Jean-Jacques Birgé

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mercredi 17 décembre 2014

Erreur de distribution dans la spatialisation sonore


Nous avions rendez-vous au Palais de Tokyo pour fêter la sortie des GRM Tools Spaces, déclinaison de la célèbre application, cette fois dédiée à la spatialisation sonore, mais Françoise se trompant d'entrée s'est retrouvée à la soirée du Crédit Agricole. Elle dégustait des huîtres, du foie gras avec de la gelée de coing, un œuf aux truffes, un feuilleté d'escargot, cocktail des plus raffinés, tandis qu'en dessous, à la cave du Yoyo, nous attendaient des sandwichs bourratifs. Là-haut, un des dirigeants de la banque félicitait ses troupes en se gargarisant du succès de l'année 2014, prévoyant une année 2015 aussi radieuse. La crise est parfaitement ciblée !
En bas, organisée par l'INA en partenariat avec le magazine Trax, la présentation des GRM Tools par l'ingénieur Emmanuel Favreau, responsable des développements au GRM et plus particulièrement de cette application, fut à la hauteur de leur extraordinaire potentiel, malgré une sonorisation épouvantable. Comme souvent le niveau sonore dépassa les limites de l'entendement, habitude absurde qui rendrait aphone quiconque aurait envie d'échanger le moindre propos avec son voisin ou sa voisine. Ainsi le brouhaha du public essayant de parler avant le concert sur la musique enregistrée ne faiblit pas lorsque c'est le tour des musiciens. Quatre petits sets se succédèrent malgré tout, alternant le meilleur et le pire. Edward Perraud ritualisa sa prestation solo à la batterie (photo). Mimetic me laissa de glace. eRikm scratcha en virtuose quantité de matériaux. Arnaud Rebotini écrabouilla au marteau pilon militaire le jeu électroacoustique de Christain Zanési.
Je désertai la fête après que Jean-Michel Jarre, dont la carrière peut se résumer à 80 millions d'albums vendus, eut reçu un prix offert par l'INA dont l'humour est à souligner puisqu'il s'agit d'un iPad avec dessus enregistrées 30 heures de documents télévisés sur le grand homme dont nombreuses remises de prix à l'intéressé. La séquence où l'usurpateur se vante d'être le premier compositeur à pouvoir sculpter le son n'est pas piquée des vers. Il encensa néanmoins son prétendu maître Pierre Schaeffer qui se retournerait dans sa tombe à l'écoute de tant de louanges, incompatibles avec la réalité musicale des uns et des autres. La suite de la soirée se continua sans nous avec deux DJ, probablement plus technos que concrets. Il y a un écueil infranchissable entre les discours et les déclarations d'intention, et de l'autre côté les démonstrations binaires sur le mode "enfoncez-vous bien ça dans la tête". Dommage que l'INA-GRM ne s'adresse pas à des créateurs électros ou autres, dont l'invention est l'égale des générations de chercheurs qui les ont précédés ! Mais peut-être est-ce l'incompétence des techniciens sonores malgré la qualité du système Nexo qui est la principale responsable de la bouillie avec sub-basses incorporées dont le public est victime dans son apathie léthargique ?
Vraiment dommage, parce que les GRM Tools Spaces méritaient franchement mieux, prêts à fragmenter et disperser les sons, les filtrer et les retarder dans l'espace multicanal, sans compter ses déclinaisons antérieures permettant le morphing, le vocodeur évolutif, les décalages de filtres, les glissandi de timbre, le noising, le tout en temps réel...
Dehors les fumeurs de la banque digéraient leurs boni de fin d'année. Lorsque nous sommes arrivés à la maison Bruno Letort diffusait en différé sur France Musique des extraits de la soirée au Yoyo, sans les décibels ni le tonneau de basses...

lundi 15 décembre 2014

Mon Top 5 des années 70 sur Superfly


Pour le Blog de Superfly Records, Jacques Denis ma demandé "mon Top 5 des années 70 autour du jazz, etc. des années 70 en France". Superfly est à la fois un magasin et un label de réédition de vinyles introuvables, plutôt orienté vers le jazz et la soul, l'Afrique et les Amériques. Je me suis donc prêté au jeu pour suggérer 5 disques qui m'ont marqué personnellement et faire écouter un morceau de chacun d'eux. Ayant écrit le texte en anglais comme il était stipulé, je vous en livre ma traduction en vous renvoyant au site de Superfly pour en savourer la musique. Jacques Denis s'est chargé de récupérer les images de leurs pochettes. Je lui ai précisé que les cinq pièces devaient être présentées dans cet ordre.

Michel Magne "Carillon dans l’eau bouillante"
J'avais 7 ans en 1959 lorsque j'ai découvert Musique Tachiste de Michel Magne, compositeur de musiques de films inventif qui avait demandé à Sempé d'illustrer chaque pièce sur le livret inséré dans la pochette. Ce vinyle marque peut-être le début de ma vocation, un mix entre bruits, électronique et orchestre évoquant chaque fois une histoire.
Catherine Ribeiro "Âme debout"
En 1971 Brigitte Fontaine, Colette Magny et Catherine Ribeiro étaient nos mères de l'invention (Mothers of Invention dans le texte). Dans ce disque je suis également touché par la présence de mon ami disparu Claude Thiébaut qui joue du percuphone, un instrument créé par Patrice Moullet. J'ai toujours joué d'instruments auxquels personne d'autre n'avait recours.
Jacques Thollot "Cécile"
Mort récemment, Jacques Thollot n'est pas seulement un grand batteur, c'était aussi un compositeur très original. J'adore la culture encyclopédique qu'il insuffle à son travail. En France le jazz ne veut rien dire parce qu'il ne swingue pas (it don't mean a thing 'cause it ain't got that swing, référence à un morceau de Duke Ellington sur des paroles de Irving Mills), mais quoi que ce soit de vivant et d'inventif, en relation avec l'improvisation et les traditions européennes, peut être appelé du jazz!
Colette Magny "Répression"
Un de mes tubes favoris de 1971. Années d'or pour la révolution, dans tous les sens imaginables. J'ai eu la chance d'enregistrer et jouer avec Colette il y a vingt ans. Son humour était épatant et sur scène elle possédait un naturel que j'essaie d'adopter autant que possible. Ici Beb Guérin et Barre Phillips étaient tous deux à la contrebasse.
Ilhan Mimaroglu "Tract: A Composition Of Agitprop Music For Electromagnetic Tape Part II"
Une longue pièce pour terminer ce Top 5 de mes jeunes débuts. Même année. Partiellement composée et enregistrée à l'American Center, boulevard Raspail à Paris, un endroit où nous avions l'habitude de nous rendre sans savoir ce qui s'y passait. Jazzmen, rockers, poètes faisaient continuellement des performances. Un Drame Musical Instantané y donna son premier concert. Bakounine, Brecht, Marx, etc. figurent dans le miroir parfait de cette époque.

