Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 14 août 2018

Michael Gordon par le Kronos Quartet


Mais non, fidèles lecteurs et lectrices, je ne vous laisse pas tomber. Je vais bien. Je n'ai pas d'ennui de santé. Juste un changement de rythme. Les aléas de la vie font exploser les habitudes. Besoin de voir ailleurs si j'y suis. Ce qui ne m'empêche d'ailleurs pas de continuer à signaler presque chaque nouvelle production du Kronos Quartet. On peut toujours critiquer leur entrain dynamique très rock 'n roll, le quatuor californien a le mérite de faire découvrir quantité de compositeurs du monde entier et d'origines musicales relativement variées...


Michael Gordon n'est pas une découverte puisqu'il est l'un des trois piliers du new-yorkais Bang On A Can avec sa compagne Julia Wolfe et David Lang. Les interprétations à l'arrache de Bang On A Can sont d'ailleurs très proches de celles du Kronos. Cet album présente dix ans de collaboration avec le compositeur, à commencer par Potassium (2000) pour quatuor amplifié avec distorsion et sons électroniques, puis The Sad Park (2006) avec les voix enregistrées d'enfants de 3 ou 4 ans trafiquées réagissant au 11 septembre 2001, Exalted (2010) où le Young People’s Chorus of New York City dirigé par Francisco Núñez fait écho en araméen au précédent avec également le recours à un dispositif électronique. Clouded Yellow, composé la même année pour le Kronos, ouvre le disque. Glissés empruntés aux violonistes du Taraf de Haïdouk, phrases répétitives, traitements électroacoustiques, mélange avec les voix des enfants, découpage radical, rappellent le style à la fois planant et enlevé de Gordon.

→ Michael Gordon & Kronos Quartet, Clouded Yellow, cd Cantaloupe

lundi 13 août 2018

La folie de Château Perché


D'abord le lieu : un parc de cent hectares où s'élève le château d'Avrilly avec ses restes du XVe et XVIIe siècle et ses rénovations du XIXe, plans d'eau merveilleux, sous-bois secrets sous un ciel immaculé. Y sont disséminées douze scènes où la musique résonne non-stop pendant deux jours et deux nuits. Boum-boum-boum-boum, il faut aimer la techno sous toutes ses déclinaisons, même si on a la surprise de découvrir un groupe de salsa, des rappeurs ou une fanfare en parcourant la forêt. C'est suffisamment ouvert pour que Harpon y fasse un set nocturne de trois heures à l'Orée de la Clairière dans une programmation ambient/expérimentale !


Huit mille festivaliers ont rejoint cette cinquième édition du Festival Château Perché. La plupart sont maquillés, déguisés, allumés dans ce qui ressemble à un Blade Runner bon enfant. Le dress code (Tribute to Charles Freger‘s Photography, puis La Belle Époque) est interprété très librement. Dans ce pays des merveilles où chaque scène est décorée différemment, c'est peace & love ressuscités ! Au petit matin on voit évidemment errer ceux qui ont abusé des boissons alcoolisées ou des substances psychédéliques, et qui n'ont pas été embarqués par les ambulances. Je n'en connais pas la composition chimique, mais leurs adeptes gardent le sourire même si la Terre vacille sous leurs pieds. La plupart des festivaliers sont simplement des amateurs de musique de danse et de transe. L'expérience est hallucinante.
Chaque année le festival se tient dans un château différent et nécessite une organisation incroyable doublée d'une grande fantaisie. Je ne connaissais presqu'aucun des deux cents musiciens et DJ, si ce n'est Coldcut et Ben Osborne, responsable de la scène UK. La musique était devenue accessoire, seule l'expérience me fascinait. Le travail raffiné des timbres de Harpon et notre choix narratif des 1001 nuits furent terriblement perturbés par la rythmique binaire d'une autre scène pourtant assez éloignée. Notre duo avec Amandine Casadamont s'en sortit tant bien que mal en remontant le volume et en glissant progressivement vers des séquences rythmiques couvrant la pollution sonore de cette proximité, mais nous avons dû hélas abandonner les méandres raffinés du conte arabe...

