectives du XXIIe siècle"
MEG-AIMP 118, Archives Internationales de Musique Populaire - Musée d'Ethnographie de Genève
Distribution (monde) : Word and Sound
Sortie le 19 juin 2020
Commande : https://www.ville-ge.ch/meg/publications_cd.php

N.B.: Madeleine Leclair, qui, entre autres, dirige la collection (MEG-AIMP/VDE-Gallo) et s'est beaucoup investie dans ce projet, m'apprend que les disques arrivent à Genève aujourd'hui. Je bous d'impatience !

Tous les articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle

mardi 12 mai 2020

Clips du XXIIe siècle


Je n'en ai encore publié aucun, mais les premiers clips vidéo accompagnant mon nouvel album Perspectives du XXIIe siècle qui sort le 19 juin, commencent à arriver. Sonia Cruchon a réalisé Berceuse ionique à partir d'un détail d'une des sections peintes sur le dos d'une chemise amérindienne provenant des collections du Musée d'Ethnographie de Genève, qui a d'ailleurs produit le CD, et d'archives cinématographiques du Fonds Prelinger. La peau est probablement comanche, en tous cas des plaines du sud des États Unis, du début du XIXe siècle. Sonia remplit des silhouettes avec de la matière filmique pour évoquer ce que les personnes portent en elles, et non pas ce qu’elles montrent d’elles. J'entrevois "ce que sont les nuages", les théâtres d'ombres et celle, terrible, d'Hiroshima. Mais c'est une berceuse très tendre, alors pour le générique de fin j'ai ajouté quelques secondes de l'orage qui s'éloigne.


Pour De vallées en vallées, Eric Vernhes a travaillé exclusivement à partir du Scarabée d'or, film de 1907 de Segundo de Chomón. Se calant sur les deux parties de la pièce musicale, il l'a d'abord rallongé par des bégaiements pour ensuite le transformer psychédéliquement. J'ai l'impression que mes survivants de 2152 ont trouvé des champignons hallucinogènes qui poussaient sur les bouses de leurs troupeaux, tout en haut dans les alpages. Là aussi le ciel est évoqué sans le montrer littéralement. Cette fois les nuages se sont dissipés pour offrir une merveilleuse voûte étoilée. Dans les deux cas on sent la chaleur torride à l'origine de la catastrophe.
À tous les réalisateurs/trices j'ai demandé qu'ils/elles partent d'archives pour permettre aux protagonistes d'inventer leur avenir en s'appuyant sur le passé, histoire de ne pas recommencer les mêmes erreurs. J'attends avec impatience les nouveaux clips que ma musique aura inspirés ! J'ignore encore si les seize pièces seront imagées, mais j'en rêve. Je sais que Nicolas Clauss travaille déjà à Larmes de crocodile, et Valéry Faidherbe, John Sanborn sont à l'œuvre...

Précédents articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle : 1 2 3 4 5 6 7 8 9

mercredi 29 avril 2020

Chanson coupée


J'apprécie les DVD pour leurs bonus : documentaires, témoignages, scènes coupées, etc. Certains de mes articles peuvent aussi être considérés comme des suppléments à je ne sais quoi. J'avais prévu de chanter dans la dernière pièce de mon prochain album, Perspectives du XXIIe siècle, et puis en avançant je me suis rétracté. Il y avait suffisamment de voix et je préférai conserver l'aspect évocateur plutôt qu'enfoncer le clou. Dans le disque, ma fille Elsa chante une petite mélodie, Jean-François Vrod produit d'inquiétants borborygmes, dix-sept "survivants de la catastrophe" venus du monde entier prononcent quelques phrases, chacun/e dans sa langue maternelle, et surtout il y a les voix du passé enregistrées en Éthiopie, dans les Alpes Suisses, au Pays Basque, dans les îles Hébrides, en Géorgie, chez les Esquimaux Caribou, au Congo, en Bretagne, en Roumanie, à Formose, en Kabylie, au Japon, au Niger, en Asturie, en Grèce, en Côte d'Ivoire, dans le Berry... J'oubliais que j'énonce aussi certains principes de démocratie directe ! Alors aujourd'hui je livre le brouillon de ce que je ne chanterai probablement jamais en l'illustrant d'une photo qui ne figurera pas non plus dans le livret de l'album produit par le MEG (Musée d'Ethnographie de Genève). Sa sortie est repoussée au 21 juin pour les raisons qu'il ne vous est pas difficile d'imaginer...

