Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 février 2016

Le flux et le fixe


Comme je planche sur le parcours musical de Carambolages, la prochaine exposition imaginée par Jean Hubert Martin au Grand Palais, je découvre le livre de Jean-Noël von der Weid sur l'influence réciproque des peintres et des musiciens. L'ouvrage est encyclopédique tant les références abondent. J'imagine qu'y revenir par l'index me sera plus utile que sa lecture in extenso. L'auteur a pourtant réduit son analyse à la peinture proprement dite et à la musique classique, entendre jusqu'à celle que l'on a coutume d'appeler contemporaine. Le flux et le fixe est une collection de portes qui ouvrent sur des champs d'investigation, des chants d'hiver que je me remémore au coin du feu tandis que les images défilent dans mon souvenir comme des ombres portées. Von der Weid a choisi d'écouter avec les yeux et de regarder avec les oreilles. Il révèle une gymnastique dialectique qui offre de changer d'angle pour découvrir le monde. Un de ses amis, Thierry Vagne, a eu la bonne idée de mettre en ligne une reproduction des tableaux évoqués dans le livre. Il ne vous manque plus qu'à aller piocher dans votre discothèque, à la médiathèque ou sur le Net les œuvres musicales, quantité de pistes que vous ne connaissez probablement pas, un autre intérêt du livre de von der Weid.
Je me suis souvent interrogé sur ma façon d'approcher la musique, en cinéaste, ma formation à l'Idhec et mon autodidactisme musical m'y ayant amené quasi naturellement. J'ai toujours composé de la musique pour les aveugles, voyez-vous cela ! Dans mon travail les intentions et les structures passent avant les notes et l'harmonie. J'ai l'impression de peser les choses, le pour du contre, tension détente, tendre et cruel, réel et surréel... La dialectique m'est constitutionnelle. Malgré mon approche scientifique les histoires que je me raconte impliquent les formes plastiques. Je dessine, mais seulement dans mon ciboulot. Cette liberté d'interprétation m'incite à me renouveler relativement facilement, parce que je ne suis attaché à aucun style. Un jour une comédie, le lendemain un drame, la semaine suivante un pamphlet politique ou une réflexion philosophique. À chaque projet correspond un support, et réciproquement. Il n'y a ni forme ancienne, ni forme nouvelle, mais seulement la forme appropriée. J'ignore la page blanche, mais pas le silence.


Je reviens vers les écrits de Jean Hubert Martin et feuillète quelques catalogues de ses précédentes expositions. Il fut le commissaire des Magiciens de la Terre, de La mort n'en saura rien, d'Une image peut en cacher une autre, du Théâtre du Monde, du Maroc contemporain et tant d'autres. J'y reviendrai ces prochains jours, d'autant que je dois composer le parcours musical et sonore de Carambolages, soit 27 étapes sur deux niveaux en passant par le grand escalier. Si l'on possède un smartphone il ne faudra pas oublier son casque pour profiter de cette dimension poétique qui accompagnera les 185 œuvres en jouant sur la complémentarité plutôt que sur l'illustration. Jean Hubert Martin a remplacé les audioguides souvent très scolaires en me confiant d'évoquer par le son ce parcours ludique qu'il a construit sur le modèle du Marabout-Bout de ficelle-Selle de cheval... L'imagination est mise à contribution, les visiteurs renvoyés à leur propre sensibilité. Le son est le médium idéal pour évoquer sans imposer. Si certains de mes choix s'expliquent d'eux-mêmes, d'autres doivent rester énigmatiques. Je suis aux anges...

→ Jean-Noël Von Der Weid, Le flux et le fixe, Ed. Fayard, 18 €
→ Jean Hubert Martin, L'art au large, Ed. Flammarion, 29 €
Carambolages, exposition au Grand Palais, du 2 mars au 4 juillet 2016

lundi 8 février 2016

La symphonie de l'univers


Non, ce ne sont pas les oreilles des cent lapins de notre opéra Nabazmob, mais 9oualab, une installation du Collectif Pixylone composé de Younes Atbane, Zouhair Atbane et Omar Sabrou, exposée en 2014 à l'Institut du Monde Arabe dans le cadre du Maroc Contemporain dont le commissaire était Jean Hubert Martin. C'est incroyable comme les six cents pains de sucre (l'équivalent de 300 paires d'oreilles de Nabaztag !), éclairés en 3D et sonorisés, m'ont immédiatement fait penser à notre opéra, deux regards parallèles sur nos sociétés, même si les intentions des uns et des autres sont très différentes.


Mais si je l'évoque aujourd'hui, c'est pour une autre coïncidence, musicale cette fois. En créant Nabazmob nous avions inexplicablement oublié le Poème symphonique pour 100 métronomes de Ligeti de 1962. L'hommage aurait pourtant été clair. La surprise vient de ma réécoute de la Symphonie de l'Univers de Charles Ives, œuvre inachevée mais libre de la continuer si de futurs compositeurs voulaient s'y atteler. Cette "sixième" symphonie de mon compositeur de prédilection est probablement sa plus ambitieuse. Conçue de 1911 à 1928 pour plusieurs orchestres elle présente trois parties sans pause : Le passé (du chaos à la formation des eaux et des montagnes), Le présent (la Terre et le firmament, évolution de la nature et de l'humanité) et L'avenir (le paradis, l'élévation de tout vers la spiritualité). Or, en écoutant les vingt percussionnistes de la version complétée par Larry Austin, j'ai cru reconnaître les prémisses du premier mouvement de notre opéra !


