Jean-Jacques Birgé

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lundi 30 mars 2015

Lothar and The Hand People


De temps en temps, au gré d'un nom lu ou entendu, la mémoire revient avec son lot d'émotions oubliées. En saisir un petit bout suffit pour dérouler le fil de toute une époque. Un morceau de musique, particulièrement, peut faire remonter les rêves de sa jeunesse, le sens d'une démarche, un engrenage de notre inconscient horloger. J'ai souvent cherché à comprendre comment j'en étais arrivé là, un chemin de traverse me menant très vite aux bases de mon engagement et de l'une de mes passions. Parmi les premiers émois électroniques je me souvenais de la musique tachiste de Michel Magne, des Silver Apples rapportés des USA en 1968, de Luc Ferrari entendu sur France Inter, de White Noise acheté sur sa pochette, de l'époustouflant Walter (Wendy) Carlos, du disque électronique de George Harrison, du Poème électronique de Varèse, mais j'avais oublié Lothar and The Hand People.


Leur second album, Space Hymn, commençait par Today is Yesterday's Tomorrow. Nous appelions cela de la musique spatiale, naviguant entre science-fiction et expériences sensorielles avec ou sans expédients divers. Lothar and the Hand People était le premier groupe de rock à jouer sur scène avec Theremin et synthétiseur Moog.
Réunis en 1965 à Denver, les Hand People sont contemporains des Beach Boys qui utilisèrent à la même époque une sorte de Theremin appelée Tannerin sur I Just Wasn't Made for These Times, Good Vibrations et Wild Honey. Lothar était le nom que les Hand People donnaient à leur Theremin !
Le groupe émigra à New York en 1966, enregistra seulement deux albums, Presenting... Lothar and the Hand People en 1968 et Space Hymn en 1969, et se dissoudra l'année suivante. Les voix rappellent un peu les Beatles, mais leur rock est à la fois psychédélique, folk et totalement azimuté. Lors de quelques séances mémorables, c'est ici que la mémoire refait surface, nous jouions le jeu de Space Hymn, allongés sur de profonds coussins sous la lumière noire. Far out ! Je me servis probablement de cette expérience pour pratiquer l'hypnose sur mes petits camarades de lycée, mais fatigué par l'exercice je ne continuai pas... Du moins l'hypnose. J'abandonnerai aussi les expériences lysergiques, et le dérèglement de tous les sens beaucoup plus tard, toujours pour les mêmes raisons : mon travail exige une fraîcheur que les lendemains matins brumeux empâtent. Progressivement la musique et les mots devinrent une drogue plus efficace que la chimie, fut-elle soigneusement naturelle !

vendredi 27 mars 2015

Berlingot, un disque de papier d'Étienne Brunet


Le dernier disque d'Étienne Brunet est un livre de 130 pages au format A5. Comme chacun de ses précédents albums, Berlingot est porté par un concept fort, ici une écriture rythmée à la manière des poètes de la Beat Generation sur des sujets contemporains. Ça tourne autour de la musique, le style et l'idée, tribulations d'un musicien imaginatif qui se heurte au réel comme une mouche contre la vitre, un cri romantique dans la jungle Internet. Sa course après une mère morte lorsqu'il avait six ans est une ronde où les permutations mènent sans cesse à la chute. Les chapitres sont de courtes pièces, parfois déjà publiées dans différents magazines, mais qui font sens, s'emboîtent et se succèdent comme les mouvements d'un petit opéra. L'impudeur de l'auteur mêle le sang et les larmes, le sperme et la voix, dans une danse parano que la confrontation à notre société du spectacle analyse et valide. Passés au crible du free jazz, les textes rendent hommage à Brion Gysin et à la ville de Berlin, la musique à Wagner, Satie et Cage, le saxophone à Ayler et Coltrane. Des partitions récentes bouclent l'ouvrage qui ravira les amateurs de musiques alternatives. Étienne Brunet est un compositeur trop atypique pour être adoubé par ses pairs. Les électrons libres dérangent la confortable classification des genres. Il a publié son livre à compte d'auteur, ce qui est devenu le lot de la plupart des créateurs inventifs de notre siècle.

Berlingot, Longue Traîne Roll, 8,50 + 3 euros de port

mercredi 25 mars 2015

Le White Desert Orchestra de Ève Risser


En réunissant le White Desert Orchestra la pianiste-flûtiste Ève Risser réalise l'un de ses rêves, d'autant qu'elle l'a prolongé au delà du réveil. Une quarantaine de très jeunes enfants et une quarantaine de seniors sont venus lui prêter voix fortes pour évoquer la matière que fabrique la nature. Des grands espaces américains à la structure d'une simple pierre, elle a composé des pièces sensibles où la métamorphose joue avec le temps. Le projet pédagogique mené parallèlement à la direction de son tentet lui permet d'assumer plus facilement son rôle de chef dans une entreprise où ce sont d'abord des camarades qui jouent le jeu pour elle. Tous et toutes font partie de ces jeunes affranchis qui font fi des frontières et des genres pour se consacrer à la musique, medium universel par excellence.


