Jean-Jacques Birgé

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jeudi 23 septembre 2021

Mon portrait sonore par Émilie Mousset


J'avais rencontré Émilie Mousset alors qu'elle était l'assistante de Anne-Laure Liégeois sur la pièce de théâtre Médée dont j'avais composé la partition sonore. Quelques temps plus tard, attirée par le son, Émilie est venue me rendre visite au studio pour réaliser un petit portrait sonore de ma pomme. Elle a ainsi ponctué notre entretien avec les instruments de musique dont j'ai joué pour elle. On entendra mon VFX (c'est un synthétiseur), des guimbardes, la trompette de poche, une varinette, des percussions, mes téléphones, une flûte, des petits jouets, un carillon de pots de fleurs, le piano qu'elle a mélangé pour en faire une bouillabesse à la fois chronologique, didactique et loufoque. Je ne sais pas si elle [avait] fait exprès de laisser du silence à la fin de l'extrait qu'elle [m'avait envoyé], mais sa référence indirecte à Mozart et Cage me plaît beaucoup !

En écoute : index 6 de l'album Intimités
Durée : 7 minutes

Article du 17 octobre 2008
Depuis, Émilie a fait du chemin, signant de nombreuses pièces sonores.

mercredi 22 septembre 2021

Pommes d'argent au Souffle continu


Depuis mon article du 16 octobre 2008, Le Souffle Continu s'est spécialisé dans les disques vinyles et a lancé son propre label sur lequel est paru il y a cinq ans Avant Toute, ma préhistoire (inédit de 1974-1975), en duo avec mon camarade Francis Gorgé. C'est un disque qui m'est très cher. J'y joue essentiellement du synthétiseur ARP 2600.

Samedi après-midi j'ai dévalé la côte jusqu'au magasin de disques Le Souffle Continu que [tiennent] Théo Jarrier et Bernard Ducayron. On y trouve tout ce qui sort de l'ordinaire des grandes surfaces autrefois culturelles : du rock (indépendant, psyché 60's et 70's, post rock, free folk, krautrock, progressif, in opposition, no wave, hardcore 80's...), du jazz (free, improvisation libre...), de la musique expérimentale (classique contemporain du sérialisme au spectralisme, field recordings, électro-acoustique, concrète, fluxus, répétitif, minimaliste...), de l'électronique (electronica, dub, trip-hop...), du hard (heavy metal, trash, black metal, gothic, dark wave, electro indus...). Les prix sont plus que compétitifs et les deux compères aiment leur métier de disquaires. La boutique est sise au 22 rue Gerbier, au coin de la rue de la Roquette, avant d'arriver au Père Lachaise déserté par le fantôme de Jim Morrison. Ils n'y perdent pas au change puisqu'à l'endroit du passage piétons de la rue précédente, dite de la Croix Faubin, ont été préservées les cinq stèles sur lesquelles reposait la guillotine devant la porte de la prison de la Roquette de 1870 à 1909. La peine de mort a été abolie, celle du disque est partie remise.
Samedi après-midi il fait beau. Je ne repars pas les mains vides, puisque j'acquiers un livre d'entretien de Jacqueline Caux avec le regretté Luc Ferrari et que je découvre le second album des Silver Apples, perdus de vue depuis mon retour des USA en 1968. Du haut de mes quinze ans j'avais déjà un sacré nez puisque je rapportai dans mes bagages les trois premiers Mothers of Invention, les Silver Apples, Crown of Creation du Jefferson Airplane, David Peel and The Lower East Side, In-A-Gadda-Da-Vida (!) d'Iron Butterfly, Wild Man Fisher, et qu'à mon retour je trouvai chez Pan Music tenu par Adrien Nataf, mon premier contact avec un vrai disquaire, les deux premiers disques de Captain Beefheart, très vite suivis par White Noise, Sun Ra et Harry Partch...
En écoutant Contact, deuxième album des Silver Apples datant de 1969, je me rends compte que c'était probablement la première fois que j'entendais du synthétiseur dans un environnement rock. La même année, le Switched-on-Bach de Walter (devenu Wendy) Carlos relevait plus de la prouesse technologique qu'il ne réfléchissait mes goûts rock 'n roll (en France, on disait "pop" plutôt que "rock" qui se référait alors à Elvis et consorts). Contact ressemble beaucoup à mon disque argenté dans lequel était glissé un poster couleurs plein de photos du duo sur les toits de N.Y., Dan Taylor jouait d'une batterie mélodique de 13 fûts et 5 cymbales et Simeon d'une batterie d'oscillateurs qui portait son nom. Le Simeon, composé de 9 oscillos contrôlés par 86 boutons, était joué avec les mains, les coudes et les genoux tandis que les pieds activaient les basses. Leurs voix reflétaient parfaitement l'époque psychédélique. Je terminai ainsi la soirée en me laissant bercer par leurs rythmes et leurs chansons.

mardi 21 septembre 2021

Foggy Songs For The First Periods


Sehnsucht est un mot réputé intraduisible. J'aime le prononcer. Mon allemand me le permet, même si "ich habe es ganz verlernt". La première fois il s'agissait d'une œuvre de Gustav Mahler. C'est ici le vague à l'âme ressenti par Guillaume Boppe au retour de ses visites de l'hôpital psychiatrique où son frère schizophrène séjourne régulièrement. Ses textes ont été mis en musique par Denis Frajerman qui a enregistré et mixé l'album Foggy Songs For The First Periods. J'ai aussitôt pensé à la collection d'anatomie pathologique située dans la Tour aux fous de Wien, la plus importante au monde. Avec Denis, nous avions arpenté ses couloirs circulaires il y a deux ans. De quoi faire tourner la tête. Cellules où chaque objet renvoie à une histoire douloureuse, parfois un enfer. J'ai d'ailleurs du mal à faire le tri parmi les pseudonymes de Denis (Ismaël Boppe ? El Faroud ? Yann Caravan ? Lesquels sont vrais ?), comme si il s'y perdait lui-même. En Autriche j'avais constaté son absence totale de sens de l'orientation ! Sous le nom The Blizzard Sow, le duo avait déjà publié Baagou Music en 2005. Quinze ans plus tard, c'est une nouvelle musique pour un autre retour du refoulé. Une pop sombre, minimaliste, incantatoire à laquelle participent le saxo-clarinettiste Mathias de Breyne, le batteur Stefano Cavazzini, la flûtiste Cassandre Girard, la violoniste Fanny Kobus, le cornettiste Eric Roger, le clarinettiste basse Laurent Rochelle. Là aussi je m'y perds dans les noms que le dossier de presse égrène. Heureusement ce n'est pas le propos. Frajerman aux claviers et guitares, Boppe vocalement, fabriquent des fictions musicales à partir du réel, mais ce réel semble toujours d'un autre monde.


→ The Blizzard Sow, Foggy Songs For The First Periods, CD E-Klageto, 17€ (7€ en numérique)

jeudi 16 septembre 2021

Carnage, épuisé depuis 30 ans, sort en CD !


Il était très attendu. Voilà 30 ans que le vinyle Carnage d'Un Drame Musical Instantané était épuisé. Comme il l'avait fait pour les précédents, Rideau !, À travail égal salaire égal et L'homme à la caméra, Walter Robotka du label autrichien Klang Galerie, le publie pour la première fois en CD. On retrouve la magnifique pochette du peintre Jacques Monory. Les photos plein cadre de Bernard Vitet (le terroriste), Francis Gorgé (une victime) et moi (en héros !) forment triptyque à l'intérieur du digipack trois volets. Le sang a giclé sur la galette. C'était en 1985. Le dernier 33 tours 30 centimètres du Drame avant que nous ne passions au CD deux ans plus tard. J'avais surtout pensé au dernier plan, arrêt sur image, du dernier film de Luis Buñuel, Cet obscur objet du désir, l'explosion prophétique d'une bombe. Jacques Monory détestait la violence qui s'étale au quotidien. Nous venions de composer la musique de Souvenir, un film de Dominique Belloir sur le peintre de la figuration narrative pour la Cité des Sciences et de l'Industrie. Il fut projeté pendant des années à l'entrée du Planétarium. Monory, qui était un modèle de gentillesse, nous avait également offert l'image de notre carte de visite, un tableau détruit avec un chimpanzé. Comme j'avais écrit le dos de la pochette à la main, Walter a choisi une police de caractères qui s'en rapproche. On notera tout de même que tout cela est bleu blanc rouge. Le bleu du monochrome, le blanc de chaque nouvelle page, le rouge de la révolution.