J’ai creusé à deux mains
En retournant la terre
J’ai pensé à demain
Avec une barre de fer

I dug I dug I dug
Looking for something
There was a lot of dust
Just under the rag

J’ai pensé à deux mains
En regardant la Terre
J’ai pensé à demain
À ce qu’il faudrait faire

I fly I fly I fly
Looking for something
We are a little dust
Lost under the sky

Le thème de mon disque est brutalement d'actualité. Commencée il y a plus d'un an, cette utopie post-apocalyptique, tristement lucide et merveilleusement romantique, sortira à point nommé...

Grands remerciements à Homeira Abrishami, Blick Bassy, Rafael Carlucci, Vilma Parado Dejoras, Dana Diminescu, Linda Edsjö, Jalal Gajo, Alba Gomez Ramirez, Nikoleta Kerinska, Madeleine Leclair, Birgitte Lyregaard, Gary May, Manolis Mourtzakis, Anna Prangenberg, Monika Stachowski, Valentina Vallerga, Sun Sun Yip qui ont prêté leur voix au futur.

lundi 30 mars 2020

Perspectives cinématographiques


Au terme d'un projet de création, existe presque toujours une désagréable impression post-partum. Comme j'avais validé le mastering de Perspectives du XXIIe siècle, mon nouvel album co-produit avec le Musée d'Ethnographie de Genève (MEG) et les Archives Internationales de Musique Populaire (AIMP) et que son livret était entre les mains du graphiste, je me sentais vide, démuni, incapable de composer la moindre chose pendant les semaines qui suivraient. Le confinement n'arrange rien. Je rangeai mes archives de presse qui avaient subi deux déménagements et dont je retardais l'échéance depuis vingt ans et envisageai de faire de même avec le rayon bricolage à la cave, un beau fouillis où se mélangent les clous et les vis. Mes articles m'occupaient bien trois heures comme d'habitude, mais j'avais besoin de me remettre à rêver. C'était pareil avec les vacances. Notre voyage au Japon annulé par les circonstances historiques, j'avais perdu de vue la sortie de crise. Cette question fut momentanément résolue vendredi en louant une maison de pêcheur en Bretagne dans le courant du mois de juillet. Au moins on verrait la mer. Le coup de téléphone de Monsieur de Mesmaeker me proposant un travail de commande ne survenant évidemment pas, j'avais même remisé mon gaffophone...
L'idée salvatrice est venue de Sonia Cruchon et Nicolas Le Du à qui j'avais suggéré de réaliser un clip à partir d'une des pièces du nouveau CD. Ils avaient étonnamment réagi comme Madeleine Leclair en découvrant l'œuvre aboutie. Madeleine, qui est à l'origine du projet, imaginait qu'une écoute collective dans un théâtre serait parfaitement adaptée, "ou alors dans le wagon d'un train (en marche), où tous les passagers, qui se connaissent peu au début mais finissent par s'apprivoiser un peu, sont embarqués dans un même voyage." Elle rêvait d'un dôme sonore, comme Hexagram à Montréal, ou la SAT ou simplement le MEG. Allongés sur l'un des divans de leur péniche, Sonia et Nicolas avaient eu la même sensation, le besoin d'être ensemble. Or un disque se prête plutôt à l'écoute individuelle, chez soi, ou à la radio, ce qui revient à peu près au même. Était-ce dicté par le sujet de mon petit opéra qui rappelle terriblement ce que nous sommes en train de vivre ? Mes deux amis me proposèrent illico de réaliser un film qui couvrirait l'ensemble de l'œuvre plutôt que le clip d'une des pièces. Mon cerveau se remit instantanément à bouillonner. De nouvelles Perspectives se dessinaient. Je tiens mon énergie de cette pensée vectorielle qui m'anime sans le moindre effort.
Madeleine est aussitôt emballée par le nouveau projet, ainsi que la directrice d'une cinémathèque possédant quantité de films libres de droits. Nous conservons le même principe : en 2152 des survivants à la catastrophe, vivant sur les ruines du MEG, se reconstruisent à partir des archives qu'ils y découvrent. Si la musique s'appuie sur le Fonds Constantin Brăiloiu, notre long métrage de fiction documentée bénéficiera de l'incroyable iconographie du musée et ses objets collectés dans le monde entier, plus les films de la cinémathèque. Pour l'occasion je réenregistrerai certaines parties de façon à ce qu'elles soient filmées. Mais c'est juste le début, l'étincelle. Nous n'avons plus qu'à nous mettre au travail !
Reste comme toujours la question du financement. Il faudra trouver des coproducteurs et des subsides (c'est un appel voilé !), malgré l'indépendance qui a toujours fait notre force...

