Jean-Jacques Birgé

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samedi 31 juillet 2010

Laissez parler les p'tits papiers


Les collègues de Marie-Laure lui ont offert un magnifique livre pour son départ du collège où elle enseignait jusqu'ici. Dès qu'elle me l'a montré j'ai su que c'était le cadeau idéal pour Estelle dont c'est l'anniversaire aujourd'hui. Papercraft est un recueil d'objets design et d'œuvres d'art réalisés en papier, rivalisant tous d'invention et renouvelant l'émerveillement à chaque page. Aux 258 pages s'ajoute un DVD avec une partie Rom et nombreuses animations. L'édition anglaise étant essentiellement constituée d'illustrations, les non-anglophones seront peu pénalisés. Le site des Éditions Gestalten regorge d'extraits.


C'est le genre d'ouvrage que l'on peut ouvrir à n'importe quelle page pour s'entendre s'esclaffer comme si l'on assistait à un feu d'artifices. Je le feuillette pour citer les artistes ou designers que je préfère, mais c'est si varié que la sélection est absurde. La double page ci-dessus montre les performances d'Akatre à Mains d'Œuvres, mais je suis tout autant fasciné par les dentelles de Bovey Lee, les livres taillés dans la masse de Brian Dettmer, les mises en scène de Thomas Allen, les films d'Apt & Asylum, les théâtres de Swoon, les fumées d'Adam Klein Hall, le mobilier de Tokujin Yoshioka, l'univers rose et blanc de Kerstin Zu Pan, les costumes de Polly Verity, etc. Maintenant que je dois rendre l'exemplaire que Marie-Laure m'a prêté pour écrire mon article, je n'ai plus d'autre choix que d'en commander un pour moi.

Bande son par Régine (paroles Serge Gainsbourg).

vendredi 30 juillet 2010

Sun Sun Yip, bois de chêne et mûre écrasée


Sun Sun Yip a rapporté de son séjour en pays manceau plusieurs sculptures en bois de chêne qu'il a travaillées à la tronçonneuse et au ciseau à bois. Chaque fois que j'ai besoin de couper un arbre mort je l'appelle au secours tant il jubile à l'idée de faire marcher l'instrument du massacre. À côté de ses troncs creusés et recouverts de mûre écrasée, il s'est amusé à réaliser toute une série de crânes dont deux s'embrassent langoureusement. Approche paradoxale car Sun Sun cherche à mémoriser l'été, sommet de la vie. Il ramasse les fruits tombés qui seuls permettent d'obtenir la teinte foncée et fige dans l'instant ses sculptures en recouvrant la pâte noire d'un vernis à la résine d'époxy, le reste du bois restant brut. Se dégage de l'ensemble un sentiment trouble du temps qui passe, entre modernité des formes et archaïsme du matériau.
Avant de partir il me remet un DVD d'une étonnante version en triptyque de G10 pour lequel j'ai composé une musique pour ensemble de cordes traitées électro-acoustiquement. L'impression "alien" en est renforcée comme si les cristaux vivants s'étaient multipliés pendant mon sommeil. Là encore la vie s'écoule inexorablement sans que l'on en comprenne forcément les tenants et les aboutissants. De la beauté de l'inconnu naît le trouble.

lundi 26 juillet 2010

Le site LeCielEstBleu est devenu .org


Suite à un différent avec le créateur du site LeCielEstBleu, son ex-compagne Kristine Malden, qui en avait déposé le nom en tant qu'administratrice, l'a brutalement fait disparaître sans prévenir. Co-auteur d'une énorme partie des œuvres qui y sont présentées, j'ai immédiatement suggéré à Frédéric Durieu de le remettre en ligne avec un nouveau suffixe. L'adresse est donc devenue www.lecielestbleu.org (à la place de .com).
Rencontré en 1999 lors de la création du CD-Rom Alphabet j'ai réalisé avec Fred nombre de modules interactifs de 2000 à 2004, jusqu'à FluxTune qui reste encore inédit.
Lors d'un précédent article j'avais évoqué ces œuvres en libre accès sur Internet, à condition d'installer le plug-in Shockwave. Je dois maintenant me livrer à une petite gymnastique consistant à remplacer l'ancien suffixe par le nouveau un peu partout sur la Toile.
Cette aventure montre à quel point il est nécessaire d'être propriétaire de nos noms de domaine et de l'espace virtuel que nous créons, d'en posséder les codes en ne les partageant qu'à bon escient ou en bonne intelligence. Nos informations pouvant être à la merci de personnes indélicates comme de faillites, de pannes comme de manœuvres politiques, il est également indispensable d'en conserver copie dans un endroit sûr. Pour les personnes publiques et les entreprises quelles qu'elles soient il est également conseillé de déposer son propre nom comme nom de domaine. C'était la séquence parano pour bien commencer la semaine !