samedi 13 décembre 2014

Birgé-Edsjö-Lyregaard sur France Musique à 23h


Ce soir samedi à 23h est diffusé notre concert en trio enregistré en public le 10 novembre dernier à Radio France pour l'émission d’Anne Montaron, « À l’improviste ». Je jouais en trio avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard et la percussionniste suédoise Linda Edsjö qui était essentiellement au vibraphone et au marimba. Mon instrument principal était cette fois le clavier, mais, comme on peut le voir sur les photos de Christian Taillemite qui en a publié 15 autres sur le site de CitizenJazz, je m'emparai également du Tenori-on et de machines virtuelles faites maison, d'une trompette à anche et d'un harmonica, de flûtes et guimbardes, d'un ballon de baudruche, etc.
Les cartes que nous avons tirées ce soir-là dans le jeu de Brian Eno et Peter Schmidt furent successivement : Servez-vous d'une couleur inacceptable / Coupez une connexion vitale / Acceptez un conseil / Résistez ouvertement au changement / Plus sensuel / Faites une liste exhaustive de tout ce que vous aimeriez réaliser et faites la dernière / À quoi pensez-vous réellement là maintenant, intégrez / N'ayez pas peur des clichés / Oubliez tout ce qui a été joué précédemment.
Quelques jours plus tard nous jouions le même spectacle intitulé Un coup de dés jamais n'abolira le hasard à l'Atelier du Plateau où les spectateurs tirèrent évidemment des cartes complètement différentes.
Si vous êtes dans l'impossibilité de suivre ce soir la retransmission sur France Musique, sachez que le concert est en podcast audio et vidéo pendant un an sur leur site.

Photo © Christian Taillemite

vendredi 12 décembre 2014

Un Drame Musical Instantané ce soir à Montreuil en sextet


Pas trois, mais six ! Nous serons bien six ce soir au Studio Berthelot à Montreuil. Edward Perraud souffrant, le jeune batteur argentin encore peu connu Francisco Cosavella le remplace au pied levé. Pour Un drame musical instantané que rêver de mieux ?
À l'issue de l'Hommage à Bernard Vitet organisé à La Java l'an passé, avec Francis Gorgé nous regrettions de n'avoir pas pris le temps de jouer ensemble. Hélène Sage, retenue à Toulouse, n'avait pu non plus nous rejoindre. Rendez-vous fut pris pour reformer Un Drame Musical Instantané au moins le temps d'un concert.
Lors de sa création en 1976 Bernard, qui avait 18 ans de plus que nous, répétait que les "vieux" de son âge lui flanquaient les moules. Il évoquait les coquillages incrustés sur les flancs des étraves qui les empêchent de fendre les flots. Histoire de perpétuer les traditions familiales, nous avons invité les jeunes Antonin-Tri Hoang, sax alto et clarinette basse, et Francisco Cossavella, batterie et électronique... Autre fidélité, cette fois à la musique française et ses ramifications symphoniques se concrétisant par un appétit inextinguible pour les cordes, nous serons rejoints par la violoncelliste Hélène Bass qui participa à la création de notre grand orchestre en 1981 dans ce même Théâtre Berthelot, là où Méliès tourna certaines de ses illusions cinématographiques.
Comme fil conducteur de la soirée, la discographie du Drame était tout indiquée puisqu'elle marque de manière indélébile notre histoire. Pas question de la figer pour autant dans le passé. Nous sommes trop attachés à ce quotidien qui se renouvelle sans cesse. Les titres et la couleur de chaque album deviennent le thème de nos improvisations, terme que nous avons rejeté depuis nos débuts pour lui préférer le concept de composition instantanée en opposition à composition préalable. Cela n'empêchera pas Hélène Sage de chanter Baudelaire et Duparc, ou Carton, chansons qui nous rappellent l'ami disparu. Francis Gorgé, avec qui je fis mon premier concert au Lycée Claude Bernard début 1971, accompagnera Hélène à la guitare. L'entr'acte marquera la coupure entre la période vinyle et l'ère numérique. Si nous n'avons jamais joué deux fois le même concert, nous prenions chaque fois un an pour soigner nos albums comme de petits joyaux, disques-concepts et objets peaufinés jusqu'en leurs moindres détails.
Pour mes lecteurs voici donc en exclusivité le programme des réjouissances que seuls les titres peuvent laisser imaginer : Trop d'adrénaline nuit, Rideau !, À travail égal salaire égal, Les bons contes font les bons amis, L'homme à la caméra, Carnage / L'hallali, Sous les mers, Qui vive ?, Kind Lieder, Urgent Meeting...

ENTRÉE LIBRE SUR RÉSERVATION 20h30
Programme complet de la Semaine du Bizarre
Théâtre Municipal Berthelot, 6 rue Marcellin Berthelot, 93100 Montreuil - Métro : Croix de Chavaux - Tel. : 01 41 72 10 35

vendredi 5 décembre 2014

Un Drame Musical Instantané, le grand retour !