mardi 7 août 2018

Les 1001 nuits de Harpon au Château Perché


Dans la nuit du 11 au 12 août de 1h à 4h du matin Amandine Casadamont et moi jouerons trois heures d'affilée sur l'une des huit scènes du Festival Château Perché qui se tiendra cette année au Château d'Avrilly près de Moulins dans l'Allier. Ce lieu, c'est l'orée de la clairière, l'île du Ketoshima, dédiée à la paix, où ne seront présentées que des musiques downtempo et ambient. Je ne connais aucun des artistes qui nous y précéderont ou suivront (Adc-303 - Andrea Belfi - Asmar - Benjamin König - Dialogue/s - Gagarin Project - (Live) Harpon c'est nous ! - Kawrites - Lakker - Lopal - Loup des Steppes (Théâtre - production In Carne) - Månljus - Paul Mørk - Samy El Moudni - Shaded Explorer - Sub Accent - (Live) Vito Lucente), pas plus que les 200 en tout qui se succéderont pendant les deux jours de ce festival hors normes. C'est dire si nous sommes curieux et avides de découvertes.
Comme notre prestation se déroulera aux rares heures où je dors habituellement je crains la nuit blanche avec trajets aller et retour depuis et vers Paris. Amandine me racontera certainement des histoires comme Shéhérazade pour que je ne m'endorme pas au volant. Tapis volant, s'entend. Cent ans justement. Puisque la nuit porte conseil nous avons choisi d'interpréter, très librement, dix contes des 1001 Nuits, cahier des charges que nous nous imposons pour donner un cadre à nos imaginations débridées. Ma camarade sera aux commandes de trois platines tourne-disques, 100% vinyle, tandis que je jouerai sur mes claviers ou sur instruments acoustiques. J'ai donc choisi aussi le Tenori-on qui produit de la lumière, le H3000 qui démultiplie les voix, le Lyra-8 fraîchement débarqué de Russie, certains programmes délicats développés pour iPad par Les inéditeurs, quelques instruments à vent, mes guimbardes... Deux energy chimes serviront à marquer le passage d'un conte à un autre.
Les dix contes sont Aladin ou La lampe merveilleuse, Sinbad le marin, Le cheval enchanté, L’Épopée de Umar an-Nu'mân, Ali-Baba et les quarante voleurs, Les trois Calenders, Le chien du Tsar, Le Conte du pêcheur et du démon, Les sept Vizirs, Le Conte d’Ayyûb le marchand, de son fils Ghânim et de sa fille Fitna. Je fais cette annonce alléchante, mais je crains que vous ne puissiez assister à cette performance si vous n'avez déjà acquis l'un des 5000 tickets, car c'est hyper booké. Je vous raconterai, puisque c'est le mérite du conte arabe de vous tenir en haleine jour après jour, nuit après nuit...

lundi 6 août 2018

Les disques GRRR sur Bandcamp


Sur Bandcamp vous trouverez l'album de mon Centenaire tout récent, Long Time No Sea du trio El Strøm, Établissement d'un ciel d'alternance où je suis en duo avec Michel Houellebecq, le disque de chansons Carton en duo avec Bernard Vitet, plusieurs albums d'un Drame Musical Instantané (Machiavel, Opération Blow Up, Urgent Meeting, Qui vive ?, Le K, Sous les mers, L'hallali, Trop d'adrénaline nuit...).
Cette plateforme permet d'écouter, de télécharger les albums dans leur intégralité ou pièce par pièce (en FLAC, ALAC (Apple Lossless), AAC, Ogg Vorbis, WAV ou AIFF !), de commander les CD, etc.
Nous avons donné un maximum d'informations sur chaque album, photos à l'appui, mais rien ne vaut l'objet lui-même tel que nous l'avons conçu dans sa matérialité.

mardi 31 juillet 2018

L'album de mon Centenaire est sur Bandcamp !


L'album sort officiellement le 7 septembre. Il est distribué par Orkhêstra et Les Allumés du Jazz. On le trouve aussi sur Bandcamp comme une douzaine de CD du label GRRR. On peut l'y écouter, le télécharger sous différents formats et commander le somptueux digipack. Il est accompagné d'un livret de 52 pages réalisé par Étienne Mineur. Pour plus d'infos se référer à l'article précédent ! Mais dores et déjà vous pouvez l'écouter en cliquant ici sur chaque décennie, même s'il vous manque les passionnantes notes de pochette et le remarquable travail graphique de Mineur...

vendredi 6 juillet 2018

Il n'y a plus de secret


Les neuf indices (1 2 3 4 5 6 7 8 9) livrés dans cette colonne pouvaient-ils laisser présager de ce qui se tramait. Étienne Mineur s'y entend d'ailleurs en trames, au vu de sa création graphique, 52 pages hautes en couleurs. J'ai mis dix ans à accoucher de ce projet. Dix ans. Chaque pièce de l'album représente d'ailleurs une décennie. Les chiffres !? Avant l'ultime pièce due à Sacha Gattino, mes compositions durent un total 52 minutes, pas une seconde de moins. C'est aussi l'année de naissance. Mon chiffre préféré a toujours été le 7. Ajoutez ou multipliez, vous retomberez toujours sur ce tiercé, 52-7-10. Une martingale. Dans mes cauchemars d'enfant, le 7 épousait le rythme de ma respiration, probablement celle de ma mère ce mercredi de novembre. Non, ce n'était pas le septième mois. Le septième est celui de juillet ! On y est. Un obsessionnel fait dire aux chiffres ce qu'il veut. Libre au compositeur de jongler avec eux comme avec les mots. La musique est de cet ordre. Je l'aurai tordue dans tous les sens.
Dans une lettre datée du 5 novembre 2052, Laure Nbataï écrit :
"En 2018 Jean-Jacques Birgé se tourne vers son passé en enregistrant une pièce par décennie, réfléchissant à la fois son parcours et l’époque où il s’inscrit. En hommage à son père féru de science-fiction, il imagine également les décennies à venir, composant trois pièces d’anticipation. Cette évocation vectorielle ressemble à un spectacle d'ombres chinoises dont les apparences se confondent avec le réel. Pour conclure l’album, le compositeur Sacha Gattino s’est fait un devoir d’écrire un Tombeau en hommage à son camarade.
Par souci d’authenticité, Jean-Jacques Birgé mêle des archives, dont la plus ancienne date de 1958, à des enregistrements réalisés avec nombreux musiciens et musiciennes parmi ses amis. On retrouve ainsi les chanteuses Elsa Birgé sa fille, Pascale 
Labbé, Birgitte Lyregaard, son camarade d’Un Drame Musical 
Instantané Bernard Vitet à la trompette, le trombone Yves Robert, le corniste Nicolas Chedmail, le compositeur Antonin-Tri Hoang à la clarinette basse, les guitaristes Hervé Legeay et Philippe 
 Deschepper, le violoncelliste Didier Petit tandis que Vincent Segal est à la basse, les batteurs Cyril Atef et Éric Échampard, l’accordéoniste Michèle Buirette, la créatrice sonore Amandine 
Casadamont et Sacha Gattino mélangeant échantillonneur, boîte à musique orgue et sifflement.