jeudi 27 février 2020

Perspectives du XXIIe siècle (8)


L'enregistrement de Jean-François Vrod marque la fin d'un long processus de création entrepris il y a un an. Il ne me restait plus qu'à revoir le mixage à la lumière de l'ajout du violon. Comme Nicolas, Sylvain, Sacha et Antonin, mon camarade me suggéra judicieusement quelques modifications ici et là. Des oreilles fraîches et bienveillantes sont les bienvenues lorsqu'on travaille seul sur un projet personnel au long cours. Le mixage tel qu'il est me plaît beaucoup, mais le mastering de Marwan Danoun en fera ressortir des détails qui m'échappent comme il l'avait réalisé pour mes deux précédents CD, Long Time No Sea du trio El Strøm et mon Centenaire. Trop attaché à la musique, ses structures, les émotions qu'elle procure, le sens de l'ensemble, je suis incapable de repérer les failles dans l'équilibre des fréquences. Nous avons besoin du recul d'un ingénieur du son qui perçoit notre travail sous un angle totalement différent du nôtre tout en comprenant nos intentions. Perspectives du XXIIe siècle fut aussi complexe à concevoir qu'à créer. Je ne m'étais heureusement pas rendu compte de l'enjeu que représente de s'attaquer aux archives de Constantin Brăiloiu, référence incontournable de tous les musiciens de musiques traditionnelles. J'ai préservé autant que possible l'essence de chaque plage, comme si c'était l'un des membres du groupe.
Il me semble avoir passé mon temps à "noyer le poisson". D'abord pour mélanger ces archives musicales du monde entier avec mes enregistrements de terrain, dit field recording, et avec mes propres instruments, qu'ils soient virtuels ou physiques, ensuite avec les musiciens qui m'ont prêté main forte, dans l'ordre d'apparition le corniste Nicolas Chedmail, le percussionniste Sylvain Lemêtre, le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang et le violoniste Jean-François Vrod. Ma fille Elsa fait une courte intervention vocale et dix sept hommes et femmes ont enregistré quelques phrases dans leur langue maternelle. Mon travail a donc consisté à ce qu'on ne pense plus à ce qui fut rapporté des années 1930-1950 et de l'époque actuelle. Pour composer chaque pièce il s'est agi de m'approprier le passé pour imaginer l'avenir, à l'instar du scénario de ce petit opéra instrumental dont le modèle est évidemment le poème symphonique cher à Berlioz ou Richard Strauss.
Mardi, Jean-François n'a pas seulement merveilleusement joué du violon, il a ajouté quelques borborygmes, toujours dans cette optique de "noyer le poisson", sur le chant d'Elsa d'abord et lors de la séquence enregistrée au deuxième sous-sol du Musée d'Ethnographie de Genève où figure le cri des Hibakusha, ces rescapés d'une catastrophe nucléaire. J'avais écrit plusieurs chansons que j'ai finalement laissées à l'état instrumental, craignant d'être trop explicite plutôt qu'évocatif. Je déteste les films français où les réalisateurs expliquent tout dès la première séquence alors que les Américains entretiennent le mystère aussi longtemps que possible. Mon petit scénario est à la fois un texte et un prétexte, les deux s'appuyant évidemment sur le contexte, la fin d'un monde et la naissance d'un nouveau, la dystopie se transformant, pour un temps, en utopie.