Si son Désert Blanc est beaucoup trop chaud pour être celui de l'Antarctique, il pourrait s'agir des White Sands de gypse du Nouveau Mexique, lumière aveuglante des dunes se confondant avec le ciel, sans limites, vertigineuse. Regardez avec les yeux d'une femme et vous entendrez peut-être les timbres magiques qui éclosent de l'orchestre. Sylvaine Hélary (flûte), Sophie Bernardo (basson), Antonin-Tri Hoang (sax alto, clarinette, clarinette basse), Benjamin Dousteyssier (sax ténor et baryton), Eivind Lønning (trompette), Fidel Fourneyron (trombone), Julien Desprez (guitare électrique), Ève Risser (piano), Fanny Lasfargues (basse électro-acoustique), Sylvain Darrifourcq (batterie, percussion), Céline Grangey (mise en son) sont les artisans de la transmutation. Pour cette 32ème édition du Festival Blanlieues Bleues à La Courneuve, le chœur d'adultes du Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers-La Courneuve était dirigé par Catherine Simonpietri et les enfants de l’école élémentaire Charlie Chaplin de La Courneuve par Azraël Tomé. Hors les chœurs les mouvements lents rappellent parfois les à-plats mouvants et cuivrés de Carla Bley tandis que les passages rythmiques ont quelque chose de zappien dans l'humour et l'entrain. Mais la pâte est de sa patte.


Il y a sept ans pour son Prix au CNSM Ève Risser avait déjà disséminé des comparses parmi le public. Hier soir le premier invité à sortir de l'ombre fut un gamin s'emparant du Theremin suivi d'une petite fille prenant la place d'Ève au piano. Les autres suivirent, dirigés tour à tour par l'une ou l'un d'entre eux. Quant au chœur d'adultes il était divisé en deux, en haut des gradins derrière le public qui encerclait le spectacle. Il n'aurait plus manqué que la salle se mette à chanter comme l'y incite dans ses œuvres Bobby McFerrin, car c'est le genre de pari qui doit titiller Ève Risser depuis belles lurettes ! Le White Desert Orchestra est bien la continuité d'une démarche généreuse.

mardi 17 mars 2015

J'ai tué l'amour


Si J’ai tué l’amour est le titre du projet franco-suédois sur les amours biscornues de Linda Edsjö (voix, vibraphone, percussions) et Elsa Birgé (voix, percussions), n'allez pas croire que c'est celui de la musique ! Les deux filles ont mis en ligne cinq chansons bouleversantes sur la page SoundCloud de Linda, cinq chansons tragiques que leur interprétation habitée transforme en saynètes à vous briser le cœur ou à vous faire rire. L'accompagnement instrumental minimal est un écrin où brillent les voix précieuses des deux musiciennes...

La belle qui fait la morte, chanson féministe avant la lettre puisqu'elle date du XVIIe siècle !



Sur J'ai tué l'amour le jazzo-flûte et le clavier de cloches viennent soutenir le vibraphone sur cette chanson méconnue de Barbara, musique de Jean Poissonnier...



En visa om karlek, chanson traditionnelle suédoise d'un autre amour désabusé...



Mon homme, version très personnelle du tube d'Albert Willemetz et Jacques-Charles sur une musique de Maurice Yvain, rendue célèbre par Mistinguett et Édith Piaf...



Le marchand de velours est tout de même plus gai et carrément grivois, avec un superbe arrangement a capella de ce traditionnel breton...


Par ces chansons aux accents graves rappelant la situation aiguë des femmes dans l'Histoire, Elsa et Linda évoquent l'émancipation indispensable dont les femmes ont dû faire preuve pour s'affranchir de la domination masculine et du carcan social qui les ont souvent rendues complices en acceptant leur soumission. L'interprétation critique et les associations qu'elle suscite retournent comme un gant le sens des paroles initiales quel que soit leur lieu d'origine ou l'époque. On attend avec impatience le spectacle et l'album complet !

vendredi 13 mars 2015

Idir et Johnny Clegg a capella


Plus de vingt ans après sa réalisation je me suis décidé à mettre en ligne le film que j'avais réalisé dans le cadre de la série Vis à Vis. J'ai raconté ici la genèse de Idir et Johnny Clegg a capella. En 1993 ce film marquait mon retour à la réalisation, vingt ans après La nuit du phoque, publié en DVD avec le disque Défense de d'abord chez Mio puis réédité chez Wah-Wah. Œuvre de commande, Idir et Johnny Clegg a capella n'en est pas moins un jalon dont je suis fier. J'y reconnais mes préoccupations tant sur la question de la création musicale que mon point de vue sur le documentaire en général.


On pourra être surpris par le choix des musiciens, mais mes goûts sont éclectiques et les questions posées dépassent les classifications qu'impose le marché. Au delà des genres je me suis toujours intéressé au processus de la création, en commençant par ses origines généalogiques et psychanalytiques...
Il y a quelque temps j'avais monté les rushes mettant en scène Johnny Clegg fabriquant un arc musical depuis la coupe des bambous au fond de son jardin jusqu'à la musique...

vendredi 6 mars 2015

Carnage, Un d.m.i. 2014


Après Trop d'adrénaline nuit, Rideau !, À travail égal salaire égal, nous avons improvisé des évocations d'autres albums d'Un Drame Musical Instantané. Hélène Sage a chanté L'invitation au voyage (Baudelaire-Duparc, 1857) que Bernard interprétait sur Les bons contes font les bons amis, Le roi de Thulé (Barbier-Gounod, 1859) et Carton (Birgé-Vitet, 1997). La violoncelliste Hélène Bass a ouvert L'homme à la caméra et avec Francis Gorgé et Hélène Sage aux freins (contrebasses à tension variable) ils ont formé un trio à cordes en référence à l'album Qui vive ? dont je diffusai une radiophonie. Au tour du percussionniste Francisco Cossavella d'attaquer Urgent Meeting. Sans oublier Carnage où l'on retrouve le saxophoniste Antonin-Tri Hoang, toujours à propos, qu'il mélodise, rythme ou sorte des sons inouïs de ses instruments :


Nous avons terminé par Opération Blow Up en rappel, onzième vidéo de ce concert unique au Théâtre Berthelot à Montreuil le 12 décembre 2014. Les liens dirigent vers chacune des captations vidéo dont les caméras étaient tenues par Alain Longuet, Françoise Romand et Armagan Uslu.