Pour sa part, tout au long de ces dix décennies formant ce petit opéra, on peut entendre le compositeur au synthétiseur, son instrument de prédilection dont il fut l’un des premiers utilisateurs en France dès 1973, mais aussi au Theremin, au Tenori-on, à la Mascarade Machine, à la trompette, à la flûte, à la cythare inanga et à la guimbarde, son instrument fétiche. Sa voix est également présente, de l’enfance à l’âge adulte, dont trois passages chantés."

→ Commandes anticipées chez le distributeur Orkhêstra, ou auprès du label GRRR
si vous désirez le recevoir avant sa sortie officielle le 7 septembre...

jeudi 5 juillet 2018

Cauchemar


Coup de théâtre et accumulation de douches froides : mes disques seraient retrouvés et arriveraient ce soir vers 20h par camion spécialement affrété ! Comme ils avaient disparu il y a une semaine au fin fond de la Suède et qu'il était impossible de les localiser, j'ai espéré un moment devenir n°1 chez les Esquimaux...
Avec par ordre d'apparition Étienne Mineur, Michèle Buirette, Elsa Birgé, Nicolas Chedmail, Hervé Legeay, Vincent Segal, Cyril Atef, Bernard Vitet, Didier Petit, Pascale Labbé, Philippe Deschepper, Yves Robert, Éric Échampard, Sacha Gattino, Birgitte Lyregaard, Amandine Casadamont, Antonin-Tri Hoang...

Actualisation : VÉRITABLE CAUCHEMAR
Toujours aucune livraison et il est 22 heures !

Transhuman/ce par l'Anguison Quartet


J'ai commencé par sentir un léger frémissement. Le vent a fait bouger les feuilles. C'est ce que j'ai cru avant de lire le titre de la pièce, Hanuman Dance. Il y avait donc quelqu'un dans l'arbre. Un langur à face noire ? Ou un truc carrément plus gros ? En réalité ils étaient quatre : Fabrice Charles au trombone, Nicolas Nageotte au baryton, et les deux autres à la batterie et aux percussions, Jacques Di Donato (non, pas à la clarinette !) et Roméo Monteiro qui a également réalisé le mixage des improvisations. La suite est aussi délicate. Ils s'étaient mis d'accord pour ménager les oreilles des auditeurs, proches des pavillons et des cymbales. Pour retrouver le contexte où le public est convié au milieu de l'espace sonore, Christian Maes a enregistré en binaural, donc l'écoute au casque est fortement conseillée pour suivre le cours de l'Anguison, petit ruisseau du Morvan. Sur ses rives fleurissent des bouches colorées, mais de temps en temps éclate une discrète tragédie. Le quartet ne s'en aperçoit sérieusement qu'après coup. Ses membres identifient seulement à l'écoute les étapes de leur promenade qui aura duré trois jours. Ils l'ont d'ailleurs appelée Transhuman/ce. J'ai apprécié d'avoir attendu la crue, lorsqu'en index 8 le flux se moque des petits cailloux et des herbes folles, mais le free reste très zen, se laissant consommer par petites gorgées dans des sazukis. La végétation laisse défiler une toile paysagère qui ne se perçoit qu'en s'allongeant sur l'herbe...