vendredi 2 juillet 2010

Baignade à Asnières


On peut toujours se plaindre de la chaleur. Il faut savoir aussi l'apprécier. J'ai passé l'après-midi à Asnières, les yeux baignés par ces bords de Seine. Je m'y suis plongé à en attraper la crève. Les zoziaux finissant par me sortir par les trous de nez, j'ai ajouté quelques clapotis pour me rafraîchir. Écouter un train à vapeur au loin renforçait la perspective, mais le bruit des wagons salissait le tableau peint par Seurat. Je ne conserve que le sifflet de la locomotive rappelant les volatiles et surtout le gamin qui voudrait faire de la musique en serrant un brin d'herbe entre ses pouces. Quand glissent les rameurs je me repose sur le panoramique. Une voile claque. Le môme finit par y arriver, mais ça réveille le chien. J'anticipe les sons pour qu'ils justifient les deux mouvements rapides que Pierre Oscar a écrit et qui dynamisent cette après-midi lascive. Ce grand type allongé de tout son long dresse l'oreille aux moqueries des enfants. Je pense au flic frappadingue qui a sauté sur mon pote mercredi matin en l'accusant de pédophilie parce qu'il faisait des photos d'un gamin de 5 ans poussant le caddy de sa mère dans une rue du XVIème. Ça fait peur. On attend le récit de son aventure traumatisante sur son blog avec impatience ! Il fait vraiment chaud.
Aujourd'hui le travail sera plus ardu, je dois souffler la mort sur Les Ambassadeurs et je sens ma trompette se plier pour me montrer ce que je ne veux pas voir.

jeudi 1 juillet 2010

Comme une toupie


Notre client nous aura fait tourner comme une toupie, mais nous sommes à l'œuvre après quatre mois d'une éprouvante partie de yoyo. Passant moins de temps à la direction artistique du projet, je me consacre essentiellement à composer les partitions sonores de 22 courts-métrages réalisés par Pierre Oscar Lévy sur autant de chefs d'œuvre du patrimoine pictural. Les 18 autres tableaux de la collection que nous avons scénarisés sont entre les mains d'une autre équipe et il semble que l'agence en charge de l'exposition dont j'ai pourtant imaginé le projet jusqu'à sa scénographie ait décidé de se passer de nous. Dominique Playoust aux commandes et Sonia Cruchon dans le rôle de la déesse Shiva complètent notre équipe infernale avec les camarades de Snarx pour œuvrer comme des fous jusqu'à la date limite fin juillet. Je crains de revenir pas mal ici sur ce travail qui va nous occuper jour et nuit pour rendre les 21 films, certains en 3D, à la date exigée ! Chez Snarx ou chez nous, tout le monde est excité par le projet. Luis Belhaouari offre une approche historique et critique à Pierre Oscar pour les scénarios et le conservateur de l'exposition apporte toutes ses lumières. Deux films pilotes avaient été réalisés en mars dernier, l'un sur Véronèse, l'autre sur van Gogh. Le premier invite le public du Louvre au festin, le second fait planer sous les étoiles. Nous n'attendons plus que les Ektas pour pouvoir connaître le planning précis de la suite.
Je choisis les sons déjà en magasin en attendant les premiers QuickTime, j'enregistre à l'avance lorsque c'est possible, accumulant les matériaux pour être prêt à monter et mixer, et évidemment enregistrer la musique à l'image si nécessaire. Hier matin, Sonia, qui s'était entraînée, a fait tourner la toupie de Chardin qui selon le conservateur ne s'est jamais arrêtée depuis 250 ans ! Dans l'après-midi, Elsa est venue interpréter la Vierge aux rochers, défi qu'elle a relevé tout en délicatesse et sans montage dès la seconde prise. Je m'attèle maintenant à sélectionner les sons du Seurat que j'avais préparés il y a quatre mois, avec Anny en siffleuse d'herbe, et je planche simultanément sur de douces trompettes célestes, la musique du cosmos entendue par la fenêtre et une odalisque que je ne suis pas encore certain d'accompagner au oud.