Pour sa résurrection inespérée, UN DRAME MUSICAL INSTANTANÉ (1976-2008) a choisi le Théâtre Berthelot où notre grand orchestre était né il y a 33 ans ! Avec Francis Gorgé et Hélène Sage nous commémorerons une fois de plus la disparition de Bernard Vitet, en invitant des musiciens avec qui nous partageons le goût de l'invention et de l'inattendu. Il y aura des chansons et des compositions instantanées, des instruments étranges et comme toujours une mise en ondes théâtrale dansant d'un pied sur l'autre, entre réel et imaginaire, mélange d'acoustique et d'électronique, un espace de création où sont conviés tous les possibles. Une rencontre historique. De quoi en voir de toutes les couleurs !

Jean-Jacques Birgé - clavier, électronique
Francis Gorgé - guitares, électronique
Hélène Sage - flûtes, voix, idiophones
Antonin-Tri Hoang - sax alto, clarinette basse
Hélène Bass - violoncelle
Francisco Cosavella - batterie, électronique

Vendredi 12 décembre à 20h30
ENTRÉE LIBRE SUR RÉSERVATION
Programme complet de la Semaine du Bizarre
Théâtre Municipal Berthelot, 6 rue Marcellin Berthelot, 93100 Montreuil - Métro : Croix de Chavaux - Tel. : 01 41 72 10 35

mercredi 3 décembre 2014

Chants de la résistance actuelle en Bretagne


La résistance est une constante bretonne. Face à la centralisation ségrégationniste, aux catastrophiques politiques agricoles successives, au désarmement de la flotte de pêche, à la pollution de leurs côtes, à l'implantation nucléaire, à l'interdiction de leur langue, les Bretons ont une longue pratique de la révolte. Loin d'un folklore pétrifié, sa culture s'est renouvelée au gré de leurs insurrections. Lorsqu'elles évoquent le quotidien les paroles des chansons sont souvent critiques. Et la musique est celle de la fête, les fest-noz rassemblant toutes les générations dans une ambiance étonnante pour qui vient d'ailleurs.
Pour son cinquième album, Les vies que l'on mène, le Hamon Martin Quintet montre que les meilleures danses ont tout à gagner à porter des idées fortes et généreuses. À chanter les vers de Sylvain Girault (Katé-Mé, La Dame blanche) ils se sont radicalisés en écho du combat de Notre Dame des Landes (Zim Zoum Zad). L'auteur des Flamboyants et d'Addi Bâ dans les Chroniques de résistance du label nato signe presque toutes les paroles à côté de Marthe Vassalo, Boris Vian et Victor Hugo. Plus la société se désagrège sous les coups portés par une caste immorale et incompétente qui a confisqué le pouvoir et vendu l'État aux financiers, plus il devient nécessaire de s'en moquer et de retrouver le sens, du bon sens et du sens bon. Le Hamon Martin Quintet relève le défi avec humour et entrain.


Sur un rond de Loudéac, un contre-rond, une scottish ou une ridée traditionnels, Mathieu Hamon porte le chant gallo à pleine voix. Quand il n'adopte pas le kan ha diskan,son frère Erwan Hamon lui répond à la bombarde ou à la flûte dans une articulation parfaitement détachée. Ronan Pellen, neveu du guitariste Jacques Pellen, joue du cistre, sorte de grosse mandoline, et le Bigouden Erwan Volant est à la basse électrique. On connaissait déjà l'accordéon diatonique de Janick Martin par le formidable quartet de Jacky Molard. Ils sont parfois rejoints par le tabliste franco-indien Prabhu Edouard ou Girault qui a l'habitude de chanter. Tous galvanisent les énergies en colorant de rouge et de noir la blanche hermine. (Coop Breizh)

vendredi 28 novembre 2014

Ce soir un coup de dés jamais n'abolira le hasard


De quelle musique s'agit-il ? Personne ne le sait. Si les musiciens n'en ont pas la moindre idée, comment le public pourrait-il l'imaginer ? Pour celles et ceux qui me connaissent, rien de surprenant à jouer la surprise. Aucun concert ne ressemble au précédent. Quant à mes deux comparses, leur réputation de performeurs explosifs n'est plus à faire. Médéric Collignon chante avec des lames de rasoir dans la bouche ; rassurez-vous, c'est une image. Mais son jeu de trompette peut être des plus suaves. Tendre et cruel, réel et surréel, dirait Pierrot. À force de tordre sa guitare Julien Desprez l'a transformée en montre molle. Son jeu virtuose semble courir sur les abscisses et les désordonnées. C'est carré comme une tête sans les bosses. Pourtant ce soir ils devront se plier aux injonctions des cartes tirées par le public. Celles du jeu inventé par Brian Eno et Peter Schmidt dicteront les ambiances, susciteront des histoires sans paroles, et pourtant... Allez savoir comment nos lascars interprèteront les cartes ! Les consignes de jeu ne sont pas des contraintes, mais elles nous renvoient aux questions que chaque compositeur devrait se poser avant de se mettre à l'ouvrage. Quant à celles et ceux qui ont choisi l'instantanéité ils marchent sur un fil tendu entre la salle et la scène, s'enroule autour de l'orchestre pour les lier comme on lie une sauce, doucement, avec l'amour du cuisinier, à petit feu. Enfin je n'en sais rien, peut-être faudrait-il craindre l'incendie ? J'ai apporté des allumettes en plus de deux claviers et de toute une panoplie d'instruments bruiteurs. De quoi souffler dans le micro. Si vous n'aimez pas les sentiers battus, changez vos projets pour ce soir, oui pour l'inouï venez au Triton à 20h. Nous jouons dans la nouvelle salle, celle qui se partage entre la fosse et le balcon plongeant...