→ Anguison Quartet, Transhuman/ce, cd Urborigène

mercredi 4 juillet 2018

Disparition mystérieuse de toute une vie


Tout était calé pour que j'envoie mon nouvel album à sa vingtaine de participants et à la presse mercredi dernier, avant mon départ en vacances. Mais une erreur d'aiguillage a chamboulé mes plans. Encore une fois un transporteur, cette fois l'Allemand Dachser, a été à la hauteur de cette profession sinistrée. Mon chargement est parti au fin fond de la Suède au lieu de Bagnolet. J'ai donc attendu deux, puis trois, puis cinq jours, l'annonce de la livraison étant chaque fois ajournée alors que je faisais le pied de grue à l'attendre. Une semaine plus tard, alors qu'encore une fois je n'ose pas quitter le studio, Squeezer m'apprend que "le transporteur a perdu le stock et qu'il est impossible de le localiser" !!!
------- cela vaut bien trois points d'exclamation -------
Les huit indices (1 2 3 4 5 6 7 8) publiés dans cette colonne attendront donc encore un peu pour que la solution de l'énigme vous soit révélée, même si le titre de cet article représente un nouvel indice.
Vous comprendrez pourquoi je désirais tant l'avoir derrière moi. C'est une page qui se tourne, et non des moindres. La sortie de cet album magnifiquement habillé par le graphiste Étienne Mineur en 52 pages coïncide avec une année clef. Ma fille a eu un petit garçon, les archives de la famille descendues du haut d'une armoire m'ont donné envie de faire pousser mon arbre généalogique, ma curiosité est allée jusqu'à faire séquencer mon génome, et puis cet album commencé il y a dix ans et dont je parle depuis des semaines en termes voilés clôt inévitablement une histoire, une très longue histoire. Après tout cela j'ai besoin d'avoir l'esprit libre pour envisager de nouvelles aventures. Régulièrement, mais heureusement pas trop souvent, je remets ma vie en question, et ce à tous les niveaux, intime, domestique et professionnel. Qu'ai-je maintenant envie de faire ? Quel avenir envisager ? Pas question de m'endormir sur mes acquis.
Cette aventure au goût saumâtre me contrarie, car je pensais prendre la route avec le passé derrière moi. Je crains aussi que le pressage disparu réapparaisse en promo un de ces jours sur Internet ou ailleurs, car mon nouvel album n'a pas été enlevé par des extra-terrestres. Le feuilleton a engendré suffisamment de tensions additionnées à d'autres problèmes pour que nous ne partions plus en vacances. J'ai défait les valises. L’usine d'Optimal va prendre en charge un repress complet de l’ensemble des exemplaires, en express disent-ils. Je pourrai peut-être faire mes envois en fin de semaine prochaine. De toute manière cet objet, à la fois symbolique et conceptuel, ne paraîtra que le 7 septembre, mais je comptais aussi assurer les pré-commandes auprès de celles et ceux qui partagent mon impatience...

mardi 3 juillet 2018

Le bestiaire de Romain Baudoin au torrom borrom


J'aime trop la guitare électrique lorsqu'elle survole les grands espaces, propulsée par les saturations et les larsens qui s'en échappent comme des réacteurs. J'aime trop la manivelle de la vielle qui rythme les danses rituelles d'un autre temps que l'on ne sait s'il est d'hier ou de demain. J'aime trop le rock médiéval de l'orchestre de la Troisième Oreille pour ne pas m'enthousiasmer à l'écoute du Bestiari de Romain Baudoin. Son torrom borrom est un instrument hybride, vielle à roue électroacoustique à roue mobile et guitare électrique. Qu'il en joue en homme orchestre ou revienne vers la vielle à roue soprano acoustique de l'ancien luthier Pimpard Cousin avec grelots et grosse caisse, il entretient la transe au delà du crépuscule, tard dans la nuit étoilée. Librement inspiré du bestiaire occitan de Rigaut de Barbezieux, son album est une sorte de transposition musicale de bestioles que l'on aurait pu croiser chez Jérôme Bosch, peintre énigmatique s'il en est...


Sur le clip de Nicolas Godin, le danseur Richard Cayre incarne une sorte de cerf proche des créatures macabres de Joël-Peter Witkin, un être hybride comme le torrom borrom de Romain Baudoin...

→ Romain Baudoin, Bestiari, CD in situ, dist. Orkhêstra

jeudi 28 juin 2018

D'accord avec Didier Petit


Comment ne pas être D'accord avec Didier Petit ? Le musicien fait corps avec son violoncelle comme un être bionique du temps où l'électricité n'existait pas encore. Son instrument n'est nullement une prothèse en bois verni, mais la prolongation de sa pensée, tant leurs âmes se confondent. Le violoncelliste en joue comme s'il le découvrait pour la première fois et qu'il avait décidé d'en explorer sa surface et son volume dans leurs moindres détails. Il marche pieds nus et les cordes vocales s'ajoutent aux quatre métalliques. Il y a évidemment de la triche puisque le virtuose avait emprunté le Bach pour traverser les siècles il y a longtemps déjà. Et comme on a pris l'habitude d'associer Histoire et géographie, ce troisième volume en solo, après Déviation (sur La Nuit transfigurée en 2000) et Don't Explain (sur Buda en 2013), prend parfois les couleurs de Pékin où il fut enregistré récemment. Mais cela ne suffit pas à l'explorateur. Il aura fallu qu'il s'envole en impesanteur avec l'avion parabolique Zéro Gravité du CNES pour avoir la sensation d'avoir marché sur la Lune. L'illusion fut parfaite car Didier avait eu l'intelligence de ne pas regarder le doigt ! Ainsi au lieu de dévoiler la face cachée de notre satellite, il nous offre ici les 7ème, 8ème et dernière faces, couchées sur un disque plaqué d'argent. Dernière ? Qu'entend-il lorsqu'il annonce "clore 20 ans d'une pratique différente de l'instrument qu'il trimballe depuis bientôt 50 ans" ? Est-ce le solo qu'il évoque, la fusion instrumentale, le voyage sidéral, une retraite anticipée ou le désir d'aller voir plus loin ce qui se trame dans les autres dimensions ?