Je me suis souvent demandé comment nous en étions arrivés là avec Antoine Schmitt. À quoi pouvait ressembler cette musique composée pour 100 synthétiseurs midi de pacotille hébergés dans les estomacs de nos rongeurs wi-fi ? Je suis aux anges de constater aujourd'hui ce cousinage involontaire ou inconscient avec Ligeti et Ives. De quels ancêtres pouvais-je rêver de mieux ?! Si l'indétermination de l'ensemble doit beaucoup à John Cage, le second mouvement, glissement d'accords tuilés, se réfère forcément à Ligeti et le troisième, citations d'extraits opératiques se superposant, explicitement à Ives. Mais je n'aurais jamais imaginé cette coïncidence incroyable du premier mouvement, voire du 2bis, un petit plus rythmique que nous jouons parfois en concert lorsque l'envie nous prend ! De même, l'œuvre collective des artistes marocains m'apparaît comme une suite improbable. Je ne sais pas si les lapins aiment le sucre, mais cela ne m'étonnerait pas !

vendredi 5 février 2016

Julien Pontvianne retrouve l'éternité


Le compositeur et musicien Julien Pontvianne n'est pas le premier à avoir été subjugué par la pensée de Henry David Thoreau, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain (1817-1862). De Walden ou la vie dans les bois à La désobéissance civile, l'essayiste a influencé des hommes politiques comme Gandhi et Martin Luther King, des écrivains comme Yeats, Romain Rolland, Giono, Jim Harrison, des compositeurs comme Charles Ives et John Cage, et nombre d'écologistes ou adeptes de la décroissance... Je possède un exemplaire original des Essays Before A Sonata que Ives a publié à compte d'auteur en 1920, complément indispensable de la Concord Sonata, entièrement dévoués à Thoreau et ses amis transcendantalistes, Emerson, Hawthorne et les Alcotts.
Déjà avec son projet pour orchestre Aum Pontvianne faisait chanter les textes de Thoreau qui donnaient du relief à ses grands espaces paysagers. Avec Abhra, qui signifie l'atmosphère ou le vide en sanskrit, il se rapproche du soleil en mettant en musique des extraits des textes de l'Américain qu'il fait accompagner par un orchestre planant au dessus des collines. Consciente ou inconsciente, l'influence de Ives est flagrante, sérénité d'une nature retrouvée à laquelle la voix de l'Anglaise Lauren Kinsella confère une sensualité vertigineuse. Parlé ou chanté importe peu. Le style et l'idée se confondent. L'écoute du CD nous plonge dans un abîme de perplexité tout en nous faisant voyager. L'orchestre passe les cols en se moquant des frontières. La violoncelliste Hannah Marshall, le guitariste Francesco Diodati et le contrebassiste Matteo Bortone, le claviériste Alexandre Herer et Pontvianne au ténor, à la clarinette et à l'harmonium prennent le temps de respirer l'air pur. Ils nous montrent le chemin. Comme dans tous les projets de Pontvianne le temps n'a pas la même durée qu'ailleurs, le changement de repères s'opérant magiquement sans que nous y soyons préparés. Les siècles ne changent rien à l'affaire. Les couleurs les plus délicates affichent mille nuances. Les nuages forment sans cesse de nouveaux dessins. Chaque saison exhale la beauté de la vie. S'approcherait-on de la musique des sphères ?

→ CD Abhra, label Onze Heures Onze, dist. Socadisc, sortie le 11 mars 2016

vendredi 29 janvier 2016

En trio ce soir avec Bumcello pour Entrechats


À l'origine le spectacle s'appelait Danser sans écran, d'une part pour suggérer le dance-floor, et d'autre part parce que Vincent Segal m'avait demandé de n'apporter aucun écran. La particularité de Bumcello est en effet de faire danser leur public sans avoir recours au sempiternel ordinateur avec son autiste pousse-bouton. La seule incartade qu'ils commettent dans ce choix du geste instrumental est l'usage des boucles qu'ils contrôlent en maîtres avec leurs pieds. Le geste ayant toujours été à la base de mon jeu instrumental, j'emporte certains de mes claviers vintage, le Theremin, le Tenori-on, le Kaossilator, ou des instruments acoustiques comme la trompette à anche, des guimbardes, ballons de baudruche, flûtes, harmonicas, hou-kin, etc. Le défi m'excite, sachant qu'avec le violoncelliste et Cyril Atef à la batterie je devrai jouer sur du velours, que l'on veut lourd.
Vincent étant en tournée aux Antilles, il était impossible de nous réunir pour la photo du programme ! De plus, il n'avait sous la main qu'un cliché avec son chat... Après un moment de perplexité, je demandai à Cyril, puisqu'il avait aussi un matou, d'imiter la pose de son camarade. S'il avait fallu se faire rencontrer Garfield, Jazz et Ulysse, imaginez le boxon ! Je me souviens d'ailleurs d'une monstrueuse scène de débâcle féline racontée par Hitchcock à Truffaut dans ses entretiens. Lorsque nos trois frimousses se retrouvèrent associées, le titre me sauta d'un bond à la figure : Entrechats ! Pour un concert de "dance" (ou de trance ?) que pouvais-je mieux espérer ?!
J'ignore tout du concert de ce soir si ce n'est qu'il est 100% improvisé, que l'orchestre de la nouvelle salle du Triton est transformé en dance-floor, mais que de bons fauteuils équipent le balcon qui surplombe la scène. Le reste est à vivre !

Entrechats, Jean-Jacques Birgé invite Bumcello, vendredi 29 janvier 2016 à 20h au Triton, Métro Mairie des Lilas
avec Cyril ATEF (batterie, percussion, voix), Vincent SEGAL (violoncelle, percussion), Jean-Jacques BIRGÉ (instruments électroniques et acoustiques)

jeudi 28 janvier 2016

La Horde Catalytique Pour La Fin en vinyle


L'organisation des sons est imprévisible. Face A. Symphonie d'une nature reconstituée en studio. Jungle remplie de petits animaux au coucher du soleil, mélange d'oiseaux virevoltant de branche en branche, batraciens les pattes dans le marais, le bois craque sans que l'on sache qui se cache dans le fourré, menaces sans visage... Les quatre musiciens de la Horde Catalytique Pour La Fin jouent-ils aux Indiens avec leurs instruments ? Richard Accart souffle dans les voiles de ce radeau de fortune, Francky Bourlier joue à saute-mouton sur les touches, Jacques Fassola pince les cordages, Gil Sterg frappe les mâts, quand Georges Alloro était d'un autre voyage. Ils appellent "gestations sonores" leurs compositions enregistrées le 26 février 1971 au Théâtre de Nice. Face B. Dans la vallée les humains s'excitent. Ils crient, ils pleurent, ils donnent naissance à un univers de bruits dont les couleurs sont des timbres de collection. Sur le balcon qui surplombe la forêt les rituels de chacun se croisent pour créer de nouveaux mythes. La version colorée du vinyle, épuisée dès sa sortie, est rouge-sang ou framboise, que l'on soit carnivore ou végétarien.