Quant à la musique, je l'avais presque totalement oubliée. Elle marquait le retour du trio après trois albums avec notre grand orchestre. Pas vraiment une réduction, puisque le morceau de résistance est La Bourse et la vie, commande de Radio France pour l'Ensemble Instrumental du Nouvel Orchestre Philharmonique. Personne ne m'avait pris au sérieux lorsque j'avais exprimé notre envie de composer pour un orchestre symphonique jusqu'à ce qu'Alain Durel, alors responsable de la musique à Radio France, me demande de lui envoyer deux lignes de texte sur notre projet. Six mois plus tard, il descendait à la cave qui nous servait de studio, rue de l'Espérance, pour nous proposer de le réaliser. Il était accompagné d'Yves Prin, en charge de l'orchestre qu'il dirigera d'ailleurs lors de son unique représentation à la Maison de la Radio. Nous n'en restâmes pas là puisque nous nous associerons ensuite avec l'Ensemble de l'Itinéraire pour l'opéra-bouffe L'hallali ou avec un orchestre d'harmonie de 80 musiciens pour J'accuse, avec Richard Bohringer et Dominique Fonfrède, et Zeyesramal, un hommage à Hector Berlioz et à la république. Comme nous ajoutons un "bonus track" pour chaque réédition sur Klang Galerie, on peut écouter une autre version de La Bourse et la vie que celle publiée à l'origine. Il s'agit de l'enregistrement de l'émission, avec l'introduction de Marc Monnet, avant que nous ne massacrions brillamment la pièce en réenregistrant et rajoutant nos trois instruments solistes, la trompette, la guitare et le synthétiseur PPG, que nous trouvions sous-mixés. Il me semble aujourd'hui que c'était une erreur, malgré la qualité de nos interventions (pour une fois nos egos nous jouèrent un mauvais tour), d'où l'importance de cet inédit. C'est aussi une version plus longue, puisque la version vinyle dure 12 minutes alors que celle, non trafiquée, du live est de 20 minutes ! Peut-être que je me trompe, mais ce sont en tout cas deux versions radicalement différentes. Ce ne fut pas simple de demander aux musiciens classiques de simuler une grève ou de hurler leurs noms, et Yves Prin fut d'une grande aide, par exemple lorsque la violoncelliste soliste refusa de jouer ce que nous avions écrit ou que nous découvrîmes que Jacques Di Donato, pour qui nous avions imaginé un chorus, n'était que deuxième clarinette et n'avait donc pas le droit de le faire, au profit d'un autre qui ne swinguait pas une cacahuète. Bernard y trempe aussi sa trompette dans l'eau. Nous avons bien rigolé, peut-être plus après que pendant !


Il y a bien d'autres trésors sur Carnage. Le disque commence par La fièvre verte avec le corniste Patrice Petitdidier et le saxophoniste Jean Querlier. C'est une évocation quasi cinématographique de la destruction de l'Amazonie et de la résistance locale, avec ambiance jungle, fléchettes empoisonnées et cuivres menaçants. Je m'y inspire des chanteurs du Burundi et Francis inaugure sa passion pour la composition assistée par ordinateur. Suit Les gueules cassées enregistré boulevard de Ménilmontant avec un magnifique effet Döppler inattendu. Bernard suggéra que nous enregistrions le feu dans l'âtre et le ralentissions pour obtenir un solo de percussion. J'aime énormément l'évocation fantomatique de ces explosions de bois mort. Bernard exploite le même procédé de vitesse que sur M'enfin dans l'album Rideau ! et utilise une assiette en aluminium comme timbre sur le bugle. En fin de face A, La Bourse et la vie se terminait par une pique anagrammatique, prononcée par mon père, à un directeur de France Musique qui nous avait roulés dans le cadre des ciné-concerts dont nous avions initié le retour.
La face B ne déroge pas au concept de carnage qui sous-tend tout le disque, écologiquement, socialement, économiquement. Elle s'ouvrait avec la chanson Rangé des voitures dont j'avais écrit les paroles et où le percussionniste Youval Micenmacher jouait sur un bidon d'huile cylindrique. Ce n'était pas la première fois que nous nous essayions à la chanson, et nous nous y collâmes plus sérieusement avec les albums Kind Lieder, Crasse-Tignasse ou Carton qui suivirent. Cabine 13 (contrepet rapporté par Bernard) insiste encore sur l'aspect "théâtre musical" de l'époque. Ce morceau avait pour but d'effacer tout ce qui précède avant Le téléphone muet où interviennent Jean Querlier (hautbois, cor anglais, flûte, sax), Youenn Le Berre (flûtes, basson), Michèle Buirette (accordéon), Geneviève Cabannes (contrebasse). Bernard y joue un rôle que j'avais construit dans le réel pour faire craquer un maniaque du téléphone qui harcelait deux de mes copines, dans l'esprit de L'arroseur arrosé. Nous finissions avec le délirant Passage à l'acte, entièrement vocal, le genre de pari expérimental dont nous étions friands.
Le CD se termine donc avec la version originale inédite de 20 minutes de La Bourse et la vie que je suis enchanté de découvrir enfin.

→ Un Drame Musical Instantané, Carnage, CD Klang Galerie, 18€

mercredi 15 septembre 2021

Contrebasse et viole de gambe pour Fin' Amor


L'alliance de la viole de gambe et de la contrebasse donnent à la fois un aspect ancien et moderne à la musique.
Cela n'a rien d'étonnant. Baroque et contemporain s'entendent souvent comme larrons en foire. Oh ce n'est pas que les créations du contrebassiste Jean-Philippe Viret et du gambiste Atsushi Sakaï soient folichonnes ! Ces deux-là sont plutôt graves, à l'image de leurs instruments. Entendre que c'est du sérieux. La rigolade se cantonne au hors-champ. J'avais été surpris par l'ambiance enjouée des loges lors des concerts de musique baroque, climat plus proche de celui du jazz que des classiques bien coincés. L'improvisation et la recherche sont le lot des anciens et des modernes. Ailleurs (un entre-deux ?) l'orthodoxie règne en maître, apanage d'une bourgeoisie figée dans ses us et coutumes. N'y voir aucune critique musicale, aucune époque ne m'est étrangère ou récalcitrante, même si mes affinités électives me tirent vers le romantisme et l'invention radicale, toutes périodes et styles confondus évidemment.


L'alliance de la viole de gambe et de la contrebasse donnent à la fois un aspect ancien et moderne à la musique.
Les cordes, frottées, frappées ou pincées, jouent sur ces deux tableaux. Elles n'ont pas d'âge, résistant mieux que n'importe quel autre instrument à l'électricité et à la surenchère sonore. Le duo est à la fois minimal et riche en harmoniques. Lorsqu'ils ne jouent pas leurs propres compositions, Jean-Philippe Viret et Atsushi Sakaï, que j'avais jusqu'ici entendu au violoncelle, remontent le temps en reprenant Jehan Simon Hasprois, Thomas Tallis et Guillaume de Machaut. Machaut ("aime assez à chahuter", comme l'épelait Bernard Vitet pour qui la Messe de Notre Dame était un des modèles) est de plus en plus reconnu par les contemporains, comme ils ont recours à la viole de gambe qui donne une couleur intemporelle à leurs compositions (il y en a d'ailleurs deux parmi les 18 musiciens du tout récent orchestre "La Sourde" monté par Samuel Achache, Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert et Ève Risser). En tout état de causerie, on appréciera la délicatesse de Fin' Amor du duo Viret-Sakaï, introspectif et souterrain.