→ Didier Petit, D'accord, CD RogueArt, 15€

mercredi 27 juin 2018

Huitième indice


Voilà. C'est arrivé demain. On a passé la ligne. J'ai demandé à Amandine Casadamont de faire le voyage avec moi. D'habitude elle écrit des fictions et des documentaires qu'elle produit à Radio France. Pour notre duo Harpon, elle est platiniste. Entendre qu'elle mixe des vinyles sur trois platines tandis que j'improvise le plus souvent au clavier, bien qu'ici j'utilise exclusivement la Mascarade Machine que j'ai conçue avec Antoine Schmitt et qu'il a construite à base de code. Cet objet virtuel commandé comme un marionnettiste devant la webcam de mon ordinateur permet de transformer le flux radiophonique en mélodies, nappes, rythmes, timbres électroacoustiques... Après trois albums sur drame.org et quelques live, Harpon jouera un set de trois heures dans la nuit du 11 au 12 août au Festival Château Perché qui se tiendra cette année au Château d'Avrilly. 200 artistes sont attendus lors de cet évènement totalement délirant dans un lieu qui me fait penser à Peau d'Âne... J'allais oublier : la photo retravaillée par Étienne Mineur est d'Olivier Degorce qui m'avait photographié lors d'un concert à Londres. C'est beaucoup trop d'informations pour si peu de lignes !

lundi 25 juin 2018

Septième indice


C'est l'enchaînement des indices qui fait sens. Je ne peux aller plus loin sans déflorer le concept de mon nouvel album qui compte 11 pièces en tout, ou plutôt 10 + 1 ! Contretemps est une version studio de la chanson qui figure sur le CD Long Time No Sea. La chanteuse danoise Birgitte Lyregaard et Sacha Gattino qui joue ici du clavier échantillonneur et chante forment avec moi le trio El Strøm. Pas de clavier cette fois, mais le Theremin, le Tenori-on, la trompette à anche et la trompette. Si Birgitte n'était pas retournée vivre à Copenhague et si Sacha n'avait pas emporté armes et bagages à Rennes, nous aurions certainement continué cette aventure qui m'a enchanté.
Je n'avais pas ressenti autant de complicité depuis Un Drame Musical Instantané. Travailler avec mes meilleurs amis est un plaisir d'une richesse exceptionnelle. J'ai la chance de perpétuer ce miracle avec des camarades cinéastes, plasticiens, concepteurs, graphistes, musiciens, etc. Mais je n'ai plus les conversations quotidiennes, entre autres sur la musique, que j'ai partagées avec Bernard Vitet pendant plus de trente ans. Cette émulation permanente me manque terriblement, d'autant que Bernard avait un sens aigu de la contradiction systématique ! Il n'y a plus d'abonné au numéro demandé. Après une centaine d'albums, ce disque est le premier sous mon nom seul. Il fallait donc que le thème s'y prête (à suivre)...

N.B.: Indices 1 2 3 4 5 6

jeudi 21 juin 2018

Sixième indice


La qualité de la pièce A New Century doit beaucoup à la complicité des musiciens que j'avais engagés pour la musique du film 1+1, une histoire naturelle du sexe de Pierre Morize. Comme nous n'avions que trois semaines avant le mixage, j'avais choisi des improvisateurs capables de travailler selon des indications dramatiques. Avec le guitariste Philippe Deschepper, le trombone Yves Robert et le batteur Éric Échampard, nous formions un quartet idéal. Au synthé et à la flûte enregistrés en 2000, j'ajoutai récemment les paroles murmurées d'une valse intime :

Comme je suis toqué
Étourdi par la danse
Je ne sens plus mes pieds
Je n’ai même plus pied
Et j’oppose au paquet
De la vie qui s’avance
Les amours libérés
De la maturité

Comme je suis coquet
Tous les mots ont un sens
Pas besoin de verre à pied
Mais des vers à six pieds
Pour ensemble trinquer
À cette renaissance
Repoussant le guêpier
D’un sous terre à six pieds

Étienne Mineur a découpé un morceau d'un selfie que j'avais pris dans l'armoire à glaces de la salle de bains. Comme pour chacun des treize quadruples feuillets il a choisi de nouvelles couleurs en suivant ce que lui inspiraient la musique et l'époque.

mercredi 20 juin 2018

À travail égal salaire égal, par je et on


La chronique de Franpi Sunship m'avait échappé. Moi qui lui disais n'avoir rien vu à Hiroshima, c'est d'la bombe !
Franpi dit que sa photo du port du Havre n'a rien à voir. Bien au contraire. Son chantier naval rime avec On tourne, le premier morceau du disque À travail égal salaire égal, de la noise industrielle avant la lettre, et avec le travail à la chaîne que raconte Bernard Vitet dans Crimes parfaits en renversant sa voix retournée pour la remettre à l'endroit.
En réponse à ce que Franpi évoque de montage radiophonique, je lui confierais bien que ce montage a inspiré une partie du style de Radio Nova comme me l'avait expliqué Fadia Dimerdji pendant notre séjour à Tunis. D'ailleurs une autre pièce du Drame faisait partie de la boucle qui tournait la nuit pour occuper leur fréquence. Pas de ciseaux, pas de collage, juste le bouton de pause d'un radiocassette pour cette radiophonie en direct que certains appelleront plus tard plunderphonics. Trois mois à tenter d'attraper des bouts de son au vol, on m'entend raconter cela pendant la pièce-même ! Quand cela ne me plaisait pas je n'avais plus qu'à revenir en arrière... J'ai des histoires en pagaille à raconter à propos de ces montages cut commencés dès 1973... Celui-ci date de 1981. C'est donc la réédition du vinyle que l'Autrichien Klang Galerie vient de publier que chronique Franpi...