Vendredi 28 novembre à 20h
Le Triton, 11 Bis Rue Coq Français, 93260 Les Lilas (Métro Mairie des Lilas) - Évènement FaceBook


Si le poème typographique de Stéphane Mallarmé a certainement influencé notre travail, ce n'est pas du tout le texte qui sera joué ce soir ! Nos cadres sont beaucoup plus prosaïques...

mercredi 26 novembre 2014

Chansons imprévisibles


Entre les concerts du lundi 10 et du samedi 15 il y avait un jeudi 13. Linda Edsjö partie sous d'autres cieux, nous y avons consacré une séance de studio en duo, la chanteuse Birgitte Lyregaard et moi. Pas question de continuer à tirer les cartes, d'autant que j'avais encore samedi 28 avec Médéric Collignon et Julien Desprez pour Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Alors nous nous sommes lancés sans filet, sans épuisette, sans rien dire, ni avant ni pendant. Après, nous n'avions plus de temps. Il pleuvait. Birgitte a chanté des mélodies plutôt nordiques, improvisant en anglais, en français ou en danois. Elle s'est juste souvenue des paroles qu'Alan Jay Lerner avait écrites pour My Fair Lady. Sinon, elle invente à brûle-pourpoint des histoires de vampire sans dents, de grenouilles dans le brouillard, d'un drôle de petit poisson ou de parapluies. C'est de saison. Pas de lézard. J'ai réduit mon instrumentation à un clavier, mais les possibilités offertes par les instruments virtuels sont infinies. Les mélodies se sont imposées d'elles-mêmes. J'ai tenté de suivre en courant devant. Deux heures plus tard, c'était dans la boîte.
Chansons imprévisibles est le 59ème album en ligne, écoute et téléchargement gratuits, et mon sixième avec le rossignol copenhagois. La presse papier continue de faire la sourde oreille. Je n'y vois pourtant que du feu. Sept chansons du fond du cœur...

mardi 25 novembre 2014

Rise People, Rise !


Soirée électrique au Nouveau Casino dimanche dernier avec les rockers français Rise People, Rise ! qui assuraient la première partie autrement plus variée que les Gallois Future of The Left en tournée européenne et dont le hard punk déjanté est marqué par la musique traditionnelle de l'ouest de la grande île, sortes de Pogues hurlant à fond la caisse sur des tempi du diable.
En fait, "captivé" par la conversation avec l'ami canadien Atom Egoyan en marathon promotionnel pour la sortie de son nouveau film, je suis arrivé juste à temps pour Rise People, Rise !, n'assistant qu'à la prestation (d)étonnante des trois Français, power trio dont la puissance de frappe n'écrase jamais la richesse des timbres. Le bassiste Fred Talbot assure la stabilité vrombissante de la machine de guerre tandis que les chorus du guitariste Johan Toulgoat, plus teintés de West Coast héroïque que de pop british, développent les mélopées du chanteur-batteur Lucas de Geyter, tête chercheuse de l'orchestre. Pour leur Rise-Rock ou Heavy Art-Punk comme ils se définissent avec peine, Lucas joue des changements de tempo et de rythmes, tranchant dans le lard, hurlant des vers revendicateurs en anglais d'une voix dont le style pourrait évoquer Scott Walker si le crooner américain avait commencé jeune ses inaltérables hymnes effilés.
C'est peut-être par cette utilisation de la langue anglaise que le bât blesse. Éternelle question chez les rockers européens. Chanter en anglais banalise ici leur démarche pourtant originale qui se revendique de la transe du Post-Punk avant-gardiste, du Métal, des blousons noirs, de Brecht et du Baroque. Leur appel à l'insurrection tombe à plat si l'on comprend mal les paroles. Pire, s'inféoder à la culture anglo-saxonne lorsque l'on se réclame d'un futur révolutionnaire est une erreur politique. Du moins lorsque ce choix est exclusif. Car on peut parfaitement imaginer que des musiciens de cette envergure, capables d'autant de diversité, de rage et de cohésion, auraient tout à gagner à chanter en français. La place vacante laissée par Noir Désir est à prendre. Et cela commence à faire long !

lundi 24 novembre 2014

Birgé-Collignon-Desprez vendredi soir au Triton


Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Je n'ai jamais joué avec le trompettiste-chanteur Médéric Collignon ni avec le guitariste Julien Desprez. Si nous n'avons pas répété une seconde, nous avons déjeuné ensemble, mais jamais tous les trois réunis. Il est plus important de connaître l'intimité des contextes de chacun que de se figer dans des relations professionnelles où les rôles sont fixés à l'avance. La quatrième version de cette acrobatie musicale se tient donc vendredi soir à 20h dans la nouvelle salle du Triton aux Lilas. Les thèmes de nos compositions instantanées, appelées communément improvisations, sont tirés au hasard par le public d'après le jeu de cartes inventé en 1975 par Brian Eno et Peter Schmidt.
En mars dernier j'avais inauguré l'opération en studio avec la pianiste Ève Risser et le flûtiste Joce Mienniel pour l'album Game Bling (en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org). Ce mois-ci je réitérais l'expérience à Radio France pour l'émission À l'improviste et à l'Atelier du Plateau avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard et la vibraphoniste Linda Edsjö. La sensibilité de chacune ou chacun colore les interprétations de manière extrêmement différente. Les cartes ne sont pas censées fabriquer des contraintes, mais ouvrir vers de nouvelles perspectives. Il y en a plus d'une centaine dans le paquet. Leur lecture est chaque fois transformée par les pièces précédemment jouées.