→ Jean-Philippe Viret - Atsushi Sakaï, Fin Amor, CD Côté Cour Production (CCProd)

lundi 13 septembre 2021

Unheimlich Manoeuvre de Jo Berger Myhre


Rares sont les disques que j'ai envie de remettre sur la platine, aussitôt écoutés, puis le lendemain y revenir comme si c'était la première fois. Je ne m'attendais pas à être saisi par l'album Unheimlich Manoeuvre du bassiste norvégien Jo Berger Myhre pour avoir entendu la semaine précédente Stitches, le nouveau CD de son compatriote, le trompettiste Nils Petter Molvær, qu'il a coproduit et qu'il accompagne aux basses acoustique et électrique, augmentées de différents synthétiseurs et boîtes à rythmes. Même instrumentation pour Jo Berger Myhre, mais le disque planant du trompettiste n'apporte pas grand chose à sa production habituelle tandis que celui du bassiste nous entraîne dans un univers sombre et mystérieux où l'on est étonné qu'il y ait encore du son tant l'azur est profond et les nuages obscurs. J'ignore pourquoi j'ai pensé à Scott Walker ou au Double Negative de Low. Les drones orageux minimalistes, les courants d'air des effets électroniques et les basses vibrantes font planer une menace qui annonce la catastrophe plus tôt que prévue. Et néanmoins rien encore ne se voit. Rien encore ne s'entend : le message lui-même à présent s'est tu. Ce qui devait être dit l'a été. Silence.* Cela n'empêche pas les neuf pièces d'être variées dans le timbre comme dans le tempo. De l'une à l'autre, le tombak de Kaveh Mahmudiyan, la guitare acoustique dse Jo David Meyer Lysne, le piano droit de Jana Anisimova, l'orgue d'Ólafur Björn Ólafsson et la voix de Vivian Wang (lisant Raymond Carver) viennent apporter de nouvelles couleurs. Une histoire du temps, quand l'espace est trop large. Étrange, angoissant, c'est la traduction de unheimlich. À la manœuvre, un musicien au son riche et précis qui, pour avoir l'habitude de s'effacer derrière ses camarades, sait que l'objet, fut-il volant et non identifié, est tellement plus important que le sujet.

→ Jo Berger Myhre, Unheimlich Manoeuvre, CD/LP Rare Noise Records, également sur Bandcamp, CD £9 / LP transparent £20, dist. Differ-Ant
* C.F.Ramuz, Présence de la mort

lundi 6 septembre 2021

L'harmoniseur vocal plein gaz


Il semble que mes cordes vocales n'ont pas été touchées par l'ablation de la thyroïde, mais je ne peux pas faire grand chose. Monter dans l'aigu exige une petite gymnastique. J'ai également un peu de mal à déglutir et le torticolis passe vraiment lentement. L'impression qu'un imbécile a voulu me montrer comment on fait un nœud de cravate, mais il a serré comme une brute, de l'intérieur. J'imagine que tout cela s'assouplira avec la cicatrisation qui tire sur mon cou.

Retour vers le futur.
On connaissait l'effet de l'hélium inhalé qui transforme la voix en Donald Duck en dehors de servir à gonfler les ballons. L'hexaflorure de soufre, cinq fois plus lourd que l'air, produit l'effet inverse en modifiant la voix en basse profonde, effet de ralenti obtenu artificiellement en ralentissant la vitesse de défilement d'une bande sur un magnétophone. La vélocité du son dans SF6 est 0,44 fois plus lente que dans l'air. Dans l'hélium, la vitesse est trois fois supérieure. La fréquence fondamentale de la cavité buccale étant proportionnelle à la vitesse du son dans le gaz, ces manipulations respiratoires attaquent les formants et produisent ces étonnantes transformations. Idem avec le protoxyde d'azote dit gaz hilarant...
Attention, tous ces produits peuvent être extrêmement dangereux : l'expérience doit rester courte et exceptionnelle. Inquiétez-vous si vous trouvez des cartouches argentées jonchant le sol à proximité des lycées ou ailleurs. Ces produits font des ravages sur la santé des ados. De toute manière les stocks d'hélium seront épuisés d'ici 2025. Depuis l'apparition des harmoniseurs sur le marché des effets sonores électroniques, on peut transformer sa voix en temps réel sans aucun risque, mais c'est évidemment moins drôle qu'émis acoustiquement par sa propre bouche.


Pratiquement lors de tous mes concerts j'utilise un vieil Eventide H3000, dit harmoniseur intelligent, qui me permet d'intervenir sur de nombreux paramètres, effets de glissés, découpages mélodiques par sauts de fréquences, infra-sons, etc. J'ai également conservé un Korg DVP1, l'un des premiers harmoniseurs polyphoniques contrôlables au clavier, utilisable aussi en vocodeur, encore que la dernière fois que je l'ai allumé j'ai eu l'impression qu'il avait rendu l'âme. Par contre la pédale H9 MAX d'Eventide sur laquelle je branche ma shahi baaja, le frein inventé par Bernard Vitet (contrebasse électrique à tension variable) ou mon kazoo amplifié offre des possibilités fabuleuses de transformation des sons.

Article réactualisé du 12 septembre 2008

jeudi 2 septembre 2021

Duo Du Bas - Suzanne - Pelouse


Déposés en mon absence dans la boîte aux lettres, 3 disques de chansons dans l'air du temps, inventives et délicates. Ces albums sont personnels tout en rendant hommage aux anciens dont ils ont hérité.
Duo Du Bas me fait penser à Camille et évidemment aux terroirs dont les deux chanteuses sont originaires. La Basque Hélène Jacquelot et la Bretonne Elsa Corre se sont inspirées de la rencontre de sept vieilles dames qu'elles ont prises à leur jeu. Elles mêlent leurs jolies voix à celles de ces Géantes qui apparaissent de temps en temps, un autre temps, temps de toujours où l'enfance est soulignée par des jouets mécaniques, toupies, ballons... Et cela fonctionne.


Suzanne, ce sont des chansons instrumentales, mélodies sans paroles, musique de chambre articulée par la clarinettiste Hélène Duret, le guitariste Pierre Tereygeol et la violoniste alto Maëlle Desbrosses. Délicatesse des timbres, tendresse des intentions. La musique folk a souvent influencé les classiques. Les improvisateurs s'y faufilent. Cela fonctionne encore.


Pelouse, voix grave de Xavier Machault, textes flippés, parlé-chanté, arrangements de Valentin Ceccaldi (basse, violoncelle, percussion, synthé basse, flûte à bec) et Quentin Biardeau (sax ténor, claviers, flûte à bec, percussion) avec des interventions de Roberto Negro (piano), Laura Cahen (voix, guitare), Théo Lanau (batterie), Gabriel Lemaire (clarinette). Je ne connais pas assez les chanteurs français, un peu Murat, un peu Léotard. Et cela fonctionne toujours. Ajoutez Mathieu Pion pour le son et une belle pochette colorée d'Aurélie William Levaux. Leur Bowling rock et roule, c'est de la balle !