Un Drame Musical Instantané - A Travail égal salaire égal (Sun Ship, 11 juin 2018)

Le disque qui passe actuellement sur ma platine est un petit moment d'histoire. Pas seulement parce que c'est un disque qui comme d'autres de l'orchestre que Jean-Jacques Birgé continue de faire exister au delà du collectif d'origine, Un Drame Musical Instantané, est réédité (d'autres le seront prochainement). A travail égal salaire égal est aussi, outre un mot d'ordre indispensable et moderne qui était déjà ainsi en 1981 lorsqu'il fut enregistré, une pièce de musée.
Pas de celle qui prennent la poussière, plutôt de celles qui s'admirent et inspirent.
Prenons le "je". C'est rare quand je prends le je dans une chronique parce que "je" déteste ça, mais il faut s'y résoudre : ce disque, s'adresse à moi sans le savoir. Et avant de le découvrir, assez ébahi de fait, il y a quelques semaines, je n'en avais absolument pas conscience...
Comme j'aime bien les wagons qui se raccrochent inconsciemment, c'est peu de dire que la découverte fut grande et importante. J'écoute, depuis une semaine, "Crimes Parfaits" en boucle, à chercher tous les chevauchements, toutes les références, tout le travail de découpages, les heures passées sur la bande et le travail de timbre des cordes... Avec, ne vous en déplaise, Kent Carter et Didier Petit au violoncelle, Geneviève Cabanes à la contrebasse et bien sûr Francis Gorgé à la guitare qui offre au fantastique travail collectif quelques échappées zappaïennes, période Lumpy Gravy, celle qui compte peut-être le plus pour Birgé ; notamment avec Jouk Minor au sax baryton qui zèbre et déchire la masse orchestrale, bien plus soudée que ne pourrait laisser penser la sensation première d'un musique qui saute d'un univers à l'autre, comme on se balladait jadis sur la bande FM (ou encore mieux AM) à la recherche d'horizons inconnus et qu'on en trouvait, loin de la collusion miaoumix qui jonchent les ondes actuelles.
Et c'est là que vient le je, encore plus fort que les lignes précédentes. Un jour qu'on causait ensemble, Jean-Jacques Birgé m'avait dit que les meilleures chroniques venaient des moments que l'on avait vécu. Certes, j'étais à peine à l'orée de mon CE1 quand le disque est paru et je devais davantage écouter le générique de La Panthère Rose, mais j'étais déjà fasciné par la radio et aimait me ballader à la recherche des sons. Sur un vieux radiocassette Marantz, chez ma grand-mère, je m'amusais à coller des sons, des voix, des bruits d'usage quotidien... Plus tard, à la radio, je me souviens d'heures passées à tenter des montages, à jouer avec les nagras et à tâter de la souris...
En creux, et en moins bien, tout découlait de ce disque -et de nombreuses esthétiques de la musique concrète- sans que nous ne le sachions vraiment. Il y a dans ce disque, une force, une modernité et une intelligence qui force l'admiration. "La preuve par le grand huit", dernier morceau où l'ensemble de l'orchestre intervient est le bouquet final d'un disque indispensable.
Et une photo qui n'a strictement rien à voir (Port-du-Havre).

Et comme les bonnes nouvelles se succèdent, les deux font la paire avec un article de Grégoire Bressac dans Revue et Corrigée de ce mois-ci :

UN DRAME MUSICAL INSTANTANÉ - À TRAVAIL ÉGAL SALAIRE ÉGAL (KLANGGALERIE, CD, KG244 – 2018)