→ Horde Catalytique Pour La Fin, Gestation sonore, Souffle Continu, réédition LP d'un album initialement produit par Futura, 16,50€

mercredi 27 janvier 2016

Nacer Blanco de Borja Flames


À l'écoute de musiques inclassables le réflexe naturel est de chercher des points d'appui. À défaut de leur coller une étiquette on leur devine des cousinages. Lorsqu'on a retrouvé l'équilibre l'on se laisse porter par le courant et notre rafiot de papier glisse joyeusement tout au long du ruisseau. Il faut l'attraper avant qu'il ne soit dévoré par l'une des bouches de l'égout, le déplier pour en découvrir sa gamme de couleurs vives. Les mots griffonnés sur la face cachée de la feuille s'entendent comme les paroles d'une chanson. Ne comprenant pas l'espagnol je me rapproche comme prévu de rivages plus familiers.
Nacer Blanco, l'album solo de Borja Flames, a le parfum des premiers disques de Brigitte Fontaine et Jacques Higelin, la folie douce du Brésilien Tom Zé, l'entrain hispanophone de Manu Chao, la nonchalance catalane de Pascal Comelade, mais ce ne sont que des liens de famille. Sa compagne, la chanteuse Marion Cousin, avec qui il forme habituellement le duo June et Jim prête sa voix sur quelques morceaux. Marions les cousins pour que brûle la flamme !
Le laboratoire de Borja Flames est un grenier plein de souvenirs, la tanière d'un ours qui apprend si vite ses tours qu'elle en devient méconnaissable, un art de la fugue qui colmate les fuites, une accumulation d'instruments légers comme le coq secouant l'arc-en-ciel de ses plumes, un nouveau passage.

Borja Flames, Nacer Blanco, Marxophone Records / Label Le Saule, sortie le 5 février 2016

lundi 25 janvier 2016

La cornemuse contemporaine d'Erwan Keravec


Lorsqu'ils ne font pas déjà partie de ma panoplie d'expérimentateur, les instruments de musique qui sortent de l'ordinaire attirent toute ma curiosité. Ainsi j'ai toujours été séduit par la cornemuse, qu'elle soit bretonne comme du temps où Youenn Le Berre sonnait Sacra Matao avec Un drame musical instantané, irlandaise avec Ronan Le Bars pour le clip du centenaire de l'Europe composé avec Bernard Vitet, ou internationalement free avec Étienne Brunet pour un de mes concerts Somnambules. Si j'ai souvent eu l'impression que le Bagad faisait sortir de terre les anciens comme dans une bande dessinée de Bilal, la cornemuse écossaise d'Erwann Keravec est résolument contemporaine, entendre ici, intemporelle.
Sur son nouvel album, Vox, il a commandé quatre pièces à des compositeurs très différents, Oscar Bianchi, Philippe Leroux, José-Manuel López-López, Oscar Strasnoy, en leur demandant d'écrire pour la voix alliée à son instrument. Il choisit ainsi la soprano Donatienne Michel-Dansac et le baryton Vincent Bouchot pour leur éventuelle proximité respective avec le "chanteur" (le hautbois mélodique) ou les bourdons. La cornemuse en musique contemporaine tenant du mariage de la carpe et du lapin le résultat des courses est forcément improbable, ce qui donne tout leur suc à ces initiatives. Le mélange devient organique chez Bianchi ou Leroux, dramatique chez López-López ou carrément comique chez Strasnoy. Fidèle à ses improvisations en public avec Beñat Achiary, Keravec invite le chanteur basque pour deux conversations en duo où les anches et les cordes vocales peuvent s'exprimer en toute liberté, apportant un éclairage plus ostensible sur la personnalité du sonneur. L'excellence de tous les interprètes composent un hommage étonnant à un instrument populaire qu'Erwan Keravec aime faire voyager hors de son terroir. Je l'avais découvert avec le chanteur tunisien Mounir Troudi et le percussionniste franco-libanais Wassim Hallal. Désert ou des airs, hors d'œuvre ou dessert, avec sa poche pleine d'air, il est passé par ici, il repassera par là. Sur quel chemin courra le furet à notre prochaine rencontre ?

Erwan Keravec, Vox, Buda Musique, dist. Socadisc, 16,05€

jeudi 21 janvier 2016

Le Dandy des Gadoues


La mort de Michel Tournier fait remonter celle de Frank Royon Le Mée. Je reproduis ici un texte que j'avais écrit pour Tchatchhh, conversation à deux sous forme de blog initiée par Karine Lebrun.

À notre premier rendez-vous, Frank Royon Le Mée porte son caractéristique costume de clergyman et des lentilles de contact en miroir où nos trois figures amusées se réfléchissent. Royaliste, il ne travaille jamais le 21 janvier, jour de la mort du roi, qu'il appelle une journée blanche. Cela tranche avec le rouge de nos convictions. Il a trois octaves et demie de tessiture, du baryton au haute-contre, remplace des stars de la chanson sur une syllabe défaillante, a côtoyé les Mothers of Invention, monté un spectacle sur le martyre de Saint-Sébastien en s'accompagnant d'un orgue positif, dirige des spectacles collaboratifs avec plus de 600 exécutants. À Garnier, je l'ai vu jouer le rôle d'une femme en hauts talons dans l'opéra de Luciano Berio, La Vera Storia, aux côtés de Milva, d'après Italo Calvino...



Dans cette improvisation réalisée par Un Drame Musical Instantané pour le cd L'hallali la partition de Frank Royon Le Mée ressemble plutôt à du sprechgesang. Francis Gorgé est à la guitare et aux synthétiseurs, Bernard Vitet à la trompette à anche et je joue de mon échantillonneur d'alors, un Akaï S1000.
Le poil et la plume fut enregistré le 22 janvier 1987 (donc le lendemain de la mort du roi !) lors de nos premiers essais en vue de monter Les Météores de Michel Tournier avec Frank dans le rôle du Dandy des Gadoues. Bien que l'écrivain nous donna l'autorisation, nous ne trouvâmes jamais les crédits suffisants, mais nous créâmes plus tard Le Château des Carpathes d'après Jules Verne avec un énorme feu d'artifice en guise de décor et enregistrâmes Comedia dell'amore 121 sur le cd Opération Blow Up en 1992. Frank mêle la virtuosité vocale à un sens dramatique exceptionnel, plus des facultés d'improvisation hors normes. Hélas le Sida l'emporta l'année suivante à l'âge de 41 ans. Nous n'avons jamais retrouvé un chanteur aussi à l'aise et en harmonie avec nos élucubrations. Un régal !