Photo N&B : Christian Taillemite (Citizen Jazz)

lundi 2 mars 2015

Partie carrée entre majeur et mineur


L'Ukrainien Oleg Berg et sa fille Diana se sont amusés à convertir quantité de chansons en mode mineur vers le mode majeur, et réciproquement. Les résultats sont évidemment passionnants, surtout lorsque l'on connaît par cœur les œuvres transformées.


Le mode majeur est généralement réputé chaud, joyeux et lumineux tandis que le mode mineur serait plutôt sombre, triste et profond. Évidemment tout cela est fait à la truelle, gauche et maladroit, mais la démonstration est éloquente. Ici Hey Jude est passé en mode mineur et la Ve de Beethoven en majeur pour l'exemple, mais il y en a plein d'autres sur la chaîne YouTube d'Oleg Berg.


Les deux iconoclastes ont probablement utilisé un logiciel du type Celemony Melodyne auquel j'ai parfois recours pour faire subir à un fichier audio ce qu'il est coutume de réaliser avec la norme midi. Les limites qualitatives de la conversion audio sont encore très repérables alors que l'on peut transformer allègrement un fichier midi dans tous les sens. Rappelons que le midi ne véhicule que des informations de hauteur, durée, intensité, mais qu'il n'intervient pas directement sur le timbre ou les formants. Les instruments virtuels s'y prêtent bien, mais les sons réels sont plus problématiques à tripatouiller, en particulier la voix humaine.
Heureusement errare humanum est. Le vivant reste beaucoup plus attachant, ses maladresses façonnant le style, que les dysfonctionnements stériles de la machine qui n'accouche que de bugs.

vendredi 27 février 2015

À travail égal salaire égal


Pour le concert de résurrection d'Un Drame Musical Instantané le 12 décembre dernier au Théâtre Berthelot de Montreuil j'avais choisi la discographie du groupe comme colonne vertébrale, ma présentation orale de chaque disque devenant la partition de notre improvisation en sextet. Je racontai donc des petites histoires sur et autour de chacun, évoquant notre camarade Bernard Vitet à qui nous rendions hommage. Avec le temps, ce qui nous avait énervé à l'époque de notre collaboration quasi quotidienne nous fait rire aujourd'hui. Son esprit aiguisé, son lyrisme à la trompette, la qualité de son écriture et son amitié indéfectible nous manquent cruellement.
La première partie du spectacle se référait aux six vinyles du Drame tandis que la seconde trouvait prétexte dans six de nos CD. À travail égal salaire égal était notre troisième vinyle et le premier avec le grand orchestre, une quinzaine de solistes que nous avions réunis à l'origine pour un hommage à Béla Bartók. Le soir de la première, le vendredi 13 novembre 1981, dans ce même Théâtre Berthelot, Bernard avait décidé au dernier moment de diriger le Trio Impair avec des gants blancs. N'ayant pas répété ganté, lorsqu'il voulut tourner la première page de sa partition, tout autour de lui s'envolèrent les feuilles que j'essayai tant bien que mal de rassembler à quatre pattes. À la fin de Crimes Parfaits nous avions cherché à remplacer le scoop polar enregistré quai de la Rapée par une action live ; notre camarade avait donc choisi de tirer une salve de pistolet mitrailleur à la place. Tout est allé très vite. L'orchestre s'arrête, Bernard ouvre une grande valise à l'avant-scène, en sort l'arme qu'il braque sur le public, toutes les lumières s'éteignent, les flammes jaillissent dans l'obscurité. Quelques spectateurs ont évidemment très mal vécu l'expérience, même si ce soir-là fut le premier grand succès du Drame. L'enregistrement de La preuve par le grand huit en est issu.


À travail égal salaire égal de 2014 n'a pas grand chose à voir avec ce qui l'a inspiré. Seules les chansons du programme ont respecté les partitions originales. J'attaque ici au Tenori-on suivi par Francis Gorgé à l'iPad tandis que Hélène Sage joue d'un violon que je lui ai prêté, Hélène Bass est au violoncelle, Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, Francisco Cossavella aux percussions. Je termine avec une de mes premières flûtes acquise dans les années 60 !

jeudi 26 février 2015

Bird et l'oiseau


Croit-on encore que le petit oiseau va sortir quand Bird glisse son œil à la caméra ? C'est un plan fixe et muet, contrechamp et contretemps des seules secondes synchrones que l'on pensait avoir de Charlie Parker jouant à l'image. Il y a quelques années la technologie a permis de resynchroniser deux morceaux complets, enregistrés en studio et filmés sans le son dans le studio du photographe Gjon Mili. La photo prise par Paul Nodler fait partie des 54 inédites de 1950 réalisées lors de cette Mili's Session où Charlie Parker et Coleman Hawkins interprètent ensemble Ballade avec Hank Jones au piano, Ray Brown à la basse et Buddy Rich à la batterie, suivi de Celebrity avec seulement l'oiseau à l'alto où ses yeux laissent filtrer quantité d'expressions...