Précédents articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle : 1 2 3 4 5 6 7

mercredi 19 février 2020

Perspectives du XXIIe siècle (7)


Tout se passe comme dans un rêve. Je flotte. Chaque musicien invité donne des couleurs toujours plus vives à mes compositions. En réalité, comme le travail est très avancé, je les laisse souvent libres d'imaginer leurs parties. Lundi, Antonin-Tri Hoang a posé sa clarinette basse sur cinq des seize pièces et il a ajouté son saxophone alto sur deux d'entre elles. Comme toujours, il fait à la fois preuve d'une très grande inventivité et d'une retenue rare que je le pousse à braver. Sur le dernier morceau qui doit être festif, je lui ai demandé de faire un solo de sax entre Eric Dolphy dans Music Matador, Sonny Rollins dans St Thomas et Albert Ayler. Rien que ça ! Évidemment il s'en est affranchi, mais son chorus caraïbe est parfaitement adapté au "chœur d’hommes congolais avec harpe fourchue dyulu et bouteille frappée" enregistré au Niger par Constantin Brăiloiu en 1952. Je n'y pensais pas jusqu'ici, mais il y a une référence évidente pour moi au Liberation Music Orchestra de Charlie Haden revisitant les chants de la guerre d'Espagne, même si c'est totalement différent du point de vue du style ou dans le traitement. Non seulement les archives conservent leur pouvoir évocateur, mais l'émotion me semble décuplée grâce au grand écart des siècles qui séparent les originaux des arrangements "futuristes" que j'ai imaginés.
Je pense donc avoir terminé les enregistrements et le mixage d'ici la fin du mois. Les textes de l'important livret sont aussi quasi prêts. J'ai pris l'habitude de les commencer dès le premier jour d'un projet, ce qui m'évite d'oublier quelque chose ou quelqu'un. Jonathan Buchsbaum a corrigé ma traduction anglaise que j'avais adaptée à partir de Google et DeepL. L'intelligence artificielle a fait d'immenses progrès en ce domaine ces dernières années. J'ai été surpris du peu de maladresses que j'avais laissé passer. Nous devons encore choisir les photographies qui illustreront le livret, mais Madeleine Leclair et moi en avons plus qu'il ne nous en faut. Le mastering reste une étape cruciale qui sera confiée à un orfèvre. La sortie officielle est prévue pour le 7 mai à Paris !

Précédents articles concernant le CD Perspectives du XXIIe siècle : 1 2 3 4 5 6

vendredi 14 février 2020

Perspectives du XXIIe siècle (6)


De passage à Paris, Sacha Gattino a pris le temps d'écouter mon prochain disque en l'état. J'avais besoin de plus jeunes oreilles pour vérifier que je ne rajoute pas d'aigus intempestifs au mixage. Comme on vieillit, les hautes fréquences deviennent de plus en plus inaudibles. Mon dernier audiogramme montrait que j'avais une audition supérieure à la moyenne, "pour mon âge !". Sacha m'a rassuré. Tout va bien de ce côté-là. Mais il m'a surtout suggéré de rallonger deux pièces, l'une pour intégrer une respiration salutaire, l'autre pour laisser le temps à la danse de s'installer. Dans cette pièce qui clôt ces Perspectives du XXIIe siècle, Antonin-Tri Hoang et Jean-François Vrod auront ainsi plus de place pour s'exprimer, développements personnels recherchés pour cette ultime appropriation des Archives Constantin Brăiloiu. Il est aussi possible que je demande à Nicolas Chedmail de revenir avec son cor et se joigne au saxophoniste-clarinettiste, au violoniste et à Sylvain Lemêtre qui a déjà enregistré ses percussions. Au terme d'une aventure qui a duré plus d'un an, j'avance toujours pas à pas, prenant chaque fois le recul nécessaire...
Je sais enfin à quoi ressemblera l'album dans sa continuité et son unité. Il est évident qu'il fera partie de mes préférés avec mon tout premier Défense de, les Trop d'adrénaline nuit et Machiavel d'Un Drame Musical Instantané (premier et dernier d'une longue série), celui d'El Strøm justement avec Sacha et Birgitte Lyregaard, mon précédent dit du Centenaire et l'album collectif Sarajevo Suite dont j'étais le directeur artistique...