Depuis que j'ai écrit ces mots en 2008 de l'eau a coulé sous les ponts. Le Drame a fait long feu. J'ai eu la chance de rencontrer la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard qui hélas est repartie vivre à Copenhague, mais les avions sont rapides et nous enregistrons ou jouons en concert aussi souvent que possible ! J'ai également retrouvé deux autres extraits avec Frank improvisés le même jour que Le poil et la plume.



Sur le premier, je suis au piano, Bernard au violon, Francis au synthé, et Frank Royon Le Mée bien entendu !



Sur le second, je tiens à la fois le synthétiseur, l'échantillonneur et j'harmonise ma voix, Bernard et Francis ont retrouvé leurs instruments de prédilection, respectivement la trompette et la guitare électrique. J'ai beaucoup de mal à trouver des disques avec Frank. À part les deux qu'il a signés sous son nom je possède un exemplaire de l'excellent Comité des fêtes, fondé avec le saxophoniste Daniel Kientzy et le synthésiste György Kurtag, assez proche du Drame.

mercredi 13 janvier 2016

Du haut de deux duos remontent leurs souvenirs


Suite de mes réflexions sur la nécessité des musiciens des nouvelles musiques (à ne pas confondre avec le concept de musiques nouvelles cher au Ministère de l'Inculture) de croiser le faire avec des musiques plus populaires. La tendance existait depuis toujours (que sont d'autre les standards du jazz, par exemple ?), mais elle s'accentue face aux difficultés économiques rencontrées par les artistes en général. Il n'y a pas que ce secteur qui soit touché, toute la société pâtit de l'incompétence généralisée de ceux qui nous gouvernent, mais appartenant moi-même à cette catégorie rare des personnes dont la passion se confond avec leur métier, soit paraît-il seulement 5% de la population, je suis particulièrement sensible à ceux qui incarnent le dernier rempart contre la barbarie lorsqu'elle montre le bout de son groin.
Ainsi la contrebassiste Hélène Labarrière s'est exilée en Bretagne où elle en pince ses cordes pour d'autres blues, le breizh pouvant très bien rimer avec jazz. Ainsi le guitariste danois Hasse Poulsen s'est installé à Paris où il revisite aussi bien le compositeur révolutionnaire Hans Eisler qu'il pousse la chansonnette. Ainsi le violoniste orléanais Théo Ceccaldi est monté à la capitale pour y caresser les cordes de la gloire. Ainsi le pianiste Roberto Negro se souvient du Zaïre lorsqu'il frappe son clavier. La musique est voyageuse, dans l'espace et dans le temps, équation qu'aurait aimé entendre un violoniste d'Ingres plus porté sur les mathématiques.
Avec Busking, Hélène Labarrière et Hasse Poulsen offrent des versions délicieusement instrumentales de chansons populaires. Leur duo compose un gros instrument à cordes où mélodie et accompagnement s'échange des basses aux accords, de pizz en arpèges, comme un corps unique à quatre mains, un cœur battant d'un souffle absolu, une soif d'authenticité qui leur permet de s'approprier Take This Waltz de Leonard Cohen, Formidable de Stromae, Let It Die de Fest, Lucy In The Sky With Diamonds des Beatles, Hand in My Pocket d'Alanis Morisette, Farewell de Bob Dylan...
Avec Babies, Theo Ceccaldi et Roberto Negro retrouvent leurs émois d'enfance, racines classiques qu'ils assaisonnent d'improvisations insatiables. La tendresse les enivre tant que sur la scène du Triton leur prestation était interminable. L'enregistrement ne souffre heureusement pas de ce manque de respiration suffocant, les tempi varient, parfois on entendrait presque une mouche voler. Le silence est une donnée essentielle de la musique. Comme la surprise complète les réminiscences... Nous avons tous besoin de connaître et reconnaître. Hélas le public trop souvent matraqué par le bon goût et un marketing agressif glisse sur des autoroutes toutes tracées au détriment des chemins buissonniers de l'invention.
Il faut probablement du temps pour que se creuse le sillon. Il façonne nos souvenirs. Les deux duos planent au dessus de nos têtes. Labarrière et Poulsen viennent égayer nos cours à la manière des musiciens de rue. La musique de chambre de Ceccaldi-Negro vient meubler nos appartements sans charger le décor. Dehors, dedans. Leurs inspirations nous offrent de fondre nos marginalités dans le vécu de Monsieur-Tout-Le-Monde. Ils dressent des ponts, ouvrent des portes, ils invitent au plaisir partagé.

→ Hélène Labarrière & Hasse Poulsen, Busking, Innacor, dist. L'autre distribution, 16,50€, sortie le 5 février
→ Théo Ceccaldi & Roberto Negro, Babies, Le Triton, dist. L'autre distribution, 12€

mardi 12 janvier 2016

Over The Hills, une renaissance


J'avais acheté Escalator Over The Hill en 1971 probablement sur les conseils de François qui travaillait chez Givaudan, magasin de disques le plus pointu de l'époque, situé 201 boulevard Saint-Germain. Grâce à lui j'ai découvert très tôt Harry Partch, le reggae et quantité de compositeurs de jazz. L'enthousiasme fut tel que j'usai les trois disques du coffret jusqu'au fond du sillon. De plus, sur les photos du livret, Carla Bley ressemblait à s'y méprendre à la femme dont j'allais être fou, amours clandestines de mes 20 ans. J'en restais bouleversé. L'opéra, composé avec le soutien déterminant de Michael Mantler, rassemblait tout ce que le jazz, le rock et les musiques du monde pouvaient m'offrir de meilleur. Toutes les pièces de ce puzzle surréaliste d'une originalité renversante s'emboîtaient parfaitement, le livret éclaté de Paul Haines cimentant un ensemble que l'on aurait pu croire hétérogène, mais dont l'unité tenait probablement à l'engagement de tous les participants que Carla Bley avait su réunir. Jack Bruce, Don Cherry, John McLaughlin, Gato Barbieri, Don Preston, Viva, Jeanne Lee, Linda Ronstadt, Paul Jones, Sheila Jordan, Charlie Haden, Roswell Rudd, Karl Berger, Leroy Jenkins, Jimmy Lyons, Howard Johnson, Paul Motian, Enrico Rava, Michael Snow... Excusez du peu ! Si Mantler continua sur sa lancée en composant des pièces monotones d'une rare invention, jamais la belle Carla n'égala ce chef d'œuvre qui amorçait pourtant une carrière pleine de succès. En pleine période de revendications féministes, une femme prenait le pouvoir, chef d'un orchestre de stars. Mais je suis loin d'avoir été le seul subjugué par la musique de la compositrice-arrangeuse.