Sur le double DVD Improvisation présenté par Norman Granz, lors de cette Mili's Session on trouvera également Ad Lib par le trio sans les souffleurs, rejoints ensuite par Lester Young au ténor et Bill Harris au trombone sur Pennies From Heaven, remplacés enfin par Ella Fitzgerald, le trompettiste Harry "Sweets" Edison et le ténor Flip Phillips sur Blues For Greasy. Le reste des séances figurent Duke Ellington à la Fondation Maeght en 1966 pour un Blues For Juan Miró avec l'artiste catalan lui montrant ses sculptures, Count Basie au Festival de Montreux en 1977 ainsi que Oscar Peterson avec les trompettistes Dizzy Gillespie et Clark Terry, puis Joe Pass en 1979, Ella Fitzgerald la même année, un portrait de Norman Granz par Nat Hentoff, des rushes de la Mili's Session, des entretiens et Jammin The Blues, le premier film de Granz et Mili de 1944 avec Lester Young, Red Callender, Harry Edison, Barney Kessel, Jo Jones, Illinois Jacquet, Marie Bryant, etc. !


Une autre photo de Nodler m'a intrigué. Bird dort, couché sur une table, son corps tordu, posé comme un saxophone. Le rideau suggère un nouveau contrechamp, renvoyant à l'inconfort d'une époque où la ségrégation raciale était encore légalement en vigueur dans plus de la moitié des États-Unis.

mercredi 25 février 2015

La peur du vide


La peur du vide est la seconde création radiophonique commandée à Un Drame Musical Instantané par Didier Alluard et Monique Veaute pour France Musique. Didier Alluard avait d'abord remplacé Alain Durel à la direction de la création pour la musique au Ministère de la Culture où les choses se gâtèrent après son départ. Avec Françoise Degeorges, Monique Veaute était l'une des têtes chercheuses de l'antenne. Si USA le complot était illustré musicalement par essentiellement des musiques existantes, enregistrements de films et témoignages tout aussi rares, cette seconde émission diffusée le 1er juillet 1983 était clairement une création du Drame. Alain Nedelec avait soigné le son des deux émissions et Bernard Treton, qui nous assistait, nous regardait avec ses petits yeux plissés et amusés chaque fois que nous avions une idée saugrenue.
Pour cette Fréquence de nuit "Nuit noire" nous avions entre autres demandé le Bösendorfer Imperial, un tam tam et une grosse caisse symphoniques, des timbales, des cloches plaques et une flopée d'instruments percussifs ou bruitistes stockés au sous-sol de la Maison de Radio France, car à l'époque le Pool de Percussion était intelligemment dans les murs de la Maison de la Radio. Bernard Vitet avait choisi trompette, violon, percussion, piano, trompette à anche et double bombarde. Francis Gorgé oscillait entre guitare électrique, guitare basse, synthétiseur analogique, flûte, percussion et piano. Quant à moi, je m'éclatais aux synthétiseur PPG Wave 2.2, piano, trombone, trompette, trompette à anche, flûte, guimbarde et percussion.
Mais ce n'est pas tout, car nous avions profité de notre présence à la radio pour insérer Die eiserne Brigade d'Arnold Schönberg, Ionisation d'Edgar Varèse, Camille Saint-Saëns improvisant au piano Samson et Dalila, La damnation de Faust, Pandemonium et la Sérénade de Hector Berlioz, Joue-moi de l'électrophone de Charles Trenet, Monsieur William par les Frères Jacques, À bout de souffle de Claude Nougaro, Monsieur Bebert de Georgius, Anna la bonne de Cocteau par Marianne Oswald, La guêpe de Bernard Vitet, le rêve de Robert Desnos mis en ondes par lui-même, Légitime Défense, Guillaume Appolinaire, Michel Poniatowski, Jean-Paul Sartre. Une femme est une femme, Masculin Féminin, Tristana, Le testament du Dr Mabuse, Dial M for Murder, L'éclipse, Le parfum de la dame en noir, Underworld USA, Pick Up on South Street, Shock Corridor, Naked Kiss, Le trou, Le testament d'Oprhée. Et Un drame musical instantané avec M'enfin, plus Le malheur avec tout l'orchestre !


L'intégralité de La peur du vide est en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org ! En fin d'émission nous avions cette fois choisi la version de Django Reinhardt et Stéphane Grapelli de La Marseillaise qui terminait les émissions la nuit à 1 heure du matin, laissant un vide qui aujourd'hui ferait peur à n'importe quel responsable.

vendredi 20 février 2015

Rideau !


Christian Taillemite a publié son reportage photo de la résurrection d'Un Drame Musical Instantané sur le site Citizen Jazz. C'est chouette de voir Hélène Sage à la flûte basse ou avec le frein qu'elle a fabriqué à partir d'un modèle de Bernard Vitet. Il ne manque qu'un instrument autour du cou d'Antonin-Tri Hoang pour qu'il me rappelle Roland Kirk. Sacré souvenir pour le jeune percussionniste Francisco Cossavella qui nous a rejoints de justesse sans nous connaître ! Accrochée à son archet, Hélène Bass est sérieuse comme une papesse tandis que Francis Gorgé transformé en guitar hero me lance des coups d'œil amusés pendant que je joue du Tenori-on, du hou-kin ou des sons bizarres que je génère via mon clavier.


Après une évocation du premier vinyle du Drame nous attaquons le second morceau par les chiffres du loto de M'enfin qui ouvrait notre Rideau ! Dix autres vidéos du concert sont visibles sur ma chaîne YouTube.