N.B. : D'habitude je préviens le jour du concert, mais comme c'est la dernière d'une série et que les réservations sont un peu timides je préviens cette fois quelques jours à l'avance pour que vous ayez le temps de vous retourner ;-)

vendredi 14 novembre 2014

Birgé-Edsjö-Lyregaard à l'Atelier du Plateau samedi soir


La chanteuse danoise Birgitte Lyregaard est rarement à Paris. C'est une occasion exceptionnelle de l'entendre, dans d'excellentes conditions et pour un spectacle irreproductible. En effet, si vous avez adoré le concert de lundi à Radio France celui de demain soir à l'Atelier du Plateau sera totalement différent puisque les thèmes des pièces sont tirés chaque fois au hasard devant le public, grâce au jeu de cartes inventé par Brian Eno et Peter Schmidt. Ensuite nous improvisons, terme que j'ai toujours préféré remplacer par "composition instantanée" puisqu'il s'agit de réduire au maximum le temps entre composition et interprétation. Dans ce cas de figure c'est vraiment de l'acrobatie ! Et puis, si vous avez raté lundi il est encore temps de vous rattraper, car il reste quelques places.
Pour cette deuxième représentation de Un coup de dés jamais n'abolira le hasard j'ai donc invité Birgitte Lyregaard et la percussionniste suédoise Linda Edsjö qui jouera essentiellement du vibraphone et du marimba. De mon côté je serai au clavier entouré de drôles de machines tels le Tenori-on qui produit de la lumière lorsqu'on le programme ou le H3000 qui transforme les sons et les voix en temps réel. Comme j'aime le mélange des sons acoustiques et électroniques je serai susceptible de me servir de ma trompette à anche, de flûtes, guimbardes et d'autres petits objets sonores. Les cartes en décideront !
À l'Atelier du Plateau la proximité du public crée une intimité dont nous pourrons jouer allègrement. D'autant que l'accueil est chaleureux, la cuisine excellente (oui, on peut y manger) et l'ambiance quasi magique.

À 20h, Atelier du Plateau, 5 rue du Plateau, 75019 Paris - 01 42 41 28 22 - entre 6 et 12 € selon l'âge et les éventuelles réductions... Évènement FaceBook

Photo © Christian Taillemite

mardi 11 novembre 2014

André Abujamra travaille du chapeau


Gavés de musique anglo-saxonne sans perdre pour autant de vue la chanson française, nous passons souvent à côté de ce qui se joue sur les autres continents. Et lorsqu'ils sont évoqués, ce sont presque toujours les mêmes artistes à bénéficier des services de promotion des majors. De mon côté, ici et ailleurs, je suis toujours à l'affût de trucs brintzingues qui sortent de l'ordinaire. Lorsqu'on a commencé par Zappa et Beefheart en 1968, enchaîné illico avec Sun Ra et Harry Partch, exhumé Charles Ives et remonté l'Histoire de la Musique jusqu'aux percussions sur os de mammouth, on est forcément difficile à surprendre. Une découverte en entraîne souvent une autre. Il suffit de dérouler le fil comme une anadiplose pour que le collier de perles ne se referme jamais.
Pourtant je ne me souviens pas comment je suis tombé sur les Brésiliens de Karnak il y a vingt ans. Leur premier album était un incroyable melting-pot de pop, rock et de musiques du monde entier, polyglotte et hirsute. Le compositeur et chef d'orchestre André Abujamra, d'origine libanaise, y pratiquait le cut et l'ellipse comme personne, lançant chaque morceau sur une fausse piste avant d'attaquer des orchestrations aux combinaisons de timbres inédites sur des rythmes ébouriffants. Les alliages sont si inattendus que je risquerais une analogie avec la nouvelle cuisine, mais certainement pas à déguster assis. Au Brésil la danse est partout.


Internet offrant des ressources illimitées, j'ai récemment découvert les deux albums suivants de Karnak, Universo Umbigo (Le nombril de l'univers, 1997) et Estamos Adorando Tóquio (Nous adorons Tokyo, 2000), suivis des trois albums solos d'André Abujamra, O Infinito de Pe (2004), Retransformafrikando (2007) et Mafaro (2010) et précédé de Música e Ciência, réalisé avec son premier groupe, Os Mulheres Negras. Le documentaire O Livro Multicolorido de Karnak (2006) est un montage de leurs concerts entrecoupés d'interventions parlées délirantes. Les musiciens étant particulièrement aguerris comme chez Spike Jones, ils osent tous les outrages en pratiquant allègrement le pastiche, tordant le cou aux citations dont ils ne se privent pas, avec la tendresse indispensable de l'imitateur pour ce qu'il aime. Malgré les références aux nombreuses cultures de la planète glanées par Abujamra au cours de ses voyages, il réfute le terme de world music. L'arabe, le fārsi, le russe, le français, le créole, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, le portugais, les chants Tuva, les accents outrés, les séquences parlées dessinent un atlas mondial dont le centre est São Paulo, un univers où le rythme fait loi. Si ses mélanges fortement épicés auront probablement inspiré Balkan Beat Box, La Caravane Passe et bien d'autres à sa suite, les compositeurs classiques avant eux n'ont jamais rechigné à jouer des arabesques et des espagnolades, ou à faire les pitres avec beaucoup d'esprit comme Rossini, Saint-Saëns ou même Schönberg. Doué pour mettre en ondes ces petites comédies musicales, André Abujamra a composé la musique d'une trentaine de films. On le retrouve aussi technoïde sous le pseudonyme Fat Marley avec l'intéressant New Old World : Future Sound (2002). Mais aucun album ne joue autant des ruptures et des effets dramatiques que le Karnak de Karnak, comme si on se gargarisait avec brut de brut !

lundi 10 novembre 2014

C'est ce soir, c'est gratuit, c'est génial !


J'insiste lourdement, mais c'est ce soir à 19h que nous mettons nos titres en jeu. C'est le cas de le dire puisque nous tirons les thèmes fictionnels ou conceptuels de nos improvisations d'après le jeu de cartes inventé par Brian Eno et Peter Schmidt. Mais en fait pas tout de suite, car nous jouons après le duo formé par la contrebassiste Joëlle Léandre et le percussionniste Jean-Pierre Drouet, première partie dont on peut imaginer qu'elle produira des étincelles... Quant à notre trio formé avec Birgitte Lyregaard et Linda Edsjö on peut s'attendre à tout, donc à rien. "Ne rien faire" est d'ailleurs une des cartes du jeu ! Si nous tombons sur Sortez en fermant la porte, quitterons-nous le Studio 106 de Radio France ou devrons-nous interpréter dramatiquement ce verdict ? Le projet s'intitule Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Birgitte chante, Linda joue du vibraphone et du marimba, je fais comme d'habitude l'homme-orchestre avec ma panoplie d'instruments virtuels ou physiques. Ensemble nous comptons bien nous amuser (puisque les musiciens ont le privilège de "jouer") et faire partager au public nos élucubrations musicales. Il y a un évènement FaceBook, mais il faut réserver ou s'y pointer une demi-heure avant, mais attention c'est dans la limite des places disponibles.