(...) On a moins d’envie de thé glacé à l’écoute du début d’A travail égal salaire égal, la courte piste « On Tourne », accueillis qu’on est dans le fracas des métaux enregistrés par les compères en usine, avec juste quelques gongs ajoutés pour arrondir un peu les angles. Rappelons vite fait que le trio Birgé/Vitet/Gourgé vient du free jazz, de la musique composée et du rock, et se pose déjà, dans les années 80, les questions des limites de l’improvisation non idiomatique, des possibilités d’un mélange composition/improvisation, et de la différence entre enregistrement figé et spectacle vivant*. Le disque original est fait de collages, avec un orchestre, mais aussi d’une longue pièce jouée en concert. Dans le premier gros bestiau du disque, créé en studio, « Crimes Parfaits », une cohabitation pas très pacifique se fait entre les orchestres de radio crachant de la variète et de l’intellectuel, la bande de Jean-Jacques Birgé et les musiciens : on y croise même le Tour de France, et ce dans un flux constant, ce qui est à la fois stimulant et parfois dur à suivre. La Cinquième de Beethoven est invoquée subrepticement par l’orchestre, et l’Habanera du Carmen de Bizet massacrée comme il faut, le tout dans une science du sbeul, un métier du merdier – et on termine sur un enregistrement de rue, où Bernard Vitet et sa compagne réagissent à un coup de feu dans une poursuite de voitures. « Pourquoi la Nuit », interlude court, montre le trio échanger leurs instruments respectifs (synthé/trompette/guitare), dans un collage particulièrement fluide. La quatrième piste, « La Preuve par le grand huit », est aussi remarquable par l’homogénéité du son de l’ensemble, l’accord dans le refus du décor, notamment le synthé de Birgé qui fait des trous comme il faut mais ne fait pas s’écrouler le gruyère, mention spéciale aux ingé-son qui ont dû s’arracher quelques cheveux sur le mixage. Les cavalcades de glissandi d’orchestres, stridentes et grotesques, mènent à un climax qui gueule, avant un duo trompette/piano (Vitet et Birgé) qui s’étend, avant que l’orchestre ne chante une conclusion presque grandiloquente. La piste bonus de cette réédition est une autre version de cette pièce, jouée aussi en concert mais un an plus tard, avec quelques changements de musiciens déjà présents : quelques instruments s’invitent, avec les cloches tubulaires, l’harmonica et les guimbardes de Birgé, et une conclusion plus orchestrale, après un duo piano/trompette plus aérien et jazz. L’écoute successive des deux, si dure soit-elle, permet tout de même de se rendre compte du travail de brutes du Drame musical instantané sur la composition et les arrangements pour la scène. * L’ARFI ira dans cette direction au même moment à Lyon, et je ne vous parle pas de l’AACM à Chicago…

mardi 19 juin 2018

Cinquième indice


Le graphiste Étienne Mineur a inversé l'image pour qu'elle colle à sa mise en page. Ainsi mon œil le plus faible est passé de gauche à droite. Si je cligne, de deux choses lune, l'autre c'est le soleil. Pas seulement. Ce nouveau disque porte un concept farceur et très sérieux à la fois. D'où la divulgation des indices sans dévoiler le pot aux roses, d'autant que je suis plutôt sans fleurs ni couronnes. Mais si ce n'est pas trop demander, je préfère les vers de terre à la fumée. Pompes et circonstances.
Après que nous ayons réalisé l'identité audiovisuelle d'EuroPrix '98 à Vienne en Autriche pour l'agence Nofrontiere, Étienne m'avait commandé une composition musicale pour accompagner une réinterprétation de ses superbes animations graphiques. Je la lui avais livrée, mais mon camarade ne termina jamais son projet et cette suite électro retourna dans mon tiroir. Je l'ai un peu raccourcie pour des questions d'équilibre par rapport au reste du disque. Je venais d'acquérir un nouveau synthétiseur allemand, le Waldorf MicroWave XT qui me rappelait un peu mon PPG Wave également conçu par Siegfried Palm. J'avais aussi utilisé l'Ensoniq VFX-SD qui m'accompagne encore. C'est du charabia pour les néophytes. Pardon !
Il est très rare que je joue seul. Je préfère toujours être sollicité par d'autres camarades, comme j'adore les cahiers des charges qui cadrent mon imagination. Je regrette seulement que l'on ne m'invite pas plus souvent à partager la scène ou les studios. C'est le lot des entrepreneurs. Seuls les mercenaires enchaînent les boulots les uns après les autres. J'ai produit ce nouvel album pendant les périodes où je n'avais pas de commandes. Le besoin de me rendre utile me taraude. Pour une fois je me suis regardé dans la glace. Cocteau disait y voir "la mort au travail comme les abeilles dans une ruche de verre..." Je m'interroge maintenant sur l'effet que cette aventure aura sur moi. J'ai hâte d'être après.

mercredi 13 juin 2018

Quatrième indice


J'ai ajouté ma voix à une pièce composée à l’origine en quadriphonie pour le Futuroscope à Poitiers que m'avait commandée Michel Kouklia pour l'Antichambre de l'attraction Je danse avec les robots. J'y transforme aussi celle de la chanteuse Pascale Labbé avec mon Eventide H3000 qui ne me quitte jamais et dont j'ai programmé les effets il y a près de trente ans ! Elsa m'a suggéré de demander à Nicolas Chedmail de refaire la partie de cor qui sonnait trop corny dans l'enregistrement original de l'orchestre symphonique. Pour chaque chanson j'emprunte un style différent, j'étais plus rock dans la précédente, là c'est une sorte de faux lyrique qui convient à la solennité du propos. J'ai laissé ma voix disparaître dans les pièces suivantes. Il y aura bien une chanson portée par Birgitte Lyregaard, mais il m'a semblé que le montage radiophonique de la pièce précédente produirait un effet de rémanence nous accompagnant jusqu'à la fin, et même au delà. D'ailleurs les instrumentaux qui suivront finiront par s'effacer ! Je ne sais toujours pas s'il faut s'en moquer, s'en émouvoir, le craindre ou s'en réjouir...
Etienne Mineur qui a réalisé un travail magnifique sur la pochette a choisi une photo où je m'étais coupé les cheveux et la barbe depuis peu. C'était probablement en 1981 lors d'un direct à Radio G avec Bernard Vitet, qui a appuyé sur le bouton de l'appareil, et Marcel Trillat qui nous avait invités.
Grâce à Marwan Danoun qui a masterisé l'ensemble, les onze pièces forment un petit opéra plus homogène que je ne l'avais imaginé. Je me demande encore si la vie est une course d'obstacles où il faut enjamber l'un pour affronter le suivant, ou bien les tranches d'un gâteau comme aimait le penser Jean Renoir. Tout est parti à l'imprimerie aujourd'hui, mais j'ai l'impression que je soufflerai seulement lorsque nous aurons été livrés.