Photo N&B : Christian Taillemite

mercredi 18 février 2015

USA le complot


L'énergie qui émane de USA le complot est incroyable. Nous n'y étions pas allés avec le dos de la cuillère. En 1983 Didier Alluard et Monique Veaute commandent une création radiophonique à Un Drame Musical Instantané. Cette période inaugurée par Louis Dandrel et Alain Durel est souvent appelée "L'âge d'or de France Musique". Le 17 juin, est diffusée cette émission de plus de deux heures signée Bernard Vitet, Francis Gorgé et moi-même. En voici la bande-annonce :


Pour cette Fréquence de nuit "made in USA" le programme annonce :
Mothers of Invention God Bless America. Musique des Indiens Navajos. Batteries d'ordonnance du Corps Expéditionnaire de Rochambeau. John Ford et Samuel Fuller. Chant Peyotl des Sioux Yankton. Revendications des tribus indiennes. Galant 7th de John Philip Sousa. Buffalo Bill avec Jean Négroni. Témoignages de Jean et Geneviève Birgé. Le jugement des flèches, musique de Victor Young. Chant de femmes du Burundi. Aretha Franklin Mary Don't You Weep. Steve Reich It's Gonna Rain. The Last Poets New York New York. Colette Magny Oink Oink. Ruben and The Jets Almost Grown. News On The March. Jimi Hendrix Star Spangled Banner. Charles Ives chante They Are There. Rocker par Charlie Parker en soutien au Parti Communiste Américain. Thelonious Monk et Miles Davis Bag's Groove. Albert Ayler Spirits Rejoyce. Cathy Berberian Stripsody par Marie-Thérèse Foy. Le Journal de Wall Street sur la culture française. Bertolt Brecht devant la Commission des Activités Anti-Américaines. Johnny Guitar, Vera Cruz, Un roi à New York, Tex Avery, Underworld USA. Humphrey Bogart, James Cagney. Johnny Hallyday La bagarre, Serge Gainsbourg Comic Strip, Michel Jonasz Big Boss, Karen Cherryl La marche des machos, Adriano Celentano 24000 baisers, Nina Hagen, Los Bravos Black is Black, Pyramis, YMO, Ryo Kawasaki and The Golden Dragon. Miles Davis Solea. Harry Partch chante The Letter. Spike Jones Hawaïan War Chant. Terry Riley et John Cale Church of Anthrax. Laurie Anderson From The Air. Charles Ives Variations on America… Mais le mieux est d'écouter l'intégralité de ces deux heures en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org !


À cette époque, la fin des émissions était systématiquement signifiée par La Marseillaise, c'était de circonstance en l'occurrence ! Nous avions choisi la version de Berlioz pour ce soir et celle de Django Reinhardt et Stéphane Grapelli pour la seconde création qui sera diffusée deux semaines plus tard, un polar intitulé La peur du vide, mais ça c'est une autre histoire. Quant à l'illustration, je l'ai honteusement découpée dans une œuvre du streetartist Nils Westergard.

lundi 16 février 2015

Trop d'adrénaline nuit


Résurrection inattendue d'Un drame musical instantané. Après 32 ans j'avais dissous le groupe faute de combattants. Francis Gorgé l'avait quitté en 1992, Bernard Vitet avait cessé de souffler en 2004, ses dernières compositions datant de 2007. Seul rescapé de notre collectif, j'avais finalement décidé de me produire sous mon nom en 2008. À la mort de Bernard en 2013, chacun avait joué avec son groupe tandis que Hélène Sage était bloquée à Toulouse, aussi avions-nous décidé de remonter le Drame pour un soir lorsque l'occasion se présenterait. L'invitation de Patrice Caillet à la Semaine du Bizarre tomba à propos. Pour ce concert exceptionnel nous étions accompagnés du saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang, du percussionniste Francisco Cossavella et de la violoncelliste Hélène Bass. Je n'avais pas joué avec Francis depuis son départ, avec la grande Hélène depuis 1997, avec la petite Hélène depuis 1983 et le jeune argentin remplaçant au pied levé Edward Perraud, souffrant, n'a même pas eu le temps de faire une balance ! Le seul avec qui je joue régulièrement est Antonin. L'aventure était risquée, car si le spectacle suivait la chronologie discographique du groupe tous les morceaux, hormis les chansons préparées par Hélène Sage et Francis, étaient improvisés. Entre chacun j'illustrai notre histoire de petites anecdotes amusantes. Avec le recul même les drames nous font rire.


C'est dans ce même Théâtre Berthelot à Montreuil que nous avons joué maints ciné-concerts dans les années 70 et créé le grand orchestre du Drame en 1981. Alain Longuet, Françoise Romand, Armagan Uslu ont filmé depuis la salle avec leurs petites caméras, me permettant de monter des séquences pour une fois dans leur intégralité. Mieux que l'audio seule, la vidéo aide à percevoir les mouvements musicaux. Il est néanmoins préférable de brancher le son sur des enceintes plutôt que de se contenter des enceintes criardes de l'ordinateur.

jeudi 12 février 2015

Fréquences sublimes


Filmés "roots" comme par des amateurs appliqués et passionnés, évitant souvent les commentaires pour laisser parler les images et les sons, ces field recordings ont plus de charme que bien des documentaires peaufinés et formatés. Axés sur la musique traditionnelle des pays visités, ces récits de voyage s'attardent sur le contre-champ de la vie quotidienne, révélant le paysage sonore et social contemporain où surnage la tradition. The Stirring of Thousand Bells de Matt Dunning oppose ainsi le gamelan javanais à la fête populaire du Festival Sekaten, un cours de danse dans le Palais Mangkunegaran se superpose à la vie nocturne de Solo.


Small Path Music est un voyage de Laurent Jeanneau filmé par David Harris sur les plateaux du Sud-Est asiatique à la frontière entre la Chine et le Laos. De rituels shamaniques en chansons d'amour le collecteur de sons commente sa démarche et ses rencontres. Le road movie s'axe sur les musiques rarement entendues des minorités ethniques qui risquent de disparaître rapidement.