Précédents articles : 1 2 3 4 5

jeudi 30 janvier 2020

Perspectives du XXIIe siècle (5)


La dernière pièce de l'édifice m'empêche de dormir. Des ruines on est passés à la reconstruction, mais l'issue est encore incertaine. J'ai créé des pauses au milieu d'accumulations ivesiennes, par exemple notre déambulation enregistrée au second sous-sol du Musée d'Ethnographie de Genève. Il n'y a presque pas de musique proprement dite, mais deux petites minutes de field recording où se sont inopinément glissés d'étranges cris dont on peut imaginer la souffrance. Les Hibakushis sont les rescapés d'une catastrophe nucléaire. Les idiophones que j'ai enregistrés la veille n'avaient jamais été joués depuis leur entrée au Musée en 1952, deux cents ans avant mon histoire.
De retour à Paris, j'avais rendez-vous avec le percussionniste Sylvain Lemêtre dont j'adore la variété de timbres en plus de son style rythmique qui tire vers une danse tribale envoûtante. Chez les musiciens avec qui je travaille, je recherche toujours la richesse de leur palette. Ce ne sont pas forcément des couleurs. Ce peut être la manière de prendre les choses, un angle de vue qui varie sans cesse, comme chez le souffleur Antonin-Tri Hoang qui sera le prochain à investir le studio GRRR ou le violoniste Jean-François Vrod qui fermera le ban. L'ouverture est le moteur de l'aventure.
Sylvain a commencé par installer son incroyable set de peaux, de cymbales et de gongs. Il ne restait plus qu'à enchaîner les six pièces où il frappe, frotte ou caresse, en préservant paradoxalement l'unité de l'ensemble. Depuis le début de mon entreprise il s'agit de noyer le poisson. Oublier l'âge des archives du fantastique Fonds Constantin Brăiloiu que m'a confié Madeleine Leclair, ainsi que la virtualité d'une partie de mon instrumentation. La forme, le style, naissent de la méthode. Nous avons enregistré les morceaux dans l'ordre pour préserver la continuité dramatique. Je faisais aussi écouter à mon invité les pièces où il ne me semblait pas nécessaire qu'il intervienne. Après son départ j'ai seulement ajouté ici ou là quelques effets de réverbération pour le fondre dans l'atmosphère dramatique, en particulier pour les scènes qui se passent en extérieur.


Les pistes de percussion sur le chœur d’hommes au Congo avec harpe fourchue dyulu et bouteille frappée, et le zarb sur les deux bourrées simultanées, intitulées humoristiquement Ensemble Ratatam, m'ont permis de m'affranchir de cette pièce, la dernière qui me résistait. En propulsant la coda dans le cosmos j'ai malheureusement renvoyé l'humanité à son échec constitutionnel. Je pense donc réintégrer l'électronique lors de cette ultime tentative de s'en sortir. À l'heure qu'il est, j'ignore encore comment, mais je peux aller me recoucher, maintenant que je tiens le fil...