→ Duo Du Bas, Les Géantes, CD Musiques Têtues, dist. L'autre distribution, 12,99€
→ Suzanne, Berthe, EP suzannemusicband, Bandcamp, 5€
→ Pelouse, Bowling, CD Matcha / le Grille Pain, dist. Inouïe, 15€ (LP 20€), sortie le 17 septembre 2021

mardi 31 août 2021

Mixology de Katerina Fotinaki


Je suis toujours surpris et agréablement surpris par des albums qui échappent aux classifications qu'imposent les marchands. En recevant celui de Katerina Fotinaki, je m'attendais évidemment à un disque de "musique du monde". Elle avait collaboré aux projets de sa compatriote Angélique Ionatos, mais j'ignorais qu'elle avait étudié avec Bernard Cavanna au Conservatoire de Gennevilliers. Tout cela s'échappe en fumée, bulles de savon, petites étincelles pop qui me rappellent l'approche jadis d'une Natacha Atlas. En mélangeant des reprises de Kiss Off de Violent Femmes, Carmen de Bizet, Septembre de Barbara, une berceuse de Benjamin Godard ou un rebetiko avec des compositions personnelles, Katerina Fotinaki construit un puzzle fictionnel qui nous fait parcourir l'arc-en-ciel de ses enchantements. Les textes de Louise Labbé, Kostis Palamas, Françoise Lo, Guillaume de Machaut, T.S. Elliot, William Blake transforment l'onirisme en poésie du quotidien. S'accompagnant de toutes sortes de guitares, de basses, de percussions, d'anches libres, en chantant en français, anglais et grec, elle alterne monologues et dialogues aéroportés et glisse sur des pistes aux couleurs aussi vives qu'inattendues. Il s'agit bien de la musique du monde, mais sans que cela soit un genre ou un style, son éventail représentant simplement un amour encyclopédique pour la voix et les émotions qu'elle transmet, universelles, magiques.

→ Katerina Fotinaki, Mixology, CD Klarthe, dist. Socadisc, 15€, sortie le 10 septembre 2021

jeudi 26 août 2021

ECM, un éditeur qui fait son travail


Le rôle d'un éditeur est de promouvoir la musique en échange d'un pourcentage conséquent des droits d'auteur. À une époque où les enregistrements n'existaient pas, il pouvait par exemple s'agir de publier les partitions, seule manière alors de faire circuler la musique. Aujourd'hui cela consistera, par un autre exemple, à la placer sur un film, ce qui peut rapporter très gros en cas de succès. L'éditeur prendra en charge les frais d'enregistrement et de production d'un disque et sera rémunéré en conséquence. Les contrats SACEM (le E est pour éditeur) sont souvent de 50%, mais tous les excès sont envisageables, puisque, comme le rappelait Charles Trenet à la fin de la Java du Diable : " [...] le Diable s'aperçut qu'il n'touchait pas de droits d'auteur, Tout ça c'était d'l'argent d'foutu puisqu'il n'était même pas éditeur... Allez, remportons notre musique et retournons en enfer." Car le plus souvent l'éditeur ne fait rien du tout et vous carotte 50% ! Il peut aussi vous empêcher de publier en disque la musique que vous avez composée pour un film alors qu'il en a financé l'enregistrement. On me rétorquera que les droits d'édition couvrent ses frais et qu'il est donc normal qu'il se rétribue sur les droits d'auteur. C'est vrai. Mais on marche sur des œufs et il est indispensable de bien lire les contrats qui nous lient à eux. N'oublions jamais que le travail de l'auteur ou du compositeur est de l'ordre de la création artistique alors que celui de l'éditeur est financier. Il prendra le temps qu'il faut pour rédiger le contrat pendant que vous créerez vos œuvres. Que vous vous fassiez avoir est dans la logique des compétences de chacun ! Je me souviens de Patrick Brunie qui m'avait arraché des mains un contrat épais comme le Bottin tandis que je commençais à le lire, arguant que nous ne pouvions pas travailler ensemble si je ne lui faisais pas confiance ! Et Ramuz à la fin de Renard composé par Igor Stravinski : "Si ma chanson vous a plu, payez-moi ce qui m'est dû !". J'en sais quelque chose...
Mais voilà, je reçois cette semaine par la poste les trois volumes de partitions de Michael Mantler publiés par ECM, label de disques allemand sur lequel le compositeur autrichien enregistre depuis des années. C'est d'abord un cadeau qui me touche de la part du compositeur. C'est ensuite une contribution extraordinaire de ECM qui permettra peut-être à de nouveaux ensembles de jouer les œuvres inimitables de Michael Mantler. Admirateur de sa musique depuis un demi-siècle, me voilà reprendre mes écoutes, les épais volumes sur les genoux. Le premier concerne The Jazz Composer's Orchestra original de 1968 suivies des facsimilés autographes des partitions utilisées pour l'enregistrement ainsi que la version Update de 2013. Le second, qui s'intitule Voices and Words, présente Many Have No Speech (1987), Cerco Un Paese Innocente (1994) et Hide and Seek (1999), donc texte (Samuel Beckett, Ernst Merister, Philippe Soupault, Giuseppe Ungaretti, Paul Auster) et musique. Le dernier rassemble les sept concertos (2007) et les six suites pour orchestre (2019). Chaque volume est introduit intelligemment par Richard Williams.
J'ai souvent émis des réserves sur les enregistrements du label ECM, trop proprets à mon goût, trop lisses, trop réverbérés. Il n'empêche que Manfred Eicher fait un travail remarquable, ici de papier, plus régulièrement en galettes argentées. Il avait d'ailleurs publié un autre très bel objet, les Histoire(s) du cinéma (ainsi que Nouvelle vague) de Jean-Luc Godard...

→ Michael Mantler, Editions en 3 volumes, ECM, 35€ (1,3 kg !) chaque

mardi 24 août 2021

Le seul snob au piano électrique préparé


On sait, peut-être, mon attachement au piano préparé, perversion de l'instrument consistant à changer le timbre et la hauteur de chaque note en glissant de petits objets entre les cordes. Passé au clavier numérique je me contente de clones informatiques comme celui, remarquable, de l'Ircam ou d'autres permettant des effets inédits, mais m'interdisant ce que font les pianistes que j'admire, tels Roberto Negro, Eve Risser, Benoît Delbecq, Sophie Agnel, Françoise Toullec... J'utilise également des programmes de claviers électriques préparés et c'est justement un CP70 sur lequel joue Thibault Walter avec son trio composé de Jean-Luc Ponthieux à la contrebasse et Pablo Cueco au zarb. Sa percussion à peau offre des variations de timbre qui répondent merveilleusement au pseudo gamelan du piano électrique Yamaha de Walter. Celui-ci revendique les entre-deux que ses préparations impliquent, les gammes perdant leur tempérament (contrairement aux musiciens !) et les rythmes adoptant le style de l'entre-soi où le swing hérite de ces magnifiques à-peu-près. Je n'ai pas tenté de déchiffrer les 11 anagrammes que les titres secrètent, mais ces RER lointain, Ralenti noir, Arme outrancière, Apre énigme, Tribu, Remontage caduc, Sages renommées, Pagnol dégraisse, Le seul snob, Test O.R.L. quantique, Un requiem est rempart nous font déjà voyager avec une grande délicatesse sans qu'il soit besoin d'alourdir notre catastrophique bilan carbone en prenant l'avion.

→ Thibault Walter Trio, Le seul snob, CD Élément 124, dist. Inouïes, 15,70€, sortie le 3 septembre 2021

vendredi 6 août 2021

Jazz (2) ensembles ensemble


J'ai toujours pensé que le rock était une musique de groupe et le jazz celle d'individus. C'est évidemment généraliser un peu vite. Les guitar heroes sont légion, mais le son du groupe prime tout de même sur l'expression d'un seul. D'un autre côté, les grands ensembles de jazz privilégient le timbre de l'orchestre, même s'il constitue un écrin aux solistes. Dans mes écoutes estivales, j'ai retenu cinq albums où le nombre fait masse.