Le film de Hisham Mayet, Vodoun Gods on the Slave Coast, dévoile diverses cérémonies vaudous du Bénin (ex Dahomey). On y découvre le culte Sakpata, dieu de la terre, de la variole et de la guérison, les Egoun-gouns, revenants du Royaume des Morts pour conseiller les vivants ou la police secrète des Zangbeto se déplaçant la nuit déguisés en meules de foin...
Ces trois DVD appartiennent au label de Seatle, Sublime Frequencies, dirigé par Alan Bishop des Sun City Girls, qui a déjà publié une centaine d’enregistrements en cd, vinyles et dvd en provenance d’Asie du sud-est, du Moyen Orient, du Maghreb et de l’Afrique. Une partie (dont ces DVD) est distribuée en France par Orkhêstra. Ils n'en révèlent pas seulement les musiques traditionnelles ou actuelles, mais aussi la vie quotidienne, "les curiosités, les petits riens « en voie de disparition », ceux-là même que les reportages s’échinent à gommer si scrupuleusement".


Les enregistrements de rue sont évidemment passionnants, mais ce sont les programmes radio qui me font le plus rêver. Certains sont des plunderphonics, zapping de séquences plus ou moins longues comme j'en réalise depuis les années 70, suite de mon enfance où je cherchais les bruits du monde sur les ondes courtes du gros Telefunken de mon grand-père. Radio Java, Radio Morocco (on y est transporté mieux qu'avec n'importe quel disque), Radio Palestine (cosmopolite à fond), Radio India, Radio Phnom Penh, Radio Sumatra, Radio Pyongyang (sous-titré Commie Funk and Agit Pop from the Hermit Kingdom !), Radio Thailand, Radio Algeria, Radio Myanmar, Radio Niger, Radio Vietnam... Au catalogue on trouve aussi des albums trépidents du Syrien Omar Souleymane ou du Turc Erkin Koray, des groupes Inerane, Doueh, Bombino et des kitcheries délicieuses de la compilation birmane Princess Nicotine, la merveilleuse Bollywood Steel Guitar, le Choubi Choubi irakien, le guitariste égyptien Omar Khorshid, le Pop Yeh Yeh malais, 1970's Algerian Proto-Rai Underground et tant d'autres. Il existe d'ailleurs un DVD mp3 réunissant les 51 premières références dont beaucoup sont aujourd'hui introuvables car le label sort souvent en tirage limité. "Vivantes mais également vibrantes, humoristiques, souvent low-tech (parce qu’à l’exacte fréquence des pays traversés), plus proches de l’art audio que des projections « Connaissance du Monde » telles sont les productions Sublime Frequencies".

mardi 3 février 2015

Musique et design sonore pour le futur Centre des Congrès de Rennes


Avec Sacha Gattino nous formons de temps en temps un amusant numéro de duettistes lorsqu'il s'agit d'honorer des commandes. Après des concerts en trio avec le plasticien Nicolas Clauss et la formation du groupe El Strøm avec la chanteuse Birgitte Lyregaard, nous avons en effet cosigné la musique d'un clip pour une montre Chanel, le design sonore de l'exposition Jeu Vidéo à La Cité des Sciences et de l'Industrie et celui de l'application iPad Balloon des Éditions Volumiques pour lesquelles je viens de terminer le son des trois nouvelles applications de la collection Zéphyr avant de m'atteler au Monde de Yo-Ho, jeu de plateau avec pirates et iPhones...
Entre temps nous avons composé une musique entraînante illustrant la construction du futur Palais des Congrès de Rennes Métropole par Jean Guervilly, Françoise Mauffret, David Cras, Alain Charles Perrot & Florent Richard. Si les morceaux "à la manière de" sont toujours intéressants à réaliser, ils nous permettent de penser différemment. L'exercice de style portait cette fois sur Game of Thrones, demande explicite de notre client. Le travail 3D de Platform Motion (pour qui j'ai réalisé, entre autres, les bandes-sons de la DRPJ Paris Batignolles par Wilmotte & Associés SA et du Pavillon France de l'Exposition Universelle Milan 2015 par X-TU/ALN/Studio Adeline Rispal) montrant les différentes étapes de construction pour présenter le couvent des Jacobins est excitant. À nous de rendre actuelle l'anticipation ! Nous dansons d'un pied sur l'autre entre un passé héroïque et une prouesse technique de notre temps.


Le second film réalisé cette fois par Artefacto consiste en une visite des espaces intérieurs du futur Palais des Congrès. La musique est répétitive et cristalline. Le fil conducteur léger et contemporain déroule son fil d'Ariane de salle en salle. Des évènements sonores et musicaux viennent s'y poser comme les petits oiseaux sur les fils télégraphiques ou le linge propre qui sèche sous le vent.


Sacha vivant actuellement à Rennes, nous travaillons le plus souvent à distance. Le téléphone et Internet font partie de notre panoplie instrumentale. Nous nous envoyons les pièces du puzzle au fur et à mesure, les redessinant chacun son tour, intégrant les jongleries l'un de l'autre et réciproquement !

jeudi 29 janvier 2015

Prix Pierre Schaeffer à Felix Blume pour Les cris de Mexico / Grand Prix Phonurgia Nova à Amandine Casadamont pour Zone de silence