vendredi 7 novembre 2014

Concert gratuit lundi 19h à Radio France, Studio 106 : Léandre/Drouet --- Birgé/Edsjö/Lyregaard


Pour lundi 10 novembre : réservez sur le site de la Maison de Radio France ou retirez vos places 1/2 heure avant l'enregistrement, porte B, l'entrée étant libre dans la limite des places disponibles. Le concert commence à 19h au Studio 106 avec un duo exceptionnel composé de la contrebassiste Joëlle Léandre et du percussionniste Jean-Pierre Drouet. Nous enchaînons en trio à l'occasion de cet "À l'improviste" d'Anne Montaron dont l'émission sera diffusée ultérieurement sur France Musique.

C'est pour nous la première d'une série de concerts que j'ai imaginés sous le titre Un coup de dés jamais n'abolira le hasard en référence au poème typographique que Stéphane Mallarmé écrivit en 1897, déjà cité sur le premier disque d'Un Drame Musical Instantané. Le concert de lundi prochain voit mes retrouvailles avec la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard et la percussionniste suédoise Linda Edsjö. Tous les trois avions créé La chambre de Swedenborg au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg en janvier 2012. Le déménagement de Birgitte à Copenhague avait écourté l'expérience merveilleuse de El Strøm, trio formé avec le multi-instrumentiste Sacha Gattino ; ensemble nous avions produit trois albums, improvisations libres de Sound Castle et Fresh 'n Chips, chansons de Fluctuat Nec Mergitur. Birgitte et Linda avaient enregistré de leur côté un délicat et séduisant album à partir des textes de la poétesse Inger Christensen intitulé Inger. Si j'évoque nos aventures musicales antérieures, je devrais souligner l'amitié qui nous lie, car l'exercice auquel nous allons nous livrer ne peut exister que dans la plus grande complicité et la plus franche camaraderie.

Notre trio tirera au hasard devant le public le sujet de nos improvisations grâce au jeu de cartes inventé par Brian Eno et Peter Schmidt. Quelques exemples qui ne seront probablement pas joués ce soir : Mettez l'accent sur vos défauts, Changez de vitesse, Soyez extravagants, Posez le problème en termes clairs, Résistez au changement, Soyez crades, Manque-t-il quelque chose ?, etc. L'improvisation n'est pas un genre. C'est ramener au plus court le temps entre composition et interprétation. Toute ressemblance avec des musiques existantes ne saurait être fortuite, mais la liberté d'inventer ne peut qu'initier des scénarios inouïs. Linda jouera du vibraphone, du marimba et des percussions, Birgitte sera notre rossignol polyglotte et je serai assis devant mon clavier entouré d'instruments électroniques et de quelques jokers acoustiques. J'ai sacrément la trouille !

Évènement FaceBook / Photo © Sonia Cruchon

P.S. : samedi prochain 15 novembre le trio sera à nouveau réuni à l'Atelier du Plateau pour de nouvelles pièces puisque nous nous plierons au même exercice. Enfin, le 28 novembre au Triton je serai confronté au même programme (same same but different), mais cette fois avec deux garçons, le trompettiste Médéric Collignon et le guitariste Julien Desprez. Autant préciser qu'aucun de ces trois concerts ne se ressemblera.

lundi 27 octobre 2014

Jack Bruce nous laisse sans voix


71 ans après son premier cri, la voix blanche et rocailleuse de Jack Bruce s'est éteinte samedi dernier.
À l'automne 1968, de retour des USA, j’achète Wheels of Fire, double album argenté des Cream, moitié studio, moitié live. L'enregistrement au Fillmore nous scotche au plafond avec Crossroads de Robert Johnson, Spoonful de Willie Dixon, Traintime de Jack Bruce et Toad de Ginger Baker. Eric Clapton est le guitariste, Bruce le bassiste et chanteur, Baker le batteur. La pochette s'ouvre sur des couleurs psychédéliques, rose, orange et vert qui nous en mettent plein les yeux. C'est leur troisième disque, mais chacun s'était déjà distingué avec de former ce premier power trio de l'histoire du rock. C'est surtout la première fois que j'entends des musiciens de rock improviser des morceaux de près de vingt minutes faisant éclater le format chanson, porte ouverte à nos inventions les plus débridées. Mais le groupe se dissout aussitôt. Je retrouverai Ginger Baker's Air Force au Lyceum, bœuferai avec Clapton chez Gomelski et ne rencontrerai jamais Jack Bruce. C'est pourtant le seul d'entre eux dont la trajectoire me fascinera jusqu'au bout.
L'Écossais avait déjà joué avec Alexis Korner, Charlie Watts, Mick Jagger, Graham Bond, Dick Heckstall-Smith, Manfred Mann, Steve Winwood, John McLaughlin et John Mayall. Tandis que nous animons un rallye dans le seizième arrondissement Francis Gorgé m'apprend Sunshine of Your Love dans la cuisine. Je joue comme un pied au sax alto le thème de Clapton, Bruce et Pete Brown, mais j'adore.