En 2015 le batteur Bruno Tocanne et le bassiste Bernard Santacruz ont rassemblé neuf musiciens pour une recréation à partir des partitions d'époque. Ils ont réussi à trouver un nouveau son d'ensemble, le leur, sans trahir les intentions originales. Over The Hills ressemble à un concentré de l'opéra, sorte d'oratorio où Antoine Läng incarne toutes les voix, accompagné par le saxophoniste Jean Aussanaire, le clarinettiste Olivier Thémines, les trompettistes Rémi Gaudillat et Fred Roulet, le guitariste Alain Blesing, la pianiste Patrica Mansuy et les deux initiateurs, Tocanne et Santacruz. L'esprit est là, mais la lettre porte le cachet du jour. Les arrangements signés principalement par Gaudillat ou Blesing reproduisent l'enthousiasme qui avait salué cette œuvre maîtresse du XXe siècle. Ce nouvel album s'écoute sans faim, quasiment en boucle tant sa richesse est généreuse et les agapes partageuses.

Over The Hills, IMR, dist. Musea et Les Allumés du Jazz, 15€

vendredi 8 janvier 2016

Sarah Murcia chante les Sex Pistols


Suite aux coupes sombres dans le budget de la culture, les difficultés financières qui touchent le monde du jazz poussent les musiciens à sortir des sentiers battus pour intégrer des influences qu'ils se sont longtemps interdites. Les étiquettes imposées par le marketing disparaissent avec les grandes surfaces culturelles qui avaient parqué chacun dans sa petite boîte. Mais d'un revers de fortune peut naître une idée nouvelle. La compositrice-bassiste-chanteuse-arrangeuse Sarah Murcia n'avait pas attendu. Dès 2001, avec son groupe Caroline, elle fait ses choux gras de la pop et du rock. Never Mind The Future, probablement son meilleur album, est un cover de Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols, seul disque studio des Sex Pistols, précurseurs du punk rock.


En invitant le pianiste Benoît Delbecq et le chanteur-chorégraphe Mark Tompkins à rejoindre le groupe Caroline, Murcia a eu une sacrée bonne idée. D'abord on entend le pianiste jouer franchement sans s'encombrer des subtiles pianissimi qui le caractérisent d'habitude, amplifiant ici mélodiquement la section rythmique. Ensuite la reconversion vocale de l'extraordinaire danseur Mark Tompkins est une excellente nouvelle pour lui comme pour nous ; avec les années les cordes vocales gardent une souplesse à laquelle le corps ne peut prétendre. Le guitariste Gilles Coronado et le batteur Franck Vaillant sont les piliers rock de l'orchestre tandis que le saxophoniste Olivier Py et la contrebassiste lui donnent une liberté plus jazzy. L'arrivée de Delbecq gomme les dernières raideurs qui m'avaient parfois retenu dans le passé. Les explosions de colère des uns et des autres font gicler les notes par grosses grappes. La voix du crooner lorgne du côté de Lou Reed et le ton très british de l'ensemble me fait penser au groupe Rip Rig + Panic, héritiers post-punk tirant vers le free jazz. Me voilà en train de récupérer des étiquettes qui s'étaient pourtant décollées, grrr ! Un treizième morceau, exogène, arrive en épilogue, intéressante reprise de My way, manière de revendiquer sa vision personnelle du futur devenu, depuis, notre présent.

Car Never Mind The Future est un projet suffisamment intemporel pour que l'on s'en échappe. Il montre tout de même que No Future n'est pas l'apanage d'une époque, mais l'expression d'un désespoir qui touche la jeunesse d'aujourd'hui comme celle de la fin des années 70. La médiocrité de la classe moyenne est égale à elle-même. Les textes des chansons attaquent la monarchie britannique, évoquent l'anarchie ou l'avortement en termes crus que la musique développe sans anachronisme. Murcia a compris que le futur était une vue de l'esprit et qu'il faut avoir les pieds sur Terre, ici et maintenant, pour résister et se donner les moyens de ses rêves.

→ Sarah Murcia, Never Mind The Future, CD, Ayler Records, dist. Orkhêstra, sortie le 9 février 2016
Concert complet filmé par Sophie Laly le 1er février 2015 au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du Festival Sons d'Hiver

jeudi 7 janvier 2016

Jazz Before Jazz, Gottschalk revisité


Heureuse initiative du pianiste Mario Stantchev d'adapter des pièces du compositeur américain Louis Moreau Gottschalk (1829-1869) relativement méconnu en Europe bien qu'il soit considéré outre-Atlantique comme l'un des précurseurs du ragtime et du jazz ! La relecture très libre qu'en fait le pianiste franco-bulgare crée une musique originale à laquelle les saxophones de Lionel Martin confèrent une modernité, paradoxe délicat d'un retour vers le futur où le jazz éclaire le romantisme salué par Chopin, Liszt, Berlioz, Victor Hugo ou Théophile Gautier. La réussite tient probablement autant au son droit et classique de Martin qu'à Stantchev qui n'abuse pas de traits jazz trop marqués, mais revisite pourtant discrètement l'histoire du jazz en allant piocher dans ce répertoire d'avant son invention.


La personnalité de Louis Moreau Gottschalk, né à La Nouvelle-Orléans d'un père juif anglais et d'une mère créole blanche, aventurier au long cours, séducteur mondain, a fasciné Mario Stantchev qui s'est toujours intéressé à marier les musiques du monde au jazz. Gottschalk est un précurseur de ce mélange, mouvement admirativement colonial ou influences folkloriques qui alimenteront cinquante ans plus tard les compositeurs classiques du début du XXe siècle. Comme Berlioz (revoir Lélio !) il est à l'origine du théâtre musical contemporain, créant des performances démesurées où des dizaines de pianos et des centaines de musiciens interprètent ses œuvres. Lorsqu'il écrit pour orchestre il préfigure aussi les mises en scène sonores de Charles Ives. Plus sobre, le duo Stantchev-Martin fait ressortir ses rythmes caraïbiens où la musique classique swingue à l'ombre du soleil des îles.