Membre du jury du Prix (radiophonique) Pierre Schaeffer, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir Los gritos de Mexico (Les cris de Mexico City) de Felix Blume. Vivant au Mexique, ce jeune ingénieur du son français concourait avec une œuvre personnelle très différente de ses emplois habituels. Le clou de sa pièce de vingt minutes est une polyphonie des vendeurs ambulants, probablement reconstituée en studio, rappelant les célèbres Cris de Paris, eux-mêmes enregistrés au début du XXe siècle forcément à l'écart de la rue. Ils renvoient aux premiers déphasages de Steve Reich, et évidemment à Oulez ouÿr les cris de Paris ? de Clément Janequin ou aux Cris de Londres d’Orlando Gibbons. Plus loin les prières murmurées répondent aux manifestants scandant "El pueblo unido jamás será vencido", les mariachis et les catcheurs se disputent l'ambiance de la ville, même si l'on peut parfois regretter l'ordre des séquences, plus arbitraire que dramatiquement articulé. La plasticité des enchaînements ne suffit pas à mettre en valeur la dialectique théâtrale, écoute critique qui pourrait s'installer au delà de la virtuosité technique. Les ambiances sonores sont néanmoins saisissantes et le pari de transformer la ville de 20 millions d'habitants en ville sonore réussi comme celui d'archiver un univers qui risque de disparaître à l'image du lac englouti sous cette ancienne île ! Le site de Felix Blume offre également de superbes cartes postales sonores du Vénézuela, du Mali et d'Argentine, des sons seuls enregistrés lors des tournages cinéma auxquels il participe, un florilège de chants de coq et quantité d'autres pépites comme ce jeu qui consiste à combiner 300 sons à votre gré !


Bien mérité, ce Prix Pierre Schaeffer récompense des créations de jeunes de moins de trente ans tandis que le Prix Phonurgia Nova concerne des professionnels reconnus. L'un et l'autre ont pour critères la capacité à aiguiser l'écoute et à briser les carcans stylistiques et éditoriaux. Cela tombe bien, en tant que varésien et dans sa continuité cagienne j'ai toujours considéré que toute organisation sonore est musique. Le Grand Prix Phonurgia Nova va également dans ce sens puisqu'il est attribué cette année à Amandine Casadamont pour sa création Zone de silence, réalisée par Angélique Tibau et mixée par Bruno Mourlan pour France Culture. Coïncidence, les sons de cet ACR furent également enregistrés au Mexique ! Lorsque l'on connaît la peur du silence à Radio France, crainte que l'auditeur ne zappe face à une absence de signal, l'évocation de cette zone désertique est extrêmement gonflée. 400 000 mètres carrés de désert considérés "zone rouge" par les autorités en raison du narcotrafic, mais aussi lieu magique à fortes turbulences électromagnétiques. Amandine Casadamont et Angélique Tibau faillirent en faire les frais, chassées de leur laboratoire en pleine nuit par des narcotrafiquants armés de Kalachnikov. La musique adoucit peut-être les mœurs, car tout finit par s'arranger. Amandine Casadamont ne se contente pas de capter les éléments naturels, elle les sculpte, les tord, les filtre, les rythme, les confronte aux voix et à son imaginaire poétique. Pour cette œuvre délicate où la membrane fragile du microphone est mise à contribution de façon évidente, l'auteur recommande l'écoute au casque, processus technique réciproque où la forme souligne la dramaturgie. Elle possède aussi un site riche d'autres merveilles sonores.

Les deux créations sont accessibles en ligne (cliquer sur les liens de leurs noms).
Photogramme © Felix Blume / Photo © Amandine Casadamont

mercredi 28 janvier 2015

Birgé Hoang Fantazio filmés à La Java


Comme je cherchais une idée appropriée à l'hommage que nous désirions rendre à Jacques Thollot, Jean Rochard me rappelle que Jacques adorait Henri Michaux. Il en avait même tiré le titre de son fabuleux disque Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer ! Me voilà aussitôt en quête d'un comédien capable de dire ses poèmes accompagné par des musiciens, et que l'ensemble fasse corps. Qui de plus fou et de plus sensé que Fantazio pour relever le défi ? J'en parle à Antonin-Tri Hoang qui arrive à la maison avec une dizaine d'ouvrages de l'écrivain. Ailleurs, Face aux verrous, La vie dans les plis me sourient. Les textes courts se prêtant mieux à l'exercice, nous choisissons ce dernier recueil avec Fantazio qui rapplique aussitôt comme il habite deux rues plus haut. Pas le temps de fixer les choses, les uns et les autres sommes accaparés par les fêtes de fin d'année et les obligations familiales. Nous nous retrouvons donc le 4 janvier 2015 à La Java pour participer à une magnifique soirée au cours de laquelle une trentaine de musiciens dédieront leur prestation à l'extraordinaire batteur-compositeur disparu récemment.
Fantazio ouvre le bal en égrainant un B.O.N.S.O.I.R. de circonstance, enchaîne rapidement avec la mitrailleuse à gifles et nous voilà partis, sans n'avoir rien préparé qu'une lecture assidue du génial poète. J'attaque au piano préparé, Antonin à l'alto, Fantazio passant des alexandrins dont il a le secret au texte de La vie dans les plis. Pour les instrumentaux il fait subir à sa contrebasse les outrages dont elle a l'habitude. Une chose est certaine : nous nous amusons comme des petits fous.