Trois d'entre eux sont sur le label du collectif Onze Heures Onze, à commencer par les deux Workshop de Stéphane Payen. Son quartet devenu octet explore la théorie des ensembles à laquelle j'avais été plutôt rétif en cours de maths ! Son créateur, Georg Cantor, aurait-il également par son nom inspiré les compositeurs intéressés par de nouveaux axiomes ? In and Out, inclusions et exclusions, dedans et dehors, avec et contre plongent les expérimentateurs vers de nouveaux infinis. Les x et les y sont là dansés par le trompettiste Olivier Laisney, les saxophonistes Sylvain Debaisieux (ténor), Bo Van der Werf (baryton) et évidemment Payen (alto), le vibraphoniste Jim Hart, le guitariste Tam de Villiers, le bassiste Guillaume Ruelland et le batteur Vincent Sauve. Dans un second CD, l'extensionnalité invite le guitariste Nelson Veras ou le batteur Thibault Perriard. Si ce jazz contemporain est très écrit, les intersections créent de nouveaux espaces où l'improvisation bouleverse les diagrammes de Venn et d'Euler.

Dans le troisième, Vol III de l'Onze Heures Onze Orchestra, on retrouve Laisney et Perriard associés à Alexandre Herer au Fender Rhodes, Julien Pontvianne aux ténor et clarinettes, Sakina Abdou à l'alto, David Chevallier à la guitare, Amélie Grould au vibra, Maÿlis Maronne aux claviers et Fanny Ménégoz à la flûte. L'idée des automates, une autre façon de réviser ses mathématiques, a inspiré les 5 hommes et les 4 femmes qui composent ce collectif. Ici l'humain s'approprie ou se méfie des nombres. La répétition et l'aléatoire sont interrogés, il suffit d'arrondir à la décimale supérieure pour que naisse le swing. La véritable musique peut-elle être autrement que bancale ?

Plus roots dans sa modernité, le Futura Experience rend hommage aux anciens, à commencer par Gérard Terronès, fondateur du label Futura et disparu depuis. Ornette Coleman, Sun Ra, Charles Mingus, Jimi Hendrix sont passés au crible libertaire. Le big band composé de Frank Assemat (sax bar.), Christiane Bopp (tb, sacqueboute), Xavier Bornens (tp), Morgane Carnet (sax ténor), Sophia Domencich (p, el p), Michel Edelin (fl), Jean-Marc Foussat (synth), Dominique Lemerle (bs), Christian Lété (dms), Rasul Siddik (tp, perc), Sylvain Kassap (cl) et Jean-François Pauvros (gt) qui est à l'origine de ce projet généreux, rassemble des musiciens et des musiciennes de différentes générations dans l'esprit des orchestres des années 60 et 70, machines de guerre ou de revendications qui explosaient comme feux d'artifice ou les crépitements d'un feu de camp. Les voix de Pauvros ou Siddik rappellent que tout a commencé par le blues tandis que le free évoque la liberté du groupe, formée par celles de chacune et chacun.

Je termine par le coffret jaune des œuvres pour orchestre de Luc Le Masne qui s'échelonnent de 1981 à 2003, très grosses machines à l'instar de son Hommage à Fernand Léger, rouleaux compresseurs où s'expriment, selon les époques, des solistes de renom comme Youenn Le Berre, Laurent Dehors, David Chevallier, Serge Lazarevitch, Xavier Le Masne, Denis Colin, Richard Foy, Guillermo Felove, Denis Cuniot, Philippe Slonimski, Peter Volpe, Bruno Girard, François Craemer, Simon Spang-Hanssen, Philippe Sellam, François Cotinaud, Philippe Legris, John Surman, Louis Sclavis, Matthieu Donarier, Eric Giausserand ou Bobby Rangell. Dans les différents orchestres je reconnais d'autres camarades comme Michel Risse, Patrice Petitdidier ou Lionel Martin. Dès la fin des années 70, j'avais suivi Le Masne du groupe Lô au Grand Orchestre Bekummernis sans connaître la suite de ses aventures où la puissance de feu semble sans cesse recherchée, les pupitres montant souvent à trente ou quarante, en particulier les vents et les percussions. La tradition du big band de jazz se mêle à un goût pour les rythmes mexicains et cubains au point que je me rappelle Edgard Varèse comparant ce genre d'ensemble à un tigre quand l'orchestre symphonique lui faisait penser à un éléphant hydropique ! D'une formation à une autre ce bulldozer garde la forme, force mâle en quête d'une perpétuelle érection, fut-elle souvent lyrique.

→ Stéphane Payen, The Workshop, In and Out et Extensions, 2 CD (et numérique) Onze Heures Onze, dist. Absilone, sortie le 8 octobre 2021
Onze Heures Onze Orchestra, Vol III, CD Onze Heures Onze, sortie le 3 septembre 2021
→ Futura Experience, CD Le Générateur, dist. L'autre distribution
→ Luc Le Masne, Œuvres pour orchestre, coffret triple CD Buda Musique, dist. Socadisc

mercredi 4 août 2021

Jazz (1) l'être et avoir l'été


M'étant fixé de reprendre mes articles quotidiens seulement en septembre, j'ai un peu la flemme d'écrire ce mois d'août, mais les disques s'accumulent et je crains de les faire passer à l'as si j'y sursois, d'autant que je risque d'être très occupé dans les semaines qui viennent... Je commence par les 3 rééditions du label Palm par Le Souffle Continu, pas seulement en vinyle, mais également en CD, ce que je trouve à mon niveau plus pratique, même si les pochettes 30 centimètres en font des objets autrement plus sympathiques. Bloqué un temps à Tananarive par les événements de mai 68, Jef Gilson a enregistré Malagasy en 1969 avec des musiciens malgaches pour qui il a produit également à Paris Madagascar Now en 1973, compositions de Sylvin Marc et Del Rabenja, s'associant à eux pour Malagasy at Newport-Paris la même année. Nettement plus jazz et moins expérimentaux que Le massacre du printemps et La marche dans le désert, j'accroche personnellement moins, mais l'aspect dansant des Malgaches et la vitalité du travail du compositeur exposent l'état du jazz français au début des années 70, pris entre l'influence étatsunienne, l'attrait des cultures créoles et leur appropriation par un agitateur auquel ces rééditions rendent hommage.


Évidemment plus proche de moi, le trio formé par Élise Dabrowski, ici exclusivement chanteuse, avec le bassiste Olivier Lété et le tromboniste Fidel Fourneyron explore les timbres et les tissages avec sensualité et intelligence, sans négliger un certain swing hexagonal où les références aux traditions de la musique classique passent par le texte, en l'occurrence Trust de l'auteur de théâtre allemand Falk Richter, portée par la voix lyrique de la mezzo-soprano wagnérienne qui garde une place de Parking à ses deux virtuoses acolytes portés comme elle sur l'improvisation.
Dans la famille des chanteuses improvisatrices, Catherine Jauniaux est une autre acrobate, là aussi en trio, avec le clarinettiste Xavier Charles et le guitariste électrique Jean-Sébastien Mariage. S'appuyant sur L'amour, texte de Marguerite Duras, les instrumentistes rivalisent de délicatesse, par petites touches, et la chanteuse belge leur emboîte le pas à son tour, fragile, tremblante. Jamais illustrative, la musique est une transposition des intentions, une projection glissante.
Je dois ajouter un troisième trio reçu un peu avant mon départ, celui formé par Jim Baker au piano et synthétiseur ARP 2600, le contrebassiste Bernard Santacruz et le batteur Samuel Silvant, parce que ces trois disques ont quelque chose en commun, l'influence du jazz et son émancipation par l'abstraction timbrale, une forme d'improvisation typiquement européenne qui, échappant aux classifications arbitraires, dessine ses propres limites en avançant par petites touches. Loin de la musique en boîte, elle boîte merveilleusement, dansant d'un pied sur l'autre, beauté convulsive nous obligeant à prendre la tangente quand tant d'autres imposent la quadrature du cercle.