→ Mario Stantchev & Lionel Martin, Jazz Before Jazz, Cristal Records, dist. Harmonia Mundi, sortie le 4 mars 2016

P.S. : Conséquence, je réécoute l'intégrale pour piano de Gottschalk par Philip Martin (8 cd), A Gottschalk Festival par Eugene List, Igor Buketoff, Samuel Adler (2 cd), et A night in the tropics dirigé par Richard Rosenberg...

P.P.S. : hier j'ai échangé pas mal de considérations sur les réseaux sociaux à propos de la disparition de Boulez. Je recopie ici mon message initial :
Pierre Boulez est mort hier à Baden-Baden. Une page se tourne. Il n'aura jamais été un compositeur majeur (ses meilleures œuvres, de jeunesse, sont très influencées par Schönberg sans en posséder ni l'invention, ni le swing), mais il fut un grand chef d'orchestre (même si très analytique) et surtout un immense passeur (Domaine Musical, Présence du XXe siècle). Malgré cela, en fondant l'Ircam il a trusté quantité de subventions, assassinant nombre d'indépendants, et ses propos sur l'improvisation étaient particulièrement réactionnaires. À vouloir tout contrôler on accouche forcément d'un résultat très froid où l'humain passe après la technique. Il n'empêche que c'est un jour triste.
Cela m'a poussé à réécouter ses pièces "tardives", mais je reste sur la même impression. Grâce à lui j'ai surtout pu écouter en concert des compositeurs que je connaissais déjà par le disque, et c'était génial !

lundi 4 janvier 2016

Joce Mienniel fait Tilt


Après Paris Short Stories, le nouvel album de Jocelyn Mienniel tire sur le rock et la musique de film. Le flûtiste secoue la machine en jouant des bumpers du batteur Sébastien Brun, des rampes du claviériste Vincent Lafont et des spinners du guitariste Guillaume Magne, mais en évitant le Tilt fatal, calmant sans cesse le jeu avec délicatesse. Car Joce Mienniel marque des points en faisant pousser des plants sauvages au milieu de la ville représentée sous la vitre. Le flûtiste cache sa virtuosité derrière des compositions aux couleurs sombres, tout à l'effet produit sur l'auditeur envoûté par les images qui défilent sur la platine. Dans sa Metropolis électrique érigée de cordes métalliques très morriconiennes, traversée par les ondes de son synthétiseur analogique, construite à coups de caisse claire et de petites touches de Fender Rhodes, son souffle est le garant de la résistance.


Le secret de Mienniel est de prendre son temps comme on prend le pouls d'un cardiaque pour lui éviter l'infarctus. Tilt dessine une sorte de rock progressif au ralenti où l'on regarde les billes venir rebondir sur les flippers pour une nouvelle partie gratuite. Le temps de commander un drink au comptoir, on n'a pas senti le temps passer. Garçon, remettez-nous ça !

→ Joce Mienniel, Tilt, Drugstore Malone, sortie le 29 janvier

jeudi 31 décembre 2015

Birgé Contet Hoang - dernière livraison vidéo


Dernière livraison vidéo du concert du 12 novembre dernier au Triton, Les Lilas, du spectacle Un coup de dés jamais n'abolira le hasard avec l'accordéoniste Pascal Contet et le clarinettiste-saxophoniste Antonin-Tri Hoang, dont on retrouvera la version audio quasi intégrale sur drame.org en écoute et téléchargement gratuits. J'avais déjà proposé cet exercice de voltige, soit improviser le thème tiré au hasard par les spectateurs parmi le jeu de cartes imaginé par Brian Eno et Peter Schmidt, à d'autres musiciens et musiciennes avec qui nous nous étions déjà bien amusés. Ainsi se succédèrent Ève Risser et Joce Mienniel (album Game Bling), Birgitte Lyregaard et Linda Edsjö (Radio France et Atelier du Plateau), Médéric Collignon et Julien Desprez (Le Triton)...


Il n'est pas certain que nous ayons vraiment évité de briser le silence, mais nous l'avons cajolé. 5'02 dont le ton est donné par la trompette à anche, repris par la clarinette et l'accordéon avant que le H3000 enveloppe l'ensemble de ses nappes faussement électroniques. Elles ne sont en réalité que le prolongement de mon souffle...


Pas de doute ici, nous avons obéi scrupuleusement à la carte Be Dirty ! Jouer salement, c'est y mettre tous les doigts et la langue, lécher son assiette, envoyer la purée pour commencer en se disant que les deux autres devront bien s'en accommoder, c'est péter, roter, éructer, alors franchement en 5'17 nous aurions pu être plus crades...


Si certains jours les cartes sont avec nous, d'autres fois elles nous jouent des tours. Ainsi elles ne nous ont jamais posé autant de chausse-trappes que ce jeudi-là. "Utilisez des personnes non qualifiées !" annonce le dernier tirage, et nous voilà essayant de convaincre des spectateurs de se joindre à nous... Xavier Ehretsmann n'est pas musicien, il n'a jamais soufflé dans un saxophone, mais il connaît la musique pour être le producteur des Disques DDD et le disquaire du magasin La Source. Courageux, il grimpe sur scène et Antonin lui prête son alto tandis qu'il conserve sa clarinette. J'amorce au hou-kin, un violon vietnamien, avant de convoquer tout l'orchestre auquel se joint Pascal Contet. Dans ces occasions soit tu joues free, soit tu joues tzigane ; Xavier n'a pas vraiment le choix, et grâce lui soit rendue car il nous permet de terminer le concert en soulignant la participation formidable du public à ce projet acrobatique qui me fit grimper et dévaler l'escalier du balcon à toute vitesse entre chaque pièce.