Après les Cream, Bruce sortira une quinzaine d'albums sous son nom en commençant par Songs For A Tailor. Après avoir marqué le blues de son empreinte blanche, il participe à Turn It Over, second album du Tony Williams Lifetime avec McLaughlin et Larry Young, célébrant ainsi l'avènement de la jazz-fusion. Bassiste électrique à la formation classique influencé par Charlie Mingus, c'est comme chanteur que le jazz l'adopte avec la sortie en 1971 du chef d'œuvre de Carla Bley, Escalator Over The Hill. Il apparaît chez Lou Reed (Berlin) ou Frank Zappa (Apostrophe), fait un flop avec Simon Phillips et Tony Hymas, et se noie dans la drogue. Il fera un bout de chemin avec Kip Hanrahan, Vernon Reid, Cindy Blackman et quantité d'autres, mais c'est Michael Mantler qui lui offrira ses plus beaux rôles, loin des musiques pop mainstream.
Le compositeur lui fait chanter les paroles de Samuel Beckett. Ce sera No Answer en 1974 en trio aux côtés de Carla Bley et Don Cherry, Many Have No Speech en 1988 avec Marianne Faithfull, Robert Wyatt et un orchestre symphonique, puis Folly Seeing All This en 1993 avec entre autres le Balanescu Quartet, Rick Fenn, Wolfgang Puschnig. Quatre ans plus tard, il est le soliste de l'opéra The School of Understanding avec Don Preston, Karen Mantler, John Greaves, Robert Wyatt, etc. Son timbre de ténor éraillé hyper-expressif collant parfaitement aux sublimes mélodies monotones de Michael Mantler transcende les genres.
En mars 2014 sa famille et ses amis participent à l'enregistrement de son dernier album, Silver Rails, mais quelques mois plus tard le cancer du foie qu'il traîne depuis plus de dix ans le terrasse. Il nous laisse sans voix.

jeudi 23 octobre 2014

Hymn For Her, couple-orchestre


Hymn For Her était mardi soir à Paris dans les Studios Campus avant d'entamer une tournée française dans des petits lieux sympas de Guern à Eymoutiers en passant par La Roche Bernard, Tarnac et Treignac, autant dire confidentielle, mais heureux les happy few qui découvriront ce couple-orchestre pétant les flammes avec leur folk-blues psychédélique traversant le désert de Mojave. Aucun hasard, c'est là que Captain Beefheart se cachait pour peindre ! Si leur musique est très personnelle elle rappelle aussi bien Jefferson Airplane que Johnny Winter, un country rock aux accents tant West Coast que Deep South. Car Lucy Tight et Wayne Waxing voyagent, au propre comme au figuré. Originaires de Philadelphie ils sillonnent les États-Unis dans leur caravane Bambi Airstream de 1961 en métal argenté avec leur fille de sept ans quand ils ne se reposent pas dans leur campagne entourés d'amis et de chèvres. Bientôt de retour en Floride, ils sont ce soir à Douardenez où le label nato qui vient de publier leur compilation Hits From Route 66 les a conduits.


Sur scène Lucy et Wayne s'échangent leurs instruments en plein morceaux sans que leur énergie retombe. Ils restent toujours dans les cordes, vocales d'abord, pincées ensuite. Un banjo qui sert aussi de caisse claire, une guitare et une boîte à cigares amplifiée avec un manche à balai sans frettes sur lequel sont montées deux cordes. Au pied une ribambelle de pédales d'effet et une batterie rudimentaire, grosse caisse, cymbale et charleston. J'oubliais l'harmonica de Wayne, instrument incontournable de la panoplie de l'homme-orchestre. Dans un genre extrêmement différent j'ai tout de suite pensé à une pièce de Mauricio Kagel intitulée Zwei-Mann-Orchester. Le duo sonne comme quatre. Les chansons sont souvent tendres et humoristiques, la joie communicative.

mardi 21 octobre 2014

Eltron John remixe le Drame


Le magazine anglais WIRE publie avec son numéro d'octobre le CD Below The Radar Special Edition: The Dream, compilation de musique expérimentale et électronique réunie par l'Unsound Festival de Cracovie ! Y figure un remix de l'album L'homme à la caméra d'Un Drame Musical Instantané par le Polonais Eltron John qui fera partie en 2015 d'un excitant projet du label français DDD autour du Drame...

"Freed @ La Java" en écoute et téléchargement gratuits


Comme les 57 autres albums en ligne du site drame.org Freed @ La Java est en écoute et téléchargement gratuits.
Rencontres organisées par Xavier Ehretsmann (DDD/La Source), les soirées Freed attirent essentiellement des trentenaires qui ont envie de s'éclater en boîte. Les rythmes, souvent diffusés à un volume supérieur à celui de la musique classique (!), génèrent des transes chez ses adeptes. Ehretsmann programme des artistes qui sortent de l'ordinaire technoïde. Il préfère des expérimentaux qui renouent avec l'essence-même du genre à ses débuts, à savoir une liberté d'invention qui s'affranchit des formats en vigueur. Est-ce pour éviter les crampes que je ne conserve pas toujours le même tempo ? La noire à 120 fait battre le cœur et bouger les jambes, mais casser l'ambiance invite à d'autres modes de jeu, y compris chez les danseurs. Cette dialectique, vitale pour moi, évite de glisser dans le vertige d'une nouvelle mystique, ne serait-ce que celle du son, du gros son.
Attaché au geste instrumental que les synthétiseurs analogiques rendaient alors obligatoires, je continue de composer des musiques électroniques en préférant les touches noires et blanches ou des interfaces plus ludiques que le clavier de l'ordinateur pas sexy pour deux sous. Dans le premier set qui ne figure pas sur ce nouvel album le Londonien Bass Clef utilisait d'ailleurs sa boîte à rythmes et son échantillonneur comme un percussionniste contrairement aux tapoteurs capables de déchaîner placidement des ouragans avec deux doigts.
Au second set je prends le relais en utilisant deux claviers reliés ensemble en midi ainsi qu'à ma machine virtuelle. Un petit hub (prise multiple dédiée avec commutateurs) acheté au siècle dernier me permet de contrôler les uns avec les autres. Le Tenori-on fait toujours son effet grâce au ballet lumineux de ses leds qui soulignent les mouvements de mes doigts. Sur cette corde à linge j'accroche quelques instruments acoustiques qui évitent également l'effacement désincarné derrière les machines. Le H3000 m'offre de traiter ces sons avec des effets que j'ai programmés il y a belles lurettes, mais qui ont conservé leur efficacité malgré les années.
À propos de mon Eventide H3000 j'ai été amusé de le voir à l'œuvre dans Tryptique, le dernier film de Robert Lepage (coréalisé avec Pedro Pires). Une fille, retrouvant un film muet avec son père depuis longtemps disparu, engage quelqu'un qui lit sur ses lèvres puis fait un casting de comédiens pour lui rendre la parole, mais aucun ne convient. L'ingénieur du son a alors l'idée de lui faire faire à elle le bout d'essai, puis il transpose cette voix fénimine dans le grave et le miracle apparaît, le timbre du père recomposé !