→ Malagasy/Gilson à Madagascar + Sylvin Marc/Del Rabenja Madagascar Now + Jef Gilson Madagascar à Paris, 3 LP ou 3 CD Le Souffle Continu, 12€ chacun en CD / 23 € en LP, les trois 32€ ou 62€
→ Élise Dabrowski, Parking, CD Trepak, dist. L'autre distribution, 13,99€
→ C.Jauniaux-J.S.Mariage-X.Charles, L'amour, CD Ayler Records, 11€ minimum
→ Jim Baker-Bernard Santacruz-Samuel Silvant, On how many surprising things did not this single crime depend?, CD Juju Works, 15€

vendredi 30 juillet 2021

Only Once par Birgé Breschand Barthélémi


BBB, la tentation était trop forte. Barthélémi (Uriel), Birgé (Jean-Jacques), Breschand (Hélène). J'ai composé la pochette avant même d'avoir mixé l'album. Faisant souvent référence à la forme du disque pour les images des pochettes de mes albums virtuels, une pleine lune était tout indiquée pour dessiner un O commun à notre titre, Only Once. Rien qu'une fois. Donc B.O. comme bande originale. Ma musique va bien chercher ses racines dans le cinématographe, et les camarades choisis pour partager ces agapes y participent tout autant. Au temps qu'il faut pour enregistrer cette fois 57 minutes d'instantanés avec la harpiste et le percussionniste. Lors de ces rencontres on ne recommence jamais deux fois le même tour. La face cachée n'a rien à voir avec la face audible. C'est autre chose. L'inconscient qui nous pousse à agir sans qu'on sache comment nos mains, nos pieds, nos voix se meuvent en questions-réponses face à celles des autres improvisateurs. 220 volts face. Le courant passe. Hélène Breschand avait apporté sa harpe électrique, nettement plus légère à transporter, y adjoignant quelques pédales d'effets qui alternativement transforme sa voix. Du neuf, du jamais joué, jamais entendu, c'est chaque fois la gageure de ces séances. Uriel Barthélémi avait ajouté un synthétiseur à son set de batterie. Je jouai de mes claviers électroniques et autres machines diaboliques tel cet électro-aimant qui fait vibrer mes guimbardes sans que je les attaque, le Lyra-8 russe dont les commandes sont aussi particulières que les sons tordus qu'elles produisent, le Tenori-on japonais qui fait de la lumière ou la shahi baaja indienne que je branche sur la H9Max d'Eventide quand je n'y glisse pas mon nouveau kazoo amplifié. Comme souvent j'alterne avec des instruments acoustiques tels la trompette à anche, les flûtes, la cithare inanga ou l'erhu.


Only Once est donc le 88e album offert en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org. Encore une journée de franche rigolade qui ne nous empêcha pas d'inventer sérieusement ces huit pièces collectives, motivées par le désir de nous rencontrer. Je ne connaissais pas Uriel, ne l'ayant entendu qu'une seule fois en public, et je n'avais jamais joué avec Hélène que je connais depuis longtemps et que j'avais programmée au Théâtre antique avec le photographe Hiroshi Sugimoto lorsque j'assumais le rôle de directeur musical des Soirées des Rencontres d'Arles. Comme d'habitude, je découvre seulement au mixage ce que nous avons joué, léger rééquilibrage des voies, mais très peu d'intervention de ma part, les musiciens contrôlant en direct leur place dans l'édifice. Il y a bien quelque chose de lunaire dans ces pièces où l'enfance est sans cesse convoquée. Mon ami Pierrot, drôle de fantôme circonflexe, joue à la vie, à la mort, ressuscitant, s'insurgeant, faisant mine de se reposer pour se réveiller à chaque nouvelle proposition. Hélène avait apporté du chocolat, on s'en doutera à l'écoute. Je ne me souviens plus de ce que j'avais cuisiné, mais les plaisirs du palais sont indispensables à une bonne entente, la résultante passant par l'ouïe, isolés que nous étions sous les casques.
Enregistré le 22 juin 2021, l'album fut mixé le 23 juillet, mon tour de France des amis m'ayant éloigné du 24 juin au 22 juillet. Je reste en vacances du blog pendant encore quelques semaines. Je m'y replongerai régulièrement, à raison de 5 jours sur 7, seulement après ma résurrection début septembre.

→ Birgé Breschand Barthélémi, Only Once, GRRR 3108, en écoute et téléchargement gratuits

jeudi 29 juillet 2021

Coda de Michael Mantler


La sortie du nouveau CD de Michael Mantler est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui, comme moi, apprécient grandement le compositeur autrichien. Dans la lignée de Update, sorti en 2015, Coda est une merveille orchestrale adaptée de précédentes pièces, or Mantler annonce qu'il n'en composera plus de nouvelles. Il estime avoir tout dit, et ce dernier album porte un titre explicite. Comme il avait revisité son célèbre disque du Jazz Composer's Orchestra enregistré en 1968 avec Cecil Taylor, Don Cherry, Roswell Rudd, Pharoah Sanders, Larry Coryell, Gato Barbieri (sans oublier Steve Lacy, Howard Johnson, Carla Bley, Kent Carter, Charlie Haden, Reggie Workman, Alan Silva, Beaver Harris, Andrew Cyrille et une vingtaine d'autres - qui dit mieux ?) en le reprenant avec un orchestre de chambre dont les solistes sont cette fois lui-même à la trompette, Harry Sokal, Bjarne Roupé, Wolfgang Puschnig, David Helbock, il propose en Coda son best of d'anciennes compositions en remplaçant les parties chantées par des solistes et en les arrangeant pour un orchestre plus important (4 bois, 4 cuivres, 16 cordes + Roupé, Helbock et Maximilian Kanzler, sous la baguette de Christoph Cech). Longue phrase pour une musique monotone dont le lyrisme m'emporte chaque fois sans que j'en comprenne les raisons. La musique de Mantler m'exalte, m'enveloppe, m'électrise, me renverse.
C'est probablement l'impression que me donnent les musiques que je préfère, de Gustav Mahler à Richard Strauss (4 derniers Lieder, Métamorphoses), de Charles Ives à Steve Reich (Different Trains), de Robert Wyatt à Scott Walker, etc. Je suis incapable d'analyser le processus à l'œuvre. Si le ré mineur est chez moi une évidence, ce n'est pas la seule tonalité à m'enthousiasmer. Comme lorsque joue le Kronos Quartet, il s'agit probablement de l'énergie que je peux reconnaître chez John Coltrane, Albert Ayler, Roland Kirk, Miles Davis, Jimi Hendrix, Arthur Lee, White Noise, Astor Piazzola, Spike Jones, Edith Piaf, Léo Ferré, Alain Bashung ou Camille... J'arrête là, parce que je devrais citer la moitié de mon imposante discothèque. Ce sont les noms qui me viennent à l'esprit ce matin, alors que je tape ces lignes devant l'âtre. Fin juillet. Il n'y a vraiment plus de saisons. Nous avons bien détraqué le climat et aucune canicule aoûtienne ne semble pourtant prévisible pour les jours à venir. Les pieds de tomates copieusement arrosés sont plus hauts que moi, mais l'absence de soleil ne favorise pas l'arrivée de leurs fruits. Cette digression me fait penser au piédestal sur lequel je place Michael Mantler dont les fruits se retrouvent rarement sur les platines.
Pour Coda, le compositeur rentré depuis longtemps de New York à Vienne, a donc arrangé ses pièces qu'il considère les plus réussies : Thirteen (13 and 3/4), Cerco un paese innocente (à l'origine paroles de Giuseppe Ungaretti par Mona Larsen), Alien (à l'origine duo avec Don Preston aux synthés), Folly Seeing All This (à l'origine paroles de Samuel Beckett par Jack Bruce), For Two (à l'origine duo piano-guitare) et Hide And Seek (à l'origine paroles de Paul Auster par Robert Wyatt et Susi Hyldgaard). Le label ECM, qui, après Watt, a produit tous ses derniers albums, lui a donné les moyens de l'ensemble dont il rêvait, et il est vrai que c'est probablement l'un de ses meilleurs, même si les voix de Wyatt, Bruce ou Marianne Faithfull me manquent. Coda a été enregistré en septembre 2019 au Studio Porgy & Bess à Vienne (Autriche) et mixé aux Studios La Buissonne.