Dernière livraison vidéo de notre trio improvisé, dernière livraison du blog avant la fin de l'année, je vous souhaite un bon réveillon, mais ne mettez pas de musique pendant le repas, cela gâche la nourriture, si elle est trop faible elle ne fait que brouiller les échanges, si elle est trop forte elle empêche les convives qui ne se connaissent pas de s'immiscer dans les conversations, si elle est créative elle doit s'écouter pour elle-même comme on lit un roman, comme on regarde un film... Plus tard, si vous aimez danser, alors ce sera le moment de choisir la musique qui convient, mais ce ne sera pas la mienne, à moins que vous attendiez le 29 janvier lorsque j'inviterai Bumcello à me rejoindre au Triton !

Photo © Gérard Touren
Vidéo : Françoise Romand et Armagan Uslu (caméras), JJB (montage)

vendredi 25 décembre 2015

Le Surnatural Orchestra, un remède contre le cynisme ambiant


D'abord une bûche, c'est Noël ! Le coup de hache du Surnatural donne le la d'une Ronde qui figurerait bien une nouvelle Carmagnole dans le climat liberticide de l'ultralibéralisme aux alibis sécuritaires...
Le Surnatural serait un orchestre festif, inventif, approximatif, collectif, if, if, si, si, s'il n'était d'abord joyeusement surnaturel, fanfarement pop et fanfaronnement conceptuel ! Chaque terme de cette pièce montée devrait être décortiqué, analysé, détaillé pour que l'on puisse goûter ce plat de résistance généreusement accompagné d'une cohorte de hors d'œuvre. Orchestre de scène, plus circassien que collet monté, le Surnatural ne rêve que plaies et bosses, numéros de voltige où le collectif retombe chaque fois sur le bon nombre de pieds. Passé à la fixation sur support pérenne, la bande imagine des objets uniques qu'aucun pirate ne pourra s'approprier sans perdre l'essence de leur démarche motrice.
Ainsi leur Profondo Rosso était inséré dans un somptueux et épais carnet graphique rempli d'images et de textes, notes sur un ciné-spectacle, où il y avait autant à boire qu'à manger. Cette exubérante gourmandise est peut-être leur principal défaut, car il faut parfois du temps pour ingurgiter et digérer ces plats du terroir, avalés d'une traite en apnée. Ronde, leur nouveau CD, est livré sur un tourillon de bois entre deux disques de feutre avec sérigraphie de Camille Sauvage. L'artisanat renvoie définitivement l'industrie à son stérile formatage.


Les 18 membres de cet orchestre solidaire, artistiquement dirigés pour l'occasion par le trompettiste Izidor Leitinger, ont cette fois fait appel à un directeur artistique extérieur, le néerlandais Ferry Heijne du groupe De Kift, histoire de rassembler les énergies sur un vecteur identifiable. Ainsi leur démarche collectiviste, fondamentalement politique dans une époque où l'individualisme atomise les velléités rebelles, est à l'image d'un réveil populaire indispensable pour lutter contre la maladie d'une société qui a perdu ses repères, hypnotisée par l'appât du gain jusqu'à y perdre la vie. Cette Ronde est de saison, "nous dansons sur un volcan !".

→ Surnatural Orchestra, Ronde, Collectif Surnatural, sortie seulement le 20 janvier 2016, CD-objet ou double vinyle à tirage limité... En concert les 20 et 21 janvier au Carreau du Temple, Paris, dans le cadre de Jazz Fabric

jeudi 24 décembre 2015

Birgé Contet Hoang - 2ème livraison vidéo


Jouer avec Pascal Contet et Antonin-Tri Hoang c'est s'attendre à l'imprévisible. Dit autrement, et c'est visible dans les vidéos du concert du 12 novembre dernier au Triton, Les Lilas, improviser avec ces deux musiciens incroyables c'est ne s'attendre à rien. Être surpris, découvrir, répondre, proposer, échanger, partager... J'aime rappeler que l'improvisation n'est rien d'autre que raccourcir le temps au minimum entre composition et interprétation.


Regardez Pascal jouer de son accordéon en intégrant tout ce qui le constitue tandis qu'Antonin outrepasse la consigne "Face à un choix jouer les deux" en alternant sans cesse ses trois instruments, clarinette, sax alto et clarinette basse. De mon côté j'associe des ambiances humaines et naturelles à un triple piano programmé en quarts et demis tons...


Après 7'30 de Faced With a Choice Do Both, je vous propose 1'49 de Destroy: Nothing... The Most Important Thing où je passe la voix de ma fille à la moulinette du Tenori-on pendant que Pascal Contet massacre quelques pièces du répertoire accordéonistique et qu'Antonin-Tri Hoang brise en petits morceaux une de ses anches préférées. Je ne suis pas sûr de n'avoir rien détruit, mais nous avons certainement attaqué ce à quoi nous tenons le plus !


J'illustre le blog d'aujourd'hui avec trois pièces d'un coup pour ne pas abuser du feuilleton musical, même si cela peut paraître un peu copieux aux oreilles non averties ;-) Ainsi Don't Be Afraid of Things Because They're Easy To Do, 3'30 où nous ne craignons pas de faire des choses faciles, clôt cette seconde mise en ligne de cette énième version originale du spectacle Un coup de dés jamais n'abolira le hasard dont on peut écouter et télécharger l'album complet sur drame.org. Face à mes rythmes électroniques attaqués au clavier, Antonin décide de ne jouer qu'une seule note et Pascal répète inlassablement ses gammes. La suite au prochain numéro...

Photo © Gérard Touren
Vidéo : Françoise Romand et Armagan Uslu (caméras), JJB (montage)

mardi 22 décembre 2015

Birgé Contet Hoang "Accumulation"


Jean Renoir racontait qu'il ne filmait pas des tranches de vie, mais des tranches de gâteau. J'ignore quel est le nom de la pâtisserie que nous confectionnons à l'énoncé du thème tiré au hasard par un spectateur le 12 novembre dernier au Triton, mais Accretion signifiant Accumulation, nous cuisinons illico un soufflet qui nous met en appétit.


En effet Pascal Contet attaquant à l'accordéon me souffle qu'il aimerait que je transforme le son de son instrument avec mon Eventide H3000. C'est un processeur d'effets extrêmement puissant dont j'ai préparé les programmes il y a près de trente ans et que j'utilise lors de presque tous mes concerts. Antonin-Tri Hoang bat aussitôt les œufs en neige avec sa clarinette basse qu'il délaissera pour la clarinette après que j'ai ajouté une radiophonie à l'édifice. Ce sont des extraits radiophoniques très courts datant d'il y a encore plus longtemps que l'Eventide. En musique le recyclage prenant des formes insoupçonnées, la cuisine nous offre des timbres inédits qui se superposent dans le temps, terminant cette pièce montée qui se déguste aussi vite qu'on l'a élaborée. Le tourbillon ne laisse ainsi rien voir qu'un envol de notes sucrées.