Comme je l'ai déjà expliqué, le solo m'impose une gymnastique schizophrénique pour éviter les temps morts. Je suis plus à mon aise dans le duo qui suit avec Bass Clef, troisième set de la soirée. Improvisation sans concertation préalable (j'avais seulement eu le temps de discuter cinq minutes avec mon interlocuteur britannique), le jeu impose sa forme et nous rebondissons comme des Super Balls dans le Pong géant de nos machines qui n'ont plus rien de célibataires. Comme Bass Clef échantillonne son trombone en direct, je sors ma trompette de poche, un jouet à anche ou une guimbarde. Cette fois je pense à la scène inaugurale de Zéro de conduite de Jean Vigo, lorsque dans le train les garnements Caussat et Bruel se montrent leurs dernières trouvailles, sentiment souvent partagé avec mon ami Sacha Gattino qui vient de s'offrir une mbira de cinq octaves dont il ne se sépare plus malgré son encombrement ! Il est trois heures lorsque nous cédons le terrain au DJ The Hustler qui mixera jusqu'au petit matin. L'enregistrement me permet d'avoir une idée plus objective sur ce que nous avons fabriqué !
Coline Malivel nous ayant envoyé le visuel qu'elle a concoctée pour Freed, il ne reste plus qu'à titrer les deux sets. Je choisis les deux dernières phrases d'Anna la bonne, chanson parlée de Jean Cocteau écrite pour la troublante Marianne Oswald. Anna y raconte comment et pourquoi elle a assassiné sa patronne Mademoiselle Annabel Lee. La lutte des classes est évidente entre "Elle devait partir sur son yacht pour Java..." et "Ah la java !". Si nous avions enregistré d'autres pièces, j'aurais pu les intituler "Dix gouttes, dix, pas plus !" et "Et je verse tout le flacon...", mais ce sera pour la prochaine fois !

Maquette album - Coline Malivel // Photo concert © Eduardo Lemos

lundi 13 octobre 2014

Service de nuit


La Java jeudi soir. La plupart des spectateurs ont l'air d'être arrivés déjà éméchés. Nuit de pleine lune. Un type s'étale sur mes instruments. Un autre tapote la peau du rhombe. J'aurais dû m'installer un peu en retrait comme Bass Clef. Le Londonien se charge du premier set. Des samples barjos s'immiscent dans sa boîte à rythmes. Pas moyen de refermer le couvercle. J'enchaîne direct. Le solo me fait faire des pieds et des mains pour garder le rythme. J'envoie des stridences de dentiste pour attaquer les basses profondes à la tronçonneuse. Médusé, le public me colle pour comprendre ce que je fabrique. Ma version de la soirée est très différente de ce que vit la salle. On me raconte. Ils s'approchent dangereusement pour voir de quel chapeau je sors mes lapins blancs. Les leds du Tenori-on les plongent sous hypnose. La trompette sonne comme une clarinette basse. Les guimbardes sont rarement utilisées dans les soirées techno. Le reste garde son mystère. Au troisième set la température grimpe. Bass Clef m'a rejoint pour un duo d'enfer. Nous alternons les rôles sur un petit signe de tête. L'un tend la corde à linge, l'autre y pend des trucs incroyables. Le DJ The Husler terminera après le premier métro. J'aurai dormi deux heures. Le lendemain matin je dois remettre le studio en ordre de marche pour enregistrer tout le week-end. Le night-clubbing est aussi différent des concerts que les taxis qui font le service de nuit le sont à la journée. Personne dans la rue et un déchaînement monstrueux en sous-sol.

jeudi 9 octobre 2014

Jeudi, ce soir minuit


Ce soir minuit, l'heure du crime. Chaque fois que je joue à La Java je repense à Anna la bonne, grinçante chanson parlée de Jean Cocteau interprétée par la virulente Marianne Oswald. "Elle voulait partir pour Java... Ah la java !" Sauf que cette nuit les night-clubbers danseront sur d'autres rythmes que cette valse rapide.
Cette fois encore je jouerai d'abord seul comme le Britannique Bass Clef avant de nous produire ensemble. Ce devrait être de 2h à 3h du matin. Jeudi soir. The Hustler tiendra ensuite les platines jusqu'à 6 heures. N'ayant jamais rencontré Bass Clef nous serons en impro totale, comme pour ma prestation solo. Improviser n'est pas travailler sans filet. Je jouerai sur du matériel que je n'apporte plus très souvent en concert, "techno" oblige, encore que celle-ci soit très expérimentale ! Deux synthétiseurs vintage reliés en midi à mon ordinateur par un hub me permettront de contrôler mes applications virtuelles par l'un ou l'autre, voire tout l'ensemble avec le V-Synth. J'ajoute deux pincées de Tenori-on, je saupoudre d'applis iPad, je passe à la moulinette du H3000, fromage ET dessert, en cas de pépin ou pour épicer le virtuel j'ai près de moi trompette à anche, guimbardes et d'autres petits choses acoustiques... Bass Clef vient lui-même de Londres avec boîte à rythmes, échantillonneur, trombone et percussion.
Lors du premier concert de la série Freed organisé par le label DDD les spectateurs me demandèrent depuis combien de temps je jouais cette musique ? Plus de 40 ans ! Le solo me force à jongler avec les instruments, le temps de chargement des virtuels m'obligeant à me transformer en Kali, la déesse aux huit bras. Comme je suis plutôt du matin je risque d'être un peu décalqué le lendemain. Mais l'énergie donne des ailes et je compte bien planer au-dessus de la foule. Concert de noctambule ou de somnambule ?
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