Grenouilles, piano-jouet, percussions électros dessinent ma palette. Les Meidosems donnent à Fantazio le terreau dont il a besoin. Je dois moi-même à Henri Michaux mon apprentissage de la douleur, ou plutôt son apprivoisement, grâce au Bras cassé que Jean-André Fieschi me donna à lire lorsque j'avais vingt ans et un panaris ! L'exergue que je rabâche depuis en est issu : "Nous ne sommes pas un siècle à paradis, mais un siècle à savoir". Cette phrase m'a probablement sauvé la vie plus d'une fois. Il ne me restait plus qu'à monter la scène filmée par Françoise Romand depuis jardin... Et le tour est joué.

lundi 26 janvier 2015

La radio en deuil, José Artur n'est plus


Ceux et celles qui n'ont pas connu les années 70 n'imaginent pas ce qu'ils doivent au Pop Club de José Artur. J'avais commencé à écouter de la musique à la radio sur Europe 1 avec l'émission Salut les copains, mais c'est avec le Pop Club que tout a basculé. Le rock et le jazz avaient trouvé leur maison et c'était sur France Inter, une radio comme on n'en fait plus. J'attendais 22h avec la fébrilité des débuts de concert. Le jingle composé par Claude Bolling et interprété par Les Parisiennes a bercé mon adolescence et Lettre à Monsieur le chef de gare de la Tour de Carol de Brigitte Fontaine fut le premier disque pop de la semaine à ouvrir l'émission chaque soir. J'ai découvert là Julie Driscoll, Luc Ferrari, Barney Willen, Napoleon XIV, François Bayle, le Bonzo Dog Band, les Fugs, les Troggs, Pink Floyd, Soft Machine, Xenakis, les musiques iranienne et indienne, Screamin' Jay Hawkins, Jacques Thollot, Leonard Cohen, Colosseum, etc. À partir de 1965, José Artur animait en direct une émission où il invitait des artistes et des intellectuels à parler de leur travail ou de l'air du temps, selon les époques il était secondé par Claude Villers, Pierre Lattès, Patrice Blanc-Francard, Bernard Lenoir... Les émissions de télé Bouton Rouge et Pop 2 en découlent directement. C'était l'arrivée sur les ondes de "la musique de sauvages" !
Il y a quelques années j'avais croisé José Artur au Festival Longueur d'Ondes à Brest. Je ne suis pas certain que lui rappeler les premières années du Pop Club lui ait fait si plaisir. Il rêvait à l'avenir malgré ses 80 ans passés. Il avait été une fée bienveillante sur toute une jeunesse née avec mai 68. Camarades musiciens, imaginez le tableau : fin des années 70, lorsqu'avec Un Drame Musical Instantané nous étions dans la dèche ou que nous désirions annoncer un concert nous téléphonions à l'assistant d'Artur pour lui demander si l'on pouvait passer au Pop Club, le soir-même nous jouions en direct sur France Inter et nous touchions un cacheton de 300 francs chacun ! Lors de la création du grand orchestre du Drame en 1981 j'avais tenu à donner à l'antenne le nom des quinze musiciens ; José Artur m'avait attrapé par le bras pour m'expliquer que cela partait d'un bon sentiment, mais que cette liste interminable passait au-dessus de la tête des auditeurs. Homme de radio par ailleurs extrêmement spirituel, il donnait des conseils aux petits jeunes dont nous saurions tirer profit plus tard lorsque nous produirons des émissions de création sur France Musique et Culture, et je pense souvent à lui lorsque je réponds à des interviews enregistrés.


José Artur est parti. Il avait 87 ans. Son empreinte marque des générations de radiophonistes et de musiciens, de journalistes et d'auditeurs. On peut écouter quelques traces de cette époque sur le site de France Inter.

Birgé Collignon Desprez (10/10) - À fond !


Pour le rappel notre dernière carte nous suggérait de demander un conseil. Dans le public le réalisateur Jean-Denis Bonan hurla "Allez-y à fond !" Nous ne nous sommes pas faits prier. J'envoyai l'artillerie lourde. Médéric Collignon attrapa son cornet. Julien Desprez fit un dernier baroud d'honneur.


Médéric fit un dernier solo vocal d'une étonnante virtuosité comme je battais les cartes de mon synthétiseur et que Julien grattait, pincait, frappait pour un ultime solo soutenu par le tambourin de Médéric.


Il ne nous restait plus qu'à saluer, remercier l'équipe du Triton pour le son et lumière, Françoise Romand pour sa captation vidéo, et d'espérer recommencer l'expérience un de ces jours ailleurs. Nous sautions de joie comme des garnements qui s'étaient bien amusés, car rien de tout cela n'avait été prévu, répété ou structuré. Seules les cartes du jeu nous guidaient, tirées au hasard par le public. Nous n'avions jamais joué ensemble. La prochaine fois il nous faudra donc inventer des situations nouvelles pour nous surprendre les uns les autres, et étonner le public qui participe chaque fois à cette drôle d'aventure.

P.S. : SPÉCIALE DÉDICACE À SYRIZA

vendredi 23 janvier 2015

Birgé Collignon Desprez (9/10) - Dans l'obscurité totale


Nous avions vraiment les cartes pour nous ce 28 novembre 2014 au Triton, Les Lilas, pour le spectacle Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Comme nous annonçons le dernier morceau, la carte que je tire indique Dans l'obscurité totale ou dans une très grande salle, tout doucement. Nous éteignons les lumières, la plupart des machines et dans le noir nous nous lançons. Je dévoie l'application DigDeep publiée par les Inéditeurs pour composer des nappes de cordes. La voix de Médéric Collignon semble lointaine, mais nous n'y prêtons pas particulièrement attention. Julien Desprez se fond dans l'orchestre ou s'en extirpe en accords tranchants. Mais une surprise nous attend lorsque la lumière se rallume à la fin de notre improvisation...


Une colonne de fumée s'élève à l'emplacement de Médéric. Tour de magie à la Méliès ! Notre facétieux chanteur avait passé tout le morceau derrière l'épais rideau rouge qui recouvre le mur du fond, suant comme un damné et s'inquiétant de la durée de la pièce. Ce n'était évidemment pas terminé, le public réclamant un rappel...
flysafair