→ Michael Mantler, Coda, CD ECM

mercredi 23 juin 2021

Un Drame Musical Instantané sur Antène 1 en 1983


Le film avec Un Drame Musical Instantané, tourné le 10 avril 1983 par Emmanuelle K pour la chaîne de télévision libre Antène 1, est en ligne sur DailyMotion. Nous étions tous réunis dans la cave de mon loyer de 48 qui nous servait de studio et dans laquelle on pénétrait par une trappe au milieu de la cuisine rouge, noir et or (les canisses !), très chinoise. Les soupiraux du 7 rue de l'Espérance, qui donnaient directement sur la Place de la Butte aux Cailles, étaient fermés par des clapets équipés d'aimants pour pouvoir aérer lorsque je souhaitais rendre son statut de salon à notre antre. Nous y "répétions" tous les jours. Je devrais écrire "jouions" puisqu'il s'agissait le plus souvent de compositions instantanées que nous enregistrions soigneusement, formant un corpus étonnant sur cette époque. Bernard Vitet joue ici du cor de poste, de la trompette à anche et de l'accordéon, Francis Gorgé de la guitare et du frein, une contrebasse à tension variable construite par Bernard, je commandais mes synthétiseurs (ARP 2600 et PPG) et l'on me voit à la trompette de poche et à la flûte basse, encore un instrument de la lutherie Vitet comme les autres flûtes et les trois trompes en PVC terminées par un entonnoir.


À l'origine, Emmanuelle K, aujourd'hui passée à la poésie, nous avait demandé d'interpréter une partition de John Cage, mais nous avions réfuté sa paternité en nous insurgeant "contre les partitions littéraires de Stockhausen qui signait les improvisations (vraiment peu) dirigées, que des musiciens de jazz ou assimilés interprétaient, ou plutôt créaient sur un prétexte très vague". Le film était tourné à deux caméras, dont une paluche, prototype fabriqué par Jean-Pierre Beauviala d'Aäton, que Gonzalo Arijon tenait au bout des doigts comme un micro, l'ancêtre de bien des petites cams. Je ferai la connaissance de Gonzalo des années plus tard lorsque je réalisai Idir et Johnny Clegg a capella et participai à l'aventure Chaque jour pour Sarajevo à Point du Jour. En 1975, j'avais moi-même joué avec celle que Jean-André Fieschi m'avait prêtée pour mes essais expérimentaux intitulés Remember My Forgotten Man...


Le film dure 21 minutes 35 secondes. Il est présenté ici en deux parties. En juin 2008, il fut diffusé en boucle lors de la seconde édition du festival Filmer la musique au Point Ephémère. C'est l'un des rares témoignages vidéographiques de la période "instantanée" du Drame.

Article du 27 août 2008

mardi 22 juin 2021

La séduction du biidoro


Lors de mon passage à Kyoto, j'avais acheté deux copies d'une sorte de criquet en verre de l'ère Edo que je reconnus plus tard sur une carte postale reproduisant la gravure du célèbre artiste Kitagawa Utamaro. Le biidoro (ビードロ), du portugais vidro, verre, est constitué à un bout d'un petit tube dans lequel on souffle et à l'autre d'une sphère sur laquelle est tendue une membrane qui se tend et se détend lorsque l'air pulsé vient déplacer un petit cylindre placé à la moitié du tube. Le son rappelle celui de nos criquets en métal, mais c'est l'extrême fragilité du verre, unique constituant du jouet, qui surprend lorsque la membrane se bombe. L'instrument était utilisé par les courtisanes, les geishas, pour attirer les hommes !
Le peintre fut mis en scène par Mizoguchi Kenji dans son magnifique Cinq femmes autour d'Utamaro, édité par Carlotta lors de la première publication de cet article en septembre 2008, mais vendu maintenant à prix d'or. Les licences valdinguent et aujourd'hui on trouve essentiellement un coffret de 8 films publiés en DVD et Blu-Ray par Capricci comprenant Les Contes de la lune vague après la pluie, L’Intendant Sansho, Les Amants crucifiés, Miss Oyu, Les Musiciens de Gion, Une femme dont on parle, L’Impératrice Yang Kwei-fei et mon préféré, son dernier, La rue de la honte. Mizoguchi est, avec Max Ophüls, un des cinéastes qui sut le mieux filmer les femmes, même s'il fut lui-même victime en 1925 d'une blessure au dos infligée par les coups de couteau de son amante Yuriko Ichijo, rencontrée dans un club de nuit. Ou peut-être cela lui servit-il de leçon, car ses films, souvent pessimistes, sont fondamentalement féministes.

lundi 21 juin 2021

Jean-Jacques Birgé et Lionel Martin en fictions, portfolio de Christophe Charpenel dans Citizen Jazz


En publiant sur Citizen Jazz un portfolio de ma rencontre avec le saxophoniste Lionel Martin, le photographe Christophe Charpenel m'a fait penser que son tir groupé était une sorte de shrapnel. Wikipedia en donne d'ailleurs cette définition : "Shrapnel, du nom de son inventeur Henry Shrapnel, est le nom désignant l'« obus à balles ». Le terme « shrapnel » a souvent été utilisé, de manière extensive, pour désigner des petits fragments projetés par une explosion, quelle que soit leur origine." Choisie méticuleusement parmi les prises réalisées le 10 mai dernier au Studio GRRR, chacune est bien un fragment projeté produisant une explosion de bonheur, rencontre inattendue entre deux musiciens qui ne se connaissaient qu'au travers de quelques enregistrements. Christophe suivant Lionel dans toutes ses activités en vue d'un reportage à publier sur un prochain vinyle du saxophoniste, notre session représentait une étape éminemment plus sympathique que l'usage absurde et suicidaire de n'importe quelle arme létale. La violence reste l'énigme fondamentale devant laquelle je reste sans réponse lorsque je tente de comprendre l'humanité. Heureusement la musique adoucit les mœurs. Je fais abstraction de la militaire dont le kitsch égale la pauvreté du formatage. Les Fictions de Borges qui inspirèrent nos compositions instantanées sont d'un réel autrement plus passionnant que ce qu'on essaie de nous vendre sous le concept de réalité.
Christophe Charpenel ouvre sur la fresque d'Ella & Pitr qui orne ma façade et dont le héros se nomme Bientôt. Si nous tendons ensuite l'oreille au bruit du monde, nous les interprétons avec nos instruments. Je fume ainsi The Pipe des Russes de Soma sur Ut nihil non iisdem verbis redderetur auditum. Quelle phrase exprime mieux le rôle de l'artiste ? En français : De sorte que rien de ce que nous entendons ne peut être redit avec les mêmes mots ? Tandis que Lionel Martin surveille le cochon volant que m'avait offert Ève Risser, ma main caresse les touches veloutées de mon clavier 5D. Chacun a beau posséder sa version du recueil de nouvelles, nous sommes branchés sur la même longueur d'ondes. Ces images enjôleuses me permettent d'attendre patiemment le long article promis qui saura me surprendre... Car il existe encore des hommes et des femmes qui savent écouter, regarder, sentir, toucher et jouer avec les mots...