Précédents articles : 1 2 3 4

samedi 25 janvier 2020

Perspectives du XXIIe siècle (4)


Enregistrement de quelques idiophones du Musée d'Ethnographie de Genève avec Madeleine Leclair et Isabel Garcia Gomez pour mon album "Perspectives du XXIIe siècle" qui sortira officiellement le 15 mai !
Cymbales ching, châp lek et châp yai de Thaïlande, cymbales jota d’Inde, bol kin du Japon, bol de Chine, gong chinois des Philippines, tambour de bronze de Thaïlande, cloche de Côte d'Ivoire, sistre du Mali, tambour de bois à fente du Cameroun.

Précédents articles : 1 2 3

mercredi 22 janvier 2020

Perspectives du XXIIe siècle (3)


Rien ne se perd, rien ne se crée. Nous avions feint de l’oublier. Les éléments se transforment et s’assemblent en de nouvelles combinaisons. Dans la région, nous étions quelques uns et quelques unes à avoir survécu. Nous n’avions d’autre choix que de nous reconstruire. Mais comment éviter de reproduire éternellement les mêmes erreurs ? Chaque cellule avait la responsabilité d’assumer sa façon, quitte à ce que nous les confrontions ensuite pour en tirer le meilleur. Écœurés par la prétendue démocratie qui avait toujours écrasé les plus faibles, nous fonctionnions à l’unanimité. Toute rivalité avait fait long feu. La propriété était de l’ordre du passé, du temps qu’il était coutume d’appeler L’Indésir.

Nous avons d’abord cherché à comprendre comment une telle catastrophe avait été rendue possible. Les humains avaient fini par se faire à eux-mêmes ce qu’ils avaient fait subir pendant des siècles aux autres espèces. Ils l’avaient ensuite expérimenté sur leurs semblables, sans se rendre compte qu’ils seraient finalement leur propre cible. Leur violence avait gagné la terre qui s’était déchaînée au delà de l’imaginable, sauf peut-être dans le cerveau des plus désespérés. Ceux-là avaient hélas disparu les premiers.

D’une vallée à l’autre, s’il restait âme qui vive, les Jambes rapatriaient les bonnes nouvelles. La musique était devenue la langue universelle, un espéranto sans paroles, capable de franchir les montagnes et peut-être un jour les océans. Comparer nos anciens dialectes alimentait néanmoins cette poésie sonore.

Notre cellule avait eu la chance inestimable de s’établir sur les ruines du Musée d’Ethnographie de Genève où avaient été conservées les Archives Internationales de Musique Populaire. Les fouilles exhumaient des rouleaux, des cires et les machines pour les écouter, des instruments aussi, des idiophones. Nous étions tombés sur une mine avec le Fonds Constantin Brăiloiu, un collecteur roumain qui avait été le premier à comprendre l’importance qu’elles pourraient un jour revêtir. Il classait les musiques selon leurs fonctions plutôt que leurs origines géographiques. Exactement comme nous. Nous venions de partout, mais nous avions le même projet.

Un camarade dit que pour être de partout il faut être de quelque part. Nous nous sommes appropriés les chants et les cris de tous et de toutes. Les sonorités étaient parfois étranges. Il suffit d’en partir et de se laisser aller à la rêverie. Chaque note de cette nouvelle Renaissance fait sens, comme à l’époque où les anciens disaient que tout est politique. La Nature qui se réveille avec nous participe aux agapes. On ne comprend pas toujours ce que les autres expriment, mais nous tombons toujours d’accord parce que nous partageons le même projet. Les sujets n’ont aucune valeur en face de l’objet.

Nous sommes donc arrivés à accepter la chaleur et les inondations. Nous avons seulement pris l’habitude de creuser. La manière de les honorer est encore plus excitante que les trésors que les fouilles laissent apparaître. Nous apprenons à nous exprimer en sons avec la même liberté que jadis la parole qui d’ailleurs ne s’est jamais tue. Il est si délicieux d’étonner et d’être étonné. Nous rions beaucoup. Nous avons enfin compris ce que signifie d’être ensemble.

Texte rédigé pour l'album à paraître au printemps en coproduction avec le MEG, les AIMP et GRRR