Photo © Gérard Touren
Vidéo : Françoise Romand et Armagan Uslu (caméras), JJB (montage)
Album Un coup de dés jamais n'abolira le hasard 2 en écoute et téléchargement gratuit sur drame.org

samedi 19 décembre 2015

Entrechats


En primeur, notre photo avec BUMCELLO qui seront mes invités au TRITON (Les Lilas) le 29 janvier 2016. Vincent Segal, Cyril Atef et moi-même jouerons ENTRECHATS... Pensez à RÉSERVER à l'avance car la salle est petite, même si on supprime les chaises du rez-de-chaussée pour faire un DANCE FLOOR !
Si vous préférez être assis les fauteuils du balcon offrent une vue plongeante sur le spectacle...

vendredi 18 décembre 2015

Le fantôme de John


Mathilde Morières a mis en ligne une première mouture du film sur son père, le musicien Jean Morières, compositeur, improvisateur et inventeur de la flûte zavrila, disparu brusquement en janvier 2014. Elle a découpé ce très bel hommage en trois parties : Épreuve #1-Rien n'est vraiment perdu, Épreuve #2-Depuis que je voyage en musique..., Épreuve #3-La mort tout le monde s'en fout, le vide qu'elle laisse, ça... Il commence avec le concert auquel neuf d'entre de ses amis participèrent un an plus tard avec le pianiste Florestan Boutin. Dans les parties suivantes Mathilde s'inspirera de la musique jouée ce jour-là pour s'enfoncer dans les archives qu'elle a filmées les années précédentes lorsque Jean était là. Le fantôme de John joue des strates du temps qui communiquent par des portes que l'on peut croire imaginaires, quatrième dimension où la musique prend la clef des chants. Cette première partie respire le silence : un solo de Jean à la flûte zavrila, l'enregistrement à Radio France d'Un bon snob nu avec sa compagne chanteuse Pascale Labbé qui rejoint ensuite le clarinettiste Sylvain Kassap avant que ne résonne la harpe de porte que j'ai accrochée sur celle des toilettes...


Agnès Binet et Jean à la zavrila entament la seconde partie, mais il est ensuite remplacé par le saxophoniste François Cotinaud à la clarinette, le guitariste Jérôme Lefèbvre et la même accordéoniste tandis que nous partons en ballade, tant dans le montage qui s'accélère que dans les paysages géographiques et musicaux qui se succèdent. La fantaisie de Jean se révèle alors autant que ses préoccupations philosophiques et poétiques. Mathilde nous interroge tous les deux à Bagnolet sur l'époque de notre adolescence, avec Scotch entre nous deux qui se laisse caresser voluptueusement. Antoine et Fani, frère et sœur de Mathilde, se joignent à la délicate sarabande...


Jean accorde ma harpe de porte avant que nous répondions à Mathilde sur la créativité et la liberté. Jean aimait inventer des aphorismes et déconner sérieusement. À mon tour j'adapte l'une de nos interminables discussions pour clavier sampleur. La mort rôde sans que nous y prenions garde. Les bestioles le sentent. Eddy Bitoire, le double moqueur de Jean, ne fait que de brèves apparitions, pas assez à mon goût, tant ses provocations caricaturales étaient spirituelles et drôles. En clôture du concert au Conservatoire de Clichy-la-Garenne nous soutenons tous ensemble Pascale qui craque de la cruelle absence de Jean. Mais Mathilde le fait revivre par ses images et par la musique, une lande éternelle où nous allons de temps en temps voir là-bas si nous y sommes ou comment nous y serions, accostant alternativement aux rives du deuil et des naissances.

jeudi 17 décembre 2015

Une nouvelle Semaine du Bizarre


La Semaine du Bizarre organisée au Studio Berthelot à Montreuil s'est achevée cette année par une série de concerts épatants, terme qui sied à ces spectacles inattendus qui sortent de l'ordinaire. Tandis qu'Arnaud Rivière triture les boutons de ses machines bruitistes ou fait grincer des plaques de métal Thierry Madiot insuffle un courant d'air à des trompes les plus diverses, du trombone basse à d'immenses tuyaux télescopiques. L'air comprimé s'engouffre dans des ballons de baudruche qu'il pince ou vient frapper ses lèvres, sculpté comme si c'était une guimbarde. Je ne suis pas un grand amateur de noise, mais l'expérience est intéressante, même s'il manque à mon goût une forme globale qui échappe à cette accumulation d'instants expérimentaux.


La performance de Vania Vaneau fait d'abord souffrir tant elle pousse son corps au delà du raisonnable. Inspirée des transes chamaniques brésiliennes la danseuse construit une suite de rituels où elle joue sa peau quitte à la recouvrir d'une épaisse couche d'oripeaux dont elle renaît comme d'un cocon après l'avoir transformé en linceul. La nudité qui suivra se devine hélas alors, parcours formaté qui affaiblit la plupart des prestations qui y ont recours. Les poudres aux couleurs éclatantes lui permettent néanmoins de nouvelles mutations démoniaques pendant que Simon Dijoud continue à jouer imperturbablement de sa guitare électrique avec un calme olympien qui contraste habilement avec l'hystérie chorégraphique. Au milieu du spectacle une très belle accumulation sonore, cette fois enregistrée, renvoie à l'afflux de sens qui monte à la tête...


Pour composer sa Mnémotechnie sonore et musicale Vincent Epplay a superposé deux montages d'archives cinématographiques dont il traite le son en temps réel avec des pédales d'effets qu'il joue avec les mains. Les films entretenant tous un rapport au son, ils forment duo avec le musicien qui a structuré sa prestation en plusieurs séquences s'enchaînant sans temps mort. Epplay a choisi des extraits où les instruments de musique à l'écran semblent sortis d'un vieux film de science-fiction, propulsant la performance live hors du temps, comme si l'anticipation était l'affaire du passé ou que l'avenir n'avait jamais existé. L'humour qui s'en dégage est souvent symptomatique de la recherche du bizarre.
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