→ Le portfolio de Christophe Charpenel sur Citizen Jazz
→ L'album Fictions, en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org
→ Les deux articles du blog relatifs à cette rencontre illustrés d'autres photographies de Christophe Charpenel : 1 / 2

mardi 8 juin 2021

Dans la famille "Musiciens", je demande le père, la fille et le fils...


La biographie de ma fille Elsa s'ouvre par des mots qui m'ont surpris la première fois que je les ai lus : "Née dans une famille de musiciens...". Comme ce n'est pas mon cas, il m'a fallu un temps pour me rendre compte que sa mère et moi l'avions bercée dans les mélodies et les bruits du monde. On dit souvent que les chiens ne font pas des chats. J'espère aussi que les chats ne font pas des chiens, mais ça c'est une autre histoire ! Avec Bernard Vitet, nous avons écrit une douzaine de chansons pour Elsa qu'elle a enregistrées lorsqu'elle avait 6 ans, 9 ans et 11 ans. Vingt ans après ¡ Vivan las utopias !, Jean Rochard lui a demandé de participer aux Chroniques de résistance de Tony Hymas et récemment elle enregistrait Petite fleur avec Ursus Minor sur nato, son excellent label. Elsa a beaucoup plus joué avec sa maman, Michèle Buirette, en particulier dans le spectacle Comment ça va sur la Terre ?. Si elle a hérité de son talent mélodique, je retrouve quelques traces de mes facéties bruitistes dans les spectacles de Söta Sälta qu'elle joue ces jours-ci au Théâtre Dunois avec Linda Edsjö, Comme c'est étrange ! et J'ai tué l'amour, ou avec le Spat' sonore également au Dunois en juin. Ce n'est pas seulement le père qui vous encourage à réserver les dernières places disponibles, mais l'amateur d'émotions fortes et d'évènements extra-ordinaires...

Récemment j'ai été tout aussi ému par deux disques où une fille a convoqué son père, et où père et fils se sont retrouvés sur les mêmes références. La pianiste et chanteuse Macha Gharibian a réuni son père Dan, guitariste et chanteur co-fondateur du célèbre groupe Bratsch, l'accordéoniste Aret Derderyan, le joueur de kamantcha Gérard Carcian et Artyom Minasyan aux doudouk, clarinette, shevi, zurnz, pekou, pour des Papiers d'Arménie qui diffusent un délicieux parfum. Si la musique arménienne distille souvent une grande tristesse, plainte renforcée par le génocide dont ce peuple a été victime au début du XXe siècle, Guenats Pashas célèbre la vie et la joie d'être ensemble. En 1994 j'avais assuré la direction artistique du CD Haut-Karabagh, musiques du front enregistré sur place, dans les tranchées, par Richard Hayon. L'atmosphère y était terrible, bouleversante. Heureusement il n'y a pas que les larmes dans ce nouvel album, et même si les évènements récents ont de quoi révolter les Arméniens, on y chante, on y danse. C'est un disque chaleureux, lyrique et entraînant.

Dans un genre radicalement différent, le guitariste Richard Pinhas a produit ses Sources en se joignant à son fils Duncan, aux synthétiseurs analogiques et à la guitare, pour un rock alternatif dont le courant rappelle les envolées psychédéliques du meilleur Heldon. Les sons électroniques de Duncan Pinhas peignent des paysages sonores au dessus desquels s'envolent la guitare de son père. Sur Puissances infectées et Le Gritche la batterie d'Arthur Narcy renforce le son années 70 de leurs vertigineux rituels aux accents pinkfloydiens des débuts. Les oscillateurs encouragent aussi les drones planants que l'on retrouve sur les morceaux plus calmes, connotés des mêmes années. Là encore, la complicité favorise la transmission.

Ce ne sont évidemment pas les seuls exemples de familles d'artistes où la musique exprime tendresse filiale et parentale, mais ce sont ceux qui tournent sur ma platine cette semaine. Ces chroniques m'ont été dictées par un article de 2008 où je réalisais que ma fille était l'avenir de mes gènes, mais que le mien obéissait à des forces qui m'étaient propres, considération en marge de l'amour que nous pouvions ressentir les uns pour les autres... Cela n'empêche pas Elsa de faire régulièrement des apparitions dans mon travail, le plus récent étant sa participation à l'album de mon Centenaire avec une chanson écrite en collaboration avec sa maman...

UN PÈRE ET MANQUE
Article du 10 juillet 2008


Ma fille a repris le train et ça me rend triste. Ce n'est pas facile d'être père, ou mère, lorsque les enfants grandissent. Ils volent de leurs propres ailes, même si l'on est toujours là pour les coups durs. On a fait notre travail. Il leur reste à inventer leur vie. On met toute la sienne à savoir qui on est et pas de qui on naît. Les parents sont des fardeaux dont il est crucial de se défaire. Cela n'empêche pas les sentiments tendres. On reviendra vers eux, plus tard, si ce n'est pas trop. Après l'enfance fusionnelle, vient l'adolescence rebelle, puis la confiance en soi rapproche les générations, et il reste encore l'épreuve parentale. Mais le cycle n'est pas terminé. Il faut apprendre à vieillir. Savoir profiter de chaque instant de son âge, lâcher sans renier, persister sans ridicule, recommencer sans cesse. Il faut encore et encore réapprendre l'indépendance.

→ Papiers d'Arménie, Guenats Pashas, CD Meredith Records, dist. Socadisc
→ Richard & Duncan Pinhas, Sources (extrait sur Bandcamp), LP/CD Bam Balam, dist. Clear Spot et La Face cachée, exclusivité "DISQUAIRE DAY" 12 juin 2021
→ Söta Sälta, Comme c'est étrange !, CD Cie Sillidill/Victor Mélodie (Grand Prix de l'Académie Charles Cros), spectacle jeune public (à partir de 5 ans) au Théâtre Dunois, du 7 au 18 juin 2021 (voir les horaires)
→ Söta Sälta, J'ai tué l'amour, spectacle au Théâtre Dunois, 11 juin à 19h uniquement
→ Spat' sonore, Des madeleines dans la galaxie, spectacle tout public (à partir de 5 ans) au Théâtre Dunois, samedi 19 juin à 19h - dimanche 20 juin à 11h et 16h

lundi 7 juin 2021

L'électro organique du Chinois Howie Lee


Je n'ai pas entendu la vingtaine d'albums qui a précédé 7 Weapons du Chinois Howie Lee, mais le mélange de sources m'a tout de suite accroché, comme les mix des Danois Den Sorte Skole, des Marseillais Chinese Man ou des Californiens Shabazz Palaces auxquels j'ai immédiatement pensé. Je me retrouve évidemment chez ces lointains cousins encyclopédistes. Les percussions traditionnelles sont ici mélangées à des chants tibétains, la zurna anatolienne, des basses profondes et des soli de synthé ringards dont le jazz rock est friand. En s'expatriant à Londres, le Pékinois nous fait revivre le voyage de Marco Polo rapportant à Venise épices (cannelle, galanga, muscade, safran, poivre blanc, poivre noir, cubèbe, gingembre, clou de girofle), étoffes et pierres précieuses aux couleurs éclatantes, des armes plus puissantes que la poudre ! Le soft power assure seul la pérennité des victoires.


Sur son dernier album, Birdy Island, Howie Lee ne se contente pas de sampler, il joue de tous les instruments : clavier et piano préparé, yang qin, guitare, basse, batterie. percussion, accordéon, flûte, guan zi. Les voix, dont la sienne, les chœurs, participent à la volière électro. Je me suis souvenu qu'un des premiers disques asiatiques que j'avais acheté était East Wind du Japonais Stomu Yamashta, dont les rythmes rappellent les rituels bouddhistes en même temps qu'ils poussent à la danse. La musique de Howie Lee représente un nouvel exotica venu de l'Orient.

→ les disques de Howie Lee sur Bandcamp
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