N.B.: Indices 1 2 3

lundi 11 juin 2018

Troisième indice


À la demande de Meidad Zaharia, nous avions enregistré avec le trompettiste Bernard Vitet et le violoncelliste Didier Petit plusieurs pièces qui devaient servir de playback au pianiste Vyacheslav Ganelin, à Gershon Wayserfirer à l'oud et Meidad aux percussions. Trio vs. Trio. Celui de Ganelin devait à son tour nous envoyer une bande sur laquelle nous serions intervenus. Je ne me souviens plus pourquoi le disque Overprinting ne s'est pas fait, probablement entre autres raisons parce que Mio Records, qui avait publié la version CD de Défense de avec le DVD de La nuit du phoque, a cessé ses activités. J'ai repris le principe du playback en ajoutant un orchestre symphonique à notre trio où je jouais déjà du synthétiseur. Ce sont en outre les seules paroles en anglais de tout l'album, mais comme chaque fois dans ce projet, la chanson marque juste un passage dans une pièce instrumentale. J'aime bien le mélange du free et du symphonique. Skies of France !
Étienne Mineur a utilisé le panneau de mon ARP 2600 pour le décor de sa double page, mais dans cette pièce j'étais déjà passé au numérique. Je ne me souviens plus qui a pris la photo, probablement Henry Colomer. C'était en 1971 lors du concours de l'Idhec à Marly-le-Roi. Nous partions en binôme, chaque candidat tiré au sort devant réaliser un reportage photographique sur l'autre pour une des épreuves obligatoires. Mon compagnon était Henry, Tony Meyer ou Jacques Leclerc. Pas moyen de me rappeler. J'ai conservé la vingtaine de portraits de ma pomme où je portais une tunique bariolée sous un caban de marin, un pattes d'eph à grosses rayures, des lunettes de soleil rectangulaires, un collier de santal et des mocassins indiens et, en plus, je jouais de la flûte en bambou. Rien d'étonnant à ce que la plupart de mes congénères ne me prennent pas au sérieux pendant les trois années d'études qui suivirent. Il aura fallu attendre le succès de La nuit du phoque, mais c'était trop tard. J'avais seulement vingt ans et j'étais déjà dans la vie active. Mais ça c'est une autre histoire.

mercredi 6 juin 2018

Second indice


Étienne Mineur peaufine le livret de 52 pages de mon prochain album. J'avais forcément Hendrix en tête lorsque j'ai formé le power trio avec Hervé Legeay à la guitare, Vincent Segal à la basse et Cyril Atef à la batterie.
Hervé, qui était déjà sur Carton et accompagnait Elsa lors de notre ¡Vivan Las Utopias! dans le Durruti de nato, n'avait jamais joué avec le duo Bumcello. De mon côté j'avais seulement partagé la scène dansante du Triton avec eux deux pendant plus de trois heures du concert décapant d'Entrechats. Je leur ai envoyé à tous mon enregistrement électro-acoustique de 1965 pour qu'ils s'en inspirent. Vincent et Hervé avaient chacun de son côté une proposition épatante, alors on a fait se succéder les deux en improvisant ce que l'époque nous évoquait. Je n'ai chanté que sur la première. Après quelques sueurs froides, nos rocks sonnent vraiment "garage". Entre fleurs et pavés je danse d'un pied sur l'autre. Cinquante ans plus tard je fête mes quinze ans passés alors dans les rues de Paris à découvrir le sable et sur les autoroutes américaines lors du voyage initiatique que j'ai conté en textes, images et sons dans mon roman augmenté USA 1968 deux enfants. Au mixage j'ai recalé la bande de 65 sur nos élucubrations électriques...

jeudi 31 mai 2018

Premier indice


Étienne Mineur termine le livret de 52 pages de mon prochain album. C'est pénible de devoir se taire pour ne pas gâcher la surprise. L'impatience. J'ai commencé ce projet il y a dix ans. Or ce chiffre est la clef du disque. Je me risque donc à publier un extrait du travail en cours. J'ajouterais bien que la valse composée par Michèle Buirette est chantée par ma fille Elsa Birgé accompagnée par sa mère à l'accordéon et Nicolas Chedmail au cor sur des paroles qui relatent ma première révolte. Cette magnifique mélodie se fond dans les boîtes à musique ancienne et nouvelles qu'accompagnent les manifestations parisiennes lors de la Guerre d'Algérie et les cris des agents de change du Palais Brongniart. On entend ma voix, celles de mon père et de ma sœur enregistrées en 1958. Lorsque j'ai terminé le mixage, Eliott n'était encore qu'un polichinelle, mais cela annonce bien la couleur par une histoire de famille... La suite n'a rien à voir. Les musiciens sont différents sur presque toutes les pièces. Ça tourne. Les révolutions sont des cycles, mais on en ressort tout de même souvent transformés.
android cheats